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Chez Clarabel

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15 juillet 2008

(lectures de vacances - 3)

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Qu'est-ce que j'ai été déçue par ce livre ! Au menu, on trouve sept nouvelles, aussitôt précisées comme étant caustiques, féroces et intraitables avec le dogme de l'apparence, le féminisme et le poids de la société qui influence l'estime de soi. Et franchement je n'y crois pas aux critiques, "On se tient les côtes. Ces femmes sont drôles, tordues, actuelles." (Madame Figaro) "A lire pour se réconcilier avec sa cellulite." (Biba)... Ah bon ? Autant le dire de suite : non je n'ai pas ri. J'ai plutôt senti combien ces histoires étaient tristes, sans appel et pitoyables pour les êtres mis en scène.

Au choix : dans une société du futur, dirigée par le bistouri, le Botox et la silicone, les hommes pleurent d'être de plus en plus privés du moelleux de la femme ; aux élections présidentielles, une femme a décroché le poste suprême et décide d'ouvrir des maisons closes pour femmes respectables ; une épouse devient l'objet sexuel mis au centre des contrats à négocier par son mari et son patron ; un anniversaire de mariage met à plat les coucheries des uns et des autres ; une femme au foyer a choisi de briser l'habitude en couchant à droite et à gauche avec le postier, le boulanger, le boucher etc.

Je suis passée totalement à côté. Je n'ai pas souri un instant, je me suis pratiquement ennuyée. J'ai trouvé les portraits de ces femmes pas loin d'être pathétiques, mais surtout ça m'a fichu un voile glacial sur tout le corps. Plus je lisais les nouvelles et plus je m'enfonçais dans une énorme tristesse. La vision du couple, par exemple, est terriblement amère, désespérante. Non désolée, ça ne prend pas avec moi...

Eloge de la cellulite et autres disgrâces - Dominique Dyens

Editions Héloïse d'Ormesson, 2006 - Livre de poche, 2008. 180 pages.

... sur un conseil de Laure ;o)

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Celui-ci est un roman, mais il est constitué de dix courtes histoires pré-publiées dans des magazines sous forme de nouvelles. Le tout assemblé se lit d'une traite, se cogne, se fait signe et se répète... c'est la règle. Mais ce n'est jamais redondant, au contraire. On souligne combien la mort du père, par exemple, a morcelé la vie des deux garçons, dont le narrateur, le cadet. Il y a eu un avant, et il y aura ensuite l'après, les restes, la vie qui tente de continuer...

Au centre, demeure cette figure céleste et sublime de la mère. Son nom, Maria Dolorosa. En espagnol, cela signifie la Mère des Chagrins. Coquette, féminine, la touche de Shalimar dans les airs, rêveuse, pointilleuse et secrète, cette femme est l'image même de la fascination pour le jeune garçon. Avec son nouveau copain du quartier, Denny, le fiston aimait se faufiler dans les placards de la mère et se pavaner avec ses toilettes. A onze ans, avec le décès brutal du père, le garçon reçoit une gifle cinglante quand ses cachotteries sont mises à jour... Tu seras un homme, mon fils. C'est la phrase qu'on peut lire entre les lignes, jamais noir sur blanc. La mère pressent, tremble et pourtant elle refuse de l'admettre. Promets de ne jamais devenir homosexuel, lui souffle-t-elle lorsqu'elle le surprend en train d'écouter des disques de Piaf.

Les derniers chapitres du livre concernent de loin en loin les souvenirs d'enfance, ciblent les deux fils devenus adultes. Davis va connaître une morte violente et prématurée, la mère va vieillir en perdant la tête et le narrateur, au centre, cherche à assumer son identité sexuelle, malgré les réminiscences d'une enfance encadrée de reproches, de non-dits et d'évidences tues :  "Je savais déjà , je suppose, que j'étais le fils de ma mère, tout comme Davis était le fils de notre père." Une nostalgie sourde résonne, un arrière goût de chagrin mêlé à un sentiment d'observation. Le narrateur partage avec le lecteur son portrait de famille et la peinture d'une époque (l'Amérique des années 50) avec tendresse et mélancolie. C'est joli, mais la fin est désolante et a gâché mon plaisir...

La mère des chagrins - Richard McCann

Editions des Deux Terres, septembre 2006 pour la traduction française / Points, 2008

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Damour

Les avis de Lily & Cathulu

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Et si l'amour n'était qu'un rêve ? La question est posée, elle nourrit sept textes assez courts et dont l'autre point commun est de mettre en scène des personnages féminins. Elles se prénomment Harriet, Anna, Madame, Ellie Pearl et Rupe Pearle. Elles n'ont pas le même âge, ne sont pas issues du même rang social mais elles attendent toutes l'amour. Ce n'est pas un sentiment qui les sauve, parfois cela les plonge dans un profond désarroi, mais cela procure quelques pages de divertissement pour le lecteur impassible que nous sommes (ou que je suis, tout simplement).

Car hélas, ces sept histoires sont trop vites lues. C'est bien la première fois que je m'entends me plaindre d'un livre trop court ! En fait, ce qui frustre ici, c'est que j'ai l'impression qu'on a raclé les fonds de tiroir. Ce sont les derniers récits, inédits, de Kressmann Taylor. Je me rappelle avoir lu et beaucoup apprécié Ainsi mentent les hommes, son précédent recueil, sauf que les nouvelles me paraissaient plus consistantes. Ou peut-être aurait-il été plus judicieux de compiler les textes dans un seul ensemble.

Bref, je retiens de ce maigre butin une très bonne impression avec Ellie Pearle. Cette jeune fille a grandi dans les montagnes, un milieu rudimentaire et difficile pour les conditions féminines. Par le soutien de sa mère, elle est partie en ville suivre des leçons de dactylo, gagner son propre argent et s'élever coquettement. De retour chez les siens, pour une semaine de vacances, Ellie Pearle retrouve son ancien petit copain Tige Tagard, le fermier rustre par excellence, et voit là un conflit d'attirance - sa vie rêvée en ville ou ses amours passionnelles dans les montagnes. Personnellement, je pense que ce texte aurait pu nourrir un début de roman plutôt appétissant... Dommage.

Ainsi rêvent les femmes - Kressmann Taylor

Editions Autrement, 2006 pour la présente édition /  Livre de Poche, 2008

Nouvelles traduites de l'anglais (Etats-Unis) par Laurent Bury

Lu par Lilly (très enthousiaste) ; Laurence (déçue, comme moi)

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13 juillet 2008

Old-fashioned, but delicious !

 

 

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Dans le quartier des Batignolles, le corps d'un petit vieux est retrouvé dans un bain de sang... La victime a juste eu le temps de griffonner les premières lettres du nom de l'assassin : il s'agit de son neveu, Monistrol. Ce dernier avoue aussitôt les faits, le juge et la police se frottent les mains de conclure une affaire aussi vite. Mais Méchinet, agent de sûreté, n'est pas du même avis. Il est secondé par Godeuil, un jeune officier de santé. La rencontre entre ces deux personnages n'est pas sans rappeler la paire sympathique de Sherlock Holmes et Docteur Watson, ou Hercule Poirot et le commissaire Japp.

Bref, Méchinet devine d'instinct que l'enquête ne fait que commencer. Il va rencontrer la blonde et délicieuse Mme Monistrol, trop belle pour être honnête, trop cupide, trop ambitieuse et trop rayonnante auprès d'un époux au physique peu attrayant. La dame a un alibi, le mari plaide coupable. Mais alors ? Les petites cellules grises de nos deux compères s'activent. Cette intrigue est rondement bien ficelée, classique et décrit un Paris du 19ème siècle guindé, suranné mais charmant.

Emile Gaboriau est un pionnier du roman policier français, auteur d'une oeuvre qu'on compare facilement à celle de l'anglais Wilkie Collins par exemple. Le petit vieux des Batignolles inaugure un cycle de nouvelles (l'histoire ne fait que 86 pages). Le texte est suivi de deux nouvelles qui composent Mariages d'amour : Monsieur JD de Saint Roch, ambassadeur matrimonial et Promesses de mariage.

Ces deux récits dénoncent la spéculation des sentiments humains et des mariages arrangés. Monsieur JD de Saint Roch est un brocanteur du mariage, comme il se décrit. Il embobine le fils d'un avoué, qui a déjà créé le scandale de démissionner de son poste d'ingénieur des Ponts et Chaussées, puis a su construire une honnête fortune à force de spéculations. L'entremise de petites lettres qui dénoncent, conspuent et colportent des vérités à demi cachées ou avouées va semer la zizanie dans le coeur des jeunes gens épris. Promesses de mariage permet à l'auteur de s'attaquer aux mariages arrangés qui sont encore monnaie courante sous le Second Empire. Gaboriau se livre ici à un anti-marivaudage féroce et réjouissant.

(Personnellement j'ai plutôt apprécié la première histoire, car on y perçoit bien le policier qui va ouvrir la voie à d'autres personnages ou influencer des futurs auteurs. Cf. Simenon et Maigret, encore un exemple.)

S'il n'est pas l'inventeur du genre, Emile Gaboriau a su incontestablement donner au genre policier ses premières lettres de noblesse. Et même créer un archétype de personnage débonnaire qui poursuit l'enquête sans trop avoir l'air de s'y intéresser, qui sait toujours où il va mais laisse tout le monde perplexe. La liste des personnages qui doivent à Gaboriau leur caractère propre est vaste, ici naît sans aucun doute aussi bien Holmes, nous l'avons dit, que Colombo, dont le faux-air ahuri est le meilleur piège à vérité. Et tout est ici, dans une langue savoureuse et simple, qui met le quotidien dans un roman et parvient à en faire toute une histoire.  Source : Boojum-mag.

Le petit vieux des Batignolles, et autres nouvelles - Emile Gaboriau

Editions du Masque, coll. Labyrinthes - 2008. 345 pages. 8€

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Lady Angatell et son époux reçoivent pour le week-end quelques amis dans leur splendide domaine du Vallon. Des amis, certes, mais toute cette petite communauté réussira-t-elle à cohabiter ? Voilà que Lucy Angatell commence à en douter. Et les domestiques eux-mêmes sont sens dessus dessous, rien n'est prêt pour le déjeuner alors qu'un invité de marque est sur le point d'arriver au château : le célèbre Hercule Poirot en personne. Son métier est de démasquer les assassins, mais il vient cette fois pour se reposer, du moins le croyait-il : le médecin, John Christow, est retrouvé tué par balles au bord de la piscine. Les soupçons se posent sur Gerda, l'épouse qu'on a retrouvée près du corps, le revolver dans une main. Or, les preuves font défaut.

Naturellement cette dernière avait toutes les raisons d'être jalouse (Christow collectionnait les conquêtes féminines), et la dévotion de l'une d'elles, qui dans l'ombre oeuvre pour masquer les indices, va compliquer l'enquête criminelle menée par notre cher Poirot. 

Ambiance serrée par ce huit-clos efficace où, très vite, on soupçonne tout le monde, Le Vallon échappe au genre du whodunit dont les règles sont ici un peu chamboulées. Agatha Christie s'attache à décrypter les personnages, les psychologies et distille une atmosphère mêlant l'intrigue amoureuse à la résolution de l'énigme policière. Ce titre de la très productive reine du crime est quelque peu méconnu, mais gagne à être découvert sans tarder !

Le Vallon a été adapté au cinéma par Pascal Bonitzer sous le titre Le grand alibi. (au cinéma le 30 avril 2008)

Le Vallon, d'Agatha Christie

Librairie des Champs Elysées, 1995 pour cette traduction

(traduit de l'anglais par Alexis Champon). titre vo : the hollow

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Joan Scudamore, anglaise d'une soixantaine d'années, est coincée dans un relais en plein désert, à la frontière turque, pour rentrer dans son pays. Elle vient de rendre visite à sa fille Barbara qui vit avec son époux à Bagdad. Dans cet endroit coupé de son petit monde confortable, Joan rencontre une ancienne amie d'école, Blanche Haggard. Celle-ci a toutefois subi les foudres du temps, devenant plus vulgaire, âgée et mal vêtue (selon les critères de la très respectable Mrs Scudamore). Très vite, on devine une suffisance chez cette femme, malgré la sympathie qu'elle nous inspire. On ne peut s'empêcher de pincer les lèvres et les narines : c'est une épouse dévouée, une mère accomplie, une femme exemplaire. Un peu trop ?

Car derrière cette façade trop lisse, on cherche les failles et les fêlures. Et c'est en voulant la taquiner, en lui prédisant d'être bloquée dans son relais à cause des pluies qui s'annoncent et du terrain impraticable pour les trains, que Blanche va provoquer son temps de réflexion. Or, elle soulève un point délicat : "si l'on n'avait rien d'autre à faire que penser à soi-même pendant plusieurs jours de suite, je me demande ce que l'on découvrirait..."

Totalement désoeuvrée, Joan va donc devenir "détective lancée sur la piste de sa propre vie passée" et soudainement ce voyage l'entraîne à éclaircir des contrées mises - dans son subconscient - en abîme. Cette femme s'enorgueillissait d'avoir réussi sa vie, quitte à regarder de haut Blanche Haggard en la méprisant. Elle va s'apercevoir qu'elle a occulté ses propres erreurs.

Sous le pseudonyme de Mary Westmacott, on retrouve Agatha Christie, auteur de ce roman d'introspection qui est aussi le monologue enfièvré d'une femme blessée par la vie. Ecrit en trois jours et trois nuits dans une sorte de transe, selon les dires de la grande dame, Loin de vous ce printemps dévoile un talent caché d'Agatha Christie, celui de broder sur un sujet autrement bateau qu'un indécrottable whodunit (genre très appréciable, sans nul doute). A noter pour vous en persuader !

Loin de vous ce printemps - Mary Westmacott (Agatha Christie)

Robert Laffont, 1951 pour la traduction - Livre de poche, 1990

roman traduit de l'anglais par H. de Sarbois - titre vo : absent in the spring.

Avait été conseillé par Patricia (dans sa cuisine rouge)

11 juillet 2008

(lectures de vacances - 2)

Quelques romans (faussement) policiers, ou dont les histoires s'approchent d'une intrigue flippante, captivante et/ou avec fil rouge...

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Scream Test : Cela commence par une série de disparitions, puis par l'étrange coincidence que ces jeunes gens, à peine âgés de vingt ans (au plus), ont tous été recalés lors d'un casting pour une émission de tv-réalité. L'affaire prend un tour dix fois plus inquiétant lorsque le lieutenant Clara Redfield découvre que ces sept disparus sont les protagonistes d'un show diffusé sur le net, intitulé The last one. Le principe est clair : deux nominations, jour après jour, un seul gagnant au bout. Mais ce que les participants ignorent, c'est qu'à minuit tapante, le sortant sera exécuté en direct, une balle entre les deux yeux.

C'est un cauchemar, c'est glauque et horrible à la fois. C'est une critique vive et entendue sur les programmes de tv-réalité. C'est aussi, et en quelque sorte, une parodie de polar gore, un "slasher" littéraire, en hommage à ce cinéma qui veut qu'un tueur sadique décime un groupe d'adolescents à intervalles réguliers tout au long du métrage (les références ne manquent pas, et l'auteur est un féru en la matière !). Les chapitres sont courts, maintenant une cadence soutenue et haletante. Résultat, on s'imprègne de l'atmosphère étouffante et écoeurante de cette histoire. On reconnaît que les personnages manquent de dimension, sont trop stéréotypés. Mais c'est dans la continuité du dessein orchestré par Grégoire Hervier : Scream Test est un roman bluffant, qui nous accroche par sa fascination de l'horreur. Du bon boulot. 

"Lui, Stanley, avait compris que le public, pour étancher sa soif de voyeurisme, ne pouvait plus se satisfaire du narcissisme, de l'oisiveté décadente et de l'exhibitionnisme ludique de candidats impudiques. Les émissions successives de télé-réalité engendraient des candidats formatés, fins connaisseurs des règles du jeu ou sachant parfaitement s'y adapter quand on les changeait, pleinement conscients du parcours à effectuer pour réussir leur médiatisation. Le résultat en était une perte inéluctable de vérité, de spontanéité, une dissolution de cette réalité même qui était le centre d'intérêt du jeu. Une réalité biaisée, artificielle, avariée, mais dont le public adorait se repaître, s'il parvenait à y croire encore un peu."

Scream Test - Grégoire Hervier

Editions Au Diable Vauvert, 2006 / Livre de Poche, 2008 - 285 pages.

Je trouve que la télévision est très favorable à la culture. Chaque fois que quelqu'un l'allume chez moi, je vais dans la pièce à côté et je lis.

Groucho Marx
Cité dans Halliwell's Filmgoer's Companion

Pierre de Gondol détient la plus petite librairie de Paris, un bouclard d'une douzaine de mètres carré où se retrouvent des passionnés et autres allumés de tout bord. Parmi eux, un client lance un défi à notre amateur de Série Noire et Raymond Queneau : retrouver les cinq personnes oubliées dans la traduction du texte de Jim Thompson qui, en anglais, se nomme Pop 1280 et, en français, 1275 âmes. Voici une enquête littéraire comme je les aime : trier les livres, traquer les références, mettre bout à bout les notes, les indices et partir en voyage aux Etats-Unis pour percer ce mystère qui ne remuera pas la scène parisienne. Oui, mais j'ai été plutôt déçue. Ce livre n'a pas la figure d'un réel roman policier, au lieu de ça, on a entre les mains un guide érudit où Jean-Bernard Pouy fait l'étalage de sa culture et de ses connaissances (sur les romans noirs, la Série Noire, etc.). Le résultat est embarrassant, frustrant. Le lecteur lambda se sent dépassé et spectateur, pas du tout embarqué. Et puis la langue de Pouy est, certes, piquante et franchouillarde, mais elle ne me séduit pas complètement. A long terme, je trouve que le ton devient lourd. Peut-être n'ai-je pas commencé par le meilleur titre de cet auteur, je n'abandonne pas pour autant de lire un autre livre de lui ! (Parce que, à croire Cathe, il le vaut bien !)

"La culture, ça sert. Et c'est bon pour le moral."

Idée de lecture piquée chez Michel (Serial Lecteur)

1280 âmes, Jean-Bernard Pouy

Editions Baleine / Le Seuil, 2000. Points, janvier 2002. 168 pages.

Qui a tué George, le berger ? Sur une pâture d'Irlande, George Glenn est découvert assassiné, une bêche plantée dans le ventre. Les premiers à se trouver sur les lieux sont ses moutons. Ce ne sont pas des moutons comme les autres, pas seulement parce que George aimait les bichonner en leur lisant des romans d'amour par exemple. Le troupeau va mener l'enquête, en observant ces étranges humains.

La direction de l'enquête est confiée à Miss Maple, la brebis la plus intelligente du troupeau, voire de tout Glennkill, et peut-être même du monde entier. Aidée d'Othello, le bélier noir, de Zora, la brebis qui aime le goût du risque, de la vive Heidi et de Mopple la baleine (en fait, un mérinos aux cornes en tire-bouchon qui a toujours faim), Miss Maple va fouiner, bêler, dormir et faire des cauchemars, brouter et hocher du museau.

Certes originale, cette histoire peut se targuer d'être la première intrigue ovine (ovni?), assez sympathique car le troupeau de bêtes réfléchit comme des humains et porte même des jugements sur ces derniers qui nous renvoient dans nos basse-cours ! Il manque cependant un plus infime pour acquérir mon plein enthousiasme, moins de longueurs aussi, du blabla infini qui empèse l'intrigue. Et puis, cette histoire n'est pas du tout palpitante, pas dans le sens policier. C'est gentil, surprenant, surtout au début, et puis ça devient limite rébarbatif... Dommage.

Qui a tué Glenn ? - Leonie Swann

Nil éditions, 2007 pour la traduction française / Le livre de poche, 2008. 375 pages.

traduit de l'allemand par Frédéric Weinmann

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Prenez la photographie d'une maison. Grande. Sombre. Délabrée. Son décor atypique ouvre la voie à mille questions, et dix auteurs ont choisi de se pencher sur cet exercice : rédiger une nouvelle inspirée de cette photographie. Maïté Bernard a choisi d'écrire une histoire de couple et d'amour. Alain Demouzon met en scène une jeune fille qui étudie son piano et se balade dans les dunes lorsqu'elle croise le spectre de cette maison abandonnée et qui s'enfonce dans le sable. Magali Duru place trois personnages dans un huit-clos oppressant : un homme accueille une jeune fille venue louer la chambre du sous-sol, un camarade arrive avec des idées arrêtées. Denis Flageul fait rencontrer une jeune assistante qui travaille dans le cinéma et un commercial en immobilier. Karine est venue en repérage, Jacky est un "queutard" fini. La fin ne manquera pas de soulever quelques hoquets de stupeur (avis aux estomacs fragiles).

Joël Hamm expédie deux adolescents dans l'antre de l'enfer. Hervé Leclerc & Cathy Lecruble ont écrit à quatre mains cette histoire d'une famille de quatre personnes qui emménagent dans une nouvelle maison. Le plus jeune, Maxime, est un garçon turbulent et chahuteur. Les nerfs de ses proches sont tendus à l'extrême, mais en marge une voix en italique conspire contre ce diablotin qui ruine l'ambiance paisible de ces murs. Pour une histoire de pain de mie, Florent Liau fait de son acteur principal, Bernard, un pauvre type privé de boulot, d'argent et de petite copine qui le quitte sur le champ. Un soir, il rencontre une clocharde et décide de se servir d'elle pour liquider ses grand-parents, pleins aux as. Annelise Roux excelle à tracer le portrait d'une génération qui s'est nourrie de Twin Peaks et a connu la guerre (Afghanistan, Irak, 11 septembre). On ne voit pas bien l'intérêt de la maison, puis ça apparaît, en pleine nuit, lorsque le couple, qui accuse la quarantaine, doit courir à la maternité. Romain Slocombe nous met dans la peau d'une profileuse qui enquête sur un psychopate. Les réminiscences du suspect vont conduire la jeune femme vers une maison abandonnée, peut-être le lieu du crime...

Je me rappelle avoir acheté ce livre car je cherchais d'autres références de Maïté Bernard (je venais de lire Et toujours en été, et j'avais été emballée). Je trouvais que ce recueil de nouvelles proposait un alléchant menu, une ambiance assez noire et dix textes de choix, triés sur le volet (cinq lauréats du concours La Noiraude / Noir sur la ville sont publiés avec cinq auteurs reconnus de la littérature noire). Et puis le thème d'une maison, élément fondateur pour lancer l'intrigue, avait fini de me convaincre. J'ai bien évidemment été récompensée car ce livre propose dix plongées vertigineuses dans l'opacité, les recoins absolus et les coups de gong à faire dresser les cheveux sur la tête. Cette atmosphère digne de la bicoque de Norman Bates, dans Psychose d'A. Hitchcock, ne pouvait que nourrir les plus folles imaginations et autres esprits retors... Vous ne serez pas déçus du voyage.

A saisir ! recueil de nouvelles du septième concours La Noiraude

- M. Bernard ; A. Demouzon ; M. Duru ; D. Flageul ; J. Hamm ; H. Leclerc & C. Lecruble ; F. Liau ; G. Parmentier ; A. Roux ; R. Slocombe.

Coordonnée et présenté par Frédéric Prilleux

Editions Terre de Brume, novembre 2006. 160 pages.

Photographie de couverture : Jean-Yves Le Goff.

10 juillet 2008

A cinq ans, on pleure pour un bonbon. A quinze ans, on pleure pour un garçon.

L'adolescence est le seul temps où l'on ait appris quelque chose.

Marcel Proust
Extrait de A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Depuis son entrée au lycée, Hatsu n'arrive pas à s'intégrer aux autres, à accepter d'appartenir à un moule. Même son ex-meilleure amie peine à la ramener vers son cercle de copains branchés et à l'aise dans leurs baskets. Hatsu s'isole, mange seule le midi et pratique de l'athlétisme en club. Un jour, son attention est attirée vers un garçon coupé du reste de la classe, Ninagawa. C'est un otaku. Il vit dans sa bulle de fascination, les yeux prêts à sortir de leur orbite à fixer des magazines de mode, histoire de sustenter sa passion énorme et dévorante pour le mannequin vedette Oli Chang. Hatsu lui annonce avoir croisé cette fille trois ans auparavant. Son coeur faisant un bond de dix mètres, le garçon invite Hatsu à venir chez lui pour lui donner des détails.

C'est étrange... L'histoire est livrée sous forme de journal intime et raconte la chronique d'une amitié faite de sentiments complexes et contradictoires. D'abord intriguée par le personnage, Hatsu va vite alterner des émotions d'agacement, d'attirance et d'atermoiement sans fin. Puis, n'en pouvant plus, elle lui donne un coup de pied dans le dos pour crever la bulle. Ninagawa est un type qui vit dans son rêve duquel il ne se réveille pas. C'est lent, passif et assez triste. On vit l'histoire à travers le regard de Hatsu, une adolescente qui est également mal dans sa peau, qui se cherche et va connaître les premières palpitations amoureuses, bien avant de pouvoir les nommer. C'est un récit qui se lit vite, qui possède du style. Cela traite avec sensibilité du passage de transition entre l'enfance et l'âge adulte, cet entre-deux qu'on appelle l'adolescence (ou l'âge ingrat) avec son lot de turpitudes existentielles.

Ce court roman (de 160 pages) peut également être lu par un jeune lectorat, dès 13 ans. L'auteur Wataya Risa n'avait d'ailleurs que dix-neuf ans au moment de recevoir le Prix Akutagawa 2003, le goncourt japonais. On retrouve cette innocence, cette fraîcheur et cette impression d'expérience personnelle dans ce livre.

"La solitude me sonne dans la tête. Un son de clochette, très aigu, à me casser les oreilles."

Appel du pied, Wataya Risa

Picquier poche, 2008 (pour la traduction française, 2005)

roman traduit du japonais par Patrick Honnoré.

Avait été conseillé par Cathulu

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Vincent a dix-sept ans, il est au lycée, récolte de bonnes notes mais il fait partie des Invisibles, avec ses copains Alex et Fred. Il a un gros souci avec son physique : blanc maigrichon épaules de serpent et encombrement d'une crevette. Acnéique pour couronner le tout. Des bubons infâmes plein la figure et le dos comme une cerise sur le gâteau. Il a coutume de raser les murs, de ne pas chercher à transparaître ; il se laisse couler. Puis un jour, le conseil d'un pote plus l'arrivée en fanfare de la tante Paulina, exubérante et éclatante de vie, vont changer son monde. Un traitement de choc pour son acné et une virée dans les boutiques le font entrer dans la cour des miracles : celle des fashion victims ! Avec son nouveau manteau, taillé sur mesure, Vincent se sent dans la peau d'un autre. L'habit fait définitivement le moine, selon lui. C'est comme une peau qui mue, un papillon qui sort de sa chrysalide. Vincent gagne en assurance, mais autour de lui ses maigres repères s'effondrent : les larmes de Paulina cachent une certaine détresse, et Fred va choisir la fugue à force de ne plus supporter son mal de vivre.

Fashion Victim pourrait être un roman léger, en apparence. Il croque le portrait d'un adolescent mal dans sa peau, qui va connaître le déclic grâce à un bout de tissu. En fait, on ne décrypte pas le phénomène de la superficialité, du matérialisme et du règne de l'apparence. Les soucis des personnages du roman sont profonds, peut-être cachés sous des couches ou sous une incapacité à se faire comprendre. Par ailleurs, le roman va même démontrer qu'il faut être libre des codes, s'afficher selon ce qu'on ressent et ne pas se soucier des autres ni des modes. C'est une histoire qui traite de la quête de soi, à travers des appels de détresse (changement de style, tentative de suicide, fugue). C'est effectivement moins futile que ne le prévoyait le titre, mais c'est une analyse (sur l'adolescence, le jugement de soi et des autres) fort intéressante à lire.

"Marre des étiquettes qu'on vous colle sur le dos et dans le dos. Etiquetage. Jugement. Condamnation. Pas le droit de changer de peau. De bouger de la place qui t'est assignée une fois pour toutes. Sous peine de se faire traiter de gonzesse, d'être traité de trahison de frivolité d'imbécillité !"

"Moi-même je ne sais qui je suis. Alors qui peut dire que je ne suis plus le même !"

Fashion Victim, d'Irène Cohen-Janca.

Editions du rouergue, 2006 - coll. doAdo. 150 pages.

Côté cinéma, il existe un film qui parle du même sujet : règne de l'apparence, importance des classes et des clans à séparer, quasi mission impossible de muter d'un rang à l'autre. On ne bouge pas de sa case, à moins de... perdre sa foi. Can't buy me love est un film qui date de 1987, une comédie américaine sans prétention, mais on y retrouve Patrick Dempsey archi-inconnu et débutant de première !

 

C'est l'histoire de Ronald, lycéen de 18 ans, intellectuel binoclard et coincé, qui rêve de devenir populaire et d'être adulé par les filles comme ses copains. Cindy, belle et sophistiquée, est son idole. Celle-ci, à la suite d'un incident, a besoin d'argent. Elle accepte à contre-coeur de faire semblant d'être sa fiancée et en profite pour le transformer : nouvelle coupe de cheveux, tenues branchées etc. Résultat : Ronald, libéré, devient soudain populaire et très demandé par les filles. Il ne s'aperçoit meme pas que Cindy est amoureuse de lui...

8 juillet 2008

Comme elles, tome 1

Comme elles, c'est l'histoire de deux lycéennes que tout oppose, en particulier leur idée de l'amour. Voilà le pitch de ce manga. Et au début, c'est tout à fait ça. Puis, au fil des pages, l'histoire se délite et devient confuse. Entre les sauts dans le temps, des personnages émergeants, des physiques qui sont fort ressemblants, j'avoue avoir été un peu larguée par le propos.

Ce manga était annoncé comme le nouveau "Nana", quelle erreur !

Ici, il est question d'introspection et de recherche de soi à travers la sexualité féminine. Le ton est empreint de mélancolie et de doutes, on suit les deux filles à travers leurs histoires respectives (l'une progresse à tâtons, l'autre se lance à corps perdu mais se casse les dents) et au milieu il y a leur amitié qui s'évapore dans les airs. Mais je crois que ce qui frappe le plus dans ce manga c'est le réalisme des histoires que vivent les deux filles.

La mangaka fait montre d'une grande maturité, ne berce pas dans les relations triangulaires. C'est très loin d'être tout beau, tout rose. La perception des non-dits, des peurs et de la trahison prend une place prépondérante, de même le manga fait état de la confusion des sentiments, à travers laquelle toute une jeunesse peut se reconnaître.

La lecture du tome 2 me permettra de juger si j'adhère ou non à ce genre inclassable.

Sakura Fujisue

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8 juillet 2008

(lectures de vacances - 1)

marabout, bout de ficelle, selle de cheval... c'est une ritournelle qu'a appris ma fille à l'école et cela n'a strictement rien en commun avec les lectures ci-dessous ; si ce n'est qu'il s'agit d'une maison d'édition que je ne connaissais pas du tout ! Il faut dire aussi, je suis en pleine exploration de la littérature romantique, alias la chick-lit tant décriée. Et je découvre, je découvre ces lectures faciles, plaisantes et qui comblent les heures creuses des vacances farniente ! Personnellement j'aime beaucoup cette initiation...

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Embrouilles à Manhattan a une construction originale, car ce ne sont que des échanges d'emails, des notes de service, des coups de fil ou des extraits du journal intime de l'héroïne qui sont le nerf de l'intrigue.

L'histoire n'est pas follement originale : Kate vient de décrocher un job d'assistante de DRH dans un journal féminin et de larguer son petit ami musicien de rock (Dale). Elle n'a pas de toit et squatte sur le canapé de sa meilleure amie Jen (qui tente d'avoir un bébé avec son mari). Kate ne rêve que de voir sa vie catastrophique prendre un envol idyllique ... un nouveau copain, un appartement au loyer décent et une meilleure considération au travail. Sauf que rien ne se passe comme prévu.

Sa supérieure, Amy Jenkins, presse Kate de mettre à la porte Ida Lopez, employée à la cantine (parce qu'elle refuse de servir des parts de tarte à un dénommé Stuart Hertzog, le fiancé d'Amy). L'affaire prend un vilain tour juridique car Ida attaque le journal pour licenciement abusif, et Kate se trouve mêlée au coeur des débats - accusée de mentir, harcelée par son ex et tapée sur les doigts car ses jupes sont trop courtes !

Mais dans tout ça, elle vient de faire l'heureuse rencontre de Mitchell Hertzog, le frère de Stuart. Il est beau, séduisant, libre comme l'air et drôle. C'est aussi la brebis galeuse de sa famille (huppée, archi guindée et médisante) parce qu'il fait tout son possible pour contrecarrer les projets doucereux de son aîné.

Jugement favorable ! J'entre avec ce livre par la petite porte de l'univers "chick-lit" mais c'est une première approche convaincante ! L'histoire ne manque pas de charme, mais les épisodes sur la famille Hertzog tendent juste à être - un peu - assommants, à force de répétitions. Toutefois, j'ai pris grand plaisir à suivre les aventures drôles et romantiques de Kate, en plus d'une construction originale du roman.

Ce titre m'avait été conseillé par Emjy.

Embrouilles à Manhattan, de Meg Cabot.

Marabout (Hachette Livre), 2006 pour la traduction française. 370 pages. 5,90€

traduit de l'anglais (USA) par Luc Rigoureau - titre vo : Boy meet girl.

Mais que vois-je ?! Il existe un autre livre de Meg Cabot qui se passe déjà au New York Journal : Melissa et son voisin. On retrouve les mêmes personnages déjà entraperçus ci-dessus (Amy Jenkins, Dolly Vargas), le cadre de la vie des employés de bureau, les échanges frénétiques d'emails. Ce livre est en cours de lecture, pour l'heure j'apprécie assez.

J'ai retrouvé l'avis de Cuné, je vous livre son pitch très bien troussé :

Elle, c'est Mel, journaliste « page 10 », celle des potins de star dans un quotidien new-yorkais. Lui c'est John, également journaliste mais aux faits divers dans le canard concurrent. Mel est une brave fille, venue de sa cambrousse, le cœur sur la main. John est un héritier monstrueusement riche qui tente de s'émanciper de sa famille. Ils se rencontrent sur la base d'un mensonge, tombent givrés l'un de l'autre jusqu'au moment où la vérité éclate. La vengeance de Mel sera saignante et follement amusante, mais la famille de John saura trouver les mots pour le rentrer en grâce... (source : cuné)

A suivre, donc. :))

Découverte intéressante avec Arrête de flâner, Cupidon !  : Amélie mène sa vie de célibataire londonienne sans complexes. Elle a 28 ans, elle est créative dans une agence de pub, s'investit beaucoup dans son travail, sort avec ses amis, a parfois des aventures, bref, une vie bien remplie qui ne laisse que très peu de place à la romance.

Un nouveau projet important lui est confié à l'agence : elle doit travailler sur une campagne de pub pour la plus grande entreprise de speed-dating de Londres. Rien de plus difficile pour elle que de se mettre dans la peau de ces célibataires malheureux qui en sont réduits à chercher l'âme soeur en trois minutes.

Il faut pourtant qu'elle et Duncan, son collègue sur le projet, trouvent l'idée parfaite, sans quoi son job en or risquerait de lui filer entre les doigts. Surtout avec l'arrivée du nouveau boss de l'agence, Josh, qui ne lui fera pas de cadeaux si la campagne est un fiasco. Amélie, la mort dans l'âme, se résout à tenter l'expérience du speed-dating ... Elle y rencontre le séduisant Charlie, mais est-ce lui l'homme de sa vie ? Comme le dit Diana Ross, You Can’t Hurry Love, n’est ce pas ? Pas sûr... surtout si l'amour prend des chemins détournés pour arriver jusqu'à elle.

En fait, pas de cache-cache amoureux dans ce livre, pas de l'essence : une héroïne + un type séduisant qui se bouffent du nez en attendant de tomber dans les bras l'un de l'autre. On peine à deviner avec qui Amélie finira le bouquin (j'ai même triché en lisant les dernières pages, je ne voyais rien venir), tant les chemins de l'amour sont vraiment détournés !! Au lieu de ça (= comédie légère et romantique), c'est avant tout un excellent guide du speed-dating, revu et corrigé, version un peu glamour et moqueuse... Voilà tout.
A voir.

 

 

Arrête de flâner, Cupidon ! de Lorelei Mathias

 

Editions First, 2008 - traduit de l'anglais par Florence Bouzinac et Robert Macia.

Par contre, grosse déception avec Sexe, romance et best-sellers... Jack, auteur de romans d'amour à succès, se débrouille plutôt bien côté conquêtes. En général, c'est quand la créature qui partage ses nuits se met à lire l'une de ses œuvres que tout se complique. C'est assez, Jack se met à la diète du sexe jusqu'à retrouver le grand amour.
Mais voilà, un jour débarque Molly, un peu paumée, très obsédée…

Une comédie déjantée qui ne mâche pas ses mots... Oui, mais non. A moins de prendre tout à contre-courant et voir dans ce livre une satire des histoires à l'eau-de-rose, avec des clichés totalement renversés, c'est le garçon qui choisit l'abstinence et la fille est abonnée aux Toxicomanes du sexe... Non, ce n'est pas absurde, c'est fait exprès (???).

Sexe, romance et best-sellers, de Nina Killham.

Marabout, 2006 pour la traduction française (par Raphaële Eschenbrenner).

5 juillet 2008

Ce que je sais - Andrew Cowan

En septembre dernier, les avis sur ce livre n'ont pas tardé à poindre sur la blogosphère, mais le jugement général était assez tristounet. Les lecteurs ont été frustrés et déçus par ce roman ! Du coup, j'y suis allée à reculons, repoussant mois après mois sa lecture. Et me voici donc, presque un an après, avec "le devoir accompli" ! :o) Mon verdict est moins lourd, mais je pense qu'avoir été prévenue d'une déception fort probable a su me blinder (et me préparer au pire ?). Car finalement, j'ai lu, j'ai vu et j'en suis bien rendue !

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La petite histoire : Mike Hannah est un détective privé qui vient juste d'avoir quarante ans. Le même jour, il se blesse au dos et est en partie immobilisé. Assez grisé de coller à la peau du personnage joué par James Stewart dans Fenêtre sur cour d'A. Hitchcock, son film fétiche, notre homme en profite pour rêvasser et faire le bilan de sa vie... morose et routinière. Ce n'est pas le démon de midi qui frappe à la porte, mais la claque retentissante du temps passé à s'ennuyer, à ne pas connaître ceux qui l'entourent et à dormir tous les soirs dans le lit d'une femme qui préfère se confier à son journal intime. Un soir, Mike rêve de son ancienne petite amie qui l'a quitté vingt ans auparavant, cela a pour effet de réveiller ses fantasmes ronronnants... Et encore ? Sa récente rencontre avec Will, l'écrivain, va aussi le pousser dans ses retranchements. L'un et l'autre jouent un jeu de dupes. Le premier l'espionne pour le compte d'une société d'assurances et le deuxième, prudemment mais sûrement, discute et interroge Mike, sur son métier, sa vie, son épouse... Gare au gorille, mes amis !

Voilà grosso-modo ce qu'on peut en retenir. N'attendez pas de ce livre une version romanesque du film d'Hitchcock, peut-être ici retrouve-t-on cette ambiance de quartier confiné et cossu, un microcosme tout à fait indiqué pour l'étude des moeurs de ses voisins (on juge cette pratique douteuse ou malsaine, Mike Hannah se défend de faire son job...). "De toute façon, cette histoire peut, c'est évident, induire les gens en erreur, à cause de ce qu'elle implique par rapport à moi, et à cause de ce qu'elle laisse entrevoir de mon travail. La plupart du temps, je ne vois que des fragments - des instants, des petits bouts, une partie d'un tableau plus vaste, d'histoires plus complexes. Ce que je vois du monde ce sont les ombres, les recoins et les marges."

Je n'ai pas follement aimé ce livre, je n'ai pas détesté non plus. Il figure parmi ces lectures vite ingurgitées, passablement appréciées et dont seul l'avenir déterminera la valeur... J'ai relevé un passage, dans le roman, qui évoque les critiques publiées sur les livres de William Brown, ce nouvel ami qui habite dans le quartier de Mike :

"Il en ressort qu'on l'admire beaucoup pour la qualité de son écriture et la justesse de la peinture qu'il fait de la vie ordinaire, sans éclats. Avec le regard acéré qu'il porte sur la vie ordinaire et l'attention méticuleuse qu'il accorde à chaque détail, il parvient, semble-t-il, à nous révéler sur l'amour, les vérités les plus insaisissables et les plus surprenantes et rend ainsi palpable la qualité particulièrement poignante des instants les plus sereins de notre vie avec les sentiments de triomphe et de regret qui s'y rattachent. Il parvient à le faire, mais cela a un prix : ses livres ne sont pas très exaltants. Ses récits sont généralements lents, parfois à la limite du supportable. Ses sujets sont peu enthousiasmants, voire déprimants. Et alors que sa façon d'accumuler les détails les plus insignifiants donne à ses textes leur authencitié, elle peut aussi conduire à tout un déballage qui encombre la page et pèse sur l'intrigue."

Je trouve, évidemment, que cet extrait pourrait totalement coller au roman d'Andrew Cowan... une auto-critique constructive et un jugement sans appel : "Il risque de devenir prisonnier de son génie de l'ordinaire". (Comme nous tous !)

Editions Joelle Losfeld, 2007 pour la traduction française - 280 pages - 22,50€

traduit de l'anglais par Lazare Bitoun.

D'autres avis : FlorinetteLaurence ...

4 juillet 2008

Chère Anne - Judith Katzir

De passage sur la tombe de celle qui fut son premier amour, la narratrice, Rivi, aujourd'hui âgée de 38 ans, mariée et mère de famille, retrouve le journal écrit pendant son adolescence. C'était un journal qui s'adressait à Anne Franck, au moment où Rivi, privée de l'appui moral de sa famille désunie, avait besoin de se confier. Page après page, l'adolescente mal aimée raconte sa vie quotidienne mais aussi sa passion pour Michaëla, le professeur de littérature qui encouragea sa vocation et lui fit découvrir la beauté, l'amitié et la volupté.

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Devenue romancière à succès, la collégienne d'autrefois s'interroge sur la véritable nature de cette relation singulière : une adolescente que son père ignore, une mère absorbée en elle-même ; l'adolescente trouve une jeune femme, disposée à l'écouter, à l'entourer, à lui dire qu'elle est belle et mérite d'être aimée. La jeune femme, mariée depuis peu, est peut-être amoureuse de sa propre image, de sa jeunesse qu'elle pleure encore, même de l'artiste en herbe qu'elle a identifiée chez la fillette. Puisque cette dernière avait appris très jeune à s'emparer des coeurs au moyen des mots.

"Je n'essaie plus de comprendre, maintenant. Je veux seulement revenir sur ces jours sombres de ma vie, qui sont également les jours les plus lumineux, dépouiller les écorces de la maturité qui se sont accumulées sur moi avec les années, traverser les couches du temps, pour arriver au fond et toucher à nouveau, ne fût-ce qu'un instant, ces eaux limpides. Je les regarde et contemple mon reflet - le visage ardent d'une adolescente, aux yeux rayonnants d'amour."

Cette histoire est incroyablement languide et poétique, elle raconte l'éveil érotique et littéraire d'une adolescente de quatorze ans, avec un double regard : celui de la collégienne, curieux et exalté, celui de l'adulte, hésitant et profondément nostalgique. Le roman est décomposé en quatre parties : la rencontre et l'approche, la séduction et la volupté, les conséquences et les remises en question, et fatalement l'analyse, trente ans après. "La chose la plus importante que j'aie apprise d'elle, c'est la force de la volonté. Chaque aspiration, chaque amour commence par une nostalgie, un rêve, si nous osons désirer quelque chose ou quelqu'un de tout notre être, nous l'obtiendrons finalement, même si cela paraît inaccessible."

En marge de la bienséance, il restera de cette histoire des pages et des pages de tendresse, d'érotisme, de délectation, de lascivité... L'histoire d'amour est décrite à travers le regard innocent d'une adolescente romanesque, un canard à lunettes qui deviendra un cygne altier, comme elle se décrit. (Son compagnon lui reprochera d'avoir nourri là des caquetages romantiques de lycéenne !) Le pouvoir des mots transcende cette liaison scandaleuse et contestable, toutefois je suis demeurée très en retrait du propos et j'ai davantage apprécié la fin du livre, après un début lent et alambiqué. Et quitte à me pousser davantage dans mes retranchements, je crois avoir encore plus estimé la qualité littéraire de ce livre, et un peu moins son histoire, trop alourdie avec ses 350 pages. Avis aux amateurs de passions amoureuses, pas si simples, ce livre est pour vous !

Editions Joelle Losfeld, février 2008 - 350 pages - 22,50€

traduit de l'hébreu par Ziva Avran et Arlette Pierrot.

 

 

3 juillet 2008

Un âge irresponsable - Lavinia Greenlaw

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Il y a des romans que vous regrettez de ne pouvoir entrer dedans, la faute au temps, au soleil, à la saison (aux enfants, dans la rue, qui jouent en s'époumonnant), aux vacances qui pointent etc. C'est un constat flippant et ahurissant : je n'ai pas su aimer ce livre et ça me mine ! Pourtant, Lavinia Greenlaw a le gabarit des auteurs anglophones qui me bottent, me séduisent et me font craquer. Et l'allusion en quatrième de couverture d'une forte influence par la vie et l'oeuvre de Virginia Woolf ne pouvait que me conquérir d'avance... Ah mais oui, le problème (encore un), c'est que j'apprécie plus volontiers les journaux de Virginia Woolf, et moyennement ses romans. D'ailleurs, ce n'est pas quelconque si Lavinia Greenlaw adresse un clin d'oeil à La chambre de Jacob, en choisissant de débuter son histoire par le même incipit : "Alors, bien sûr, il n'y avait plus qu'à partir."

Etait-ce prémonitoire ? J'avais pourtant toutes les clés en main, mais j'ai foncé. Têtue, obstinée, fonceuse et butée... je suis. L'histoire introduit Juliet Clough, issue d'une famille nombreuse et dont les membres ne se supportent pas. Entre eux les scènes de la vie ordinaire, les réunions de famille tournent souvent à l'aigre lors d'échanges verbaux tantôt cruels tantôt sarcastiques. Bref, Juliet prépare une thèse et travaille à mi-temps dans une galerie, laquelle est séparée par une cloison assez fine, à travers laquelle elle perçoit toutes les conversations du voisin. Ce type l'obsède et va très vite la fasciner. Il s'appelle Jacob, il est professeur et écrivain, accuse la quarantaine, il est marié mais en passe de se séparer. La relation n'est pas claire, Barbara est une femme de poids (et de poigne), limite déséquilibrée, et Jacob lui-même est une sorte d'anguille, insaisissable créature qui se glisse dans la vie des gens pour en sortir aussitôt. Très frustrant, donc. Qu'à cela ne tienne ! Juliet et Jacob couchent ensemble, ont une liaison d'attachement et de détachement. C'est très arrangeant, surtout pour nos deux protagonistes, mais déconcertant pour le spectateur (lecteur) extérieur !

Dans la vie de la famille Clough, un drame va survenir avec la mort du frère, Tobias, dans un accident (attentat à la bombe). Cet élément va rejaillir sur l'ensemble de la fratrie mais chacun poursuivra son bonhomme de chemin avec la même candeur et insouciance. Sauf pour Juliet, électron libre, qui va ressentir un malaise profond, être atteinte d'un mal qu'elle ne parvient pas à nommer et décider de partir en Amérique. Je ne peux pas en dire davantage, car j'ai abandonné ma lecture !!! C'est ma très grande faute, j'avoue. J'étais totalement déconcentrée.

Car il y a un potentiel énorme dans ce livre, bourré de charme, de fraîcheur et d'exubérance. Les gestes et les mots des protagonistes sont empreints de cette douce extravagance. Ils ont tous bien du charme. Ils déroutent, captivent, attisent la curiosité. C'est insolite et tendre, comique et dérisoire. Cela ressemble un peu à un incroyable fourre-tout, du genre comédie britannique déjantée, avec la panoplie des personnages loufoques, complètement barrés, qui luttent avec leurs vies. Qu'on s'y trompe pas : ce roman est pointu, guidé de l'oeil avisé et de la plume acérée de Lavinia Greenlaw, révélateurs d'une extrême sensibilité.

Editions Joelle Losfeld, avril 2008 - 305 pages - 21,50€

traduit de l'anglais par Florence Lévy-Paolini.

 

Un âge irresponsable

 

 

2 juillet 2008

La forêt des maudits - Marcus Sedgwick

L'histoire se passe au début du XVIIe siècle, en Europe de l'Est. Peter et son père Tomas, tous deux bûcherons, traversent la forêt de Chust pour se rendre à l'enterrement de Radu, un autre bûcheron de leur connaissance. Son corps a été retrouvé pendu, le village a aussitôt conclu qu'il s'agissait d'un suicide. Tomas reste circonspect, pointant le doigt sur un détail troublant : le coeur de Radu a été arraché.

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Mais dans ce village perdu au coeur de la Transylvanie, il faut se taire et rentrer dans le rang. Peter et son père vivent dans une cabane, au fond des bois. Ils rendent service, coupent du bois et se tiennent à l'écart des soubresauts qui secouent les habitants de Chust. Car des morts violentes surviennent et entraînent des conséquences irréversibles. Un jeune type prénommé Stefan a été retrouvé assassiné. Selon une coutume ancestrale, le village doit organiser "les noces funèbres". Pour épargner la malédiction qui s'abat sur les morts célibataires, il faut le marier à une fille du village, devant son tombeau ouvert. Après la cérémonie, la fille passe quarante jours de deuil confinée dans un cabanon, à l'orée du bois, sans voir âme qui vive. La fille choisie est Agnès, celle que Peter chérit.

Il va tenter d'interférer dans le jugement des Anciens, à la tête desquels se trouve Anna, une vieille femme au physique repoussant. En comité d'accueil, Peter est vivement repoussé et invité à aller voir ailleurs. Depuis peu, son père et lui dérangent. Tomas est effectivement un ivrogne invétéré et la récente venue des tziganes, qui campent dans la clairière, ne profite pas à la réputation du bougre. On raconte sur lui des tonnes d'histoires, liées à son passé, selon lesquelles Tomas cacherait des trésors inestimables. La caisse sous le lit de son père en est la preuve, même Peter a interdiction de l'approcher !

Bref, en attendant, Agnès est conduite dans sa prison de fortune et est coupée du reste du monde. Peter veut s'assurer qu'elle est en bonne santé mais il découvre alors qu'il n'est pas le seul à lui rendre visite. A la nuit tombée, un individu, se faisant passer pour Peter, se glisse jusqu'à sa fenêtre et lui tend une main froide, en la cajolant d'une voix douce mais qui reste, dans le fond, terrifiante.

Je vous avoue que, sans jamais nommer la source du problème, on comprend bien vite de quoi parle ce roman ! Mais Marcus Sedgwick a eu l'intelligente idée de brasser les contes et vieilles légendes d'Europe de l'Est pour traiter son sujet. Les sources sont fiables, pour un rendu romanesque. L'ambiance est impeccable, sombre, gothique et captivante. Les pages de ce livre se tournent à vitesse folle (les chapitres sont courts, cependant). Peut-être le début est-il vaguement opaque et douteux, mais très vite le lecteur va mordre à l'hameçon et ne lâchera plus son livre ! La forêt des maudits est un roman qui se lit à tous les âges, si le sujet vous plaît, alors n'hésitez pas !

Milan, mars 2007 - coll. Grands Romans - 230 pages. 13€

traduit de l'anglais par Emmanuelle Pingault - titre vo : My swordhand is singing.

C'est Mélanie (Book in) qui, la première, a su me donner envie...

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