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Chez Clarabel

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25 septembre 2008

Les armées - Evelio Rosero

Ismael, un vieil homme, professeur à la retraite, passe son temps dans le verger à reluquer sa voisine, Geraldina. Elle est belle, sensuelle, prend des bains de soleil complètement nue, tandis que son mari, le Brésilien, joue de la musique. Leur fils et Gracielita, la petite cuisinière, courent dans le jardin en poussant de grands éclats de rire. C'est une image idyllique et surréaliste, un peu figée dans le temps. Car tout va être soufflé.

Nous sommes à San José, un village paisible situé à l'orée d'une forêt colombienne. La guerre n'est pas loin, narcotrafic et armée, guérilla et paramilitaires. On déplore des disparitions, des enlèvements. Toute la jeunesse a fui, il ne reste plus que les anciens, les irréductibles. On se retrouve chez l'un ou l'autre, pour des cérémonies teintées de jérémiades, de sermons et grisées par les victuailles et l'alcool. On attend, on prie. Ismael, lui, a mal au genou et se rend chez son vieil ami, le guérisseur Claudino.

Et puis, un matin de bonne heure, un nouvel éclat frappe la communauté de San José, secouée, retournée et hébétée. Tandis que Ismael cherche son épouse Otilia, partie à sa propre recherche, le village se transforme en corridor de violences. De nouveaux kidnappings vont avoir lieu, des rançons faramineuses demandées, Ismael perd la tête, faute à  la vieillesse, la tristesse, le désespoir.

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Il faut absolument lire ce roman ! Il est étonnant. L'auteur a évité les solutions faciles pour raconter son histoire, usant d'une plume langoureuse pour décrire ce qui semble être un petit paradis terrestre. On suit un homme usé, qui va perdre la mémoire et la raison à force d'être confronté au chaos. Ce n'est qu'entre les lignes qu'on perçoit les tragédies, avec les disparitions et les rapts qui touchent toutes les familles de ce village tranquille. On aimerait être bercé par l'illusion de sensualité, mais tout ceci n'est que le calme avant la tempête. On plonge dans un désordre monstre sans flairer le coup. Il plane toutefois dans l'air un sentiment de statu-quo, de désorganisation, d'impuissance, mais on s'accroche comme ces villageois à ce lopin de terre, à l'espérance d'un retour imminent de ceux qui manquent.

Le contraste est énorme, le récit décrit une situation catastrophique mais évite les écueils. Le style sensuel laissera place à un rythme syncopé. Le sursis est immense, et on suit l'évolution par le regard d'un vieillard, ce qui casse toute impression d'héroïsme et de vaillance. Ismael n'en peut plus, il est au bout du rouleau. Lui qui aimait regarder les femmes devient spectateur d'un carnage sans solution, et ça le brise. Ce récit bref de 155 pages est cru, virulent mais le cache admirablement derrière l'apparente sérénité. C'est bluffant.

Les Armées

Métailié, août 2008 - 155 pages - 17€
traduit de l'espagnol (Colombie) par François Gaudry
titre vo : Los Ejercitos

D'autres avis : PapillonEssel

Ce livre a reçu le premier Prix Tusquets à Guadalajara en 2006, dont le jury était présidé par Alberto Manguel.

  • Les premières lignes

 

C'était comme ça : chez le Brésilien les perroquets riaient tout le temps, je les entendais du mur de mon verger, grimpé sur l'échelle où je cueillais des oranges que je jetais dans un grand panier de palme. De temps à autre je sentais dans mon dos les trois chats qui m'observaient, perchés dans les amandiers. Que me disaient-ils ? Rien, je ne les compre­nais pas. Un peu plus loin, ma femme donnait à manger aux poissons du bassin, nous vieillissions ainsi, elle et moi, les poissons et les chats, mais ma femme et les poissons, que me disaient-ils ? Rien, je ne les comprenais pas.
Le soleil commençait à briller.
La femme du Brésilien, la svelte Geraldina, cherchait la chaleur sur sa terrasse, complètement nue, allongée à plat ventre sur un couvre-lit rouge à fleurs. Près d'elle, à l'ombre rafraîchissante d'un kapokier, les mains énormes du Brési­lien effleuraient sagement sa guitare et sa voix se mêlait, placide et insistante, au doux gloussement des perroquets. Ainsi s'écoulaient les heures sur cette terrasse, au soleil et en musique.
Dans la cuisine, la belle petite cuisinière - on l'appelait la Gracielita - faisait la vaisselle, juchée sur un escabeau jaune. Je la voyais par la fenêtre sans vitre de la cuisine donnant sur le jardin. A son insu elle roulait des hanches en lavant les plats; sous sa courte robe d'un blanc éclatant, chaque partie de son corps se dandinait au rythme frénétique et consciencieux de la besogne : assiettes et tasses étincelaient entre ses mains brunes, de temps en temps surgissait un couteau à dents, brillant et joyeux, mais comme ensanglanté.

 

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24 septembre 2008

Le miroir des ombres - Brigitte Aubert

Nous sommes en 1891, Louis Denfert est reporter au Petit Eclaireur. Envoyé par son chef à Dijon, il doit enquêter sur l'affaire criminelle qui fait scandale : le corps d'une gouvernante anglaise, Mathilda Courray, 32 ans, vient d'être découvert, découpé en petits morceaux, dans le train de nuit Paris-Marseille. A peine arrivé sur les lieux, Louis est victime d'une agression et doit la vie sauve à un certain Emile Germain, ancien baroudeur revenu d'Asie. Dans la bataille, notre journaliste a perdu son carnet de notes. Plutôt étrange ! Un calepin contre un portefeuille ? Denfert n'a pas fini d'en voir de toutes les couleurs, il s'embarque pour Leeds pour mieux cerner la personnalité de la femme décédée, et dans le même temps il apprend la disparition d'un inventeur franco-anglais survenu un an auparavant, dans le même train. Ce type aurait eu des accointances avec Mathilda Courray, en plus d'avoir appartenu à une loge maçonnique.

D'autres révélations inattendues vont poindre au cours de ces 370 pages rythmnées, rafraîchissantes et exécutées avec virtuosité. L'enquête est entraînante, digne d'un roman-feuilleton (très à la mode, au 19ème siècle !). L'impression d'une fidèle reproduction est flagrante, tant dans le décor que dans les personnages. Et déceler le vrai du faux devient un véritable challenge, Jack the Ripper ou Mr Hyde, et puis cet homme qui rôde dans l'ombre, dont le sourire animal fiche la frousse... Beaucoup de verve dans la plume, cette nouvelle série dépeint un siècle élégant et inquiétant, fait intervenir la scène littéraire et artistique de l'époque (Schwob, Rostand, Conan Doyle, Degas) et introduit même le cinéma ! C'est enlevé, vif, éclatant. Une liqueur tonifiante, un peu lourde aussi, tant l'auteur a vrai de vrai bûché son sujet (trop de cumul des détails, par exemple, cela casse le rythme et donne le sentiment d'un catalogue !).

Page de présentation de l'éditeur, avec 1er chapitre à télécharger

10-18, septembre 2008 - coll. Grands Détectives - 370 pages / 8,60€

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23 septembre 2008

Jane Austen et moi - Emma Campbell Webster

Conditions requises : 1°) aimer Jane Austen  -  2°) avoir énormément d'humour !
Votre mission : trouver le mari idéal.
Vos armes : un bel esprit, un physique acceptable, de la jugeotte.
Vos failles : une famille croqueuse de dots.
Sur ce, chaussez vos plus belles bottines en nankin, gantez vos mains et sortez chapeaux et parures de coquette... Netherfield vient d'ouvrir ses portes, la chasse est ouverte !

*********

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Première impression : on s'y croirait ! Ceci semble être, de prime abord, une relecture de Pride & Prejudice saupoudrée de bonne humeur et de facétie. Vous êtes Elizabeth Bennet, vous rencontrez Darcy et vous le détestez d'office, vexée comme un pou d'avoir été jugée 'passable'. De son côté, votre soeur Jane s'est amourachée du tenant de Netherfield et, par faute de la rouerie de votre mère, se trouve coincée chez lui, sous la couette, avec une grippe carabinée. Cela dépasse votre entendement et vous vous rendez sur le champ chez votre voisin pour lui tenir compagnie.
La mission peut commencer.
Et pour moi, elle débute très mal. Pour ne pas dire, lamentablement ! Je suis renvoyée à mes fourneaux, paf, c'est fini. J'ai échoué. Oui, d'entrée de jeu ! Je ne dévoile pas comment, ni pourquoi. Mais j'ai beaucoup rigolé de cette déveine.
Allez, je rejoue aussitôt et opte pour l'autre option - qui ne repose que sur un pur hasard, ceci dit en passant. Vous choisissez ci ou ça, et vous vous rendez page x . J'ai toujours adoré ce genre de jeu littéraire. Enfant, j'étais friande de ces livres dont vous êtes le héros. Quelques années plus tard, j'aime toujours autant !
C'est franchement très drôle. Vous menez votre petite barque, si vous êtes un tantinet maligne, vous louvoyez avec aisance pour mieux atteindre votre but. Toujours pour ma pomme, je n'ai fait que collectionner les mauvaises décisions (je suis définitivement une courge en broderie, en danse et je suis une piètre musicienne !). Définitivement, pas bonne à marier.
Mais je persévère... pour ne pas dire que je triche ! :))
Et ma petite aventure se poursuit drôlement, et avec bonheur. Je croise un appétissant Mr Lefroy, me fourvoie à lui donner ma main, mon manque de fortune m'obligera à la reprendre. Grrr. Je poursuis, je cours, je feuillette comme une folle... Darcy, ô Darcy, où es-tu ?
Vous êtes Elizabeth Bennet, ne l'oubliez pas !
De passage dans le Kent, vous retrouvez son exquise compagnie... toujours planquée derrière son Bouclier d'Orgueil (que vous rêvez de percer!). La soirée chez Lady Catherine est un must ! Les dialogues sont vifs, de vrais balles de ping-pong. Pour un peu, vous imaginez avoir ensorcellé le bellâtre. Or, les jours suivants, vous apprenez que Darcy a brisé le coeur de votre soeur chérie et lui en voulez fermement. Sa déclaration pataude tombe à l'eau... Allez-vous accepter ou refuser ? Le sort de votre mission en dépend.
(Et là je rigole dans ma barbe, forte d'un tour de passe-passe qui ferait rougir tout prestidigitateur !)

*********

Ce livre a un potentiel en matière de dérision, c'est hallucinant ! Ce serait mentir que prétendre ne pas aimer ! Je n'ai fait que jouer de mésaventures et de malchances du début à la fin, d'ailleurs je finis par épouser Wickham - ce qui n'était pas du tout dans mes intentions !
Le truc, avec ce livre pétillant, c'est de ne pas faire sa capricieuse et de ne jamais chercher à modifier les grandes lignes de l'intrigue. Si vous vous tenez au scénario de base, vous atteindrez forcément votre but (Darcy ! Darcy ! Darcy !). Or, si l'envie de titiller l'histoire déjà connue vous saute à la gorge, vous serez également la victime d'une histoire à l'ampleur romanesque incontrôlable ! Imaginez croiser Knightley, le colonel Brandon ou même le capitaine Wentworth dans cette campagne anglaise que vous parcourez avec votre charme irrésistible - c'est bien simple : ils veulent tous vous épouser !
Elizabeth perd la tête, ne sait plus à qui donner son coeur. Après une énième tentative, j'épouse Knightley ! Emma Woodehouse, c'est moi. Et Darcy est à rayer de ma carte aux prétentions, définitivement pas de mon acabit - je rêve !

Je retiens de ce livre une lecture éclatante. Et ce qui est bien, c'est qu'on peut le lire et le relire sous toutes les formes, jamais on n'obtient la même histoire - ce qui augure d'autres longues heures de plaisir en perspective.
A noter : cette édition française est agrémentée des illustrations de Pénélope Bagieu.

Editions Danger Public, septembre 2008 - 380 pages - 22€
traduit de l'anglais par Sylvie Doizelet
titre v.o : Lost in Austen : Create your own Jane Austen adventure

L'avis de Francesca

22 septembre 2008

L'excuse - Julie Wolkenstein

Je tâtonne pour parler de ce livre, parce qu'il est remarquable et trouver les bons mots pour le décrire n'est pas chose facile ! Pour le résumer en quelques mots, dirons-nous, ceci n'est pas qu'un roman, c'est une enquête littéraire, un jeu de pistes. On suit l'héroïne - Lise Beaufort - dans sa collecte de sources (ou ressources) cachées lorsqu'elle prend possession de son héritage : une maison sur l'île de Martha's Vineyard, léguée par son cousin Nick, après le décès de la tante Françoise. Elle va y découvrir trois boîtes remplies de photos, de cassettes et d'un manuscrit intitulé Déjà-Vu.

Ce récit, écrit par Nick, entend démontrer que la vie de Lise a été copiée sur celle d'Isabel Archel, l'héroïne du roman de Henry James - Portrait of a Lady. Une relecture s'impose, décortiquant point par point ce fait avéré par Nick. De son côté, Lise pinaille. Elle lit cette longue dissertation en prenant des pauses, le temps de fumer, de boire du champagne et de flirter avec le skipper. Elle songe, soupèse et complète les passages brumeux. Car ils sont nombreux - Nick a beau prétendre avoir joué le rôle du cousin Ralph, secrètement amoureux d'Isabel Archer, il n'est pas autant l'observateur avisé et confiant !

A sa façon, Lise veut lui rappeller qu'il se trompe. Elle rembobine le film de sa jeunesse - exilée française, orpheline et riche d'un joli pécule, érudite, prétentieuse et effrontée, elle n'a jamais cessé de tracer son bonhomme de chemin par la force de son indépendance, son audace et son amour pour un certain Gilles (Gilbert Osmond ?). Au diable les coincidences - la maladie de Nick / Ralph Touchett ; la rencontre avec Marie / Madame Merle ; l'adoption d'Alabama / Pansy et l'inclination de Charles / Lord Warburton. Et j'en passe !

L'exposé de Nick est prodigieux, éloquent et tient parfaitement la route. La contre-attaque de Lise est à la hauteur de la verve de cette femme sensationnelle. Nos deux protagonistes sont quasiment ex-aequo. Et pourtant, l'histoire va connaître un singulier rebondissement : prise de doutes, Lise va vérifier si sa vie a vraiment été écrite par un autre, et si elle n'a fait que subir cette histoire, malgré elle.

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L'Excuse est un incroyable roman à tiroirs ; c'est un brillant exercice de style, un commentaire de texte instruit, le portrait d'une femme par le truchement d'une figure fictive, une chasse au trésor littéraire, une chronique sociale au charme Fitzgeraldien. C'est limpide, cultivé, mélancolique, construit comme un vrai labyrinthe, on aime s'y perdre, tracer son chemin, suivre des sentiers battus et battre la mesure avec ravissement. On sort étourdi, mais ravi.

Julie Wolkenstein, professeur de littérature comparée, auteur de l'essai "La Scène Européenne, Henry James et le romanesque en question" * met en application des années de passion au service de la littérature grâce à ce roman captivant et exceptionnel.

Je vous le recommande fortement !

Question subsidiaire : Faut-il avoir lu James dans sa vie pour plonger dans ce livre ? Je vous le conseille, chers amis lecteurs, mais ce n'est pas obligé que cette lecture remonte à la veille non plus. ;o)

L'Excuse

P.O.L, août 2008 - 345 pages - 20€

* éditions Honoré Champion, 2000.

Pour compléter vos achats : 

 

 

21 septembre 2008

^Avant-première : roman coup de coeur ^

Il y a deux-trois ans, j'étais lectrice pour France Loisirs. Cela consistait à recevoir des manuscrits en v.o et de renvoyer des notes de lecture. Facile ! Dans l'ensemble, j'ai toujours eu une bonne pioche. Mais un jour, j'ai eu LA révélation de l'année et je suis très contente de vous apprendre que le roman est enfin proposé dans le catalogue de France Loisirs, en avant-première :

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Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

(en vo : The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society)

Son histoire :

Janvier 1946. Tandis que Londres se relève péniblement des drames de la guerre, Juliet se demande quel va bien pouvoir être le sujet de son prochain roman. Lorsqu'elle reçoit une lettre d'un habitant de Guernesey, cette petite île anglo-normande oubliée, lui parlant d'un cercle littéraire et de tourtes aux pelures de pommes de terre, la curiosité de Juliet est piquée.
Au fil des lettres qu'elle échange avec les habitants - aussi fantasques qu'attachants - de Guernesey, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté sans pareille sous l'Occupation et le destin héroïque et bouleversant d'Elizabeth, une femme d'exception...

Rédigé sous la forme épistolaire, ce roman se lit d'une traite. C'est savoureux ! Au début, on pense vaguement à Helene Hanff et son 84, Charing Cross Road pour très vite l'oublier ! C'est encore mieux ici. On s'embarque rapidement dans une aventure insulaire, à Guernesey, au sein d'une communauté bougrement attachante. Ses habitants ont connu la guerre, en plus de leur isolement. Bien entendu ils se sont serrés les coudes, ont trouvé le moyen de se divertir en créant un cercle littéraire pour parler de leurs lectures. Mais en fait ses réunions servaient d'alibi pour des actes de résistance (han-han). Je n'en dis pas plus !

Vous allez adorer !

La page de présentation sur le site de France Loisirs (avec extrait)

Et pour celles & ceux qui me trouvent abominablement injuste (tout le monde n'est pas adhérent !), je ne peux que vous conseiller la lecture en anglais (ce site, play.com, propose le livre au prix de 11,49€  ICI ). Sinon le roman va paraître chez Nil en avril 2009.
Traduction de l'anglais par Aline Azoulai-Pacvon et c'est très bien rendu !

Avé, les lecteurs ! 

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20 septembre 2008

^ Les petits bobos de la vie ^

Certains d'entre vous se posent des questions sur la rubrique de Miss C. Que devient-elle ? La demoiselle, du haut de ses 8 ans, aurait-elle remisé ses lectures et autres conseils pour d'autres plaisirs terrestres ? Non. Non. La Miss lit toujours, ce n'est peut-être pas son occupation numéro 1 mais ça lui prend quelques trente minutes de son précieux temps, au moment du coucher, avant l'extinction des feux. Il faudra vous parler de ce qui la touche désormais, ce qui trouve de plus en plus grâce à ses yeux (le genre série kitsch, avec paillettes en couverture, le must !). Plus tard, ok.

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Pour le moment, nous allons vous présenter cette petite découverte, qui s'est offerte à nous. C'est une collection chez Grasset jeunesse, qui porte bien son nom : Les petits bobos de la vie.

Ce sont des petits livres, assez fins et joliment illustrés. Ils traitent de sujets qui touchent les bambins, cela part du divorce des parents à la maladie, l'exclusion due à une particularité physique ou l'absence du papa dans le quotidien de l'enfant... La collection compte 8 titres à ce jour, et voici les deux petits derniers.

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Ce sont deux sujets qui me touchaient. Et pour mieux en parler, je crois que nous allons verser dans la digression et ouvrir la porte de mon vrai chez-moi pour expliquer l'importance de ces livres. Dans le premier, T'es plus ma copine, on suit l'histoire de la petite Sarah qui s'est fâchée avec sa meilleure amie Catherine. Ce sont maux de ventre au matin, déconcentration à l'école, solitude et ennui qui se préparent pour la fillette. Elle cherche à renouer le dialogue avec Catherine, mais celle-ci la boude. C'est fini, t'es plus ma copine, patati patata.

Non ce n'est pas dramatique. Mais à 7 ans, par exemple, c'est la fin du monde ! J'en sais quelque chose. La Miss C. a une grande-excellente-meilleure amie de la Terre - Amélie. Elles sont inséparables depuis la maternelle. Elles ne se ressemblent pas, n'ont pas le même tempérament, et au début j'avais le sentiment que ma fille avait le plus besoin de cette amitié car Amélie abusait de réactions capricieuses (du genre, t'es plus ma copine) qui minaient le moral de la Miss. Je ne savais pas gérer la situation, elle non plus. Je voulais la dédramatiser mais mes ~ 30 ans et ses 5 ans ne faisaient pas bon ménage. Parce qu'elle ne comprenait pas pourquoi une fois sur deux son amitié avec Amélie était remise en question. (Oui, pourquoi ?) Cela lui tenait à coeur, tandis que moi je lui disais que ce n'était pas bien grave (et je me trompais).

Aujourd'hui le problème est résolu : Miss C. et Amélie sont toujours des meilleures amies, il y a moins de tension entre elles, ou alors la Miss sait mieux les appréhender. Elle a gagné en assurance aussi, voire même en ascendance sur sa copine. Mais la phrase-qui-tue (t'es plus ma copine) a été parmi nos préoccupations durant les années scolaires de Grande Section et CP... Je suggère donc ce petit livre, pour les mamans qui sont à leur tour confrontées au souci ! Parce que vous allez vite comprendre que nous ne sommes que des courges, aux yeux de nos rejetons, devant une situation si puérile à nos yeux, mais si cruciale / vitale aux leurs !!! ;o)

Le deuxième titre est plus grave, je rigole moins. Mon chien est mort raconte la perte de l'animal domestique. Le petit garçon est malheureux, la nuit il pense à son chien, il est triste et ses parents cherchent à le consoler. Ce n'est pas facile non plus. Les saisons passent et l'enfant parvient à faire son deuil, à passer devant la tombe de son chien sans avoir envie de pleurer. Cette histoire est racontée avec des dessins uniquement, comme si ça se passait de commentaire. Il suffit de regarder, de réfléchir et de tracer sa propre logique qui conduit à la bonne conclusion.

Je ne vais pas vous cacher que c'est un sujet qui me hante. J'ai déjà perdu un chien, la Miss avait 3 ans 1/2.  Ce n'est pas elle qui a été frappée de chagrin, mais moi. Elle est un peu passée à côté, aussi. Ce n'est pas sa faute, elle n'avait pas grandi avec et c'était trop tard pour tisser un semblant de relation entre les deux. Mais moi j'ai eu mal. Maintenant nous avons un autre petit chien, la sauvage Anette, parure fauve & noir, oreilles dressées comme des orbites à l'appel du yaourt. Cette fois-ci, il y a un vrai quelque chose entre l'animal et elle - une paire de sottes, en clair ! C'est marrant à voir. (Lisez Rita & Machin, par exemple, vous comprendrez !!!!) J'espère juste que ce livre sera utilisé le plus tard possible !

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A bientôt les lecteurs pour d'autres aventures en livres !  :) 

Dr Eric Englebert / Illustrations de Claude K. Dubois
Collection Lampe de poche 7 ans et +
Série "Les Petits Bobos de La Vie"

T'es Plus Ma Copine / Mon Chien est Mort

48 pages, Illustrations couleur, couv. brochée - 5,90€

19 septembre 2008

Twist - Delphine Bertholon

Une fillette de onze ans est enlevée sur le chemin de l'école. Pendant cinq ans, la petite Madison Etchart ne donnera aucun signe de vie. Elle s'est évaporée. Une Volvo noire a croisé son chemin, et zou. Plus rien. Les enquêteurs ignorent tout des circonstances, une cellule de crise est créée mais les maigres pistes aboutissent à des désillusions. A la longue, les parents de Madi se renferment mais ne veulent pas perdre espoir. Pour sauver sa peau, la mère écrit de longues lettres à l'absente, qu'elle ponctue d'un "N'oublie jamais que je t'aime", et se promet de les brûler le jour où sa fille rentrera.

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L'attente commence, terrible et épuisante. Frustrante, aussi. Les proches veulent se serrer les coudes, mais les nerfs sont à fleur de peau. On se heurte et se blesse pour une pécadille. On se reproche les manques, les loupés et tout le tintouim. On se raccroche aux quelques branches existantes. Stanislas, le petit voisin de dix ans son aîné, était le béguin de Madi et son prof de tennis. Ce samedi du kidnapping, il avait rendez-vous avec la jeune fille mais a annulé pour une histoire de coeur sans lendemain. Pour lui aussi, le temps va compter. Exilé à Paris pour ses études, il va rencontrer la fille au tee-shirt trop grand (Louison), aussi fascinante qu'agaçante. Il tombe éperdument amoureux d'elle, tandis qu'elle le mène par le bout du nez. Il pense mourir d'amour quand Madison refait la une des journaux.

Cette gamine intelligente et futée a croupi dans un terrier chez R., celui qu'on ne nomme pas. Il est son bourreau, son trait d'union pour la survie, il incarne la haine et l'affection, de manière ambiguë (cher syndrome de Stockholm!). On connaît son calvaire par les livres qu'elle griffonne avec rage et désespoir. Ce sont ses béquilles, qu'elle cache du regard de l'homme qui la séquestre.

L'écriture est ce qui sauve nos trois personnages, un instinct de survie pour compenser l'impuissance et éloigner la détresse. Ne jamais baisser les bras, à aucun moment. Madison a prouvé que lire et écrire avaient été ses deux planches de salut, même si l'incertitude et l'effroi ont aussi été ses compagnons d'infortune. Cette histoire, inspirée d'un fait divers, sait admirablement échapper au témoignage délirant et larmoyant du cauchemar qui frappe une famille par la disparition d'un enfant. On ne lâche aucune larme, c'est formidable !

J'avais personnellement peur de tomber dans une emphase déplacée, un climat malsain et éprouvant - en tant que jeune maman. J'ai eu l'agréable surprise de lire une histoire passionnante, écrite avec justesse et élégance. Le récit de la petite Madison, notamment, se révèle étonnant, charmant, plein d'humour et d'ironie. On côtoie ses heures de captivité, pas toujours drôles non plus, mais on échappe à toute névrose, toute affliction. C'est une lecture que je conseille, pour sa vitalité et son message d'espoir. Cela parle d'attente et d'amour, à un sens très large !

 

Twist

JC Lattès, août 2008 - 428 pages - 18€

L'avis de Solenn, enthousiaste aussi


Michel Field / Delphine Bertholon : Twist
envoyé par hachette-livre

18 septembre 2008

New Wave - Ariel Kenig & Gaël Morel

 

 

Ce livre est né d'un projet cinématographique : New Wave, téléfilm écrit et réalisé par Gaël Morel pour Arte. L'idée était simple : partir du scénario pour en faire un roman, une forme d'adaptation à l'envers. Et c'est Ariel Kenig qui fut approché pour participer à ce projet et rendre "une copie" singulière, personnelle et aussi indépendante du film. - A lire en préface, pour s'en convaincre.

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L'histoire est celle d'une adolescence en province, dans les années 80. Eric entre en 3ème au collège, il n'est plus dans la classe de son ami Thomas mais fait la rencontre de Romain, un garçon hors du commun. Indépendant, sûr de lui, il affiche un look punk, c'est également un passionné de musique, il compose et chante dans son coin, bref cette amitié nouvelle pourrait donner des ailes à Eric. Lui-même a une histoire familiale assez lourde, il n'est pas heureux chez lui, et seul son frère aîné trouve grâce à ses yeux. C'est ce qui le lie à Romain, cette vénération pour le grand frère, qui est, dans les deux cas, engagé dans l'armée.

L'ambiance du roman est assez morose, proche du spleen. Cette histoire aboutira d'ailleurs à une tragédie, laquelle se révélera retentissante à la toute dernière ligne du roman. En refermant ce livre, on reste coi. Aussitôt on reprend les bonnes feuilles en mettant le doigt sur les détails qui nous avaient échappés. Et là, plus de doute possible.

On ne traite plus en surface d'une énième chronique d'amitié entre adolescents désespérés mais on aborde un vrai récit dramatique, avec son lot de cache-misère et ses malheurs en sourdine. C'est absolument flippant, et notamment spectaculaire dans les portraits des familles. Anna, la mère de Romain, est grandiose. Elle aime d'amour fou son rejeton, elle est entière, envahissante, curieuse et menaçante...

"Les mains dans l'évier, elle reconnut l'énormité du temps qu'elle consacrait, aveugle, à ce que d'autres mères appelaient effort, mais qui ne représentait à ses yeux qu'un moyen de prouver la totalité de son amour, de résister à l'ennui ainsi qu'à la déchéance qu'implique dans de nombreux cas l'inactivité, ou encore de prolonger cette jeunesse qui ne lui appartenait plus, cet heureux sentiment d'une maternité pleine que l'ambition de Romain, forcément, blesserait un jour." 

 

New Wave reste un projet écrit à quatre mains, un peu trop cerclé sans doute. A l'instant où le lecteur décolle, le soufflé retombe aussitôt car la dernière page se tourne. C'est juste un peu dommage, il aurait fallu étirer ce climat éthéré avant de nous lâcher brutalement dans le vide. Cela participe au choc et à la fascination mais ça provoque implicitement une légère frustration, ce sentiment agaçant qu'il manque un petit quelque chose...

A noter : une play-list est disponible en fin de roman si vous souhaitez rembobiner la musique du film (que de la new wave, bien sûr !) ...

Achetez New Wave !

Flammarion, août 2008 - 190 pages - 16€

Diffusion du téléfilm le 19 septembre sur Arte :

http://www.leblogtvnews.com/article-22100152.html

17 septembre 2008

Le passager de l'orage - Claire Gratias

Le roman commence par cette simple phrase : "Jonathan L. venait tout juste de décider de larguer sa petite amie le jour où il rencontra Katherin Bets pour la première fois." Je ne sais pas vous, mais moi j'ai trouvé que ça s'annonçait plutôt bien. Tout de suite, on pressent le climat décisif et mystérieux qui s'installe autour du personnage de l'écrivain. Jonathan a dix-sept ans, il vit avec ses parents à Cotteville. L'été approche et l'adolescent trouve un petit boulot : devenir le secrétaire particulier de Mme Bets. Cette dernière vient de louer Cotte House, une maison réputée maudite, avec son aspect très 19ème siècle et ses légendes de fantômes et autres esprits frappeurs. Un vrai décor de cinéma, avec frissons garantis !

La relation entre Katherin et Jonathan est aussitôt placée sous le signe de l'intelligence et de l'échange. Le garçon vit sous son toit, il partage sa "petite cuisine" d'écrivain et profite de son temps libre pour bouquiner. C'est dans Moonfleet qu'il tombe en apnée, fort d'être estourbi par cette lecture qui le prend au dépourvu. Jonathan est en transe. Souvent il se trouve plonger dans des rêves hallucinatoires et se réveille en nage. Est-il devenu une cible de choix pour la légende de Cotte House ? Katherin également est en proie aux démons des nuits blanches et de la panne d'inspiration. Que se passe-t-il dans cette maison ?

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La deuxième partie du roman est franchement excellente ! Le début est plutôt lent, plus accentué sur l'adolescent et ses problèmes sentimentaux et familiaux. On trépigne un peu d'entrer dans le vif du sujet, voilà pourquoi on soupire d'aise d'arriver à Cotte House. Le pressentiment est bon, aussitôt l'atmosphère change. J'ai aussi eu l'impression que l'auteur - Claire Gratias - s'était franchement amusée à écrire cette histoire. J'en tiens pour preuve le facétieux épilogue, qui remet tout à plat ! Impossible de ne pas se creuser les méninges après avoir tourné la dernière page. Le lecteur reste pantois. Fichtre alors !

Ce roman noir, destiné aux adolescents dès 13 ans, pourra interpeller tous les amateurs de suspense. Sa principale force repose essentiellement dans l'aura délicieusement inquiétante de Cotte House ! A découvrir.

Le passager de l'orage

Syros, coll. Rat Noir - 272 pages - 12€

16 septembre 2008

Remember me - Claire Delannoy

C'est l'histoire d'une femme qui ne sait plus qui elle est, ni ce qu'elle cherche. Elle est de retour à Paris, avec en poche des adresses et quelques noms. Un soir, elle rencontre en boîte de nuit - au Remember - Vincent, un photographe qui craque pour elle. Une autre fois, elle se lie d'amitié avec Myriam au cours de la promenade de son chien. Elle croise des silhouettes qui ne lui disent rien, mais elle n'a qu'un instinct : fuir, toujours.

Elle s'envole au Québec et s'installe dans un chalet, près d'un lac. Elle y vit aux côtés d'Henry, autre ami commun de sa copine Carla, qui s'est évaporée. L'homme est prévenant, attentif et lui éclaircit ses souvenirs brumeux. Elle le suit pour un voyage à San Francisco, est submergée par les vagues du passé qui reviennent dans un va-et-vient étourdissant. Elle s'appelle Ana, elle a parcouru le monde, elle a aimé un homme - Marco - et sa vie a été en danger, d'où son traumatisme. Aujourd'hui c'est Vincent qui la recherche en publiant une annonce géante en première page du New York Times.

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Du charme, du mystère, de la séduction, des pointillés, des ombres, des grands discours, un cri d'amour, une âme perdue et désespérée... que dire encore ? Au début, le roman fait passablement maniéré et diffus. En choisissant de ne pas lire la quatrième de couverture, on ne devine pas tout de suite quel est le problème de l'héroïne. Ana paraît fragile, elle relève juste de maladie mais on n'en sait pas plus. C'est progressivement que la petite musique se met en marche et cela fonctionne plutôt bien.

Par chapitres courts, d'une plume évanescente et lumineuse, l'histoire s'écrit en s'envolant. Les pages défilent à vitesse folle, on n'a qu'une envie : connaître le secret d'Ana, découvrir son passé, comprendre les raisons de son amnésie. Le résultat est curieux, presque inexplicable. C'est subtil, et j'ai beaucoup aimé. 

Editions Léo Scheer, septembre 2008 - 173 pages - 16€

 

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