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Chez Clarabel
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20 décembre 2018

Le Fabricant de poupées de Cracovie, de R. M. Romero

le fabricant de poupées de cracovie gjUn soir dans son atelier, un fabricant de poupées, ancien soldat devenu infirme, découvre l'une d'elles en train de parler. Elle se présente sous le nom de Karolina et lui raconte une histoire incroyable : elle vient d'un vaste royaume que des rats sont venus envahir en saccageant tout sur leur passage. Notre Fabricant de poupées est incrédule mais fasciné.
Cette rencontre va en effet rendre sa vie plus belle et plus douce. Comprenant que Cyryl Brzezil est un homme bon et généreux, souffrant de solitude, Karolina va s'appliquer à rendre son existence plus agréable. Ils vont ainsi rencontrer un musicien juif et sa fille Rena (qui va découvrir son secret).
Mais l'horizon annonce aussi de gros nuages sombres. L'Allemagne va envahir la Pologne et semer la terreur dans les rues de Cracovie. Bientôt, leurs amis vont être persécutés et Cyryl va refuser de se soumettre, quitte à prendre des risques insensés pour les protéger.
Outre le contexte dramatique et poignant, on assiste avant tout à un déploiement d'enchantement et de magie. L'auteur a choisi la voix du conte, jouant habilement les équilibristes, et dénonce l'horreur et l'oppression sous ses artifices irréels.
Le mélange est surprenant, mais réussi. On y croise donc des sorciers, des rats, un soldat au pourpoint argenté, un homme sans mains, une maison de poupées, une montagne de verre, une pomme d'or et bien d'autres légendes encore.
Très vite, la lecture nous envoûte dans son univers merveilleux et insolite, au-delà de son histoire bouleversante. Car oui, c'est très, très triste aussi. Mais l'invitation n'en reste pas moins
 fabuleuse et inoubliable !

Gallimard jeunesse (2018) - traduit par Anne Krief

Titre VO : The Dollmaker of Kraków

illustration de couverture : Maria T. Middleton

 

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10 janvier 2019

La petite librairie des gens heureux, de Veronica Henry

La petite librairie des gens heureuxQuoi ? Un roman qui parle de livres et de librairie ! Il ne m'en fallait pas davantage pour partir en vrille. Au final, j'ai été agréablement surprise par cette lecture pleine de charme et de gourmandise. Un roman qui ne paie pas de mine et qui vous prend totalement au dépourvu.
Direction un petit village de la côte anglaise, Peasebrook. Le propriétaire de la librairie locale vient de mourir en léguant à son unique fille son bien le plus précieux, Nightingale Books. Mais Emilia se retrouve avec un lourd fardeau sur les bras, car la librairie se porte mal et les dettes s'accumulent. Son père vivait d'insouciance et de passion. Aujourd'hui, Emilia doit décider si elle poursuit l'aventure droit dans le mur ou se résout à vendre la vieille bâtisse à un promoteur âpre au gain.
Pourtant, elle découvre rapidement l'existence d'une communauté très attachée à la librairie : des amoureux des livres, mais aussi des personnes ayant toutes aimé profondément son propriétaire. Julius était un homme formidable, attachant, avec le cœur sur la main. Tous ont désormais conscience qu'ils ne peuvent pas abandonner Nightingale Books et entendent soutenir Emilia face à son héritage.
Les petites histoires viennent ainsi s'immiscer, ci et là, avec sa brochette de personnalités affables. Chacun y va de son anecdote, mais aussi de ses secrets ou de ses ambitions, pas toujours honorables. Autant de petites billes qui roulent et viennent s'entrechoquer pour créer une formidable osmose. Oui, il y a dans cette lecture une aura magique et poignante : une harmonie réelle et captivante.
J'étais finalement bien lovée dans mon canapé à tourner les pages du roman. Avec un sourire niais sur le visage. Je me sentais dans mon élément, parfaitement chouchoutée dans cette ambiance. Comme un doux refuge qui inspire un vrai confort. Ne cherchez pas le moindre soubresaut, juste l'assurance d'une rencontre improbable et néanmoins lumineuse. J'ai été conquise sur toute la ligne : effet cocooning assuré !

City éditions (2017) - Traduit par Ariane Maksioutine

Titre VO : How to Find Love in a Bookshop

Existe en format poche (2018)

 

 

5 janvier 2019

Les Enchantements d'Ambremer (Le Paris des Merveilles 1), de Pierre Pevel

les enchantements d'ambremer audible

Quelle extraordinaire lecture, où l'on découvre un univers original et fabuleux sous la plume de Pierre Pevel.
L'histoire se déroule dans un Paris des Merveilles, un Paris pittoresque et vieillot, celui de la Belle Époque, avec ses Grands Boulevards, ses immeubles haussmanniens, ses rues pavées, ses canotiers et ses corsets... mais aussi ses sirènes dans la Seine, ses saules rieurs, ses chats ailés, ses farfadets, ses gnomes, ses dragons et ses licornes...
Oui, imaginez un monde féerique, où se mêleraient magie et enquête policière, avec des personnages truculents en sémillants porte-drapeaux. Voici donc l'univers flamboyant que nous propose cette série. De quoi se frotter les mains avec jubilation. 
Louis Denizart Hippolyte Griffont est mage du Cercle Cyan. Ingénieur excentrique, il prête également ses lumières pour résoudre des mystères... de là à être impliqué dans un trafic d'objets enchantés, il n'y a qu'un pas qu'il va franchir avec aisance. En chemin, il croisera également sa délicieuse épouse, Isabel de Saint-Gil, une habituée des arnaques. Même si entre eux, le mariage appartient désormais au passé, une profonde tendresse demeure. D'où une association inopinée face à des sorciers maléfiques qui vont sortir du bois et présager une prolifération de sombres complots.
Verdict : c'est entraînant, étourdissant, captivant. J'ai adoré cet univers follement original, la plume enjouée de l'auteur, les personnages fantasques, l'humour guilleret et l'influence romanesque de Maurice Leblanc ou Gaston Leroux. On se croirait dans un grand feuilleton du 19ème avec une touche fantastique pour éblouir davantage le lecteur. J'ai totalement adhéré.
Je suis déjà parée pour écouter la suite proposée en exclusivité par Audible Studios : Maud Rudigoz livre une performance enchanteresse et très plaisante pour l'oreille. Le cocktail est savoureux. Un régal, vraiment.

©2015 Bragelonne (P)2018 Audible Studios

Également disponible en Collection Folio SF (n° 571)

A79325

Parution : Mars 2017

14 décembre 2018

Sleeping Beauties, de Stephen King & Owen King

sleeping beautiesEmbarquement immédiat pour Dooling, petite ville des Appalaches, où les habitants ne sont ni plus ni moins des êtres ordinaires. En apparence. Dans la prison pour femmes, une nouvelle prévenue vient semer la zizanie : Evie Black est inquiétante et mystérieuse. Avec son aura puissante, elle envoûte ses comparses, sous l'œil goguenard du personnel impuissant. Commence alors un étrange phénomène : les femmes s'endorment et ne se réveillent plus. À la place, leur corps est recouvert par un cocon qu'il est déconseillé de transgresser (sous peine de voir les endormies se métamorphoser en folles furieuses). Bientôt, le syndrome Aurora frappe toute la communauté féminine de Dooling et d'ailleurs.
Comme souvent dans les romans de Stephen King, on se focalise sur un monde en vase clos, on scrute les comportements humains en situation désespérée et on laisse l'auteur s'en donner à cœur joie pour dépeindre des vies banales fouettées par un vent de panique. Ce faisant, il épingle sans vergogne toutes les bassesses possibles et inimaginables et gratine, non sans humour, ses congénères dans cette vision d'une société qui les priverait de compagnie féminine (devinez quoi ! ... les WC seraient d'une crasse monumentale). Bref. Vous gloussez bien derrière votre bouquin à les imaginer se dépatouiller sans vous.
Maintenant, parlons technique, car ce livre audio est le prolongement d'un roman de 830 pages, soit près de 28 heures d'écoute. Oui, tout ça. Un vrai marathon de lecture qui semble interminable... et pourtant je suis bon public. Seulement, mon ami, j'ai jugé qu'il y avait trop de tours et de détours pour toucher au but. Et à force de tourner autour du pot, on trépigne d'impatience, on geint et on a l'impression de s'abrutir. Ceci dit, je ferme les yeux (loin de moi le syndrome Aurora) car j'ai été littéralement hypnotisée par l'ambiance sordide de Dooling et par le caractère étrange et fantastique de l'intrigue. Cette histoire écrite à quatre mains (père et fils) se voudrait un hommage à nous les femmes, nous le charme (pauvres diables que sont les hommes). Un brin caustique et déjanté.
Bravo à la fabuleuse Marie Bouvier qui a lu ce texte avec patience et dévotion : j'ai totalement adhéré à ses interprétations car elle multiplie sans relâche les voix selon les personnages (et ils sont nombreux) ou leurs personnalités. On peut plus facilement se repérer et avancer dans l'histoire avec aisance. Une véritable prouesse.

© 2018 Éditions Albin Michel. Traduit par Jean Esch  (P)2018 Audiolib 

 

22 octobre 2018

Rituel (Jack Caffery 3), de Mo Hayder

Rituel Jack Caffery 3 Mo HayderPour une première rencontre, Jack Caffery (flic désabusé) et Flea Marley (plongeuse obsessionnelle) vont immédiatement sauter dans le grand bain. Une main sectionnée vient d'être repêchée dans le port de Bristol. Caffery débarque à peine, pensant se mettre au vert après avoir quitté Londres, et renoue avec le glauque et le sordide. Très vite, l'enquête va les confronter à l'impensable (drogue, prostitution, magie noire, sorcellerie...). Certes, ce n'est pas comme s'ils en avaient été épargnés jusque-là ! Caffery et Marley traînent tous deux de grosses casseroles (Flea, la disparition tragique de ses parents, et Jack, l'enlèvement de son frère dans sa jeunesse). Toutefois, si on m'avait dit que ces démons allaient également occuper toute la place, j'aurais réfléchi à deux fois avant de m'y lancer ! Oui... c'est trop long, trop mou, l'enquête est plate, si ce n'est l'incursion vicieuse de détails bien glauques et une ambiance...hello Darkness my old friend... je ne vous raconte pas la sinistrose. Cela m'a déplu et déçu. Les romans de Mo Hayder sont nerveux et amers, mais cette fois l'histoire est creuse et se fourvoie dans des quêtes désespérées, peut-être fondamentales pour les personnages, mais ce n'est pas pas du tout palpitant à suivre (les rencontres avec le Marcheur ou les expériences interdites pour flirter avec le paranormal...euh ?). Ce rendez-vous m'a donc paru bien décevant, malgré une lecture virtuose par François Hatt, cela ne rattrape pas la sensation d'une lecture passable et pénible.

©2008 Presses de la Cité. Traduit de l'anglais par Hubert Tézenas (P)2018 Audible Studios

 

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19 octobre 2018

Ne la quitte pas des yeux, de Linwood Barclay

ne la quitte pas des yeux linwood barclayEn couple depuis cinq ans, David et Jan Harwood ont un petit garçon et une vie assez ordinaire. Lui est journaliste pour la presse locale, prêt à révéler un scoop, quand il réalise que sa femme file un mauvais coton et laisse planer des sous-entendus inquiétants. Soucieux de la distraire, il se rend en famille dans un parc d'attractions mais la sortie tourne au désastre : un individu tente de kidnapper son fils, dans l'affolement, son épouse est introuvable. Les jours passent et Jan ne donne toujours pas de nouvelles. Craignant le pire, David va remuer ciel et terre pour prouver qu'elle n'est pas morte. Toutefois, la police met en doute ses paroles et commence à le suspecter. N'en jetez plus ! Ce Linwood Barclay est juste renversant. Son histoire est pleine de grosses ficelles : le coup du mariage trop beau pour être vrai, le passé qui frappe à la porte, toc toc toc, c'est ton pire cauchemar qui est de retour pour pourrir ton existence rangée, adieu les faux-semblants, bonjour les mystères. Tout est là, suspense, action et coup de théâtre. On en redemande car c'est terriblement prenant. J'étais suspendue aux lèvres du narrateur (François Hatt, excellent) et j'ai quasiment tout écouté d'une traite (12 heures haletantes et redoutables). C'était... hmm, intense et captivant ! Je ne m'y attendais pas du tout. Depuis, j'ai vu que l'auteur avait entamé une série se déroulant à Promise Falls, donc je pense y retourner très vite !

©2011 Belfond. Traduit de l'anglais (Canada) par Irène Offermans (P)2016 Audible FR

 

16 octobre 2018

La disparue de la cabine N°10, de Ruth Ware

La disparue de la cabine No 10

Laura Blacklock doit remplacer au pied levé sa rédactrice en chef et participer à la croisière organisée pour la presse qui encadre le lancement du nouveau paquebot pour la Norvège. Or, la journaliste n'est pas au mieux de sa forme. Récemment victime d'une agression à son domicile, elle souffre d'un choc post-traumatique et prend des cachets en avalant de grandes rasades d'alcool pour calmer ses angoisses. Un cocktail explosif, on s'en doute. Son esprit vaseux serait-il donc en cause quand, en pleine nuit, elle surprend un bruit étrange (un corps jeté par-dessus bord) et comprend que sa voisine de cabine a disparu. Elle alerte la sécurité, fait le tour de l'équipage, se confie auprès de ses collègues mais peine à les convaincre. En fait, c'est sa crédibilité qui est remise en cause, car Laura est jugée trop fragile, peu digne de confiance.

Ce schéma narratif étant devenu de plus en plus à la mode depuis les succès de Paula Hawkins (La fille du train), SJ Watson (Avant d'aller dormir) ou Gillian Flynn (Les apparences), on trouve désormais une pléthore de romans avec des narratrices marchant sur la corde raide et aux confessions prêtant à confusion. Cet engouement n'est pas pour me déplaire. Il faut juste se farcir une palanquée de spécimens agaçants, comme Lau Blacklock, qui sème le trouble d'entrée de jeu. La journaliste est à côté de la plaque, hystérique, lente et sans jugeote. Elle a beau s'échiner à raconter son histoire, on peine à cerner le vrai du faux. Effets secondaires ou pas, ses propos sonnent confus et douteux, même s'ils incitent à en découdre. Résultat, on plonge aussi sec dans son récit. C'est décousu et fébrile, en mode huis clos, psychotique et claustrophobe, pas très rassurant. Est-ce surprenant ? Non, mais pas inintéressant non plus. Seule la fin m'a paru longue et un peu abusée... 

©2018, Fleuve Éditions. Traduction de Héloïse Esquié. (P)2018 Lizzie

Très bonne lecture faite par Alice Taurand, qui distille un suspense efficace en incarnant une héroïne aux nerfs fragiles et aux pensées brouillonnes. On la suit tant bien que mal, dans ce parcours confus et erratique, par contre on ne lâche pas l'affaire jusqu'au dénouement.

 

9 octobre 2018

Rien ne va plus sous les étoiles, de Jenny McLachlan

Rien ne va plus sous les étoilesMeg a quinze ans et une réelle passion pour les étoiles. Depuis toujours, elle rêve de devenir astronaute. Sélectionnée pour participer à un concours organisé par la NASA, l'adolescente doit néanmoins surpasser sa trouille et prononcer un discours devant ses camarades. Meg sait qu'on la traite de geek ou qu'on se moque d'elle derrière son dos. Autant renoncer d'office à la compétition. En plus, son principal rival n'est autre que son partenaire de sciences, Ed King, un garçon branché et populaire. Pour ne rien arranger, sa mère a mis les voiles pour une mission humanitaire à l'autre bout de la planète, livrant ses filles, Meg et Elsa, un bout de chou de 18 mois, à la garde du grand-père un peu trop fantasque. Débordée par ses nouvelles responsabilités (crèche, couches, repas, dodo) et veillant à ne rien dire à personne, l'adolescente n'est plus aussi appliquée et rigoureuse en classe. Elle est d'ailleurs convoquée pour rejoindre un atelier réservé à de très bons élèves, comme elle, qui rencontrent des difficultés pour se sociabiliser. Contre toute attente, un petit groupe se forme, entre Meg, Annie, Rose et Jackson. Ils se savent les dindons d'une farce, rouspètent et réclament des biscuits, puis peu à peu tombent le masque et vont se serrer les coudes pour porter leur capitaine Clark jusqu'aux étoiles. En réalité, cette lecture est franchement adorable ! C'est un roman doudou qui s'ignore et qu'on picore avec ce sentiment d'avoir dégoté un beignet au miel tant c'est savoureux. On a une héroïne forte et intelligente, qui adore les sciences et l'astronomie, mais qui préfère s'enfermer dans sa bulle pour se protéger. Il était temps qu'un big bang bouscule son existence bien rangée ! Finalement, l'histoire va privilégier les situations tendres et cocasses pour chasser les incohérences, les griefs, les exagérations (pourquoi sa mère se montre aussi irresponsable et égoïste ? pourquoi son grand-père s'envole sur son vélo ? pourquoi des poules, pourquoi un Jacuzzi, pourquoi la tectonique des plaques ?). On oublie tout et on passe un moment formidable avec Megara Clark : cette jeune fille est un vrai modèle qui pourrait inspirer bien des lecteurs ! On admire et on aime sa fougue, sa sensibilité, son obsession, sa spontanéité... Cela rend son évolution encore plus fabuleuse, le roman en devient terriblement attachant. Et la couverture est magnifique.

La Martinière J. (2018) - traduit par Camille Bocquillon

 

4 octobre 2018

Les Puissants #2: Égaux, de Vic James

égaux les puissants 2L'histoire reprend immédiatement après le chaos survenu en fin de tome 1 (Esclaves) : Luke, accusé de crimes, est envoyé dans un château paumé en Écosse, chez un individu cruel et pervers. Sa famille est également expédiée à l'autre bout du pays, mais on n'en entendra plus beaucoup parler, à l'exception de sa sœur Abi qui veut le délivrer au péril de sa vie. Par contre, les Jardine occupent le devant de la scène, entre tractations et entourloupes politiques, la frontière est floue ! Chez les Puissants, tous les coups sont permis, même en famille. Et j'avoue m'être fait avoir à plusieurs reprises. Nul n'est digne de confiance... on se demande qui sont les bons parmi tous ces méchants. On se croirait dans du Game of Thrones à petite échelle. Car au final, cette série m'inspire des sentiments partagés. L'ambiance, la trame romanesque, les personnages et leurs sombres desseins sont tous parfaitement combinés et font de cette lecture une promesse excitante. Par contre, le rythme n'y est pas. C'est sans flamme, sans élan, sans passion. C'est noir de chez noir (il n'y a plus d'espoir). Et si généralement je suis friande des récits morbides, loin de toute sensiblerie, je ne ressens pas d'enthousiasme débordant pour cette série. C'est pas mal, on a envie de connaître la fin, mais il se dégage aussi un truc froid et éteint, pas très émoustillant. Difficile à expliquer, mais c'est aussi du ressenti personnel. La lecture audio, une exclusivité des studios Audible, est assurée par Julien Allouf, par ailleurs excellent narrateur, qui prodigue pour l'occasion une interprétation proche de la torpeur et du désenchantement. Un parti pris assumé, mais qui ne favorise pas non plus le souffle attendu. Parution du tome 3 courant octobre 2018 pour la VO : Nathan devrait suivre rapidement pour la traduction. Attendons donc le gong fatal pour émettre un verdict définitif.

©2018 Nathan. Traduit par Julie Lopez (P)2018 Audible Studios

À venir :  Marquer les ombres 2 de Veronica Roth
Lu par Marine Royer
Série : Marquer les Ombres, livre audio 2
Date de publication : 11/10/2018

Couverture de Marquer les ombres 2

26 septembre 2018

La cité des âmes perdues (The Mortal Instruments 5), de Cassandra Clare

La cité des âmes perdues

Clary et Jace savourent à peine leurs retrouvailles que le sort s'acharne encore sur eux. Jace a finalement cédé à ses pulsions démoniaques pour suivre Sebastian dans sa folie vengeresse. Il est désormais considéré comme un traître aux yeux de l'Enclave mais Clary s'imagine qu'il est possédé et ne répond plus de ses actes. Résultat, elle fonce bille en tête et va remettre son destin entre les mains de son frère et de son amoureux. 

En fait, quand on élimine tous les passages sur les prises de tête, les confusions amoureuses, les interrogations, les doutes, les quêtes impossibles et interminables, bref que du creux, on se retrouve avec une intrigue bien pauvre ! C'est triste de penser que la série est en train de s'épuiser de la sorte. Peu d'action et absence de renouveau. On tourne autour des mêmes problématiques (amour impossible, âmes tourmentées et non perdues). Je suis un peu déçue du constat, même si je trouve l'univers des Shadowhunters formidable et la puissance narrative de Cassandra Clare toujours conséquente, cela ne suffit plus pour épater la galerie.

Il me reste un dernier épisode, que j'espère riche en intensité et plus surprenant, avant de regarder la saison 3 sur Netflix (là aussi, une production hyper décevante mais passons). Côté technique, la voix de Bénédicte Charton est agréable à écouter, mais je trouve qu'elle module trop certaines intonations pour incarner les personnages (un Jace viril ou un Magnus snob), du coup ça paraît ridicule car trop caricatural. C'est ennuyeux.

©2012 Cassandra Clare / Univers Poche. Traduit par Julie Lafon (P)2018 Audible Studios

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12 septembre 2018

Aujourd'hui tout va changer, de Maria Semple

AUJOURD'HUI TOUT VA CHANGER 1018« Allongée ce matin dans mon lit, j'avais mis la barre ridiculement bas : regarder les gens dans les yeux, s'habiller, sourire ! Ça devait être une promenade de santé. Et puis cette crapule de Réalité s'est pointée dans un pick-up devant moi, et s'est mise à me balancer des pastèques en pleine figure. Et il n'était même pas encore treize heures ! »
N'en doutez plus, voilà un roman étonnant ! C'est l'histoire d'une femme mariée et mère de famille, installée à Seattle depuis une dizaine d'années après une vie trépidante à New York et une carrière de scénariste pour un dessin animé à succès. Depuis, ses journées se résument à sortir le chien, préparer le petit-déjeuner et envisager de mettre le point final à son roman graphique entamé depuis des lustres. Ce matin-là, pourtant, rien ne va se dérouler comme elle l'espérait : son  mari se cogne la tête contre la table de la cuisine et se fait porter pâle à son cabinet, leur fils Timby se plaint d'avoir mal au ventre et refuse de rester à l'école. Eleanor n'a pas d'autre choix que de l'embarquer pour une journée parfaitement dingue : rendez-vous avec un poète, déjeuner avec un ancien stagiaire, folles emplettes chez Gap, réconciliation autour d'un stand de poissons panés...
Complètement foutraque mais carrément barré ! Une fois qu'on saisit le ton, l'humour, la supercherie, on gobe le tout en gloussant. Eleanor Flood est une héroïne impétueuse, pleine de mauvaise foi, à l'existence brouillonne et loin des clichés attendus. J'ai trouvé incroyable son aventure sur une journée : cela part dans tous les sens et c'est raconté avec malice. J'avoue, j'ai bien aimé.

Traduit par Carine Chichereau pour les éditions Plon / repris en poche 10-18 (2018)

 

Dans le même style, j'ai récemment lu le roman de Sue Townsend : Dans la peau de Coventry.

DANS LA PEAU COVENTRY

Un roman tout aussi déjanté, avec une héroïne qui zigouille son voisin et prend la poudre d'escampette. Elle abandonne son foyer, s'installe à Londres et multiplie les rencontres farfelues. L'histoire est cocasse et exubérante. Une expérience originale, assez marquante avec son humour un peu cash.

 

 

12 septembre 2018

Les Secrets de l'île (Meurtres à Sandhamn 4), de Viveca Sten

Les Secrets de l'îleUn étudiant en psychologie est retrouvé pendu dans sa chambre. Désespérée, sa mère implore l'inspecteur Thomas Andreasson de ne pas abandonner l'enquête. Ses collègues et lui ont déjà matière à réflexion avec la mort d'anciens chasseurs-côtiers, qui auraient tous fréquenté la base militaire de Korsö, dans les années 70. L'intrigue va suivre son cours, avec son suspense et ses rebondissements, un processus routinier, car disons que d'autres éléments m'interpellent assez rapidement... 

D'abord, Sandhamn, la bouffée d'oxygène des citadins, les weekends de détente et la mer pour seul horizon. Ensuite, les personnages : Thomas, à nouveau en couple avec son ex, et Nora Linde, en plein divorce houleux. Le duo harmonieux de la série TV n'est qu'un mythe : dans les romans, Nora est passive et déprimante, submergée par ses émotions. Thomas, toujours à cran avec son épouse à fleur de peau. Tous deux entretiennent une simple relation amicale, sans ambiguïté, et Nora a rangé sa tenue de Miss Marple au placard. 

C'est sans doute moins excitant, pourtant ça rend leurs histoires poignantes et concrètes. On ne se prive pas non plus pour avoir de belles images en tête, au moins ça console du ton geignard de Raphaël Mathon - qui ne varie jamais ses intonations de voix, masculines ou féminines, c'est du même tonneau. Franchement sinistre. Mais la série a du charme à revendre, ce qui fait qu'on y retourne sans cesse.

©2016 Albin Michel. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne (P)2018 Audible Studios

 

5 septembre 2018

Les Nuits de la Saint-Jean (Meurtres à Sandhamn 3), de Viveca Sten

Les Nuits de la Saint-JeanDans ce troisième épisode, on plonge dans une ambiance où l'on retient son souffle sous le coup de l'émotion : une adolescente a disparu en pleine nuit et, malgré tous leurs efforts, les policiers n'ont jamais retrouvé sa trace et n'ont pas l'ombre d'une piste. Quelques mois plus tard, des restes humains vont finalement être déterrés dans la forêt et plomber le moral des troupes. 

Nora Linde, de retour sur l'île de Sandhamn, tente de faire le point sur son couple (oubliez la jeune femme opiniâtre de la série TV, la Nora des romans est à fleur de peau...). On se prend en pleine face sa détresse et on compatit, même si on a envie de la secouer en hurlant contre Henrik. De son côté, Thomas Andreasson a revu son ex-femme pour évoquer leur passé et, enfin, évacuer leurs vieux démons. 

L'enquête criminelle est donc conduite en marge de ces considérations domestiques, familiales ou sentimentales mais n'est jamais totalement oubliée. Cette fois, Viveca Sten s'inspire des romans de sa compatriote (Camilla Lackberg) et glisse en flashback des chapitres du passé racontant l'enfance d'un garçon opprimé par un père violent. On se doute que cette information va entrer en collision avec le présent, en attendant on savoure les retrouvailles (les personnages nous sont familiers mais gagnent en épaisseur). Le cadre de Sandhamn grouille de charme et d'exotisme.

En bref, ce n'est pas le meilleur épisode de la série - la lecture est moins captivante et davantage touchante. En tout cas, rien de rédhibitoire pour poursuivre sa découverte ! Juste la narration faite par Raphaël Mathon d'une tristesse proche de la déprime...

©2010 / 2015 Viveca Sten / Éditions Albin Michel. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne (P)2018 Audible Studios

8 août 2018

Bretzel Blues (Franz Eberhofer 2) de Rita Falk

Bretzel BluesDeuxième aventure de Franz Eberhofer, une lecture truculente et enjouée ! On retrouve avec plaisir les personnages introduits dans Choucroute maudite, avec cette fois la sensation de ne plus perdre de temps à replacer les pions dans leurs cases. On avance, on sourit et on jubile.

Le directeur du collège, M. Höpfl, vient se plaindre des insultes peintes sur le mur de sa maison. Crève, sale porc ! Le type est en effet détesté dans toute la ville, mais cela ne justifie pas qu'on traîne sa réputation dans la boue. Écoutant mollement ses complaintes, Eberhofer hausse tout juste un sourcil... son intérêt est volage, davantage accaparé par les troubles de la circulation, sa famille tapageuse et sa relation houleuse avec Susi. Et puis, Höpfl disparaît - son corps bientôt pulvérisé par un train lancé à toute vitesse. La description de la scène est assez balèze... alors que Eberhofer s'interroge : suicide, vraiment ? Et l'enquête se poursuit selon une routine placide, conduite sans esbroufe, puisqu'on accompagne Franz dans un dédale de vie quotidienne, d'anecdotes saugrenues et de rencontres pittoresques.

Résultat, la lecture est une partie de rigolade sur toute la ligne : le héros affreusement cynique, qui fond au contact de l'adorable Uschi, la mémé obsédée par les promos, ses célèbres recettes (petits pains vapeur, crème à la vanille, longe de chevreuil, jarret de porc, chou rave), sans oublier les bières, les glaces, le spa et Louis II ! C'est cocasse et assumé. Même Julien Allouf prend aussi son pied dans cette histoire.

©2018 Mirobole Éditions. Traduit de l'allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux (P)2018 Audible Studios

17 mai 2016

Le Cannibale de Crumlin Road, de Sam Millar

Le cannibale de Crumlin Rd

Pour sa deuxième enquête, après Les Chiens de Belfast, Karl Kane va de nouveau basculer dans l'immonde et l'horreur. Des jeunes filles disparaissent dans la nature, avant de refaire surface le corps martyrisé et atrocement mutilé. Bizarrement, la police ne mobilise pas ses troupes pour cesser ce massacre. Il faut dire aussi que les victimes sont pour la plupart de pauvres nanas défoncées, des junkies, des laissées-pour-compte, ce qui ne manquera pas de faire réagir notre détective, qui s'applique à dénoncer les exactions des forces de l'ordre. Il est d'autant plus en pétard qu'il a débusqué un début de piste concret mais constate que son alerte reste sans effet. Le principal suspect, Robert Hannah, appartient à la crème de la société, avec de nombreuses relations haut placées, et une immunité diplomatique. Karl Kane, lui, fonce dans le tas. Mais à pétarader de la sorte, l'homme s'attire les mauvaises grâces du dangereux psychopathe... Et là, bon sang de bois, quel flip ! Petite parenthèse sur l'extraordinaire interprétation de Lazare Herson-Macarel qui rend le personnage exécrable au possible, avec son ton mielleux et perfide, on enverrait valdinguer son iPod à travers la pièce tant on pousse des cris hystériques en tremblant d'effroi ! Chapeau. Donc, Kane devient à son tour l'obsession du Bob, qui va le toucher en plein cœur en ciblant la prunelle de ses yeux. Ohlala, mes aïeux, j'ai encore souffert avec cette lecture morbide et effroyable. J'avais déjà relevé combien c'était dur et glauque de plonger dans un livre de Sam Millar, et pourtant j'y retourne tête baissée, le cœur soulevé de dégoût et d'angoisse, mais j'y retourne. C'est terrible. J'ai davantage apprécié le personnage de Kane, moins centré sur sa petite personne, moins focalisé sur ses hémorroïdes, et qui se révèle amant fébrile, papa maladroit, fils déboussolé... Une figure en patchwork plutôt convaincante. De toute façon, cette série réserve bien des surprises, plus ou moins appréciables, entre le portrait attachant du privé cabossé par la vie, ses enquêtes conduites à l'ancienne, mais qui dérivent invariablement vers des sentiers chaotiques, avec le souci du détail sinistre. Un procédé discutable, qui suscite des sentiments contradictoires et inspire aussi un profond malaise. Je prends néanmoins déjà rendez-vous pour le prochain épisode (Un sale hiver) ! 

Interprété par Lazare Herson-Macarel, pour Sixtrid (mars 2016) - durée 7h 47

Traduit par Patrick Raynal (The Dark Place) pour les éditions du Seuil

Repris en poche chez Points (Policier, 2016)

 

9 mai 2016

Ainsi vont les filles, de Mary Westmacott

Ainsi vont les filles

Après un long veuvage de seize ans, période durant laquelle Ann Prentice s'est entièrement dévouée à sa fille Sarah, elle décide, à 41 ans, de se remarier avec Richard Caulfied, qu'elle vient de rencontrer lors d'un dîner chez des amis. Il lui tarde de le présenter à Sarah, partie trois semaines en Suisse. À son retour, pourtant, la nouvelle ébranle la jeune femme de dix-neuf ans, très attachée à ses habitudes et aux liens exclusifs qu'elle entretient avec sa mère. Aussi, fait-elle vivre un enfer au couple, forcé de repousser leurs noces. Cette tyrannie imposée par sa propre progéniture finit par oppresser Ann qui doute de l'avenir. Deux ans plus tard, on retrouve notre duo mère - fille dans une nouvelle posture. Sarah est courtisée par un homme fortuné, mais de mauvaise réputation. Même si elle est attirée par le luxe, elle n'est pas sûre de ses sentiments et quémande de l'aide auprès de sa mère, laquelle est trop accaparée par sa nouvelle vie mondaine pour lui prêter une oreille attentive et compatissante. Dans ce roman à l'atmosphère insupportable, où mère et fille se livrent une guerre d'usure, confondant l'amour, la dévotion à l'exigence et le despotisme, amertume et désespoir composent l'essentiel de cette histoire impitoyable. C'est à la fois hallucinant et agaçant de suivre Ann et Sarah se chamailler puis se réconcilier, et enfin donner le change en faisant semblant d'une paix retrouvée après tant de sacrifices ! Leur vie frivole ne masque hélas pas leur grande détresse (elles se pomponnent, sortent tous les soirs, boivent des cocktails, flirtent en toute insouciance). Les failles sont invisibles, même si les premiers signes sont sans appel (migraines, râleries incessantes). Le roman est, de ce fait, surprenant, poignant et rondement mené, avec un sens de la dramaturgie plus pointue et une sentimentalité plus affûtée. J'avais souvent l'impression de lire une pièce de théâtre - et n'ai donc pas été surprise d'apprendre que l'auteur avait initialement écrit son histoire sous cette forme. Agatha Christie dresse un portrait acerbe des rapports mère-fille teintés d'amour et de haine. C'est déconcertant, mais on se laisse vite prendre au jeu et emporter par cette relation vorace qui dépasse l'entendement. 

Le Livre de Poche, avril 2016 pour la présente édition

Traduit par Dominique Chevallier (A Daughter's a Daughter, 1952)

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28 mars 2016

Austerlitz 10.5, par Anne-Laure Beatrix & François-Xavier Dillard

Austerlitz 10

Après trois jours d'une pluie insoutenable, Paris est en alerte. La Seine vient de déborder et est en train d'envahir les rues de la capitale avec une fureur implacable, le métro est inondé, piégeant au passage ses milliers d'usagers, les immeubles s'effondrent comme des châteaux de cartes et une vague de boue achève le désastre. C'est très clairement une scène d'apocalypse qui ouvre le roman et c'est carrément scotchant ! Il règne une ambiance de fin du monde, pleine de désolation et de désespoir, mais l'effet est sidérant et effroyable. J'ai beaucoup aimé. On suit ensuite l'histoire qui se déroule un an après, avec des parisiens hagards et encore choqués par la violence de la catastrophe, meurtris par les deuils et tentant de surnager en plein chantier. Et au milieu de ce chaos, des meurtres en série. Des meurtres qui visent des célébrités de passage à Paris. Ces massacres ameutent le gouvernement et la maire de Paris qui tentent de relancer le tourisme. Mais au commissariat de police, l'inspecteur François Mallarmé est un homme défait. Brisé par la perte de sa femme et son fils, il sombre chaque jour dans une dépression sans fond. D'autres faits d'armes polluent la vie parisienne, entre trafic d'œuvres d'art, soirées privées licencieuses, passe-droit pour croiser le mythe disparu de la Joconde... Le Louvre tire vite son épingle du jeu en occupant une place entière dans l'intrigue, même si le choix d'une économie parallèle pour sauver ses trésors semble quelque peu discutable. Chloé Tiriac, une jeune journaliste ambitieuse, sent le scoop et n'hésite pas à se perdre entre les arcanes du  musée et les couloirs désertés du métro pour glaner des infos.

L'action ne manque pas dans ce roman aux ficelles nombreuses, lesquelles vont se démêler de façon experte au terme d'une lecture frénétique. Je me suis sentie littéralement happée. Et cela m'a beaucoup plu. C'est un livre au scénario bien rodé, qui nous transporte dans une vision post-apocalyptique de Paris, frappante de crédibilité et follement sensationnelle. On se croirait même au cinéma ! On vit l'hystérie collective au premier rang et on s'en prend plein la figure, tandis que l'histoire déroule son intrigue et ses mystères sans temps mort. Ce semblant de réalité est bluffant - pour moi qui vis en bord de Seine, ce bouquin m'a fichu une frousse bleue ! Aussi distrayante soit-elle, la lecture cogne juste et bien, tout en nous faisant passer un très bon moment.

Belfond/ Mars 2016

>> Ce livre audio en version intégrale est également disponible en exclusivité sur Audible, 
uniquement en téléchargement.

Austerlitz 10.5 | Livre audio

Lu par : Damien Ferrette - Durée : 8 h 08 

 

Offre d'essai Audible : Premier mois gratuit

 

2 mars 2016

La Blonde en béton, de Michael Connelly

La Blonde en béton CL

Quatre ans après avoir tué Norman Church, le principal suspect dans l'affaire du Dollmaker, Harry Bosch doit rendre des comptes devant les tribunaux, accusé par la famille du défunt de grave erreur policière. Notre inspecteur tient bon la barre, contre vents et marées, affrontant les foudres de l'avocate Money Chandler, dont la spécialité consiste à épingler les dérapages des forces de l'ordre. La position de Bosch reste inflexible, jusqu'au jour où ses collègues sont prévenus de la présence d'un corps, coulé dans le béton, qui porte toutes les traces du serial killer, alors que celui-ci avait déjà été tué. Cette nouvelle découverte ébranle les certitudes de notre super-flic, qui doit agir vite et bien, et ce dans la plus grande discrétion, pour ne pas alerter l'accusation ni la presse. Mais l'étau se resserre et la paranoïa gagne du terrain. Bosch pointe du doigt l'éventualité d'un copieur et l'existence d'autres corps. Son enquête vole en éclats par la faute d'une taupe au sein de son équipe. Harry se sent acculé mais tente de cerner au mieux la personnalité du criminel et multiplie les suspects. Le dénouement est ainsi une succession de rebondissements après maintes déductions et tentatives d'approcher le coupable. Et c'est super bien rendu. Le scénario, haletant et habile, nous cueille par le nez pour nous guider là où il faut, quand il faut.

Ce roman est aussi pour moi la conversion ultime à la série Harry Bosch dont les deux premiers tomes (Les égouts de Los Angeles et La Glace noire) n'avaient pas su me charmer au-delà du possible. Cette fois, l'alchimie a opéré et je suis fatalement conquise. Bosch est un flic teigneux, pas sympa, mais sa force et sa détermination sont aussi la dynamique de la lecture, qui jongle entre la procédure judiciaire et la quête du serial killer, deux directions fort palpitantes pour l'intrigue. J'ai entrepris de suivre la série par ordre chronologique et vais découvrir ça avec grand plaisir dorénavant ! 

Calmann Levy / Robert Pépin présente (Mai 2014)

Lire le premier chapitre de "La Blonde en béton"

 

La blonde en béton   La blonde en béton LdP 2015

Points Policier (Mai 2012) / Le Livre de Poche (Mai 2015)

Traduit par Jean Esch (The Concrete Blonde, 1994)

30 novembre 2015

Bilan du mois : Novembre 2015 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

Witchcat

Ce mois de novembre ne s'est pas illustré de façon brillante... hélas. C'est décidément une bien triste saison qui s'annonce, à laquelle je tente de m'extraire en m'évadant dans mes chères lectures...

Ont été particulièrement appréciés, ce mois-ci :

♣ Les Autodafeurs (tome 1), de Marine Carteron

♣ Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, de Harper Lee

♣ Une mariée de trop, de Louise Vianey

♣ La Fille du train, de Paula Hawkins

♣ D'après une histoire vraie, de Delphine de Vigan

♣ Détonations rapprochées, de C.J Box

♣ La série DIVERGENT de Veronica Roth

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Côté séries TV, j'ai rattrapé mon retard en regardant les 4 saisons de la série The Good Wife (la 5ème ne devrait plus tarder). Alicia Florrick est une épouse bafouée, humiliée publiquement par les frasques de son mari volage. Lorsque celui-ci se retrouve derrière les barreaux, Alicia est forcée d'élever seule ses deux enfants et reprend le chemin du boulot. Un ancien copain de fac accepte de l'embaucher dans son cabinet d'avocats. Et l'aventure commence... Alicia est douée et va connaître une ascension fulgurante, gagnant aussi un épanouissement personnel qui va chambouler sa vie de femme. 

Cette série est brillante pour son interprétation, ses dossiers épineux, ses rebondissements et ses enquêtes passionnantes. Elle montre aussi une bien triste réalité économique, dans un contexte difficile, qui contraint à des tractations subtiles de la part des associés. C'est un pur produit américain, très éloigné de notre modèle juridique, mais on s'attache énormément aux histoires et aux personnages. Pour moi, une valeur sûre.

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Vu aussi The Casual Vacancy (d'après le roman de JK Rowling). Une déception. Alors que j'avais beaucoup apprécié le bouquin, riche, épais, habilement construit, la série a fait de grosses coupures pour son script et nous propose une histoire banale mais néanmoins poignante. La petite ville de Padford est divisée en deux clans : ceux qui veulent défendre un projet de spa pour une clientèle riche et propre sur elle, ceux qui prétendent qu'il faut maintenir le centre de désintox pour les habitants du lotissement voisin, les Champs. Et puis l'un des membres du conseil décède d'une rupture d'anévrisme. L'équilibre est rompu. Pour obtenir les voix nécessaires, les deux clans vont faire campagne pour soutenir leur candidat. 

On retrouve avec plaisir l'ambiance des petits villages anglais, ainsi que de très bons acteurs déjà vus dans d'autres séries (Rory Kinnear, Michael Gambon, Julia McKenzie, Keeley Hawes...). Connaissant l'histoire originale, j'ai été fortement déçue par cette adaptation dont les libertés prises ont réduit la teneur dramatique à un enchaînement de tristes circonstances (même la fin est différente). Cela tient la route, mais c'est très en-dessous du roman de l'illustre auteur.

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Pour terminer l'année sur une note plus joyeuse, je me lance dans une édition spéciale, Il était trois fois Noël, avec lectures, films, marathons, cuisine et bricolage sur un thème festif & hivernal ! À suivre, donc ...

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Et une petite chanson à se rappeler par ces temps troublés...  

19 mai 2015

Dans la ville en feu, de Michael Connelly

Dans la ville en feu

Vingt ans après les émeutes de Los Angeles, Harry Bosch décide de revenir sur l'Affaire Blanche-Neige : une journaliste danoise a été exécutée dans une ruelle, sa famille n'a jamais abandonné le combat pour connaître la vérité. La présence sur place d'une douille a permis à la balistique de remonter une piste fumeuse - guerre des gangs, suspects sous les verrous - mais Harry ne se satisfait pas des conclusions et va pousser plus loin ses investigations, bravant, une fois encore, l'autorité de son supérieur. On lui colle dans la foulée une enquête interne, mais notre inspecteur n'en a cure avant de se braquer et d'envisager une approche différente avec les gens qui lui sont proches (« David » Chu !). Toujours cette attitude de rebelle au grand cœur, de flic bourru et obstiné, du type qui fonctionne à l'instinct sitôt qu'il flaire une piste... Cette 18ème enquête ne nous surprend pas ou plus. C'est comme retrouver un bon vieux pote, en territoire conquis et familier. Au micro, Jacques Chaussepied, le lecteur pour Audiolib, conforte par son ton et son interprétation le caractère bonhomme de notre lascar. C'est confondant d'authenticité et rend la lecture saisissante, sans fausse note.

Audiolib, Avril 2015 ♦ Texte lu par Jacques Chaussepied (durée : 11h 27) ♦ Traduit par Robert Pépin (The Black Box) pour les éditions Calmann-Lévy

15 avril 2018

Pêle-Mêle : Où êtes-vous ? - Le Roy qui voyageait avec son royaume - Le trop petit poucet - Le voyage

où etes vous barrouxUn jeune roi, à qui tout souriait, était en pleine déprime car il s'ennuyait profondément. C'était avant d'avoir l'idée génialissime de lancer une partie de cache-cache géante ! Tous ses loyaux sujets sont donc conviés à participer, en se planquant ci et là, tandis que le roi va compter jusqu'à 100 dans son coin. 

Mais le roi est imbattable. Il débusque aussi sec la salamandre, l'oursin, le bigorneau, le panda ou le cochon d'Inde. Il fouille à travers les fourrés, il parcourt le fond des mers ou s'envole vers les cimes des montagnes. Ses sens sont en éveil et il trouve tout le monde (aigle royal, ibis rouge, puce de Mozambique...). 

Tout le monde ? Euh, pas vraiment… Ses conseillers n'osent lui signaler qu'ils sont sans nouvelles du dodo, du tigre de Tasmanie, du grizzli de Californie, du crapaud doré, de la tortue géante de l'ile de Pinta... Car cette lecture n'est pas sans rappeler la disparition de certaines espèces animales, menacées par la folie des hommes. 

En quelques mots, par le biais d'une histoire douce et rigolote, le message est passé pour sensibiliser les plus jeunes à la protection animale. C'EST IMPORTANT ! 

Où êtes-vous ? de Barroux

seuil jeunesse, 2018

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Le Roy qui voyageait avec son royaumeConnaissez-vous l'histoire passionnante du roy de Gallicie, qui aimait collectionner les objets insolites et écouter les récits épiques des grands explorateurs ?

Alors, approchez et tendez l'oreille...

Car cet album va vous transporter dans un univers baroque et burlesque, où un petit homme rêve de vivre à son tour de folles épopées en parcourant le monde... non sans veiller à son confort, sans perdre de temps ou d'énergie inutile, en s'assurant également d'avoir ses poires confites, ses chaussons, sa cour, sa bibliothèque, en bref la moitié de son château auprès de lui !

Humour cocasse et esthétisme déjanté pour fable absurbe qui raconte la folie des grandeurs (et des voyageurs du dimanche). C'est piquant, c'est drôle. On aime, forcément. 

Le Roy qui voyageait avec son royaume, de Dedieu

seuil jeunesse, 2018

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le trop petit poucetLa facétie de Martine Camillieri est de retour ! Elle recycle cette fois le conte du petit Poucet, né dans une famille pauvre, que les parents cherchent à abandonner, ses six frères et lui, en pleine forêt.

Mais le dernier de la fratrie est rusé, d'abord il piste son chemin avec des petits cailloux, puis se fait rouler en prenant des bonbons aussi étincelants que des perles. Résultat, la chouette voleuse chipe le butin et nos bambins sont carrément paumés. Impossible de trouver le chemin de la maison !

En pleine déroute, ils débarquent chez un couple d'ogres et manquent de passer à la casserole. Notre petit poucet, toujours malin, trompe le patriarche avant de filer nez au vent (en gagnant une paire de Crocs magiques). Hihi... C'est franchement très, très drôle. 

L'auteur propose une version hyper souple du conte traditionnel en glissant des traits d'humour, des trucs glauques et un peu gore (après tout, Charles Perrault & les frères Grimm ont ouvert la voie). Et cela donne un texte joyeux, totalement décomplexé et d'une affolante dérision.

On retrouve également un univers atypique, fait de petites babioles souvent récupérées dans les coffres à jouets, et là je pense à ma fille qui était également capable de bidouiller tout un monde à partir de trois fois rien (ah, les précieuses surprises Kinder !). Feuilleter les albums de Martine Camillieri réveille chez nous une tendre nostalgie... en gloussant de plaisir. C'est TOP !

Le trop petit poucet, de Martine Camillieri

seuil jeunesse, 2018

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le voyage caroline pellissier mathias friman

Place à une lecture étonnante, par son univers onirique et sa vision philosophique... de l'enfance ! Un rendez-vous épatant, pour un voyage extraordinaire. ☺

Léon le lion, Hippolyte l'hippopotame et Sergent Poivre la girafe ont décidé de partir en expédition pour rencontrer des enfants (et ainsi apprendre à mieux les connaître). Ils débarquent donc dans un zoo, non sans s'être préalablement dévêtis, et en s'interdisant de parler pour juste observer leurs sujets d'études.

Ainsi donc, les enfants sont une source inépuisable de découvertes et d'étonnements - ils s'amusent de tout, ils vivent leurs émotions à fond, ils gesticulent sans cesse, ils jacassent à longueur de journée, ils veulent tout comprendre, tout essayer. Mais les enfants sont aussi des rêveurs, des créatures parées d'une imagination débordante. Pour nos trois scientifiques, la découverte s'avère très enrichissante et peu banale !

À votre tour de plonger dans ce monde à part, ce voyage magnifique et fascinant ! Un album d'une rare élégance, très beau, très pointilleux et follement lyrique.

Le Voyage, de Caroline Pellissier & Mathias Friman

seuil jeunesse, 2018

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14 avril 2014

Enfant 44, de Tom Rob Smith

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L'histoire se passe dans la Russie de Staline, en 1953, les agents du MGB traquent les dissidents et les font disparaître sans rencontrer la moindre riposte. Le peuple se tait, se camoufle, range sa rancœur au fond de la poche. Leo Stepanovitch Demidov est un agent haut placé, ancien héros de guerre, officier zélé et convaincu d'œuvrer pour le bien du parti. Lorsqu'il se rend chez un vieil ami en plein deuil, il rassure la famille en expliquant que leur fils n'a pas été assassiné, mais tué accidentellement.

Il rentre à Moscou sur les traces d'un vétérinaire, aux idées réactionnaires, qui s'est fait la malle, Leo lui sauve la vie en le repêchant dans un lac gelé, tombe malade. Au sortir de sa convalescence, il est convoqué pour une nouvelle arrestation : celle de son épouse, Raïssa dont la grande beauté fait décidément bien des jaloux... Terrible cas de conscience pour notre agent, qui risque de perdre ses privilèges en subissant un exil forcé dans un coin perdu de l'Oural.

De nouveau, des crimes inexpliqués, des corps éviscérés de jeunes garçons ou jeunes filles retrouvés dans la forêt, des interrogations en pagaille, mais aussi un acharnement manifeste à ne pas générer d'enquête plus aboutie, plus fouillée. On suit les grandes lignes du parti, ou on subit son courroux. Leo fait face aux failles du système, avec une connaissance accrue des drames qui se jouent en coulisses.

L'histoire est rondement menée pendant les 3/4 du roman, ambiance terriblement glaciale du régime stalinien, qui fait découvrir le revers de la médaille, avec les corruptions, ambitions personnelles, bourrages de crâne, drames conjugaux, petits et grands mensonges... Le roman tient ses promesses et est franchement prenant. Par contre, l'intrigue policière fait doucement glousser dès lors qu'on bascule vers la perspective d'un dénouement grossier et aberrant. Autant dire que j'ai trouvé ça frustrant, niais, passablement décevant.

Toutefois je lirai sans hésiter la suite, avec dans l'ordre : Kolyma et Agent 6, car j'ai été agréablement surprise par la vitesse avec laquelle j'ai parcouru cette lecture ! 

Audiolib, avril 2009 ♦ texte intégral lu par Frédéric Meaux (durée : 12h 20) ♦ traduit par France Camus-Pichon pour les éditions Belfond ♦ disponible en format poche chez Pocket, janvier 2010

7 avril 2014

Canada, de Richard Ford

« D'abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C'est le hold-up qui compte le plus, parce qu'il a eu pour effet d'infléchir le cours de nos vies à ma soeur et à moi. Rien ne serait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d'abord. 
Nos parents étaient les dernières personnes qu'on aurait imaginées dévaliser une banque. Ce n'étaient pas des gens bizarres, des criminels repérables au premier coup d'oeil. Personne n'aurait cru qu'ils allaient finir comme ils ont fini. C'étaient des gens ordinaires, même si, bien sûr, cette idée est devenue caduque dès l'instant où ils ont bel et bien dévalisé une banque. » 

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Great Falls, Montana, 1960. Dell Parsons a 15 ans lorsque ses parents braquent une banque, avec le fol espoir de rembourser un créancier menaçant. Le hold-up échoue, les parents sont arrêtés, et Dell a désormais le choix entre la fuite et l’orphelinat. Il traverse la frontière et trouve refuge dans un village du Saskatchewan, au Canada.

Trop calme, trop mou, trop indolent. Rarement un roman n'aura autant multiplié les efforts pour réveiller mon intérêt somnolent ! La faute aussi à Thibault de Montalembert, dont l'interprétation trop maîtrisée a rendu l'ensemble ronronnant, fastidieux et lassant. Eh oui, hélas. Pourtant je me souviens d'une lecture enthousiasmante de La vérité sur l'Affaire Harry Quebert. Cette fois il adopte une posture trop guindée, à laquelle je n'ai pas adhéré.

L'histoire aussi se donne un style “je me révèle lentement”, mais l'effet laisse franchement à désirer. On s'ennuie, à force d'errance, de retour en arrière, de lenteur et de descriptions interminables. Le narrateur fait pitié, tant il est passif. On a envie qu'il se bouge, qu'il prenne sa vie en main, qu'il agisse, et puis non... C'est déprimant. Je n'ai pas du tout été emballée par ce roman morne et assommant, qui n'a pas été sauvé par une lecture à voix haute au ton solennel, pas très concluant. Déception !!!

Audiolib, mars 2014 ♦ texte intrégral lu par Thibault de Montalembert (durée : 14h 27) ♦ traduit par Josée Kamoun pour les éditions de l'Olivier

12 février 2014

“... et voilà pourquoi nous deux, c'est fini.”

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En cette période où l'on nous rappelle que l'amour est une valeur marchande, il est de bon goût de faire un “inventaire après rupture” pour bien enfoncer le clou ! Min et Ed viennent de rompre, après une relation brève mais intense. Ils n'avaient absolument rien en commun, elle est plutôt quelconque et adore les vieux films, lui est basketteur, fêtard et coureur de jupons. C'était écrit d'avance, mais pourtant ces deux-là ont vécu une jolie histoire, sincère et touchante.

L'auteur a réussi un véritable tour de force, en nous embarquant dans cette histoire dont on connaît déjà la fin, sauf la raison de la rupture. Et on revit ainsi toute la romance via l'inventaire de babioles qu'avait conservées la jeune fille, dans une grosse boîte qu'elle compte désormais déposer sur le pas de la porte de son ex. Tous ces objets ont symbolisé leur histoire : la rencontre, leur première sortie, les petits délires à deux, autant de promesses d'instants précieux.

Et on s'attache, bon sang, on s'attache à cette histoire vouée à l'échec, on a envie d'y croire, malgré les petits détails qui n'échappent pas au regard de lynx. L'identification est d'autant plus forte, plus troublante. On se glisse dans la peau de Min et on se sent tout comme elle : en vrac, le coeur brisé et amer. On a eu aussi le goût d'y croire, de rêver - la chute n'en est que plus rude. J'ai beaucoup aimé cette histoire, j'ai été très sensible au discours de la jeune fille, à sa détresse et à ses désillusions. C'est poignant, mais pas du tout déprimant.

J'ai également savouré l'écriture et la traduction, tout de suite j'ai accroché au style vif, poétique et exaltant de la lettre de Min pour Ed. La jeune fille est meurtrie, ça se sent, elle livre aussi tous les beaux souvenirs de leur histoire à deux, son sentiment de trahison etc. Jamais elle ne décharge sa bile haineuse contre lui, elle se montre simplement sincère et c'est mille fois plus convaincant. Le livre lui-même est un appel à la tentation : une belle petite brique rose, truffée  d'illustrations au charme vintage, et une jolie couverture. J'ai totalement succombé !

Inventaire après rupture, de Daniel Handler (Nathan, août 2012 - traduit par Rose-Marie Vassallo)
L'auteur est également connu pour la série jeunesse, Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, qu'il a signée de son pseudonyme Lemony Snicket.

23 janvier 2014

Ensemble, c'est tout - Anna Gavalda ❤

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Il s'agit en fait d'une relecture (ma première lecture date de 2004), mais cette fois c'est en version audio que j'ai tenté l'aventure, et quelle expérience grisante ! Très franchement, la mise en scène est impeccable, l'interprétation de tous les comédiens est irréprochable, accompagnée d'une réalisation sonore très présente, et surtout hyper mélodieuse et agréable à l'écoute. C'est du petit lait à boire, une plongée doucereuse et bichonnée avec amour, un vrai régal !

Par contre, le texte a été abrégé : sachez que les 600 pages du livre ont été réduites à une durée d'écoute d'environ 12 heures. Le texte a donc été pas mal amputé de passages croustillants, mais cela ne nuit pas du tout à la compréhension ni à l'appréciation globale. On retrouve les ingrédients essentiels à la magie du livre : l'humour, la tendresse, les répliques qui font mouche, les mots qui font rêver, qui font rager aussi.

Le duo formé par Camille et Franck est merveilleusement rendu, ces deux-là s'aiment ... mais maladroitement. Julie Gayet et Malik Zidi sont hyper crédibles, font naître la petite étincelle, c'est espiègle, taquin, savoureux. La charmante Paulette (Gisèle Casadeus) est attendrissante au possible, on a tous envie d'une mémé pareille, on crève d'envie de l'arracher à sa maison de repos, de la prendre sous son aile, de la cajoler pour adoucir ses derniers jours, et puis Philibert (Julien Rochefort) est un amour de camarade, surprotecteur, engoncé dans ses bonnes manières, attaché à ses principes, vaillant chevalier qui vole au secours des plus démunis. C'est qu'on en voudrait tous des Philibert dans notre vie !!!

Une fois encore, j'ai eu un sourire niais sur les lèvres à relire cette histoire, belle, miraculeuse et vibrante d'émotions. J'ai coutume de penser que la lecture a des vertus thérapeutiques, certaines rencontres le prouvent, comme celle-ci, Anna Gavalda est une conteuse née, une magicienne du coeur, qui rend la vie tellement plus joyeuse, éclairée et apaisante. Eh oui cela fait du bien ... à l'heure où le cynisme règne en maître, c'est bon de se gaver de douceurs aussi.

Gallimard, coll. Ecoutez lire, juin 2007 (durée d'écoute : 12 heures, texte abrégé). Lu par Julie Gayet, Gisèle Casadeus, Malik Zidi, Eric Elmosnino, Julien Rochefort et 13 comédiens.

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