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Chez Clarabel
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18 septembre 2017

It Girl #2: Pas facile d'être une It Girl, de Katy Birchall

IT GIRLLe roman de Katy Birchall - IT GIRL - avait été mon péché mignon au moment de sa découverte, l'an dernier. J'avais adoré le personnage d'Anna, une adolescente commune et maladroite, brutalement propulsée sur le devant de la scène parce que son père fréquente une actrice à la mode.
Depuis, notre demoiselle apprend à gérer cette soudaine popularité tout en menant une vie de lycéenne empotée, d'où les vidéos la surprenant dans des situations embarrassantes et qui viennent polluer les réseaux sociaux. Qu'à cela ne tienne, Anna garde la tête haute et assume d'être un boulet. Tant que son ami Connor, qu'elle aime secrètement, continue de cerner son potentiel d'héroïne, tout roule !
Et puis, bim ! Un article vient gratouiller sa confiance en elle en déplorant le vide existentiel des fameuses “it girls” et leur incommensurable superficialité. Déjà dans le creux de la vague, car elle a le sentiment que Connor s'éloigne d'elle, Anna décide de passer à l'action et brigue le poste de capitaine sportif dans une compétition de son école. 
Pour une fille godiche et nulle en sports, l'enjeu s'annonce spectaculaire ! Mais Anna se lance dans la bataille, non seulement pour prouver à tous qu'elle n'est pas qu'une nigaude à la motricité douteuse, mais également pour attirer l'attention de Connor et récolter son premier baiser.

Youhou. Ce roman affiche crânement ses couleurs - il est drôle, savoureux, décalé, avec une héroïne extra, pleine d'autodérision, entourée d'amis et d'une famille aussi hilarants qu'elle. On assiste notamment aux préparatifs du mariage de son père et de sa dulcinée, la célèbre actrice, sauf que celle-ci s'emballe dans des délires et des projets qui mettent les nerfs de son entourage à rudes épreuves. 
On suit donc cette joyeuse frénésie à travers les échanges de mails, ou en lisant les messages de Jess, sa copine délurée et extravagante, qui pousse souvent Anna à franchir la ligne jaune. Comment ne pas ricaner en avançant dans l'histoire parsemée de petits cailloux aussi biscornus ?
Si vous êtes en quête d'une lecture distrayante et décomplexée, tentez la série IT GIRL et son humour british salvateur ! ♥

PKJ, 2017 - Trad. Juliette Lê

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5 septembre 2017

Leona #1 Les dés sont jetés, de Jenny Rogneby

LeonaStupeur chez les forces de l'ordre. Une fillette couverte de sang, avec son petit ours en peluche, vient de braquer une banque du centre-ville de Stockholm à l'aide d'un simple magnétophone. L'enfant a surgi sans crier gare et a disparu aussi mystérieusement. C'est Leona Lindberg, inspectrice de la brigade criminelle, qui va se saisir du dossier et revoir chaque point scrupuleusement. Cette acharnée du boulot, souvent prise en exemple par ses collègues, ne ménage pas ses efforts pour tirer au clair cet embrouillamini, quitte à négliger davantage son mari et leurs deux jeunes enfants. Se défendant d'être sentimentale, en raison d'un passé familial conflictuel, Leona cache en vérité une double existence - joueuse de poker invétérée la nuit, elle claque son argent en ligne, perd des sommes astronomiques et est endettée jusqu'au cou. Pour renflouer ses caisses, la jeune femme n'a pas trouvé mieux que d'organiser un hold-up ! C'est donc elle la tête pensante du casse du siècle, elle qui prétend tenir l'enquête pour mieux déjouer les soupçons, elle qui pensait avoir tout verrouillé jusqu'à ce qu'un journaliste trop zélé découvre ses incohérences et se lance dans le chantage... La spirale infernale ne fait hélas que commencer.

J'avais des craintes en commençant ce roman, en raison de la personnalité froide, calculatrice et malhonnête de Leona qui la rend affreuse et antipathique. Mais au final, l'ensemble se révèle une très bonne surprise ! L'enchaînement des événements, l'incongruité des révélations, le numéro de voltige de l'inspectrice-cambrioleuse, les fausses pistes et les rebondissements de l'enquête font de cette histoire une machination incroyable et stupéfiante. On gobe tout du début à la fin, pris par le rythme de cette lecture pleine d'effervescence. J'ai été la première étonnée par mon addiction, au point d'avoir téléchargé le deuxième livre dans la foulée (cf. Leona #2 La fin justifie les moyens). C'est étourdissant et gonflé. Pas mal du tout pour un premier roman !

>> Format audio en exclusivité sur Audible ; uniquement disponible en téléchargement.

©2016 Presses de la Cité. Traduit du suédois par Lucas Messmer

(P)2017 Audible Studios - Lu par Annie Milon (durée : 10 h 51) 

Série : Leona, Livre 1 également disponible en format poche chez POCKET.

  Les dés sont jetés (Leona 1) | Livre audio

6 septembre 2017

Leona #2 La fin justifie les moyens, de Jenny Rogneby

LEONA 2Six mois ont passé depuis l'affaire des braquages à la fillette (cf. Leona #1), l'inspectrice Leona Lindberg suit une thérapie qu'elle fausse sur toute la ligne car elle a encore beaucoup de secrets à préserver. Financièrement, elle est toujours dans la panade et doit de l'argent à un sombre individu, un dénommé Armand, qui ne rigole pas avec les délais. Leona doit donc organiser un nouveau braquage et s'entoure d'une fraîche équipe de jeunes délinquants, qu'elle forme au cours d'un séminaire dans un ancien abattoir. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'un indic de la police s'est faufilé entre les rangs... Professionnellement, Leona Lindberg a été expressément demandée pour rencontrer un kamikaze sur son lit d'hôpital, après son attentat loupé. Le type est renfermé, il faut du temps et du discernement pour comprendre ses intentions et avertir une prochaine attaque. Personnellement, sa vie a également éclaté. Son mari a demandé le divorce et tient leur fille Beatrice à distance, car Leona serait vraisemblablement sujette à des crises de délire paranoïaque. En fait, elle est seule au courant que sa fille court un grave danger, à cause de sa double vie, et qu'elle ne peut compter que sur elle-même pour la protéger. Cela commence à peser lourd dans la balance de notre inspectrice, au calme imperturbable, et qui affiche toujours un sang-froid déroutant. Leona n'a vraiment pas gagné en charisme, mais son histoire continue de m'accrocher. Par contre, ce roman fait moins la part belle à l'action mais s'attache à décortiquer les procédures policières pour justifier la lenteur des enquêtes avant d'opérer les arrestations. Une démonstration parfois trop longue, ou qui vise à rappeler le pédigrée de l'auteur (ancienne criminologue ayant travaillé sept ans dans la police) et qui devient un semblant de caution face à d'éventuels détracteurs. Techniquement, j'ai trouvé que la dynamique n'était peut-être pas aussi efficace que dans le premier roman, mais lorsque tous les éléments se mettent en place, les derniers chapitres réservent une lecture ô combien ébouriffante ! Suspense, émotion, frisson et rebond. On termine en beauté. J'ai encore mordu à l'hameçon. La personnalité troublante de Leona Lindberg est aussi effrayante que fascinante. Le roman s'amuse de son jeu de dupe et prend son pied à tourner le lecteur en bourrique. C'est noir, poignant et explosif. J'attends forcément le troisième tome avec impatience.

>> Livre audio en exclusivité sur Audible & uniquement disponible en téléchargement.

©2017 Presses de la Cité. Traduit du suédois par Lucas Messmer

(P)2017 Audible Studios. Texte lu par Annie Milon (durée : 11 h 39)

  • Série : Leona, Livre 2

La fin justifie les moyens (Leona 2) | Livre audio

 

 

26 septembre 2017

La jeune fille sur la falaise, de Lucinda Riley

la jeune fille sur la falaise audible

Complètement paumée par ses déboires amoureux, Grania ne trouve plus aucun réconfort auprès de son fiancé et décide de planter sa vie à New York pour rentrer en Irlande, dans la ferme familiale. Au cours de ses innombrables errances le long de la falaise, elle croise une fillette somnambule, qui va raviver ses démons et sa détresse. Aurora Lisle a récemment perdu sa maman et est hantée par son souvenir. Son père se sent impuissant et sollicite l'aide de Grania... qui accepte spontanément. La jeune femme et l'enfant ont en effet tissé une relation fusionnelle, ce contre quoi la mère de Grania s'oppose. Ses réserves s'expliquent par les destins entremêlés des deux familles dans le passé, hélas jalonnés de déceptions et de tragédies. Pour mieux comprendre, Mrs Ryan confie à sa fille les lettres de son ancêtre qui viendront éclairer une partie de ce mystère... J'avoue, le début m'a pleinement conquise ! C'était excitant d'ouvrir les nombreux tiroirs de cette histoire, romanesque à souhait, qui nous transporte entre New York, Londres ou le comté de Cork. On se projette dans des vies, on voyage à travers les époques, on s'attache à certains personnages, on vibre au rythme de leurs passions. C'est foncièrement enivrant. Il n'y a que dans le parcours de Grania que l'intérêt s'émousse, ainsi que dans le déploiement général, où l'on constate une forte propension au mélodrame. J'ai regretté ce penchant à sortir les violons et à brandir le spectre du happy-end mielleux. Vraiment dommage. Outre une conduite assez inégale, avec une deuxième partie moins enthousiasmante, le roman s'avère tout de même drôlement addictif. 

Pascale Chemin propose une lecture claire et limpide, révélant malgré elle le ridicule des prénoms choisis (Aurora, Grania...). J'ai trouvé ça risible à entendre, mais ce n'est qu'un détail. Moi qui affectionne les histoires de famille, j'ai particulièrement apprécié cette version exaltante et bouleversante, pleine de charme et de chichis. À absorber de façon homéopathique.

>> Le livre audio est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Leduc.s Traduit par Jocelyne Barsse (P)2017 Audible Studios 

Texte lu par Pascale Chemin - Durée : 15 h 15 

 

La jeune fille sur la falaise

En format poche CHARLESTON EDITIONS

30 août 2017

#LaValiseAudible : Pas de pot pour la jardinière (Agatha Raisin enquête #3), de M.C Beaton

Pas de pot pour la jardiniere Agatha Raisin enquête 3

Pendant les vacances, j'ai retrouvé ma bonne vieille copine, Agatha Raisin, dans ce troisième tome mêlant aventures rocambolesques, humour et coups bas dans la verte campagne anglaise. Et quel plaisir !

Après de longues semaines à crapahuter en Europe, Agatha rentre à Carsely où elle s'étonne de l'engouement collectif pour une nouvelle venue au village. Cette Mary Fortune lui a clairement volé la vedette et Agatha s'en trouve fort désappointée. Même James, son voisin frileux dès qu'une espèce féminine s'approche de lui, ne tarit pas d'éloges à son sujet ! En plus de son allure chic et ses bonnes manières, Mary Fortune est super calée en jardinage - d'ailleurs, le club de Carsely boit toutes ses paroles et applique à la lettre ses conseils. Ne voulant pas rester sur la touche, notre chère Agatha se joint aux festivités et constate, in petto, que cette Mrs Fortune est en réalité une vraie peste. La guerre est déclarée dans les jardinets des Costwolds. À l'occasion d'un prochain concours, Agatha Raisin entend démontrer qu'elle possède la main verte. Mais, on le sait, Agatha et les concours, c'est une longue histoire de duperie ! Elle ne va pas faillir à la tradition et nous réserve de bonnes séquences de gloussements sous le couvert de folles inventions et autres entreprises audacieuses.

Je m'amuse toujours autant à suivre cette série, pleine de charme et de pep's, loin des codes du policier moderne, adoptant au contraire une attitude flegmatique, tout en piochant dans les règles du “Golden Age” à la Dorothy L. Sayers et Agatha Christie. Et puis, Agatha Raisin est une héroïne attachante, malgré sa mauvaise foi, ses jurons et ses gros souliers prêts à écraser les plates-bandes de ses semblables. Véritable socle de la série, elle nous arrache des sourires à la lecture de ses nombreuses péripéties. Et même si cet épisode n'est pas loin de lui briser quelques illusions, en la confrontant à une vérité qui va chatouiller ses fantasmes, notre Agatha est une battante, fonceuse et déterminée. Nul doute qu'elle va renverser la vapeur, et fissa !

Initialement traduite et publiée aux éditions Albin Michel, la série se découvre également en version audio, en téléchargement sur Audible.fr. On retrouve Françoise Carrière dans le rôle d'Agatha Raisin, et on la devine de plus en plus à l'aise dans ses souliers, affichant une interprétation plus affirmée, déployant aussi un jeu plus naturel, et savourant la fantaisie et le culot de l'intrépide anglaise. Je la trouve, sincèrement, fort agréable à écouter !

Pour ne pas changer, il me tarde déjà de poursuivre les enquêtes de notre détective insatiable... 


>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©1994 / 2016 M. C. Beaton / Éditions Albin Michel. Traduit de l'anglais par Esther Ménévis (P)2017 Audible Studios

Pas de pot pour la jardiniere (Agatha Raisin enquête 3) durée : 4h 50

 

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4 juillet 2017

La soupe de poissons rouges, de Jean-Philippe Arrou-Vignod

La soupe de poissons rouges

La famille des Jean-Quelque-Chose est enfin installée à Toulon, dans une grande et belle maison, dont les nombreux couloirs et autres recoins impressionnent nos bambins, avides de parties de cache-cache. Mais la colline environnante est trop tentante pour ne pas y installer une cabane et devenir leur nouveau terrain de jeux d'espionnage. Or, le territoire est disputé par la bande des Castors, que les garçons Jean vont canarder de patates grâce à une carabine... chipant sans le savoir le repas du soir, au grand mécontentement de leur maman. Ce sera gratin de chou-fleur en compensation ! Et une bonne soupe à la grimace. Nos jeunes héros ne manquent, en effet, jamais de ressources, ils composent avec l'ordinaire du quotidien pour le transformer en une folle épopée virevoltante. Ils peuvent toujours quémander auprès de leurs parents pour avoir une télé et suivre comme tout le monde La Piste aux étoiles et les épisodes de Zorro. En attendant, les garçons redoublent d'imagination et se traitent joyeusement de bananes pour se taquiner.

Dans cet épisode, on assiste également à la rentrée de Jean-B en sixième, on rencontre la voisine alsacienne qui les gave de spécialités régionales peu ragoûtantes, on se rend complice de la première boum de Jean-A, on part en mer avec Wellington et Zakouski les poissons rouges, on s'attendrit des premiers émois amoureux, on sourit aux rêves des Jean quant à leur avenir (espion comme James Bond ou écrivain comme Enid Blyton), on assiste à la pendaison de crémaillère lors d'un barbecue explosif, on prend la pose pour des photos de groupe mémorables...

Bref. Cette chronique familiale est une fois encore une lecture touchante et attachante. La lecture faite par Laurent Stocker est également malicieuse et vive, elle nous fait vivre l'histoire avec un sentiment de légèreté, de jovialité et de candeur. C'est adorable, cocasse et surtout très drôle. Un superbe rendez-vous à savourer pour toutes les générations. C'est un petit bout de nostalgie, un album de famille à partager. Et on s'y sent parfaitement bien. 

Une série incontournable, qui ravive les souvenirs d'enfance et qui raconte avec bonheur et émotion des petits fragments de vie autour d'une famille nombreuse. Super drôle et agréable à écouter. ♥

 

Illus. de couverture : Dominique Corbasson

Gallimard Jeunesse - Coll. Écoutez lire (durée 2h 15) / Juin 2017

 

Promo de l'été sur Audible avec l'intégralité du catalogue 0-10 ans à moins de 6 € (jusqu'au 31 août).

En voiture, à la plage ou en montagne, passez un bel été en famille... et en audio !

 Voir le catalogue Kids ►

 

©2007 Éditions Gallimard Jeunesse (P)2017 Éditions Gallimard Jeunesse

La soupe de poissons rouges (Histoires des Jean-Quelque-Chose 2) | Livre audio

Lu par : Laurent Stocker (version intégrale) pour Gallimard

 

☼ Écoutez, c'est l'été ! ☼

 

 

12 juin 2017

Le Secret du mari, de Liane Moriarty

Le secret du mari AudiolibEn fouillant dans son grenier, Cecilia découvre par hasard une lettre testamentaire écrite par son mari. Surprise, puis curieuse, elle cherche à comprendre, à résister à l'envie de l'ouvrir pour la lire, puis finit par interroger le concerné. La réaction de celui-ci ne finira pas de la surprendre...
Tess apprend de la bouche de son époux qu'il est tombé amoureux de Felicity, sa cousine. Blessée, mais surtout vexée, la jeune femme plie bagage et part avec son fils chez sa mère. En inscrivant Liam à l'école de son enfance, elle tombe également sur Connor, son premier amour...
Rachel, vieille femme aigrie par la vie, est désabusée d'apprendre que son fils, sa femme et leur garçon quittent le pays pour New York où sa bru vient de décrocher un nouveau poste. C'est surtout sa séparation avec Jacob, son petit-fils, qui la meurtrit au plus haut point. Cela exacerbe également les souvenirs jamais éteints de la perte de sa fille, assassinée trente ans plus tôt. Son crime laissé impuni, Rachel n'a jamais cessé de spéculer sur l'identité du coupable, se méfiant de tous, accusant non sans honte, souffrant d'être incomprise, ruminant sa vengeance...

Ainsi, ce roman brasse et embrasse trois destinées de femmes bousculées par la vie, acculées dans leur coin, forcées de tout remettre en question et relancer leur fortune. À l'instar de Petits secrets, grands mensonges, le suspense est savamment distillé et donne à lire un roman où chaque lien est inextricablement noué, avec du fil invisible, car on ne voit généralement venir la répercussion qu'au détour d'un chapitre, ou dans les dernières pages du livre, dans un dénouement chaotique et fracassant.
Dans ce roman, Liane Moriarty se montre également plus grave en évoquant des sujets comme le deuil, le poids de la culpabilité, les secrets de famille, le sentiment de trahison, l'adultère et la rédemption. L'émotion est palpable, le désarroi des personnages contagieux. On ressent toute la solennité du roman, son aura dramatique et bouleversante. Implicitement, cela se lit avec beaucoup de retenue et de compassion. 
Contrairement aux promesses vendues, je n'ai pas trouvé ce roman pétillant ou plein d'humour, mais plein de délicatesse, incitant aussi à la réflexion autour de thèmes d'une grande humanité. La lecture faite par Nathalie Hugo est impeccable dans ce registre. De la sincérité, de la sensibilité, de la justesse. C'est tout bon. 

©2015 Albin Michel / Traduit par Béatrice Taupeau

(P)2017 Audiolib / Texte intégral lu par Nathalie Hugo (durée : 12h 06)

 

9 mai 2017

Vieux, râleur et suicidaire - La vie selon Ove, de Fredrik Backman

Vieux, râleur et suicidaire La vie selon OveOve veut en finir avec la vie car il ne se remet pas de la mort de sa femme et ressasse avec amertume la perte de son boulot. Toute une carrière exemplaire balayée dans les orties... C'est inadmissible pour notre vieux monsieur, qui passe désormais son temps à faire le gendarme dans son lotissement, pour mieux cultiver sa réputation de grincheux, tout en préparant minutieusement son prochain suicide. Sa tyrannie va pourtant être mise à mal par l'arrivée de nouveaux voisins, lesquels contreviennent à toutes les règles dès leur installation. Ove voit rouge et rouspète, mais se laisse envahir par cette famille décomplexée en embarquant, bon gré mal gré, dans leurs aventures rocambolesques. J'ai immédiatement ressenti un élan d'amour pour le personnage d'Ove, en apparence bourru et maniaque, alors qu'on se doute que c'est un monsieur fondamentalement bon, généreux, attentif aux autres, dévoué et compatissant. Or, notre homme s'en défend car il a longtemps connu un parcours fait d'injustices, de bêtises et de malhonnêtetés. De quoi le rendre bien méfiant et aigri au fil du temps. Sa rencontre avec la lumineuse Sonja aura suffi à lui mettre du baume au cœur... jusqu'à ce que le destin en décide autrement. Encore et toujours. Certes, on soupire, on sourit, on essuie aussi une petite larme au coin de l'œil mais on plonge dans une histoire bougrement passionnante. J'ai adoré partager un bout de chemin avec Ove, à écouter son histoire, à comprendre ses motivations, à cerner ses zones d'ombre. Car Ove est un être entier, qu'on apprend à découvrir chapitre après chapitre, et qui dépasse de loin la caricature. J'ai également été émue, sincèrement touchée par des passages, où je retenais mon souffle, j'avais la gorge nouée, je refusais toute éventualité d'une fin prématurée. Pour plusieurs raisons, la lecture est remarquable, notamment pour sa grande intensité émotionnelle, et parce qu'elle fait énormément sourire en même temps. L'histoire donne en plus l'aperçu d'une vie autrement plus forte, plus authentique et plus poignante, rien qu'en s'ouvrant aux autres et en lâchant prise. De bonnes ondes positives qui font un bien fou ! L'interprétation de Bernard Gabay pour Audible Studios fait humblement preuve d'une grande justesse et d'une grande sensibilité, comme c'est souvent le cas avec ce lecteur, cf. Ma grand-mère vous passe le bonjour qui avait déjà su me séduire, me parler, me toucher. Une formidable prouesse, une très belle réussite & une lecture aux mille couleurs. ♥

>> Une exclusivité Audible Studios (durée : 10h 12) uniquement disponible en téléchargement sur le site.

©2014 Presses de la Cité. Traduit du suédois par Laurence Mennerich (P)2015 Audible FR

Vieux, râleur et suicidaire | Livre audio

 

10 mai 2017

Les Puissants #1 : Esclaves, de Vic James

Nouvelle série repérée sur le phénomène Wattpad et promise à enflammer l'imaginaire du lecteur. Nathan mise sur Vic James et nous projette dans une Angleterre alternative bien codifiée. Penchons-nous sur le sujet.

les puissantsPeu après l'anniversaire de la plus jeune de la fratrie, la famille Hadley s'engage auprès des puissants Jardine pour honorer leur contrat qui implique de donner dix ans de leur vie en esclavage à l'élite. Les Jardine occupent une position dominante dans la hiérarchie du pays qu'ils gouvernent selon des lois ancestrales, même si celles-ci ne cessent d'accroître les inégalités sociales.

De toute manière, les privilégiés, aussi nommés les Égaux, détiennent des Dons rares et précieux qui confortent leur suprématie. Après quoi, la caste ouvrière se plie à leurs exigences, souvent parquée dans la cité de Millmoor, où les conditions de vie sont rudes et implacables.

Au moment de prendre leur fonction, la famille Hadley a ainsi la désagréable surprise d'apprendre qu'un des leurs ne rejoindra pas le domaine de Kyneston. Une séparation injustifiée et annonciatrice d'une première onde de choc. Car la suite de l'histoire va propulser Abi, son frère Luke, leur petite sœur Daisy et leurs parents dans un maelström de conflits et de complots qui vont profondément chambouler la donne.

À Kyneston, la vie royale n'est pas exempte d'antagonismes larvés entre les frères - l'Héritier Gavar, Jenner et Silyen - et de nombreuses rivalités germent sous couvert d'ambitions dévorantes et parfois dévastatrices. Tandis qu'à Milmoor, les habitants s'organisent pour revendiquer leurs droits et entrent en rébellion contre les Égaux, le Chancelier Winterbourne Zelston fait sensation en voulant voter un acte contre l'esclavage !

La présentation peut sembler globalement fastidieuse, si ce n'est qu'elle ouvre les portes d'un univers riche, complexe et extrêmement élaboré. C'est tout un ensemble dense, aux ramifications multiples et rigoureuses, avec aussi un large éventail d'individus, qu'il faut donc appréhender. J'ai été particulièrement séduite et intriguée par ce monde assez original, qui se déploie au fil des chapitres. Certes, tout reste perfectible car je n'ai pas été sensible aux personnages, j'ai trouvé les interactions gauches et les rares sursauts romantiques assez vains. Par contre, j'ai aimé la trame politique, ses ressorts et ses arcanes. C'est beaucoup plus sombre, poignant et palpitant car l'histoire révèle aussi de nombreuses duperies, manipulations et autres trahisons chez les uns et les autres. L'ensemble m'a finalement bien plu, malgré certaines maladresses qui s'effaceront - j'espère - par la suite, car il faut élaguer cette sensation de fouillis...

 

Ce titre est également proposé en exclusivité par Audible Studios 

avec pour lecteur le formidable Julien Allouf (durée : 10h 24).

Esclaves (Les Puissants 1) | Livre audio

©2017 Nathan. Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Julie Lopez (P)2017 Audible Studios

21 avril 2017

La colline aux esclaves, de Kathleen Grissom

La colline aux esclaves

Après avoir découvert Maia (Les sept sœurs #1) de Lucinda Riley, j'avais envie de prolonger la sensation de m'immerger dans une fresque romanesque passionnante, et au vu des bonnes critiques, j'ai opté pour La colline aux esclaves, un marathon de 13 heures, formidablement porté par Nathalie Spitzer. Cela a été une évasion riche, exaltante et bouleversante. Une belle découverte offerte par Audible Studios.

Virginie, 1791. Lavinia n'est qu'une fillette fluette et vient de perdre toute sa famille lorsqu'elle est recueillie par le capitaine Pyke sur sa plantation de tabac, à Tall Oaks. C'est auprès de la communauté noire qu'elle va grandir, auprès de Mama Mae, Oncle Jacob, le séduisant Ben et l'intouchable Belle... alors que dans la grande maison, Mme Martha contient sa jalousie, sa langueur et sa folie. Son fils Marshall va lui aussi entretenir une haine farouche envers la jolie métisse, Belle, dont il suppute les origines, et méditera longuement sa vengeance pour punir son père, responsable de son éducation délaissée, des méthodes radicales de son tuteur, de son penchant pour l'alcool, etc. Le temps passe, Lavinia s'attache à sa famille d'adoption, voit la vie égrener une série de petits bonheurs et de grands malheurs, comme son départ forcé pour Williamsburg, son retour chez les blancs. Une séparation déchirante pour la jeune fille idéaliste, qui n'a connu la véritable chaleur d'un foyer qu'auprès des esclaves. Son apprentissage se poursuit cependant en matière d'études, de badinages amoureux... mais sa jeunesse, son innocence et son cœur pur viendront souvent fausser ses jugements et bouleverser sa destinée.

Quel tourbillon d'émotions à la lecture de ce roman plein de souffle et de péripéties ! C'est poignant, c'est vibrant, c'est vivant. J'ai été littéralement transportée. Comment demeurer insensible aux injustices de la ségrégation raciale, aux conditions de vie des domestiques et des esclaves, aux familles brisées par des contrats qui se revendent pour éponger des dettes, aux droits de cuissage honteux qui bafouent des jeunes femmes et renient leur progéniture ? L'auteur a réussi un véritable tour de force en traduisant avec force et authenticité l'ambiance des magnifiques propriétés sudistes, mais en s'intéressant aux coulisses et aux petites mains laborieuses. Ce sont des foyers misérables et opprimés, où subsistent pourtant une tendresse, une entraide, une détermination à tenir bon en dépit des adversités. Certes, les séquences dramatiques s'enchaînent en une valse étourdissante et étalent leur lot de violence, de larmes, de mensonges, de trahisons et de non-dits. Si j'ai brièvement craint une once de mièvrerie, j'ai vite revu mon jugement en constatant l'orchestration flamboyante de l'intrigue, racontée en alternance par Lavinia et Belle. Ce ne sont pas non plus des héroïnes fascinantes, fortes et magnanimes, car elles se révèlent parfois naïves, capricieuses et égoïstes, mais cela corrobore le tableau d'une nature humaine capable de prouesses et son contraire.

>> Texte lu par Nathalie Spitzer (durée 13h 13) pour Audible Studios (2016)

en exclusivité sur le site, uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Charleston éditions - Trad. de l'anglais (USA) par Marie-Axelle de la Rochefoucault (P)2016 Audible FR

La colline aux esclaves | Livre audio  La colline aux esclaves pocket

 

12 avril 2017

Pêle-mêle : Tout est magie - Bienvenus - Le Chat blanc et le Moine - Ma sœur, je la déteste !

tout est magie

Monsieur Lapin est un célèbre magicien, qui a toutefois bien du mal à trouver l'assistant idéal. Sa chance tourne le jour où il auditionne Houdini Bouquin. Un petit lapin au poil. Efficace, appliqué, sommant les troupes, veillant au grain, vraiment irréprochable. Mais un soir de représentation, une peau de banane oubliée sur scène, tout dérape. Monsieur Lapin perd le contrôle de la situation, Houdini aussi. Et les rôles sont inversés. Houdini va briller sous les feux de la rampe, devenir la nouvelle coqueluche en tant que magicien et faire salle comble en enchaînant une tournée à guichets fermés. Plus Houdini s'épanouit, plus Monsieur Lapin s'étiole en coulisses. La magie lui manque terriblement, il est temps de renverser le sablier. Quelle belle et étonnante histoire, franchement adorable ! Et quel fabuleux tour de passe-passe ! L'histoire et les illustrations offrent un très joli numéro de prestidigitation, assez cocasse et stupéfiant. Elle montre aussi que les lapins et les humains sont capables de choses “incroyablement surprenantes”, de quoi donner des étoiles dans les yeux aux enfants, enchantés à la lecture de cet album, coloré, fantasque, tout simplement magique ! ♥

Tout est magie, de Meg McLaren

Kaléidoscope, 2017 - Trad. Elisabeth Duval


©Tout est magie, de Meg McLaren

 

bienvenus

Trois ours polaires se prélassent sur la banquise, quand soudain la glace cède et les emporte au beau milieu de l'océan, sur leur fragile embarcation. Affrontant les intempéries, ils pensent crier victoire à la vue d'une terre à l'horizon, mais l'accueil réservé par les habitants est froid, inhospitalier. Ils doivent donc repartir, chercher une autre terre d'asile, loin, toujours plus loin. Chassés, ignorés, snobés, conspués, nos ours errent comme des âmes en peine. Désespérés, à bout de force, ils s'imaginent périr en mer, dans l'indifférence générale. Ce magnifique album, au sujet tristement d'actualité, présente aux enfants une vision des mouvements migratoires sous une apparente légèreté et beaucoup de poésie, sans écarter l'injustice et la complexité que peut provoquer cette transhumance. On nous présente aussi des pays planqués derrière leurs barricades, fermés aux autres, rejetant fermement toute nouvelle intrusion. Barroux illustre le thème des réfugiés en toute sobriété en racontant une histoire d'ours polaires, en train de dériver sans but, sans avoir recours à des propos moralisateurs. Chaque lecteur jugera selon son ressenti, sa sensibilité, en tenant compte du chemin parcouru pour nos trois ours aux abois. J'ai beaucoup apprécié la démarche, surtout que l'histoire baigne dans un beau cadre lumineux et pointe du doigt l'absurdité des uns et des autres. À découvrir ! Un album très pertinent.

Bienvenus, par Barroux

Kaléidoscope, 2017

 

le chat blanc et le moine

Un moine et un chat blanc partagent la douceur de vivre ensemble, dans le calme d'une cellule ascétique, chacun vaquant à ses occupations, dans un silence respectueux. L'un s'abîme les yeux à étudier des manuscrits, pesant chaque mot, ne négligeant aucun détail. L'autre scrute le trou dans le mur et attend son heure pour sauter sur la souris qui se cache. Cette cohabitation respire la sérénité, la plénitude et la sagesse. À première vue, l'esthétisme peut sembler austère, les couleurs sont ternes et les illustrations plutôt sobres, mais cette ornementation épurée colle aussi avec l'ambiance du récit, d'où l'impression d'une harmonie parfaite. Cette lecture hyper apaisante fait également écho à un poème (Pangur Bán) inspiré d'après un moine bénédictin du 9e siècle et de sa relation complice avec son animal de compagnie. Il se dégage de cet album une vraie sensation de pureté et de bien-être. 

Le Chat Blanc et le Moine, par Jo Ellen Bogard & ill. par Sydney Smith

Kaléidoscope, 2017 - Trad. Elisabeth Duval

 

ma soeur je la deteste

Place maintenant à un grand classique : la sacro-sainte rivalité au cœur de la fratrie ! Christine Davenier nous raconte l'histoire de ce joli duo de frangines, qui ne se supportent plus. L'une est forcément plus douée, intelligente et préférée des grands, a contrario de l'autre qui se sent dans l'ombre et cherche à tirer la couverture à elle. Que de bisbilles pour presque rien. Quand l'une reçoit un chien en cadeau, l'autre choisit une belle palette de crayons... pour exprimer son talent artistique et susciter l'émerveillement de tous ! Et hop rebelote. La crise de jalousie alterne selon les jours, les humeurs, les circonstances. C'est une ronde sans fin. Et c'est ce qui rend l'album aussi attachant, amusant et authentique. On se retrouve implicitement dans cette guerre d'usure, chère en souvenirs ou autres anecdotes qui sentent le vécu, d'où le fil invisible qui relie le lecteur aux personnages et inspire une charmante connivence. 

Ma sœur, je la déteste ! de Christine Davenier

Kaléidoscope, 2017

 

5 avril 2017

Pêle-Mêle : Le piège parfait - Patate - Le Festin des affreux

le piege parfait

Tu n'as pas un seul ami ? Alors, prends un livre ! C'est sur ce conseil que le jeune héros se lance dans une série de pièges en tout genre pour attraper un animal de compagnie. Piège aérien ? Pour les lapins ! Piège à ficelle ? Oups, la vaisselle ! Piège dominos ? Pour les escargots ! Piège qui roule ? Pour les poules ! Et ainsi de suite. Seulement, rien ne va. L'enfant loupe tous ses pièges et se retrouve toujours seul. Reprends donc ton livre, et tous tes petits compagnons vont se pencher à tes côtés pour partager une belle histoire ! C'est chic, c'est drôle et ça met à l'honneur le plaisir de la lecture, non pas une activité solitaire, qui isole du reste du monde, mais un formidable vecteur de transmission, de plaisir et de bonheur. Voilà un très chouette album qui démontre que la lecture et les livres permettent également de se faire des amis ! L'album offre une vision fraîche, amusante et spontanée du jeune explorateur qui expérimente cette évidence, le tout raconté par rimes pour une lecture à voix haute encore plus rigolote ! ^-^

Le piège parfait, de Gilles Baum & Matthieu Maudet

Seuil Jeunesse, 2017

 

patate

Patate est un gentil petit chien adorable, mais un peu bête. Normalement, un chien aime jouer à rapporter la balle, ou un ballon, une pantoufle, une plante... que sais-je ? Lui, Patate, ne comprend rien. Son maître est désespéré. Soit ce chien est nigaud, soit il ne capte pas le français. Oui, voilà, c'est mieux. Il faut se résoudre à regarder Patate comme un chien ignorant les langues étrangères. Enfin, cela voudrait dire qu'on juge selon les apparences, et ce n'est pas correct non plus, car après tout, Patate n'est pas aussi simplet qu'on le pense ! Ah, ah ! Sacré Antonin Louchard ! Sacrée Patate ! Ce petit format court, drôle et désopilant a déjà fait ses preuves et continue de ravir le lecteur (Super Cagoule, Je suis un lion, Je veux voler etc.). Le secret d'un tel succès ? Chaque album met en scène des situations extraordinaires, qui surpassent l'entendement, ce qui provoque souvent de grands éclats de rire au moment de tourner la dernière page. Un vrai régal, comme toujours ! ♥

Patate, d'Antonin Louchard

Seuil Jeunesse, 2017

 

 

le festin des affreux

Pour le grand rendez-vous annuel, qui réunit les monstres les plus redoutables à la table de L'Asperge Pourrie, un restaurant aux trois étoiles noires, un banquet exceptionnel a été dressé pour accueillir ces convives hors du commun. Le chef Louis Pacuit leur a spécialement concocté des spécialités aux petits oignons, pour ravir leurs papilles exigeantes.

Ainsi, le loup pourra se régaler de croquettes de grand-mère et d'un assortiment de pieds de petits cochons, la sorcière dégustera des cuisses de grenouilles aux épices sur lit de queues de lézards grillées, le vampire savourera des cous de jeunes princesses aux herbes mortes, l'ogre avalera une terrine d'écoliers à la truffe noire et au foie gras de canard, le diable se pourlèchera d'un steak de cupidon cuit à la braise infernale, sans oublier le monstre sous le lit qui salivera face à des chaussettes fétides aux miettes de pain rassis et ongles rongés, du lait périmé et des crottes de chat au chocolat. Miam, miam.

Le festin n'est cependant pas complet, puisqu'un invité de dernière minute vient s'ajouter à cette affreuse tablée. Rien qu'à l'odeur, nos monstres manquent tous de tourner de l'œil. Qui donc est capable de s'enfiler des macaronis à la bolognaise, une pizza aux 12 fromages, un hamburger géant, des nuggets et des frites, avec en dessert une maxi crêpe coco-choco-banane ? Blurp. L'invité surprise est en fait un dévoreur de livres, ami des héros et adversaire des vilains, autrement dit un enfant !

Cet album fait montre d'un véritable sens de la dérision, qu'il faut savourer dans ses moindres détails. L'amoncellement de descriptions culinaires peu ragoûtantes est franchement écœurant, mais la mise en scène est facétieuse (on soulève les cloches, sous forme de grands flaps, pour découvrir les mets succulents des convives) et donne matière à se pincer le nez tout en lâchant un sourire. De plus, les références sont nombreuses et relient d'autres lectures et autres contes à cet album réunissant les figures emblématiques de la littérature enfantine, souvent sources des pires cauchemars des enfants. Grâce à cette lecture, c'est aussi un très bon moyen de les dégommer et de déplorer leur régime alimentaire ! ^-^

Le Festin des Affreux, de Meritxell Martí & Xavier Salomó

Seuil Jeunesse, 2017

 

5 avril 2017

Pêle-Mêle : Le Grand frisson - C'est pas normaaal ! - Trop bon et sans gluten

le grand frisson

On retrouve l'humour, la facétie et la folie douce de Nicholas Oldland (cf. Les rameurs) dans cette histoire d'élan sauvage un peu trouillard. Alors que ses copains raffolent de sensations fortes, lui se contente de les observer mais a pleinement conscience de passer à côté de sa vie. Un jour, finalement, il décide de prendre à bras-le-corps son destin, au lieu de s'encroûter, il saute dans le premier bateau voguant sur l'eau et prend le large. Loin, très loin. Il va ainsi braver une terrible tempête, échouer sur une île déserte et s'improviser Robinson Crusoe. Sur place, il rencontre une tortue nommée Mardi, affronte de nombreux défis et apprend à survivre en milieu hostile (loin de son confort familier). Le temps passant, l'élan pense aussi à ses copains qui doivent s'inquiéter et choisit de monter à bord d'un bateau naviguant près de son île pour les rassurer. La séparation avec la tortue Mardi est certes déchirante, mais il promet de se revoir pendant les vacances ! Eh oui. L'aventure est aussi simple que cela. Et la lecture communique à sa façon une véritable exaltation, le bonheur de lâcher prise et le coup de pouce nécessaire pour se lancer vers l'inconnu. Une belle aventure guillerette, ponctuée par de jolies illustrations aux couleurs pimpantes.

Le grand frisson, de Nicholas Oldland

Bayard Jeunesse, 2017 - Trad. Alice Boucher

 

cest pas normaaal

M. Éléphant a une trompe très, très longue, ce n'est peut-être pas normal, mais au moins c'est pratique. Il peut doucher son éléphanteau, aider le Vieux Singe à grimper aux arbres, bercer le Bébé Antilope qui n'arrive pas à dormir, aider M. Zèbre à étendre son linge ou les fourmis à traverser la rivière. Bref. Cela semble combler tout le monde, seulement Mme Hippopotame répète sans cesse que ce n'est pas normal d'avoir une si longue trompe. La preuve, M. Éléphant est parfois maladroit et s'emmêle les pinceaux avec sa trompe au point de trébucher. La vilaine se moque de lui, puis ravale ses couleuvres en apprenant que son petit a échappé à sa vigilance et se précipite près du lac plein de crocodiles affamés. Vite, vite. M. Éléphant n'écoute que son courage et oublie les mesquineries de Mme Hippo, qui se sentira très gênée d'avoir été aussi rude. Big up à cet album drôle et optimiste, au service d'une histoire intelligente, racontée avec humour, et qui rappelle qu'on ne doit jamais juger quelqu'un à cause d'une différence. Un rendez-vous émoustillant. ☺

C'est pas normaaal ! de Mar Pavón & Laure du Faÿ

Bayard Jeunesse, 2017

 

trop bon

Avant de boucler ce petit tour d'horizon, coup de projecteur sur ce coffret gourmand, réunissant 28 fiches-recettes certifiées trop bonnes et sans gluten. Outre ce packaging plein de charme, on découvre à l'intérieur un classement ordonné, avec des fiches présentées façon Polaroïd (photo au recto, recette au verso) et on pioche avec délice dans cet assortiment de bonnes choses qui raviront les palais délicats de vos enfants (pizza, scones, madeleines, quiche, cordon bleu, pâtes fraîches, galette bretonne, gnocchi, bagels, granola, cookies, crumble & cupcake). Après une petite note explicative sur l'alimentation sans gluten, c'est quartier libre pour composer des menus appétissants et accessibles (ingrédients abordables, pas de listes interminables). Du pratique, du bon, de l'efficace. Je cautionne ! ♥

Trop  bon ! et sans gluten, de Virginie Loubier Charlotte Vannier

Bayard, 2016

 

5 avril 2017

Pêle-Mêle : Émile fait l'enterrement / Mon fils de Vincent Cuvellier

EMILE

Aujourd'hui est un grand jour pour Émile, un jour grave. Car Émile va à l'enterrement. Un vrai. C'est sa vieille copine qui lui a proposé de l'accompagner à cette cérémonie funeste, ce qui questionne naturellement la maman d'Émile, mais celle-ci n'a pas voix au chapitre. Son fils revêt son beau pull noir, prend un air triste et solennel, puis file avec sa copine la vieille dame jusqu'à l'église.

Émile écoute alors le discours pontifiant du religieux, blablabla, Madame Vacher, blablabla, née Mouton, blablabla, vivant rue Gustave Poulet. Et là, notre Émile découvre un aspect tout à fait cocasse du recueillement, car sa vieille copine va dévoiler au garçon le secret d'un bel enterrement. Se moquer d'un rien, tout en demeurant stoïque. Émile est drôlement fier d'avoir partagé une telle expérience. C'était pas trop triste, comme enterrement ? demande maman. Meuh... non ! ;-p

Dans la série Émile, je demande un épisode faussement compassé, mais tout à fait respectable, qui évoque un moment de vie douloureux (l'enterrement) qu'on évite souvent de partager avec les enfants, sauf quand on s'appelle Émile ! Ah, qu'est-ce que c'est bon. Cette figure du flegme imperturbable est pour moi synonyme de lecture affolante de dérision et d'allégresse. Un vrai régal. Les amateurs d'humour décalé apprécieront ! ♥

Émile fait l'enterrement, de Vincent Cuvellier & Ronan Badel

Gallimard Jeunesse Giboulées, 2017

 

Mon fils

Dans cet album dédié à son fils, Vincent Cuvellier dévoile un aspect plus intimiste de son talent. Et c'est drôlement bon aussi ! “Mon fils, c'est mon fils.” Tel est son credo.  “Je le connais depuis qu'il est né, et peut-être même avant, c'est dire. Je le connais tellement qu'on dirait que c'est moi qui l'ai fait.” Il raconte alors le jour de la naissance de son fils, sa première rencontre avec ce petit être qui va bouleverser sa vie, leur premier tête-à-tête dans les couloirs de la maternité, les premiers mots doux, les chansons murmurées, le premier grain de beauté, le choix du prénom, la paire de ciseaux pour couper le cordon, l'aventure de la vie qui roule, les vacances à la mer, les lectures du soir, les histoires qu'on invente exprès pour épater son enfant, les commentaires de celui-ci qui trouve, en grandissant, que papa n'écrit pas de super bouquins, les peurs nocturnes, les rêves en grand, les copains de tous les horizons, les séparations, les moments de complicité, les blagues, les combines, les disques de Bowie... Tout ça, tout ça. C'est beau, c'est court, ce sont des instantanés d'une relation faite de tendresse, d'amour et de contemplation. C'est minimaliste, et en même temps ça communique un vaste champ d'émotions qui vous touchent droit au cœur. C'est un bel album, poétique et attendrissant. 

Mon fils, de Vincent Cuvellier & Delphine Perret

Gallimard Jeunesse Giboulées, 2017

 

9 mars 2017

Tout pour se déplaire, de Jen Klein

Tout pour se déplaireChic, encore une lecture qui met en joie et de bonne humeur ! Le roman de Jen Klein a pour lui de nous embarquer dans son histoire sans prétention, mais où les sentiments sont vrais, sincères et spontanés, en plus d'avoir une bande-son à la fois tonitruante et dégoulinante de guimauve... N'en jetez plus, l'aventure s'annonce piquante, drôle et savoureuse !

Parce que leurs mères sont copines de fac et ont conclu ensemble un accord pour leurs enfants, sans même leur demander leur avis, June et Oliver font donc route tous les matins pour se rendre au lycée. La jeune fille appréhende cette intimité forcée car elle imagine un garçon fidèle aux archétypes du genre sportif, populaire et désinvolte. Elle le met aussitôt au pas, arguant que cette dernière année au lycée est insipide et futile, car la vraie vie ne commence qu'après. Oliver prétend le contraire et cherche à lui démontrer les aspects positifs de leur passage au lycée. Ils mettent ainsi en jeu les titres de leur playlist du matin, chacun pouvant l'enrichir s'il obtient l'argument irréfutable. Car, autre point de discorde, June et Oliver ont des goûts musicaux diamétralement opposés. Là aussi, la guerre est déclarée... avec sourires malicieux et étoiles dans les yeux.

On s'attend à une romance cousue de fil blanc, sauf que c'est bien mieux, car c'est avant tout l'histoire d'une complicité, d'une découverte et d'une ouverture. June est par exemple obstinée, revêche et prétentieuse. Elle qui se prétend au-dessus de la mêlée a pourtant tendance à cataloguer hâtivement ce qu'elle mésestime. À l'inverse, Oliver est un garçon adorable, charmant et différent de son image superficielle. C'est entendu, ils vont rapidement déposer les armes pour discuter tout naturellement de musique, de famille, d'amitié et d'amour. En vrai, ils sont tous deux engagés dans une relation officielle (lui avec la pom-pom girl fétiche de l'école, bien entendu) mais on sent déjà une June fébrile sur le sujet (durant l'été, séparée temporairement de son copain, elle a embrassé un autre type en vacances). Et on réalise ainsi qu'elle n'est qu'une carapace en toc et qu'elle a beaucoup, beaucoup de zones d'ombre à éclaircir ! Tout se goupille à merveille, sans situation saugrenue, sans tension inutile ou autres malentendus lourdingues. C'est une délicieuse friandise à déguster sans culpabiliser. C'est bon, doux, réconfortant et craquant à souhait. J'ai passé un très, très bon moment. ♥

Gallimard Jeunesse, coll. Scripto - Trad. Marie Hermet [Shuffle, Repeat] - 2017

10 mars 2017

Jamais deux sans toi, de Jojo Moyes

Jamais deux sans toiSi ce roman n'avait pas été de Jojo Moyes, j'aurais probablement passé mon chemin. Une nana qui se débat seule pour subvenir à ses besoins, femme de ménage, deux enfants à charge... Très peu pour moi les histoires de misère sociale où les revers s'enfilent comme des perles sur un collier. Et heureusement que le hasard a bien fait les choses, car j'ai énormément apprécié cette lecture qui a su détourner les pièges pour se lancer dans une belle aventure humaine !

Jess ne connaît Ed Nichols qu'à travers son boulot. Elle fait le ménage chez lui mais ne l'a jamais rencontré, sauf un soir au bar où elle le ramasse complètement bourré et le dépose en taxi. Elle ignore tout de ses déboires (Ed est accusé de délit d'initié et risque de perdre son entreprise) car elle a déjà beaucoup à se préoccuper de son côté. Maman d'une fillette surdouée, Tanzie, dix ans, Jess doit trouver une somme considérable pour l'inscrire dans une école privée adaptée à son niveau. Elle décide alors de se rendre jusqu'en Écosse pour que l'enfant participe à une olympiade de mathématiques. Seulement, elle ne dispose que d'une vieille Rolls, non assurée, qui appartient à Marty (son mari dépressif, qui est retourné se soigner chez sa mère). Elle n'a pas un sou en poche, mais embarque sa fille, son beau-fils Nicky et le gros chien Norman dans cette épopée saugrenue. Pour ne pas manquer, la voiture est arrêtée par la police... et c'est là qu'intervient Ed Nichols. Sans raison, sans réfléchir, il invite l'équipe de bras cassés dans sa berline rutilante pour un road-trip cocasse et fabuleux. Si, si... Cette coalition improbable va finalement s'avérer pittoresque, comique et burlesque. Parce que la fillette est malade en voiture, le chauffeur doit amorcer une vitesse indécente et emprunter les routes de campagne. Le voyage prend donc plus de temps que prévu, mais cela a du bon car ils ont tous des problèmes à découdre. Ce n'est pas dit que le miracle va s'accomplir, seulement l'optimisme est de mise et est parfaitement communicatif ! 

J'ai finalement pris un plaisir fou à participer à cette virée de la dernière chance, au cours de laquelle toutes les frustrations, les angoisses et les interrogations vont être mises à plat. Jess, capitaine d'un navire en déroute, est une héroïne assez extraordinaire... même si trop naïve et passive, à bien y regarder. À côté, Ed aussi se trouve à la croisée des chemins, contraint de revoir sa façon de penser et de vivre. En se rendant jusqu'en Écosse, il envisage ainsi de rendre visite à sa famille qu'il a perdue de vue à force de se consacrer à sa carrière. Tant de non-dits, de silences et de regrets.... Mais n'imaginez pas une histoire amère ou désabusée ! C'est au contraire un hymne à l'espoir, à la solidarité, à la chance et au droit au bonheur. Et ça fait un bien fou de lire tout ça, sans chichis, sans morale et sans guimauve trop sucrée. Le roman est juste ce qu'il faut de frais, de romantique et de spontané. Une bonne surprise, lue par Emilie Ramet de sa voix douce, claire et agréable à l'écoute. 

>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Milady (P)2017 Hardigan

Jamais deux sans toi | Livre audio

 

Traduit par Alix Paupy [The One Plus One]

30 mai 2018

La cité des cendres (The Mortal Instruments 2) de Cassandra Clare

La cité des cendres The Mortal Instruments 2

Je poursuis ma relecture de la série de Cassandra Clare en format audio - une exclusivité Audible Studios - renouant ainsi avec le souvenir d'une plongée en apnée dans cet univers foisonnant.

Confrontés à leur pire cauchemar, Jace et Clary se dépatouillent avec leurs sentiments et leurs hormones en ébullition à grands renforts de simagrées et autres geignements insupportables. J'avais oublié le fossé générationnel - j'inspire, j'expire - c'est usant mais l'auteur pose heureusement des bases solides dans la construction de son univers, et pour le coup on ne s'ennuie pas.

Le retour de Valentin agite le Monde Obscur - le type assassine à tour de bras, créant la pagaille parmi les vampires, lycanthropes, magiciens et fées, tous peu solidaires mais conscients d'obéir à l'Enclave pour cesser le massacre. Ainsi, Clary et Simon progressent dans leurs découvertes des forces démoniaques et deviennent des pantins moqués et désarticulés dans les cours royales.

Autre phénomène bondissant hors de sa boîte comme un diable enragé : l'Inquisitrice Imogene. Cette dernière a placé Jace dans sa ligne de mire. Elle veut sa peau, elle veut le briser et elle y parvient très bien. Notre blondinet préféré n'est plus qu'une loque de déprime et de tourments... Sa brutale révélation sur son histoire familiale a achevé toute promesse de bonheur et éteint ses maigres espoirs en un avenir radieux.

Sortez les violons, sonnez les trompettes, la sérénade plombe l'ambiance. De son côté, Clary n'est guère finaude et se console dans les bras de son meilleur ami. Ouh, la vilaine... À plusieurs reprises, la jeune fille ne brillera pas par ses initiatives et donnera le sentiment d'être une girouette flamboyante. Trop, c'est trop.

Qu'on cesse les atermoiements adolescents pour plonger dans l'action ! Bim bam boum, ça se bouscule dans les rangs, et ça cogne, et ça dégaine les stèles, et ça barbouille de runes... pour une sortie de piste électrisante et qui nous laisse à bout de souffle.

J'en profite pour saluer le travail de Audible Studios qui propose une parution rapprochée des tomes de la série (la Cité de Verre est disponible le 31/05), ce qui sustente la lectrice fébrile que je suis. J'ai beau avoir conscience des défauts - et être coupable d'avoir franchi l'âge légal - je reste envers et contre tout addict à l'univers fascinant de Cassandra Clare. Mordue un jour, mordue toujours. 

©2008 Cassandra Clare / Univers Poche. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Julie Lafon

(P)2018 Audible Studios. Version intégrale lue par Bénédicte Charton. Durée d'écoute : 12h 28

La lecture faite par Bénédicte Charton est agréable et réussie - elle nous entraîne illico dans les 12 heures d'un marathon d'exploits et de péripéties en tous genres. Par contre, gare à la prononciation du titre anglais (pitié pas Ze mortal instruments) et à l'intonation un poil trop maniérée pour la voix de Valentin. Je chipote, ce sont des détails insignifiants car je reste séduite sur la conduite générale ! ☺

 

31 août 2009

Je ne sais plus pourquoi je t'aime ~ Gabrielle Zevin

Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 315 pages - 14€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec

je_ne_sais_plus_pourquoiUne chute dans les escaliers, un beau plongeon sur la tête et Naomi Porter, hospitalisée en urgence, se réveille amnésique des quatre dernières années de sa vie. Un cas étrange, auquel la médecine consacre peu d'intérêt, jugeant que l'adolescente de seize ans est en fait victime d'un trauma refoulé. C'est plutôt stressant pour elle, qui se demande alors quel genre de vie elle menait et quel genre de fille elle était ! ?
Aidée des listes de son père et des compilations musicales de son meilleur ami, Naomi tente de remodeler cette fille qui lui paraît de plus en plus étrangère : jolie, intelligente, sportive, superficielle. Elle a pour petit ami un joueur de tennis qui a un petit pois dans la tête, elle est adepte des soirées de beuverie sans lendemain, elle mange tous les midis avec une bande de m'as-tu-vu.
En fait, elle n'adhère plus du tout à cette image.
Elle découvre également qu'elle est fâchée avec sa mère, remariée avec une fillette de trois ans, et qu'elle accepte difficilement la liaison de son père avec une ancienne danseuse qui porte une fleur dans les cheveux.
Pas facile, cette vie nouvelle. Toutefois c'est l'occasion de redessiner un profil qui partait en sucette, Naomi s'en rend compte et fait son petit ménage.
Depuis le jour de sa chute, elle est aussi totalement obsédée par ce garçon, James Larkin, qui a été le premier à lui venir en aide. A l'accompagner à l'hôpital, sous prétexte qu'il était son petit ami. Un mensonge, bien évidemment.
Ce béguin aura un prix à payer, dont son amitié avec Will Landsman, un type charmant et vieux jeu, avec qui elle collabore pour réaliser l'album du lycée.
Bref, vous l'aviez déjà compris, cette histoire est avant tout une histoire d'amour. Et également une histoire d'identité, de quête, de hasard et de perte. 
J'ai aimé à un point que je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit avant d'avoir tourné la dernière page ! Car c'est un roman attachant et captivant, où le ton  est tour à tour drôle, triste, sensé, sincère, léger, rempli de doutes et d'interrogations. D'une justesse appréciable et appréciée, malgré quelques caricatures et une intrigue prévisible. Néanmoins l'auteur parvient à nous attirer vers d'autres chemins, où elle traite des issues possibles et inattendues. C'est une vraie réussite. La possibilité de réfléchir à notre vie, s'il était possible de la changer et/ou de corriger certains chapitres.
Un roman qui se rapproche du coup de coeur, avec beaucoup d'émotion et d'humour au tournant.
Une lecture pleine de peps, qui donne foi en la vie !

7 juin 2009

Vengeances romaines ~ Gilda Piersanti

vengeances_romainesEn tournant la dernière page de Jaune Caravage, qui fermait le cycle des Saisons Meurtrières, j'avais émis le souhait (muet) de retrouver un autre cycle avec les personnages récurrents créés par Gilda Piersanti. J'ai donc été très heureuse d'apprendre la parution de Vengeances romaines, et à la fin de cette lecture je sais désormais qu'il y aura d'autres livres avec Mariella De Luca et sa coéquipière Silvia.

L'intrigue policière est bien nébuleuse dans ce roman, on signale la disparition d'une veuve, mère de famille, qui n'a plus donné signe de vie après le réveillon du Nouvel An. Dans le même temps, Silvia, subjuguée par une réfugiée roumaine, enquête également sur la disparition de sa mère, une badante arrivée en Italie, pour subvenir aux besoins de sa famille restée au pays. Et également, les agissements mystérieux d'un couple de personnes âgées les rendent de plus en plus suspects d'un crime qu'on ne saurait comprendre !

Au coeur de la cité romaine, l'histoire inscrit son rythme latin envoûtant, et riche culturellement (comme souvent, on retrouve des références à l'art qui participent à résoudre les affaires criminelles). Mariella est une jeune femme amoureuse, sa liaison avec Paolo la rend plus douce et posée, ce qui ravit son supérieur. Mais Silvia est plus soupçonneuse, intriguée par la chambre fermée à clef dans l'appartement luxueux du fiancé, incapable de saisir l'attachement de sa camarade. Cette insistance laisse présager un nuage sombre, et la belle romance pourrait y prendre ombrage.

Ce qui devient une signature dans cette série, c'est la présence des sentiments et de la nostalgie dans l'enquête policière, on n'y trouve pas du tout de cavalcades échevelées, de crimes sanguinolents. Le charme opère autrement, grâce à l'ambiance, à la personnalité des personnages, à la complexité de l'intrigue (trop de disparition, trop de vengeances voilées...). C'est toujours très bon de se plonger dans les romans de Gilda Piersanti. Ce titre ne fait pas exception à la règle. L'auteur a su étoffer une romance qui aurait pu virer plan-plan et qui, finalement, ouvre la porte de l'anti-chambre des tragédies romaines. Point de commedia dell'arte dans ce théâtre. C'est sombre, tendrement mélancolique. Ai-je besoin de préciser que je suis totalement sous le charme ?!
De plus, la fin de ce roman apporte des révélations stupéfiantes. Je suis impatiente de lire la suite des événéments.

Le Passage, 2009 - 260 pages - 18€

A signaler : Les 3 premiers volets des Saisons meurtrières sont déjà disponibles en poche, chez Pocket. rouge_abattoir vert_palatino bleu_catacombes  (plus d'infos en cliquant sur les couvertures)

 

3 juin 2013

“Honestly, it’s so easy to get what you want from people if they think you’re a psycho.”

IMG_8907   heart red

Cette lecture a été un pur délice ! Lara est une jeune femme de 27 ans, qui traverse une très mauvaise période (son petit ami vient de la larguer par mail et son associée a mis les bouts pour se payer une amourette sous le soleil, sans se soucier du devenir de leur fraîche agence de chasseuses de têtes). En accompagnant ses parents aux funérailles de sa grand-tante Sadie, 105 ans, jamais elle n'aurait imaginé que sa vie allait connaître un revers étourdissant !

Au cours de la cérémonie, plate et sans tralala, Lara se trouve nez à nez avec le fantôme de Sadie, fraîche, pimpante et exubérante. Elle a une vingtaine d'années, un look de garçonne et un sale caractère. Ce qu'elle veut, c'est récupérer son collier fétiche. Elle jure, elle supplie, elle ordonne Lara de tout mettre en œuvre pour le retrouver. Prise d'une impulsion folle, la jeune femme crie à l'assassinat et gagne ainsi un temps précieux avant l'incinération fatale.

Et les voici, tous les deux, Lara et son fantôme, dans les rues de Londres, à tenter d'élaborer un plan d'action et mener une petite enquête brinquebalante (mais absolument jouissive, tellement c'est cocasse !). Lara va aussi céder aux moindres caprices de sa grand-tante, comme de s'habiller comme dans les années folles, inviter un inconnu à danser et flirter avec lui en souvenir du bon vieux temps. Si jamais Lara ne chipote, ou si peu, c'est qu'elle se sent coupable d'avoir négligé Sadie du temps où elle croupissait seule dans sa maison de retraite, sans la moindre visite.

Mais cette aventure lui offrira l'occasion de s'épanouir, d'élargir son réseau relationnel, de tirer un trait sur le passé (out, Josh !) et de tomber amoureuse. Elle découvrira aussi l'étonnante personnalité de sa grand-tante, débroussaillera un secret de famille et résoudra par la même occasion le mystère d'une toile de maître. C'est une lecture qui booste le moral et vous fait vous sentir heureux, l'histoire est pleine d'entrain, avec des situations tendrement farfelues, cela fait un bien fou de s'y plonger, j'ai beaucoup aimé !

Très chère Sadie, par Sophie Kinsella
Pocket, 2013 - traduit par Daphné Bernard

7 juin 2013

22/11/63, lu par François Montagut (Audiolib)

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Pour l'anecdote, j'ai entamé ma lecture le 23 mai et viens seulement de la terminer le 5 juin. En version papier, le livre s'enorgueillit de 930 pages. (Enorme !) Imaginez qu'en livre audio, cela représente pas moins de 36 heures d'écoute !!! Carrément dantesque. Aussi, j'ai eu la sensation d'avoir traîné ce livre à l'infini. Pourtant le roman m'a plu, même s'il est vaguement coupable de longueurs et autres digressions.

L'histoire nous présente Jake Epping, professeur d'anglais, divorcé, qui découvre une fissure temporelle grâce à son copain Al, un cuistot au bout du rouleau. Cette plongée dans le temps le conduit en 1958, mais serait surtout une occasion pour réparer certaines destinées malheureuses, comme le massacre d'une famille entière, un accident de chasse ou même l'assassinat du président Kennedy en novembre 63.

D'abord incrédule, Jake tente une première expérience et en revient complètement emballé. Il prend toutefois le temps de planifier sa mission, puis se lance bille en tête. Jake devient George Amberson, un aspirant écrivain, qui va s'installer dans la petite ville de Jodie, dans le Texas, et y mener une existence tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Mais l'homme se sent heureux, bien dans ses baskets, et pas seulement parce qu'il vient de rencontrer l'amour de sa vie !

Parallèlement, Jake file le train à un certain Lee Harvey Oswald, et l'on découvre alors une Amérique violente, aigrie, raciste et rétrograde. La belle peinture d'une société insouciante vole en éclats, ce n'est pas comme si on nous apprenait quelque chose non plus, les manuels d'histoire ont fait le reste. Alors, peut-on corriger le passé sans craindre l'effet papillon ? A vous de le découvrir, quoi qu'il en soit la lecture est surprenante, voire haletante et flippante dans la dernière partie, où notre cœur bat à vive allure.

Toutefois, pour en arriver, la lecture aura été un tantinet laborieuse. Même si l'histoire est passionnante, partant d'une idée lumineuse et audacieuse, elle aura nécessité une copieuse documentation, dont on retrouve l'acharnement et la pertinence dans le récit, au risque d'alourdir le rythme aussi. J'aurais pu, également, m'attacher davantage à l'histoire d'amour, si seulement Jake avait trouvé un surnom autre que "ma pépette", le comble du ridicule selon moi. Mais je ne dis pas le contraire, mon petit cœur tout mou a fondu au moment opportun et a vibré aux dernières notes de l'histoire ! 

J'adresse, pour finir, toutes mes félicitations au comédien François Montagut, pour cette lecture marathon, qui a su tenir en éveil mon intérêt parfois flanchant. Sérieusement, il m'a fait vivre des scènes d'action de façon débordante et effroyable, j'avais l'impression d'y être, et juste comme ça, les voix travesties, oui, ça prête toujours à sourire... mais c'est le jeu. C'était aussi mon premier Stephen King, une expérience grisante, excitante, enrichissante, pour un roman ambitieux, certes victime de nombreuses digressions, mais qui s'en tire sur une belle pirouette, avec une note particulièrement touchante, donc j'en sors ravie !

22/11/63, par Stephen King
Audiolib / Albin Michel, 2013 - traduit par Nadine Gassie
texte intégral lu par François Montagut (durée : 36h02)

24 avril 2009

La Mammouth Académie ~ Neal Layton

mammouth_academie

Voici un premier tome d'une série mammouth-ement géniale !
Tout y est : l'humour, la caricature, les dessins brouillons, les héros peu ordinaires, la légèreté, l'aventure et l'action.
Oscar et Arabella sont des mammouths laineux. C'est la rentrée des classes, ils se rendent à la Mammouth Académie pour apprendre à compter, lire et craindre leurs ennemis jurés - les humains. Contrairement à Arabella, Oscar n'est pas un élève zélé, il aime se perdre dans les dédales de l'académie, surtout lorsqu'il découvre des empreintes qui conduisent en cuisine, mais les choses se corsent. Le stock d'oranges a été volé ! Aussitôt les soupçons se portent sur Oscar, qui jure son innocence. Il a d'ailleurs réalisé avec horreur que la menace humaine se rapprochait de l'académie, un camp se cache quelque part, il faut le trouver, propager l'information, mais comment alerter ses camarades, tous alités à cause d'une grippe, et surtout lorsqu'ils vous suspectent tous - à tort - de raconter des fariboles !?
C'est une lecture plus que sympathique pour lecteurs débutants, dès 6-7 ans. L'ouvrage peut paraître épais (145 pages) mais il faut relativiser , car il y a beaucoup d'illustrations, avec parfois très peu de texte sur une page, donc ça se dévore facilement. Et puis l'histoire est entraînante, Oscar est un mammouth pataud dont les pitreries amuseront beaucoup vos enfants (et même les parents) !

Casterman benjamin, 2007 - 145 pages - 8,50€
traduit de l'anglais par Rémi Stefani 

Egalement lu et apprécié par Mélanie

25 février 2009

Rumeurs - Anna Godbersen

(version courte)

41Ge4kZBwnL__SS500_Deux mois ont passé depuis la mort accidentelle d'Elizabeth Holland, créant un choc et une vive émotion parmi ses proches et ses amis. Seules sa soeur cadette et son ancienne meilleure amie sont au courant de la supercherie - Lizzie s'est enfuie en Californie, rejoindre l'homme qu'elle aime. Penelope et Diana ne font pas que partager le même secret, elles sont toutes deux amoureuses de Henry Schoonmaker, le fiancé éploré. Hélas, celui-ci a choisi de retirer ses billes depuis la tragédie, se jugeant inconsolable. Les deux femmes sont à couteaux tirés, prêtes à tout pour reconquérir son coeur, quitte à dire toute la vérité.
Mais les rumeurs à New York vont bon train, les cancans deviennent une monnaie d'échange, il suffit d'un besoin d'argent ou d'une ambition dévorante pour basculer dans l'irréversible. Le retour de la disparue s'annonce prématuré et pourrait chambouler les jeux de l'amour et du hasard !
Même si cette lecture collectionne les clichés et le mauvais goût, elle n'en reste pas moins délectable et passionnante ! Personnellement j'aime beaucoup ! Cela se lit d'une traite, je trouve que l'intrigue, certes cousue de fil blanc, reste surprenante et très accrocheuse. Je suis impatiente de lire la suite !

Une suite est déjà parue aux USA : Envy.
Le quatrième et dernier volume paraît à l'automne : Splendor.

Mon avis sur : Rebelles

Albin Michel, 2009 - 460 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Alice Seelow

12 mars 2009

Comment j'ai cru devenir libraire !!!

Leslie Plée est l'auteur du blog : http://vuedelaprovince.canalblog.com/  -  Une adresse à connaître et découvrir. Cela n'est d'ailleurs pas tombé dans l'oreille d'un sourd puisqu'un éditeur a choisi de publier ses mésaventures de libraire débutante.

leslie_pleeTout commence comme dans un rêve : le début d'une nouvelle vie, dans une ville en Bretagne, un amoureux, un bel appartement, un premier job avec CDI et 35 heures. Leslie a décroché le job de ses rêves, être libraire ! Mais le château de cartes va vite s'écrouler quand elle découvrira qu'en fait il lui faudra juste vendre des livres dans une méga enseigne de produits culturels, avec des étiquettes à scotcher à longueur de journée, des conseils bidons à donner, des commandes à passer sans rien y comprendre, des livres à retourner à cause d'un stock en surnombre puis à recommander à cause d'un stock en sous-effectif ^__^, des opérations monstrueuses sur tel auteur ou telle thématique, des livres et des livres, pas de place pour tout ranger, du matériel qui bidouille... C'est un cauchemar, les collègues sont sympas (enfin, y'a bien ce type à l'humour bizarre), mais les chefs sont des demi-tyrans qui n'accordent aucune pause, qui veulent du chiffre, de la présence, de la compétence, de la motivation, de l'organisation, du zèle. (Au secours !) 

Cette BD offre une vision qui dépasse totalement l'idée naïve qu'on peut se faire du métier de libraire, ici c'est un travail à la chaîne, harassant et totalement abrutissant, il n'y a plus d'étincelles, aucune passion... mais ça n'est pas du tout déprimant. Leslie Plée réussit à tourner son expérience pourrie en une succession d'anecdotes dérisoires et humoristiques. Qu'est-ce qu'on rigole ! Je recommande ! 

Un extrait ICI !

Moi, vivant, vous n'aurez jamais de pauses (ou comment j'ai cru devenir libraire) par Leslie Plée
Chez Jean-Claude Gawsewitch Editeur, 2009 - 95 pages - 15€
Collection dirigée par Pénélope Bagieu !

bagieuA souligner :


Ma vie tout à fait fascinante de Pénélope Bagieu
est disponible en poche !
(pour 5,50€)
 

11 février 2009

^ La dame des livres ^ ~ Heather Henson & David Small

La dame des livres - Heather Henson & David Small

 

9782748507843

Ce magnifique album met à l'honneur des femmes au destin incroyable, dont personnellement j'ignorais tout à fait l'histoire. Il s'agit des Pack Horse Librarians, autrement dit « les dames des livres ». C'étaient des bibliothécaires itinérantes qui parcouraient à cheval les monts Appalaches du Kentucky. Cela se passait dans les années 1930, sous la présidence Roosevelt, pour lutter contre les effets de la Grande Dépression et soutenir la population pauvre, qui habitait des régions reculées, où les écoles étaient rares et les bibliothèques, inexistantes. Tous les quinze jours, qu'il pleuve ou qu'il vente, les « dames des livres » empruntaient les mêmes sentiers escarpés, munies d'un chargement de livres. Les missions étaient le plus souvent remplies par des femmes, à une époque où nombreux étaient ceux qui pensaient que la place de la femme était à la maison. Certes, peu payées, les « dames des livres » n'en étaient pas moins fières d'apporter le monde extérieur à ces familles rurales.

L'histoire ici raconte la vie d'un jeune garçon, Cal. Il est le rejeton d'une famille pauvre, qui vit dans une ferme isolée, au coeur d'un paysage montagnard. Un jour, apparaît une dame sur un cheval, une dame qui porte des pantalons en public ! Elle tend un livre, refuse qu'on la rétribue en baies car, explique-t-elle, c'est gratuit. Elle reviendra bientôt pour faire l'échange et donner un nouveau livre. Cal s'en moque, il n'aime pas lire. C'est une perte de temps. Aussi, il ne comprend pas pourquoi sa soeur reste le nez collé dans ce « griffouillis de poules ».

Un soir de tempête de neige, Cal est épaté par la dame des livres qui a bravé les intempéries pour accomplir sa mission. « Y a pas que le cheval qui soit courageux, mais sa cavalière aussi, si vous voulez mon avis. Tout à coup, y m'faut savoir ce qui pousse la dame à risquer d'attraper froid ou pire. Je choisis un livre avec des mots et des images aussi, et je l'apporte à ma soeur.  - Apprends-moi ce qu'il dit ! ».

Fort instructive, cette histoire est admirablement mise en valeur par les illustrations de David Small. Les décors sont beaux, les traits des personnages, en tête Cal, sont expressifs et la pauvreté suggérée, avec habileté. La narration emprunte un dialecte de montagnard, tout à fait crédible pour raconter cette vie, cette rencontre et l'aubaine de la lecture pour quelqu'un qui ne savait pas lire.

« Du griffouillis de poules, voilà ce que je pensais. Maintenant je sais ce qui s'y cache, alors je lis à haute voix. »

Une histoire juste, presque nécessaire.   

Syros, 2009 - 13,95€
traduit de l'anglais (USA) par Fenn Troller
   

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