10/12/07

Dans la hotte (2)

Continuons notre petite tournée des librairies pour remplir la hotte du père noël ... Voici un album au très grand format, avec une couverture de sombre beauté, un titre enchanteur et la promesse d'une histoire d'amour poignante et féérique.

phare_des_sirenesCela se passe sur un petit bout de terre, dans une cabane en bois qui sent le hareng, logée au bord de la falaise. Un garçon, orphelin de mère, vit seul avec son oncle Yann, pêcheur bourru mais compatissant. C'est un rapporteur de légendes et d'histoires mythiques, un homme qui aime la mer dont il brave les tempêtes, un papa de remplacement pour le petit Ange, aussi beau que le présage son prénom.

Après une nuit d'orage, oncle Yann n'est pas rentré de sa pêche et l'enfant découvre les débris de son bateau sur la plage. Désormais seul au monde, le garçon va se reconstruire une coquille de sécurité et reproduire les gestes du marin perdu. Quand soudain, au cours d'une promenade, Ange découvre une silhouette échouée sur la côte, rejetée par l'océan. C'est une sirène, blessée mais ensorcellante de beauté. Oncle Yann lui avait parlé de ses créatures, il n'est donc point étonné de la croiser pour de vrai.

Elle s'appelle Sidjwa, ce qui signifie Trésor. Dans la cabane en bois, Ange va apporter mille soins et tendresses, tomber amoureux avant de la rendre à son royaume des eaux. Mais toujours, Sidjwa et Ange se retrouvent et perpétuent leur histoire d'amour.

Puis survient la guerre où des soldats déboulent dans les villages arracher les garçons de leur foyer pour les conduire dans des tranchées. Ange aussi a été séparé de son amour, enrôlé de force et témoin d'un spectacle d'atrocités. Cette guerre va le tuer, physiquement. Un éclat d'obus va le défigurer et faire de lui une Gueule Cassée. Il rentrera chez lui, attendra sa sirène et n'aura de cesse d'espérer leurs retrouvailles.

Quelle poignante histoire d'amour, sur fond de guerre ! La beauté mise à mal par le combat des hommes, l'amour ruiné par la folie et l'espoir qui devient un os à ronger jusqu'à la moelle ... Ce livre figure parmi les albums à ne pas réserver qu'aux enfants, mais qu'on doit à tout prix leur destiner aussi pour qu'ils apprécient toute la préciosité d'un travail de création.

Les teintes brunâtres de Régis Lejonc donnent un charme ténébreux à cette histoire coincée entre bonheur et malheur, confortent une mélancolie très grave mais sereine. On absorbe les mots de Rascal telle une plongée en apnée, on suit la narration de cet homme brisé à force d'espérer, et on ressent une grosse boule au ventre devant ce concert d'émotions.

Une adresse à retenir : A l'endroit où les cosmographes inscrivaient jadis sur leur cartes Hic sunt sirenae - ici sont les sirènes. 45° lattitude nord. 35° longitude ouest. Phare des sirènes.

Editions Didier Jeunesse - 60 pages - 18,90 €

Posté par clarabel76 à 07:00:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags : , ,


09/12/07

Ne fais pas de bruit, Rachel ~ Kate Banks

C'est un roman très subtil, aux mots bien pensés pour un effet de style classique et élégant. Kate Banks dresse le portrait d'une famille apparemment modèle : le père est médecin, la mère juge, la grand-mère est une mamie gâteau, la petite dernière, Rachel, a quatorze ans et son meilleur ami vient de partir pour l'Afrique. Au lieu de pleurer, elle en rit, c'est son problème, "la chose" comme elle dit. Elle rit quand elle veut pleurer et inversement. Pas facile pour elle. Il y a aussi dans leur grande maison une chambre où rien n'a changé depuis sept ans, depuis la mort de Jake dans un accident de voiture. Rachel a le sentiment de n'avoir jamais bien connu ce grand frère à l'apparence parfaite et idéale, aussi elle s'empare de son journal qu'elle trouve par hasard dans sa bibliothèque. Au fil des pages, elle découvre la véritable facette du garçon, un type qui souffrait du mal de vivre et dont la mort, finalement ... Bref, Rachel va provoquer sa famille en brisant la loi du silence, pour chasser le fantôme de ce frère dont la perte a meurtri les uns et les autres. Car simultanément Rachel semble revivre certains détails du journal de son frère. Elle va rencontrer Bowman Moser qui a dix-sept ans et semble souffrir de l'attente des siens. Celui-ci joue un jeu dangereux avec des allumettes, pour finalement faire la lumière sur bien des mystères familiaux. L'histoire de Rachel est très attachante, décrite avec finesse, parfois en tristesse mais aussi avec humour. Ce roman nous absorbe dans un cocon protecteur où les non-dits couvent jusqu'à l'explosion finale.

décembre 2004

Posté par clarabel76 à 14:17:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

06/12/07

Le conte des hérétiques - Sarah Singleton

conte_des_heretiquesAngleterre, au 16ème siècle. En ce temps-là, la reine Elizabeth fait adopter la religion protestante à tous ses sujets, mandatant certains émissaires pour chasser les prêtres envoyés de France pour servir l'Eglise catholique d'Angleterre. Les catholiques sont brimés, soupçonnés de trahison et considérés comme des hérétiques.

La famille Dyer a longtemps été de fervents catholiques pratiquants, aujourd'hui le père est envoyé pour des voyages d'affaires qui l'éloignent du foyer, la mère et les deux filles vivent dans des conditions difficiles, et le frère est étudiant à Oxford. Un jour, celui-ci leur rend visite en compagnie d'un prêtre pourchassé, Thomas Montford, qui demande asile. Le frère repart aussitôt, n'ignorant pas la menace qui pèse sur les siens.

Elizabeth assume très vite le poids du secret. Elle-même vient de rencontrer une créature étrange en se rendant à l'ermitage. C'est une jeune fille à la peau verte, qui se nomme Isabella Leland. Qui est-elle ? Que fait-elle, d'où vient-elle ? Elizabeth l'ignore encore. Pour l'instant, lady Catherine qui vit au manoir Spirit Hill fait appel à ses services de demoiselle de compagnie et lui demande de vivre quelques jours auprès d'elle. La proposition n'est pas pour ennuyer l'adolescente, mais ne peut se refuser. La venue de Kit Merrivale, envoyé de la Reine, inquiète davantage Elizabeth. C'est un bel homme, au charme ténébreux, qui dégage un mélange d'attirance et de crainte.

Elizabeth a double raison de se soucier de son sort : sa famille cache un prêtre en fuite, recherché par Merrivale, et Isabella vient également d'être recueillie au manoir. Et elle fait bien de se méfier, lady Catherine lui avoue que Kit va arrêter sa mère et que la jeune fille doit à sa bénéfiction d'avoir la vie sauve. De plus, Isabella semble détenir des secrets et des pouvoirs qui font d'elle, aux yeux d'une catholique, un être maléfique et démoniaque.

Elizabeth va se retrouver au coeur d'un lot d'actions tournoyantes, elle seule peut sauver sa mère, ne pas trahir le prêtre Thomas et lui assurer une nouvelle cachette, sans éveiller les soupçons de Merrivale. Or, ce dernier n'est pas facile à duper et sa soif de vengeance va décupler après avoir découvert que la jeune fille manipulait son entourage. Quant à Isabella Leland, son mystère est révélé au lecteur au fil des pages. En attendant, elle joue un rôle qui demeure dans le clair-obscur, et c'est dans un tourbillon de fantastique qu'apparaîtra enfin son utilité.

Aventure romanesque ou féérique, conte légendaire et intrigue merveilleuse, le roman de Sarah Singleton pioche dans le genre imaginaire pour raconter une histoire passionnante. Le théâtre redoutable de cette Angleterre du 16ème siècle est admirablement dessiné, dans un style soigné et irréprochable. On suit le personnage d'Elizabeth en vibrant, se demandant comment elle pourra sortir de ce traquenard. Tout la condamne, et soudain l'histoire nous entraîne dans un monde totalement différent, un univers du pays des ombres, le monde caché d'Isabella (mais là, inutile d'en dire plus !).

L'histoire est envoûtante, elle plaira aux jeunes (dès 14 ans) et aux plus vieux !!!

Plon jeunesse - 333 pages - Traduit de l'anglais par Myriam Borel -  17,50 €

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [37] - Permalien [#]
Tags : , ,

22/11/07

Si jamais ... - Meg Rosoff

si_jamaisDavid Case, en sauvant son petit frère d'un an d'une chute de fenêtre, découvre alors le poids du Destin sur ses épaules et décide de tout mettre en oeuvre pour lui échapper, car il est persuadé d'être pourchassé, la cible idéale pour ce guerrier assoiffé de rendement. David change, il devient Justin [Just-In-Case, pour les anglophones] et adopte un nouveau look, se met à pratiquer du cross, trouve un chien imaginaire (un lévrier du nom de Gaillard) et rencontre une jeune femme, Agnes, dans une friperie.
Justin Case décide de courir comme un fou pour échapper à la Fatalité, qui le poursuit sans trêve. Ses jours sont comptés, il en est sûr et certain. Mais est-ce une conviction, une folie ou de la paranoïa délirante ? L'histoire de Justin va connaître des bouleversements stupéfiants, qui n'en finiront pas de surprendre et de déconcerter le lecteur !

Perplexe et déroûtant, mais aussi bizarre, original et incroyable. C'est ce qu'inspire ce roman de Meg Rosoff, cet auteur pour la jeunesse a décidé de briser les règles conventionnelles de la narration linéaire pour raconter son histoire totalement surréaliste ! Et c'est vers la toute fin du livre qu'on découvre enfin le pot-aux-roses, avec des yeux ronds commes des billes, tant l'issue est hallucinante !

Voici un livre qui aura matière à plaire et agacer, tant on ne peut décemment pas rester neutre. Plus d'une fois je n'ai rien compris à son délire, trouvant l'ensemble assez complexe et difficile à cerner. Cet auteur a bien du mal à faire l'unanimité, même si les critiques sont enthousiastes, les lecteurs (dès 15 ans) seront surpris par les méandres soulevés dans ce récit.

Hachette jeunesse - 357 pages - 16 € -  Traduit de l'anglais par Luc Rigoureau.

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [53] - Permalien [#]
Tags : , ,

20/11/07

Qui es-tu Alaska ? - John Green

qui_es_tu_alaskaMiles Halter, 16 ans, est un lycéen studieux qui décide de quitter sa Floride natale pour rejoindre Culver Creek en Alabama. Il s'agit d'une pension dirigée par l'Aigle, directeur pointilleux qui proteste contre le tabac, l'alcool et la transgression du couvre-feu. L'école est un établissement pour petits génies qui comprend deux groupes : les pensionnaires normaux et les weekendeurs, des gosses de riches qui rentrent chez eux en fin de semaine.
Miles se lie d'amitié avec son camarade de chambre, le Colonel, puis rencontre Takumi et la délicieuse et sexy Alaska Young. Ensemble, ils vont vivre une amitié très forte, bien qu'elle sera aussi éphémère. Alaska, brillante jeune fille auréolée de mystères, fascine notre jeune narrateur. Pourtant celle-ci est lunatique, "cafteuse" et insaisissable. Le drame qui va frapper le groupe sera également une remise en question personnelle et délicate, les uns se sentant coupables, les autres rancuniers.
Miles et son copain le Colonel vont mener une enquête après le drame, mais très vite les garçons seront persuadés de courir après un fantôme qui fuit, tout le temps.

Difficile de faire bref avec ce roman, tant il m'a semblé très dense et intelligent sur les rapports de l'adolescence concernant l'amitié, l'amour, le désir sexuel et l'enfance. Dès le début, on a déjà le goût de l'originalité et de la subtilité, ce n'est pas qu'un banal roman pour la jeunesse parmi d'autres, celui-ci me semble sortir du lot. Pourquoi ? D'abord l'histoire est bien écrite, l'auteur est un jeune homme qui signe là son premier roman, prometteur et encourageant. Il a su créer dans l'univers de Culver Creek un milieu érudit et confiné où l'on partage les farces, les leçons et les petites bravades contre l'interdit. Ce lieu clos exacerbe les désirs et les passions : les amitiés sont fusionnelles, la perte devient ainsi une épreuve intolérable et douloureuse. Ce qu'il se trame à Culver Creek est secret. Les adolescents entre eux adoptent des noms de code, ils dégagent aussi une image plutôt positive avec leurs réussites scolaires et leur érudition exemplaire. Miles, par exemple, cultive la passion des dernières paroles de morts célèbres, et a débarqué en Alabama guidé par le précepte de Rabelais « Je pars en quête d'un Grand Peut-Être ».

Tout semble tellement disproportionné dans cette histoire, voilà qui peut marquer sa singularité. De même, j'ai trouvé que la sexualité était franchement abordée, parfois avec des détails qui pourraient interpeller toute âme pudibonde ! Mais cela reste accessoire, car le roman souhaite avant tout traiter du deuil chez les adolescents. Peut-être la solution apportée par John Green manquera de toucher le public concerné, et peut-être le roman est-il un peu longuet par moments... Il n'en demeure pas moins que cette lecture est passionnante, assez flamboyante par ses excès et qu'on passe facilement du rire aux larmes sans rien y comprendre !

Gallimard jeunesse, coll. Scripto - 360 pages - 13 €

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [27] - Permalien [#]
Tags : , , ,


17/11/07

La fille qui dort - Florence Hinckel

la_fille_qui_dortQuinze ans, complexée par son physique et embrouillée par la séparation de ses parents, Johanna réalise qu'elle est sujette à des crises qui la laissent sans force : elle s'évanouit, s'endort même en pleine journée ou durant les cours. La ronde des médecins est incapable de diagnostiquer son mal, jusqu'au soir du 31 décembre. Un mot vient expliquer qu'elle est malade : narcolepsie.

Entre le soulagement de n'être pas folle et l'ennui de gérer sa vie ordinaire à cette maladie orpheline, Johanna va aussi chercher refuge dans sa passion du théâtre. Au même instant, son lycée ouvre un club et prépare la pièce « Antigone ». L'adolescente voit ses rêves s'accomplir, en plus son coeur s'est sérieusement amouraché du beau gosse, Benjamin, élève en terminale.

« La fille qui dort » est un roman très drôle, aussi bizarre que celui puisse paraître ! La maladie de Johanna n'est pas évidente, plutôt handicapante dans sa vie de jeune fille qui aimerait se fondre dans la masse, car soudain ce mal la propulse sur le devant de la scène. Or, Johanna n'est pas une fille qui aime la célébrité facile et vite acquise, elle s'en rend compte à force d'être trompée par ses rêves qui la troublent et lui donnent un aperçu de la réalité complètement truquée (ce sont des hallucinations hypnagogiques).

Ce qui est tout à fait surprenant dans cette histoire, c'est la dédramatisation de la maladie, sans toutefois négliger son sérieux et sa difficulté. Pour cela, l'auteur a recours à l'humour (vraiment présent et tout à fait rafraîchissant !) et envisage la passion du théâtre comme un sauf-conduit libérateur ! Une lecture étonnante et très intéressante, qui pourra sensibiliser les jeunes lecteurs sur la narcolepsie et la cataplexie. A découvrir !

Illustration : Marion Arbona

Editions Les 400 Coups - 140 pages - 9,00 €

Le site de l'auteur : http://florencehinckel.com/index.html

Le blog : http://florencehinckel.hautetfort.com/

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
Tags : ,

15/11/07

Au pays de mes histoires - Michael Morpurgo

Au_pays_de_mes_histoiresVoici un livre qui va plaire aux parents et qui va être dévoré par les enfants !
C'est aussi un livre destiné aux enseignants qui trouveront dans ces pages une matière étonnante pour lire et partager, tout en brassant des thèmes essentiels et incontournables (l'enfance, le goût de lire, la passion d'écrire, la guerre, le deuil et les légendes...).
J'ai été chavirée par ce livre de Michael Morpurgo, d'abord par cette couverture soignée et douce, une belle invitation à plonger son nez dans ce pays des histoires, puis j'ai été totalement captivée par les confessions de l'auteur, sur son parcours de jeune lecteur, d'apprenti écrivain et sa conception de la littérature. Quel regard ! Quelle intelligence !
Rien que pour cela, il faudrait placer ce livre entre toutes les mains des écoliers pour qu'ils comprennent d'où peut provenir l'essence des mots, ce qui fait qu'on s'attache à un lieu et qu'on s'y sente à jamais lié.
Enfin, ceci n'est qu'un détail dans l'ensemble de ce livre qui se présente sous la forme d'une anthologie ponctuée d'illustrations (de Peter Bailey). Les courts chapitres s'entrelacent au fil des souvenirs d'enfance, de textes inédits et bouleversants, de lectures et de rencontres qui ont marqué M. Morpurgo.
Certains passages expliquent même la genèse de romans aussi célèbres que Le roi Arthur, Soldat Peaceful, L'histoire de la licorne, Le naufrage de Zanzibar ou Le royaume de Kensuké.
C'est bien simple, vous sortez de ce livre avec l'envie d'en lire toujours plus, c'est insatiable !
Cet ouvrage est absolument précieux, et vous confirme quel conteur merveilleux est Michael Morpurgo, qui se décrit lui-même comme un « cultivateur d'histoires, un tisseur de rêves », et ce livre est selon lui « non pas l'histoire de ma vie, mais celle du voyage au cours duquel l'écrivain que je suis forge ses histoires ».

Gallimard jeunesse - 304 pages - Traduit de l'anglais par Diane Ménard - 13,50 €

  • Les premières lignes

Introduction : expliquez-vous

«Expliquez-vous, Morpurgo». C'est ce qu'on me demandait assez souvent lorsque j'allais à l'école. Le truc, bien sûr, était de trouver une excuse qui me sorte d'affaire. Je devins assez bon dans ce domaine, je crois, probablement parce que j'y étais obligé. C'était une question de survie, une technique absolument nécessaire que la plupart d'entre nous avaient dû apprendre à maîtriser à l'époque.
Dans ce livre, je ne suis pas en train de me justifier, mais j'essaie de m'expliquer, pour comprendre pourquoi et comment j'écris ce que j'écris. Je vais tenter de m'expliquer les choses à moi-même, et par la même occasion, je l'espère, vous les expli­quer à vous aussi.
Pourquoi se donner cette peine ? Pourquoi un écrivain chercherait-il à exposer son travail à ses lecteurs ? Dans quel but ? Les histoires ne se suf­fisent-elles pas à elles-mêmes ? N'est-ce pas en les lisant que l'on appréhende l'esprit et la méthode d'un auteur ? Cela semble évident, et devrait être suffisant. C'est pourquoi vous trouverez surtout des histoires dans ce livre. Cependant, il y a des gens qui aimeraient aller un peu plus loin, qui ne se contentent pas de regarder, émerveillés, le champ de blés mûrs qui dansent dans la brise. Ils veulent comprendre comment pousse un seul grain, d'où il vient, comment il est planté et fertilisé, comment la terre le berce, comment le soleil et la pluie le fortifient. Cette approche permet peut-être d'apprécier les histoires elles-mêmes avec plus de profondeur, mais ce qui est plus important encore, elle peut indiquer au lecteur que le processus qui mène à écrire une histoire ou à la raconter appartient à tout le monde, que nous avons tous le grain de blé des histoires en nous, qu'il reste simplement à le planter et à l'aider à pousser.
Je suis un cultivateur d'histoires. Je les cultive aussi sûrement qu'un paysan fait pousser ses céréales. Je suis un tisseur de rêves, un conteur. Grâce aux histoires que ma mère m'a lues, et à celles que j'ai lues moi-même, grâce à des profes­seurs inspirés, et à mes grands mentors Robert Louis Stevenson, Ted Hughes et Sean Rafferty, grâce à de nombreuses années de travail, j'ai trouvé ma propre démarche. La voie de chaque écrivain est unique, j'en suis sûr, bien que nous ayons sans doute davantage de choses en commun que nous ne le croyons. Ma voie ne sera pas la seule, mais c'est la mienne, et j'ai pensé qu'il pour­rait être intéressant et, peut-être même utile, encourageant, de raconter comment je suis devenu l'écrivain que je suis.
Voilà ce que je me suis efforcé de faire dans ce livre. J'ai entrecroisé certaines de mes histoires et de mes réflexions - écrites pour une bonne partie d'entre elles de 2003 à 2005 alors que j'étais Childrens Lauréate (ambassadeur de la littérature de jeunesse à travers le monde) de façon que les unes éclairent les autres, aident à mieux les comprendre, et les complètent. Ce n'est pas l'his­toire de ma vie - que je raconterai peut-être un jour - mais celle du voyage au cours duquel l'écrivain que je suis forge ses histoires.

Posté par clarabel76 à 08:15:00 - - Commentaires [45] - Permalien [#]
Tags : , ,

05/11/07

Retourne à la vraie vie, Moldue Mordue !

Bah voilà, c'est fini ! Harry Potter vient de me lâcher la main, de me quitter, après 809 pages d'aventures qui ont mis mes nerfs à rude épreuve. Je pensais sortir de cette lecture effondrée, complètement liquifiée et puis non ! Je me sens heureuse et ravie ! (alors cela ne détermine pas l'orientation du bouquin et la façon dont il se termine, c'est juste ce que tout ceci m'inspire,  maintenant que c'est fini !...)  Ce n'est pas un sentiment d'abandon, se dire que ça y est, l'univers créé par JK Rowling vient de fermer ses portes, qu'il ne nous reste plus que des bribes, des souvenirs, bons et douloureux, et qu'il faudra se contenter des miettes désormais. Bah non, étonnament je me sens en paix ! 

** aucune spoiler ne sera dévoilé !!!! **

Harry_potter_7

Je fais donc partie des nombreux lecteurs complètement mordus de la saga Harry Potter. Moi aussi j'ai imaginé des tas de suppositions, j'ai craint pour la vie de untel ou de l'autre, j'ai refusé d'admettre l'impensable et je me suis ainsi longtemps demandé comment - mais, comment ! ? ! - allait se dépatouiller l'auteur avec sa fin de série. Pas facile, entre nous...

Parce qu'à bien lire et relire le début des aventures, les indices étaient probants : le destin de Harry est lié à celui de Vous-Savez-Qui, et donc ... Brrr ! Un face-à-face doit avoir lieu, les deux ennemis ne peuvent occuper l'un et l'autre le même territoire, imaginez donc : le bien contre le mal. Non, il faut trancher. Et il faut bien admettre que depuis quelques tomes, l'avenir était assez sombre pour l'Ordre du Phénix et l'armée de Dumbledore. Le Seigneur des Ténèbres étend son pouvoir sur le ministère, sur la banque des Gringotts et même sur Poudlard ! Harry est pourchassé, ciblé comme l'Indésirable selon les uns (et le Survivant, par les autres !).

Et depuis la fin du tome 6, Harry Potter est investi d'une mission secrète qu'il va décider de mener à son terme en compagnie de ses fidèles Hermione et Ron. Mais nul autre ne doit être tenu au courant du propos de cette quête ! Ainsi, ce tome 7 continue de s'enfoncer dans la tonalité déjà éprouvée depuis la fin du tome 4 (La Coupe de feu) avec une ambiance lourde, flippante, tantôt capturée par les doutes et les questionnements et aussitôt saisie par les rebondissements, les scènes d'affrontements avec les Mangemorts. Tandis que les partisans du Mal accomplissent leurs méfaits avec arrogance, la résistance peine à s'organiser depuis le départ de Harry, forcé de se cacher pour poursuivre sa propre mission ordonnée par Dumbledore.

Mais c'est justement l'heure propice pour les détracteurs de salir l'image de l'ancien directeur de Poudlard en répandant dans la presse et un livre à scandale les pires horreurs sur le personnage, son passé et les erreurs commises par celui-ci. Tout ceci fait que Harry perd de plus en plus confiance en lui-même et se demande s'il n'est pas qu'une marionnette entre les mains de l'homme qu'il vénérait ! Et tout lecteur passionné que l'on est, on se dit que "aïe, aïe" le moindre voile d'incertitude est la porte ouverte aux cauchemars et à l'Ennemi.

Je ne pense pas en dire davantage, c'est tellement dense et touffu qu'il ne faut pas dénaturer ce gros pavé en tirant quelques morceaux. Cela sortirait de son contexte et cela deviendrait tout à fait dangereux. J'ai tellement veillé à ne pas saisir la moindre fuite sur ce dernier tome (j'avais hélas lu LA révélation du tome 6 par mégarde !!!). C'est pourquoi je vais respecter la même ligne de conduite.

Je crois que, selon ses attentes, tout lecteur sortira de ce tome 7 avec un sentiment de bien-être ou de frustration. De toute façon, c'est BIEN ! Comme d'habitude ce dernier livre montre une grande intelligence, véhicule des valeurs honorables, fait sursauter et trembler du début à la fin. Beaucoup d'émotion aussi, mais moins de larmes que prévu ! Enfin bref, il est à l'image de ce qu'on espère. La série avait débuté dans un esprit bon-enfant et se termine en apothéose. Jamais la tension ne faiblit, jamais les personnages ne déçoivent, jamais l'auteur ne pêche ou ne tombe dans la facilité - c'est la dernière ligne droite, celle de toutes les divulgations, tous les éclats et tous les dangers ! C'est LA FIN !  (retourne à ta vraie vie de Moldue Mordue !!!! ;o) )

Et comme d'autres, je pense maintenant à l'avenir de JK Rowling. Comment se reconstruire une autre 'vie' sans Harry ???

Harry Potter et les Reliques de la Mort (tome 7) - JK Rowling - Gallimard jeunesse. 809 pages -  26.50 €

Posté par clarabel76 à 18:15:00 - - Commentaires [33] - Permalien [#]
Tags : , ,

25/10/07

Elyon, t. 2 : La Vallée des Epines - Patrick Carman

  • Pour se remettre un peu dans le bain, je parlais donc du tome 1 en cliquant ici ...

elyon_2Un an après les événements du tome 1, nous retrouvons Alexa qui rejoint la cité de Bridewell avec son père où l'attend une nouvelle inattendue. Son jeune ami Yipes, le petit homme, vient lui remettre une lettre très importante de la part de Warvold, qui demande à la jeune fille de 12 ans de partir sur le champ pour accomplir une mission périlleuse.
Aidée de Yipes, de Murphy l'écureuil, d'Odessa la louve et de John, un ancien forçat, Alexa doit traverser les Monts Obscurs, la Vallée des Epines et la Cité des Chiens pour tenter de renverser le tyran Grindall qui gouverne dans la Tour Ténébreuse. En chemin, elle va affronter la fatigue, la peur, la faim, rencontrer l'Essaim Noir (une troupe de chauves-souris qui s'abat violemment sur les passants) et faire la connaissance des géants, devenus des ogres, à l'aspect repoussant et qui dégagent une odeur pestilentielle.
Plus on progresse dans la lecture et plus on découvre un univers sombre et glauque, où la magie et le surnaturel n'occupent pas le territoire, car l'ambiance d'Elyon réside principalement dans l'aura nébuleuse, dans la quête d'une jeune héroïne désignée l'Elue pour affronter des forces maléfiques.
Contrairement au tome 1, ce deuxième épisode nécessite le troisième livre (de la trilogie) pour connaître la suite des aventures d'Alexa, appelant sans nul doute beaucoup de passion, de générosité et d'émotion dans les personnages, de rebondissements dans l'intrigue.
J'ai été encore une fois séduite et étourdie par la rapidité avec laquelle on plonge dans cette lecture, totalement captivante, sauf quelques passages bancals mais qui n'ont pas un poids défaillant pour l'appréciation générale ! C'est une série appétissante, réussie et qui évite certains écueils, donc pas mal, pas mal !!!
A découvrir, n'attendez plus !

Bayard jeunesse - 276 pages - Octobre 2007 - Traduit de l'anglais par Danièle Laruelle.  11.90 €

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,

03/10/07

La brigade de l'oeil - Guillaume Guéraud

brigade_de_l_oeilCeci est une histoire qui se passe dans le futur, nous sommes en 2037 à Rush Island. Sur ce petit bout de terre, une dictature menée par l'impératrice Harmony a décrété la loi Bradbury qui interdit toutes les images depuis vingt ans. Pour appliquer cette réglementation, il existe la Brigade de l'Oeil, avec son capitaine Falk, qui n'hésite pas à brûler tous les documents illicites avec leurs lance-flammes et (dans la foulée) la pupille des délinquants à l'aide d'un pyroculis.
La terreur règne. Un bon citoyen est un citoyen aveugle. L'image est l'opium du peuple.
Un peu à l'écart, Kao, un adolescent de 15 ans, deale clandestinement ces images interdites. Son père et son grand-père ont été les victimes de la dictature, il vit aujourd'hui seul avec sa mère, va au lycée, ne craint pas les images et fait partie de cette « génération pure » qui ne connaît pas du tout les films.
Car la rumeur gronde. Le chef de la résistance, nommé Fuji, entretient la légende du Diaphragme et fait circuler que quelques films existent encore. Un jour, Kao va d'ailleurs mettre la main sur un morceau de pellicule ... Les Temps Modernes, de Charlie Chaplin !

Ce roman de Guillaume Guéraud est une pure réussite ! Ôde au cinéma, au pouvoir des images, aux messages véhiculés par leur magie et à leur puissance sur les consciences et la mémoire, le livre est en somme une déclamation à garder les yeux ouverts, à ne pas les fermer devant l'endoctrinement et le pouvoir absolu et arbitraire.
Outre le sens incontestable de ce livre, il dégage aussi une incroyable puissance, une frénésie dramatique et émotionnelle. On sent derrière ces lignes toute la vénération de l'auteur pour le style cinématographique, sa plume ici s'y fond à merveille.
De chapitre en chapitre, on suit tour à tour les personnages de Kao et du capitaine Falk. Il est donc facile de deviner que leurs sorts sont liés, implicitement. Par contre, il n'est pas sûr de deviner l'issue, de retenir la fuite en avant et c'est pourquoi le lecteur est happé par cette histoire, hypnotisé et ne lâchant pas une seconde ce livre.
C'est superbe ! Beaucoup d'habileté dans l'intrigue, un sens lapidaire pour la formule qui tranche comme une lame de couteau, des personnages charismatiques et une portée considérable derrière cette histoire ... n'attendez plus !
A partir de 15 ans.

Editions du Rouergue - coll. DoAdo Noir - 406 pages  / Septembre 2007.

Extrait« - Ma mère dit que le cinéma substituait à notre regard un monde qui s'accordait à nos désirs... souffla-t-il.
Mais Nuit et Brouillard ne cadrait pas avec cette définition.
- Le cinéma est plutôt comme une bataille, déclara Fuji.
- Une bataille contre quoi ?
- Contre mille ennemis différents et contradictoires. Contre l'ennui. Contre la frénésie. Contre le quotidien désenchanté. Contre les lendemains qui chantent. Contre les bourrasques qui avalent nos cauchemars. Contre les usines qui broient nos rêves. Contre les laisses invisibles qui nous étranglent. Contre les habitudes qui nous ferment les yeux.
Fuji soupira et reprit :
- Et dans cette bataille, Nuit et Brouillard, avec son texte et ses images implacables, lutte aux avant-postes. Contre l'oubli. Contre les monstres du passé. Contre l'effacement des crimes effroyables de l'Histoire. Nuit et Brouillard lutte contre tout cela. Et prouve que le cinéma peut abriter le temps. »

Posté par clarabel76 à 12:15:00 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags : , ,