26/10/16

Pile ou Face : Cavale au Bout du Monde, de Hope Larson & Rebecca Mock

♪♫ Tiens bon la vague et tiens bon le vent ... Hissez haut ! ♫♪

PILE OU FACESans nouvelle de leur père adoptif depuis des mois, Alexandre et Cléopâtre, des jumeaux de 12 ans, ont pensé rejoindre le gang du Crochet Noir pour survivre dans la jungle new-yorkaise, mais leur dernier larcin a tourné court et conduit le frère et la sœur au poste de police. Menacés d'être envoyés dans un centre de redressement pour mineurs, Alex et Cléo supplient la clémence de leur bourreau et acceptent de livrer la cachette du gang, trahissant ainsi un pacte inaliénable. Les enfants espèrent en échange quitter la ville au plus vite pour échapper aux représailles. Ils ont repéré dans le journal une annonce alléchante - un homme vivant à San Francisco recherche ses deux garçons perdus de vue depuis cinq ans. Les jumeaux mettent au point un plan pour duper l'individu et prétendre être ses fistons, mais en traînant sur les quais pour embarquer clandestinement à bord d'un bateau, Cléo et Alex démasquent deux autres frangins ayant eu la même idée qu'eux. Grosse bagarre générale. Retour à la case prison. Après quoi, les duos sont inversés. Alex et Edwin d'un côté, Cléo et Silas de l'autre. À eux quatre, la suite de l'aventure promet monts et merveilles. La narration enchâssée réserve naturellement de belles surprises et autres retournements de situations très appréciables. On suit nos loustics dans des péripéties tumultueuses, mêlant danger, suspense, amour, amitié, vie et mort. La dynamique du récit étant enlevée, la lecture n'en est que plus palpitante. De plus, l'ambiance et le décor des années 1860 invitent au voyage et à l'évasion, entre exotisme et piraterie, carte au trésor et poursuite infernale, épisodes en mer et courses folles dans la jungle, rencontres avec des autochtones et retrouvailles poignantes. Bref. Plus qu'une modeste entrée en matière, c'est tout bonnement passionnant ! Une bd de 224 pages au format souple très agréable à parcourir. Une belle surprise.

Rue de Sèvres - septembre 2016

Trad. de Fanny Soubiran [Compass South]

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Bonne Continuation, d'Olivier Tallec

Bonne Continuation

Olivier, il faut qu'on cause ! Cette tendance crapuleuse à épingler les travers de nos petites vies est tout bonnement... jouissive ! Sur ce, je dénonce : un ton mordant, parfois méchant et ironique, flirtant aussi avec un humour noir et morbide, hmmm, ça sent l'insubordination à plein nez. Et ça me plaît. Lire Olivier Tallec dans un univers aussi décalé et cinglant, oui ça a du bon.
Après avoir signé ses premiers méfaits en nous souhaitant une Bonne journée, l'auteur récidive dans cet exercice du dessin humoristique particulièrement féroce avec une nouvelle série de tableaux qui brassent des thèmes, des symboles et des époques sans fil conducteur mais où la dérision domine le monde. Les cadeaux de Noël, la garde alternée, la mode, le paraître, les rencontres amoureuses, l'incompréhension au sein du couple, la cigarette, la sexualité, les licornes, le safari, les penchants SM, les cornes, le plug anal, les très flippantes moaï (ces célèbres statues de l'île de Pâques), les vaches normandes, les mille-pattes, les ours polaires, les chauve-souris, les oies, mais aussi l'écologie, le réchauffement climatique, le foie gras, la frénésie médiatique, et j'en passe ! Tout est sujet à moquerie, surtout quand c'est aussi bien appréhendé, d'un simple tacle subtil et hardi. 
Il y a du Voutch dans l'art de tailler des portraits aussi incisifs, selon une base de dessin au pastel, mais la tendresse particulière au papa de Grand Loup et Rita & Machin, qui assume ici un rôle à contre-emploi de son registre habituel, rend le contraste réjouissant. Il sort plus d'une fois de sa zone de confort, avec notamment des scènes bien gore, bien sanglantes, qui figurent aussi parmi les meilleures séquences de lecture (honte, moi ? jamais !). De toute façon, j'aime cette facette irrévérencieuse du personnage, son caractère fripon qui se dévoile. Cette nouvelle lecture caustique confirme ainsi l'étendue du talent d'Olivier T. Applaudissements dans la salle. 

Rue de Sèvres / Octobre 2016

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25/10/16

Akissi Tome 7 : Faux départ de Marguerite Abouet & Mathieu Sapin

Un peu de soleil pour égayer la saison automnale ! Faites place à l'adorable Akissi, championne des 400 coups. ☺

Akissi 7Ce septième tome annonce une cascade de drames : d'abord, Pélagie informe son groupe de copains que ses parents vont divorcer et qu'elle va bientôt déménager pour suivre sa mère en rase campagne. Accablement général. Tous se creusent la tête pour trouver une solution. Akissi propose alors de caser sa maman avec son père ! Après tout, c'est une coutume répandue de prendre une deuxième femme. Akissi décide de jouer les entremetteuses et provoque une secousse sismique à la maison.
De toute manière, la fillette est convaincue d'être un boulet pour ses parents. Pour preuve, ils ont prévu de l'envoyer en France chez un oncle installé à Paris. Strictement opposée à l'idée de partir, Akissi déploie des trésors d'ingéniosité pour échapper à ce triste dessein. ^-^
Elle tente d'être adoptée par le charbonnier, puis décide de faire une fugue, et pourquoi pas la grève de la faim ? Ses potes sont solidaires... sauf devant une platée d'allers-retours (des beignets farcis au maquereau). Quelle débandade. Comble de tout, ses parents ne lâchent rien et ne se formalisent même pas de ses cauchemars qui lui font pousser de grands cris chaque nuit.
Akissi partira dans ce lointain pays glacial, peuplé de loups affamés, et aura pour seule consolation la possibilité de rencontrer en vrai son héros Rahan. Héhéhé. Calquée sur leurs lectures et leur imagination débordante, la vision qu'ont Akissi et ses amis de la France est franchement cocasse, mais savoureuse. De toute façon, il n'existe qu'un paradis terrestre - c'est Yopougon. 
Et c'est vrai que l'ambiance y est chaleureuse et enchanteresse. C'est toujours un bonheur de suivre les parties de rigolade des jeunes bambins, les poésies récitées en classe, les ruses pour tromper la vigilance des adultes, les blagues et autres taquineries entre frère et sœur. Cette série ne dément pas son succès et garantit la promesse d'une lecture pétillante. Au vu des derniers rebondissements, il me tarde déjà de connaître la suite des aventures d'Akissi... 

Gallimard Bande Dessinée - Octobre 2016

 

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Les Effroyables Missions de Margo Maloo, de Drew Weing

Halloween approche. Alors, pour se mettre dans le bain, plongez dans cette lecture pleine de monstres dans le placard, qui donnent des frissons pour de vrai, et qui se proposent aussi de nous lancer dans des enquêtes excitantes en compagnie d'une experte ès phénomènes fantastiques & effrayants ! ☺

LES EFFROYABLES MISSIONS DE MARGO MALOOCharles Thompson, jeune blogueur chevronné, n'adhère pas du tout à la nouvelle lubie de ses parents - à savoir, emménager dans un vieil immeuble Art Déco dans la grande ville d'Écho City. Le gamin trouve leur nouvel appartement lugubre et délabré, la nuit il fait des cauchemars et pousse des cris de terreur en découvrant un monstre sortir de son placard...
Charles n'en peut plus et se sent incompris, jusqu'à ce qu'il rencontre la spécialiste Margo Maloo, une fillette capable de mater les créatures de l'ombre par sa parfaite connaissance de leur pédigrée. Fantômes, gobelins, ogres ou trolls n'ont aucun secret pour elle. Et inversement, ces monstres se montrent tous extrêmement obligeants à son égard. Pourquoi, comment ? Charles est estomaqué.
D'abord, la découverte de cet univers parallèle le sidère et l'émoustille en même temps. Or, Margo refuse d'accorder la moindre interview au jeune chroniqueur et lui impose même le silence. Son activité doit demeurer confidentielle, par respect pour les monstres aussi. Sic. Charles en a une frousse bleue. Et les monstres le lui rendent bien. Ils l'accusent même d'avoir kidnappé un bébé ogre et ont mis sa tête à prix. Ses jours sont comptés, seule Margo Maloo peut le tirer de ce vilain guêpier !
Que d'émotion, que d'action au programme ! Cette bd est terriblement pertinente à jouer des peurs des enfants et à mettre en scène des monstres dans des situations insolites et saisissantes. Cette lecture fait flipper pour de vrai... tout en collant le sourire aux lèvres. Car il y a de l'humour dans l'histoire, du mystère à travers les enquêtes de Margo et son personnage surgi de nulle part, mais aussi de l'inconnu dans les intentions des monstres, cette communauté fermée et revêche, qui adore terrifier les enfants pas sages et qui se plaint du non-respect des humains en leur arrachant tous leurs biens. Assistant l'intrépide détective, Charles Thompson s"impose aussi en tant que jeune héros froussard et attachant, tout en se familiarisant peu à peu à cet univers foisonnant et original. Suivez le guide ! Cette lecture laisse autant place à l'imaginaire qu'aux vieilles terreurs nocturnes... brrr, frissonnez ! 

Gallimard Bande Dessinée - septembre 2016 - trad. d'Alice Marchand

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Les lames d'Âpretagne, Tome 1 : Le tonnerre de Brest, de Noë Monin, Luc Venries & Yoann Courric

C'est l'histoire de trois potes qui se lancent dans l'écriture d'un scénario dopé à l'heroïc fantasy, à l'humour et à l'action, placé sous le signe des séries façon Game of Thrones ou Assassin's Apprentice, qui dédient au passage les seins de Pimprenelle à Régis Loisel, et qui osent le pari fou d'en faire une série en 3 tomes. Voici donc la quête de deux obstinés que tout oppose, dans un univers médiéval-fantastique empreint de légendes celtiques, absolument émoustillant.

Les lames apretagne

Faust est un gamin des rues, qui rêve de s'échapper de sa vie de misère, en compagnie de son petit frère Klein. Mais sa rencontre avec une bande de mercenaires met un terme à ses maigres ambitions, et le voilà enchaîné sur le marché des esclaves, d'où l'extirpe le très capricieux Van, fils du souverain d'Âpretagne. Ce n'est pourtant pas par bonté d'âme que le garçon vient d'agir, puisque celui-ci est davantage mû par un instinct de distraction et une volonté d'affirmer son pouvoir. Et pourtant, lui aussi verra son destin basculer, lorsque son père le condamnera à l'isolement, puis à l'exil, afin de le soumettre à une série d'épreuves et faire de lui un héritier digne de ce nom. Pour mener à bien cette quête, Van se voit imposer pour compagnon l'intrépide Faust, aussi morveux et belliqueux que le jeune prince. Ces deux-là se détestent, mais “rien de mieux que de bonnes beignes pour forger une amitié” ! 
Classique, mais efficace. Ce volume d'introduction n'est pas en reste pour planter le décor, les personnages, les enjeux et ne fait pas dans la dentelle avec son ambiance dramatique, faite de trahison et de cruauté, qui pourrait en déconcerter plus d'un. L'aventure, pourtant, est plaisante. Agile et trépidante, elle raconte essentiellement l'apprentissage de deux jeunes rebelles, arrogants et écervelés, qui vont devenir deux amis liés par une quête longue et semée d'embûches. Héros impétueux, ils n'en demeurent pas moins naïfs des tractations politiques qui s'opèrent en coulisse et qui vont jouer de leur vie à grandes rasades de gnôle. Les rebondissements vont ainsi bon train et dictent une narration entraînante, plongée dans un univers parfois brouillon mais animé d'un réel enthousiasme débordant. Dialogues truculents, personnages chafouins, action et émotion au tournant... Les premiers pas en Âpretagne ne manquent franchement pas de saveur !

Casterman / Août 2016  **   “Qui titille la catin... bâtard aura demain !”  **  

 

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Mon premier livre de musique classique, par Emilie Collet & Séverine Cordier

Mon premier livre de musique classique

Cette collection chez Gründ est de grande qualité, car elle combine la touche enfantine par des illustrations charmantes & agréables à un propos judicieux, accessible aux plus jeunes, sans forcément tomber dans la niaiserie.

Cette approche est suffisamment convaincante pour séduire les parents et les enfants. On a, de plus, un large choix de registres musicaux (classique, opéra, jazz, rock, comptines, berceuses etc.). Dans ce grand volume avec intercalaires, on distingue quatre grands compositeurs de musique classique et quelques-uns de leurs morceaux les plus fameux.

Le CD regroupe 24 versions instrumentales, de Mozart et sa Petite musique de nuit ou L'air des clochettes, à Beethoven et son Hymne à la joie ou La Symphonie pastorale, de Vivaldi et ses Quatre saisons et de Chopin, on écoute La Valse du petit chien, Le Papillon ou Nocturne. C'est un voyage musical entraînant & coloré pour une initiation tout à fait concluante.

 

Mes premiers airs d'Opéra, illustré par Séverine Cordier

Mes premiers airs d'opéra

Ce dernier né des Petits Livres Sonores a pour ambition d'embarquer les enfants dans l'univers de l'Opéra !

Ce domaine souffre de son image trop élitiste ou rigoureuse, et c'est bien dommage. Au moins l'écoute de ce petit bouquin va en surprendre plus d'un : qui ne connaît pas La Traviata de Verdi, La Flûte enchantée de Mozart, Carmen de Bizet, La Belle Hélène d'Offenbach, Le Duo des chats de Rossini & Les Noces de Figaro de Mozart ?

Eh oui. Les airs d'Opéra font partie de notre quotidien, à travers la publicité honteusement, mais il est bon aussi de rappeler leurs auteurs et leurs histoires par quelques notes de présentation. C'est simple, adorable et très instructif. 

De toute façon, cette collection est aussi enthousiasmante que réjouissante. Elle fonctionne très bien auprès des enfants, qui la plébiscitent titre après titre. 

Gründ - Août 2016

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Le grand Rendez-vous, de Hubert Ben Kemoun

Le grand Rendez-vous

Un grand rendez-vous à ne pas manquer ! Un album qui se regarde... et s'écoute !

Les nouvelles technologies ne cessent de s'inviter dans la lecture, cf. aussi le très interactif Dessine-moi le vent ! Cet album également nous propose de nous évader à travers 24 histoires mises en scène et en musique par Hubert Ben Kemoun, Sébastien Pelon, Judith Gueyfier, Nicolas Duffaut & Marc-Olivier Dupin.

Pour les découvrir, il suffit de télécharger l'application Nathan Live, d'ouvrir le livre et de scanner l'illustration, puis d'écouter l'épisode sélectionné. Ou de vous rendre sur le site : http://grandrendezvous.nathan.fr/audio.php

Si toutes ces technologies vous dépassent, alors place à l'imagination en feuilletant cet album sans texte et composez vous-mêmes vos aventures ! 

Un violoniste à Sydney, trois enfants chanteurs de rue à Valparaiso, une flûtiste charmeuse de serpent à Bombay, des joueurs de banjo dans le bayou, une harpiste à Buckingham, et bien d'autres, reçoivent tous une invitation à un rendez-vous. Quel est ce rendez-vous si important qu'ils cessent leurs activités pour s'y rendre ? 

Voilà qui chamboule nos habitudes de lecture ! Appréciant le livre audio en général, l'idée qu'on me raconte une histoire me plaît beaucoup. Par contre, télécharger ou s'armer des outils comme un smartphone ou une tablette pour envisager la lecture du soir, j'avoue être un peu réfractaire. Il y a déjà trop d'écrans dans la vie des enfants... Je suis de la vieille école, et j'aime par-dessus tout le bon vieux livre papier ! ^-^

Nathan - Octobre 2016 / Raconté par Louise Grinberg et Emmanuel Lemire. 

NB : Toutes les histoires sont imprimées sur un livret qu'on retrouve sur la dernière page de garde de l'album. 

24/10/16

Cinq petits cochons, par Agatha Christie

Cinq petits cochons

Seize ans plus tôt, Caroline Crale a été condamnée pour avoir empoisonné son mari, le peintre Amyas Crale, sous prétexte que celui-ci allait la quitter pour sa jeune maîtresse, l'affriolante Elsa Greer, qui lui servait aussi de modèle pour son dernier tableau. 
Venant tout juste de se fiancer, leur fille, Carla Lemarchant, convoque le passé et demande à Hercule Poirot de reprendre l'enquête pour l'éclaircir. Celui-ci s'y plie avec bonne grâce et rencontre les acteurs du drame, soit Meredith Blake, l'expert en plantes, son frère Philip, l'amoureux refoulé, la nouvelle lady Dittisham, par qui le scandale est arrivé, mais aussi Cecilia Williams, la gouvernante acariâtre, et Angela Warren, la demi-sœur de Caroline qui n'était qu'une adolescente revêche et dissipée à l'époque. 
L'un après l'autre, ces témoins livrent leur version de l'histoire en accablant Caroline, dont les crises de jalousie acerbes et très violentes faisaient grand bruit dans la maison. Le couple était au bord de la rupture, le mari volage affichait sa nouvelle conquête sous le nez de l'épouse bafouée, qui n'a pas supporté pareille humiliation. Chacun y va de son commentaire ou de son jugement relatif, pendant ce temps Hercule écoute patiemment. 
Les intrigues d'Agatha Christie sont comme des petites mailles tricotées en point très serré. Qu'on ne s'y trompe pas. Ce ne sont pas les mêmes propos qui sont ressassés à l'envi ni les mêmes conflits qui sont rapportés dans le vide, l'histoire n'est jamais statique et tout est dans le détail, car rien n'est jamais anodin dans les histoires de la duchesse ! Non seulement la lecture déploie une prodigieuse mise en scène dans l'art de ménager le suspense, instaurant au passage une ambiance très théâtrale à l'ensemble, mais elle aborde aussi des thèmes d'avant-garde, dont le libertinage et la sensualité, qui n'étaient pas légion dans les romans de 1942 ! ^-^
Ce roman ne vieillit pas et est, de plus, excellemment servi par l'interprétation de haute volée de Samuel Labarthe, alias le commissaire Laurence dans Les Petits Meurtres d’Agatha Christie sur France 2. À noter aussi qu'il existe une adaptation par ITV (saison 9, épisode 1) avec David Suchet, Rachael Stirling, Aidan Gillen, Julie Cox... L'un des meilleurs épisodes de la série Hercule Poirot ! 

Texte lu par Samuel Labarthe pour Audiolib (durée : 7h) - Septembre 2016

Traduction révisée par Jean-Michel Alamagny pour les Editions du  Masque

Mémoire de fille, d'Annie Ernaux lu par Dominique Reymond

Mémoire de fille

Annie Ernaux replonge dans l'été 1958, alors qu'elle était une toute jeune fille d'à peine dix-huit ans, sortant de son école religieuse, innocente de la vie et du monde. Elle débarque à la colonie de S. dans l'Orne en tant que mono et tombe sous le charme de son supérieur, H. Ce type abuse d'elle honteusement, mais la jeune Annie, tellement naïve, s'accroche à lui et ne s'apesantit pas sur sa première nuit (loupée) avec cet homme, qui cherche un plaisir brutal et égoïste. Le compte-rendu est extrêmement violent, donnant des détails crûment, sans trace d'émotion ni le moindre état d'âme. Comme une volonté franche et résolue de s'affranchir de la petite Annie Duchesne. La fille de 58 cherche en effet à s'émanciper de son éducation de jeune campagnarde et envisage la sexualité comme une étape pour appartenir à un groupe, aussi elle se donne sans réfléchir et se soumet au désir de l'autre. Mais son attitude est raillée, la jeune fille tombe en dépression, son corps exprime son traumatisme (boulimie, aménorrhée). Bref. L'écoute du livre audio devient rapidement une expérience douloureuse, d'abord parce que le récit est lu très froidement par Dominique Reymond, d'une voix grave et sensible, quasi atone, ce qui ne favorise pas un sentiment d'empathie. Puis, l'étalage de l'agressivité sexuelle est déplaisant, en plus de mettre mal à l'aise. Je me sentais dans la peau d'une voyeuse, dépositaire d'une histoire confiée sans retenue, supportant un troublant jeu de rôles entre le “elle” et le “je” pour bien marquer la distance intectuelle et la condamnation de la petite Annie D. (“son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari”). Je n'ai pas adhéré au principe, trouvant cette attitude désagréable et prétentieuse. Ce livre, non vraiment, n'a pas su me toucher, ni m'émouvoir. Je l'ai trouvé insupportable à écouter, à comprendre, à cerner. Je vais à contre-courant de la tendance générale qui crie au génie dès qu'un livre d'A. Ernaux sort en librairie, mais personnellement je trouve ses récits de plus en plus lassants. 

Lu par Dominique Reymond pour Gallimard, coll. Ecoutez Lire / Octobre 2016

Durée : env. 3h 30

Bibliobs > VIDÉO. Faut-il lire “Mémoire de fille”, d'Annie Ernaux ?

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22/10/16

Un bruit étrange et beau, par Zep

Après avoir opéré un virage artistique avec Une histoire d'hommes et aussi son Carnet intime, Zep ne cesse de nous surprendre par l'étendue de son talent et sa sensibilité à fleur de peau, capable de convoquer des émotions vraies et sincères.

Un bruit étrange et beau

William a renoncé au monde, à la vie, à l'amour, aux femmes, à la richesse il y a vingt-cinq ans, en devenant simple chartreux dans le cloître de la Valsainte. Un jour, il reçoit une convocation chez un notaire parisien pour la lecture du testament de sa tante, avec laquelle il s'était fâché suite à sa décision de rejoindre l'ordre religieux. Ce retour à la civilisation est un électrochoc de mots, de sons, d'émotions pour cet homme qui pensait être sevré de tant d'artifices. Dans le train qui le conduit à Paris, il rencontre une jolie jeune femme, Méry, qui lui confie son histoire dramatique : une maladie grave et incurable, plus que quelques mois à vivre... Et les questions pleuvent sur la foi et la croyance, les doutes, l'engagement, les regrets. Comment expliquer à une nana qui croque la vie à pleines dents le choix de se retirer de cette agitation ? En quelques jours, le séjour de William (alias Don Marcus) va le conduire sur le chemin des souvenirs et le mener à ressasser des idées ou des sensations soudaines, parfois déstabilisantes. William retrouve ainsi les enfants de sa tante, Gabriel et Tolède, tous deux profondément marqués par les aléas de la vie. Ils ne sont clairement pas heureux et ils se contentent d'aligner leurs pas au fil du temps sans se donner la peine d'y trouver un sens. Ce sont des personnages éteints et usés par cette vie qui ne fait pas de cadeau. Hériter de biens et d'une fortune, certes... Mais sans la récompense d'un mot doux, d'une caresse, d'une vraie preuve d'amour. 
Zep tire profit de la situation pour exposer la valeur qu'on accorde à la vie en croisant des portraits et des destinées tous plus dissemblables, mais qui parviennent tous à nous toucher. William se confronte à sa vie d'avant et à sa vocation. Son choix du recueillement et du silence est-il le bon ? Qui sommes-nous pour juger ou inciter la balance à peser plus lourd d'un côté que d'un autre ? Cette histoire est infiniment profonde et touchante, elle fait écho à la noblesse de l'âme et du cœur dans le parcours d'un homme saint et en même temps faillible. Ce récit d'une grande pudeur exprime aussi sa force dans un graphisme épuré, aux teintes du passé, alternant entre le sépia ou le noir et blanc, mais où l'évocation est réellement poignante. Une lecture saisissante pour une bd émouvante.  

Rue de Sèvres / Octobre 2016

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