26/07/16

Blueberry Hill, de Fredrik Ekelund

Blueberry Hill

Un incendie dans un squat de SDF vient de provoquer la mort de l'un d'eux, le bien-nommé l'Espagne, en référence à son passé de combattant durant la guerre civile. L'inspecteur Lindström et Monica Gren se rendent sur place pour interroger les rares témoins, entre les sans-abris méfiants et lassés d'être l'éternelle cible d'un voisinage agressif, qui se plaint de leur présence, et ces mêmes riverains agacés de supporter cette proximité polluante qui déprécie leurs appartements. Bref, on tourne en rond.
Mais l'enquête va également faire émerger un groupuscule d'allumés fanatiques, aux idées néonazies entretenues avec ferveur par un ancien professeur déconsidéré par sa profession suite à une campagne de presse virulente, laquelle avait mis à jour ses théories négationnistes. 
L'histoire n'épargne donc pas l'image glamour de cette Suède branchée particulièrement gangrenée par la montée du populisme et l'extrême-droite qui se répand en Europe comme une traînée de poudre. C'est affligeant, et paradoxalement stupéfiant d'en suivre l'évolution, les codes et les rouages en se faufilant dans les coulisses. Au secours, réveillez-vous ! 
Lindström et sa jolie collègue ont aussi leurs propres déboires à résoudre, le couple entretenant une liaison clandestine alors que le gars est marié et père de cinq enfants ! Hjalle n'est pas encore prêt à quitter son cocon familial, même s'il est fou amoureux de Monica dont il ne peut plus se passer. Tous deux doivent jouer sur la discrétion, même au boulot, et ne pas éveiller les soupçons. 
Voilà qui donne au roman une couleur séduisante, et pourtant peu flatteuse pour les personnages, disons que cela rend la lecture d'une fluidité appréciable pour s'enlever toute la noirceur de l'intrigue criminelle assez conventionnelle. Car il est vrai que c'est un livre tout à fait correct, sans défaut majeur, mais sans une inventivité particulière. Les amateurs de polars nordiques savoureront le dépaysement et auront peut-être le goût de poursuivre la découverte de cette série (on retrouve le duo d'enquêteurs dans Le garçon dans le chêne & Casal Ventoso). 

Traduit du suédois par Philippe Bouquet pour Gaïa éditions / Repris chez Folio Policier, en sept. 2015

 


L'Emprise du passé, de Charlotte Link

L'emprise du passé

En apprenant la mort de son père, policier à la retraite, retrouvé assassiné chez lui, sa fille Kate débarque avec ses gros sabots d'agent de Scotland Yard, pensant faire avancer l'enquête confiée à Caleb Hale, lequel tente d'effacer son passé d'alcoolique notoire. Ce meurtre va néanmoins soulever d'autres secrets enfouis relatifs à la vie intime de son père, qui aurait entretenu une liaison amoureuse avec Melissa Cooper, alors que son épouse se battait contre un cancer. Le mythe du père adulé s'effondre. Kate écluse son chagrin à grosses lampées de whisky, sous le nez de Caleb, en plein sevrage, et se pend à son cou pour le débaucher, alors que le type ne rêve que de se tailler en douce... Réveil matinal douloureux et humiliant. L'enquête, cependant, poursuit sa route, entre les vieux dossiers traités par l'inspecteur Richard Linville, son histoire avec sa maîtresse et les autres fantômes dans le placard. En marge de cette histoire, l'auteur nous présente le couple Crane et leur fils adoptif Sammy, sa mère Terry et son nouveau petit copain Neil. En vacances dans les landes, un coin paumé dans le Yorkshire, où Stella et Jonas pensaient s'y ressourcer en toute quiétude, ils ont la désagréable surprise de croiser Terry et ses éternels atermoiements sentimentaux. Sans surprise, tous les ingrédients sont réunis pour annoncer le huis clos grinçant, venu exprès détourner notre attention et alimenter de folles spéculations. C'est que l'ambiance générale dans ce roman est lourde et pesante, entre secrets de famille, vendetta personnelle et drame du passé comme élément déclencheur de l'enchaînement de violence. Une intrigue assez formelle, construite avec des cubes de Lego pour ménager le suspense et donner l'illusion d'une tension psychologique édifiante. Pas mal ! 

Traduit de l'allemand (Die Betrogene) par Marion Roman pour les éditions Presses de la Cité, mars 2016

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25/07/16

Rendez-vous à Estepona, par Åke Edwardson

RENDEZ-VOUS À ESTEPONA

Peter Mattéus mène une existence rangée et heureuse : un boulot de publicitaire à succès, une vie de famille épanouie, une maison coquette à l'abri des regards indiscrets... Nul ne se doute de son passé d'activiste durant ses années en Andalousie. Il a tout plaqué pour faire peau neuve en s'exilant en Suède, mais il semblerait que ses vieux amis se rappellent à son doux souvenir.
Le couple vient en effet de recevoir par surprise deux billets d'avion pour la Costa del Sol. Sa femme se réjouit d'une escapade amoureuse, tandis que Peter comprend aussitôt la menace et se sent pieds et poings liés. Tout est programmé pour leur départ imminent. Ses enfants placés chez leur grand-mère, il débarque donc dans un pays secoué par une série d'attentats à la bombe.
Et très vite, il retrouve ses contacts d'avant qui l'obligent à payer sa dette. Accusé de trahison, Peter doit désormais éliminer leur ancien complice, Jesùs Maria Montanas, le chef de la police d'Estepona, devenu un homme politique influent. Cet homme serait également responsable de l'assassinat du jeune frère d'Aitor Usetxe, leur chef de groupe. Les dix-neuf années passées en prison ont d'ailleurs entretenu sa rancune et sa soif de vengeance.

Ce livre ne s'inscrit pas dans la série à succès de l'auteur, celle mettant en scène le commissaire Erik Winter à Göteborg. Place à une aventure à part avec un homme confronté à son passé et résolu de préserver son présent. Svange Berger, alias Peter Mattéus, l'homme aux multiples casquettes, doit donc gérer le dilemme à coup de slaloms efficaces en plongeant dans les méandres d'une intrigue crapuleuse et dépassée.
Le type va cependant s'avérer mou et passif,  même pas fichu de tenir une conversation cohérente. Il suit le mouvement sans conviction. Cherche au mieux à limiter les pots cassés et protéger sa famille. J'hésite à qualifier sa position entre  intelligence et apathie. 
Malgré une narration erratique, au style haché laborieux et lourd à digérer, l'histoire se laisse lire sans déplaisir mais se révèle finalement peu marquante. Une lecture un peu trop sommaire à mon goût. 

Traduit du suédois (Möt Mig I Estepona) par Rémi Cassaigne pour les éditions JC Lattès

Repris chez 10-18, en Sept. 2015

 

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Le Temps est assassin, de Michel Bussi

Le temps est assassin

Durant l'été 1989, Clotilde passe ses vacances en Corse, sur les terres de la famille de son père. Elle a quinze ans, elle adore La Lambada, Le Grand Bleu et La Mano Negra. C'est une adolescente insouciante, dont le journal intime raconte ses exploits avec une spontanéité rafraîchissante. Sauf qu'au terme de cet été indolent, un accident de voiture va décimer le couple Idrissi et leur fils Nicolas, laissant orpheline la jeune Clotilde.
Vingt-sept ans plus tard, celle-ci est de retour sur les lieux du drame, avec son mari et son adolescente de fille. Son deuil est telle une plaie ouverte, impossible à combler. Aussi est-elle résolue à chasser ses fantômes et crever l'abcès en retrouvant tous les témoins de la tragédie, quitte à mettre en péril ses acquis.
Changement de cap pour l'auteur normand qui nous invite à poser notre serviette de plage sur l'île de beauté et se repaître de son caractère entier et farouche ! La presqu'île de la Revellata, entre mer et montagne, devient le théâtre de passions nombreuses et variées, de celles qui diabolisent une famille sur plusieurs générations, à celles qui ravivent des émotions et déterrent des secrets trop longtemps enfouis.
La construction du roman laisse de nouveau vagabonder notre imagination, entre passé et présent, la vigilance est de mise. Michel Bussi se joue du lecteur avec ses sempiternels chausse-trappes, exprès pour semer le doute et nous balader sur des fausses pistes. La pratique n'est pas nouvelle, mais nous abuse encore et toujours. C'est de bonne guerre.
Cette intrigue à suspense laisse donc entendre que la mère de Clotilde ne serait pas morte, d'après les improbables indices glissés sur son chemin (une lettre signée, un labrador du même nom, la table du petit-déjeuner dressée à l'identique du matin du drame). C'est suffisant pour rallumer la flammèche de l'espoir et l'entraîner sur des sentiers glissants.
Plus Clotilde s'obstine à fouiller le passé, plus ses proches se sentent délaissés et lui font des reproches, auxquels elle reste sourde. En comprenant que l'accident aurait sûrement des origines criminelles, que les apparentes infidélités de sa mère, trop belle et frivole, auraient servi à une triste mise en scène et précipité le drame que l'on sait, Clotilde n'envisage plus de rebrousser chemin mais redoute à plus forte raison de dévoiler la vérité (qui s'annonce à coup sûr poignante et bouleversante). 
Le scénario est certes rocambolesque, mais tient en haleine et participe au sensationnel du récit. Une lecture idéale pour la détente (soleil, vacances, secrets de famille, premières amours et retour aux sources). Tous les ingrédients sont réunis pour concocter une bonne mixture appétissante ! 

 

Texte lu par Julie Basecqz pour Audiolib (Juin 2016) durée : 15h 16

Le temps est assassin | Livre audio

Titre téléchargé sur la plateforme Audible

©2016 Michel Bussi et Presses de la Cité (P)2016 Audiolib

 

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23/07/16

L'Échappée belle du bibliobus, de David Whitehouse

L'ÉCHAPPÉE BELLE DU BIBLIOBUS

Val est femme de ménage dans le bibliobus municipal, un camion de vingt tonnes en sursis devenu trop cher à entretenir pour la ville. Elle élève seule sa petite fille Rosa, atteinte d'une forme d'autisme, lorsqu'elle rencontre le jeune Bobby Nusku, un gamin fragile, obsédé par le souvenir de sa mère et maltraité par son père. Val se prend d'affection pour lui et est révoltée par les brimades qu'il subit, mais à vouloir lui apporter son soutien, le voisinage se retourne contre elle et l'accuse d'agissements douteux sur mineur. Sans réfléchir, tous trois plient bagage et s'enfuient à bord du bibliobus. Première escale en pleine forêt pour y camper une nuit et réfléchir à la poursuite de leur aventure. Là, ils rencontrent Joe, un marginal grand et efflanqué, qui se joint à la bande en leur indiquant de regagner un vieux manoir en Ecosse. Toute la police sera à leurs trousses, leur escapade faisant également la une des journaux, aucune solution de repli ne s'offre à eux, si ce n'est un ultime face-à-face au bord de la falaise. 

La lecture est premièrement déroutante, car elle ne renferme pas ce qu'on aurait pu supposer être une comédie enlevée sur l'amour des livres et l'épopée extravagante d'une équipe de bras cassés. Il y a de ça, mais pas seulement car les premiers pas dans l'histoire sont assez douloureux et déprimants. Toute l'histoire finit par dévoiler des sentiments meurtris, des êtres blessés, des cœurs broyés et un profond sentiment d'injustice. J'avoue avoir été longtemps perplexe, même si je me surprenais à tourner les pages à toute vitesse (livre dévoré en quelques heures). Et c'est au moment de refermer la dernière page que j'ai ressenti un semblant de félicité. Toute la magie enfouie dans le livre venait de dégouliner et m'éclaboussait copieusement. Une sensation étrange, mais réjouissante. Et de réaliser alors ô combien ce roman est fondamentalement attachant. 

Malgré leurs fêlures et les non-dits, les personnages déploient des trésors d'ingéniosité pour travestir la vérité. Leur expédition revêt alors les plus belles parures d'un roman d'aventures (Moby Dick, Le Petit Prince, Nils Holgersson, Chitty Chitty Bang Bang, etc.) avec une note d'excentricité et une généreuse couche de mélo - miraculeusement peu rebutante ! Puis prend des allures de conte fantastique, avec une Reine, une Princesse, un Homme des cavernes, un Enfant, un chien, un ara et même un Robot. Un bouquin franchement surprenant, à apprivoiser en douceur... l'effet boomerang est assez renversant ! 

Traduit de l'anglais par Karine Reignier-Guerre (Mobile Library) pour les éditions Presses de la Cité, Juin 2016

« Les histoires ne sont pas des histoires, si nul ne les raconte. Les personnages peuvent être bons ou mauvais mais, si les lecteurs ne font pas leur connaissance, ils ne sont ni l'un ni l'autre. Ce qui est bien pire. »

« Une famille, ce n'est pas forcément un père, une mère, un fils et une fille. Ce qui compte, c'est d'avoir assez d'amour. Or, de l'amour, l'Enfant, la Reine, la Princesse et l'Homme des cavernes en avaient beaucoup. À eux quatre, si improbable que cela paraisse, ils formaient une vraie famille. »

 

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22/07/16

Le Peuple de l'Ombre, de Tony Hillerman

Le Peuple de l'ombre

Jeune sergent de la Police tribale, Jimmy Chee est engagé par la richissime Rosemary Vines pour retrouver un coffret de vieux souvenirs, appartenant à son époux. Elle refuse d'appeler la police, car elle déteste le shérif Gordo Sena, et a déjà une idée toute faite sur l'identité du coupable - le fils d'un ami défunt, affilié à la secte Navajo, le Peuple de l'Ombre.
Or, l'individu est cloué sur un lit d'hôpital, proche de la mort. De plus, Jimmy Chee reçoit un coup de fil de B.J. Vines pour annuler la requête de son épouse et faire fi de ce menu larcin. Peu de temps après, le corps d'Emerson Charley disparaît de la morgue. Autant de troublantes coïncidences qui rendent notre enquêteur perplexe et résolu à en découdre.
C'est en compagnie d'une charmante institutrice, Mary Landon, peu souriante, blonde aux yeux bleus, taiseuse et renfrognée, que Jimmy va poursuivre ses investigations, avec à ses trousses, un type blond, armé d'un silencieux.
Il lui faudra fouiller dans le passé de toute une communauté et raviver les douleurs endurées suite à une explosion sur un puits de pétrole ayant entraîné la mort de toute une équipe d'ouvriers, à l'exception d'une poignée de manutentionnaires appelés à rester chez eux après que leur chef peyotl ait reçu une vision divine. 
On puise ainsi dans le folklore navajo, ses coutumes, ses rites, ses traditions et ses croyances, pour dérouler le fil d'une intrigue criminelle somme toute classique (secrets, mensonges, règlements de compte, vengeance). Une promesse d'évasion garantie pour une lecture agréable. Jimmy Chee est un enquêteur méticuleux, qui privilégie la recherche et la réflexion à une poursuite frénétique sur les terres arides d'Albuquerque et du Nouveau-Mexique.
Ce roman est cependant loin de la simple promenade de santé, puisque les coups pleuvent, les corps choient, le suspense gronde, les masques tombent... Une très bonne entrée en matière dans un univers qui nous sort de notre ordinaire.

Traduit par Jane Fillion (People of Darkness) pour les éditions Gallimard /

Repris chez Folio Policier, en sept. 2015 pour la présente édition “Polar culte présenté par Thierry Bourcy”

Bloody cocktail, de James M. Cain

Bloody Cocktail

Le mari de Joan vient de se tuer en voiture, après avoir quitté la maison dans un état d'ébriété avancé, suite à une violente dispute. La jolie veuve faisant preuve de peu de compassion, les enquêteurs de police la soupçonnent d'avoir précipité la mort du conjoint. Cependant, Joan est inquiète pour son avenir et celui de son fils. Livrée à elle-même, sans un sou en poche, elle décroche un poste de serveuse dans un bar à cocktail, où on lui apprend très vite à jouer de ses atouts physiques pour obtenir de bons pourboires.
C'est ainsi qu'elle rencontre régulièrement Earl K. White III, un homme riche, plus âgé qu'elle, sensible à son charme. Il transgresse l'avis de son médecin en lui proposant de l'épouser, malgré son angine de poitrine qui rend son état fébrile et fragile. Joan est séduite, mais contrite.
Elle n'éprouve aucune attirance pour cet homme bon et généreux, même si son aisance financière lui ôterait bien des soucis. Son fils Tad est entre les griffes de sa belle-sœur qui n'entend pas lui rendre, Joan a donc besoin d'assurer son confort matériel pour le récupérer au plus vite.
Le casse-tête se complique avec l'apparition du séduisant Tom Barclay, jeune, fougueux et ambitieux. Il est fou de Joan, prêt à tout pour ravir son cœur (et son corps) mais la belle fait de la résistance. C'est que Joan n'est pas cruche et cultive une certaine éthique que son métier et son physique pulpeux peuvent mettre injustement en doute.
Racontée à la première personne, l'histoire n'en demeure pas moins sulfureuse et sensuelle, rapportant avec une naïveté à peu près calculée un concours de circonstances malencontreuses pour notre héroïne, qui se défend de son honnêteté et de son innocence. Mais qui est Joan Medford ? Une maman aux abois, une ravissante idiote, une blonde voluptueuse, une amante redoutable, proche de la mante religieuse ?
De ses multiples facettes, Joan tire habilement toutes les ficelles de l'intrigue pour davantage nous troubler et nous interroger. Le roman en devient vite fascinant et déconcertant, il 
idéalise la femme en tant qu'objet pas si potiche et la dote d'un esprit malin et rusé. Au lecteur d'en tirer ses conclusions.
Ambiance vintage à souhait pour un revival du genre roman noir hardboiled, dans la veine des Raymond Chandler et Dashiell Hammett. Très bon ! 

Traduit par Pierre Brévignon (The Cocktail Waitress) pour les éditions Gallimard / Folio Policier, Janvier 2016

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21/07/16

Écoute-nous, de Liz Coley

Ecoute nous

Partie camper avec des amies, Angela, 13 ans, est kidnappée en pleine nuit par un individu qui l'entraîne dans une ferme perdue au milieu de nulle part avant de la relâcher trois ans plus tard, la mémoire en vrac, la personnalité dissociée. Ce retour au bercail provoque choc et émoi auprès de ses parents, contraints de faire leur deuil après une enquête classée sans suite. Plus dur aussi est d'admettre le calvaire de l'adolescente, livrée durant trois ans à un maniaque sexuel.

Angie suit alors une thérapie auprès du Dr Grant qui détecte chez elle un ensemble de caractères distincts, développés exprès pour parer aux multiples situations, il y a donc la Petite Scout, la Dévergondée, la Rapporteuse, l'Esseulée et Angel, dégainés à tour de rôle pour soutenir l'adolescente au gré des circonstances. Ce patchwork d'alters va ainsi révéler une histoire affreuse et éprouvante, contre laquelle l'héroïne continue de se battre, en attendant la guérison. 

La solution viendra par une nouvelle méthode d'élimination, personnalité après personnalité, pour délivrer Angie de ses démons et mettre à jour son traumatisme. Le cheminement est bredouillant mais pointilleux, en même temps Angie cherche à reprendre une vie normale, entre la famille, le lycée, les amis, les petits copains... même si là aussi son comportement erratique va générer d'autres situations compromettantes.

J'ai quasi dévoré les 2/3 du roman, avant d'être dégoûtée par l'orientation glauque et déprimante de l'histoire, certes inextricable, pour finalement terminer ma lecture sur une note d'amertume. Les révélations sont très dures et accablantes (je n'aime clairement pas les intrigues avec des crimes pédophiles) et nous font sentir au bord du précipice. Le suspense aussi apparaît avec parcimonie, en alternance avec le domaine psychiatrique et les expériences faites sur Angie pour traiter son syndrome de dissociation. 

En somme, il y a du bon et du moins bon... comme cette ultime révélation dans les dernières pages et le grand secret en devenir ! C'était clairement too much. Impression mitigée d'une lecture qui laisse au final un profond malaise et un sentiment d'improbabilité. 

Traduit par Valérie Malfoy (Pretty Girl 13) pour les éditions Presses de la Cité, mars 2014

Texte lu par Christine Braconnier pour Audible FR (durée : 9h) - avril 2015

Écoute-nous | Livre audio

En exclusivité sur Audible - uniquement disponible en téléchargement.

 

Ce que tu veux, de Sabine Durrant

Ce que tu veux

Deux ans après avoir perdu brutalement son mari dans un accident de voiture, Lizzie continue d'alimenter le souvenir de Zach et vient à s'imaginer qu'il est toujours en vie. Son corps n'ayant jamais été identifié, elle se surprend à traquer des signes, des indices prouvant sa théorie. Et de fil en aiguille, c'est un individu sombre, narcissique, possessif et jaloux qui renaît de ses cendres ! Car Zach, sous ses dehors d'artiste maudit, était un compagnon difficile et exigeant, qui exerçait sur Lizzie une emprise malsaine et étouffante. Son dernier souvenir de vie commune est d'ailleurs associé à son désir de rupture par une lettre, mais en fouillant dans son atelier, elle ne retrouve plus le courrier et comprend que Zach en a eu connaissance avant de mourir. Suicide ou mise en scène ? Rien n'est trop farfelu dans son cas. Zach était capable de tout. C'était un être intraitable, exclusif et violent. Lizzie devait à tout prix lui survivre... Seulement, deux ans après, elle ne se sent pas libérée. Toujours sur le qui-vive. Soucieuse de ses arrières. De plus, elle doute d'avoir connu le véritable Zach et entreprend d'éplucher son passé.

La lecture va finalement s'étoffer par le truchement d'une narration alternée. Et l'histoire d'être racontée par les deux protagonistes à intervalle régulier. On plonge encore plus loin dans les méandres de la duperie, de la manipulation, de la psychose et de la paranoïa. Les frontières entre le réel et le supposé deviennent floues. C'est bougrement diabolique. L'auteur s'amuse des faux-semblants et distille un suspense glaçant en imposant un climat de tension psychologique insoutenable. Ambiance suffocante, franchement irrespirable, chaque révélation venant noircir le tableau et polluer nos certitudes. Un bouquin qui met la tête à l'envers !   

Traduit par Paul Benita (Remember Me This Way) pour les éditions Préludes, mars 2016

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20/07/16

Jour Quatre, de Sarah Lotz

JOUR QUATRE

Piscine, excursions, soirées spectacles, bar à cocktails, cours de fitness, et même un casino ! La croisière Foveros vous convie sur Le Rêveur Magnifique pour un voyage inoubliable ! Qu'on se le dise...
Les trois premiers jours sont idylliques et vendent du rêve aux plaisanciers visiblement enchantés. Arrive le quatrième jour, et là... tout dérape.
Mais le drame se produit insidieusement. Ce sont de menus détails qui viennent gripper la belle mécanique et, par le cumul, plonger la croisière de rêve en véritable cauchemar. Tout commence par des problèmes techniques, des pannes d'électricité, des moteurs en rade, tous les moyens de communication hors-service.
On découvre aussi une jeune femme assassinée dans sa cabine, son tueur qui jubile non loin, mais aussi plusieurs cas de maladies et autres incontinences réjouissantes, surtout avec des toilettes qui ne fonctionnent plus, sans compter des événements paranormaux et l'illusion de voir des fantômes se promener à bord du paquebot !
C'est à devenir fou. D'ailleurs, cela ne manque pas, l'ambiance devient irrespirable, tendue, angoissante et incontrôlable. Un seul mot d'ordre : survivre. Après quoi, tous les coups sont permis.
On a aussi envie d'y croire jusqu'au bout, mais voilà... c'est un peu longuet. Et pour le coup, c'est un peu dommage. Un scénario catastrophe doit envoyer du lourd, du concis, de l'improbable, du vif, du poignant. On en a ici un vague aperçu, même si on se traîne un peu. Qu'importe.
Les croisières qui ne s'amusent plus me font souvent délirer, et là j'ai aimé retrouver cette ambiance confinée, où l'on finit par se taper sur le système, les personnages sont d'ailleurs tous tordus et méritent, pas loin, leur triste sort. ^-^ Cette lecture réveille donc nos bas instincts sadiques !  

Traduit par Michel Pagel (Day Four) pour les éditions Fleuve Noir, Mars 2016

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