15/02/07

The curious incident of the dog in the night time ~ Mark Haddon

J'ai été très touchée par le jeune Christopher Boone, héros du roman de Mark Haddon. J'avais très envie de lui prendre la main, de l'aider dans sa quête, surtout lorsqu'il décide de partir pour Londres - une épopée qui lui semble digne d'un film de science-fiction, assez drôle parfois !
Christopher a quinze ans, c'est un garçon qu'on dit "spécial", différent des autres, doué d'une intelligence hors norme, mais déconnecté des réalités dites terre-à-terre. Sur ce plan, chapeau à l'auteur d'avoir su si bien se mettre dans la peau d'un jeune autiste, de démontrer toute la complexité de son raisonnement, de sa logique, de ses craintes et ses enseignements. C'est terriblement subtil, ça ne tient souvent qu'à un fil de le considérer comme un enfant ordinaire, sauf qu'il ne faut pas le toucher ou il se met à crier, qu'il ne répond qu'aux questions, jamais aux affirmations, qu'il ne plonge jamais son regard dans les yeux de son interlocuteur, etc...
Chez lui, son cerveau fonctionne comme un ordinateur, comme une mémoire photographique. Il imprime ce qu'on lui dit, ce qu'on lui montre, toutefois il n'est pas dénué de bon sens, comme lorsqu'il s'aperçoit que le vendeur indien le roule dans la farine en lui vendant le guide de la ville.
Christopher est donc très attachant. Son histoire commence banalement, lorsqu'il découvre le corps du caniche mort. C'est Wellington, le chien de la voisine. Et lui décide de mener son enquête comme Sherlock Holmes, son héros. Hélas, c'est le début d'une série de catastrophes pour lui. 

C'est vrai qu'on peut distinguer deux parties dans le roman, et la première est excellente. On suit pas à pas les réflexions du garçon, c'est très important. Car cela montre avec quelle façon mathématique il cherche à raisonner, que ce soit dans son quotidien, son enquête ou à l'école. C'est très grisant et attachant. Lorsque la machine s'emballe, dans ce qu'on peut appeler la seconde partie, Christopher révèle ses failles, la difficulté d'élever un enfant autiste et la fine psychologie à adopter pour gagner sa confiance.
C'est donc un roman éblouissant, à la fois drôle, touchant, grave et sensible. Le petit monde de Christopher est très attachant, et à la longue on n'a qu'une envie, vouloir sans cesse le protéger, quitte à commettre des bêtises... C'est juste un peu dommage pour la fin expéditive, ceci ne nuisant pas à l'enthousiasme qu'inspire cette lecture ! 

lu en février 2005

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06/02/07

Le treizième conte - Diane Setterfield

 

treizieme_conteMargaret Lea n'aime pas les auteurs contemporains, elle ne lit que des auteurs morts, grandit dans une librairie de livres anciens auprès de son père, grand collectionneur de pièces rares.
Un jour, Margaret reçoit la lettre de Vida Winter, auteur de best-sellers, pour entreprendre l'écriture de sa biographie.
Pourquoi elle, pourquoi Margaret ? Elle n'a pas de goût pour les contes étranges et surréalistes qu'écrit Vida Winter. Avant toute chose, elle décide donc d'ouvrir un recueil très rare, "Le treizième conte", dans lequel Margaret découvre avec effarement qu'elle est subjuguée par l'univers de Vida Winter, et devine qu'un secret est renfermé dans ce livre !
Margaret choisit de partir dans le Yorkshire pour rencontrer Vida Winter. Cette dernière vit à l'écart du monde, dans une grande propriété isolée, où Margaret s'installe, aborde avec circonspection la grande romancière et commence à prendre des notes.
C'est dans cette maison à l'aura inquiétant que Margaret va ressentir le vertige des souvenirs, le poids du passé, la portée de sa naissance. Elle écoute avec intérêt les confidences de Vida Winter, se méfie de ses affabulations dont l'écrivain s'est rendue célèbre.
Margaret veut la vérité, toute la vérité. Confiez-moi la vôtre, l'engage Vida Winter, mais la jeune femme se ferme, non impossible de se résoudre, et pourtant "tout le monde a une histoire"...

Et c'est ainsi qu'on embarque dans ce roman puissant, dense, lourd de 400 pages, dans lequel on retrouve avec délice toute cette ambiance décalée des romans du 19ème siècle.
On pense très fort aux soeurs Brontë, dont "Jane Eyre" est moults fois évoqué, et où l'échappée belle de Margaret sur les landes entre la pluie et le vent rappelle sans équivoque les héroïnes des Hauts de Hurlevent.
On revoit aussi Daphné du Maurier et son célèbre "Rebecca" pour l'esprit austère et les présences de fantômes.
L'écriture scrupuleuse et passionnée de Diane Setterfield nous baigne dans un autre temps, au coeur du domaine d'Angelfied, théâtre de drames, de mystères et de folie. Et il faut aussi souligner le portrait remarquable de Vida Winter :

"Elle ressemblait à une reine, une sorcière ou une déesse des temps anciens. Sa silhouette raide émergeait, majestueuse, au milieu d'une profusion de pourpre cardinale et de coussins rouges. Drapés autour de ses épaules, les plis turquoise et vert qui habillaient son corps n'assouplissaient en rien sa rigidité. Ses cheveux cuivrés étaient coiffés en une savante composition de rouleaux, de boucles et de torsades autour d'un visage poudré, aussi quadrillé qu'un plan de ville, dont la blancheur faisait ressortir les lèvres hardiment soulignées d'un rouge écarlate. Sur ses genoux, ses mains n'étaient qu'un agrégat de rubis, d'émeraudes et de jointures blanches et osseuses; seuls ses ongles, dépourvus de vernis, coupés très court et carré, détonnaient. Ce qui me désarçonna le plus, ce furent ses lunettes." ...

Pour connaître la suite, je vous engage à découvrir vite fait ce roman captivant, envoûtant, dans la grande et pure tradition des romans anglais du 19ème ! A savourer.

Plon

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13/01/07

Cette sacrée vertu - Winifred Watson

cette_sacr_e_vertuPrésentation de l'éditeur
A 9h15, Miss Guenièvre Pettigrew, vieille fille aussi vertueuse que résolument opposée à toute coquetterie, apprenait qu'une certaine Miss Lafosse cherchait une bonne d'enfants... A 9h45, elle sonnait chez Miss Lafosse et trouvait au lieu des enfants attendus, une ravissante jeune femme en déshabillé vaporeux et un monsieur à demi endormi ! A 10h15, elle se voit embarquée dans un imbroglio sentimental inextricable. A 15h13, elle console, avec un art et un doigté qui l'étonnent elle-même, une jeune fille en pleurs qui vient de se disputer avec son fiancé. A 17h02...

Je vais me tenir à la 4ème de couverture où "Mais chut ! Révéler ce qui attend Miss Pettigrew avant la fin de cette journée mémorable, c'est risquer de troubler le plaisir du lecteur qui, de surprise en surprise, sera entraîné dans un tourbillon d'éclats de rire jusqu'à la trouvaille finale"... Alors ok, n'en dévoilons pas davantage sur ce roman malicieux, tout en discours et qui rappelle la grande tradition du théâtre burlesque. Ici on savoure heure par heure les joies et déconfitures d'une Miss Guenièvre Pettigrew, romanesque et vieille fille guindée, qui clame une haute idée de la vertu à l'entourage frivole dans lequel elle vient de mettre les pieds. Alors, c'est très drôle, les situations cocasses ne manquent pas, Miss Pettigrew est absolument charmante, jamais ennuyante ou rasante avec ses préceptes "vertueux". C'est, au contraire, une comédie enlevée et rigolote qui fut publiée pour la première fois en 1938 - quel panache, vingt dieux !

10-18

** Je dois cette découverte à une délicieuse blogueuse dont les goûts (très sûrs) sont synonymes de tentations à la pelle, et je n'ouvre pas la malle aux favoris ! ... **

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15/12/06

La Maison Mer - Esther Freud

maison_merLily, une jeune étudiante en architecture, décide de passer quelques mois loin de Nick, son fiancé trop négligent, et de s'installer à Steerborough, un petit village situé sur la côte orientale de l'Angleterre. C'est là que Klaus Lehman, un célèbre architecte juif allemand, s'était réfugié dans les années trente pour y mourir en 1953. Lily part sur ses traces et découvre, fascinée, les lettres enflammées que Klaus n'a cessé d'envoyer à son épouse, Elsa. Au regard de cette fougue amoureuse, sa propre histoire avec Nick lui paraît bien terne. Mais Lily ignore tout des tempêtes et des tourments secrets survenus dans cette même campagne lumineuse, un demi-siècle plus tôt...  (quatrième de couverture).

Il y a des romans qui commencent par une phrase et qui aussitôt vous emportent. Dans "La Maison Mer", la petite mélodie de départ est celle-ci : "La maison de Gertrude était rose, de ce crépi typique du Suffolk, non dénué de virilité." C'est un charme indéfinissable et puissant, une histoire d'un autre temps, mais bien plus encore. Il y a en fait une structure double du récit, narrant la vie du même village anglais à deux périodes différentes. Le principe est impeccable, d'ailleurs le livre lui-même est irréprochable, c'est ce qui le rend terriblement flippant ! C'est un sans-faute ! L'écriture est limpide, la construction sans défaut, l'histoire romanesque comme ce n'est pas permis, et voilà... un roman tellement parfait qu'on pourrait presque le lui reprocher ! Esther Freud est une raconteuse d'histoires avec les outils que sont la grâce et l'élégance. Il y a une finesse dans chacune des ses lignes, c'est du petit lait à boire !

Ce qu'on en dit : Pour écrire La Maison mer, Esther Freud (arrière-petite-fille de Sigmund) s'est librement inspirée de la correspondance de son grand-père, Ernst, qu'elle met en scène sous les traits de Klaus Lehman, tandis qu'Anna Freud, sa grand-tante, inspire le personnage de Gertrude, une psychanalyste pour enfants amie du couple Lehman. Ce faisant, elle brosse ici un nouvel épisode de la saga freudienne.

Fayard

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29/11/06

La reine des rêves - Chita B. Divakaruni

reine_des_revesLa mère de Rakhi interprète l'avenir à travers les rêves, c'est en quelque sorte son métier. Mais cette activité a rendu celle-ci inaccessible et mystérieuse, surtout vis-à-vis de sa famille. Aujourd'hui installée en Californie, la famille de Rakhi a réussi son intégration mais a loupé l'harmonie entre ses propres membres. On oublie le passé en Inde, on se tourne vers l'avenir. Désormais adulte, Rakhi est peintre, maman d'une petite Jona, divorcée du père (Sonny) et s'occupe d'un salon de thé. Son équilibre est précaire, le soutien de sa mère toujours désespéré, mais rendu encore plus fragile avec la disparition de celle-ci.

Ce joli roman de Chitra B. Divakaruni ne se passe donc pas en Inde, mais en Californie, parmi la communauté indienne où se côtoient deux générations. On y parle vaguement d'intégration, plus particulièrement vers la fin du roman avec les événements de septembre 2001 (émergence xénophobe, actes de violences racistes etc.). Mais en fait le roman en général n'est pas une leçon sur la façon de concilier ses origines avec la culture du pays d'accueil, ou la préservation de ses propres racines, etc. C'est surtout un roman sur une famille un peu fermée sur elle-même, qu'un drame va réveiller et forcer à ouvrir la boîte de Pandore. Rarement, l'histoire est sombre ou triste. C'est surtout très coloré et exotique, mêlé à des parfums indiens et des saveurs nouvelles et alléchantes ! De plus, le personnage de Rakhi est attachant. Cette jeune femme est, au début, plutôt ronchonne et capricieuse, elle a du mal à gérer sa vie, sa séparation avec Sonny, l'éducation de sa fille, sa passion pour la peinture et son travail au salon de thé. Ses relations avec sa mère ont toujours été complexes. Avec son père, c'est le mutisme complet. Heureusement, Rakhi va s'épanouir et grandir en "sagesse", à se rendre compte "qu'on ne peut pas tout savoir" (et aussi qu'on ne gagne pas à en savoir trop).

Bref, "La reine des rêves" est un très beau roman, très divertissant, sur la façon de vivre sa vie, avec ou sans racines, qu'on soit ici ou d'ailleurs, éternels déracinés... La note finale apporte, très honnêtement, du baume au coeur. J'ai beaucoup aimé !

Editions Philippe Picquier

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17/11/06

Mariage à l'indienne - Kavita Daswani

mariage___l_indienneAnju, 34 ans, n'est toujours pas mariée, au grand désespoir des ses parents. Car en Inde, le destin d'une fille est de prendre époux, dès l'âge de dix-sept ans. Anju a bien tenté de s'appliquer aux rites et bonnes leçons qui feront d'elle l'épouse délicieuse, modèle et recherchée de tout Bombay. Or, le temps passe, les copines se marient, les cousines plus jeunes aussi, et Anju demeure célibataire ! Elle nous livre donc son parcours, ou plutôt sa quête au mari, avec tout le côté grotesque, folklorique et "sacré" qu'une telle entreprise implique. Le choc des cultures, c'est clair !

Lecture définitivement plaisante, cocasse et pleine d'allégresse, mais aussi poignante, pitoyable et invraisemblable. Anju est le portrait d'une jeune femme finalement moderne, ancrée dans son éducation traditionnelle, mais tournée vers le modernisme. C'est en "Umrique" qu'elle décide de partir poursuivre des études et devenir indépendante. Un choix délicat à assumer. Car malgré tout, malgré les déboires, les désillusions, Anju veut toujours trouver un mari (pour plaire à ses parents et pour le respect de la tradition). Choix cornélien, être soi-même, se conformer aux désirs d'une société décalée, bref... Anju ne sera pas avare en confidences sur son parcours au "Mariage à l'indienne". Bémol pour la fin, complètement superficielle.

Livre de poche

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11/11/06

Samedi - Ian McEwan

samedi... Cela m'est difficile de le reconnaître, mais je n'ai pas aimé ce nouveau roman de Ian McEwan. Difficile pour moi d'admettre cet échec car j'apprécie beaucoup les histoires de cet écrivain, un auteur que je trouve admirable et dont le talent littéraire est d'emporter son lecteur dans des situations étouffantes et proches du délire obsessionnel... Pour "Samedi", j'ai eu le sentiment qu'il venait d'écrire son "Mrs Dalloway". Or je n'ai jamais aimé ce roman de Virginia Woolf, peinant à suivre les pérégrinations d'une dame élégante dans les rues de Londres... Ian McEwan vient de reproduire mon cauchemar avec son personnage Henry Perowne, un neurochirurgien réputé qui approche de ses cinquante ans et mène une vie merveilleuse : mariage heureux qui dure depuis vingt ans avec Rosalind, la femme qu'il aime et avec qui il a eu deux enfants, Theo, jeune musicien talentueux, et Daisy qui rentre de Paris suite à la prochaine publication de son recueil de poèmes. Ce samedi, il se réveille quelques heures avant l'aube et aperçoit par la fenêtre un avion en feu. Des bouffées d'angoisse le prennent, nous sommes en février 2003, les spectres du terrorisme sont dans les rues de toutes les capitales du monde.

Le roman raconte donc une journée dans la vie d'Henry Perowne, le 15 février 2003, plus exactement, un samedi comme les autres : câlins dans le lit conjugal, partie de squash avec un confrère anesthésiste, courses dans les beaux quartiers, visite à sa vieille mère dans un hospice de la banlieue et dîner en famille. Puis les clashes surgissent : un avion en feu, une manifestation contre la guerre en Irak, un banal accrochage et la violence qui s'introduit dans son foyer protégé. "Henry aura beau tenter de reprendre le fil de sa journée, ses vieux démons et le chaos du monde le rattraperont sans cesse durant ces vingt-quatre heures, au terme desquelles plus rien ne sera jamais comme avant." (quatrième de couverture).

Il faut attendre longtemps avant que ne surgisse l'action capitale, d'où mon amertume. En attendant, les nerfs sont mis à rude épreuve, on attend beaucoup, et on espére autant. J'ai donc une certaine déception avec ce roman, partout qualifié comme étant l'oeuvre où "le romancier parvient à la plénitude de son talent". La qualité est effectivement incomparable, mais l'intérêt lui se fait un peu mousser... Juste un peu dommage.

Gallimard

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09/11/06

Froidure - Kate Moses

froidureBiographie romancée de Sylvia Plath, l'histoire de ce roman se passe en décembre 1962, quand Sylvia emménage seule avec ses deux jeunes enfants au 23 Fitzroy Road (ancien domicile du poète Yeats) à Londres. Sylvia est seule, abandonnée par son mari, Ted Hughes, parti rejoindre sa maîtresse, Assia Wevill.

Ce livre retraduit cette époque sinistre, entrecoupée des réminiscences d'une vie plus heureuse. Sylvia s'échine à écrire et mener à bien son projet d'un nouveau recueil de poèmes, à paraître sous le nom de « Ariel ». Kate Moses fait état du désarroi de son personnage avec un réalisme glaçant.

Car « Froidure » prodigue un sentiment de rigueur et d'austérité, un désespoir qui colle à la peau et préfigure la tragédie annoncée. Cette lecture déclenche de vives émotions, dont la rage, la révolte et la pitié. Franchement pas gai au final, mais intéressant pour qui a apprécié l'auteur de La cloche de détresse.

Folio, traduit par Anouk Neuhoff

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06/11/06

De toutes les couleurs - Angela Huth

de_toutes_les_couleurs"De toutes les couleurs" pourrait être un vaudeville au sein de la classe bourgeoise anglaise, un rien guindée. Angela Huth affectionne de croquer ces personnages en y mettant une surcouche d'artifices compassés et ampoulés. Ambiance feutrée et nunuche à souhait ! Il faut aimer (c'est mon cas !). Angela Huth a aussi cette indécrottable touche pour décrire ses personnages : en premier lieu Isabel, femme secrète ou égoïste qui s'isole dans son atelier pour travailler ses masques. Elle est l'antagonisme de son amie Carlotta, femme qui use de manoeuvres pour séduire (Dan ?... why not ?). Elle jalouse son amie, de la chance qu'elle a (une vie maritale réussie et épanouie), mais dans le fond elle sait très bien qu'elle ne pourrait jamais s'y contenter ! J'aime moyennement les personnages masculins (Dan, le mari d'Isabel, & Bert, l'ami de toujours), ils sont moins drôles. Autre chose, je ne comprends pas le rôle joué par Gwen, la femme de ménage. Est-ce par malice qu'Angela Huth a décrit ce caractère désoeuvré, poursuivi par un malade mental (comme dans "tendres silences" et surtout "folle passion")? A voir. Personnellement j'ai trouvé que c'était un personnage plutôt bouche-trou. Qu'importe... "De toutes les couleurs" est un très bon roman de cet auteur qu'on ne présente plus (au cas où, cliquez ici). C'est une lecture idéale pour qui cherche un instant plaisant, douillet et délicieusement décalé ! Et comme dit la présentation : Des êtres fragiles et ambigus, les troubles du désir, une valse des sentiments, des épilogues amoureux inattendus...  A lire.

Folio

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07/10/06

Le cryptographe - Tobias Hill

cryptographeL'histoire se passe à Londres en 2021, mais c'est une très légère supposition d'un roman d'anticipation. Anna Moore est inspectrice des impôts, c'est une jeune femme de 36 ans, célibataire, encore attachée à son ancien amant et mentor, Lawrence. Celui-ci, désormais à la retraite, tente de la mettre en garde contre le nouveau dossier dont elle est en charge : celui de John Law, autrement dit le Cryptographe, l'ingénieur de la nouvelle monnaie virtuelle (c'est là le point avant-gardiste !). Mais le dilemme entre le Fisc et John Law se règle instantanément, sans rechigner. La rencontre entre Anna et John fait des étincelles, l'homme est auréolé des fantasmes que sa situation de multimilliardaire entretient et la jeune femme est impressionnée. Elle cherchera à le revoir et leurs entretiens se passeront à chaque fois avec cette électricité dans l'air. Anna s'introduira dans le bunker familial et rencontrera Anneli, l'épouse de John, et leur fils Nathan. Les secrets sont perceptibles, mais Anna est autrement intriguée.
Quelques mois plus tard, la presse annonce que le système monétaire de John Law est en banqueroute, un virus est en passe de tout raser de la planète. Le monde est en crise, mais John Law a mystérieusement disparu. La police considére Anna comme impliquée dans l'affaire et lui demande de collaborer et de retrouver Law.

Ce roman est étrangement séduisant.. Mais pour moi, le seul aspect qui pêche est l'implication d'une nouvelle économie et d'une monnaie virtuelle, soit le Soft Gold, système paré de longues tentatives d'explications (auxquelles je n'ai pas été sensible, ni réceptive), de la cryptographie, de la corruption du code, des processus transactionnels, du mécanisme du portail, etc. Je n'ai pas tout compris clairement, mais ce n'est pas le plus important car j'ai trouvé que le roman avait d'autres qualités à défendre. Cela repose sur cette étrange fascination exercée par la famille Law sur Anna Moore, sur la relation naissante et balbutiante entre la jeune femme et le cryptographe. "C'est un simple désir, pas comme de l'amour, rien d'aussi compliqué que ça. Ou bien c'est comme un premier amour. Comme une obsession." Le couple de John et Anneli représente la grâce, la beauté, la richesse et le mystère. C'est là qu'intervient la comparaison à Gatsby de Fitzgerald : un microcosme élégant mais trompeur, un certain statisme dans les rapports, la séduction ambivalente... Le roman est assez lent, même si l'histoire se passe en deux ans. On n'a pas l'impression du temps qui passe, mais il règne un indescriptible pouvoir d'ensorcellement, un petit côté rétro dans les personnages alors que l'histoire est en 2021 ! Rien de futuriste, non pas du tout. Ce roman de Tobias Hill est plus une pénétration de l'âme humaine, secrète et pernicieuse, de l'art de duper, de paraître et de cultiver son jardin. Le tout sur un fond d'intrigues financières et de chasse à l'homme. Etonnant, vraiment.

Rivages

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