04/03/09

Dis oui, Ninon - Maud Lethielleux

« A ce moment-là, j'ai une drôle d'impression, une image violente traverse ma tête : je devine qu'Agathe sera riche un jour, quand elle sera une adulte, je la regarde et je la vois en grande, sans son pouce dans la bouche. Je sais qu'elle sera riche et belle et tout comme il faut et qu'elle articulera bien tout ce qu'elle dit. Et moi, en même temps, je me vois aussi, mais c'est une image qui bouge et qui fait du bruit, je danse avec une grande robe rouge, je tourne et derrière moi il y a une roulotte et mes cheveux très longs soufflent les bougies. »

DisouininonNinon est un amour de petite fille, même si elle n'a pas la vie facile. Enfin, ce sont les grands qui le disent, qui l'appellent tout le temps « Mon dieu » et qui lui trouvent aussi la langue bien pendue et les idées délurées. A neuf ans, Ninon a choisi de vivre avec son papa, séparé de Zélie, la maman qui jure qu'elle a perdu son adolescence - deux enfants, un passé compliqué, mais aujourd'hui elle se reconstruit, « elle a des projets » qu'elle partage avec L'autre. Celui-là prend trop de place, et ça dérange les fillettes.

Car un jour, Ninon a pris conscience d'une chose très importante. « Mon papa a besoin de moi et je ne le quitterai plus. » Elle décide de vivre avec lui, de l'aider car Fred est débordant d'idées. Il veut construire une maison, il veut vendre des fromages de chèvre, il veut gratter sa guitare et chanter l'amour. C'est sûr, son papa est le meilleur, c'est lui le plus fort. Les copines de Zélie peuvent soupirer et la plaindre, c'est pas acceptable d'être un type violent, ça ne s'excuse pas, mais Ninon se pose des questions.

A force d'observer son monde et d'imprimer les mots qu'elle écoute, l'enfant se mélange les pinceaux et le tableau dans sa tête ressemble à un Picasso éclatant de couleurs et de vie, mais parfois les plus belles choses cachent aussi les histoires les plus tragiques et les plus tristes. 

« C'est drôle, j'ai l'impression d'avoir grandi tout à coup. Ça fait mal au ventre de grandir, ça fait un noeud tout serré au milieu du ventre, c'est à cause des intestins qui grandissent aussi. C'est très triste de grandir, ça donne envie de pleurer sans larmes. »

Je me sens toute pataude à parler de ce roman, surtout après avoir avalé les mots de Ninon, grande musicienne d'amour, qui possède « le sens des mots et l'intelligence du coeur ». Les adultes pourront penser d'elle ce qu'ils veulent, « il ne faut pas écouter les jaloux ou les frustrés, il faut faire comme on aime ».  Alors souvent le chat se glisse dans la gorge et fait le dos rond pour empêcher les mots. Comme en ce moment. Mais tant pis. Ecoutez Ninon, sa petite voix naïve et touchante, ses problèmes « de disques et de lexique » et son grand cri d'amour pour Fred. C'est beau. C'est l'histoire d'une princesse dans sa cabane, d'une souillon sur goudron et d'une guenon éprise de liberté.

Stock, 2009 - 240 pages - 17,50€

Merci à l'auteur !

Le blog de Maud Lethielleux : http://maudetlesmots.blogspot.com/

d'autres avis :  Lily - Cathulu - Marie - Antigone

 

 

 

 

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03/03/09

Est-ce ainsi que les femmes meurent ? - Didier Decoin

41wH_Uw867L__SS500_A la base, le meurtre de Kitty Genovese n'est qu'un fait divers parmi d'autres. Nous sommes en mars 1964, dans un quartier paisible de Harlem. Une femme a été tuée. La police a rapidement arrêté le coupable, lequel est passé aux aveux. Et pourtant l'affaire reste lourde et gênante. En effet, un point a été soulevé. La jeune femme a été poignardée à mort, sous les yeux de ses voisins. Son martyr a duré plus de trente minutes, personne n'est intervenue dans l'intervalle.
Durant l'enquête, ils sont trente-huit à témoigner des cris, des appels au secours entendus, du suspect aperçu sur la scène du crime, du calvaire de la jeune Kitty. Un journaliste du NY Times s'interroge, trente-huit témoins et une passivité commune, comment est-ce possible ?
L'affaire secoue l'Amérique. Plus que l'horreur suscitée par le meurtrier pervers et nécrophile, c'est bien l'impassibilité des habitants d'Austin Street qui provoque l'incompréhension et la révolte. La presse va se jeter sur eux, ce sont des gens comme vous et moi, ils sont respectables et respectueux de la loi. Leur silence nous fait tomber des nues.
L'affaire a eu des retombées, c'est devenu un cas d'école, car on parle désormais du syndrome Kitty Genovese. Il s'agit de la diffusion de la responsabilité, plus les témoins sont nombreux et moins ils se manifestent pour porter secours, chacun pensant que l'autre va bouger le petit doigt.

Comme le souligne l'éditeur, le roman de Didier Decoin se lit dans un frisson. Ce sont plus de 200 pages glaçantes, rapportées avec un sens du détail quasi chirurgical par le narrateur, Nathan Koschel, un voisin qui n'était pas présent ce soir-là. « Sommes-nous curieux jusqu'à l'impudence, jusqu'à l'irrespect ? » Une part de ressenti face à cette lecture me pousse à répondre positivement.
J'ai été un peu dégoûtée par ce livre, que je trouve trop froid, trop dérangeant, trop scandaleux. Il bouleverse, il force à se remettre en question, à se demander qu'aurions-nous fait à la place. Car bientôt, à lire cette histoire affolante, le sentiment de culpabilité se déplace. Il y a le monstre sanguinaire et sans état d'âme, qui trouve sa place toute justifiée à la barre des accusés, mais on sent que la justice trébuche, a envie de marquer le coup. C'est toute une opinion publique qui s'émeut, qui ne comprend pas.   
Un roman terrible, pénible et qui met mal à l'aise.

Grasset, 2009 - 227 pages - 17,90€

l'avis de Jules

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Tu devrais voir quelqu'un - Emmanuelle Urien

41eYAzyiDKL__SS500_Sarah, trente-quatre ans, célibataire, a une passion : l'écriture. Mais jusqu'à présent ses écrits sont raillés, détestés, jetés et cachés. Personne ne peut juger. Et puis un matin, elle se réveille et trouve un homme, assis, immobile, chez elle. Il ne parle pas. Il porte un chapeau et un complet usé. Qui est-il ?

Personnage à la recherche de son auteur ! Voici un peu comment résumer ce livre impossible à raconter. Avec ce premier roman, Emmanuelle Urien (qui n'avait publié que des nouvelles) s'essaie à un exercice difficile, celui de la création littéraire. Le résultat donne une lecture étrange, où la folie et la violence se donnent la main. L'intrigue est brillante et sordide à la fois, l'humour grinçant, et la fin totalement inattendue. Le lecteur est manipulé, mais par qui, c'est une question qu'on se pose longtemps.

(version courte) 

Gallimard, 2009 - 166 pages - 15,90€

le non-blog d'emmanuelle urien : http://www.emmanuelle-urien.org/Tantpisjelaisse/

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Tu devrais voir quelqu'un - Emmanuelle Urien

41eYAzyiDKL__SS500_

(version bavarde)

Au début, cela ressemble à une histoire gentille et convenue, qui en rappelle d'autres. On y découvre Sarah, trente-quatre ans, célibataire. Elle est amoureuse du mari de sa meilleure amie. Et elle écrit, beaucoup. Des griffonnages qui la laissent mécontente et insatisfaite. Qui parfois finissent en miettes dans le bain. Avalés par les égouts. Elle est comme ça, Sarah. Sauvage, entière, exaltée et secrète. Car ses écrits sont personnels, ils remplissent son jardin dont la porte est bien verrouillée.

Et puis un matin, Sarah se réveille et trouve un homme, assis, immobile, chez elle. Il ne parle pas. Il porte un chapeau et un complet usé. Qui est-il ? Elle est seule à voir cette ombre, elle jure qu'elle n'est pas folle, elle préfère se croire malade et supplierait presque que la médecine lui trouve une tumeur pour lui curer le cerveau et lui ôter cette tâche qui l'indispose. Son entourage s'inquiète, le comportement de Sarah a changé. Elle fait peine à voir, elle est incohérente et fuyante. Elle refuse les coups de téléphone, ne répond plus à son amie et fait une croix sur son amant.

Quand elle comprend l'utilité de l'homme en noir, elle choisit son arme : un papier, un crayon. Il faut qu'elle aille au bout, il faut qu'elle écrive pour vivre. Pour survivre. C'est une façon de revisiter le mythe de Prométhée, une créatrice bordeline et sa créature incontrôlable, un rapport malsain, qui rend chèvre. Un truc de zinzin.

On a depuis longtemps dépassé le cadre strict de la bluette sympathique et déjà lue, on pénètre dans l'antre de la folie, et la violence a pris le pas. C'est bien assis et les yeux hallucinés qu'on lit cette intrigue, tantôt sordide, tantôt brillante. L'humour y est grinçant. La tromperie, énorme. On casse sans cesse les contours, les repères deviennent flous... il faut reprendre son souffle, ne pas s'attacher, mais se détacher et tuer. Au centre, c'est la mare aux canards. Ils se débattent tous, ils veulent vivre, ils réclament un bout d'existence, ils hurlent, ils sourient, ils s'aiment ou se quittent. Il n'y a toutefois qu'un maître à bord, quel est-il ? le lecteur ? l'auteur ? le personnage ? Qui manipule qui ?
A vous de le découvrir ! 

Gallimard, 2009 - 166 pages - 15,90€

le non-blog d'emmanuelle urien : http://www.emmanuelle-urien.org/Tantpisjelaisse/

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23/02/09

Los Demonios - Valérie Boronad

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« Ma mère a perdu son coeur. La douleur l'a fait tomber par la fenêtre. Peut-être qu'il a rebondi comme une boule de chewing-gum. Peut-être qu'il était si usé qu'il s'est brisé en arrivant au sol. Peut-être que quelqu'un l'a attrapé et l'a enfermé dans une cage dorée et que jamais plus il ne pourra voler jusqu'à moi.
Le coeur de ma mère s'appelle Luis. J'ai beau savoir son nom, je ne l'ai pas retrouvé. Mais je n'arrête pas de l'appeler. A force, peut-être finira-t-il par revenir.
Connaître le nom que porte le coeur de quelqu'un ne donne aucun pouvoir sur le coeur de ce quelqu'un. »

 

Dans ce roman à plusieurs voix, on entend surtout une belle chanson d'amour. Celle d'abord d'Ana pour Luis, leur histoire est dramatique, marquée par la guerre sale en Argentine, qui se soldera par la séparation et un destin brisé, la jeune femme ne surmontera jamais cette épreuve, et enfermera même son fils, Tango, dans cet amour impossible. A dix ans, le gamin est malin, brillant et perspicace. Il a compris que sa mère avait le coeur en miettes, et jamais le temps ne pourrait recoller les morceaux épars. Il a bien tenté d'écrire à son père, mais les lettres sont restées sans réponse. Perdu dans son calvaire, entre la guérilla et la junte, Luis Montoya vit un véritable enfer. Son amour pour Ana illumine les missives qu'il griffonne pour son fils, sans espoir de retour.

Tout ceci sonne très triste, et pourtant cela ne l'est pas ! L'écriture est tellement belle, la plume de Valérie Boronad adopte un lyrisme sans emphase, c'est juste, parfois poignant mais surtout tendre de la part du petit garçon qu'on retrouvera avec quelques années de plus, après le décès de sa mère, de retour dans cet hôtel qui a servi de refuge, et qui est aujourd'hui toujours le repère du vieil Augusto. Le garçon porte une valise lourde, faite de secrets et de loupés, et sera emporté lui-même par les mirages de l'amour, qui lui feront peut-être prendre conscience du poids de la passion.

Superbe deuxième roman de Valérie Boronad, déjà coupable d'une invitation troublante dans les limbes de l'imagination créative, cf. Les constellations du hasard (premier roman récompensé par le prix Carrefour Savoirs).
A découvrir.

Belfond, 2009 - 220 pages - 18€

Ce roman sera adapté au théâtre, saison 2009 - 2010 en tournée nationale, et sur une scène parisienne (Vingtième théâtre) du 5 mars au 25 avril 2010.

Site officiel de l'auteur : http://www.valerieboronad.fr/

# The Pirate's Gospel - Alela Diane

http://www.deezer.com/track/252004

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20/02/09

Vue Mer - Bernard du Boucheron

 

4190g_2B6N9TL__SS500_L’histoire se passe à Cala Porcx, misérable bourgade de pêcheurs, entourée de montagnes presque infranchissables. Tout n'est que misère, puanteur, accablement et archaïsme.

Dans ce cloaque infernal s’épanouit, fleur poussée sur du fumier, la jeune Almira, convoitée par tous les hommes et qui ne cède à aucun. Elle dit aimer le Crieur, un pauvre hère qui n'a plus toutes ses dents et qui sent, pour ne pas appartenir à Onofrio, fou d'elle, de sa beauté et prêt à pardonner son effronterie. Elle a seize ans, des jambes fines, et vit avec sa duègne de tante. Le mariage sera célébré, en une mise en scène macabre. « Elle était en noir, le front ceint d'une couronne de ronces en fleur. Un peu de sang perlait à la racine du nez. » Mais Almira n'a pas abdiqué. Son imagination pour ne pas consommer ce mariage sera diabolique. 

Jusqu’au jour où Cala-Porcx est attaquée par des pirates, qui s’emparent des maigres biens des pêcheurs et de la belle Almira. Le drame se noue alors entre Onofrio, prêt à tout pour récupérer sa belle, et un mystérieux navigateur vêtu de blanc.

La fin du roman montre Cala Porcx devenue station touristique, vendue à prix d'or par les escrocs immobiliers, car la réalité est bien amère, cauchemardesque pour les vacanciers. C'est le cas de la famille Von qu'on suit dans sa découverte du terrain, le moral sapé. On y retrouve aussi une jeune Almira, son mari Onofrio et un étranger vêtu de blanc, Isaac l'Ange. Autres temps, autres moeurs mais enfer comparable.

Alléchant résumé qui, pourtant, n'apporte pas beaucoup l'espoir promis.
C'est âpre, crasseux et dur comme du roc. A Cala Porcx, on ne porte pas de chaussures, on marche pieds nus sur la rocaille. On n'envie pas les riches car il n'y en a pas. Les mariages ressemblent à des funérailles. Il n'y a pas d'amour dans les unions. Les femmes ont la bouche ouverte pour vendre le produit de la pêche, sans quoi leur place est de se tenir debout derrière l'homme. Ombre discrète. Seule la belle Almira resplendit dans ce bourbier, mais sa beauté ne fait qu'aggraver son cas. Car ce que nous raconte ce roman, derrière son décor de damnation, c'est bien un drame passionnel. Un homme épris devient fou de jalousie d'être trompé par l'objet de ses désirs...
C'est aussi une histoire sur la folie des hommes, au coeur de l'enfer, écrit sans mépris mais avec beaucoup d'amertume. Cela devient progressivement un vrai calvaire, un peu étouffant, car trop rude. Sans espoir. Juste, apocalyptique.

Gallimard, 2009 - 213 pages - 17,50€ 

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10/02/09

La grand-mère de Jade - Frédérique Deghelt

« Ceux qui écrivent ont une façon si particulière de porter leurs yeux sur ce que nous ne saurions voir. Je suis une lectrice. Je ne serai jamais capable d'écrire le moindre texte, mais quand je lis le roman d'un écrivain, je suis toujours frappée de ce regard singulier : cette façon de saisir la banalité et d'en rendre compte sous un angle insolite, cet art de tisser un lien entre des choses qui n'ont pas l'air d'en avoir. (...) Et si je n'écris pas de roman, mon imagination récrit ceux que j'ai aimés avec un amour respectueux. La part de rêve que m'offre la lecture me révèle une réalité, la mienne. Je ne sais pas ce que trouve l'auteur en écrivant, mais je devine dans ce qu'il tait une réserve où puiser mes plus belles rencontres avec ce que j'ignore de moi-même. »

41XL_OyBZqL__SS500_A la demande de son père, qui vit à l'autre bout du monde, Jade accepte de prendre sous son aile sa grand-mère Jeanne, victime d'un malaise du haut de ses quatre-vingt ans et rétive à entrer en maison médicalisée. La cohabitation dans l'appartement parisien entre cette jeune journaliste indépendante et cette petite paysanne échappée de son village montagnard donne lieu à une véritable osmose. L'une et l'autre se découvrent un goût commun : les mots. Jade a écrit un roman, qui est refusé par tous les éditeurs, et Jeanne a été une grande lectrice, loin du regard de son entourage. Entre elles, s'engage une discussion passionnante, sur des parcours dissemblables, tel un voyage à travers le temps. Deux femmes s'écoutent et se comprennent. Mamoune va jusqu'à proposer de jeter un oeil au manuscrit de sa petite-fille, en glissant « je pourrai bien t'aider moi » dans un souffle, comme une petite souris qui ne voudrait pas paraître trop envahissante, la prétention d'une donneuse de leçons rangée au placard.

Ce texte est tout le contraire d'un étalage de vanité, ce serait plutôt du genre à chuchoter, à marcher sur la pointe des pieds. C'est un livre désarmant de tendresse ! La connivence entre les deux femmes est bouleversante, s'épanouissant sur un épilogue qui laisse pantois. Mais c'est extrêmement émouvant.

Il y a à travers chaque ligne de ce livre un hommage interminable sur le goût des mots, le pouvoir du livre, la magie de la séduction, et l'éblouissement de la première fois, lorsqu'on découvre une histoire, l'envie d'y être encore et toujours. Ce roman de Frédérique Deghelt est subtil, c'est un vrai tour de passe-passe (surtout concernant la fin). Une fois commencé, ce livre ne vous lâche plus. Il est ensorcelant ! Et tendre aussi, car les personnages sont magnifiques. Tout est beau dans ce roman. Lisez-le ! 

 

« Je me souviens d'avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie. Ceux qui parfois tombent des étagères pour venir répondre à des questions que me posait l'existence. (...) J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres. »

Actes Sud, 2009 - 391 pages - 21€

la reconnaissance du jour : « Vous aimez l'accident d'un rêve enseveli dans un roman. Vous aimez que l'écriture accroche la douleur aux ténèbres pour en faire de la lumière. Je le sais, je le sens. »

 

les avis de Cuné et de Marie

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07/02/09

Tout pour toi - Agnès Marietta

« Ma mère aime les belles histoires. Mais elle ne les lit pas, elle fait son possible pour les vivre. Et ses belles histoires se transforment en problèmes insolubles qui la laissent sur le flanc un moment, jusqu'à ce qu'elle saute dans un train en marche. »

51Eef9i3aPL__SS500_Aline est une jeune femme pleine de vie, très jolie, qui vit essentiellement pour son plaisir et celui de sa fille, Manon. Après le neuvième anniversaire de l'enfant, sa mère décide de l'arracher du petit appartement parisien pour se mettre au vert, dans les Cévennes. C'est une nouvelle vie qui commence, dans un gîte tenu par un allemand, parmi une communauté très baba-cool. Aline vit des amours passionnées avec Nono, tandis que Manon grandit en se sentant de moins en moins à sa place. Pendant les vacances d'été, à treize ans et demi, l'adolescente part en colonie et y rencontre un jeune moniteur, Laurent, qui devient très vite son confident. Et plus. Un soir, peu avant la fin des réjouissances, Manon se retrouve dans le lit du garçon et connaît sa première fois. Elle garde pour elle cette expérience, car sa mère lui réserve une étonnante surprise à son retour.

Tout pour toi est un croisement entre la douceur et la tristesse, le portrait d'une jeune fille qui pousse au soleil à grands coups d'amour, mais sans comprendre véritablement le sens de l'amour. C'est soit trop tôt, ou trop tard. Elle est coincée, en peine. Comme sa mère, immature et égoïste, Manon a un gros contentieux à régler en matière de démonstrations affectives. C'est bien simple, Aline fuit tout le temps. A côté de ça, Manon ne sait plus. Elle grandit sans attentes, sans mécanique (comme le souligne un personnage). C'est un petit soldat qui monte au front, elle prend les coups sans comprendre, ça lui fait un peu mal, ça lui fait du bien. C'est kif-kif bourricot.

Sa rencontre avec Laurent va être déterminante, car le garçon ne va pas la lâcher et Manon s'imagine qu'avec lui elle est ce qu'il attendait depuis toujours... Une vision de conte de fées, en somme. Mais elle est comme ça, Manon. Un peu handicapée sentimentalement. Elle sait qu'elle a droit au bonheur, qu'elle aussi aura sa chance. Il suffit de saisir la main tendue, mais où ? quand ? comment ? C'est en fait tout le problème. En cela, la fin du roman est infiniment touchante, car elle montre que la course au bonheur n'est pas simple, et que rien n'est jamais acquis.

Ce portrait d'une âme en fuite, qui cherche un endroit pour éclore, est caressant, touchant, attendrissant.
Pas forcément essentielle, cette lecture n'en reste pas moins très sympathique.   

Il s'agit du deuxième roman d'Agnès Marietta, après N'attendez pas trop longtemps.

Anne Carrière, 2009 - 255 pages - 18€


Et la magnifique chanson d'Emily Loizeau : Sister !!!

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30/01/09

L'immédiat - Marie Delos

Pourquoi Anne a choisi de quitter Bruxelles pour Séville ? Parce que c'est un peu loin. Cette jeune femme, professeur de FLE, est une mél41ltWnouMVL__SS500_omane obsédée par le deuxième concerto de Prokofiev. Un jour, une de ses collègues lui apprend qu'elle joue du piano. Cette nouvelle la mortifie. En effet, cela lui rappelle sa trahison secrète : n'avoir pas interprété Prokofiev avant ses vingt-deux ans. A la place, elle s'est fourvoyée dans l'enseignement. Il lui faut impérativement rompre le cours et récupérer dignement le retard sonore accumulé, « avant que les démons qui avaient recueilli ma promesse ne revinssent me traquer ». Elle quitte tout, s'enferme dans son attique pour réécrire toute la partition, à l'aide d'un clavier en carton. Entre-temps elle reçoit la visite d'un nouveau colocataire, Horacio, un Amérindien qui cherche dans toute la ville une gitane danseuse de flamenco.

Ces deux-là ont en point commun d'attendre et de chercher ce point invisible vers lequel ils tendent désespérément la main. Toute l'histoire s'inscrit au rythme de la musique, reproduisant ainsi un tempo saccadé, enlevé ou poussif. Anne est une jeune femme difficile à cerner, très agaçante aussi. Elle fuit beaucoup, elle s'accroche à une vieille promesse, elle jalouse sa collègue, elle est aussi dédaigneuse. Elle est franchement insupportable. C'est dommage de savoir le roman pendu à ses basques, cela rend la lecture parfois pénible et irritante. Toutefois, pour ce qui se révèle un premier roman, "L'immédiat" de Marie Delos est absolument remarquable. La langue est impeccable, classique et lyrique. Elle se met au service des angoisses de son héroïne, avec les défauts qu'on connaît, mais plantée dans un décor truffé de charme et nimbé de mystère. Séville, magnifique ! 

Seuil, 2009 - 140 pages - 16€

 

 

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29/01/09

Monsieur Madone - Maïté Bernard

41GA78F1cYL__SS500_Cinq ans après, Clémentine, reporter photographe, revient dans le quartier de Monsieur Madone. C'était l'homme de sa vie, son grand amour. Il s'est tué et la jeune femme n'a jamais pu surmonter son chagrin. Elle retrouve aujourd'hui la famille de son amant, fait une promenade dans le parc de Versailles en compagnie du jeune frère et tous les deux, sous leur parapluie, parlent du deuil, de la douleur, du spleen et du vide. Attention ! Ce n'est pas un roman triste ni mélancolique, c'est au contraire une histoire attendrissante autour d'une femme inconsolable, dont le corps trahit les émotions et les blessures mal cicatrisées, et également autour d'une famille incroyable, belle, à tel point qu'on aimerait qu'elle nous adopte. Et puis ça parle d'amour, qu'on perd, qu'on trouve, qu'on gagne et qu'on reconquiert. Je ne voudrais pas en dévoiler davantage, ne cherchez pas non plus à trop apprendre sur ce livre, allez plutôt vers lui et laissez-vous porter. La plume de Maïté Bernard, qui m'avait été révélée avec Et toujours en été, possède une sensiblité et une justesse qui me touchent. Je classe ce roman parmi mes préférés de cette rentrée de janvier et Maïté Bernard peut prétendre à une suite royale dans mon petit panthéon d'auteur fétiche.

Le Passage, 2009 - 148 pages - 14€

 

Qu'est-ce qu'un Monsieur Madone ?
« Monsieur Madone serait mignon ou carrément beau, mais ce n'est pas là que résiderait son pouvoir. Monsieur Madone serait conscient de plaire et tranquillement sûr de lui. Monsieur Madone saurait regarder une femme dans les yeux sans forcément se demander comment la convaincre. Monsieur Madone aurait vécu, il aurait été blessé, aurait parfois perdu, mais il ne haïrait personne. Monsieur Madone serait discret. Ce serait un homme qui ne parlerait pas que de lui, qui écouterait et ne retiendrait pas forcément tout, surtout les détails si importants pour une femme. En effet, Monsieur Madone ne serait pas parfait et n'attendrait pas que les femmes le soient, il ne les idéaliserait pas. Monsieur Madone serait viril. Viril mais pas prédateur. Viril mais il n'exsuderait pas le sexe. Voilà pourquoi, quand on serait enfin dans ses bras et qu'on découvrirait qu'il aime "ça", ce serait un émerveillement. »

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