07/09/08

Le fiancé de la lune - Eric Genetet

On ne tombe pas de haut avec ce livre : il est court (124 pages), agrémenté de 40 chapitres aérés et d'une intrigue guère originale mais qui fera pleurer dans les chaumières. C'est l'histoire d'un amour, rapide, fulgurant, poignant et bref. Arno approche de la quarantaine, il a parcouru le monde entier pour son boulot, ne s'est jamais attaché à une femme jusqu'à sa rencontre avec Giannina, une jeune chanteuse de jazz. Cela s'approche du coup de foudre, mais nos deux prétendants ne vont pas se jeter dans les bras de l'autre tout de suite, car l'homme doit repartir, régler ses affaires et éprouver ce qu'il ressent pour cette femme. C'est tout nouveau et ça n'a pas de nom.

Quand tous deux se rendent compte du lien invisible qui s'est tissé entre eux, à l'épreuve du temps et de la distance, c'est sûr que ça rappelle fatalement la grosse histoire d'amour. On s'aime, on ne se quitte plus, on partage le même toit et on fait un enfant. Cette fusion fait peur aussi et Arno n'est jamais sûr de lui. Mais le destin va lui sonner les cloches pour lui rappeler l'amour éphémère, la préciosité de l'instant présent et l'injonction qu'il faut toujours aller au bout de ses rêves.

Laissez-vous emporter entre deux mélodies - La chanson des vieux amants et la voix d'Ella Fitzgerald qui hante les pages de ce roman. L'histoire, un peu lyrique dans son écriture, saura vous toucher par sa simplicité et sa fatalité. C'est beau, émouvant, inexorable. Je vous invite à tenter l'aventure et encourager ce premier roman à la jolie couverture.

Editions Héloïse d'Ormesson, août 2008 - 124 pages - 15€

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06/09/08

Pourquoi pas le silence - Blanche de Richemont

Paul a quinze ans, c'est un garçon doué, intelligent, qui aime la philosophie et la poésie. Il est beau, avec des boucles blondes, affublé d'un physique athlétique. C'est un adolescent qui se sait exceptionnel et qui cherche à atteindre la perfection, confortée par une famille - à ses yeux - sensationnelle. Paul a tout pour être heureux, mais ce n'est pas le cas. Trop conscient de sa différence, il traîne un spleen rasoir pour son meilleur ami Florent et casse-pieds selon sa soeur, Lou. Tous deux l'encouragent à déclarer sa flamme à Camille, la plus jolie fille de l'école, qui est raide dingue de lui et n'attend qu'un signe de sa part.

Mais le garçon ne veut pas, il ne peut pas. Il refuse la banalité et ne se suffit pas à lui-même. Le combat intérieur que Paul se livre est cruel, très paradoxal, il est tantôt partagé entre le don de sa personne et effrayé par la facilité avec laquelle on tombe dans la généralité. Ses sentiments pour Camille sont ambigus, il est touché par sa beauté, ému par les sensations qu'elle fait naître en lui mais dégoûté par sa propre mascarade.

"On est simple quand on aime. Je ne sais pas aimer. Je prends trop de place en moi. Je ne la quitte pas, mais je suis déjà parti. Elle ne me retient pas, c'est pour ça que je reste."

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Paul est un adolescent compliqué, rempli d'états d'âme. Peut-être. Mais son histoire nous fait plutôt réfléchir sur la délicate fonction que représente l'adolescence, passage obligatoire avant de devenir adulte. Le roman nous demande un peu de considérer ce cap difficile où il faut à la fois appréhender son corps, son rapport avec les autres, son bon vouloir, son désir d'être accepté pour ce qu'on est, son refus de rentrer dans le rang. A quinze ans, on est lâche et on se plie trop facilement à l'attente des autres, on veut de l'amour mais on a du mal à l'exprimer, le contenir. Parfois ça déborde et ce trop-plein nous submerge.

Mais qu'arrive-t-il dans la tête d'un garçon qui, malgré tous ses efforts, n'arrive pas à faire semblant, à être comme les autres et qui se sent continuellement un étranger ? La plume délicate de Blanche de Richemont nous livre cette torture mentale, cet état de désespoir et d'espérance sans cesse en conflit. Au début c'est grinçant, limite agaçant. Ne serait-ce point du caprice qu'on perçoit chez Paul ? Hélas non. Même si le roman n'est pas bien épais (122 pages), il évolue facilement et fait comprendre ce que vit l'adolescent, son mal-être et le drame personnel qu'il s'inflige (son cousin Max, qui avait tout pour lui, est mort à l'âge de 30 ans, au sommet de sa gloire).

Par ce livre, je découvre un auteur - Blanche de Richemont - à travers une histoire sensible et quasi universelle (on a tous eu quinze ans et connu son lot d'atermoiements !). J'ai été profondément touchée, réceptive au désarroi de ce garçon et perturbée par la fin (inéluctable ?). Il s'agit d'un premier roman, je vous le conseille.      

 

 

 

Pourquoi Pas le Silence

Robert Laffont, août 2008 - 122 pages - 14€

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05/09/08

A Mélie, sans mélo - Barbara Constantine

 

C'est l'été. Mélie, soixante-douze ans, se fait une joie d'accueillir sa petite-fille Clara, dix ans. Elle n'a cure de ses résultats d'analyse et dévie la conversation téléphonique de son médecin, Gérard, sur le plaquage d'Odile, son épouse qui batifole dans les bras d'un bel Hidalgo. C'est Fanette, la fille de Mélie, qui rigole de cette déconfiture (on devine alors qu'elle fut le cinq-à-sept de Gérard) et ne tarde pas à mettre son grain de sel, mais d'une manière qu'on découvrira plus tard...

Deux mois s'annoncent, peut-être teintés d'ennui. Clara a fichu en l'air sa Playstation, la barbe. Et puis pas moyen d'utiliser la voiture, toujours en panne - Marcel, le garagiste en retraite, peste et rage contre l'entêtement de Mélie qui veut réparer cette vieille guimbarde au lieu d'acheter un nouveau véhicule. En attendant, pour tout déplacement, ce sera donc vélomoteur et bicyclette, de bon matin et sur les chemins escarpés. Très vite, Clara y prend goût, s'adonne à quelques rituels (le pipi dans les buissons). Qui a parlé d'ennui, déjà ? Ah oui, sa mère : en fait, Fanette déprime un peu. Elle a cru rencontrer un nouvel amoureux, mais cette liaison a pris l'eau. Comme c'est souvent le cas.

Du haut de ses dix ans, Clara écoute, fait sa philosophe ou sa conseillère des coeurs brisés, c'est une fillette étonnante. Elle-même a un chéri - Antoine, qui lui écrit de longues lettres et se languit chez ses grand-parents, où il s'ennuie comme un rat mort. Peut-être Mélie pourrait l'accueillir pour un temps ? C'est vrai que chez Mélie on se sent bien, c'est un refuge des âmes seules, des sentiments qu'on croyait fanés et qui reprennent de la couleur, c'est aussi chez Mélie qu'on sent son coeur rebattre à cent à l'heure. L'amour, toujours et encore...

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Il n'y a pas de mélo chez Mélie, ni chez Barbara Constantine. Les lecteurs ayant apprécié son premier roman, Allumer le chat, vont retrouver strictement la même recette avec son deuxième livre. Par contre, ne croyez pas que ce soit du copier-coller non plus. On retrouve la verve savoureuse, la peinture truculente de destinées qui se mêlent et s'emmêlent pour notre plus grand plaisir, et cette passion de croquer des personnages attachants. On pourrait presque inventer le terme et parler de touche Constantine !

Certes, Allumer le chat avait bénéficié de l'effet de surprise. A Mélie, sans mélo est un roman qui nous étonne moins, mais il nous sert la même facétie, sans le côté pétillant qui nous faisait nous pourlécher dans le premier cas. Cela reste une lecture agréable, enjouée (presque une lecture d'été, d'ailleurs !) et qui pourrait booster tout moral en berne !

A Mélie, sans mélo

Calmann Lévy, août 2008 - 245 pages - 14,90€

L'avis de Cathulu

entretien vidéo avec Michel Field, sur Bibliosurf

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04/09/08

Qui touche à mon corps je le tue - Valentine Goby

C'est une histoire qui ne laisse pas deviner sa violence, et pourtant son thème est lourd, dangereux, sulfureux : les faiseuses d'anges. Valentine Goby a choisi d'en toucher quelques mots, avec sa grâce exemplaire et son allure sophistiquée. Elle ne crache pas les mots, elle les couche sur papier. Avec délicatesse. Elle bichonne ses personnages, qui sont trois : Marie G. qui attend sa condamnation, Lucie L. qui a avorté et Henri D. le bourreau "qui n'existe que les matins d'exécution par le dégoût des autres et l'horreur qu'il inspire".

C'est par ellipse que l'auteur procède en cherchant à élargir le procès muet qui tient lieu dans l'esprit de l'opinion publique. Elle glisse sa plume d'un caractère à l'autre, sans frémir ni flancher. Elle se met dans la peau de "la blanchisseuse des corps", celle qui "gomme les taches disgracieuses, au point de passage entre la vie et la mort" ou elle fait corps avec celle qui a été "faible ou juste pas avertie", celle qui a voulu ce rapt d'elle-même. Chaque personnage porte sa croix, on le soupçonne et l'apprend au fur et à mesure. Cette histoire n'est d'ailleurs pas sans rappeler le film de Chabrol, Une Affaire de femmes, que je vous recommande également.

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Ce qui ressort de ce livre, c'est son intensité. C'est vibrant d'émotion, certains passages flirtent avec la rage, l'impuissance et la frustration. On retrouve d'ailleurs la même écriture éprouvée dans L'échappée, son précédent roman. Une nouvelle fois, donc, Valentine Goby se penche sur la destinée des femmes, durant la guerre. Après celles condamnées pour avoir reçu et/ou donné du plaisir durant cette époque mouvementée, voici les faiseuses d'anges qui connaîtront une sentence sans appel sous le gouvernement de Vichy. On graciait des pédophiles, mais on envoyait à la guillotine celles qui voulaient se substituer à la décision divine (sic) !

Valentine Goby ne verse jamais dans le pathos, elle expose des éventualités, brise les tabous et elle montre les silences, les injustices. Il y a aussi un refus de la fatalité derrière les personnages, et un aspect froid et clinique chez Henri D. qui parfois donne des frissons - mais l'homme est humain, on découvre ses failles et cela ne nous laisse pas indifférent. Les deux femmes sont également touchantes, à leur façon. Ce ne sont pas des criminelles, mais elles ont posé pour la postérité avec ce statut. C'est glaçant et c'est fort. On ne peut demeurer insensible à ce genre de lecture.

"(...) faut-il cesser de penser, de sentir, ou bien cette torture en vaut la peine parce qu'à la fin, peut-être, il y a une promesse de bonheur, ce que j'entrevois du bonheur, une sorte de plénitude où coexistent mon corps ma voix ma tête dans une seule enveloppe palpitante, et tout bat en même temps ? Ai-je raison de vouloir ? D'espérer ?"

Gallimard, août 2008 - 137 pages - 13,90€

 

 

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03/09/08

Dans la tête de Shéhérazade - Stéphanie Janicot

Shéhérazade Halshani a trente ans, elle est l'animatrice d'un talk-show à succès et prépare une nouvelle émission qui porte sur l'adolescence et les rêves de devenir écrivain. Cela la ramène quinze ans en arrière, lors de son entrée en seconde, au lycée Louis-le-Grand qu'elle intègre pour un programme de section internationale arabe. Elève gauche et manquant de confiance en elle, elle est aussitôt éblouie par Aubin et Sophie. Lui est blond, superbe, timide et attiré par les garçons ; elle est le rejeton de parents qui ne se supportent plus, petite, forte et pas très jolie.

La jeune fille d'origine marocaine, qui a grandi dans le cinquième arrondissement, avec son père patron de bistrot, va aussitôt être fascinée par ces deux camarades riches d'une culture littéraire qu'elle n'a pas. Shéhérazade se sent profondément en marge des gens qu'elle fréquente, au lycée ou dans sa famille (elle se rend tous les dimanches dans la famille de son père manger du couscous). Elle ne se sent appartenir à aucun "clan", mais fait tout pour que ses nouveaux amis l'acceptent.

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On découvre assez vite que ce roman repose sur un drame qui est survenu dans leurs vies, durant cette année où ils étaient jeunes, conquérants et idiots. D'un côté, l'histoire parle de l'adolescence, de cette époque ingrate où on se sent tout le temps insatisfait. D'un autre, on aborde aussi la complexité de la génération des fils d'émigrés, ces enfants nés en France, totalement intégrés, mais pourtant en quête perpétuelle d'origines et de souches auxquelles s'accrocher.

Stéphanie Janicot est une vraie raconteuse d'histoires, elle possède ce talent de dresser un tableau et de le remplir avec des histoires de famille, d'amitiés et d'amours qui s'embriquent comme un jeu de Légo. Cela se finit toujours bien, malgré les coups de canif, et on sort toujours de ses romans avec un sentiment d'avoir passé un bon moment ; c'est gentil, simple et efficace.

Attention, il ne faut pas être allergique aux bons sentiments, mais cela ne signifie pas pour autant que le contenu est trop lisse, trop facile. Le seul reproche : quelques clichés, trop entendus. Mais ce n'est qu'un grain de sable !

Dans la tête de Shéhérazade

Albin Michel, août 2008 - 312 pages - 19,50€

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02/09/08

Val de Grâce - Colombe Schneck

Situé dans un quartier parisien, le Val de Grâce était un appartement cossu, le lieu magique de toute une enfance, une bulle d'un autre temps, où l'on se sentait coupé du reste du monde. C'était aussi un monde enchanteur, anarchique, où les enfants évoluaient dans un brouhaha constant, sous la coupe bienveillante de Madame Jacqueline, qui lavait, repassait, reprisait et rangeait, cuisinait de la mousse et de la crème au chocolat.

Un jour, elle disparaît et c'est une époque qui se finit. Le regard de l'enfance fait place à celui qui scrute, note les détails. Toute une vie passée à ne pas compter, à amasser, à obtenir tout ce qu'on désire. Tout un leurre pour masquer les rideaux qui s'usent, les couleurs qui fanent, les factures qui s'accumulent, le manque d'argent qui pointe.

Le Val de Grâce avait été érigé pour donner de l'illusion, une sorte de poudre aux yeux pour bercer les dodos des enfants. Offrir ce qu'il y a de plus beau, montrer que rien n'est impossible... A huit ans, dans sa robe jaune, la fillette rencontre Fred Astaire dans sa résidence de Bel Air pour danser comme dans Shall we dance. Pour vérifier la légende du Loch Ness, elle court en Ecosse et croise un jeune prince devant Buckingham Palace. A la boulangerie, c'était crédit illimité sur les confiseries et autres pâtisseries.

Ce furent vingt-trois années féériques et fantaisistes, et pourtant la narratrice a failli tout oublier. Car c'est de cet oubli que naît le roman, qui s'ouvre sur la maladie et la mort de la mère impliquant l'héritage déposé entre les mains des enfants.

" Un étranger ne pouvait comprendre que Val de Grâce était un monde enchanteur dont la valeur matérielle n'avait aucune importance. On ne pouvait le cambrioler. On ne nous servait pas des morceaux de courgette trop cuite, mais des trompes d'éléphant coupées en morceaux. "

En perdant sa mère, la jeune femme accepte d'enterrer le passé en libérant les souvenirs, elle se livre alors à un récit de confidences pudiques, émouvantes, drôles et attachantes. Pleinement consciente d'avoir appartenu à un rêve, elle reconnaît la part des mystères de Val de Grâce, où sa famille cherchait à servir du bonheur sur plateau et à camoufler les chagrins. On découvre que cette enfance pleine d'exubérance a été une vengeance personnelle des parents - réfugiés pendant la guerre - qui ont ainsi cherché à se construire des souvenirs, pour mieux oublier les leurs.

Ce roman, touché par la grâce, vous berce par sa simplicité, son trop-plein d'amour jamais mièvre, sa sensibilité et sa nostalgie vivifiante. 

"Est-on qu'on me pardonnera d'avoir été aimée à ce point ?" prévient la narratrice. A votre avis ?   

Val de Grâce

   Stock, août 2008 - 140 pages - 14,50€

Le pourquoi de Val de Grâce

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01/09/08

Les mille-vies - Delphine Coulin

 

 

C'est le dernier jour de tournage pour l'actrice Dorine M., qui incarne Emma - une femme mariée qui apprend la mort prochaine de son époux par un jeune médecin qui tombe amoureux d'elle. La préparation est longue, difficile. Elle cherche à s'imprégner de son personnage, mais depuis le matin, Dorine s'est réveillée en proie aux doutes et à ses sempiternelles angoisses. Aujourd'hui, forte d'une longue carrière derrière elle, Dorine M. se sent épuisée et lasse de ses "mille-vies". Elle ne le sait pas encore, mais son jeune partenaire lui fait comprendre qu'elle a perdu pied depuis longtemps, en confondant la fiction et la réalité. 

"Prodige d'être une actrice. Une mille-vies. Fantasme absolu de notre époque, où chacun court après le temps pour vivre le plus possible. Où tout est démultiplié."

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Ce sont vingt-quatre heures de la vie d'une actrice, une femme brillante, très belle et qui n'a peut-être pas envie de se poser.

Il y a beaucoup de pudeur dans ce roman. On sent une héroïne fragilisée, qui n'a pas été épargnée par la vie et qui a choisi une kyrielle d'identités imaginaires pour fuir d'autres fantômes. A travers ce portrait d'une actrice et d'une femme, avant tout, il y a aussi l'ombre de la vraie vie, celle d'une femme amoureuse, abandonnée. L'apprentissage de l'amour défunt. C'est si admirablement conduit, feutré et silencieux, dans un vrai décor, entre les MOTEUR. TOURNE. ACTION. CUT. On suit les mille-vies de Dorine M. avec une concentration mystique.

Les mille-vies

   Seuil, août 2008 - 157 pages - 15€

merci tout particulier à l'auteur...

Le pourquoi des Mille-Vies, par Delphine Coulin (entretien vidéo)

Delphine Coulin travaille pour le cinéma et la télévision. Elle a publié un roman, Les traces, et un recueil de nouvelles, Une seconde de plus, remarqués tant par la critique que par le public.

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31/08/08

La vie pétrifiée - Nils Trede

Xavier, trente-trois ans, est un grand solitaire qui mène deux vies différentes, dans la même ville qui est séparée en deux îles reliées par un pont. D'un côté, il est serveur dans le restaurant de ses parents. Son père est mort et sa mère est gravement malade. Dans son autre vie, Xavier est médecin de police.

Un vendredi soir, un jeune couple passe la porte du restaurant et affiche un bonheur parfait et éblouissant. Xavier en a mal au ventre, pas de les jalouser mais de s'apercevoir que la demoiselle pourrait tout à fait lui correspondre. De fil en aiguille, il va la retrouver en ville et chercher à se glisser dans sa vie - en l'aidant à louer l'appartement de ses rêves, par exemple. Il est comme ça, Xavier. Il écoute, il ne dit rien et il agit. Il a très peu d'amis, il ne parle pas beaucoup et on a du mal à le cerner.

Le roman, de toute façon, est marqué du sceau qu'impose la personnalité troublante et taciturne de Xavier. Un climat d'inquiétude plane, avec la solitude de cet homme, sa mère malade, le froid glacial qui tombe sur la ville, la démence et la virulence derrière chacun de ses pas. Il marche dans la ville comme un animal en furie qui tourne dans sa cage, il traque sa proie et on se ronge les ongles d'être complice de sa folie furieuse. Jusqu'où va-t-on ?

Austère et silencieux, ce roman s'impose à nous en nous rappelant l'ambiance implacable d'un Pascal Garnier, sans aucune ironie, l'humour à plat, bien au ras des pâquerettes. Nils Trede est allemand mais vit en France et écrit en français. La vie pétrifiée est son premier roman. On retiendra de cette lecture une atmosphère suffocante, un personnage - Xavier - étrange et un peu effrayant. Un vrai roman noir.

La vie pétrifiée

Quidam éditeur, coll. Made in Europe - 135 pages - 15€

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30/08/08

Vie érotique - Delphine de Malherbe

Une femme et un homme se livrent à un jeu de séduction hors du commun. Ils sont voisins d'appartement, ils se font face et se scrutent soir après soir. De la séduction, il en est question. Elle est danseuse, parle avec son corps et frémit lorsqu'il l'invite à la rejoindre. A travers la buée sur la vite, il lui adresse ce message : Toi Vénus, moi Eros.

Dans son atelier sous les toits, l'homme a décidé de la séquestrer. Aucune barberie dans ce geste, en fait il a reconnu en elle cette femme unique capable de l'éveiller à l'amour et lui ôter ses peaux de chagrin. Il lui a confié n'avoir pas été ému par sa danse et pense qu'elle doit briser sa carapace pour s'épanouir. De son côté, elle préférait inventer l'amour plutôt que de le vivre. En se donnant à lui, elle s'offre une deuxième naissance.

Ce très court roman est un éveil à la sensualité, un apprentissage du désir à travers les corps, les mots et les illustrations d'Isild Le Besco. Cette combinaison s'achemine vers une grâce voluptueuse, jamais canaille ou inélégante. On suit l'évolution de cette femme, en un ballet qui devient une performance érotique, pour se conclure vers "la petite mort" (en gros, une danse de la mort comme source de vie). Point de prouesses acrobatiques, beaucoup d'émotion à fleur de peau, de la douceur et un certain raffinement derrière une pointe quelque peu intellectualisée de la notion du désir.      

Vie Erotique

Editions Robert Laffont, août 2008 - 175 pages - 18€

Lire un extrait

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Delphine de Malherbe est écrivain. Après le succès de La femme interdite, Vie érotique est son deuxième roman. Journaliste au Journal du dimanche, elle écrit aussi du théâtre et des chansons. Isild Le Besco est actrice, elle écrit, réalise et produit aussi ses films. Sa peinture et ses dessins ont été exposés pour la première fois en 2007.

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29/08/08

La domination - Karine Tuil

La narratrice, écrivain d'une vingtaine d'années ayant déjà commis quelques livres, se voit offrir la proposition d'écrire un ouvrage sur son père. Son éditeur, un homme âgé et poussé vers la sortie pour cause de retraite (raison officielle), exerce une pression étouffante, qui vire progressivement à du harcèlement sexuel et à de grandes déclamations d'amour. La jeune femme tombe dans le piège de sa séduction diabolique et commence son manuscrit. Toutefois, paralysée par son écriture, incapable encore de se livrer totalement, elle décide de composer un roman factice - celui de Jacques Lansky, alias Lance - et se glisse dans la peau du fils, Adam.

Le père disparu était un homme précieux, un ogre effrayant et qui aimait exercer sur les siens une emprise avilissante. De façade, c'était un type exemplaire, un mari charmant et un père modèle. Côté coulisses, il était taciturne, colérique, collectionnait les conquêtes faciles et avait eu l'outrecuidance d'installer sa jeune maîtresse enceinte dans le foyer familial. Dans le roman de Jacques Lansky, elle porte le nom d'Elena Nordau. A l'heure des funérailles du père, cette amante maudite fait sa réapparition, quinze ans après son départ.

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Quête du père, décryptage de la judéité, relations abusées et intentions inavouables sont les thèmes abordés dans ce roman de Karine Tuil. Ecrite à la première personne, brouillant les pistes du début à la fin, cette histoire est brillante, jouant à fond le paradoxe. De domination, il en est question à tous les coins de pages, touchant tous les protagonistes de cette intrigue où résonne une touche amère. Le goût de la bile au fond de la bouche ?

Nullement dérangeant, malgré quelques flottements nauséeux, ce roman se révèle parfaitement magnétique. On se surprend à accompagner la jeune femme et son double fictif - Adam Lansky - vers les origines d'un homme auréolé de zones d'ombre. Ce n'est peut-être pas du père dont on parle uniquement, la figure de l'éditeur devient très vite importante et mystérieuse - liée au destin des Lansky ? D'une confusion admirablement menée, l'histoire nous agrippe jusqu'à sa dernière page - saisissante, émouvante, écoeurante.

Grasset, août 2008 - 230 pages - 16,50€

 

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