10/02/09

La grand-mère de Jade - Frédérique Deghelt

« Ceux qui écrivent ont une façon si particulière de porter leurs yeux sur ce que nous ne saurions voir. Je suis une lectrice. Je ne serai jamais capable d'écrire le moindre texte, mais quand je lis le roman d'un écrivain, je suis toujours frappée de ce regard singulier : cette façon de saisir la banalité et d'en rendre compte sous un angle insolite, cet art de tisser un lien entre des choses qui n'ont pas l'air d'en avoir. (...) Et si je n'écris pas de roman, mon imagination récrit ceux que j'ai aimés avec un amour respectueux. La part de rêve que m'offre la lecture me révèle une réalité, la mienne. Je ne sais pas ce que trouve l'auteur en écrivant, mais je devine dans ce qu'il tait une réserve où puiser mes plus belles rencontres avec ce que j'ignore de moi-même. »

41XL_OyBZqL__SS500_A la demande de son père, qui vit à l'autre bout du monde, Jade accepte de prendre sous son aile sa grand-mère Jeanne, victime d'un malaise du haut de ses quatre-vingt ans et rétive à entrer en maison médicalisée. La cohabitation dans l'appartement parisien entre cette jeune journaliste indépendante et cette petite paysanne échappée de son village montagnard donne lieu à une véritable osmose. L'une et l'autre se découvrent un goût commun : les mots. Jade a écrit un roman, qui est refusé par tous les éditeurs, et Jeanne a été une grande lectrice, loin du regard de son entourage. Entre elles, s'engage une discussion passionnante, sur des parcours dissemblables, tel un voyage à travers le temps. Deux femmes s'écoutent et se comprennent. Mamoune va jusqu'à proposer de jeter un oeil au manuscrit de sa petite-fille, en glissant « je pourrai bien t'aider moi » dans un souffle, comme une petite souris qui ne voudrait pas paraître trop envahissante, la prétention d'une donneuse de leçons rangée au placard.

Ce texte est tout le contraire d'un étalage de vanité, ce serait plutôt du genre à chuchoter, à marcher sur la pointe des pieds. C'est un livre désarmant de tendresse ! La connivence entre les deux femmes est bouleversante, s'épanouissant sur un épilogue qui laisse pantois. Mais c'est extrêmement émouvant.

Il y a à travers chaque ligne de ce livre un hommage interminable sur le goût des mots, le pouvoir du livre, la magie de la séduction, et l'éblouissement de la première fois, lorsqu'on découvre une histoire, l'envie d'y être encore et toujours. Ce roman de Frédérique Deghelt est subtil, c'est un vrai tour de passe-passe (surtout concernant la fin). Une fois commencé, ce livre ne vous lâche plus. Il est ensorcelant ! Et tendre aussi, car les personnages sont magnifiques. Tout est beau dans ce roman. Lisez-le ! 

 

« Je me souviens d'avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie. Ceux qui parfois tombent des étagères pour venir répondre à des questions que me posait l'existence. (...) J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres. »

Actes Sud, 2009 - 391 pages - 21€

la reconnaissance du jour : « Vous aimez l'accident d'un rêve enseveli dans un roman. Vous aimez que l'écriture accroche la douleur aux ténèbres pour en faire de la lumière. Je le sais, je le sens. »

 

les avis de Cuné et de Marie

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07/02/09

Tout pour toi - Agnès Marietta

« Ma mère aime les belles histoires. Mais elle ne les lit pas, elle fait son possible pour les vivre. Et ses belles histoires se transforment en problèmes insolubles qui la laissent sur le flanc un moment, jusqu'à ce qu'elle saute dans un train en marche. »

51Eef9i3aPL__SS500_Aline est une jeune femme pleine de vie, très jolie, qui vit essentiellement pour son plaisir et celui de sa fille, Manon. Après le neuvième anniversaire de l'enfant, sa mère décide de l'arracher du petit appartement parisien pour se mettre au vert, dans les Cévennes. C'est une nouvelle vie qui commence, dans un gîte tenu par un allemand, parmi une communauté très baba-cool. Aline vit des amours passionnées avec Nono, tandis que Manon grandit en se sentant de moins en moins à sa place. Pendant les vacances d'été, à treize ans et demi, l'adolescente part en colonie et y rencontre un jeune moniteur, Laurent, qui devient très vite son confident. Et plus. Un soir, peu avant la fin des réjouissances, Manon se retrouve dans le lit du garçon et connaît sa première fois. Elle garde pour elle cette expérience, car sa mère lui réserve une étonnante surprise à son retour.

Tout pour toi est un croisement entre la douceur et la tristesse, le portrait d'une jeune fille qui pousse au soleil à grands coups d'amour, mais sans comprendre véritablement le sens de l'amour. C'est soit trop tôt, ou trop tard. Elle est coincée, en peine. Comme sa mère, immature et égoïste, Manon a un gros contentieux à régler en matière de démonstrations affectives. C'est bien simple, Aline fuit tout le temps. A côté de ça, Manon ne sait plus. Elle grandit sans attentes, sans mécanique (comme le souligne un personnage). C'est un petit soldat qui monte au front, elle prend les coups sans comprendre, ça lui fait un peu mal, ça lui fait du bien. C'est kif-kif bourricot.

Sa rencontre avec Laurent va être déterminante, car le garçon ne va pas la lâcher et Manon s'imagine qu'avec lui elle est ce qu'il attendait depuis toujours... Une vision de conte de fées, en somme. Mais elle est comme ça, Manon. Un peu handicapée sentimentalement. Elle sait qu'elle a droit au bonheur, qu'elle aussi aura sa chance. Il suffit de saisir la main tendue, mais où ? quand ? comment ? C'est en fait tout le problème. En cela, la fin du roman est infiniment touchante, car elle montre que la course au bonheur n'est pas simple, et que rien n'est jamais acquis.

Ce portrait d'une âme en fuite, qui cherche un endroit pour éclore, est caressant, touchant, attendrissant.
Pas forcément essentielle, cette lecture n'en reste pas moins très sympathique.   

Il s'agit du deuxième roman d'Agnès Marietta, après N'attendez pas trop longtemps.

Anne Carrière, 2009 - 255 pages - 18€


Et la magnifique chanson d'Emily Loizeau : Sister !!!

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30/01/09

L'immédiat - Marie Delos

Pourquoi Anne a choisi de quitter Bruxelles pour Séville ? Parce que c'est un peu loin. Cette jeune femme, professeur de FLE, est une mél41ltWnouMVL__SS500_omane obsédée par le deuxième concerto de Prokofiev. Un jour, une de ses collègues lui apprend qu'elle joue du piano. Cette nouvelle la mortifie. En effet, cela lui rappelle sa trahison secrète : n'avoir pas interprété Prokofiev avant ses vingt-deux ans. A la place, elle s'est fourvoyée dans l'enseignement. Il lui faut impérativement rompre le cours et récupérer dignement le retard sonore accumulé, « avant que les démons qui avaient recueilli ma promesse ne revinssent me traquer ». Elle quitte tout, s'enferme dans son attique pour réécrire toute la partition, à l'aide d'un clavier en carton. Entre-temps elle reçoit la visite d'un nouveau colocataire, Horacio, un Amérindien qui cherche dans toute la ville une gitane danseuse de flamenco.

Ces deux-là ont en point commun d'attendre et de chercher ce point invisible vers lequel ils tendent désespérément la main. Toute l'histoire s'inscrit au rythme de la musique, reproduisant ainsi un tempo saccadé, enlevé ou poussif. Anne est une jeune femme difficile à cerner, très agaçante aussi. Elle fuit beaucoup, elle s'accroche à une vieille promesse, elle jalouse sa collègue, elle est aussi dédaigneuse. Elle est franchement insupportable. C'est dommage de savoir le roman pendu à ses basques, cela rend la lecture parfois pénible et irritante. Toutefois, pour ce qui se révèle un premier roman, "L'immédiat" de Marie Delos est absolument remarquable. La langue est impeccable, classique et lyrique. Elle se met au service des angoisses de son héroïne, avec les défauts qu'on connaît, mais plantée dans un décor truffé de charme et nimbé de mystère. Séville, magnifique ! 

Seuil, 2009 - 140 pages - 16€

 

 

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29/01/09

Monsieur Madone - Maïté Bernard

41GA78F1cYL__SS500_Cinq ans après, Clémentine, reporter photographe, revient dans le quartier de Monsieur Madone. C'était l'homme de sa vie, son grand amour. Il s'est tué et la jeune femme n'a jamais pu surmonter son chagrin. Elle retrouve aujourd'hui la famille de son amant, fait une promenade dans le parc de Versailles en compagnie du jeune frère et tous les deux, sous leur parapluie, parlent du deuil, de la douleur, du spleen et du vide. Attention ! Ce n'est pas un roman triste ni mélancolique, c'est au contraire une histoire attendrissante autour d'une femme inconsolable, dont le corps trahit les émotions et les blessures mal cicatrisées, et également autour d'une famille incroyable, belle, à tel point qu'on aimerait qu'elle nous adopte. Et puis ça parle d'amour, qu'on perd, qu'on trouve, qu'on gagne et qu'on reconquiert. Je ne voudrais pas en dévoiler davantage, ne cherchez pas non plus à trop apprendre sur ce livre, allez plutôt vers lui et laissez-vous porter. La plume de Maïté Bernard, qui m'avait été révélée avec Et toujours en été, possède une sensiblité et une justesse qui me touchent. Je classe ce roman parmi mes préférés de cette rentrée de janvier et Maïté Bernard peut prétendre à une suite royale dans mon petit panthéon d'auteur fétiche.

Le Passage, 2009 - 148 pages - 14€

 

Qu'est-ce qu'un Monsieur Madone ?
« Monsieur Madone serait mignon ou carrément beau, mais ce n'est pas là que résiderait son pouvoir. Monsieur Madone serait conscient de plaire et tranquillement sûr de lui. Monsieur Madone saurait regarder une femme dans les yeux sans forcément se demander comment la convaincre. Monsieur Madone aurait vécu, il aurait été blessé, aurait parfois perdu, mais il ne haïrait personne. Monsieur Madone serait discret. Ce serait un homme qui ne parlerait pas que de lui, qui écouterait et ne retiendrait pas forcément tout, surtout les détails si importants pour une femme. En effet, Monsieur Madone ne serait pas parfait et n'attendrait pas que les femmes le soient, il ne les idéaliserait pas. Monsieur Madone serait viril. Viril mais pas prédateur. Viril mais il n'exsuderait pas le sexe. Voilà pourquoi, quand on serait enfin dans ses bras et qu'on découvrirait qu'il aime "ça", ce serait un émerveillement. »

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27/01/09

Magic Retouches - Françoise Dorner

Son père est couturier à Magic Retouches, il est veuf et reçoit souvent les visites de clientes qui se trémoussent devant lui ou dans la cabine d'essayage. La petite Justine, douze ans, n'est pas dupe et préfère c51vty3mtbkL__SS500_ourir à la boulangerie pour se changer les idées. Son père et elle ne se parlent pas, ils ne se comprennent pas. Ils mangent en silence, devant la télévision. Les informations font écho d'un tueur en série qui s'en prend à des adolescentes de l'âge de Justine, c'est révoltant mais que fait la police !? Justine sent monter en elle son âme de justicière, son prénom résonne comme la justice, dit sa grand-mère, Margot, quatre-vingt ans et un tempérament d'acier. C'est elle qui bichonne la petite fille, c'est elle qui lui donne la photographie de Geronimo et c'est elle aussi qui lui parle de l'histoire familiale, avec le soldat inconnu qui est leur valeureux aïeul, et le grand-père, décédé trop tôt, mais de façon héroïque. Les histoires de famille arrangées à la sauce de Margot pèsent un peu lourd dans la balance, le déséquilibre est flagrant, et Justine s'est saisie du flambeau en se lançant sur la piste du tueur à l'écharpe blanche, avec ses fléchettes en bois et son prénom en bandoulière.

Je pensais que ce roman allait être léger, il ne l'est pas vraiment. C'est raconté d'après la jeune adolescente de douze ans, qui souffre d'affection et se sent bientôt une vieille personne avec ses idées. Sa mère lui manque, son père compte sur le temps pour qu'elle grandisse toute seule, vite et bien. Et l'appartement ressemble à un mausolée où il fait tout gris, où chacun s'enferme dans son silence et sa solitude. Le tableau n'est pas fabuleux. De plus, Justine a un gros complexe dans ses relations avec les autres, elle déteste la promiscuité, elle manque très sérieusement de tendresse et on sent qu'elle est dégoûtée par les liaisons de son père avec ses clientes. Heureusement il y a la grand-mère Margot, quatre-vingt ans au compteur, en plus d'être une fieffée menteuse. Mais pourquoi raconte-t-elle toutes ces histoires ? Et surtout, n'empoisonnent-elles pas la tête de la petite Justine ? On ne s'improvise pas Miss Marple croisée avec Geronimo en un clinquement de doigts... Soulagement au final, l'histoire réussit l'exploit de nous toucher avec le sourire et d'éloigner tout spectre de désolation. Bon point, donc.

Albin Michel, 2009 - 150 pages - 14€

Françoise Dorner est également l'auteur de La fille du rang derrière et La douceur assassine

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Enfants perdus - Arnaud Rykner

 

41yF3IwkR_2BL__SS500_« C'est une maison de bord de mer, d'un autre temps, qu'on n'ouvre que le temps des vacances. C'est une maison comme beaucoup d'autres maisons, un peu plus grande peut-être. Une maison pleine d'histoires. Une maison pour les enfants. »

C'est l'été. Un homme et une femme accueillent des enfants dans une grande maison près de la mer. Ils sont jeunes, turbulents, bruyants. L'un d'eux, le premier arrivé, se sent différent et se place d'office en observateur. Il regarde la mer, il reste des heures perché dans l'arbre, il écoute, il réfléchit. Peu à peu on découvre que c'est un garçon qui contient une grande colère, qui retient une violence. Il s'esclaffe contre l'innocence de l'enfance, « cette chose idiote, monstrueuse », il ricane car lui voudrait « des cris qui n'ont rien d'innocent, des cris de rage, de haine, des cris de désir pas assouvi ».

Ce roman est faux, il paraît calme et tranquille, il ne l'est pas. Il raconte des jeux d'enfants, l'été, la plage. C'est un leurre. On pressent un drame, ou quelque chose s'y approchant. C'est trop paisible, ronronnant. On n'y adhère pas une seconde. La pression couve sous le capot, et ça menace d'exploser. Et effectivement, ça pète.
L'été va se terminer plus tôt cette année-là.

Rouergue, coll. la brune, 2009 - 92 pages - 10€

 

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26/01/09

L'usine à rêves - François Rivière

Charles Dulac, bibliophile et misanthrope, vit dans ses souvenirs. Enfant-acteur dans une aut9782221109700re vie et héros d'une célèbre série télévisée, il ne garde de cette gloire éphémère que de vieilles bobines de Little Charlie detective. Replié dans sa villa du Sud de la France, recevant de rares visites, dont celles de Fu, le chat des voisins, et de Najat, sa femme de ménage, Charles découvre la lettre de Nilo Pharel, qui le réclame sur son lit de mort. C'est très étrange, car Charles et Nilo n'ont jamais entretenu de bons rapports, à cause du fantôme de Teddy. Ce dernier a été le meilleur ami de Charles, mais aussi son grand amour. Cela s'est passé lorsqu'ils n'étaient que des adolescents insouciants à Hollywood, c'étaient les années 50, tout était permis et Charles était à un tournant de sa vie. On ne sait pas bien ce qu'il s'est passé, et c'est d'ailleurs tout le propos du roman, de remonter le fil du temps, de rembobiner le film et revivre la jeunesse dorée de Little Charlie.

C'est un roman très précieux, où se dégagent le souffle d'une époque dorée et le train de vie d'une société qui n'existe plus que sur des clichés. Avant de débuter sa carrière d'acteur, Charles évolue dans un monde échappé d'un roman de Marcel Proust. Il est orphelin, élevé par sa Granny Maud, qui est une femme sèche et snob, avare de tendresse (et pourtant elle collectionne les amants, sans éveiller le moindre soupçon). En vacances sur la côte basque, il va rencontrer le couple anglais, Donnie et Axel Bliss. Elle est scénariste, a un coup de coeur pour le jeune garçon et décide d'en faire sa vedette en s'inspirant de lui pour écrire sa série à succès. C'est la voie royale, chacun en tire son profit et Little Charlie est un gamin naïf qui va connaître à l'adolescence de grands bouleversements.

Jusque là, j'ai bu du petit lait, tant j'ai apprécié le moindre détail rapporté dans l'histoire. Ce côté rétro, raffiné et guindé ne cessait de me plaire. Et puis on passe à l'atmosphère sulfureuse d'Hollywood, c'est totalement différent. Les personnages aussi évoluent, avec des zones d'ombre qui rendent les surfaces moins lisses et doucereuses. Ce n'est pas toujours glorieux, mais cela reste captivant. Le roman sait nous happer, ne délivrant qu'en bout de course le drame qui a broyé la vie de Charles Dulac et de ses proches. Le personnage central souffre peut-être d'une absence de charisme, recommandé pour apprécier une lecture, mais finalement le charme est ailleurs, dans la mélancolie, dans le secret, dans l'ambiance surannée. Cette usine à rêves a le don de nous embobiner... et j'aime infiniment François Rivière ! 

Robert Laffont, 2009 - 210 pages - 18€

l'avis de la librairie Mollat, qui parle de « livre crépusculaire d'une vraie beauté »

 

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23/01/09

Le temps des miracles - Anne Laure Bondoux

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C'est l'histoire d'un petit français égaré dans le Caucase, Koumaïl n'est qu'un bébé lorsqu'il est sauvé d'un accident de train par Gloria, qui le recueille et l'élève. Mais le pays entre en guerre, il faut partir, marcher droit devant. A sept ans, le garçon connaît déjà les abris de fortune, la faim, le froid et la menace de voir la milice débarquer. Gloria et lui s'enfoncent toujours plus loin dans les montagnes, lient des amitiés avec d'autres compagnons de misère qu'il faut sans cesse quitter dans la précipitation. Cela n'entache ni leur énergie ni leur espérance, car Koumaïl sait qu'il est citoyen de la république française et qu'il s'appelle Blaise Fortune. Gloria lui a assez raconté son histoire pour qu'il la ressasse jusqu'à tomber de fatigue. Il sait qu'un jour il doit retourner chez lui et retrouver sa mère, d'ailleurs Gloria s'occupe de tout, pour traverser le continent et les frontières on peut lui faire confiance.

Quel merveilleux roman ! C'est une histoire d'exil qui me rappelle quelque part le roman de l'italien Fabio Geda car ce sont deux livres qui racontent le périple d'un jeune garçon parti sur les routes pour retrouver un être cher mais qui savent échapper à tout ennui, toute morosité et toute tristesse. Que dire, que dire... du charme fou, de l'écriture sans pareille d'Anne-Laure Bondoux, des personnages tous plus extraordinaires les uns que les autres, du message d'espoir derrière chaque chapitre, des petites larmes de bonheur, des promesses d'amour aussi, des histoires qu'il faut sans cesse se raconter pour se créer un monde meilleur, se réinventer et s'offrir une vie plus belle, pleine d'espoir et de lumière... c'est un peu tout ça, et bien plus encore. Je vous laisse le plaisir de la découverte, c'est mon autre roman coup de coeur du moment (avec celui de Fabio Geda).

Bayard, 2009 - 255 pages - 11,90€

http://letempsdesmiracles.bondoux.net/

l'avis de Gaëlle

 

 

 

 

 

 

D'autres romans d'Anne-Laure Bondoux : PépitesLes larmes de l'assassin

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22/01/09

Un mètre quatre - Anne de Rancourt

51gO1tVEj5L__SS500_Anne, mais tout le monde dit Nanou, a sept ans. Elle n'est pas très grande pour son âge, 1 mètre quatre sur le mur des tailles, et elle souffre d'une maladie du sang que les médecins n'arrivent pas à diagnostiquer. Mais c'est grave, disent-ils à la famille. Alors Nanou doit être courageuse, aidée par sa tante Alice fantasque et souriante, qui lui confie un grand cahier bleu dans lequel elle pourra écrire toutes les histoires qu'elle veut. C'est le rêve, surtout pour une petite fille qui vient d'apprendre à lire et écrire, et qui aime les livres et le dictionnaire. Elle ne comprend pas tous les mots qu'on emploie autour d'elle, mais elle les enregistre, ou elle improvise à sa façon, en parlant de la firmière, de stage ou de greve. C'est un charabia d'une simplicité bouleversante, mais pas du tout pleurnichard. Nanou est une fillette pleine de courage, qui en a un peu ras-le-bol d'aller à l'hôpital, qui pleure quand elle a mal avec les piqûres ou parce que sa grande soeur lui dit des méchancetés, mais il y a toujours la tante Alice qui dédramatise tout, qui explique les grimaces de sorcières dans le ventre, faites exprès pour embêter le monde, ou qui dit combien sa soeur Valentine se sent seule et triste, mais elle exprime sa colère maladroitement.

La tante Alice a une place très importante dans l'histoire, et on se demande où se trouve la maman (et ce n'est pas de bol non plus pour elle, mais non elle n'est pas morte !). Alors tout cela est caché derrière la ravissante couverture, pleine de naïveté. Pour un moindre mal ? Pas du tout, je rétorque. Car cette histoire n'est finalement pas tristounette, malgré son support. On a plutôt envie de sourire en découvrant l'inventivité de la petite fille, et son combat contre la maladie ressemble vite à une anecdote importune. C'est son regard aussi sur sa famille qui est touchant, très beau. Il y a beaucoup de candeur dans ce livre, au-delà de la maladie, de la souffrance et surtout des larmes. Tout ceci est vite recalé, la petite Nanou s'en charge.
A prendre ou à laisser (mais la 2ème option serait dommage).

Buchet Chastel, 2009 - 172 pages - 13€

Anne de Rancourt est aussi l'auteur de "Comment élever un ado d'appartement?" et "Je suis ronde et j'aime ça".

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18/01/09

Je n' suis pas un héros...

Accident de parcours - Jean Cavé

51FZ0XPLgbL__SS500_Un type imbuvable, Jean-Guillaume, est surpris un matin dans le lit de sa maîtresse, la jolie Alice. Ni une ni deux, il file au volant de son bolide pour rentrer chez lui où l'attendent épouse et petite chérie de 7 ans. En chemin, notre goujat heurte un corps, celui d'un enfant, qu'il abandonne en prenant la poudre d'escampette. L'étau se resserre quand Jean-Gui, journaliste, est convoqué en personne par son chef pour enquêter sur l'identité du chauffard en fuite, car dans le même temps on apprend que c'est le fiston du chef la victime ! Vous n'en pouvez plus ? Alors, encore une dernière pelle de charbon dans le feu, on découvre que le journal concurrent a aussi dépêché un journaliste sur place, et il s'agit de la ravissante Alice ! Bah oui. Et tout ça en moins de 50 pages !
Ce n'est pas une histoire qui révolutionnera le genre du roman noir, tous les éléments sont intégrés, et l'histoire est assez stressante. Toutefois le personnage de Jean-Guillaume est absolument indigeste ! Impossible de compatir à son calvaire, de prendre goût à ses actions, de cautionner ses mensonges. Non, non, non. Et puis l'écriture, dans ce livre, est agaçante, trop saccadée. Cela ne prend pas. Je passe.

Plon, 2009 - 259 pages - 19,50€

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Marche arrière - Valérie Saubade

41ObmyP922L__SS500_Divorcé, Vincent Verdun avait toujours entretenu de très bonnes relations avec son ex, Marianne, qui avait refait sa vie avec un minet, Pierre-Emmanuel (de vingt ans son cadet). Tous les dimanches soirs, Vincent avait pris l'habitude de s'inviter dans son ancienne maison pour y prendre l'apéritif, en toute cordialité. Oui, vraiment. Tout allait à merveille. Jusqu'à cette soirée d'octobre 2002, Vincent vient de s'acheter un 4x4, il fait un saut chez Marianne mais a une mauvaise manipulation en embrayant la marche arrière, et il écrase son ex-femme ! Leur fille Julie est témoin de la scène, elle accuse aussitôt son père qui passe devant un juge, la très coriace B. Lamotte-Choisy, auprès de qui Vincent doit se justifier. Il est innocent, il le jure. Hélas Pierre-Emmanuel ne peut témoigner car il est dans le coma. Les charges sont nombreuses contre Vincent, et quelques lettres anonymes viennent l'accuser en rapportant des faits peu glorieux sur sa vie intime. C'est l'occasion de rembobiner le film de son passé, on en tire les conclusions de son choix, mais Vincent Verdun fait figure du pauvre type, lâche et benêt, pas du tout charismatique. La fin du roman, d'ailleurs, ne m'a guère surprise (mais soulagée !).
C'est difficile d'aimer un roman quand on ne peut pas sentir le personnage central, lequel se révèle en plus le narrateur ! Donc, dur. Aucune empathie possible. Au contraire, une bonne dose d'irritation. Cependant l'histoire parvient à nous accrocher, pour le fin mot de l'enquête.
Verdict : ne jamais acheter de 4x4.

Anne Carrière, 2009 - 242 pages - 18€

Pour info : Valérie Saubade est l'auteur de l'excellent Happy birthday grand-mère.

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