22/09/08

L'excuse - Julie Wolkenstein

Je tâtonne pour parler de ce livre, parce qu'il est remarquable et trouver les bons mots pour le décrire n'est pas chose facile ! Pour le résumer en quelques mots, dirons-nous, ceci n'est pas qu'un roman, c'est une enquête littéraire, un jeu de pistes. On suit l'héroïne - Lise Beaufort - dans sa collecte de sources (ou ressources) cachées lorsqu'elle prend possession de son héritage : une maison sur l'île de Martha's Vineyard, léguée par son cousin Nick, après le décès de la tante Françoise. Elle va y découvrir trois boîtes remplies de photos, de cassettes et d'un manuscrit intitulé Déjà-Vu.

Ce récit, écrit par Nick, entend démontrer que la vie de Lise a été copiée sur celle d'Isabel Archel, l'héroïne du roman de Henry James - Portrait of a Lady. Une relecture s'impose, décortiquant point par point ce fait avéré par Nick. De son côté, Lise pinaille. Elle lit cette longue dissertation en prenant des pauses, le temps de fumer, de boire du champagne et de flirter avec le skipper. Elle songe, soupèse et complète les passages brumeux. Car ils sont nombreux - Nick a beau prétendre avoir joué le rôle du cousin Ralph, secrètement amoureux d'Isabel Archer, il n'est pas autant l'observateur avisé et confiant !

A sa façon, Lise veut lui rappeller qu'il se trompe. Elle rembobine le film de sa jeunesse - exilée française, orpheline et riche d'un joli pécule, érudite, prétentieuse et effrontée, elle n'a jamais cessé de tracer son bonhomme de chemin par la force de son indépendance, son audace et son amour pour un certain Gilles (Gilbert Osmond ?). Au diable les coincidences - la maladie de Nick / Ralph Touchett ; la rencontre avec Marie / Madame Merle ; l'adoption d'Alabama / Pansy et l'inclination de Charles / Lord Warburton. Et j'en passe !

L'exposé de Nick est prodigieux, éloquent et tient parfaitement la route. La contre-attaque de Lise est à la hauteur de la verve de cette femme sensationnelle. Nos deux protagonistes sont quasiment ex-aequo. Et pourtant, l'histoire va connaître un singulier rebondissement : prise de doutes, Lise va vérifier si sa vie a vraiment été écrite par un autre, et si elle n'a fait que subir cette histoire, malgré elle.

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L'Excuse est un incroyable roman à tiroirs ; c'est un brillant exercice de style, un commentaire de texte instruit, le portrait d'une femme par le truchement d'une figure fictive, une chasse au trésor littéraire, une chronique sociale au charme Fitzgeraldien. C'est limpide, cultivé, mélancolique, construit comme un vrai labyrinthe, on aime s'y perdre, tracer son chemin, suivre des sentiers battus et battre la mesure avec ravissement. On sort étourdi, mais ravi.

Julie Wolkenstein, professeur de littérature comparée, auteur de l'essai "La Scène Européenne, Henry James et le romanesque en question" * met en application des années de passion au service de la littérature grâce à ce roman captivant et exceptionnel.

Je vous le recommande fortement !

Question subsidiaire : Faut-il avoir lu James dans sa vie pour plonger dans ce livre ? Je vous le conseille, chers amis lecteurs, mais ce n'est pas obligé que cette lecture remonte à la veille non plus. ;o)

L'Excuse

P.O.L, août 2008 - 345 pages - 20€

* éditions Honoré Champion, 2000.

Pour compléter vos achats : 

 

 

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19/09/08

Twist - Delphine Bertholon

Une fillette de onze ans est enlevée sur le chemin de l'école. Pendant cinq ans, la petite Madison Etchart ne donnera aucun signe de vie. Elle s'est évaporée. Une Volvo noire a croisé son chemin, et zou. Plus rien. Les enquêteurs ignorent tout des circonstances, une cellule de crise est créée mais les maigres pistes aboutissent à des désillusions. A la longue, les parents de Madi se renferment mais ne veulent pas perdre espoir. Pour sauver sa peau, la mère écrit de longues lettres à l'absente, qu'elle ponctue d'un "N'oublie jamais que je t'aime", et se promet de les brûler le jour où sa fille rentrera.

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L'attente commence, terrible et épuisante. Frustrante, aussi. Les proches veulent se serrer les coudes, mais les nerfs sont à fleur de peau. On se heurte et se blesse pour une pécadille. On se reproche les manques, les loupés et tout le tintouim. On se raccroche aux quelques branches existantes. Stanislas, le petit voisin de dix ans son aîné, était le béguin de Madi et son prof de tennis. Ce samedi du kidnapping, il avait rendez-vous avec la jeune fille mais a annulé pour une histoire de coeur sans lendemain. Pour lui aussi, le temps va compter. Exilé à Paris pour ses études, il va rencontrer la fille au tee-shirt trop grand (Louison), aussi fascinante qu'agaçante. Il tombe éperdument amoureux d'elle, tandis qu'elle le mène par le bout du nez. Il pense mourir d'amour quand Madison refait la une des journaux.

Cette gamine intelligente et futée a croupi dans un terrier chez R., celui qu'on ne nomme pas. Il est son bourreau, son trait d'union pour la survie, il incarne la haine et l'affection, de manière ambiguë (cher syndrome de Stockholm!). On connaît son calvaire par les livres qu'elle griffonne avec rage et désespoir. Ce sont ses béquilles, qu'elle cache du regard de l'homme qui la séquestre.

L'écriture est ce qui sauve nos trois personnages, un instinct de survie pour compenser l'impuissance et éloigner la détresse. Ne jamais baisser les bras, à aucun moment. Madison a prouvé que lire et écrire avaient été ses deux planches de salut, même si l'incertitude et l'effroi ont aussi été ses compagnons d'infortune. Cette histoire, inspirée d'un fait divers, sait admirablement échapper au témoignage délirant et larmoyant du cauchemar qui frappe une famille par la disparition d'un enfant. On ne lâche aucune larme, c'est formidable !

J'avais personnellement peur de tomber dans une emphase déplacée, un climat malsain et éprouvant - en tant que jeune maman. J'ai eu l'agréable surprise de lire une histoire passionnante, écrite avec justesse et élégance. Le récit de la petite Madison, notamment, se révèle étonnant, charmant, plein d'humour et d'ironie. On côtoie ses heures de captivité, pas toujours drôles non plus, mais on échappe à toute névrose, toute affliction. C'est une lecture que je conseille, pour sa vitalité et son message d'espoir. Cela parle d'attente et d'amour, à un sens très large !

 

Twist

JC Lattès, août 2008 - 428 pages - 18€

L'avis de Solenn, enthousiaste aussi


Michel Field / Delphine Bertholon : Twist
envoyé par hachette-livre

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18/09/08

New Wave - Ariel Kenig & Gaël Morel

 

 

Ce livre est né d'un projet cinématographique : New Wave, téléfilm écrit et réalisé par Gaël Morel pour Arte. L'idée était simple : partir du scénario pour en faire un roman, une forme d'adaptation à l'envers. Et c'est Ariel Kenig qui fut approché pour participer à ce projet et rendre "une copie" singulière, personnelle et aussi indépendante du film. - A lire en préface, pour s'en convaincre.

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L'histoire est celle d'une adolescence en province, dans les années 80. Eric entre en 3ème au collège, il n'est plus dans la classe de son ami Thomas mais fait la rencontre de Romain, un garçon hors du commun. Indépendant, sûr de lui, il affiche un look punk, c'est également un passionné de musique, il compose et chante dans son coin, bref cette amitié nouvelle pourrait donner des ailes à Eric. Lui-même a une histoire familiale assez lourde, il n'est pas heureux chez lui, et seul son frère aîné trouve grâce à ses yeux. C'est ce qui le lie à Romain, cette vénération pour le grand frère, qui est, dans les deux cas, engagé dans l'armée.

L'ambiance du roman est assez morose, proche du spleen. Cette histoire aboutira d'ailleurs à une tragédie, laquelle se révélera retentissante à la toute dernière ligne du roman. En refermant ce livre, on reste coi. Aussitôt on reprend les bonnes feuilles en mettant le doigt sur les détails qui nous avaient échappés. Et là, plus de doute possible.

On ne traite plus en surface d'une énième chronique d'amitié entre adolescents désespérés mais on aborde un vrai récit dramatique, avec son lot de cache-misère et ses malheurs en sourdine. C'est absolument flippant, et notamment spectaculaire dans les portraits des familles. Anna, la mère de Romain, est grandiose. Elle aime d'amour fou son rejeton, elle est entière, envahissante, curieuse et menaçante...

"Les mains dans l'évier, elle reconnut l'énormité du temps qu'elle consacrait, aveugle, à ce que d'autres mères appelaient effort, mais qui ne représentait à ses yeux qu'un moyen de prouver la totalité de son amour, de résister à l'ennui ainsi qu'à la déchéance qu'implique dans de nombreux cas l'inactivité, ou encore de prolonger cette jeunesse qui ne lui appartenait plus, cet heureux sentiment d'une maternité pleine que l'ambition de Romain, forcément, blesserait un jour." 

 

New Wave reste un projet écrit à quatre mains, un peu trop cerclé sans doute. A l'instant où le lecteur décolle, le soufflé retombe aussitôt car la dernière page se tourne. C'est juste un peu dommage, il aurait fallu étirer ce climat éthéré avant de nous lâcher brutalement dans le vide. Cela participe au choc et à la fascination mais ça provoque implicitement une légère frustration, ce sentiment agaçant qu'il manque un petit quelque chose...

A noter : une play-list est disponible en fin de roman si vous souhaitez rembobiner la musique du film (que de la new wave, bien sûr !) ...

Achetez New Wave !

Flammarion, août 2008 - 190 pages - 16€

Diffusion du téléfilm le 19 septembre sur Arte :

http://www.leblogtvnews.com/article-22100152.html

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16/09/08

Remember me - Claire Delannoy

C'est l'histoire d'une femme qui ne sait plus qui elle est, ni ce qu'elle cherche. Elle est de retour à Paris, avec en poche des adresses et quelques noms. Un soir, elle rencontre en boîte de nuit - au Remember - Vincent, un photographe qui craque pour elle. Une autre fois, elle se lie d'amitié avec Myriam au cours de la promenade de son chien. Elle croise des silhouettes qui ne lui disent rien, mais elle n'a qu'un instinct : fuir, toujours.

Elle s'envole au Québec et s'installe dans un chalet, près d'un lac. Elle y vit aux côtés d'Henry, autre ami commun de sa copine Carla, qui s'est évaporée. L'homme est prévenant, attentif et lui éclaircit ses souvenirs brumeux. Elle le suit pour un voyage à San Francisco, est submergée par les vagues du passé qui reviennent dans un va-et-vient étourdissant. Elle s'appelle Ana, elle a parcouru le monde, elle a aimé un homme - Marco - et sa vie a été en danger, d'où son traumatisme. Aujourd'hui c'est Vincent qui la recherche en publiant une annonce géante en première page du New York Times.

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Du charme, du mystère, de la séduction, des pointillés, des ombres, des grands discours, un cri d'amour, une âme perdue et désespérée... que dire encore ? Au début, le roman fait passablement maniéré et diffus. En choisissant de ne pas lire la quatrième de couverture, on ne devine pas tout de suite quel est le problème de l'héroïne. Ana paraît fragile, elle relève juste de maladie mais on n'en sait pas plus. C'est progressivement que la petite musique se met en marche et cela fonctionne plutôt bien.

Par chapitres courts, d'une plume évanescente et lumineuse, l'histoire s'écrit en s'envolant. Les pages défilent à vitesse folle, on n'a qu'une envie : connaître le secret d'Ana, découvrir son passé, comprendre les raisons de son amnésie. Le résultat est curieux, presque inexplicable. C'est subtil, et j'ai beaucoup aimé. 

Editions Léo Scheer, septembre 2008 - 173 pages - 16€

 

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15/09/08

Les graffitis de Chambord - Olivia Elkaim

Hector est le petit-fils d'Isaac Rosenwicz, libraire parisien, installé dans un appartement des Feuillantines avec sa femme Miriam et leurs deux fils, Aron et Simon. Avec l'entrée en guerre, Isaac choisit de quitter sa famille pour suivre sa maîtresse, Dora, chargée d'une cargaison de tableaux d'art qu'elle va cacher à Chambord. Un réseau se crée, avec d'autres juifs résistants.

Nous sommes en 2006 et Hector vient de recevoir une enveloppe d'un vieux conservateur juif qui prétend avoir connu son père, Simon. Ce dernier avait publié neuf romans tous les six ans avant de cesser d'écrire après la mort de sa femme, Sarah. Pour Hector, son père est resté un mystère, une ombre fuyante. Il partait souvent, sans raison apparente. Le garçon restait seul avec sa mère, qui n'était pas très bavarde non plus. C'était une famille réservée et crispée par les ravages causés par le passé. Les Rosenwicz ont connu la guerre, l'amour, la perte et en ont gardé les cicatrices.

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Par cette histoire, pleine de charme et de secret, Olivia Elkaim nous livre un roman-chorale sur trois générations et parle ainsi de la mémoire et de l'oubli avec pudeur et émotion, mais sans commisération ni pathos. Il y a un judicieux assortiment entre les drames personnels et la réalité historique (Chambord et ses graffitis nous rappellent que les murs parlent). C'est important car on découvre l'histoire avec ce savant dosage d'énigmes à découdre, dans une ambiance empreinte de bouleversement et un décor baroque. On ne résiste pas à tourner les pages pour soulever les dessous de ce drame familial, connaître un peu qui sont les protagonistes, leurs rôles et les incidences.

Voici un extrait qui me touche et qui donne une idée d'ensemble de cette lecture :

"Le groupe Chambord s'est formé ainsi, un peu par hasard, un peu par affinités, par maladies, par épaules déboîtées, par exils successifs, par insomnies incurables, par jalousies et par amour, par peur de la solitude et des bruits de la guerre". 

Les graffitis de Chambord

Grasset, août 2008 - 273 pages - 16,90€

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14/09/08

Faux-père - Philippe Vilain

 

 

Le narrateur est un homme qui s'ennuie. Il collectionne les conquêtes, trouve dans l'acte d'amour un trompe-l'oeil et voit filer le temps mollement, sans emballement. Sa rencontre avec la jolie italienne Stefania bouleverse sa léthargie, pimente son quotidien par des aller-retour entre Turin et Paris, bref il n'est pas follement amoureux de cette jeune femme mais il savoure le temps passé auprès d'elle. Quand la belle lui annonce être enceinte, c'est un coup de massue sur la tête. Jamais l'homme n'avait envisagé d'être père, et aussitôt il est saisi d'angoisses, de rejet et de réflexions mesquines envers cette grossesse subie.

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Dans ce livre, Philippe Vilain exprime le point de vue masculin d'un couple qui attend un enfant. Souvent ce sujet est abordé d'après la femme, Faux-Père apporte un regard différent, moins versé dans le sentiment. Cet homme refuse l'enfant à naître mais n'arrive pas à l'exprimer ni à évoquer l'avortement. En face de lui, Stefania s'épanouit, inconsciente et aveugle, naïve aussi. C'est dans son Journal que l'homme fait part de ses doutes et nombreuses questions. Il n'est pas tendre, emploie des termes virulents ("Cet enfant que Stefania attendait, qu'elle avait décidé seule de se faire faire, ne me concernait pas. Pouvais-je considérer ce viol comme une preuve d'amour ?"). Bref, il est embarqué dans une espèce de mascarade, il joue un rôle - selon lui - mais ne sait pas jusqu'où tout ceci va le conduire.

Philippe Vilain est un auteur que j'apprécie beaucoup (Paris, l'après-midi ; L'été à Dresde). Il aborde avec Faux-Père tout ce qui oppose l'homme et la femme dans leur désir d'enfant. Le sujet est glissant, le type goujat et la fille assez cruche, mais le classicisme de la situation pourra opérer son attrait.

Faux-père

Grasset, septembre 2008 - 112 pages - 11,90€

Lire le début 

 

 

L'été, le critique littéraire est plus que jamais à la peine. Pas moyen de s'abandonner aux délices de ses voisins de piscine ou de serviette de plage. Au lieu de se plonger comme tout le monde dans Millenium ou le dernier Fred Vargas, il doit se coltiner un des 681 romans ( ou 652, je ne sais plus ) de la rentrée littéraire. Cette année, j'ai décidé de faire l'impasse: je suis moi-même très occupée à écrire. J'ai donc demandé à ma toujours pétulante complice Anne Eveillard de me donner, en avant-première, son coup de cœur de la rentrée. Dans un Saint-Germain des Prés transformé en désert par la précoce transhumance de tout le petit monde parisien de l'écriture vers l'île de Ré, la Corse et le Lubéron, on se retrouve dans la cour au charme provincial de L'Hôtel de l'Abbaye. Anne est si enthousiaste que je me laisse tranquillement envoûter par le charme étrange et cruel du « Faux-Père » de Philippe Vilain. Vendu ! Quand je quitterai mon ordi pour ma chaise longue, si je ne lis qu'un roman, cet été, ce sera celui-là...

http://www.irenefrain.com/blog_click.php?id=93

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13/09/08

Son absence - Justine Augier

J'ai peiné à lire ce roman, je crois même qu'il s'agit de ma première déception dans cette rentrée littéraire. L'histoire avait de quoi me plaire : un vieil homme né en 1933 à Vienne, devenu écrivain public, est chargé par les proches et la famille d'écrire la vie de l'absent, à partir de photos, journaux, carnets, cassettes, etc. Parmi ses dossiers, il a été happé par le cas d'Aria, une jeune fille portée disparue depuis trois ans. Son portrait ressemble à une peinture idéalisée tant l'écrivain porte aux nues cette femme mystérieuse. Et Aria apparaît alors telle une figure qui voudrait friser la perfection, même si au fond c'était une personne sans cesse sur la corde raide, fragile et sensible. Elle était tombée amoureuse de Raphaël, l'objet de ses désirs. A cherché à toujours remettre en question cette attirance, y travaillant sans cesse, avec soin et beaucoup d'angoisse. Cela a eu raison de sa vulnérabilité... (Je ne sais pas la fin. Mea culpa : j'ai abandonné à la moitié du roman.)

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J'ai vite été déstabilisée par ce récit, par l'écriture très stylisée et par l'image d'Aria qui reste cependant dans le flou. Son étude n'est qu'esthétique, guère profonde. On ne sait rien d'elle, juste de la surface, de la sensation et de l'émotion. C'est peu pour une histoire qui se présente comme l'écriture des restes de vie, cela n'a pas la même vocation. Aria n'est pas touchante, tout juste compliquée. Je n'ai pas su être embarquée par cette histoire, peut-être n'ai-je pas su déceler la beauté derrière cette grande sophistication qui se trouve chez Justine Augier. Cela reste du domaine de la perception personnelle, et là ça ne me parle pas. Ceci n'est que son premier roman, mais l'écrivain promet de peaufiner d'autres histoires pour mieux nous (me) convaincre.

Son absence

Stock, août 2008 - 170 pages - 16,50€

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12/09/08

Dessous, c'est l'enfer - Claire Castillon

L'homme est un âne. C'est ce que nous raconte l'héroïne de Claire Castillon. C'est une jeune femme écrivain, qui est agacée par celui qui partage sa vie. Souvent elle le méprise, lui trouve une tête de grenouille et prend sur elle de ne pas trop le repousser. Mais c'est plus fort qu'elle. Ses efforts sont contrebalancés par ses propres souvenirs d'enfance. Elle était une petite fille coincée entre la vieille et sa mère - une génération de femmes qui a mis à l'honneur de respecter l'homme aimé et de n'être que soumission. On a pourtant bien du mal à y croire, en replongeant dans la bassine des souvenirs de la demoiselle...

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Claire Castillon est folle, oui c'est une vérité entendue. Depuis son premier roman publié (Le Grenier) elle n'a jamais cessé de raconter des histoires tordues, avec des héroïnes amoureuses et fragiles, mais pleines de caractère aussi. C'est une « experte en contes cruels » selon Le Monde des livres ; elle seule est capable de créer un univers sur la corde raide, hanté de personnages proches de la psychopathie. Généralement je ne supporte pas ce qui touche à la démence et aux comportements déséquilibrés dans une histoire, mais Claire Castillon est bien l'une des rares romancières à ne pas m'inspirer ce dégoût.

Toutefois, j'ai eu du mal à entrer dans ce tableau familial acide et féroce : la vieille est grincheuse, le vieux vicieux, la mère égoïste et la petite mal embouchée. Adulte, elle est devenue une jeune femme difficile et pleine de sarcasmes, nourrie d'exemples ayant pour vocation d'humilier les hommes. Elle ne sait pas aimer, voilà tout son héritage ! Elle ne veut plus de l'âne et lui préfère l'homme à la pomme d'Adam, parce que "l'amour ça se fabrique tout entier, alors on choisit bien avant d'aimer le bon".

Derrière cette accumulation de petitesses et autres récriminations, Dessous, c'est l'enfer traite de l'incapacité d'aimer, de la vie de couple, de la maternité, des rapports intergénérationnels et de la vieillesse. C'est franchement hostile à toutes niaiseries, très moqueur aussi. On a du mal à adhérer à toute cette méchanceté, même si l'humour, en surface, sauve un peu les meubles. Est-ce assez ?

Fayard, août 2008 - 230 pages - 17€

Le site de l'auteur : http://www.clairecastillon.com/

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11/09/08

Le chemin des sortilèges - Nathalie Rheims

Ce roman a bien du mal à se résumer, tant il flirte avec l'étrange et les confins du genre fantastique. On connaît le penchant de Nathalie Rheims à peupler ses livres d'esprits et de fantômes, d'apparitions aussi mystiques que troublantes. Qu'on se le dise, son dixième roman est du même acabit et se découvre avec lenteur, perplexité mais de façon non dénuée de charme !

La narratrice s'invite chez Roland, une figure majeure de la psychanalyse qu'elle voyait tous les jeudis matin, à la sortie de l'école. C'est aussi l'homme qui l'a vu naître et qui a tout quitté, il y a dix ans. Abandonné par la mère de cette jeune femme, par son épouse et ses filles, Roland s'est réfugié dans la solitude et habite une maison avec "des vieilles dentelles blanches aux rideaux". Un soir, elle frappe à sa porte.

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Aucune discussion franche ne s'ouvre, l'homme et la femme se font face, avec leurs bagages bien bouclés et bourrés à craquer de secrets. Une méthode douce va être alors employée, pour débloquer ce discours de taiseux : la lecture de contes de fées. Tous les soirs, une main invisible glisse un nouveau livre près du lit de la narratrice (la Belle au bois dormant, Blanche Neige, le Petit Poucet, le Petit Chaperon rouge, etc.). Les passages lus réveillent des souvenirs endormis, car voilà où mène ce travail : accepter ce qu'elle avait occulté, à se réconcilier avec sa mémoire.

"Chaque histoire déposée dans ma chambre était une étape de ce voyage intérieur, chaque livre un caillou blanc semé dans la forêt de l'oubli. Il ne fallait pas chercher à remonter le temps, c'était inutile, mais il fallait avancer, jour après jour, conte après conte."

La fin de l'histoire est assez surprenante. Elle remet à plat les plus fastidieuses interprétations mais éclaire autrement notre vision du livre. Jusqu'alors, le roman avait pour cadre une maison un peu hantée, qui n'est pas sûre d'être réelle, avec un rapport entre la narratrice et ce Roland plutôt spectral. On ne cesse de baigner dans l'impression d'être au beau milieu d'un conte ou un rêve fantasmagorique, pour finalement conclure à suivre le parcours initiatique d'une femme fragile. Mais l'impression est fugace, voire éthérée. On retourne ce livre dans tous les sens, la confusion au bord des lèvres, mais gagné par un sentiment chaleureux et persuasif.

Editions Léo Scheer, août 2008 - 180 pages - 14€

Le site de l'auteur : http://www.nathalierheims.com/spip.php?article28

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08/09/08

L'obligation du sentiment - Philippe Honoré

Jeanne et Louis Maisne forment un couple uni et respecté. Elle gère plusieurs pharmacies, lui est avocat. Ils mènent une vie calme et tranquille, sans une ombre au tableau. Cela va peut-être changer...

Depuis dix ans, leur fils Martin a quitté le foyer sans donner de nouvelles. Aujourd'hui il leur adresse une lettre dans laquelle il propose une entretevue entre deux vols, dans un aéroport. Pourquoi ? Aussitôt Louis a des sueurs froides, c'est sûr, le rejeton tient sa revanche. Que s'est-il passé au moment de son départ, alors que Martin était un ado de quinze ans. Il revient en les accusant, ce n'est pas possible autrement.

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Ce que j'ai apprécié, dès l'ouverture de l'histoire, c'est l'atmosphère qui ressemble à une intrigue policière et qui a donc servi de traitement pour démêler le secret de cette famille. Le procédé est également intelligent, car plusieurs parties composent le récit et apportent ainsi un éclairage sans cesse différent, qui fait presque étendre la responsabilité. La portée du mystère est elle-même assez hallucinante, je n'en dévoile pas la nature mais vous noterez alors combien le titre prend un sens tout à fait percutant.

En somme, j'ai beaucoup aimé ce roman qui a su me captiver, me nouer l'estomac, me mettre k-o aussi. J'étais toute disposée à découvrir ce que cachait cette famille modèle, pour m'apercevoir aussi que les bourreaux et les victimes ont tous des rôles interchangeables. Cette lecture fait froid dans le dos, mais c'est appréciable malgré le malaise qui pointe.

L'obligation du sentiment

Arléa, septembre 2008 - 122 pages - 15€

 

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