22/12/17

L'Héritière, de Melinda Salisbury

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Arrachée à sa famille pour être adoptée par la reine de Lormere, Twylla découvre qu'elle est la nouvelle Daunen incarnée. La jeune fille possède un don - ou un pouvoir - car elle est capable de tuer ceux qu'elle touche. Promise à épouser le prince héritier, Merek, Twylla vit cloîtrée dans sa tour, sous la bonne garde de Dorin et Lief. Lorsque le premier tombe gravement malade, Twylla se retrouve seule face à la nouvelle recrue, venu d'un pays voisin. Lief est charmant, attentif à ses besoins et montre rapidement qu'il n'a pas peur d'elle. Cette promixité va peu à peu fragiliser les remparts derrière lesquels Twylla se calfeutrait, pour également la pousser à envisager autrement sa destinée.

Très, très beau roman ! Déjà par sa couverture magnifique, puis par son univers empreint de sensualité et de mysticisme. J'ai été conquise. Le début de l'histoire peut sembler lent et abscons, avec une héroïne distante et froide, qui vit sous la coupe de sa mère adoptive, totalement soumise à ses desiderata. Twylla est docile et ne porte aucun jugement sur le rôle qu'elle joue à la Cour. On perçoit néanmoins qu'elle va s'épanouir au contact du jeune garde - doux, romantique et séduisant. On en oublierait presque son soupirant attitré, le prince Merek, soudain trop beau pour être honnête ! L'auteur a pourtant encore des tours dans son sac, car la suite n'aura de cesse de surprendre en enchaînant action, émotion et suspense. La deuxième partie du roman est beaucoup plus captivante, les masques tombent, les trahisons pleuvent, les manipulations sont de rigueur, les cartes sont redistribuées. J'ai terminé ma lecture en sursautant et en poussant des cris de stupeur. D'où ma peine au moment de tourner la dernière page - je conçois l'épilogue, sauf que je n'ignore pas l'existence des deux autres romans de la série (The Sin Eater’s Daughter), qui ne seront vraisemblablement pas traduits en VF. Je me sens frustrée de m'arrêter en si bon chemin. Tentez l'aventure, reboostez les ventes et brûlez des cierges pour la suite ! ☺

 

Gallimard jeunesse, 2015 - Trad. Emmanuelle Casse-Castric

 

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16/12/17

Caraval, de Stephanie Garber

caravalSept années durant, Scarlett a écrit au mystérieux maître de Caraval des lettres pleines d'espoir afin de combler les rêves de sa jeune sœur Tella, qui souhaite voir son spectacle de magie sur son île privée. Lorsque Scarlett annonce qu'elle va se marier et tire un trait sur Caraval, elle reçoit une invitation pour participer à une représentation exceptionnelle, en compagnie de son fiancé et de sa sœur. Tella n'hésite pas une seconde et pousse Scarlett à s'échapper de leur prison dorée pour s'offrir cette escapade tant espérée. Leur père gouverne leurs moindres faits et gestes, impose à ses filles des corrections et un mariage arrangé, bref ça ne peut plus durer. C'est avec la complicité d'un charmant marin, Julian, aussi effronté que coquin, que les sœurs se lancent dans l'aventure de leur nouvelle vie. Or, la situation s'envenime dès que Scarlett découvre la disparition de Tella, sitôt le pied posé sur l'île. Seule avec Julian pour l'escorter, elle pénètre dans l'univers de Caraval pour un jeu de piste truffé de faux-semblants et au compte à rebours annoncé (cinq nuits, pas une de plus). En quête d'indices pour remporter le gros lot et sauver sa sœur, Scarlett s'éparpille rapidement entre la peur de l'inconnu, la confiance aveugle et le ravissement de vivre une expérience unique.

Du charme, du suspense, de l'aventure, du romantisme... Caraval se révèle une lecture enthousiasmante et pleine de féerie. J'ai été séduite par l'émerveillement perpétuel que suscite l'histoire, avec ses tours de passe-passe et ses nombreuses illusions pour brouiller les pistes. L'enchantement aurait pu être parfait, s'il ne m'avait pas manqué ce truc indéfinissable qui fait toute la différence. Car, en comparaison de l'ambiance, l'histoire s'avère simpliste et les personnages manquent d'étoffe. C'est mon seul regret envers ce rendez-vous que j'imaginais hypnotisant et romanesque à souhait. L'approche n'en demeure pas moins spectaculaire ! ☺ 

bayard, 2017 - traduction d'Eric Moreau

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15/12/17

Le Livre de Perle, de Timothée de Fombelle

Le livre de Perle

J'avais une petite appréhension au moment d'ouvrir le roman de Timothée de Fombelle, étant donné mon degré d'amour pour ce que l'auteur a coutume d'écrire. J'éprouve toujours un sentiment proche de la peur d'être déçue. Alors j'attends bêtement de vaincre ma trouille, puis je me sermonne d'avoir trop attendu car, franchement, j'ai encore reçu des pages et des pages d'amour tant c'était beau et bon. C'est un roman aux multiples facettes. Un roman avec des tonnes de tiroirs. Un roman qui vous raconte une histoire, laquelle vous en raconte une autre et vous promène encore plus loin vers d'autres horizons. Car c'est un roman magique, qui fait voyager, rêver et sentir battre le cœur toujours plus fort. Un roman qui fait comprendre la vie et ses combats. Une lecture indescriptible pour tout ce qu'elle procure et offre, si ce n'est un grand chant d'amour et de poésie à découvrir sans frémir ! ♥

Vers l'âge de quatorze ans, le narrateur s'est perdu dans la forêt et a rencontré un vieil ermite vivant isolé dans sa cabane. Ce type prétend s'appeler Joshua Perle. Son passé n'appartient qu'à lui, il confie au garçon de rentrer chez lui sans le questionner ni ouvrir l'une de ses précieuses valises qui encombrent le modeste logis. Mais notre ami croyant échapper à la vigilance de son hôte s'arme de son appareil-photo et brave l'interdiction, avant de s'évanouir pour se réveiller au bord d'une route. La suite de l'aventure révèle le fabuleux écheveau tissé autour de la figure légendaire de Joshua Perle - il sera question d'une fée et d'un prince sans royaume, d'une confiserie de guimauves, d'un fils prodige, d'une guerre, de trésors éparpillés, de mythes et de croyances en l'impossible. En gros, ce roman est aussi un hymne à l'imagination et à son pouvoir capable de renverser des montagnes. Ce sont autant de messages subliminaux qui ne pouvaient que me séduire. J'ai donc absorbé tout ça en ressentant un immense feu de joie s'embraser au creux de mon ventre et une totale dévotion à l'égard de cette plume charmeuse et lyrique. Offrez ce livre autour de vous ! C'est de l'amour sans demi-mesure et c'est prodigieux. #iputaspellonyou

Gallimard, 2014 - repris en poche Pôle Fiction, 2017

 

Le livre de Perle Pole fiction

 

Pépite du roman européen 2014.
Prix de la Foire de Brive 2015.

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11/12/17

13 reasons why ►, de Jay Asher - lu par Florine Orphelin & Gauthier Battoue

« J'espère que vous êtes prêts, parce que je vais vous raconter l'histoire de ma vie. Ou plus exactement, la raison pour laquelle elle s'est arrêtée. Et si vous êtes en train d'écouter ces cassettes, c'est que vous êtes l'une de ces raisons. » 

Thirteen reasons why

Hannah Baker a mis fin à ses jours, mais avant de commettre son suicide, elle a tenu à raconter son histoire en s'enregistrant sur des cassettes qu'elle adresse aux différents maillons d'une même chaîne - ils sont donc treize - treize désignés coupables, lesquels par un mot de trop, un geste déplacé, une parole malheureuse, un jugement, un mensonge ou un colportage, ont entraîné le drame que l'on sait. Clay Jensen figure sur cette liste, sauf qu'il ne comprend pas pourquoi. Élève discret, sans histoire, il était fou amoureux de Hannah mais se sentait trop timide pour lui avouer. Peur du regard des autres ou de la déception ? Aujourd'hui, le garçon n'est plus qu'un paquet de larmes et de regrets. C'est donc armé de son walk-man, le casque vissé aux oreilles, qu'il chemine dans la ville, tout en sombrant dans l'amertume, à l'écoute de la confession de la jeune fille. Confession émouvante, injuste et révoltante... mais qui soulève aussi des questions. Et c'est toute la force du roman qui réussit à nous fasciner en nous entraînant dans les dédales de son histoire - cela se lit comme un roman à suspense. La construction est judicieuse, l'intrigue est alimentée sans cesse pour lancer de nouvelles pistes ou créer du mystère. Et pourtant, le malaise aussi nous ronge et prend de l'ampleur à mesure qu'on découvre la spirale infernale, le point de non-retour, la détresse incurable. On se vautre dans la saveur amère du gâchis, et on ressent un profond malaise. La boucle est bouclée. Hannah Baker a gagné son pari de nous hanter.

J'avais déjà lu le roman à sa sortie, en 2010, pour découvrir aujourd'hui qu'il a inspiré une série netflix. Très bonne appréciation, et blablabla. En optant cette fois pour le format audio, je ne pouvais qu'être au plus près de Clay Jensen, en train d'écouter une voix d'outre-tombe, vaincue et dégoûtée par l'emballement frénétique de l'ostracisme adolescent. C'est franchement moche, très dérangeant. Même l'initiative de Hannah Baker me pose un problème de conscience, ce qui est sans doute voulu par l'auteur. Au final, on ressort de cette expérience audio en ressentant un vrai soulagement. On salue la performance des deux lecteurs - Florine Orphelin et Gauthier Battoue - également les voix françaises dans la série. Et on réfléchit à la vie, si précieuse et si fragile... 

©2007 "Thirteen Reasons Why", première publication. Traduction française : Éditions Albin Michel (P)2017 Audiolib, texte lu par Florine Orphelin & Gauthier Battoue (durée : 6h 25)

27/11/17

Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais & lu par Rachel Arditi

songe à la douceurQuand Tatiana, quatorze ans, rencontre le meilleur ami du petit copain de sa sœur, elle tombe immédiatement sous le charme. Eugène a dix-sept ans et incarne le dandy romantique par excellence, avec ses lubies, ses exigences, ses rêves et ses idéaux. Tatiana lui adresse une déclaration enflammée, mais Eugène la repousse. Dix ans vont passer quand les jeunes gens se recroisent par hasard. La jeune fille est troublée, alors que son ancien soupirant se surprend à éprouver du regret et une obsession maladive pour elle.
Croisant ainsi passé et présent, le roman tisse sa toile autour d'une histoire d'amour absolu et de rendez-vous manqué. Le début est captivant, car inattendu et drôle malgré lui, puis la narration nous embarque franchement pour un voyage au long cours, explorant les arcanes de l'amour passionnel, les silences et les non-dits au fil du temps, révélant un drame lointain, cherchant à percer son mystère et analyser ses conséquences. C'est inattendu, mais très bon. J'ai juste ressenti un petit essoufflement à mi-chemin, éprouvant envers Eugène, littéralement bouffé par sa passion dévorante, un certain agacement. Tout chez lui est excessif - ses sautes d'humeur, son impatience, ses conclusions hâtives... Pfiou. En face, Tatiana encaisse avec panache et assume avec classe. J'ai largement préféré son caractère et sa façon d'être.
Globalement, c'est une lecture agréablement surprenante et remarquable pour sa prise de risques - adapter un roman de Pouchkine, écrit en vers, il fallait oser ! Ayant opté pour le format audio, je fais l'impasse sur la mise en page élaborée, mais c'est sans regret car j'ai savouré l'interprétation de Rachel Arditi, qui m'avait déjà totalement emballée avec Les Petites Reines. Son jeu est de nouveau extra ! J'ai eu un plaisir fou à l'écouter et à plonger dans son univers exubérant. En gros, je suis fan. ☺

©2016 Éditions Sarbacane (P)2017 Audiolib

Texte lu par Rachel Arditi - Durée d'écoute : 4h 40

 

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13/11/17

You don't know my name, de Kristen Orlando

You dont know my nameHabituée depuis toujours à masquer la vérité et jouer un rôle de composition, Reagan préserve en fait le secret de sa famille - ses parents sont tous deux membres d'élite d'une branche spéciale de la CIA, les Black Angels. Or, cette vie sans attache et faite de faux-semblants a un goût amer pour l'adolescente, lassée de mentir et de déménager en coupant tout contact avec ses amis. Il n'est pas rare que Reagan laisse entendre qu'une telle carrière ne l'attire guère, au grand dam de ses parents qui croient en son potentiel. Le climat à la maison est donc tendu. L'adolescente se sent incomprise et n'ose pas avouer qu'elle est tombée amoureuse de son voisin car elle a conscience des risques qu'elle fait courir à sa famille. Tiraillée entre cet amour naissant et sa loyauté envers ses parents, leur mission et leur couverture, Reagan perd un peu les pédales, elle s'embrouille avec sa mère, elle trahit son petit copain, puis elle s'enferme dans sa chambre avec ses doutes et ses angoisses. Cellule de crise chez les MacMillan. Seulement, la réalité ne laissera guère de temps aux atermoiements puisqu'une alerte rouge est lancée. Les parents de Reagan sont impliqués dans une prise d'otages qui vire au désastre, leur tête est mise à prix et leur fille court également un grand danger. Et c'est tout aussi soudainement que le roman bascule dans le chaos - action, traque, violence. Et beaucoup d'émotions au compteur.

C'est donc une lecture qui se découvre en deux temps, d'abord l'histoire dresse le portrait d'une adolescente en quête d'elle-même, qui remet en question les choix de ses parents et qui s'interroge sur ses propres désirs, puis la deuxième partie de l'histoire prend une ampleur plus dramatique, avec la mise en place de la filature et l'enquête pour couper l'herbe sous le pied de l'ennemi. On passe ainsi d'une entrée en matière lente et prospective, pour chavirer sur une exécution brutale et riche en sensations fortes. C'est plutôt déconcertant, car inégal, ce qui m'a d'ailleurs assez peu convaincue. La lecture est certes distrayante et entraînante, mais j'avais personnellement d'autres attentes - comme retrouver un roman d'espionnage, façon Nom de code : Digit d'Annabel Monaghan ! ☺

Milan, 2017 - Trad. Marie Cambolieu

 

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Magnetic Island, de Fabrice Colin

MAGNETIC ISLANDSe sentant broyé par une histoire familiale trop lourde pour lui, Cyan noie son désespoir dans l'alcool et est sujet à des crises d'angoisse qui l'ont déjà conduit à l'hôpital. Il faut dire que ça ne manque pas de secrets ni de mystères autour de lui - quatre ans plus tôt, sa sœur jumelle a disparu lors d'une sortie scolaire sur Magnetic Island, pas loin du lieu de tournage du film de leur père. Artus Fisher, célèbre réalisateur, est englué dans cette super production et n'a guère de temps à consacrer à son fils. Son épouse, France, a quitté le foyer pour son avocat et harcèle son ex pour signer les papiers du divorce. L'ambiance à la maison tourne donc en eau de boudin. Rien ne va plus, chacun est replié sur soi, ça gronde à chaque coin de page, et voilà qu'arrive une autre disparition - Divine, l'aînée de la fratrie, n'a plus donné signe de vie depuis cinq jours. La folie obsessionnelle de Cyan reprend de plus belle, son père le pousse à se rendre chez une addictologue, sa mère menace d'alerter la police et le fantôme de Holly refait surface. Ouhlàlà, quelle sombre histoire ! Mais le roman n'en demeure pas moins captivant. J'ai plongé tout de go dans les arcanes de cette intrigue aux nombreux revers familiaux, où les silences pèsent dans la balance et viennent noyer le poisson. On a, de plus, une perception biaisée des enjeux puisque tout est rapporté d'après Cyan, définitivement paumé et carrément désaxé. Le môme est en pleine déroute, il se cherche et cherche aussi la part de vérité parmi les mensonges qui gravitent autour de lui. Certaines révélations auront tout lieu de le désarçonner, par leur violence et leurs conséquences, même si la guérison exige de passer par là. L'atmosphère générale baigne dans le flou, ce qui est parfois déroutant et, malgré tout, enivrant. Car la petite musique du roman est ensorcelante et fait tourner les pages avec avidité pour connaître le dénouement. C'est cependant moins léger que dans Le pays qui te ressemble où l'auteur s'éclatait à dresser le portrait d'une autre famille dysfonctionnelle. Ici, c'est un roman qui vous happe dans sa bulle, où l'on pressent que tout n'est pas rose ni innocent.
Ce titre figurait parmi les 10 sélectionnés pour le Prix Vendredi, premier prix national de littérature ado, qui a finalement récompensé L'Aube sera grandiose d'Anne-Laure Bondoux.

Albin Michel coll. Litt' - 2017

 

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07/11/17

Lotto Girl, de Georgia Blain

lotto girlRéfugiée dans le désert sous une fausse identité, Fern attend qu'on vienne l'exfiltrer. Car Fern est en réalité une ancienne “lotto girl” - une fille au profil génétique haut de gamme. Son sort a été joué à la loterie, du fait des revenus trop modestes de ses parents, qui visaient un avenir meilleur pour leur progéniture. Dès l'âge de cinq ans, Fern a donc rejoint l'institut Halston dirigé par la société BioPerfect pour y suivre une éducation de qualité. Elle y rencontre Lark, Ivy et Wren, également des lotto girls, et est chaperonnée par une gouvernante, Miss Margaret. Fern s'adapte rapidement au rythme des études et comble également toutes les attentes... contrairement à ses camarades, plus en difficulté et rongées par la nostalgie de leur enfance. Le parcours de Fern se découvre au fil des chapitres où s'entrecroisent son présent et son passé. La jeune fille est actuellement réfugiée dans une communauté rudimentaire, où un certain Chimo la prend sous son aile en la traitant de princesse. Fern est cependant sur ses gardes, après avoir été alertée que BioPerfect avait envoyé des espions pour la retrouver coûte que coûte. Et de s'interroger alors sur le cataclysme qui a suscité cette descente en enfer !

J'ai été séduite par cette lecture, dont l'ambiance est hypnotisante à force d'être énigmatique et néanmoins captivante. Rien ne se devine, tout se dessine avec lenteur. J'ai beaucoup aimé, retrouvant dans Halston les esquisses et l'atmosphère de Never let me goFern est une narratrice troublante, pas une rebelle dans l'âme, mais une fille imparfaite, parfois égoïste, et c'est tout à son honneur de ne rien cacher de ses doutes et autres faux pas. Elle est aussi un pion entre les mains des uns et des autres, normal qu'elle repousse farouchement toute forme de contrainte, la privant de son libre-arbitre. Par contre, j'ai été frustrée par le dénouement hâtif et confus. J'aurais préféré une suite, mais Georgia Blain étant décédée en décembre 2016, mes espoirs s'éteignent à leur tour. Je ressens la même amertume que celle inspirée par Version Beta de Rachel Cohen (publié sans suite chez Robert Laffont). Profonds soupirs.

Casterman, 2017 - Trad. Alice Delarbre [Special]

 

 

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02/11/17

Keep me in mind, de Jaime Reed

Keep me in mindGravement blessée à la tête, après une chute accidentelle, Ellia se réveille sur un lit d'hôpital avec une amnésie antérograde. Elle n'a aucun souvenir des deux dernières années écoulées et s'imagine avoir toujours quatorze ans. Elle ignore donc qui Liam, pourtant présent à ses côtés au moment de son accident, et tombe des nues de savoir qu'il est son petit copain.
Or, c'est aussi en cachette de ses parents qu'elle peut le rencontrer - tôt le matin, lors de ses sessions de jogging, ou avec la complicité de sa meilleure amie Stacey. Liam est-il responsable de son état ? Que cache-t-il des événements de ce jour tragique ? Ils étaient ensemble, et puis... ?
Tout est encore embrouillé dans l'esprit de la jeune fille. Elle se sent larguée par les émotions qu'on lui demande de ressentir, et surtout dépassée par les facettes de sa personnalité qu'elle redécouvre au compte-gouttes. 
La Ellia de seize ans ne semble plus lui convenir. 
De son côté, Liam ne désespère pas de reconquérir le cœur de sa dulcinée. Il passe ses soirées à écrire le “roman de leur romance” et nourrit de folles espérances pour raviver la flamme endormie. 
Entre séduction, charme, doute et incompréhension, leur histoire tisse des liens fragiles et néanmoins tenaces. On sent de part et d'autre une volonte d'avancer et de démêler les nœuds d'une relation passionnelle qui aurait été rompue par inadvertance.
Du moins, Liam s'y accroche comme un beau diable. Il a face à lui une adolescente perturbée et en pleine renaissance, mais frustrée parce que son personnage lui échappe. Elle cherche aussi à combler les zones floues de son accident, de percer les relations conflictuelles avec ses parents, de (re)tomber amoureuse de son petit ami impatient et d'interroger tout court ses sentiments à son sujet.
C'est super attachant, tendre et intrigant à lire. On craque facilement pour Liam dans le rôle du bel intello qui a décroché le pompon en sortant avec la mythique Ellia Dawson et qui est toujours prêt à soulever des montagnes pour la retrouver. Ellia, qui apparaît indécise et distante, est avant tout attentive à ses propres besoins. Elle choisit ainsi de prendre du temps pour se soigner au lieu de se jeter dans les bras du garçon. Et là je dis bravo.
Voilà un roman qui interroge concrètement sur les liens amoureux, les rapports de force, la dépendance affective, les refuges palliatifs, la colère contenue et les histoires de famille désunie. Cependant, l'histoire nous sert également une belle sérénade sentimentale, avec des dialogues justes, des esprits brillants et des personnalités radieuses. 
Une lecture sensible et plus réfléchie qu'on imagine.

La Martinière J., 2017 - Trad. Frédérique Fraisse

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24/10/17

Sœurs sorcières #1, de Jessica Spotswood

Soeurs sorcières 1Cate, Maura et Tess sont sœurs et vivent dans une Nouvelle-Angleterre imaginaire du début du XXe siècle. L'aînée de 17 ans veille scrupuleusement sur ses cadettes, depuis la mort de leur mère, et cherche à préserver leur secret à tout prix. Car les sœurs Cahill sont en fait des sorcières et ont l'obligation de n'en rien dire sous peine d'être envoyées à l'asile sur l'ordre des Frères. Cette congrégation religieuse et autoritaire a formellement interdit toute pratique de la magie et traque la moindre manifestation sans mettre les formes. Autour d'elles, Cate a déjà noté les nombreuses arrestations intempestives et la surveillance accrue que ses sœurs et elle subissent. Elles doivent, par exemple, accepter la présence d'une nouvelle tutrice, Elena, venue directement de l'Ordre des Sœurs. Cette intrusion déplaît fortement à Cate, contrairement à Maura, qui lui voue immédiatement une adoration sans borne. À quelques semaines de sa confirmation, Cate doit également choisir quel sens donner à son avenir - se fiancer à Paul, son ami d'enfance, ou rejoindre l'Ordre des Sœurs et mieux protéger sa famille. Son choix se complique lorsqu'elle découvre l'existence d'une Prophétie, contre laquelle même leur propre mère les mettait en garde, et qui impliquerait trois sœurs, une trahison et un chaos sans précédent. Sans compter son idylle naissante avec le fils des libraires, souvent mis à l'amende pour leurs activités douteuses... 

Récemment repêché dans mes piles des oubliés, ce roman m'a fait un beau pied de nez en se révélant aussi croustillant et enthousiasmant ! Que de temps perdu... oui, je sais. Car j'ai aimé tout ce qu'il m'a servi - des personnages attachants, un univers de magie mystérieux, des secrets de famille, des relations entre sœurs assez puissantes et néanmoins fragiles, des premiers émois qui donnent le sourire, des ombres menaçantes, des faux-semblants, des sacrifices et des passions dévastatrices. Ouhlàlà, c'est franchement palpitant ! Ce serait encore mieux de battre le fer pendant qu'il est chaud en lisant les deux prochains tomes sans plus tarder. Oui, ce serait une chic idée... 

Nathan, 2013 - Trad. Rose-Marie Vassallo

 

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