Qui es-tu, Isabelle Sojfer ? En 2006, déjà tu avais commis un premier recueil intitulé A conserver au frais et je t'avais découverte ainsi, totalement scotchée par ton aplomb et ton indécence jamais honteuse. Tu mettais en scène sur un ton ironique des parodies de contes de fée ou de classiques de la littérature. Et le résultat était désopilant ! Cendrillon n'a pas trouvé chaussure à son pied, par contre elle en collectionne des paires. Le roi Lear est chassé de sa tour capitaliste et devient un vieux fou aigri. Le Père Noël est sérieusement déprimé, le Chaperon rouge a perdu de sa candeur et Poucet a été abandonné au royaume du Bon Marché...
En 2007, tu récidives avec Cent quinze romans-fleuves, un autre recueil d'histoires très courtes, à peine dix lignes au maximum. Cela défile, comme un flash continu, et ça débite des histoires insensées, toujours drôles, cruelles et parfois choquantes. Ce n'est pas la volonté de mousser qui se cache derrière, c'est juste l'envie de débroussailler des idées trop belles et qui correspondrait mieux à cette désinvolture. Tu as trempé ta plume dans l'humour noir, il ne faut pas y voir du mal. J'ai lu quelque part que tes textes courts se veulent saugrenus ou méchants, avec tes victimes préférées : les princesses, les personnages de contes ou de littérature, et même des membres de la famille ou d'anciens amants. Un avant-goût : Robinson Crusoé rencontre Vendredi en surfant sur Internet, les rescapés d'un naufrage tirent au sort pour savoir lequel sera mangé, une jeune femme pond des crottes en vrai chocolat... mais il y a du talent dans chaque page. On croirait un carnet rose, à voir cette délicieuse couverture, laissez-vous berner. Cela me plairait infiniment ! ;o)
Restaurant Le loup n'a pas envie de manger le Petit Chaperon rouge : c'est trop téléphoné, il voudrait se démarquer. Il l'invite à dîner dans un restaurant végétarien. Il commande des haricots blancs, du vin biologique. Il parle de son métier. Il évoque même la psychothérapie grâce à laquelle il a trouvé sa véritable identité. Vers la fin du repas, il tente de poser sa grosse patte poilue sur la main du Petit Chaperon rouge mais la main se dérobe, il se fait tard, demain le Petit Chaperon rouge se lève tôt.
Union La Belle et le prince sont mariés depuis deux mois. Leur union n'est toujours pas consommée. A la Cour, on s'inquiète. On les interroge en privé pour démêler la cause de leur abstinence. C'est la Belle qui se refuse au prince. Elle le trouvait sexy quand il était la Bête, avec ses poils partout.
Trop tard Le loup est marié, il ne laisse pas son numéro de téléphone au Petit Chaperon rouge, c'est toujours lui qui appelle. Il lui fixe des rendez-vous au coin du bois à la tombée de la nuit, il arrive en retard. Parfois même il ne vient pas. Un soir, il trouve un épouvantail revêtu d'une pèlerine rouge, avec un mot épinglé sur le col : "Trop tard ! Je donne ma langue au chat."
Les videurs Cendrillon regrette d'avoir filé comme une voleuse. Rien ne la forçait à partir si tôt. Elle essaye de regagner le bal mais les videurs ne la laissent pas entrer. Elle n'a plus son invitation. Elle a l'air d'une souillon à claudiquer avec une seule chaussure.
Nota Bene : je trouve que A conserver au frais mériterait une deuxième chance en format poche. La personne qui s'occupe de la collection Nouvelles Voix chez Pocket, par exemple, ne pourrait-elle pas faire un petit effort ??? Ou le milieu éditorial est définitivement un royaume inconnu pour moi, ok je sors.
Etudiante en terminale, Rachel a choisi le théâtre, sa grande passion, et les cours de Thomas Bertin, tout jeune professeur qui fait son entrée sur les planches, « pas si grand, la trentaine à peine passée, des allures d'aventurier revenu de toutes les élégances, tout le cheveu blond en tempête, ce type était un immense sourire. » (...) « Ça m'a fait vlan au creux de la poitrine, du chaud aux joues, un picotis partout partout et une bête envie de pleurer... » Rachel tombe amoureuse, même si Thomas reste inacessible, un rêve éveillé et douloureux. C'est son professeur, il vit avec Babette, qui est également son assistante pendant les cours. Elle est belle, n'est pas dupe du charme qui s'opère entre l'élève et l'enseignant. Thomas exerce un attrait, il joue un jeu de séduction dangereuse, il pointe le doigt sur Rachel, cerne chez elle des talents de grande tragédienne. Il va la pousser, lui donner du terreau, arroser la plante et devenir soleil pour faire éclore la plante. Et puis, tout s'arrête. Thomas est victime d'une attaque cérébrale. Les deux femmes amoureuses se font face, comme des tigresses autour d'une proie. Brusquement, les rôles s'inversent. Il faut accompagner le malade, lui redonner confiance, le conduire vers la guérison, et dans le même temps il faut supporter un duel de sourds, panser ses blessures infligées par la jalousie.
La passion amoureuse de Rachel est décrite en des termes exaltés, qui éclatent comme des bulles, là on reconnaît le talent de Michel Quint dont la langue est belle, ronde, chaloupée et volupteuse. C'est une histoire qui ressemble fort à une éducation sentimentale, en plus du drame cornélien. Il n'y a pas que la relation triangulaire entre Rachel, Thomas et Babette. Car Rachel a également un amoureux transi, Kader, qui souffre, qui est jaloux et qui est prêt à tout pour ravir le coeur de la donzelle qui l'ignore. Les passions adolescentes sont maladroites, mais touchantes. Chacun sent l'urgence d'aimer l'autre, même s'il faut passer par du n'importe quoi, de l'exagération et des larmes.
Dans ce court roman de 100 pages, on apprend à se casser les dents, à grandir et à choisir, c'est en somme un roman d'apprentissage où « on a peur et envie de grandir, de l'irrémédiable, où on ne sait pas qui on est mais qu'on veut devenir quelqu'un de bien, de digne, et qu'on se fabrique des faux modèles, et qu'on aime qui on doit pas, qui on peut pas, et qu'on entre, éblouis et terrifiés, dans le bref parcours de la vie ». Et toute l'intrigue se dessine dans les grandes lignes de Cyrano ou d'Hedda Gabbler, ce qui parfois me rappelle un autre roman de Michel Quint, Et mon mal est délicieux, où l'auteur démontre également l'importance du théâtre dans ses livres. De toute façon, il faut tout lire de Michel Quint ! Il est remarquable.
Leslie Plée est l'auteur du blog : http://vuedelaprovince.canalblog.com/ - Une adresse à connaître et découvrir. Cela n'est d'ailleurs pas tombé dans l'oreille d'un sourd puisqu'un éditeur a choisi de publier ses mésaventures de libraire débutante.
Tout commence comme dans un rêve : le début d'une nouvelle vie, dans une ville en Bretagne, un amoureux, un bel appartement, un premier job avec CDI et 35 heures. Leslie a décroché le job de ses rêves, être libraire ! Mais le château de cartes va vite s'écrouler quand elle découvrira qu'en fait il lui faudra juste vendre des livres dans une méga enseigne de produits culturels, avec des étiquettes à scotcher à longueur de journée, des conseils bidons à donner, des commandes à passer sans rien y comprendre, des livres à retourner à cause d'un stock en surnombre puis à recommander à cause d'un stock en sous-effectif ^__^, des opérations monstrueuses sur tel auteur ou telle thématique, des livres et des livres, pas de place pour tout ranger, du matériel qui bidouille... C'est un cauchemar, les collègues sont sympas (enfin, y'a bien ce type à l'humour bizarre), mais les chefs sont des demi-tyrans qui n'accordent aucune pause, qui veulent du chiffre, de la présence, de la compétence, de la motivation, de l'organisation, du zèle. (Au secours !)
Cette BD offre une vision qui dépasse totalement l'idée naïve qu'on peut se faire du métier de libraire, ici c'est un travail à la chaîne, harassant et totalement abrutissant, il n'y a plus d'étincelles, aucune passion... mais ça n'est pas du tout déprimant. Leslie Plée réussit à tourner son expérience pourrie en une succession d'anecdotes dérisoires et humoristiques. Qu'est-ce qu'on rigole ! Je recommande !
Emma, coincée sur son lit de malade, sent que la vie est en train de la quitter. A bout de souffle, et de forces, elle s'adresse à sa fille disparue et lui raconte son parcours, ses choix, sa vie de femme, d'épouse et de mère. Mariée très jeune, mère dans la foulée, Emma a longtemps eu le sentiment de traîner un boulet, alors qu'elle était ivre d'une chose : de liberté. Ivre d'amour, également. D'aventures en aventures, Emma va rencontrer un homme qui lui donnera le coup de pouce pour tout quitter et tout recommencer. Sans un mot, sans une explication, elle va prendre la fuite. Son amour en bandoulière. Abandonner ses enfants. Ni remords, ni regrets.
Emma incarne la femme féminine, sensuelle, animale par excellence. C'est un portrait qui fait sortir les griffes, qui inspire l'admiration ou l'incompréhension, car en tant que mère, elle est à blâmer. Egoïste et amoureuse, tout le temps dans la démesure, incapable de sacrifice, à fond dans ses goûts et ses choix, n'hésitant jamais une seconde, Emma a toujours foncé. Traumatisée par une mère qui n'était pas exemplaire, et l'image du couple usé que renvoyaient ses parents, Emma s'est jurée d'en finir, d'en sortir, de ne jamais abdiquer. Ne jamais plier.
Sa liberté, précieuse et choyée, lui sera longuement reprochée par sa propre fille, la disparue. Il aura fallu que celle-ci soit également à l'article de la mort pour qu'Emma retrouve son amour in extremis, pour que le miracle se produise. Non, elle n'a jamais été maternelle, ce n'est pas un secret. Mais qui sommes-nous pour juger ? Aujourd'hui Emma est en train de mourir, elle ne s'apitoie pas sur son sort, elle lance un regard par-dessus son épaule et elle ne regrette rien. Elle reste toutefois fixée sur le petit caillou rose, symbole de sa relation conflictuelle avec sa fille. Mais impossible de le retrouver. Comme si, de toute façon, il était impossible de renouer avec le passé, de réparer les erreurs. Elles ont été bues et jugées, en somme.
C'est en cela un roman profond, sensible, parfois délicat, qui ne verse jamais dans le pathos. Carole Zalberg reprend le miroir d'une histoire déjà racontée dans La mère horizontale, que je n'ai cependant pas lue. Il doit être très intéressant d'avoir ce jeu des miroirs, de prendre un bout d'histoires et de le revoir sous un autre jour. Le récit d'Emma a su me toucher en même temps qu'il est venu me troubler, la femme en moi est bouleversée par ce portrait d'une féminité pleinement endossée, d'un choix de vie qui ne se discute pas, « le sacrifice, le renoncement au nom de l'amour, au nom de la responsabilité à l'égard de ses enfants, merci bien ». Le titre dit déjà beaucoup, « Et qu'on m'emporte », envie d'aller voir ailleurs, de rêver grand. Pourquoi pas ? N'être femme, après tout.
« Mon western préféré s'appelle Vera Cruz. Il se passe dans une ville mexicaine. Ses deux personnages principaux sont à la fois amis et ennemis. Un cow-boy honnête et courageux. Et un bandit sympathique à la gâchette facile. A la fin, tous les deux, ils s'affrontent en duel. Ce n'est pas le Mexique et il n'y a pas de bandits dans la cour de notre école, mais j'ai repensé à Vera Cruz quand Manu est sorti de la cantine en vociférant dans mes oreilles : - Je vais tellement te défigurer que tu ne te reconnaîtras même pas dans un miroir ! J'ai tiré une réplique de cow-boy pour tonner à mon tour : - Je vais te faire mordre la poussière avant que tu puisses lever le petit doigt ! »
Et dire que tout a commencé par un simple match de foot pendant la récréation... des moqueries à deux balles et deux garçons vexés comme des poux ! Pour ne perdre la face devant les copains, ils se font face et se menacent. On assiste à un combat de coqs - on cherche à s'intimider, on sort des noms d'oiseaux et on rivalise d'imagination avec toutes les promesses de souffrance qu'on va infliger à l'autre.
Les esprits s'échauffent, on se retrousse les manches, le pied trépigne dans la poussière, on pourrait presque entendre la petite musique qui fait grimper le suspense, vous savez, quand les deux adversaires se rejoignent pour le duel. Il ne manque plus que les éperons, le colt et la brindille de paille au coin de la bouche, ok ça fait très image d'Epinal, mais on se croit tellement dans un western qu'on réunit très vite les ingrédients. On oublie tout, l'école, la récréation, les copains... Nous sommes dans un désert aride du Mexique, le duel s'annonce saignant. Mais l'arbitre n'est pas loin... pas mal, l'arbitre ! Totalement inattendu. Et ça va rabaisser le clapet de deux insolents ! Non mais. Est-ce que ce sont des manières de parler ?
Beaucoup aimé ! Cette histoire de bagarre est tournée en dérision, grâce à la comparaison du western. Les garçons perdent complètement pied avec la réalité, ils se font un film et ils ne s'aperçoivent même plus qu'ils deviennent ridicules. Et tout ça pour une histoire de ballon ! ... Une bonne tranche de rigolade pour le lecteur.
La grande bagarre, de Guillaume Guéraud - illustré par Olivier Balez Milan poche, Cadet ~ Eclats de rire, dès 8-9 ans. 4,90€
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Place à la reine de la castagne, Lili. C'est une dure, elle n'a pas froid aux yeux, elle cogne avec la tête dans le ventre de ses adversaires. Les garçons, ça ne lui fait pas peur. Elle tape, elle fonce, elle aime la bagarre.
Son grand-père, un ancien coco inconsolable, ne comprend pas pourquoi sa petite-fille aime taper des poings. Sa mère aussi a abdiqué, elle ne reconnaît plus son enfant. Le papa, lui, est absent... il rentre tard le soir, ou il pédale à vélo pendant des heures.
Un jour à l'école, arrive Aslan. Sa famille vient de Tchétchénie, un pays en guerre, comme le montrent les images violentes à la télé. Parce que la bagarre, oui c'est moche. Et comme le dit le grand-père, mieux vaut avoir des raisons de se battre plutôt que de se battre pour avoir raison.
Il a vu juste, et Lili a compris que la bagarre est surtout utile lorsqu'on l'emploie à bon escient. Aslan et sa famille n'ont pas de papiers et sont menacés d'expulsion. Alors Lili et ses camarades d'école vont manifester, avec un bon slogan.
« La violence, elle peut être dans les mots, Liloutchka, ça peut faire plus mal que les poings. Mais il faut maîtriser son arme pour être efficace. »
J'ai beaucoup aimé les illustrations de Julia Wauters. L'histoire de Rachel Corenblit est plus foutraque. Les coups volent, c'est parfois impressionnant. Et puis on ne cerne pas assez bien pourquoi la petite fille aime autant la baston. On devine qu'elle se sent mal, dans sa famille ça ne rigole pas beaucoup, mais c'est trop flou. Tout juste suggéré. Je ne pense pas qu'un lecteur de 7 ans pourra y cerner la nuance. Par contre le chemin qui conduit à mieux canaliser son énergie et sa colère pour des causes justes est intéressant. Joli portrait de fillette, en contradiction. Et quelques balbutiements pour éveiller une microscopique conscience politique, mais surtout humaniste.
Lili la bagarre, de Rachel Corenblit - illustré par Julia Wauters Rouergue ~ Zig Zag, 6,50€
Rachel Corenblit est également l'auteur de Shalom Salam maintenant ; L'amour vache ; Dix-huit baisers plus un ... (mes avis figurent dans les archives du blog).
Roman-feuilleton où l'on trouvera des recettes, des histoires d'amour et des remèdes de bonne femme.
Au Mexique, dans une ferme située en plein désert, vit une femme, Mama Elena, avec ses trois filles. La benjamine, Tita, est tombée amoureuse de Pedro, mais sa mère rompt les fiançailles, sous prétexte d'une tradition familiale qui veut que la plus jeune fille doit se sacrifier pour veiller sur sa mère jusqu'à sa mort. A la place, Mama Elena donne la main de sa deuxième fille, Rosaura. Pedro accepte de se marier, ce qui brise le coeur de Tita. Le jour des noces, elle apprend qu'il a agi ainsi pour rester proche de sa bien-aimée, car c'est elle, Tita, qu'il aime et nulle autre. Mama Elena n'est pas dupe de cette passion entre les deux amants maudits, et fait tout pour les éloigner. Tita est confinée en cuisine, non pas contre son gré, car la jeune fille a hérité d'un vrai talent, transmis par sa vieille nourrice indienne, Nacha. Elle sent les aliments, leur communique ses émotions, aussi n'est-il pas surprenant de voir Pedro succomber à ses plats et être ensorcelé par cette magie culinaire. « Tita s'insinuait dans le corps de Pedro, voluptueuse, aromatique, chaude, sensuelle. » Les plans de Mama Elena, tyrannique et sans coeur, sont déjoués mais sa colère est décuplée.
Par ce biais, le roman offre un festival de couleurs, d'odeurs, de sensations. Les recettes de cuisine y sont très importantes, totalement fondues dans l'histoire. L'intrigue pourrait paraître sentimentale - l'histoire d'un amour impossible, et également une chronique familiale, sur fond de guerre civile. Ou disons qu'elle est enlevée, chatoyante et pleine de rebondissements. En clair, j'ai adoré ! Le dernier chapitre crée un vraie surprise, qui aurait pu gâcher mon plaisir. En fait, et pour mieux comprendre, ce roman est empreint d'un réalisme magique, ce qui le rend parfois exubérant, détaché du réel et mille fois exaltant (ou exalté).
Au final, un seul adjectif se dégage pour qualifier ce roman : savoureux !
Folio, 2009 - 246 pages - 6,50€ Traduit du l'espagnol (Mexique) par Eduardo Jimenez et Jacques Rémy-Zéphir. Traduction révisée. Préalablement édité par Robert Laffont, en 1991.
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J'en profite pour rappeler la sortie en poche du roman de Carole Martinez, Le Coeur Cousu. Un roman farouche et flamboyant, qui raconte une fresque familiale dans l'Espagne des années 30. Au centre, Soledad raconte l'histoire de sa mère, Frasquita, qui a hérité des dons de guérisseuse de sa propre mère. Chacun de ses six enfants possède lui aussi un don surnaturel. Le destin va les entraîner dans des aventures qui les conduiront, après une traversée d'Espagne, jusqu'au Maroc. J'en parlais longuement ici.
A New York, dans une casse automobile, un journaliste surprend un étrange rendez-vous entre des individus qui pratiquent de la magie noire. Le lendemain, Craig Haskell est retrouvé mort au volant de son véhicule. Les inspecteurs Trevor Meredith et Bob Single sont sur l'enquête, laquelle les conduit au 1 Montague Street où réside Ebezener Graymes, un professeur de démonologie et traditions anciennes à l'université de Columbia. Ce poste est en fait une couverture, car l'homme en macfarlane et au chapeau à large bord, aussi inquiétant par son look que par ses connaissances intellectuelles, est un Chasseur Noir. Il est en ville pour reprendre le rôle de régulateur, celui qui fait le ménage et la loi parmi les forces occultes. Car c'est bien de sorcellerie, de magie noire et de démons dont il est question ! Des meurtres sont commis de façon anormalement rapprochée, le maire Mike Donaldson a été frappé d'un mal soudain, son épouse accuse le trop célèbre Philozoar Reles de l'avoir envoûté pour une affaire de gros sous. Plus qu'un simple roman noir, fascinant et fantastique, c'est aussi une enquête criminelle, bien ficelée, où les combats contre les Blêmes, pauvres créatures démoniaques, rivalisent avec les courses à perdre haleine dans une circulation bouchée. « New York est une ville dangereuse. Seul le diable y danse, et il a de grands pieds... » Je ne sais pas si d'autres livres sont prévus à la suite de celui-ci, personnellement je l'espère car le personnage d'Ebenezer Graymes est singulier, superbement fascinant. L'ambiance occulte mériterait d'être encore plus poussée, plus triturée pour offrir un roman encore plus épais, plus étourdissant, où les méninges des policiers font communion avec la dangereuse lame de l'épée du Chasseur Noir pour faire la loi dans cette cité où la sorcellerie hante le monde quotidien, sans que personne s'en aperçoive. Très excitant !
En seulement 116 pages, cet ouvrage est décrit par l'auteur comme un jeu littéraire et un jeu de l'esprit. C'est dans cette optique que je l'envisage, pas autrement ! Peut-on s'imaginer que la mort mystérieuse de Gérard de Nerval allait trouver sa réponse dans ces quelques feuillets ? Avant d'y répondre, j'aimerais que vous repreniez la lecture des Portes du sommeil du même Fabrice Bourland, où l'on découvre ses détectives de l'étrange, Singleton en tête, de passage à Paris pour une autre affaire criminelle, et qui ambitionnait de résoudre le mystère Nerval. Le poète français a été retrouvé pendu à un soupirail, rue de la Vieille-Lanterne, quatre-vingt ans plus tôt. Ses proches amis sont contre l'hypothèse d'un suicide, l'affaire serait plus confidentielle et dépasserait les limites de l'entendement. Bon joueur, Bourland a choisi de griffonner un ouvrage à part pour l'énigme Nerval. Très bon choix de créer une mise en scène fidèle et époustouflante ! Pour faire simple, et sans trop dévoiler, on y trouve un bon ami narrateur, Randolph, et un fin limier qui ne compte plus ses exploits, le chevalier Dupin. A Paris, au milieu du 19ème siècle, nos deux compères vont enquêter sur la disparition du poète Nerval. La théorie rapportée est extravagante, mais l'histoire en elle-même est bien troussée, décrivant fidèlement une ville en pleine évolution, avec des personnages qui ne manquent ni de panache ni d'intelligence. On se laisse gagner par l'entrain, totalement transporté par ce voyage dans le temps. Et jusqu'à la dernière page, les révélations ne manquent pas et soulèvent un gentil sourire sur les lèvres du lecteur. Agréable divertissement, et un joli hommage à la littérature en général (on y trouve, en plus des références, des clins d'oeil culottés mais pertinents). J'ai beaucoup aimé, bien évidemment.
Richard, sans peur et sans reproche, a un coeur de lion et une épée de plastique baptisée Turendor. Richard est un petit garçon qui sème la terreur dans le jardin. C'est lui le plus fort, du moins le pense-t-il jusqu'à sa rencontre avec Marie.
Marie est une demoiselle calme, posée et qui n'aime pas les jeux bruyants. D'accord pour être amie avec Richard, devenu coeur d'artichaut, mais pas d'accord pour jouer au grand chef ou chercher la bagarre. Avec elle, c'est sans l'épée, sinon rien.
Richard obtempère. Il abandonne Turendor et devient doux comme un agneau. Sauf qu'un mini drame éclate au bac à sable lorsqu'un affreux serpent surgit sur l'herbe et fait pousser des cris d'horreur à la demoiselle en détresse. Richard le chevalier servant vient à la rescousse !
C'est un texte très drôle, dans lequel on découvre l'exagération typique des jeunes enfants à amplifier leurs jeux ou leurs hantises. Le serpent, par exemple, est un ver de terre. Les créatures et les esprits de la maison et du jardin ne sont que des insectes ou des crottes de chien du voisin. Richard est un petit garçon qui pousse des cris de sauvage, avec des manières bravaches... mais Marie l'accepte comme il est. Car il lui a « sauvé la vie ». Dès 3 ans, pour lecture à voix haute.
Petit chevalier sans peur, de Natalie Zimmermann - illustré par Rémi Saillard Nathan Mes p'tites histoires, 2009 - 5,95€
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Dans la savane, Toriki le petit lièvre sort de son terrier et croque quelques fruits délicieux dans un buisson. C'est la belle vie !
Kouma la grande girafe tend son long cou vers le sommet d'un baobab pour y cueillir les feuilles tendres. Toriki est fasciné, il trouve que la girafe peut embrasser le ciel. Kouma pense au contraire qu'être petit permet de se cacher.
Les deux amis suggèrent alors d'échanger leur taille et se rendent chez Marabout, l'oiseau sorcier de la savane. Ni une ni deux, il accomplit leurs désirs. Au début, chacun savoure la nouveauté mais les ennuis commencent. Le roi des animaux, le lion, surgit et veut croquer nos deux compères.
Ce n'est vraiment pas facile de changer de peau. Toriki et Kouma s'en aperçoivent, mais ce n'est pas trop tard pour trouver une autre solution, mieux appropriée !
Cette histoire a été testée à deux voix par une institutrice et des enfants de CP, le niveau de lecture facile correspond aux acquis de janvier à juin. Nous sommes à mi-chemin entre la BD et le roman. On y trouve un texte d'un narrateur complice et des bulles qui expriment ce que pensent les personnages.
L'histoire est une belle fable sur l'acceptation de soi, avec des héros attachants, et de jolies illustrations. Dès 5-6 ans.
Que la vie est belle ! de René Gouichoux - illustré par Mylène Rigaudie Nathan Poche, 2009/ 5,35€
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Et on termine avec un conte, pour les plus grands.
Et quelle belle surprise ! C'est l'histoire d'un village gardé par le feu de la petite lanterne, confié depuis des temps anciens avec cette mise en garde : La lumière ne vient pas seulement du ciel, alors entretenez-la. Mais les habitants ont un peu oublié ces mots gravés dans la pierre, et un soir le feu a disparu, dérobé par un dragon qui vit dans les montagnes.
Tina, une orpheline de huit ans, qui vit avec son grand-père, détient la clef pour récupérer le feu de la lanterne. Elle va rencontrer la fée Zélie, puis un mystérieux voyageur de passage... Erin.
« si les coeurs comme les gâteaux étaient fabriqués dans des fours, les leurs viendraient très certainement du même moule. Car ils percevaient tous les deux les mots cachés dans les chuchotis, et leurs regards étincelaient d'une même flamme vive ! »
D'autres péripéties attendent ce garçon courageux et la petite fille qui écoute les vents du ciel... Ce texte se veut une apologie à la sensibilité, il faut écouter son coeur, apprendre aussi à écouter la nature. L'histoire fonctionne par imagerie, comme celle de marteler cette rengaine : il faut toujours entretenir la flamme.
« C'est quand on croit que les choses nous appartiennent que souvent elles nous échappent. La patience, l'amour et l'humilité doivent s'entretenir tous les jours. Ce sont comme des petites pousses. »
Un très beau conte, plein de poésie. Chaudement recommandé ! Dès 7 ans.
Le feu de la toute petite lanterne, de Kochka - illustré par Nicolas Duffaut Nathan poche contes, 2009 - 4,90€
Pour l'achat de 2 titres de la sélection Nathan Poche*, Fnac.com vous offre un troisième volume choisi par nos soins parmi les 4 titres suivants : Croc-Blanc de Jack London, Calamity Mamie fait du sport de Arnaud Alméras, Nico T7 Maudit Mardi gras de Hubert Ben Kemoun, Les Orphelins Baudelaire T1 Tout commence mal de Lemony Snicket *Un seul par commande, ajouté automatiquement à votre colis, dans la limite des stocks disponibles.
le billet d'aujourd'hui soulagera tous ceux pour qui le manga ne passera jamais par eux (bienheureux lecteurs !) parce que moi je suis toujours accro !!! voici d'abord un peu de musique, cela adoucit les moeurs !
Ma petite maîtresse, tome 3
L'histoire est creuse, c'est à la base une liaison amoureuse entre une jeune fille un peu cruche et son chef de travail, qui était son ancien domestique. Dans ce tome, Dômoto apparaît franchement pervers et obsédé. Il ne pense qu'à une chose : conclure avec la demoiselle (et faire admirer son slip de compétition !). ^__^ Un grand moment d'érotisme s'inscrit au coeur de ce tome, je dis ça mais je ne dis rien... Il faut d'abord passer par quelques passages débiles, mais vraiment drôles, parfois bizarres, comme le chapitre avec le suppo, là j'avoue que c'était implicite, je ne sais pas s'il faut en rire ou faire la grimace. La série vole au ras des pâquerettes, pour l'émotion on repassera car l'ensemble se veut avant tout amusant. Je me méfie de la fin de ce tome 3, qui introduit un nouveau personnage important, jusqu'à maintenant les coups de théâtre ont généralement fait flop. Mais j'attends la suite, j'aime bien les couvertures !
Soleil Production, 6,95€
Le sablier, tomes 6 & 7
Je suis à moitié surprise par l'issue du tome 6, et à vrai dire j'ai l'impression qu'il ne se passe plus grand-chose, que nous sommes plutôt en mode de transition. An et Daigo se sont séparés, la jeune fille a accepté de sortir avec Fuji, mais est-elle prête à faire de son ancien petit ami un souvenir ? Apparemment, non. C'est compliqué, et puis finalement inéluctable. La tonalité de cette histoire est toujours triste et nostalgique, c'est poignant.
«On ne peut pas rester ensemble parce qu'on s'aime... Si on reste ensemble, on sera malheureux...»
Dans le tome 7, il y a un peu plus d'action, tant mieux. Car l'histoire piétine, nous sommes maintenant revenus à l'instant d'intro du tome 1. Rappelez-vous... An fouille ses armoires, un coffret tombe et elle retrouve son sablier. Le temps a donc passé, dans l'intervalle An a revu Daigo et Fuji, et fait le point. Elle a pris conscience que son bonheur est entre d'autres mains. On sait aussi que la jeune femme va bientôt se marier, mais avec qui ? Est-ce possible que toute l'histoire racontée en six tomes ne vaut plus tripette ? Je n'en dis pas plus, juste qu'il y a des passages rageants, des moments frustrants... comme la fin. C'est toujours le brouillard, il n'y a aucun indice ou c'est maigre. Et puis, par expérience, je sais qu'il ne faut pas compter dessus pour se faire un film, à moins d'aller au-devant de grandes déconvenues ! Et quelqu'un manque beaucoup dans cette histoire !
Kana, 6,25€
Koko Debut, tomes 3 & 4
Entre Haruna et Yo, la complicité fait place aux vrais sentiments. La jeune fille s'est aperçue qu'elle était tombée amoureuse de lui, en dépit de la clause du "contrat" qui stipulait que c'était strictement interdit. Car son "coach" a barricadé son coeur, après un gros chagrin, et en a soupé des filles avec leurs histoires compliquées. Il ne s'attendait pas à ce que Haruna perde les pédales à vouloir cacher ses sentiments, et lorsqu'elle craque, la réaction du garçon est étonnante. En effet, l'idylle naissante vaut son pesant de cacahuètes! Il y a d'excellentes scènes, très drôles, dans lesquelles on retrouve une Haruna godiche et nounouille. Ses seuls repères pour avoir l'air d'une fille sont ses lectures de manga à l'eau de rose ! Mais son naturel est craquant, et c'est ce qui rend cette série attachante car l'héroïne est atypique. Et en quelque sorte son personnage se moque du genre shojo et des clichés à la guimauve. Excellent pour rire un bon coup !
Cela fait plusieurs fois que je remarque que les débuts sont un peu poussifs dans chaque tome, puis ça s'installe et ça met à l'aise le lecteur. L'histoire ici est un peu nulle, Noël approche et Haruna s'est engagée à l'organiser toute seule, comme une grande. Elle veut épater Yo, lui offrir des souvenirs inoubliables. Comme à son habitude, la demoiselle s'éparpille, elle est excessive, mais c'est son tempérament. Quelques bonnes scènes rigolotes sont à prévoir. Par contre, cela devient un peu puéril quand Haruna perd ses moyens, après son premier baiser échangé avec Yo. En cela, cette série me paraît davantage destinée à un lectorat adolescent. La relation amoureuse est chaste, elle montre chaque premier pas, toujours très soft, au risque de rendre l'ensemble un peu mou (à la longue ?), mais c'est surtout très drôle ! Et il en faut pour tous les goûts. Dans ce tome 4, Yo m'est aussi apparu un peu trop transparent.
Panini Manga, 6,80€
Lovey Dovey, tome 3
C'est toujours le cafouillage dans les dessins, qui sont exagérément laids et grossiers. Mais c'est dans la pure tradition manga, celle qui veut que les personnages affichent des traits déformés, ou diaboliques, c'est à prendre à la légère. L'histoire n'est pas sensationnelle non plus, dans ce lycée l'amour est interdit, Saika est déléguée pour veiller au respect de la règle, mais elle cache son jeu car elle est amoureuse de Shin, le garçon le plus arrogant et imbu de lui-même. Le couple se cache, joue au chat et à la souris. Il y a des éléments autour pour mettre en péril leur secret, c'est saugrenu, tantôt bêta, tantôt rigolo. A ne pas prendre au sérieux, mais c'est sympa. Si l'esprit reste en surface infantile, le reste est tout de même chargé en sensualité. Donc, à ne pas mettre entre toutes les mains...
Soleil manga, 6,95€
Désir C Max, tome 4
Depuis 3 tomes, cette série n'en finissait plus d'être sordide et inutilement sulfureuse. Ce tome 4 allait donc trancher si j'allais ou non continuer à la lire. Finalement, oui ! C'est une bonne surprise, car enfin l'intrigue se recentre sur le secret familial. Une révélation mortifiante est mise à jour : Mio et Jinnai seraient soeur et frère ! Mio choisit de fuir, tandis que Prince Jinnai la poursuit de ses assiduités. Quand le clash arrive enfin, le couple se sépare pour de bon mais cela n'est pas facile. Réfugiée chez Tomoe, le bon samaritain de son frère, Mio a retrouvé Hinata avec lequel les rapports ne sont pas très nets. Mais Tomoe prétend connaître sa véritable mère et la lui fait rencontrer. Dans le même temps, Mio recroise Jinnai avec qui elle était fâchée. Et comble de tout, une énième révélation fait sensation à la fin du volume ! Qu'on s'en tienne à une histoire de famille et de secret me convient tout à fait ! J'en avais ras-le-bol des liaisons malsaines, des abus sexuels et de l'absence d'affirmation de la jeune fille. Hélas, la frontière reste fragile et on tombe encore facilement dans le glauque. A surveiller.
Panini Manga, 6,80€
Sawako, tome 1
Sawako est victime d'une réputation assez vache qui la fait se sentir seule et misérable. Au lycée, on la traite comme une pestiférée, elle fait peur, avec son teint pâle, ses longs cheveux noirs. Elle rappelle les héroïnes des films d'horreur japonais ! Le garçon le plus populaire, Kazehaya, arrive à décomplexer tout le monde avec son sourire et sa gentillesse. Grâce à lui, la muraille autour de Sawako s'effrite et la jeune fille est émue de reconnaissance. L'idée n'est pas mauvaise, mais trop lisse et pas assez creusée. On se pose trop de questions, y'a-t-il des prémices amoureux, que ressent Kazehaya pour Sawako, et inversement. Et puis l'histoire traîne un peu la patte, c'est lent. Autre souci, côté dialogues, c'est Hiroshima. On se perd facilement, ce n'est pas très clair. Petite réserve, donc, pour ce début de série.
Kana, 4,50€
Living in a happy world, tome 1
Ce manga ne révolutionnera pas le genre, on y retrouve l'histoire d'amour impossible entre un prof et son élève. Mais leur première rencontre a eu lieu sur les pistes enneigées, Kanae était venue se réfugier pour soigner un coeur brisé et Eiji était son moniteur. Déjà ! Ils ignoraient qu'ils allaient se revoir au lycée, et que toute relation était inenvisageable. En plus, il règne une ambiance particulière dans l'école car un prof a déjà été viré et les rumeurs courent au sujet de Kanae, qui est la petite-fille de l'administrateur, et qui porterait donc la responsabilité de ce renvoi. Kanae est une princesse, c'est vrai, mais elle semble bouleversée et perdue. Sa vulnérabilité ne laisse pas Eiji indifférent, et bien évidemment on voit très bien que tous deux ont du mal à contenir leurs sentiments. C'est une série très courte, en deux tomes simplement, de quoi pousser la curiosité jusqu'au bout, car il faut reconnaître que ce shojo est sympathique, pas follement original, un peu trop sage, j'ai envie de dire, mais les dessins sont très beaux.
Soleil Manga, 6,95€
NB : Pour connaître les précédents tomes des séries présentées ci-dessus, veuillez vous reporter aux tags pour davantage d'infos ! ;o)