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Chez Clarabel

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10 janvier 2008

Le strip-tease de la femme invisible - Murielle Renault

strip_tease_femme_invisiblePetite et ronde, Mélanie a quinze ans et rencontre au lycée Fanny, une brindille criblée de piercings, mauvaise élève, mais formidable locomotive pour embarquer les kilos en trop et l'esprit maussade de Mélanie ! Toutes deux deviennent inséparables, et Mélanie sent un brin de confiance enfin la gagner, grâce à un relooking express. Peine perdue ?

A vingt-cinq ans, comme à quinze, Mélanie est toujours trop grosse et n'a pas de petit ami sérieux. Fanny l'incite à fréquenter un site de rencontres pour les femmes rondes, et peut-être Mélanie trouvera là son âme soeur. Qui sait ?

Dix nouvelles années s'écoulent, et Mélanie va se lancer dans une grande aventure : un programme de télé-réalité pour l'aider à perdre du poids et subir une chirurgie plastique. A elle, la vie de sylphide, les régimes drastiques et les calories à compter scrupuleusement. Pour le lecteur, nul doute que ce petit jeu est malsain et fait tomber notre héroïne dans une spirale dangereuse. Ainsi soit-il ?

La quête du poids idéal, l'obsession de l'apparence sont les deux chevrons qui maintiennent la jeune femme dans la course du paraître à tout prix. Assoiffée de reconnaissance, Mélanie a tout tenté auprès de ses proches ou des hommes de sa vie pour y trouver une étincelle de bonheur. Sans cesse, la jeune femme revient à la case Départ, laissant le malaise la ronger.

Cette histoire est donc celle d'un sauve-qui-peut, d'une pauvre fille intelligente, mais qui ne s'accepte pas dans son corps, et c'est la tentative désespérée de décrocher une timbale inaccessible. Ce reflet d'un mal moderne donne un peu la chair de poule, le lecteur en sera quitte pour accompagner Mélanie dans l'escalade vers l'enfer (boulimie et anorexie). Mais au lieu d'être accusateur et moraliste, le livre demeure léger, dévoilant la bêtise humaine (nutritionnistes et psys font chorus pour blâmer sans cesse la jeune femme), l'ineptie d'un programme tv qui cherche à modeler votre image selon un faux-semblant, et la quête absolue et maladive de la minceur. Bien avant de sombrer dans l'amertume, l'histoire se veut enlevée, délicieuse et vous donne le goût d'une tartiflette à faire saliver les papilles !

Le dilettante - 222 pages.  17.00 €  - Couverture : Alice Charbin.

A été lu par Gawou aussi !

Du même auteur, j'ai lu : 

enfin_la_verite

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9 janvier 2008

Aujourd'hui nous parlons de lectures qui ont une

banniere_lectures_de_miss_C

Aujourd'hui nous parlons de lectures qui ont une valeur particulière car elles ont été offertes par des personnes tout à fait extraordinaires - et très chères dans notre coeur.

D'abord, une histoire en chantant, une ritournelle dépaysante et poétique, un conte venu d'ailleurs pour ouvrir les horizons, bref une musique russe pour vous donner des couleurs (des joues toutes roses !) et l'envie de tourbillonner dans la maison !

musique_russeLe fils de l’Ours se marie. La petite renarde, Lissa Ivanovna, est invitée au mariage. Mais, au lieu d’être contente, elle se lamente… Quel cadeau va-t-elle apporter au mariage du fils de l’Ours ?
Ses matriochkas ? Les chevaux de sa troïka ? Son samovar et ses fines tasses à thé ? Le grand vent de la taïga ?

Entendez-vous déjà la poésie des mots ? Très sensible au son, j'ai dégusté cette belle chanson (ou cette histoire en musique) et j'ai fredonné avec la Miss la rengaine ... Emporte-moi, Lissa Ivanovna ! Vasmi miénia.

Un peu de russe, des illustrations follement attachantes, des instruments de musique atypiques (la jaleïka, des gousli, de l’accordéon et de la guitare à sept cordes) et vous obtenez votre billet pour un voyage enchanteur !

Pas bête, ce livre est aussi une approche pour découvrir la culture russe, à travers sa musique. Pour entendre un extrait, cliquez ici .

Une histoire de Claude Helft, racontée par Nathalie Nerval, mise en musique par Bielka, chanteuse russe populaire, et illustrée par Aurélia Fronty.

Merci mille fois Gawou (pour avoir garni la hotte du père noël) !

Gallimard - Mes premières découvertes de la musique. Cd audio de 20 min. A partir de 3 ans (et loin, loin, loin après !!!)

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Découvrons maintenant l'exception qui brise la sacro sainte règle selon laquelle les chats et les chiens ne font pas bon ménage ! ...

flixFlix raconte l'histoire d'un bébé chien qui naît de parents ... chats ! Il va vivre et grandir dans une ville réservée aux chats, mais son oncle (un chien) va lui montrer l'autre côté de la barrière, à Clébardville, où l'enfant ira à l'école et connaîtra une brillante carrière ... même de futur politicien ! Cela permettra ainsi de changer la donne et de bouleverser la carte établie : pour vivre heureux, vivons ensemble.

Cette histoire cocasse, mais qui dénonce l'ineptie de l'étiquette et du catalogage, tout en vilipendant le racisme et la violence qui se manifestent pour se protéger de l'étranger, ou de l'autre qui est différent, est donc une leçon à décrypter dans ses moindres détails (il faut chercher dans les illustrations les points qui font mouche, comme une maman chien qui se promène avec une belle écharpe en peau de chat autour du cou, ou l'esprit délicieusement lubrique, mais caché, du tonton de Flix ! ...).

C'est drôle mais pertinent. Je ne connaissais pas franchement Tomi Ungerer, sauf de réputation, mais Alice a su tracer un portrait  qui donnait envie. C'est le genre d'album qui me fait doucement rire, parce que ses lectures sont multiples, et puis l'esprit n'est pas lisse et semble refuser de tomber dans la facilité. Ce n'est pas un conte moralisateur, c'est bien au contraire facétieux. Et moi, ce mélange des genres, j'adore !

Nous te remercions infiniment, dear Alice, pour ce geste d'une gentillesse colossale !

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Un dernier petit chouchou pour la journée ...

femme_du_bouc_emissaireMaître Shkaf, l'instituteur, n'en peut plus. C'est l'été, il fait trop beau, les enfants refusent de travailler, ils chahutent et ne l'entendent plus, même quand il crie. Et puis, un jour d'orage, Maître Shkaf se met réellement en colère, parce que la classe persécute Michaël. Le maître tonne et menace, mais il voit que les enfants ne comprennent pas pourquoi il est si fâché. Alors il leur dit de sa voix douce et timide habituelle : Je vais vous raconter une histoire de Bouc Emissaire. L'histoire de l'unique Bouc Emissaire du Monde Entier - et de sa femme. C'est quoi, un bouc et misère ? dit Denis. Une histoire pour tous les gens intelligents. Une histoire tellement belle et enthousiasmante que les enfants veulent créer un club de Boucs Emissaires.

(Je reprends là la présentation de l'éditeur, qui est très bonne !)

Depuis longtemps, j'ai lu et savouré les histoires écrites par Agnès Desarthe, dans le domaine adulte pour commencer, et pour la jeunesse ensuite. Pour moi, c'est un régal de drôlerie, de finesse et d'intelligence.

Son histoire du bouc émissaire prend son envol quand le maître d'école pique une colère et propose à ses élèves son anecdote ; plus un bruit dans la classe, à part une mouche qui vole. L'effet est immédiat chez le lecteur (et je conseille encore une fois une lecture orale, tant la collection Mouche est propice à cet exercice !). La présentation du bouc émissaire est poilante, ce monstre d'égoïsme et d'orgueil a tout pour déplaire - bien évidemment, on l'adore ! - et sa petite femme chérie, dévouée et ménagère consciencieuse, n'est pas une petite chose, pâle et insignifiante. Elle dévoilera aussi tout son caractère, son tempérament et son talent !

L'histoire démontre qu'il est préférable de donner du bonheur pour chasser les misères, au lieu de s'enfoncer dans la colère et le défoulement ; à force de rire en lisant cette histoire, on oublie vite de cerner ce qu'est un bouc émissaire pour l'expliquer à l'enfant. Et en fait, on s'en moque complètement !

Et toujours coupable de donner envie, Alice en avait parlé dans un billet global pour présenter l'auteur. Tout comme elle, j'ai eu un vrai coup de coeur !!!

(Pour dire merci, c'est bis repetita ! ... )

8 janvier 2008

Biographie d'un inconnu - Fabrice Humbert

biographie« S'il me fallait fixer un début à cette histoire, dont les raisons profondes remontent sans doute bien plus loin, j'évoquerais cette marche, à l'aube, un jour de décembre, où le ciel sembla s'écraser sur moi. » Et s'il fallait imprimer une marque à ce roman, c'est bel et bien dans l'esprit de cette première phrase, celle qui ouvre le récit et lui donne toute sa profondeur.

C'est l'histoire de Thomas d'Entragues, quarante-deux ans, écrivaillon pour le compte d'anciens sportifs ou de restaurateurs qui se lancent dans l'autobiographie. Depuis vingt ans, Thomas écrit dans l'ombre, il se glisse dans la peau d'autrui et n'en tire aucune gloire, ni aucun mérite. Il sait qu'il n'est bon qu'à copier la vie des autres, car dans ses tiroirs dort un premier roman fastidieux, qui n'a jamais connu le succès.

Un jour, son éditeur lui demande de rencontrer Victor Dantès, un homme d'affaires au parcours incroyable, qui lui confie aussitôt une mission nébuleuse : écrire sur son fils, Paul Moreira-Dantès. Ce dernier a disparu, il est parti aux Etats-Unis pour adapter au cinéma le roman de Céline, "Voyage au bout de la nuit", mais n'a pas semblé connaître le triomphe escompté. Thomas part sur ses traces, rencontre les hommes et les femmes qui ont croisé le jeune homme, trace un portrait délicat d'un héritier silencieux et indiscernable. Et bien vite, Thomas d'Entragues ressent de la sympathie et une sincère connivence pour ce Paul Dantès.

L'histoire est racontée à la façon d'une enquête littéraire, un suivi pas-à-pas vers une silhouette assez floue. Le portrait qui se dessine n'est pas foncièrement charismatique, car Paul cultive les zones d'ombre aussi précieusement que ses secrets. Mais en bon lecteur, on ne quitte pas le biographe d'Entragues et on va plutôt s'attacher à sa quête de l'impossible, être conquis par ses propres découvertes, laissant de côté l'ange déchu et sa caméra omniprésente.

Le style de Fabrice Humbert dégage un charme hypnotique, mais un peu empâté par moments, ce qui alourdit un tantinet certains passages. Cependant l'ensemble offre une agréable lecture, une méditation claire et concise sur le rôle donné à sa vie, l'importance de l'engagement et la fuite en avant.

Le Passage - 176 pages.  15.00 €

7 janvier 2008

La faute à Mick Jagger - Cyril Montana

la_faute_a_mick_jagger« Il y avait déjà facile trois mois que je me disais qu'il fallait que j'aille la voir, ma mère. Ça fait partie des devoirs d'un fils. Ça m'a retourné le bide quand elle a commencé à me balancer ses histoires de la tête de Mick Jagger qui était entrée dans la sienne et qu'elle souffrait parce qu'elle était plus grosse. Elle m'avait aussi demandé si j'étais bien sûr que c'était elle qui me parlait. Hein dis-moi, c'est moi qui te parle là ou c'est Mick. À moitié accroupi sur mon petit tabouret en plastique bleu, je lui ai répondu que, oui, oui, c'était bien elle. Ah bon d'accord alors. Elle m'avait aussi demandé si je continuais à manger du jambon et si ça ne me semblait pas bizarre de manger l'esprit du cochon. Puis, elle s'était mise à parler toute seule en riant nerveusement. »

Tableau dressé : Simon est un hypersensible de 30 ans, qui encadre de moins en moins la folie de sa mère. Il est seul à supporter ce fardeau, les médecins se déclarent impuissants à la soigner, les hôteliers sont las d'accueillir ses expéditions répétées durant lesquelles elle ruine les baignoires avec ses algues et la gendarmerie a fini de la suivre dans les rues de Niort qu'elle parcourt avec son caddy. La situation n'est pas grave, mais désespérante ! Simon n'en peut plus de faire des allers et retours entre Paris et la province pour récupérer une mère fugueuse et rattraper ses bêtises. Lui-même a déjà fort à faire avec sa propre existence, son histoire d'amour avec Angelica le rendant suffisamment chèvre !

Enfant, Simon a grandi auprès de sa grand-mère, puis de son père, dans des maisons à la campagne où pullulaient des communautés de babas cool qui lui offraient une perspective d'avenir assez flippante. Et puis, un jour, son père a été vaincu par la maladie et Simon s'est de nouveau senti abandonné. Comment grandir, et se construire, entre une mère folle et un père décédé ? Pas facile, aussi Simon tente de piocher des solutions auprès d'un public conquis et rafraîchissant d'espoir - il fait la rencontre de Lucile, spontanée et drôle. Mais à force de « fuir le malheur avant qu'il ne nous trouve », Simon finit par patauger en plein marasme !

L'histoire du bagage héréditaire comme un boulet qu'on traîne toute sa vie est en gros le leitmotiv du roman, Cyril Montana conserve sa verve à briser la stylistique littéraire et n'offre rien de pompeux. Impertinent et culotté, son livre est une leçon de vie, telle une onde amère, où Simon enfant et jeune adulte comprend combien grandir est difficile, en traînant ses chaînes, en cherchant même à les collectionner ! Le sujet est un peu difficile, moins guilleret que les titres précédents (dans Malabar trip, et Carla on my mind), mais le rock'n roll is not dead, comme le prouve Angie qui se gave de saladiers de frites contre un peu d'amour. La lecture est sympathique, attachante parce que Cyril Montana possède une signature reconnaissable entre mille, et pourtant ce p'tit dernier manque un chouia de peps et m'accroche moins que les précédents. Mais n'hésitez pas à découvrir la griffe de cet auteur !

Le dilettante - 222 pages.  17.00 €

J'ai lu et aimé :  (cliquez sur les images pour retrouver mes commentaires)

malabar_trip  carla_on_my_mind

... bah tiens, il est branché, voici son myspace ...

6 janvier 2008

La déclaration - Gemma Malley

la_declarationDans le cadre d'une Angleterre de l'an 2140, l'histoire d'Anna raconte un avenir sombre où l'économie peu florissante a misé sur un programme de Longévité pour permettre à la société une vie éternelle et figée (ceci permettant aussi à la Nature de ne plus puiser dans ses ressources affaiblies). Mais trop de population menace la survie de l'espèce humaine, alors la Déclaration est promulguée et interdit quiconque de procréer (on accorde toutefois un héritier par foyer). S'Affranchir de cette loi est une condamnation à l'emprisonnement, le fruit de cette rebellion aussitôt envoyé dans une pension de Surplus. (Entendez par Surplus, "indésirable" et "impropre" à respirer le même air que tout Légal ! Le seul but dans leur vie est d'être le domestique de la caste supérieure.)

Grange Hall est un bâtiment austère et gris, où il fait vraiment misère de vivre. Il fait partie de ces lieux lugubres où on recueille les enfants des hors-la-loi, et Anna, jeune fille de 15 ans, en est du nombre. Elle ne sait quasiment rien de son passé, mise à part que des Rabatteurs sont venue l'enlever de sa cachette pour vivre son existence de Surplus à Grange Hall. Elle n'avait pas trois ans, alors. Appliquée et consciencieuse, Anna a acquis la certitude que ses parents étaient des égoïstes, que sa place n'est qu'un concours de soumission et de brimades répétées. La directrice, Mrs Pincent, a réussi là un lessivage du cerveau absolument prodigieux.

Puis, débarque un jour Peter, un adolescent récalcitrant, trop âgé pour atterrir à Grange Hall, trop vif et intelligent pour être tombé entre les griffes des troupes des Rabatteurs. Alors, pourquoi est-il dans ce pensionnat ? Il s'approche d'Anna et lui murmure qu'elle est l'enfant désiré de parents aimants, qu'elle porte un nom de famille et qu'elle n'a pas sa place chez les Surplus. Autant de propos qui ne peuvent qu'ébranler une jeune fille résolue de sa pitoyable condition...

Savamment, le roman déroule le fil de son histoire et parvient sans conteste à nous toucher et nous émouvoir. Ceci est une fiction futuriste, et pourtant le récit est truffé d'éléments auxquels on ne peut résister et s'empêcher d'y croire ! C'est bluffant. Cela fait froid dans le dos. Imaginez un monde où l'on peut vivre sans fin, mais au prix de sacrifier la jeunesse. Renier l'importance du renouvellement souligne la profondeur de l'égoïsme et de la bêtise du programme de la Déclaration. Et c'est avec un soupçon de profondeur que s'écrit l'histoire d'Anna, personnage très attachant, qui s'entête avant de comprendre ce que signifient l'endoctrinement et l'amour ! Et puis il y a aussi beaucoup d'émotion, du suspense (un peu de précipitation vers la fin, mais les violons peuvent entreprendre leur mélopée avec passion !). C'est captivant du début à la fin, sensible, inquiétant et intelligent. Une lecture brillante !

Naïve, collection naïveland - 366 pages. Traduit de l'anglais par Nathalie Peronny.  16 €

A été lu par Mélanie aussi !

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5 janvier 2008

Janvier, mois des étrennes ! En poche ! #10

Et des sorties en format poche ... pour tous les goûts ! (Comme d'habitude, je n'évoque que les livres que j'ai personnellement lus !)

Carla on my mind, Cyril Montana : Une nouvelle fois, pas facile d'entrer dans l'histoire de Cyril Montana - on y saute à pieds joints et, instantanément, on se sent largué. Tout comme le héros débonnaire et réfractaire de ce roman. Un jeune parisien, tout ce qu'il y a de plus contemporain et caractéristique à son époque. Débauché et déprimé, speedé et floué, il sort d'une relation mal décatie. La source de son mal : Carla, "moitié beur, moitié italienne. Des grands yeux noirs, un charme incroyable et une tendance très nette à vouloir masquer sa féminité". Ces deux-là s'aiment, mais mal. Leur relation connaît des hauts et des bas, surtout des bas. Et cette fois-ci, la rupture semble franche et durable. Or, pas facile d'avaler la pilule et de consommer l'absence de sa dulcinée. Donc, pour tenter de l'effacer de son disque dur, il entreprend plusieurs magouilles, dont s'inscrire à un club de rencontres sur internet. Mais les cyber-liaisons sont autant d'épisodes cocasses et saugrenus qui peuplent la série de déconfitures qui sont le lot quotidien du jeune héros. Que ce soit au boulot, avec sa colocataire ou au coeur du métro parisien, le narrateur rame sec. Même s'il s'échine à voler des vélos, il n'en sort pas moins qu'il pédale dans la semoule !

Pour la grande littérature, on repassera. "Carla on my mind" équivaut à du pur divertissement, avec un langage et un style très modernes, une tonalité à faire jeune et branché envers et contre tout. Les séquences sexe et drogues côtoient les épisodes d'amertume et déconfiture, à croire que ce soit indissociable. C'est juste ce que je trouve reprochable : la tendance trop facile à parler cru. Pourtant, comme pour "Malabar trip", j'aime beaucoup, je trouve que la lecture est agréable, plaisante et drôle, malgré tout.  * J'ai Lu, 4.20 € *

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fenetre_sur_hudsonUne fenêtre sur l'Hudson, Brian Morton : Nora, une jeune nouvelliste de trente-cinq ans, a cessé d'écrire. Ses textes, inspirés des expériences de ses proches, lui ont valu de se brouiller avec eux. Pourtant, elle ne peut se résoudre à renoncer à sa vocation. Un soir d'insomnie, elle appelle le seul être qui puisse la comprendre : Isaac, l'homme qu'elle a quitté cinq ans auparavant. Ce dernier, photographe, traverse lui aussi une crise : il a perdu l'inspiration. Aussitôt renaît leur ancienne complicité, et avec elle son lot de doutes et de peurs.

Brian Morton vient de signer un roman à la fois simple et prenant. C'est une histoire de sentiments, de rapprochements entre deux êtres qui pensaient être faits l'un pour l'autre. Les obstacles pour leur belle idylle sont d'ordre artistique, ils sont tous deux au pied du mur et l'essor de Nora fait vaciller le statu-quo d'Isaac. Ils sont complices, se croyaient invicibles, et pourtant... une nouvelle peut tout ruiner. S'ajoute aussi la maladie de Billie, la tante de Nora, le dernier pilier de la jeune femme. La perte de celle-ci fait tout voler en éclats, Nora et Isaac se retrouvant soudainement face à face, pour de vrai. Pas facile, même s'ils pensaient bien se connaître, avec le temps. Ce roman est magnifiquement écrit, il y a peu d'élans, beaucoup d'introspection, et une mine d'anecdotes littéraires pour chaque circonstance. Une petite pépite !  * 10-18, 9.30 € *

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les_autres__ferneyLes autres, Alice Ferney : "Personnes susceptibles s'abstenir" était la règle préconisée par ce nouveau jeu de société qu'a offert Niels à son frère Théo, lors de sa soirée d'anniversaire. Sont réunis leur mère, les amis et fiancées. Tous s'engagent dans ce jeu brûlant qui a pour but de délier les langues et mettre à jour les vérités cachées. Que pensent les uns et les autres, les uns sur les autres, les uns des autres ?
Ce roman délie la parole, ouvre la boîte de Pandore. Il est décomposé en trois parties, d'abord on lit les pensées des protagonistes, puis on assiste à la joute verbale, puis on prend le pas du narrateur, de l'auteur qui décrit ce repas suicidaire avec toute l'élégance et la subtilité qui caractérise l'écriture d'Alice Ferney. C'est d'une poésie inqualifiable, tant sur la valeur des sentiments, sur le poids de la maternité et la féminité (thèmes abordés dans le roman).
Au cours de cette soirée, certaines paroles auront été lâchées et ne pourront plus être rattrapées. Les personnages ont tous bien conscience de cet enjeu mais ils foncent tête baissée. Un peu abasourdis, écoeurés, révoltés mais exaltés "d'être avec les mots comme des poissons dans l'eau". Ce roman donne enfin le pouvoir au langage, aux mots et à la langue éclatante et qui s'exprime, se libère. Il ne met pas en péril le sentiment de l'amitié car, après tout, un personnage le souligne : "Sans amitié, pas de confidences ni d'aveux ou de révélations, pas de critique profonde et transparente. En ce sens les amis, pour le bien qu'ils essaient de nous faire, sont aussi cruels que les ennemis qui nous souhaiteraient quelque mal.".
En un mot comme en cent, ce roman est magnifique, tout en grâce et dénuement, et dont le point final sera : "Qui peut croire que les mots servent la vérité ? Qui sait ce qu'ils tranforment vraiment en nous ? Quel est ce pouvoir qu'on leur prête ?". (La réponse est cachée dans ce livre !)    * Babel, 9.50 € *

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aupr_s_de_moiAuprès de moi toujours, Kazuo Ishiguro : Je ne reviens pas sur l'histoire du roman qui doit garder son aura de mystère pour préserver son intérêt. La quatrième de couverture est elle-même judicieusement rédigée : ni peu, ni trop. Le bon dosage ! Donc, de manière plus poussée, j'ai du mal à m'avouer complètement séduite par ce nouveau livre de Kazuo Ishiguro. J'adore cet auteur, je suis admirative de son style et surtout de sa maîtrise à mener son sujet, à ne pas sortir des sentiers battus, à diriger son lecteur en le bichonnant vers une volonté de connaître et tourner la page suivante. C'est du grand art, un grand classicisme déjà prouvé dans ses précédents ouvrages, bref un orfèvre romanesque ! Et "Auprès de moi toujours" est du même acabit : rien à redire.

En fait, j'ai plus été embêtée par le fond du problème, le fond caché de cette histoire. Le pourquoi de ces trois personnages, Kathy, Ruth et Tommy, et leurs années passées dans un centre appelé Hailsham. Au fur et à mesure qu'on en découvre davantage, d'abord on se pose de plus en plus de questions, et lorsque la fin apporte toutes les réponses, j'étais décontenancée, un peu au bord du malaise. Le sujet dont traite Ishiguro ici est très délicat et sensible. Il me rappelle un roman de Philippe Claudel ("J'abandonne"). Donc, à la fois perplexe et émue, j'ai basculé d'un instant à l'autre dans de troublants sentiments. Je ne reproche rien au roman en lui-même, il est excellent. La traduction est assez bonne, à part le titre ("Never let me go" est ici traduit en "Auprès de moi toujours") qui laisse penser à une bluette faussement sentimentale. La portée du roman bouleversera tout lecteur, du moins moi je ne suis pas restée insensible.

Je conseillerai à tout ceux qui aimeraient découvrir ce roman de ne pas chercher à trop connaître son contenu avant de l'ouvrir et donc d'aborder la lecture de manière très neutre. Puis, de mettre un peu de côté les critiques dithyrambiques pêchées dans la presse, le présentant audacieusement comme "un chef d'oeuvre". L'attente au tournant risque de faire mal ! A lire !  * Folio, 7.20 € *

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personnages_desesperesPersonnages désespérés, Paula Fox : Otto et Sophie Brentwood sont un couple marié, d'une quarantaine d'années, habitant un pavillon cossu d'une banlieue bourgeoise, sauf que le spectacle dans la rue oscille par moments à la débauche (vagabonds, vomissures, déchets, etc.). Ils n'ont pas d'enfants mais une mercedes et la collection complète des oeuvres de Goethe. Leur histoire vascille suite à la morsure d'un chat errant, Sophie lui offre de la nourriture, compatissante, le caresse et tente de l'amadouer, en souriant, presque fière d'elle et de son acte de grande humanité, et puis, frappée "de stupeur et d'horreur", elle manque s'écrouler, étouffe un cri... Le chat a planté ses dents dans le dos de la main !

Cette morsure produit un effet cataclysmique dans le couple, révélant fêlures et zones d'ombre. Otto s'est brouillé avec son associé, et ami de longue date, Charlie Russel, pour cause de conservatisme aigu. Sophie repense à son amant, Francis Early, se fâche avec une amie célibataire, reçoit un coup de fil anonyme, peine à se motiver pour traduire un roman français, pense écrire une lettre à sa mère... Trois jours passent, dans un suspense assez morbide : Sophie a-t-elle attrapé la rage par ce chat errant ?

"Personnages désespérés" est un roman solidement construit, aux dialogues incisifs, aux détails permanents dans la prose et la structure du texte. Paula Fox s'attarde sur le couple Bentwood, homme et femme. Même si l'intrigue semble tourner principalement autour de Sophie, l'époux n'est pas mis de côté, il est même un élément incontournable dans l'émergence des drames (si l'on exclut le chat, bien sûr). En trois jours, le couple s'analyse et la fin semble réparatrice, du moins, tout comme le suggère Jonathan Franzen en préface. Pas moins de six à sept lectures hantent l'auteur des "Corrections" qui cherche encore et encore la réponse à toutes ses questions !  * Folio, 6.80 € *

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samediSamedi, Ian McEwan : Cela m'est difficile de le reconnaître, mais je n'ai pas aimé ce nouveau roman de Ian McEwan. Difficile pour moi d'admettre cet échec car j'apprécie beaucoup les histoires de cet écrivain, un auteur que je trouve admirable et dont le talent littéraire est d'emporter son lecteur dans des situations étouffantes et proches du délire obsessionnel... Pour "Samedi", j'ai eu le sentiment qu'il venait d'écrire son "Mrs Dalloway". Or je n'ai jamais aimé ce roman de Virginia Woolf, peinant à suivre les pérégrinations d'une dame élégante dans les rues de Londres... Ian McEwan vient de reproduire mon cauchemar avec son personnage Henry Perowne, un neurochirurgien réputé qui approche de ses cinquante ans et mène une vie merveilleuse : mariage heureux qui dure depuis vingt ans avec Rosalind, la femme qu'il aime et avec qui il a eu deux enfants, Theo, jeune musicien talentueux, et Daisy qui rentre de Paris suite à la prochaine publication de son recueil de poèmes. Ce samedi, il se réveille quelques heures avant l'aube et aperçoit par la fenêtre un avion en feu. Des bouffées d'angoisse le prennent, nous sommes en février 2003, les spectres du terrorisme sont dans les rues de toutes les capitales du monde.

Le roman raconte donc une journée dans la vie d'Henry Perowne, le 15 février 2003, plus exactement, un samedi comme les autres : câlins dans le lit conjugal, partie de squash avec un confrère anesthésiste, courses dans les beaux quartiers, visite à sa vieille mère dans un hospice de la banlieue et dîner en famille. Puis les clashes surgissent : un avion en feu, une manifestation contre la guerre en Irak, un banal accrochage et la violence qui s'introduit dans son foyer protégé. "Henry aura beau tenter de reprendre le fil de sa journée, ses vieux démons et le chaos du monde le rattraperont sans cesse durant ces vingt-quatre heures, au terme desquelles plus rien ne sera jamais comme avant." (quatrième de couverture).

Il faut attendre longtemps avant que ne surgisse l'action capitale, d'où mon amertume. En attendant, les nerfs sont mis à rude épreuve, on attend beaucoup, et on espére autant. J'ai donc une certaine déception avec ce roman, partout qualifié comme étant l'oeuvre où "le romancier parvient à la plénitude de son talent". La qualité est effectivement incomparable, mais l'intérêt lui se fait un peu mousser... Juste un peu dommage.   * Folio, 7.70 € *

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une_promesseUne promesse, Sorj Chalandon : Une maison en Mayenne, apparemment vide, silencieuse et inhabitée, reçoit la visite de sept personnes qui viennent à tour de rôle pour ouvrir les volets, dresser la table, mettre des fleurs, remonter l'horloge, lire de la poésie à haute voix, etc. Cette maison est celle de Fauvette et Etienne. Ce sont les deux âmes sombres du lieu, maintenues présentes par la lampe et les visites. Les mois passant, la promesse faite par les sept amis commence à peser. Le mystère doit s'éclaircir et la parole donnée doit être revue, analysée, corrigée... oubliée ? Pour faire le point, chacun y va donc de sa petite histoire, qui seule suffira à maintenir en vie le souffle des disparus. Tel est donc le propos de ce deuxième roman de Sorj Chalandon, auteur du "Petit Bonzi". C'est une histoire à la fois émouvante et attendrissante, qui met en lumière les rapports d'amitié et les liens sacrés qu'ont su créer le couple de Fauvette et Etienne avec leurs proches. Les rites qu'accomplissent religieusement les uns et les autres répondent à une exigence secrète, un pacte obscur pour retarder le deuil. D'un côté, on pense à des personnages spectraux, d'un autre on lit l'hymne d'une prodigieuse amitié et d'un amour éternel. Ce roman est un mélange bouleversant entre le beau, le sacré mais aussi la maladresse. Il y a, à certains égards, quelques moments d'étrangeté qui pénalisent le lecteur à être pleinement touché, mais "Une promesse" reste un joli roman...  * Le livre de poche, 5.50 € *  Prix Médicis 2006.

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puisque_rien_ne_durePuisque rien ne dure, Laurence Tardieu : Un couple se retrouve après quinze ans de séparation, provoquée par la disparition de Clara. L'amour de Vincent et Geneviève était lié par leur enfant, mais en partant cette dernière a tout emporté... Le roman est un message pudique du drame causé par la perte d'un enfant, qui ravage tout. A chacun sa façon de surmonter cette épreuve, à sa manière Laurence Tardieu a su imposer un style simple, bouleversant et sans pathos, même si le sujet flirte bien souvent avec les cordes sensibles. Le thème de la maternité et de la perte de son enfant avait été abordé dans le deuxième roman de l'auteur, "le jugement de Léa". "Puisque rien ne dure" affronte plus franchement les zones d'ombre et de lumière, place le lecteur à la place des personnages. De prime abord sombre, mais jamais mélo, le roman se termine sur quelques notes de poésie fort appréciables. A parcourir, sans retenue.  * Le livre de poche, 4.50 € *

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Café Viennois, Michèle Halberstadt : Frieda convie sa fille Clara à la suivre dans son périple qui la ramène à Vienne, une ville qu'elle a quittée avec sa famille en 1938, pour échapper aux persécutions antisémites. C'est pour Frieda un retour rempli d'émotions, de tourbillons pour cette femme dont la joie de vivre ne cesse d'étonner la fille. Cette dernière, plus morose, laisse supposer qu'elle traverse une période sombre et mélancolique.
On le découvre sur le tard, après avoir deviné qu'un mal la rongeait, que ce voyage à Vienne allait également la bousculer et lui donner une autre conscience de son identité, de son appartenance à une société.

"Café viennois" est un roman composé de plusieurs morceaux d'histoire : celle de Frieda qui revient à Vienne, celle où Frieda se rappelle son départ précipité en 1938 et les années d'errance pour fuir les nazis, puis celle de Clara, minée et désespérée, qui effectuera seule une nouvelle escapade à Vienne sur les traces du film avec Orson Welles, "Le treizième homme".
Ce roman est une bonbonne à échos, tant de voix se lancent, racontent leurs anecdotes et se culbutent entre elles. La construction est impeccable et rigoureuse. De plus, Michèle Halberstadt a su demeurer très sobre et pudique, au-delà de l'étalage du faste un peu baroque de la capitale autrichienne. On perçoit très bien les failles des façades de rêve, c'est d'ailleurs une peinture de Vienne dessinée sans oeillères : "Vienne majestueuse, baroque, crépusculaire, mais aussi coquette, insouciante, frivole. Vienne indécise, influençable, provinciale, étriquée et mesquine. Vienne exaltée, romanesque, excessive et fatale". Vienne aux deux visages, étalée sans concessions de la part de cette femme non pas remplie de rancoeur ou d'amertume, mais réaliste et désabusée.
Le ton du roman a parfois tendance à frôler le laconisme avant de se ressaisir, et offre des chapitres sur les souvenirs d'une Frieda adolescente fort touchants et captivants. Il y a aussi un goût pour la cuisine viennoise, à travers son chocolat et sa pâtisserie à déguster chez Demel. Oui, on s'y croit, l'eau nous vient à la bouche !
Bref, ce roman est un beau moment de lecture, plutôt agréable, même s'il a tendance à s'éparpiller et emprunter plusieurs directions. J'en garde le souvenir d'avoir lu de très bons passages.   * Le livre de poche, 5.50 € *

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n_attendez_pas_trop_longtempsN'attendez pas trop longtemps, Agnès Marietta : Lors de sa sortie, ce roman avait été poussé par des éloges de la presse, le comparant au roman d'Anna Gavalda "Ensemble c'est tout". C'est autour d'une maison à vendre dans le Vexin que quatre personnes vont se rencontrer, se connaître et voir leurs petites existences évoluer, trembler, bref prendre un nouveau tournant. François Delbreuve est le propriétaire d'une maison qu'il ne souhaite pas céder à n'importe qui et réserve l'exclusivité de la vente à un agent immobilier, Jacques Verniot. Celui-ci est marié à Michèle, ils ont deux filles et la visite de la maison dans le Vexin le bouleverse - c'est la maison de ses rêves ! Clara Miniot, romancière à succès, est la première potentielle acheteuse de la maison. Elle est célibataire, mère d'un grand garçon qui la désespère par son aspect trop conventionnel. La maison dans le Vexin n'est pas son coup de coeur, en fait elle est plutôt troublée par sa rencontre avec Verniot. Puis, débarque en grandes pompes Nathie Desmarets, mariée avec des enfants, un peu débordée par sa vie, entre trop travailler et ne plus travailler... c'est une femme qui a besoin d'événementiel, de "poésie" !

La maison dans le Vexin cristallise tous les désirs cachés des uns et des autres. Elle devient un catalyseur de sentiments enfouis qui doivent, comme par enchantement, exploser et voir le jour. Ce roman, tant comparé à celui d'Anna Gavalda, n'a finalement en comparaison de procurer un bien gentil plaisir de lecture. Je n'ai pas trouvé dans celui d'Agnès Marietta ces dialogues qui font mouche, ce style alerte, faussement simple et percutant. C'est honnêtement une belle histoire, même si les personnages sont un tantinet bêtas (je pense au couple de Jacques et Clara). Certains noeuds se défont un peu trop vite à mon goût. Mais l'ensemble est très agréable à lire, cela fait rêver à un coin de campagne mais ne me porte pas non plus à tout lâcher pour vivre l'aventure. "N'attendez pas trop longtemps" est un roman plaisant et attachant dans lequel on peut y trouver sa place, mais il a aussi certains aspects agaçants et décevants si l'on s'entête à le comparer à un autre. Bref, mettez tout de côté et lisez-le pour vos vacances !  * Pocket,  6.30 € *

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A perte de vue, Amanda Eyre Ward : Trois soeurs grandissent dans la petite ville de Holt, près de New York, en se serrant les coudes. Leur vie de famille n'est pas rose : le père boit et la mère a perdu tout sens de la réalité en planant à dix mille pieds. Un jour, elles décident de changer de vie et font le projet de fuguer vers le sud. Cependant, au moment de partir, Ellie, la plus jeune âgée de cinq ans, disparaît. Seize ans plus tard, Madeline, la cadette, tente de convaincre sa soeur Caroline et leur mère de déclarer la jeune fille morte, pour les besoins d'une autre affaire criminelle. Les deux femmes refusent, elles ont chacune l'espoir de retrouver Ellie. D'ailleurs, leur mère pense avoir retrouvé la trace d'Ellie dans le Montana. Elle supplie Caroline de partir à sa recherche.

"A perte de vue" est un roman où l'on parle d'amour, de drame et de mystères. A partir de la disparition d'une gamine de cinq ans, une famille va apprendre la dissolution et la reconstruction. Deux soeurs, pourtant unies dans leur enfance, vont se séparer et ne plus se comprendre. Leur vie d'adulte est opposée, l'une vit dans un monde de rêves et l'autre est plus pragmatique. Au centre, leur mère tente d'apporter un équilibre familial, jusque là fragile et bancal, mais elle est elle-même terriblement dévastée. La disparition d'Ellie est restée une plaie béante, un mystère, un drame secret, qu'il faut soit étouffer et ne plus évoquer, soit entretenir pour ne pas oublier. Ce roman est une leçon d'espoir, d'espérance. L'héroïne principale, Caroline (on suit longtemps ses monologues) est une attachante célibataire de 32 ans, qui cherche également à fonder sa propre vie, sur les décombres du passé familial. Roman d'apprentissage ou, tel un road-movie, l'histoire va se construire pas à pas, avec des flashbacks, "A perte de vue" est un roman étonnant, accrocheur et construit avec intelligence. Ce livre a été une agréable surprise pour moi, je vous le conseille !  * Pocket, 6.30 € *

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la_voixLa voix, Arnaldur Indridason : Dans un grand hôtel de Reykjavik, le corps du Père Noël a été retrouvé mort poignardé. Cet homme était en fait le portier et portait accessoirement le costume rouge pour le goûter d'enfants organisé par le directeur. Il logeait depuis des années dans un cagibi dans les sous-sols de l'établissement, ne faisait pas de vagues et pourtant son sort semble ne préoccuper personne. Voilà une chose qui intrigue le commissaire Erlendur, s'installant au coeur de l'hôtel pour mieux enquêter, fuyant également l'esprit des fêtes qui galope autour de lui.
Erlendur cherche, questionne, s'interroge. Il découvre que le mort n'était pas celui qu'on pensait, qu'il était une vénération dans sa jeunesse, et que son passé peut donc figurer parmi l'élément clef de son homicide.
Comme toujours, les fouilles d'un autre temps permettent d'alimenter l'intrigue présente. On croise, cette fois, les ombres des sévices entre un père et un fils, un harcèlement moral et une récente enquête sur laquelle travaillent ses collègues et qui fait étrangement écho à ce meurtre inquiétant.

Arnaldur Indridason a été révélé grâce au succès époustouflant de "La femme en vert" et il confirme avec "La voix" son incroyable potentiel à mener son lecteur dans des chemins troubles, boueux et glauques. Sa maîtrise de la trame policière est impressionnante, jamais ennuyeuse car les rebondissements surgissent très facilement. L'intérêt est maintenu du début à la fin. A cela, s'ajoute le charisme des personnages, Erlendur et ses inspecteurs, plus les silhouettes d'Eva Lind, qui tente de surmonter le trauma de la perte de son bébé, et du frère d'Erlendur (un drame dans l'enfance qui continue de hanter le commissaire). C'est en bref un roman noir et policier très haletant, où l'ambiance oppressante côtoie l'opacité des âmes humaines. En étant à la fois sinistre et émouvant, ce genre de roman vous aggrippe pour ne plus vous lâcher avant la dernière page.  * Points policier,  7.50 € *

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Bonnes lectures, amis lecteurs !

22 décembre 2007

Notre chouchoute de l'année 2007 !

L'année fut définitivement divine et idyllique ! ...

Voici deux chansons qui figurent parmi le top 5 de nos préférées !

Elles deviennent - sans conteste - l'hymne de ce blog tout rose ...

Les mots sont, les mots font, les mots disent
Les mots coulent, les mots roulent sur un fil
Moi, je laisse ces microbes, ces missiles
Aux bavards, aux poètes si possible

...

Vous avez saisi c'est fusionnel
L'un a ses idées et l'autre ses ailes
Alors les séparer devient criminel
A se faire incendier sur la grande échelle

21 décembre 2007

Charlotte & Anne Brontë

Dans leur presbytère à Haworth, les enfants Brontë avaient pris goût à l'écriture de petites sagas d'un genre exaltant. Charlotte et Branwell, par exemple, avaient inventé un royaume imaginaire, Angria, d'où l'épisode L'Hôtel Stancliffe a été rédigé vers l'époque 1837-1839.

hotel_stancliffeIl est important de lire la préface pour comprendre le contexte. Angria est en fait un comté divisé en sept provinces, qui a connu un début de soulèvement depuis la tentative d'insurrection d'un ex-allié de Zamorna, actuel roi de Glass Town. Au moment de L'Hôtel Stancliffe, Zamorna a repris le pouvoir, tandis que Northangerland, son gendre et ancien Premier Ministre, vit en exil, il est vieux et malade, ne sort plus de sa propriété campagnarde. L'histoire est racontée par Charles Townshend, jeune dandy cynique et flegmatique.

L'Hôtel Stancliffe est en fait une suite de tableautins, un genre très courant dans les années 1830, et qui donne une impression de successions d'esquisses qu'on lit sur le pouce, sans réelle passion. Je ne témoignerai pas d'un vif intérêt pour ce petit texte inédit, qui aura toutefois le bon goût d'agrémenter ma collection sur les soeurs Brontë. Sans cela, amère déception.

Editions du Rocher - 160 pages. Traduit de l'anglais par Philippe Mikriammos.  16,90 €

A été lu par Lilly aussi !

J'ai aimé ce passage : 

« ... je remarquai les mouvements d'une belle femme qui semblait atendre quelqu'un à la porte du magnifique magasin d'un marchand de tissus, juste en face. Écartant le store vert, je tentai d'attirer son regard en sortant une tabatière en or sous prétexte de prendre une pincée et en exhibant du même geste deux ou trois bagues voyantes dont s'ornait mon aristocratique main. Son oeil fut attiré par le scintillement. Elle me regarda entre une profusion de boucles, brillantes et soyeuses, quoique de l'authentique teinte angrienne. Puis son regard, me quittant, revint à sa robe de soie verte et à ses jolis pieds chaussés de sandales. J'eus l'impression qu'elle avait souri. Qu'elle l'eût fait ou non, je ne manquai pas de lui retourner le compliment par un sourire des plus séduisants. Elle rougit. Encouragé par ce signe de connivence, je lui envoyai un baiser de la main. Avec un petit rire nerveux, elle battit en retraite dans le magasin. Pendant que je m'efforçais vainement de suivre sa silhouette, dont n'était plus visible que le vague contour à l'intérieur de la boutique assombrie par des rubans de soie qui voletaient et des échantillons d'indienne accrochés à la porte, on me toucha le bras. Je me retournai. »

Pour compenser cette frustration, je vous suggère de passer à autre chose. Dans la famille Brontë, je demande la petite soeur Anne et vous encourage la lecture de ce classique méconnu...

agnes_greyAgnes Grey est la cadette d'un couple de pasteur dont les revenus financiers ont été réduits drastiquement, suite à une sombre affaire de déshéritage (à cause d'un mariage entre classes différentes). Le presbytère où la famille demeure est situé au coeur des landes anglaises, dans une petite ville qu'Agnes devra bientôt quitter. En effet, elle décide de devenir gouvernante et part chez une famille, les Bloomfield, qui mettra à rude épreuve sa confiance, sa foi et sa croyance en des préceptes élémentaires (je vous laisse le bonheur de les découvrir !).
L'expérience qui suivra sera un tantinet différente, lui faisant côtoyer un univers plus raffiné, certes, mais hélas pourri en gâteries, effronteries et mesquineries de la part des enfants dont elle a la charge. Fort heureusement, notre Agnes fera vite l'apprentissage des rouages de la vie, auprès de la jeune Rosalie Murray, une jeune et ravissante intrigante, qui cherche à se parfaire dans le mariage (pas de commentaire, c'est l'époque !).
L'existence très ordinaire d'Agnes Grey se veut sans charme et sans attraits, jusqu'à l'apparition du suffragant du pasteur, Mr Weston. C'est sans compter sur la sainte espiéglerie d'Anne Brontë, qui décide savamment que la route pavée vers l'amour est diantrement cahotique !..

Agnes Grey rassemble donc tous les ingrédients délicieusement désuets de ces romans romantiques anglais, qui ont fait la gloire de Jane Austen et des soeurs Brontë. Anne, la moins connue des trois, signe un très pertinent roman avec Agnes Grey empreint d'une ironie mutine, d'une fraîcheur sans égale et d'un ton décalé qui fait plaisir à lire à l'heure actuelle. Plus jamais on ne lit ces accès de pudibonderie, de réserve, de tourmentes intérieuses en proie aux feux de la passion ! Il fut un temps où les jeunes filles rosissaient de confusion, faisaient commerce avec des galants hommes, étaient "rongées par l'affliction, harcelées par l'inquiétude, ou durablement oppressées par des sentiments puissants" et se refugiaient dans la poésie. Un temps où la littérature portait une lettre majuscule, où l'on encensait les sentiments purs, la nature et les vicissitudes de la condition féminine - qu'on soit pauvre ou riche, belle ou laide. Un très, très bon roman, tout en raffinement !

Gallimard, coll. L'Imaginaire. 298 pages. 8,00 €

20 décembre 2007

De quoi se changer les esprits

Quelques emplettes de dernière minute, des suggestions en dernier recours pour des lecteurs impatients et gourmands d'un genre de plus en plus en vogue...

susan_cooperWill Stanton, un enfant de onze ans, voit sa vie bouleversée lorsqu'il découvre qu'il est le dernier né des Grands Anciens, ces immortels au service de la Lumière qui luttent contre les Ténèbres, et qu'il lui faut retrouver les Six Signes de la Lumière pour sauver le monde. Ce livre avait déjà été publié en 2005 et ressort aujourd'hui en même temps que l'adaptation cinématographique  « Les portes du temps » ; il fut par ailleurs édité dans les années 70, rencontrant un énorme succès auprès des lecteurs américains.  « A l'assaut des Ténèbres », connu sous le titre de The Dark is rising, s'inscrit dans une série de cinq tomes (qui n'ont jamais été traduits jusqu'à présent !).

Les ouvrages de Susan Cooper s'alignent à la tradition des histoires de Tolkien ou C.S Lewis (qui furent les professeurs de l'auteur). On pénètre un univers truffé de magie, de fantastique et partagé entre le bien et le mal. Les chevaliers des ténèbres, dont le Cavalier Noir, rappelle ceux du Seigneur des Anneaux. Et plus de nos jours, ce livre pourra également faire penser à la série de Joseph Delaney et son Epouvanteur (on retrouve l'idéologie du septième fils d'un septième fils, par exemple).

L'histoire a de quoi séduire les adolescents férus de ce genre d'action car reconnaissons que le roman de Susan Cooper réunit tous les canons de la littérature fantastique.

Folio junior - 395 pages -   7,00 €  (existe en Hors-Série, pour le prix de 15 €)

Traduit de l'anglais par Philippe Morgaut. A partir de 10 - 11 ans.

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Place à une petite merveille qui a déjà eu le don de me surprendre ! ...

L_alphabet_des_revesDans une grotte de la cité des Morts, vivent Ramin et son jeune frère Babak. Ce sont les descendants d'une famille royale, qui connaissent aujourd'hui l'exil décrété par le roi Phraates. Ramin porte le déguisement d'un adolescent de 14-15 ans et masque sa véritable identité de fille - Mitra - pour subvenir aux besoins de son petit frère. Ce dernier est fragile, mais révèle un don extraordinaire : les rêves prophétiques.

Pensant que cela permettra aux enfants de sortir de leur misère, Ramin accepte de négocier avec Zoya, une vieille commère qui vit également en paria, les capacités de Babak. Mais très vite la jeune fille réalise son erreur et comprend que son frère est prisonnier de sa condition, qu'il est même menacé et qu'il leur faut fuir pour éviter que les Yeux et les Oreilles du roi surprennent ce jeune prodige.

Alors Ramin et Babak rejoignent la caravane du mage Melchior, mais de nouveau le jeune garçon est sollicité pour décrire ses rêves. Babak a parlé d'étoiles, et l'attention du mage a semblé atteindre un intérêt vif et acéré. Le temps sera trop court pour en apprendre davantage, qu'aussitôt Ramin décide de suivre une nouvelle piste pour retrouver son frère aîné Suren, qui a disparu sans laisser de traces. Car le but dans la vie de Ramin - Mitra - est de parvenir à atteindre Palmyre où elle pense retrouver sa famille qui vit là depuis la tentative de renversement du roi orchestrée par leur père.

L'histoire est passionnante, absolument époustouflante, riche en rebondissements, exaltante et dépaysante. L'épopée de Ramin et Babak nous entraîne dans le désert, à une époque lointaine, sur les traces des rois mages - tels qu'on ne les imagine pas un instant ! On est très loin du contexte biblique, ici le roman est brûlant. Il nous raconte le parcours initiatique de deux enfants, plus particulièrement à travers le courage d'une jeune fille qui se déguise en garçon pour passer inaperçue. Tout au long du roman, Mitra n'aura de cesse de douter, de prendre des décisions qui ne sont pas toujours les meilleures. Et en chemin, elle connaîtra aussi ses premiers sentiments amoureux !

Incroyablement surprenant, ce roman de Susan Fletcher se lit d'une traite, guidé par un style entraînant. L'histoire a tout du conte, le lecteur est envoûté du début à la fin. Et pas un instant il ne regrettera le temps passé entre ses pages !

Folio junior - 456 pages. Traduit de l'anglais par Philippe Morgaut. Titre vo : Alphabet of dreams. 7,50 € 

17 décembre 2007

C'est pas que pour les enfants !

La bonne confiture du jour, c'est un mélange de lectures publiées sous l'étiquette jeunesse mais, comme je m'escrime à le dire, ce n'est pas réservé qu'aux enfants ! ... Tout adulte pourra y passer un bel instant, savourant la générosité et la facétie des styles divers.

Alizé apprend un jour par sa mère que son père, qui avait besoin de souffler un peu, était sorti prendre l'air. La petite fille en conclut alors que son père n'est autre que le Vent. Au cours de vacances au bord de la mer, elle tombe amoureuse du moniteur de windsurf et pense ainsi que son destin s'accomplit : la fille du Vent ne peut s'unir qu'à un sublime sportif qui ne manque pas d'air.

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C'est MA découverte et un enchantement profond. Audren aime butiner la planète, découvrir des lieux, comparer des cultures, voyager. Elle aime rompre le train-train quotidien en chantant et en écrivant des romans, des poèmes, des chansons. On l'apprécie pour son univers si particulier, son humour décapant et ses personnages peu ordinaires.
Une bombe terroriste dans un hôtel, une maladie éprouvante, la mort et le danger l’ont quelquefois frôlée. Depuis, elle vit chaque instant comme un bonus de bonheur.  (présentation de l'éditeur l'Ecole des Loisirs)

Son site : http://audrenofficialweb.free.fr/

Dans ce livre, j'ai été enthousiasmée par la petite narratrice de 9 ans qui souffre de l'absence de son papa courant d'air. L'expression est jolie, mais l'enfant a opté de la prendre au pied de la lettre. Peu avant sa naissance, le géniteur a pris la poudre d'escampette, et c'est devenu ainsi Papa Le Vent. Alizé est la fille d'un courant d'air. La fille du vent. C'est ce qu'a dit sa maman. Pour mieux communiquer avec lui, Alizé est convaincue de sentir sa caresse dans le souffle d'une brise, ou de subir sa colère à chaque bourrasque ou rafale de vent.

L'histoire joue  beaucoup sur les images, la poésie et les expressions et donnent lieu à des chapitres savoureux. Il y a aussi énormément de tendresse, de l'humour et il me semble impossible de ne pas s'attacher à cette Alizé, qui se décrit volontairement comme « poète et super-chieuse. A défaut d'être encore la fille du vent, je restais la fille d'avant. »

Extrait :  « Il avait dit à Maman qu'il sortait prendre l'air et qu'il avait besoin de souffler. Ce qui, venant du vent, ne m'étonnait guère. Depuis ce départ, Maman craignait exagérément les courants d'air. Elle se plaignait d'avoir froid à la moindre brise et refusait d'aérer la maison dès que les feuilles des marronniers de notre avenue frémissaient, trahissant ainsi quelques doux zéphyrs. Une épaisse couche de laque fixait en permanence ses cheveux mi-longs, car aucune bourrasque ne devait avoir emprise sur elle. »

Collection Neuf - 53 pages - 7,50 €   * Illustration de couverture : Soledad Bravi *

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Etienne a toujours detesté lire. Mais voilà que ses parents divorcent. Le soir de l'annonce, seul, perdu, enfermé dans le bureau de sa mère, Etienne attrape un livre. Un recueil de nouvelles de Salinger. Etienne plonge dans l'histoire. Il se distrait de la sienne. Il devient curieux des livres, au point d'avoir envie d'en écrire un.

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La narration est étonnante puisqu'elle implique que c'est l'adolescent de 16 ans qui livre son manuscrit entre les mains du lecteur. Se présente alors un mélange d'histoire à raconter et d'apartés à livrer sur la complexité d'écrire un livre, d'inventer et de délivrer des pans de sa vie personnelle.

Le garçon qui ne pouvait pas voir les livres en peinture a une réputation à tenir : celui d'être non lecteur, de détester les livres.  « Que tous ceux qui rabâchent que, pour faire aimer la lecture aux enfants, il suffit de les faire vivre entourés de livres, arrêtent de se raconter des histoires. Moi, j'ai toujours baigné dedans, au point qu'ils ont fini par me noyer. » C'est un peu la faute de son père, lecteur assidu de Dumas qu'il aime à lire et relire une à deux fois par an, et qui a harcelé le garçon pour s'y mettre un jour ou l'autre. Viendra ensuite le divorce de ses parents, et sans relation aucune, la rencontre avec Salinger (puis avec une certaine Cindy).

« J'ai eu envie de lire. Le titre m'avait tiré un sourire : c'était peut-être ma façon de lui être reconnaissant. A la cinquième ligne, il y avait le mot sexe, c'est aussi une raison que je peux avancer pour tenter d'expliquer mon soudain intérêt. »

J'hésite à parler de miraculé de la lecture car ce livre n'en fait pas systématiquement l'apologie. Lisez des livres, vous sauverez votre peau ! Non, c'est une parenthèse ouverte dans la vie d'un adolescent de 16 ans, fils de parents divorcés, qui connaît un réel défoulement dans l'écriture et les mots (petit étalage d'auteurs et de lectures pour dessiner ce parcours du combattant, on y croise aussi bien Dan Brown, Christine Angot, Jane Austen et Shakespeare). Ces observations servent aussi à tracer de balbutiants rapports amoureux, la relation sexuelle et c'est franchement drôle !

Jamais pathétique, ce portrait d'un adolescent d'aujourd'hui est tout sauf celui de l'étendard au nom d'une génération. C'est fin, bien déduit et captivant. On passe joyeusement de la réflexion de l'apprenti écrivain au lecteur malgré lui, au fils manipulé et à l'amoureux dupé. Ce portrait est une bouffée d'oxygène, servi par une écriture originale et qui ne pourra que plaire aux jeunes lecteurs !

Collection Medium - 94 pages - 8 €.   

A lire : l'article de Blandine Longre

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Madeleine Delande est le seul écrivain au monde qui n’écrit qu’avec des gants. Elle enfile une paire de gants en dentelle, de golf, avec un trou, rouges et très longs, et les mots, comme par enchantement, surgissent, grondent, s’emportent, n’en font qu’à leur tête.
Sur ses mains, l’habit fait l’histoire.Il suffit qu’elle porte des gants en dentelle et la jeune Annaig, apprentie dentellière sur son île bretonne au début du xxe siècle, apparaît à sa table d’écriture. Si elle décide d’habiller ses doigts de mitaines en cuir, la passion se déchaîne et un étrange visiteur susurre des phrases brûlantes d’amour à une belle Emma. D’où viennent les mots de cet écrivain ? Quel est son « truc » pour inventer la vie des autres ? Pourquoi les langoustines sont-elles la clé de cette énigme ?
Ce qui est certain, c’est que les costumes de Madeleine n’ont de cesse de la conduire de plus en plus loin...

autobiographie_d_un_fantome

Autour de Madeleine Delande, l'écrivain qui porte des gants, s'inscrivent des histoires toutes plus différentes les unes des autres, et qui prennent leur essence dans la nature du gant ; que ce soit de cuir, en dentelle, de soie ou en nylon, la paire de gants est génératrice d'une magie surprenante. Parfois, l'opération est caduque - mais en règle générale, la productivité est charmante, voir même intriguante.

Ce livre peut se considérer tel un recueil de nouvelles. C'est un ensemble, un filet de courses où on croise des histoires d'amour, l'élixir d'eau sauvage et tout le mystère sur sa fragance incomparable, la lettre de René sur l'exercice de  « que des mots en e, é, è, ê », la pomme de terre d'Irlande et la dentelle qui arrive en Bretagne grâce à Mlle Arabella Hand, la disparition d'Antonio qui désappointe Mlle Zita, et de l'entre-deux au sujet des gants dans l'existence de Madeleine Delande.

« Depuis quelque temps, je n'écris qu'avec des gants ou des mitaines, j'ai inventé un personnage d'écrivain comme ça (pour Autobiographie d'un fantôme), puis ça m'est resté, je choisis les gants qui vont avec l'humeur du moment, je mets aussi des bagues, des bracelets, achetés pour quelques euros, jamais d'or, pas de diamants, mais j'aime que la bague cogne sur la souris, la grosse souris sans fil "Time", ce temps à pile, ou bien ma petite souris qui s'illumine de 7 couleurs sur la mezzanine quand j'écris devant la grande fenêtre. »  sur http://almassyeva.blogspot.com/

Ce livre pourra très facilement séduire les plus grands lecteurs, ceux et celles qui picorent les bons mots, les histoires étranges, le trouble des recueils aux allures chics et folles d'élégance. Ce petit monde d'Eva Almassy a un goût d'extraordinaire, qui casse le lisse et l'attendu, et où se croisent la fantaisie et l'humour. A adopter !  « Adam, gant... et Eve, dentelle. »

Collection Medium - 107 pages - 8,50 €

A lire : l'article d'Angèle Paoli

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