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Chez Clarabel

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22 octobre 2007

Le royaume d'Outrebrume, III. L'héritière d'Outrebrume - M.I. McAllister

Rappel des précédents épisodes :

Par une nuit étoilée, un drôle de bébé écureuil au pelage clair est recueilli sur le rivage de l'Île d'Outrebrume. Baptisé Oursin, le jeune orphelin grandit au milieu des écureuils, loutres, hérissons et taupes qui vivent en paix sur l'île, gouvernés par un roi juste et bon. Cette paix vole soudain en éclats le jour où un capitaine perfide, Bogue, décide de s'emparer de ce royaume prospère et de détourner sa richesse. Puis un drame survient, qui achève de plonger les habitants dans une profonde affliction : Culbute, le prince héritier, est assassiné. Le capitaine Crispin, qui vient de prendre Oursin comme page, est injustement accusé et condamné à l'exil.

Dans le tome 2, un mystérieux navire vient d'aborder l'île d'Outrebrume. La mission des ambassadeurs qui débarquent est de trouver et de ramener l'Ecureuil Marqué dont une ancienne prophétie a annoncé la venue. Tous les habitants de l'île sont dans la fièvre à l'approche du couronnement de Crispin. Mais les préparatifs sont interrompus par l'arrivée inopinée de visiteurs officiels venus d'une île voisine. Et l'on découvre peu de temps après qu'Oursin a été enlevé. Commence alors pour lui une captivité pénible dans une île inhospitalière gouvernée par des fous sanguinaires, et pour ses amis d'Outrebrume, une interminable attente.

Tome 3 :

outrebrume_3Après les dernières palpitantes aventures, les îliens d'Outrebrume sont enchantés de vivre un instant de répit et de fêter le baptême de Chatoune, la fille du couple royal, Crispin et Cèdre. Cependant, ce moment de liesse ne sera qu'une brève parenthèse car de nouveaux raz-de-marée vont ravager le royaume et ses habitants.
D'abord, l'héritière disparaît. Puis une épidémie de typhoïde s'abat sur l'île, et enfin une pluie torrentielle suivie par une marée de boue vont finir d'abattre le moral des Capitaines du Cercle, du roi Crispin et des suivants, Oursin, Finaiguille et compagnie.
Et c'est dans le pire que naît souvent le plus dingue, avec le grondement des rumeurs, des mécontentements et le fait que Bogue, le tyran, soit ressuscité et responsable de tous ces malheurs !

Pour clore la trilogie, l'auteur Margi McAllister a donc décidé de se replier sur le royaume d'Outrebrume où le danger pointe de manière insidieuse. Dans ce tome, on croise les spectres de la folie, la vérité crue et dérangeante de la découverte des origines (je pense à l'écureuil Fingal, l'ami d'Oursin), à la jalousie, la bêtise et l'ignorance, au sentiment de peur, à la volonté de trouver un coupable, quitte à nommer un innocent dont le seul tort est de ne pas appartenir à Outrebrume depuis des générations et des générations !
L'action dans ce tome 3 est plus lente, parce que la menace est partout. Elle surprend les personnages principaux, tous plus attachants les uns que les autres, toujours conformes à l'évolution de la série. Et cela paraît presque irréel de fermer le livre, incapable d'imaginer qu'on abandonne les rivages d'Outrebrume pour de bon, qu'on laisse derrière soi Oursin et tous ses amis, qu'on ne sera plus à leurs côtés pour vibrer à toutes leurs passionnantes aventures !
Si vous ne connaissiez pas encore la série, n'hésitez pas à lire le tome 1 « Oursin des Etoiles » (disponible en folio junior).

Gallimard jeunesse, collection Hors Série Littérature. 360 pages.  13.00 €

Illustrations Omar Rayyan. Traduit de l'anglais par Philippe Morgaut.   Dès 9 ans.

  1. tome 1 : Oursin des Etoiles

  2. tome 2 : Le prisonnier de Grisemine

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21 octobre 2007

Un ami qui vous veut (vraiment) du bien !

En 2006, apparaissait sur la "grande" scène littéraire le personnage de Bogueugueu. Je reprends ici l'avis du site Ricochet pour vous rappeler ou faire les présentations : Ce premier épisode d’une série qui voit une nouvelle collaboration entre Béatrice Fontanel et Marc Boutavant se présente sous la forme d'une chronique de la vie à l’école. Ferdinand Pompom y décrit l’arrivée de Basile Tambour, un nouveau élève qui se fait appeler par ses pairs « Bogueugueu » à cause de son défaut de prononciation. Subissant les moqueries de ses camarades et mis à l’épreuve dans les cours, ce petit homme devra trouver ses marques. Même s’il lâchera prise à un certain moment, Basile finira par y arriver et deviendra même l'ami de Ferdinand Pompon. Dans l’esprit du Petit Nicolas, un ouvrage bien mené où les enfants pourront s’y retrouver aisément.

bogueugueu_entre_en_sixiemePourquoi tant ce cérémonie ? Mais parce que vient enfin de paraître le deuxième livre de cette série : Bogueugueu entre en sixième. Et croyez-moi, une rentrée comme celle que vont vivre nos deux compères, nombreux sont les collégiens à souhaiter la vivre !!!

Pour ce premier jour en sixième, Bogueugueu a décrété qu'il avait une laryngite et qu'il lui était donc im-po-ssi-ble d'ouvrir la bouche, de parler tout court. Un bon moyen pour faire l'anguille, suppose Ferdinand, un peu piqué que son meilleur copain ne joue pas franc jeu avec lui, plutôt que faire son cinéma. Qu'importe ! l'arrivée au collège va vite les prendre au dépourvu car, au lieu d'une salle de classe en bonne et due forme, nos collégiens sont accueillis dans un préfabriqué car l'école est en travaux. Et ça dure ! et ça fait un vrai chambard ! ... A tel point que le professeur de français, Madame Rosmorduc, va pousser sa classe vers la sortie et prendre ses aises dans un parc !

Etrange journée à l'horizon, pensent nos petits héros, bien heureux de la tournure des événements. Et ils se sentent tellement bien dans leurs baskets que Bogueugueu va se sentir l'envie de confier son handicap qu'est le bégaiement à travers une rédaction bien tournée, bien gentillette.

Les nouvelles aventures de Bogueugueu et son copain Ferdinand sont donc un condensé de jubilation, d'amitié et de solidarité, beaucoup d'humour et de légèreté. L'histoire montre qu'une rentrée au collège peut finalement être une journée atypique et merveilleuse, même si on a fort la trouille de franchir le cap (et c'est normal !).

Très belles illustrations de Marc Boutavant (qu'on retrouve aussi sur Ariol et Mouk par exemple) et qui accentuent l'impression de fraîcheur, de tendresse et de candeur.

A tenter !

Bogueugueu entre en sixième - par Béatrice Fontanel - illustrations de Marc Boutavant.   Dès 6 ans.

Gallimard jeunesse.  48 pages.  9.00 €

bogueugueu_mon_copainDisponible aussi :

Mon copain Bogueugueu.

20 octobre 2007

Histoires de l'esclavage racontées à Marianne ~ Alain Foix

Chaque 10 mai est depuis 2 ans la date de commémoration de l'abolition de l'esclavage en 1848. Une loi, la loi Taubira, a reconnu l'esclavage comme crime contre l'humanité.
Pour expliquer cette tragédie aux enfants, l'écrivain Alain Foix a écrit un conte citoyen très imagé et accessible.

histoires_de_l_esclavag

Marianne, jeune députée de Franche-Comté, va s'échapper de l'hémicycle du Parlement pour découvrir les coulisses de l'Assemblée nationale avec une chambre secrète, parfumée d'odeurs sucrées. Là elle y découvre des bustes de toutes les couleurs, puis une voix la cloue sur place. Une Marianne noire la hèle, l'invite à s'approcher et tendre l'oreille pour apprendre toutes leurs histoires de l'esclavage. Ils sont tous là, Toussaint Louverture, Victor Schoelcher, Delgrès, Dessalines, Victor Hugues, Sonthonax, l'abbé Grégoire, la Vénus Hottentote, la mulâtresse Solitude... Ils nous parlent de leur combat, de leur chant d'espoir, de leur rêve brisé. Ce sont tour à tour des cris de détresse, de colère et d'espérance. Des actes héroïques, une abnégation totale et la foi inébranlable dans le mot Liberté.

Attention, toutefois, au fantôme de l'Île de Gorée ! Il gronde avec son fouet dans la chambre des bustes, menace les martyrs avec son Code Noir sous le bras. Et Marianne, spectatrice, écoute, apprend, retient et va à son tour accomplir un grand geste au nom de la Liberté.

ll y a beaucoup d'intelligence et de simplicité dans cette lecture sur ce qu'était l'esclavage et comment il a été aboli. Bien entendu il s'adresse aux enfants, aux jeunes lecteurs mais il n'est pas interdit aux plus  « grands » de s'y intéresser. Et souligner les grandes lignes : « Le racisme est une forme d'ignorance, un aveuglement qui peut frapper les gens les plus cultivés et les plus intelligents. Il vous empêche de voir les autres comme ils sont vraiment. On les maltraite comme s'ils étaient des objets, sans se soucier du mal qu'on leur fait. »

Le livre est accompagné d'un CD qui raconte l'histoire en la ponctuant de chants traditionnels créoles et de percussions.  « Une mise en scène très dynamique ponctuée par les questions de la petite fille qui permet de faire revivre cette douloureuse époque, sans haine ni sensiblerie. »

Histoires de l'esclavage, racontées à Mariannede Alain Foix - illustrations de Benjamin Bachelier.  A partir de 8 ans.

Editions Gallimard jeunesse, coll. Giboulées. 52 pages.  14.50 €

19 octobre 2007

(Lecture du soir ... et de pet !)

patenplonJe viens de lire un livre ridicule ! ... Ah non ce n'est pas méchant de ma part, mais quand on découvre le propos de cette histoire, franchement on en sort avec un sourire niais collé sur la face, genre ... est-ce que j'ai bien tout compris ? ... parle-t-on là du prout légendaire ? !

De l'histoire de la flatulence, d'un géant nigaud et de quelques oies qui sont en réalité des chameaux, ainsi donc, nous y allons !

Patenplon est un géant et, ce matin, il a un appétit d'ogre. Pas de pitié pour les oies : il veut un déjeuner pantagruélique. Son appétit est grand, mais Patenplon ne sait être ni cruel, ni méchant. Et surtout, il n'est pas très intelligent. Quand une oie se fait passer pour un chameau, Patenplon se laisse gagner par le doute. Après tout, qu'est-ce qui prouve que les chameaux n'ont pas des ailes et des plumes ? Dépité, Patenplon libère les pauvres chameaux qu'il avait pris pour des oies et part à la recherche de quelque autre pitance. Affamé, il se résout à engloutir des nuages. C'est fameux, mais très indigeste : ça provoque chez Patenplon de grands pets en rafales. Et plus il pète, plus Patenplon rétrécie. Jusqu'à complètement disparaître... enfin, presque ! On ne le voit jamais, mais on l'entend parfois lâcher quelque pet tonitruant...

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Bon, ça vaut le coup d'oeil si l'histoire du pet de géant vous intéresse. La moralité de cette histoire est d'ailleurs apportée en fin de lecture, plutôt amusante !!!

Je pense aussi que c'est un livre très audacieux, par son histoire cocasse, et par les illustrations atypiques de Fabian Negrin : couleurs éclatantes, trait épais et enfantin ... l'idée est insolite jusqu'aux moindres détails ! Scrutez, cherchez, froncez les sourcils : vous en sortirez aussi ébahis que nous !

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Le géant Pantenplon - texte et illustrations de Fabian Negrin - Traduit de l'italien par Marc Voline.

Editions du Rouergue, coll. Varia. 32 pages.  15 €

19 octobre 2007

Du malheur d'être née dans une famille de sorcières

verteA onze ans, Verte découvre qu'elle est la fille d'une sorcière, et la petite-fille d'une sorcière. Impossible de passer entre les mailles du filet, elle aussi est une sorcière ! La sorcellerie est une transmission héréditaire, de mère en fille, et Verte doit absolument accepter son sort. Or, elle refuse. Catégoriquement. Peut-être, pour l'excuser, il faut reconnaître que Verte cumule les mauvais points. D'abord elle abhore son prénom qui est un peu trop décalé, marque de fabrique d'une mère trop originale et qui refuse de faire comme tout le monde, ensuite Verte craint de ressembler à cette mère qui dérange et ne cherche qu'à enquiquiner ses voisins, et enfin la jeune fille veut connaître son père, un certain Gérard porté disparu depuis la nuit des temps ! ... 

Bref, le petit monde de Verte n'est pas celui du pays des Merveilles. Toutefois, Verte est bien entourée, mis à part sa mère Ursule qui bloque et dont les systèmes court-circuitent en matière d'éducation et de pédagogie. C'est auprès de sa grand-mère Anastabotte qu'elle va s'initier à son métier de sorcière (car oui, c'est du travail !). « Pour devenir sorcière, il ne suffit pas d'avoir un don. Il faut se donner du mal. Là comme ailleurs, le vrai secret, c'est le travail. Les jeunes sorcières doivent apprendre, lire et relire sans fin les manuels et s'exercer sous la direction d'une ancienne. »

Et en marge de ses soucis familiaux, Verte va aussi avoir « un amoureux ». Soufi est beau, gentil, il joue au football et va devenir le meilleur ami et le confident de la jeune fille. (Entre-temps, il va servir de cobaye aux premières expériences de sorcellerie, mais chut ! )

Ramdam chez les sorcières ! « Verte » est un ouvrage délicieux, drôle, le portrait d'une famille pas comme les autres, même si les apparences sont trompeuses, où les relations générationnelles sont aussi importantes que touiller ses potions dans la cocotte-minute ou jeter un sort d'Ombre Bleue du fin fond de l'atelier de la grand-mère ! Cette idée de sorcières échappe aux clichés, et c'est de plus très bien écrit par Marie Desplechin qui dope là le moral le plus cotonneux !

Une seule contrainte, désormais : lire la suite, « Pome » ! !

Ecole des Loisirs, collection Neuf. 180 pages.  Illustration de couverture : Soledad Bravi.   7.50 €

Heureusement, le livre vient de paraître !

pomeCe roman est donc la suite de « Verte ». Il respire à nouveau la fraîcheur, l'humour et l'espièglerie. Il perd le bénéfice de la surprise et la nouveauté. C'est un peu du réchauffé qu'on nous sert, toutefois cela reste délicieux !
Verte vient de rencontrer une nouvelle amie, Pome, qui est également une sorcière. Sa mère Clorinda est revêche et bêcheuse, mais fanfaronne rien qu'à l'idée de savoir sa fille suivre l'enseignement de la grand-mère Anastabotte.
Dans ce livre, il y a plus d'éléments masculins, entre le père retrouvé et le grand-père gâteau. C'est une nouvelle communauté qui se forme, parmi laquelle on n'aime pas les mensonges, les omissions, la trahison. Jouer franc-jeu est le credo de Verte. Une nouvelle fois, elle va prouver qu'elle fait fi de la loi du silence des sorcières !
Verte va révolutionner le petit monde exclusivement féminin de la sorcellerie, et ces nouveaux tours de passe-passe promettent (qui sait ?) d'autres palpitantes aventures !
En finissant ce tome, on pressent qu'on abandonne Soufi un peu trop vite, qu'on espère des petites étincelles entre les deux grand-parents et puis ... où est donc passée Ursule, injustement en retrait dans ce livre ? !
Beaucoup de charme, de douceur, d'humour dans ce roman. J'aime infiniment la partie consacrée à Verte (chaque chapitre donne la voix à chaque personnage). J'ai apprécié les retrouvailles, mais je reste attachée au premier, « Verte », qui fut pour moi la vraie découverte !!!

Ecole des Loisirs, collection Neuf - 152 pages.  Illustrations de couverture : Soledad Bravi.  8.50 €

Passons maintenant à une histoire de sorcières  plus « traditionnelles » ...

J'en profite pour glisser une autre suggestion de lecture, toujours dans le domaine « sorcière / sorcellerie », avec ce titre qui appartient à la collection Mouche, c'est-à-dire « Un livre pour les enfants qui aiment déjà lire tout seuls ». Mais pour avoir testé et approuvé, je conseille aussi la lecture orale. C'est un livre qui s'y adapte parfaitement !

cinq_sorcieresLe livre en question est donc  « Cinq sorcières » de Nathalie Kuperman.

Ce sont en fait cinq petites histoires mettant en scène des sorcières : Crapeluche se penche sur les berceaux pour souffler ses mauvais sorts, Crimini adore le ragoût d'enfants, Joukipic s'échappe d'un cauchemar, Rapapouille souhaite remporter le grand prix de laideur et Clochemine veut soigner sa fille avec des chansonnettes stupides.

L'ensemble est sympathique, amusant et plein d'entrain. Des petites touches d'humour, de la caricature facile et légère, des clins d'oeil et des clichés à la pelle ... l'enfant aura plaisir à retrouver ses repères dans ces histoires pas mauvaises, qui ne font jamais peur (et qui me révèlent un auteur à encourager !).

Ecole des Loisirs, collection Mouche. 77 pages. Illustrations de Jean Luc Englebert.  7.50 €

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18 octobre 2007

(Lecture du soir ... et de jazz)

Oh my God ! Ce livre-là, mes aïeux, nous a prises par surprise, sans s'y attendre ... Toutes les deux plongées dans notre lecture, moi me demandant si la Miss n'allait pas décrocher dès la première page tournée tant le vocabulaire me semblait un peu loin de ses connaissances basiques, et elle, Miss C., nonchalante et rêveuse, avachie et m'écoutant d'une oreille, à peine tournant un oeil vers les magnifiques illustrations ...

Ah oui les illustrations ! Là déjà nous étions dans l'ambiance, déjà nous trouvions que c'était plus pas mal  « balancé » et que ça ressemblait presque à un film (dit la Miss), franchement de quoi prêter à s'évader ... en route pour l'Amérique des années 20, celle d'une grande ville avec ses clubs de jazz, son béton, ses tours immenses, et des pauvres types qui s'y précipitent dans l'espoir de réaliser leurs rêves.

Enfin nous n'en étions pas encore là. Mais l'histoire a commencé ainsi :

« La nuit, en ville, ne tombe jamais vraiment : les néons des enseignes, les phares des voitures, les réverbères et les fenêtres illuminées chassent l'obscurité dans les coins les plus reculés. Même en fermant les yeux, on ne peut voir de noir noir. Mais Toni Mannaro aime ça, les lumières de la nuit ; surtout après la pluie, lorsqu'elles se mirent dans les flaques et sur le pavé humide. Il y voit des étoiles, tombées à terre rien que pour lui, pour éclairer sa route et rendre sa solitude moins pesante. »

toni_mannaro

Toni Mannaro est arrivé en ville avec deux bagages et des centaines de rêves qu'il compte bien tous réaliser. Son rêve numéro un : devenir saxophoniste et pourquoi pas (rêve numéro deux) : faire partie du jazz band de Miss Maria Pig, la célèbre chanteuse de jazz. Toni a un souci : personne n'aime sa sale gueule, tout le monde le fout à la porte, on le fuit, il fait peur ... c'est l'horreur, le désespoir.  « Le spleen l'envahit et les notes qui sortent de son saxophone se font alors plus aiguës et plus vibrantes... »

Sincèrement, en fermant le livre, nous n'avions qu'une envie : écouter de la musique ! Oui, du jazz - pourquoi pas ? Et c'est dommage que ça manque, cette petite touche musicale, sous la forme concrète d'un cd, par exemple. Parce que l'envie est communicative. Même la Miss, du haut de ses 7 ans bien tassés, s'est exclamée qu'elle voulait de la musique, nom d'une pipe en bois ! C'est vous dire l'impression que vous file ce livre ! ... Vraiment une ambiance hors du temps, un voyage en arrière, une plongée en musique sur le milieu new-yorkais des années 20.

Dans cette magnifique histoire écrite par l'italienne Manuela Salvi, le vocabulaire est recherché, le style est pointu, très joli sous la langue, de quoi enchanter les jeunes enfants (dès 7 ans, à mon avis). L'ambiance par les illustrations de Maurizio A.C. Quarello est un atout majeur pour retranscrire l'aura, partager cette belle sensation de vie nocturne et urbaine d'une capitale culturelle où tout semble possible. C'est le portrait d'une époque, c'est le parcours initiatique d'un rêveur et/ou d'un ambitieux, avec un chemin pavé d'espoirs et de désillusions.  C'est aussi une histoire émouvante sur la différence.

En gros, c'est un livre purement génial !

Toni Mannaro (Jazz Band) dans "Ballade Nocture" - un récit de Manuela Salvi, illustré par Maurizio A.C. Quarello. Traduit de l'italien par Marc Voline. 

Editions du Rouergue, collection Varia.  Octobre 2007.  36 pages  -  15 €

18 octobre 2007

Sombres citrouilles - Malika Ferdjoukh

sombres_citrouilles« Sombres citrouilles » est le roman de Malika Ferdjoukh paru peu avant la série des Quatre Soeurs, et au début il me semblait retrouver quelques points de repères, quelques pistes pour lancer la tétrade et le succès qu'on lui connaît ...
Bref, « Sombres citrouilles » se passe la journée du 31 Octobre dans une grande et vieille maison bourgeoise, La Collinière, où la famille Coudrier célèbre l'anniversaire de Papigrand, le patriarche. C'est aussi le rendez-vous hebdomadaire au cimetière depuis le décès brutal du fils aîné, Dimitri, noyé en pleine mer. Un drame pour Mamigrand !
Mais l'histoire commence dans le potager quand les enfants découvrent le corps sans vie d'un homme qu'ils ne connaissent pas. Le soupçons grapillent les esprits, les spéculations les plus folles les gagnent car ils ont tous vu ou entendu un truc suspect pour accuser un membre de la famille !
Alors il faut que la journée se passe sans heurts, qu'on cache le cadavre et qu'on y revienne plus tard. Demain, par exemple. Mais c'est difficile de maintenir le secret, de ne pas éveiller les soupçons, de fureter et de chercher des indices pour connaître QUI est le coupable !
L'histoire est racontée tour à tour par les personnages principaux, en de brefs paragraphes, mais les enfants ont le plus souvent la parole : Hermes, 13 ans 1/2, les jumelles Violette et Annette, Colin-Six Ans, et Madeleine, 15 ans. L'aventure est vécue de manière assez fantaisiste, plutôt légère, aidée de cette plume toute fraîche de Malika Ferdjoukh. Malgré le drame, l'intrigue est bien tournée, quelques perches sont tendues mais le roman est formidablement bien maîtrisé.
Et puis, le clash, en fin de parcours, avec la découverte d'une lettre. D'un coup, d'un seul, l'ambiance devient horrible, sombre, abominable, complètement en décalage avec la lecture générale. Personnellement j'ai été destabilisée, un peu décontenancée et j'ai apprécié moyennement ce gong final.
Cependant, cela n'alterne pas mon bonheur de lecture et je conseille de lire ce livre sans hésiter !

L'Ecole des Loisirs, coll. Medium - 222 pages.   8.50 €

17 octobre 2007

Aujourd'hui, on parle de fantôme et de loup !

petit_fantomeCette histoire se passe la nuit, et tout commence au fond d'une grande armoire où se trouve Petit Fantôme. Comme son nom l'indique, il est petit, tout blanc, il flotte (ou plane), habillé d'un pyjama, petite bouille ronde et grand regard bleu, c'est Petit Fantôme. Il attend l'heure pour lui de s'échapper de sa cachette, quand la lumière est partie et que le sommeil a soufflé sur tous les oreillers. Il est temps alors de se faufiler dans la maisonnée, de la hanter de sa petite silhouette fantomatique.

Et Petit Fantôme explore, gambade, farfouille et retourne, pioche dans les tiroirs à chaussettes, taquine et s'éparpille. Il joue, il s'amuse comme un fou, plonge dans la soupe ou prend le frais dans le frigo, il n'a de cesse d'enchaîner les bêtises. La nuit lui appartient, le noir le camoufle. Mais attention au chat !  ... L'animal ronronne, fait mine de roupiller mais l'oeil frise. Il pourrait bien, d'un coup de Miaaaoouu, faire disparaître Petit Fantôme.

Mais à quoi bon ? Un peu lâche et fainéant, le chat a bien plus peur de se retrouver seul, tout seul la nuit... qu'avec ce fantôme rikiki. Alors il fait comme si tout ça, bah, il n'en savait rien, ça n'existait pas et il s'endort !

Bonne nuit, les petits lecteurs !

Il est mignon, ce Petit Fantôme ! Dans son album, format moyen, tout noir et illustré par fines touches couleur arc-en-ciel, le plaisir de lecture vous attrape vite au tournant. Et qu'attendre de la paire Ramona Badescu (Pomelo) et Chiaki Miyamoto (Le petit monde de Miki), sinon enchanter et complaire le lectorat ? !!! L'aventure de Petit Fantôme, la nuit, quand la maison dort, est drôle, empreinte de poésie, servie par un texte sans tralala. Ce livre est une rencontre, entre la forte personnalité cocasse de Ramona et l'esprit plus évanescent de Chiaki - elles arrivent ainsi à donner une atmosphère à ce livre qui est absolument stupéfiante !

Verdict de Miss C. :  « le livre est tout noir mais le petit fantôme est très mignon, l'histoire aussi est très drôle ! »

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Petit fantôme - par Ramona Badescu - illustrations Chiaki Miyamoto - Gallimard jeunesse, coll. Giboulées . 40 pages / 12.00 €

pas_peur_du_loupJe ne vais pas décerner la palme de la plus attrayante couverture avec cet autre livre, mais il faut passer la frontière et se laisser séduire par cette histoire de loup. Personnellement j'ai plutôt savouré !!!

Dans notre bouillon, il y a un pépé Louis, des enfants insatisfaits, des contes à revoir et un loup professeur d'histoires à faire peur. Voilà le topo : pépé Louis est renvoyé car ses contes ne plaisent plus aux petits-enfants, il faut qu'il ailler toquer chez le loup pour obtenir une recette plus croustillante. Un marché est conclu, vite fait bien fait, et nos deux compères se penchent sur leur exercice. Ce qu'invente (???) le loup est si terrifiant que les oreilles furtives vont frétiller et donner l'alerte pour s'enfuir, loin, bien loin de ce loup ... à l'imagination (???) fort débridée ! Et même pépé Louis doit admettre que le loup commence à lui ficher une petite trouille non négligeable.

Mais ça marche plutôt pas mal auprès des enfants, et même carrément bien ! Les histoires du loup sont horribles, purement et simplement horribles. Pépé Louis s'endort du sommeil du juste, mais les petits restent tétanisés par cette histoire du soir ... pas tellement reposante ! Alors, à leur tour, ils vont concocter une histoire « noire » pour bien effrayer leur pépé Louis.

Oui, j'ai tout de suite été accrochée par l'histoire, embarquée par ce que l'auteur proposait, parce qu'au premier abord cela semble anodin et facétieux. Très vite, pris dans les filets de l'intrigue, on ne décroche plus et on tourne, on tourne et on tourne encore les pages pour connaître la suite ! Il y a de l'humour, oui, au programme. Et assez singulièrement, il y a du suspense, de l'attente, une curiosité mise à rude épreuve. C'est tellement efficace que je suis arrivée à la dernière page en étant déçue d'être à la fin. J'aurais bien aimé encore un peu de rebondissements et coups de théâtre !

Histoire séduisante, étourdissante, qui fait rire (beaucoup) et frissonner (un peu). Et finalement les illustrations, plutôt originales, se fondent totalement dans l'ambiance du texte. Encore une belle lecture que voilà !

Verdict de Miss C. :  ... elle est restée bouche cousue tout au long de la lecture !!!

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Pas peur du loup, par Anne Cortey - illustrations Vincent Bourgeau - 32 pages.  Gallimard jeunesse, coll. Giboulées.  11.50 €

16 octobre 2007

Ma femme est une sorcière (le film)

16 octobre 2007

Ma femme est une sorcière - Thorne Smith

Ma_femme_est_une_sorciereDans la petite ville de Warburton, dans l'état de New York, T. Wallace Wooly Jr. est un homme respecté, pour sa richesse et sa loyauté envers sa défunte épouse. Un soir, après un rendez-vous avec Betty Jackson, sa blonde secrétaire aux longues jambes, Wooly est le témoin inopportun du violent incendie de l'hôtel Monroe. L'homme, dans toute sa fascination pour le feu, se précipite sur les lieux et découvre une jeune femme prise aux pièges des flammes. N'écoutant que son courage, il porte secours à cette donzelle à la peau si fraîche et dénudée !
Un scandale ! Les journaux colportent aussitôt la nouvelle. M. Wooly n'est pas un homme de la bagatelle, il faudrait que cela se sache. Justement il a un entretien avec cette Mlle Jennifer Broome, rescapée du sinistre. Ses employés le mettent en garde, mais lorsque l'apparition opère, c'est déjà trop tard ! « Mais lorsqu'une femme a une couronne somptueuse de cheveux brillants et sombres, lorsqu'elle a des yeux en amande, à demi fermés, des iris d'un jaune clair et lumineux luisant dans l'ombre de la chambre, lorsqu'elle a une bouche incurvée en un sourire bref, semblable à celui d'un chat, cruel et passionné, de petites dents blanches se montrant en un sourire de joie sans mélange, une main, aussi blanche que neige, se tendant avec impatience... »
Las ! notre homme est ensorcelé ! Pris sous le charme de cette redoutable séductrice, Wooly va accepter de l'épouser sur le champ. Cette annonce plonge l'entourage en émoi, mais les noces se déroulent sans tambour ni trompettes. Jennifer Broome devient la nouvelle Mrs Wooly, et aussitôt son désir d'exclusivité va s'étendre de façon étourdissante. Un par un, elle écarte les opportuns, les présences encombrantes, tourne la tête des récalcitrants, renvoie dans leurs chaumières les résistants.
Les carottes sont cuites !
Mais M. Wooly commence à s'étonner du comportement de son épouse. D'abord il se surprend à ressentir une contradiction dans ses sentiments, un mélange d'agacement et d'attirance incontrôlable. Puis il découvre Jennifer, en pleine nuit, escalader la bignone avant de rentrer se coucher aux aurores. Quelle étrange jeune femme ! Et si elle n'était finalement pas ce qu'elle prétendait ?
Démasquant le pot aux roses, Wooly va mettre les pieds dans le plat mais ne sera pas, pour autant, débarrasser de sa sorcière de femme ! Cette dernière, déchaînée, va lui jeter un sort qui conduira notre bonhomme à finir « rond comme une queue de pelle » !

Sordide - pensez-vous ? Un peu hélas, oui. Autant le début du roman était savant, pétillant, subtil et délicieusement ironique, autant la fin du récit vire complètement burlesque et lourde comme c'est pas permis ! Décédé prématurément, l'écrivain Thorne Smith n'a pas pu terminer son roman et c'est un autre auteur, Norman Matson, qui a bouclé le manuscrit. Pourrait-on expliquer le déséquilibre de la lecture par ce fait ?
Quoi qu'il en soit, le roman a été adapté à l'écran par René Clair (avec un scénario largement remodelé), puis a fait l'objet d'inspiration de pièces de théâtre et d'un film (Bell, Book and Candle - devenu L'Adorable voisine au cinéma - avec James Stewart et Kim Novak).
La lecture de ce livre vaut le coup d'oeil pour la peinture des personnages, entre un Wooly carrément niais et crétin, une Betty Jackson assez cruche et la féline Jennifer, qui provoque chaos et désordre pour attirer le stupide Wooly dans les flammes de l'Enfer ! Le roman a de belles choses à raconter, peut-être est-ce un tantinet désuet par endroits, mais il n'empêche qu'il remet les pendules à l'heure face aux récentes adaptations cinématographiques (cf. le déplorable Bewitched !).

Terre des Brumes - 230 pages -  Traduit de l'anglais par Anne-Sylvie Romassel.

Et puisque c'est bientôt la fête des sorcières, autant s'en donner à coeur joie ! ! !  ;o)

Un p'tit extrait, pour la route : 

«  - Jennifer est une vraie dame, adorable, cultivée. Elle sera une bonne mère pour toi.
- Oui, papa, dit Sara.
- Bien sûr, elle est très différente, dit Wooly.
- C'est vrai, dit Sara.
Ils ralentirent le pas pour qu'elle puisse regarder une dernière fois la grande et vieille maison sous les ormes.
- Tu fais des progrès en algèbre ? demande M. Wooly.
- Oui, oui, dit-elle. Je veux dire, pas du tout. Es-tu heureux, papa ?
- Hein ? Quelle idée de me poser une question comme ça ? Si je suis heureux ? Le jour de mon mariage ? Je suis gai comme un pinson.
- Vraiment ?
C'en était trop.
- Vraiment ? Diable, fillette, comment veux-tu que je sache si le pinson est vraiment gai ? Je n'en ai jamais vu, et je n'ai jamais eu l'occasion de lui poser la question. Toute cette histoire de pinson qui siffle nuit et jour, en proie à je ne sais quelle éternelle gaieté n'est peut-être qu'un mythe. Mais un mythe, ajouta M. Wooly assez follement, vaut peut-être une messe. Ha, ha !
- Je ne t'ai jamais vu comme ça, dit tristement Sara.
- Tu ne m'as jamais vu le jour de mon mariage, fillette, rétorqua M. Wooly.
- Ne me donne pas du fillette à tout bout de champ comme si nous étions dans un roman de Dickens, ou de je ne sais qui.
- Eh bien, Mlle Wooly, il est pourtant bien vrai, n'est-ce pas, que c'est la première fois que vous me voyez le jour de mon mariage ? Vous n'étiez sûrement pas invitée la première fois. Quant aux pinsons, j'allais justement dire que « l'amour se gausse du mythe du gai pinson ». Ha, ha !
- Oh pauvre papa, dit Sara. Tu es à bout de nerfs.
- Ha, ha, dit M. Wooly.
- On dirait que tu es ensorcelé.
- Et pourquoi pas, Sara ? N'est-elle pas ensorcelante ? »

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