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Chez Clarabel

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28 septembre 2007

L'échappée - Valentine Goby

 

l_echappeeMadeleine, seize ans, a quitté son village de Moermel pour travailler à l'Hôtel des Ducs de Rennes (là où les allemands ont pris leurs quartiers). Nous sommes en 1940. Un jour, arrive Joseph Schimmer. Il est différent des autres soldats, lui c'est un pianiste qui rivalise de rage et de sensibilité pour exprimer, à travers Liszt, la folie de la guerre.
Par hasard, il va choisir Madeleine pour être sa tourneuse de pages. La jeune fille est effrayée, elle ne connaît rien à la musique et se demande pourquoi elle a été choisie, et puis il lui faut vaincre ses réticences et ne pas fixer l'inconnu dans les yeux. Les avertissements de sa mère lui cognent encore dans la tête : « Les hommes t'attrapent par les yeux et le reste suit. Quarante mille Boches à Rennes, tu vas connaître par coeur le bout de tes chaussures. Me fais pas de saloperie, Madeleine. »
De toute façon, que peut-il arriver entre une petite paysanne inculte et sans charme et un musicien allemand qui occupe le territoire ? De la timidité, des frémissements, une séduction douce et un amour balbutiant ...

L'Histoire a voulu qu' « En ce temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On alla même jusqu'à les tondre. » (Paul Eluard)
Car Madeleine va aimer Joseph Schimmer et attendre un enfant de lui. A la Libération, elle sera traînée avec d'autres filles, humiliée et bafouée. Et le temps passant, l'histoire rappelle qu'on n'efface jamais les consciences, que la rancoeur est tenace. Madeleine et sa fille Anne vont longtemps payer ce qu'on appelle maladroitement « une faute » (pour être polie).
Aussi, en s'inspirant du destin de cette femme brisée d'avoir osé aimer l'interdit, Valentine Goby brode l'inqualifiable à la violence laissée en goût amer dans la bouche. Jamais elle ne tombe dans le mélodrame, elle est, bien au contraire, dans la retenue.

Le style adopté par l'auteur peut cependant déconcerter : un débit lapidaire, un rythme quasi infernal. Et plus on avance dans la lecture, plus on sent cette pression enfler. Ce n'est pas de la colère, c'est de l'impuissance, une énorme frustration, la répétition insensée du même cauchemar.
La scène où Madeleine est tondue en place publique est émouvante, totalement éprouvante. On y retrouve les vers d'Eluard qui résonnent sinistrement dans cet interlude glauque et ignoble. Et c'est clair que c'est le passage le plus marquant du livre !
Le roman évolue dans le temps, il est composé de quatre parties. Son propos pourrait se résumer aux "grandeurs et décadences d'une femme amoureuse, d'une mère malgré elle et d'une fille qui ne connaîtra que l'absence".
La fin n'est pas fermée et offre plusieurs options. Ce procédé est discutable mais pourra satisfaire chaque lecteur qui choisira ainsi la version qu'il préfère.

Gallimard, 228 pages / Août 2007

** Rentrée Littéraire 2007 **

J'en profite pour rappeler le poème d'Eluard :

 

 

 

En ce temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles.
On alla même jusqu’à les tondre.

 

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

(1944, in Au rendez-vous allemand)

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27 septembre 2007

Qui boude sa nourriture rend son derrière bien étonné (*)

Il y a des livres où des petits détails vous attirent (la couverture, le titre ou l'auteur) et cela vous pousse, sans aucune justification,  à tendre les bras vers ce produit à cause de ce pouvoir inexplicable !   « La fine fine femme » en est l'exemple.

la_fine_fine_femmeJ'ai voulu lire ce livre, parce que j'aimais son titre et sa couverture. Impossible de dire pourquoi. Je n'ai pas cherché à connaître l'histoire. Aussitôt reçu, ce livre est passé entre mes mains et a fait l'objet d'une scrupuleuse lecture. J'ai fouillé, roulé des yeux de haut en bas, et de droite à gauche, faisant une pause, soucieuse du détail, et parfois les sourcils froncés... L'histoire ne m'échappait pas, elle me semblait même surréaliste.

Mais de quoi ça parle, c'est vrai ? ... Commençons par le commencement !

Au petit matin, un veilleur de nuit rentre chez lui et trouve sur son chemin « une fine, fine femme », une tache sombre sur la route si légère qu’il la porte sans difficulté jusque chez lui. Il la couche dans son grand lit et sans oser la réveiller, dépose à son chevet de l’eau et de la nourriture. Les jours et les nuits passent et la femme jamais ne s’éveille, mais chaque matin, le veilleur de nuit retrouve les plats vides et chaque soir la femme occupe un peu plus de place dans le grand lit. Au même moment, dans la ville, les habitants s'inquiètent et grondent car plusieurs bêtes ont disparu, dévorées. Un vieil homme semble connaître l'origine de ce mal : il se souvient qu'enfant on lui parlait de la redoutable grise ogresse qui s'attaquait aux bêtes avant de s'en prendre aux enfants ! C'est sûr, la grise ogresse est de retour !

Notre veilleur de nuit ne pipe mot mais s'interroge. La légende coincide avec l'arrivée de cette « fine, fine femme » qui couche sous son toit. Pour en avoir le coeur net, il décide un soir de ne pas aller travailler et se cache près de sa protégée. Quand celle-ci se réveille et sort de son lit, elle offre au pauvre homme ébahi le spectacle effrayant de sa large corpulence, de son appétit vorace et de ses escapades nocturnes, à la recherche de toujours plus de nourriture.

La grise ogresse, c'est elle. Il faut prévenir les collègues et mettre en oeuvre une ruse pour renverser la vapeur et rendre l'ogresse une fine, fine femme.

Conte malicieux d'où s'échappe le mythe de l'ogre (ici, il s'agit donc d'une ogresse),  « La fine, fine femme » est une histoire pleine d'imagination et de poésie, un message de tolérance quand on découvre la façon dont les veilleurs de nuit vont  « affronter » l'Ennemie !

Au début, il y a un semblant de légèreté et de fragilité (la femme est si fine qu'une simple couverture de dentelle peut la couvrir) qui se dissipe progressivement. Cela passe par les repas gargantuesques, servis par les illustrations éclatantes et qui vont s'écraser jusqu'aux recoins du livre. La richesse du dessin montre clairement que la femme prend de l'ampleur, que l'abondance prend ses aises. Et que la menace s'apprête à exploser ?

Pas sûr. Parce que ce livre est subtil, étonnant ... Il touche, ou pas. Ce que j'ai trouvé séduisant, c'est la relation entre le veilleur de nuit et la fine, fine femme à travers la nourriture. J'ai beaucoup aimé la chaleur des illustrations, la rondeur et la boulimie. C'est généreux, offert au lecteur. Alors oui, j'ai été charmée ! ...

La fine, fine femme - Véronique Caylou (texte) & Zaü (illustrations).  Gallimard jeunesse  / Août 2007.

A partir de 5 ans.

(*) Proverbe breton (1996) - Lukian Kergoat

27 septembre 2007

Arrête-moi si tu peux ! ...

saucisse_partiePrenez un petit garçon tout à fait normal (c'est l'auteur qui le précise !) et qui s'appelle Banjo Cannon. Il vit avec son papa, sa maman, son chat Mildred dans une jolie maison.

Tous les jours, été comme hiver, qu'il pleuve ou qu'il vente, la famille mange une saucisse au déjeuner.

Mais par un beau jour d'été, Suzy la saucisse saute hors de l'assiette et s'enfuit ! Aussitôt, fourchette, couteau, assiette, salière, ketchup, table et chaise partent à ses trousses ... suivis par Banjo, monsieur et madame, le chat Mildred et le chien du voisin.

Et parmi ces fuyants et poursuivants, on retrouve aussi des carottes, des petits pois et des frites. Tout ce petit monde porte un prénom : Peter, Perceval, Paul, Caroline, Clara, Camilla et Christabel ... De quoi perdre son latin ! (mais pas son humour)

La ribambelle s'éparpille dans le parc, entre ceux qui se cachent, ceux qui mettent les voiles, ceux qui se font croquer ou ceux qui sont bloqués par des passants ... bref la saucisse Suzy parvient à échapper à son garçon affamé - Banjo et son estomac dans les talons !

Elle finit comment, la saucisse partie ?  Encore des gags et des rebondissements à chaque page !

Si le principe peut paraître un peu  « lourd » pour un adulte, il faut reconnaître que c'est assez percutant sur un public d'enfants. Imaginez une saucisse qui déguerpit, des petits pois et des carottes à ses basques, et un déjeuner qui vole en éclats ... là j'avoue que l'idée est drôle, bien pensée et qu'elle laisse la place à une série d'inventions tout à fait cocasses !

Pour la réflexion, faut-il voir dans cette histoire la suggestion qu'il est important de varier les repas pour alimenter l'appétit ? ... Ou simplement qu'il faut terminer son repas avant qu'il ne disparaisse ?

Je ne m'attarde pas sur ce grand débat parce que je souhaite retenir les éclats de rire de ma fille, son empressement à tourner les pages et son avis qui est, tout bêtement,  « quelle histoire folle ! ».

La saucisse partie, Allan Ahlberg (texte) & Bruce Ingman (illustrations) - Gallimard jeunesse  /  Septembre 2007.

A partir de 3 - 4 ans.

26 septembre 2007

Le retour !

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Reçu tout nouveau, tout beau dans ma boîte aux lettres, ce matin : le dernier Rita & Machin !

invit__de_rita_et_machinDans cette nouvelle histoire, Rita est toute heureuse de recevoir un invité chez elle. Enfin, elle va pouvoir s'éclater, s'amuser, inventer des jeux, partager ... bref faire un peu ce que le chien Machin rechigne à mettre en oeuvre !

C'est Bob-Edouard, son voisin de l'immeuble d'en face, qui est l'invité de Rita. Il débarque avec son poste de télé, il a caché son Monster de hamster dans les pots de fleurs et il n'est pas très coopératif. Résultat : tout le monde boude au goûter !

A quoi sert un copain qui ne veut jouer à rien ? (Autant se contenter de l'impossible Machin ! )

Mais où est-il passé celui-là ?  Toujours à roupiller dans le canapé devant une émission soporifique ? ...  Damned ! Machin et Bob-Edouard jouent ensemble .. à des jeux de garçons ! 

Et là, Rita pourrait prendre le lecteur en témoin et clamer :  « aaah les hommes, tous les mêmes ! »

Je n'en rajoute pas trois tonnes, mais l'intention y est, pour vous expliquer que c'est encore et toujours très, très drôle !!! Cette série ne nous déçoit décidément jamais !

L'invité de Rita & Machin - Jean Philippe Arrou Vignod / Olivier Tallec - Gallimard jeunesse / Septembre 2007.

A partir de 4 ans.

26 septembre 2007

La liaison ~ Anna Dillon

laliaison

Au départ on pense que "La liaison" est un roman qui traite de l'amour à trois, sous la forme de l'infidélité dans le couple, du mari menteur, de la femme trompée et de la maîtresse pétillante et naïve. Mais dans le roman d'Anna Dillon, l'histoire se passe sur un compte à rebours : du 19 décembre à la veille de Noël, les trois protagonistes de cet imbroglio amoureux, vont raconter l'histoire de cette adultère. On suit premièrement les doutes de Kathy qui piste son mari et qui cherche à comprendre pourquoi son mari la trompe, pourquoi elle n'a rien vu. On poursuit avec Robert qui se débat pour sauver sa petite société, se sentant affreusement seul et incompris dans son foyer, le temps et la lassitude ont conduit l'homme à chercher un réconfort ailleurs. Et ainsi Stéphanie, célibataire indépendante et femme brillante, a cru ce mari délaissé, lui a donné son soutien et surtout un amour fou et passionnel.
Voilà, c'est flippant ! Quand on lit ce roman, on s'aperçoit qu'à tout bout de champ, on peut se sentir concerné et il devient difficile de prendre position pour l'un ou l'autre. Ils ont tous trois des arguments défendables et c'est agaçant à la longue. Pourquoi l'épouse est aveugle, pourquoi l'homme est lâche et pourquoi cette pétillante célibataire est si disponible ?! Il est impossible de prendre parti et le lecteur se laisse prendre au jeu, dévorant page après page le constat de cette liaison si réaliste. C'est pour cela que ce roman ressemble à une fine analyse de la vie actuelle chez les couples ordinaires, tous concernés par une aventure de passage, ou plus. La plaidoirie des trois concernés est tout autant affligeante, excusable ou regrettable. Mais ça sonne vrai, brrrr.


Anna Dillon est en fait le nom de plume d'un auteur irlandais, Michael Scott.

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26 septembre 2007

Alice Thomas Ellis (et autres lectures)

Les filles, c'est vraiment des pauvres types

Année 1961, région minière dans le nord de la France, Bibile est une gamine de dix ans, qui vit là avec son frère Sylvain et ses parents. Bibile et Sylvain sont deux inséparables, deux petites canailles, les champions des bêtises. Bibile est scotchée à son frère tandis que celui-ci lui en fait voir de toutes les couleurs, car de toute façon "les filles c'est vraiment des pauvres types" ! Avec eux deux, tout y passe : les cocos, la communion, la télévision, l'oncle Louis, le piano à queue, le M. Banania et le marronnier qui parle ! ... Ce roman offre une histoire pleine de fraîcheur et de simplicité, autour de la personnalité pétillante de la fillette, laquelle parle de sa vie, son frère et leurs aventures sur un ton bourré d'humour, qui frise la grossièreté, mais jamais vulgairement. Bibile et Sylvain font des trucs de gosse, se taquinent, s'entendent comme chien et chat ou comme larrons en foire, bref c'est un beau portrait d'un optimisme à toute épreuve. Un coin, une époque, qu'on lit avec sourire et plaisir !


Trilogie du Jardin d'hiver

Premier tome d'une trilogie truculente, Les habits neufs de Margaret raconte l'épuisante préparation du mariage de ladite Margaret avec Syl, le fils de Mme Monro, une vieille voisine acariâtre. Syl a le double de l'âge de la jeune fille, qui n'a pas choisi de se marier, "c'était plutôt Syl qui avait choisi de m'épouser parce qu'il était temps pour lui de se marier". Leur future alliance est incongrue. Même aux yeux de Margaret qui refuse de plus en plus d'accorder son destin à celui de Syl. Elle ne l'aime pas, elle lui dit. Pourtant elle bloque à tout avouer à sa mère, excitée par l'approche du Grand Jour. L'arrivée de Lili, une ancienne amie de Monica (la mère de Margaret) du temps de sa vie en Egypte, peut bouleverser l'existence de chacun.

Lili est vive, exubérante, mariée à Robert (artiste peintre) et sans enfant, butineuse et volage. Sa venue soulage, agace, exarcerbe des désirs. Lili fume et boit. Elle parle beaucoup. Elle ne s'embarrasse de rien, cerne la transparente Margaret et met son grain de sel dans les petites affaires familiales. <br />Dans ce premier volume, on suit donc le monologue de Margaret qui vit avec passivité les quelques semaines qui la séparent de ses noces. Margaret est indolente, muette, fade et sans saveur. Autour d'elle, les figures féminines sont éclatantes et l'écrasent. Margaret l'avoue, elle se sent &quot;aride et incapable de désir&quot;.

J'admire l'humour féroce des dames anglaises, comme c'est le cas avec Alice Thomas Ellis. Ce premier chapitre de sa trilogie du Jardin d'Hiver est la rencontre d'un milieu oppressant, fermé et contraignant dans lequel les femmes étouffent et taisent leur moi profond. Margaret en est l'exemple. La suite de la trilogie donnera voix au chapitre à des figures plus pétulantes, mais pour commencer, posément et fielleusement, l'auteur pousse du coude Margaret, la future épouse malgré elle, celle dont la personnalité est la plus terne et mystérieuse. C'est également une manière redoutable d'afficher la loi muette des mariages arrangés, incluant la bêtise, la mesquinerie et les relents de haine. En règle générale, Alice Thomas Ellis, comme ses consoeurs britanniques, épingle avec humour noir les us et coutumes du mariage, cette institution implacable, fausse et vouée à l'échec. C'est merveilleusement rendu : cruel, mordant, acide et décapant. Les trois livres se lisent à la suite, c'est un régal !

Les ivresses de Mme Monro est donc le deuxième volume de la trilogie du Jardin d'hiver d'Alice Thomas Ellis. Mme Monro est la vieille voisine de Monica et Margaret, et la mère de Syl qui doit épouser la jeune fille. Elle est âgée de plus de 80 ans, elle est veuve et n'a plus que son vieux chien teigneux pour lui tenir compagnie. Mais la solitude ne lui pèse pas, ni son veuvage. Au contraire, Mme Monro révèle très vite quelle libération cela a été quand son mari est mort. Elle n'a pas fait un mariage d'amour, loin de là. Cela ressemblait plus à de la convenance, pour les deux parties. <br />A quelques semaines du mariage, Mme Monro reçoit la visite de Lili, toute en flamboyance et fausse innocence. Un incident survenu par le passé relie les deux femmes, qu'il n'est pas décent de rappeler. La vieille Mme Monro hésite à lui en vouloir, à oublier, à en parler etc. Car Lili et elle vont finalement se côtoyer à un rythme soutenu, souvent arrosé par le scotch et agrémenté de révélations déstabilisantes. <br /><br />En prenant le même décor de fond avec les personnages similaires, Alice Thomas Ellis réussit le coup de génie d'attiser la curiosité, de revisiter quelques scènes et d'intriguer le lecteur, aussitôt convié à reprendre le livre précédent pour feuilleter le livre à nouveau. L'intrigue s'étoffe, s'éclaire et s'enrichit. Les personnages prennent de l'ampleur, les zones d'ombre s'amenuisent ou grossissent (au choix). Je crois que le tome 3 va apporter la pierre à l'édifice et boucler ce cycle avec brio. Le monologue de Mme Monro est le constat fort amer du temps qui passe, du désarroi de la vieillesse (Mme Monro ne cesse de se plaindre de radoter et de trop penser au passé). Ce n'est jamais triste ou sinistre. Tout au contraire ! Mme Monro a l'esprit vif de quelqu'un très en verve !



<p>Ce troisième livre du cycle du Jardin d'hiver d'Alice Thomas Ellis est donc le monologue de Lili l'Egyptienne, Lili la voluptueuse dont les bravades attirent le scandale. En débarquant à Croydon chez Monica pour le mariage de Margaret avec Syl, Lili n'imaginait pas dans quels tourbillons elle allait se jeter. Son histoire la rend totalement différente du personnage qu'on imaginait dans les deux premiers tomes, et sa véritable figure révèle une femme plus sensée, attachante et dévouée. Dans cette communauté anglaise où elle s'installe pour quelques semaines, Lili va vite laisser son empreinte, en mettant son grain de sel, en faisant tourner les têtes, en donnant de son corps et en faisant des promesses... Une flamboyance étourdissante, dans laquelle il ne faut pas oublier Robert, son mari, un pion plus qu'important, finalement. <br /><br />Ce portrait qui donne la touche finale à la trilogie est une apothéose. En trois livres, le lecteur a su finalement se construire une idée à chaque fois renouvellée des personnages, des événements et de certaines séquences. Ce principe n'est jamais répétitif mais éclaire définitivement. L'écrivain Alice Thomas Ellis était une femme de lettres au grand talent, dont la causticité n'avait pas de quoi pâlir si on la comparait à ces autres dames anglaises à la plume bien souvent acérée. Il faut vraiment la lire et la découvrir, c'est savoureux ! </p>



<p>Les oiseaux du ciel</p>
<p>Mrs Marsh a bien la ferme intention de passer des fêtes de Noël conventionnelles, chaleureuses et chichement guindées, bref le topo ordinaire ! Mais cette année s'annonce mal, d'abord car depuis quelques mois Mary est revenue à la maison, depuis la mort de son fils Robin. Mary est sombre, mélancolique, elle passe ses journées devant la fenêtre à regarder les oiseaux et la neige qui tombe. Mrs Marsh compte sur son autre fille, Barbara, pour dérider cette sombre atmosphère. Second hic : Barbara débarque avec sa petite famille, son mari universitaire Sebastian, et ses deux adolescents, Sam et Kate, dans un esprit complètement feu-follet. Barbara ne dit rien, mais elle soupçonne son mari d'avoir une liaison avec &quot;La Givre&quot; ! La jeune femme est désemparée, garde son secret, sans savoir que son fils est au courant de l'affaire, et arrive chez sa mère en espérant conquérir Hunter, l'éditeur de Sebastian, et également l'ami de Mary. <br />&quot;Il n'y a pas que la mort pour faire souffrir les gens&quot;... songe un personnage, au cours de l'histoire. Car ces fêtes de famille vont partir dans tous les sens, empêtrés dans des sentiments de convenance et d'apparence qui ne peuvent être contenus plus longtemps. Les failles secrètes apparaissent, les digues lâchent. Mrs Marsh en tant que capitaine du navire se soucie de l'opinion des voisins, &quot;avec formalisme, mais elle n'a plus la force de s'en émouvoir&quot; ! On le devine à ces quelques passages, le portrait de cette famille épinglée par Alice Thomas Ellis est lapidaire, tendrement ironique et décape la bienséance (qui concerne aussi le milieu très prout-prout de la petite communauté universitaire, en passant). Un spectateur venu des Etats-Unis pose un regard déjanté sur &quot;cette tribu de singes&quot; mais &quot;étant américain, il aime que tous les événements et les situations se résolvent dans la douceur et la réconciliation&quot;. L'évolution du roman sous-entend que ce ne sera pas évidemment possible. Plus la soirée passe, plus les catastrophes vont pointer et s'écrouler comme un rodéo de dominos. <br />Au fond, en décor de théâtre, il y a le drame intime et ravageur de Mary qui a perdu son enfant : on ne sait pas comment, on ignore pourquoi, on doit deviner beaucoup des détails, et pourtant il y a ce choc et l'émotion. Mary est un personnage d'une grande perplexité mais d'une beauté froide et un peu morbide. On ne ressent aucune larme aux yeux en lisant &quot;Les oiseaux du ciel&quot;, plutôt on éprouve un plaisir sadique face à cet humour dévastateur, déjà apprécié et remarqué dans la trilogie du jardin d'Hiver. </p>


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<p>Mademoiselle Coeur Solitaire</p>
<p>Le narrateur anonyme observe celle qui incarne la vieille fille solitaire dans le film Fenêtre sur Cour, celle dont l'existence est réglée comme du papier à musique, mais creuse et ennuyeuse. Miss Lonely Hearts souffre également d'une maladie appelée « Manless Melancholia », la mélancolie d'être sans homme. Et ainsi, cet observateur, un brin amoureux, observe sa douce qui rêve, souffre et décide de sortir le grand jeu pour séduire un homme. Il est derrière ses barricades et écrit la vie de cette femme. Ses observations sont pointilleuses, il semble se glisser dans la peau de sa voisine d'en face, il est dans son corps, sa tête et son coeur. Il ressent son vide et ses souffrances. Il pense à son avenir et rêve à son passé. Il comprend ses meurtrissures, évoque une blessure secrète. Bref, il est clairvoyant en plus d'être voyeur ! C'est honnêtement une lecture ingénieuse et qui donne l'envie de se repasser le film et de zoomer sur Judith Evelyn, l'actrice qui a donné ses traits à Miss Lonely Hearts. Et l'auteur a un talent incroyable pour cerner la psyché féminine, décrire le manque, le vide et la mélancolie amoureuse. Il cerne la solitude, il a les mots pour décrire les tourments de cette femme, il nous la rend attachante et sympathique. Il a réussi à communiquer les sentiments que lui inspirait ce personnage, le lecteur éprouve les mêmes. Ce roman nourri de fantasmes refait le film et Hitchcock lui-même n'aurait pas boudé cette audace; en ce qui me concerne c'est désormais mon coup de coeur à moi ! </p>
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26 septembre 2007

En route vers les étoiles !

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En ce moment, notre Miss C. fait le plein de nouveaux livres et cela donne une occasion inespérée de se réconcilier autour des albums (à potentiel) fétiches, oui tout le monde a maintenant compris que la demoiselle prétendait qu'avoir 7 ans donnait davantage le droit de lire des livres au détriment d'albums magnifiques, blablabla ... un discours bien stérile quand ses yeux ont viré tout ronds en découvrant ci, ça et ceci encore ... Et une récente virée en librairie a également gommé les dernières traces de ses propos, tant la Miss a rempli le panier de livres grands formats avec illustrations merveilleuses ... Bon je cesse mon aparté, entrons vite dans le vif du sujet.

balade_du_pere_gregoireHier soir, nous avons lu pour la première fois ce livre :  « La balade du père Grégoire »

Autant vous dire que ma fille et moi avons été très enthousiastes. Cela parle d'une aventure  « dingue » (comme dit ma fille).

Le père Grégoire est un vieux monsieur qui vit seul dans sa petite maison derrière la grande forêt. Son chien Gamin est le compagnon de ses jours tranquilles qui voient l'homme cultiver un amour pour les roses.

Le soir, le bonhomme se met au lit en comptant les moutons. Sauf que sa méthode à lui est un peu différente. Il décide de compter à rebours en partant de 100 roses. D'habitude le vieux monsieur s'endort très vite, mais ce soir-là le décompte file et les paupières ne sont toujours pas closes.

Il y a bien des bruits bizarres autour de lui, mais qui ne l'inquiétent pas outre mesure.

Quand arrive « zéro rose », le père Grégoire entend soudain un vrombissement sous son lit. Cela ressemble au rugissement d'un moteur. Et alors, le père Grégoire s'étonne car son lit vient de s'improviser engin volant en route vers les étoiles ! ...

Quelles aventures l'attendent encore ?

L'épopée (grandiose et magnifique) du père Grégoire est simplement à découvrir. L'histoire est contée par Marie-Jeanne Barbier, qui s'est inspirée d'un dessin de son petit garçon de 8 ans pour créer un récit inventif et passionnant. Elle sait admirablement jouer avec l'imagination du lecteur : on vole parmi les étoiles, dans le système solaire, et on croise un astronaute qui frise de peu la catastrophe.

Chaque page tournée est une invitation au ravissement. Les illustrations d'Helder complètent l'enchantement, une vraie alchimie se forme sous nos yeux. A l'aide de couleurs chaudes, criantes d'une atmosphère chaleureuse, les images colorées remplissent les doubles pages. Pour principe, Helder cuisine ses illustrations de façon traditionnelle, puis les fait dorer dans un four numérique. Oui, le résultat est tout à fait original et très concluant !

Petite touche de facétie pour conclure la lecture et ouvrir à la discussion : Toutes ses péripéties sont-elles bien réelles, ou le fruit d'un rêve ?

Magique !

Editions Balivernes - 40 pages - 13,00 €  /  Septembre 2007

25 septembre 2007

Mon Comeback (série de Lisa Kudrow)

Au début, ce n'était pas gagné. J'étais moyennement convaincue, peut-être peu réceptive à l'humour très décalé de la série. C'est l'histoire de Valérie Cherish, ancienne vedette d'un sitcom ayant connu son heure de gloire dans les années 80. Evincée du showbiz après l'arrêt de son feuilleton, Valérie est tombée dans les oubliettes, malgré un prix du Public pour sa performance. Aujourd'hui elle fait donc son "Comeback" en passant le casting pour une nouvelle série tv "Room and bored" tout en participant à un reality show, intitulé "My Comeback".
La télé-réalité dans toute son horreur ! ... Accrochez-vous !
Jane, la productrice, et son équipe de tournage, poursuivent Valérie 24h/24 et sont les témoins privilégiés du parcours de l'actrice pour retrouver les spotlights. Le chemin est semé des pires embûches, l'orgueil de Valérie est éclaboussé, tant sa dignité est mise à rude épreuve.
La série Room and Bored qui signe son grand retour n'est pas à la hauteur de ses espérances. Valérie joue le rôle de la tante Sassy, une vieille peau ringarde fringuée comme l'as de pîque, et n'a bien souvent que quelques lignes à dire.
Beaucoup d'amertume donc, de l'humour caustique, grinçant et énervant. On hésite vite à éprouver de la compassion, du mépris, de l'horreur. Et puis, tel un sursaut inattendu, la série devient carrément ... brillante !
En participant à ce programme, la célébrissime Lisa Kudrow (ex-Phoebe dans Friends) semble jouer son propre rôle, en se mettant dans la peau de Valérie Cherish. Elle y est étourdissante, drôle, émouvante, hypocrite et opportuniste, parfois maladroite, mais réellement attachante ! C'est finalement un pari hautement réussi : savoir accuser le milieu du showbiz, le monde impitoyable de la télévision et toujours cultiver un esprit intelligent, jamais bassement revenchard.
Après un début en demi-teintes, "Mon comeback" est une série assez extraordinaire, créée par Lisa Kudrow et Michael Patrick King (Sex and the city). C'est un sympathique mélange entre les rires, les grincements de dents, l'ignominie et un final ... déconcertant ! La série n'a pas marché aux USA, du coup il s'agit d'une saison unique avec 13 épisodes, de moins de 30 minutes pour chaque.

vu en septembre 2007

25 septembre 2007

Bouchère ~ Catherine Soullard

La narratrice a ouvert sa boucherie dans un quartier de Paris et savoure son indépendance et son petit marché fructueux. C'est une nouvelle vie pour elle, après une séparation et un travail dans la critique de cinéma où elle tournait en rond. Désormais, être bouchère l'épanouit : jouer à la marchande, planquée derrière son comptoir, à l'abri dans sa boutique, à observer la rue et son activité. Cette narratrice sans nom est secondée par un jeune apprenti, Patrice, avec lequel elle se sent tantôt patronne, tantôt maman, bref sèche et protectrice. Elle attend beaucoup de lui et leur relation est très privée et exclusive. Et puis, un jour de pluie, Myriam fait son entrée à la Mary Poppins : "un chapeau mou enfoncé jusqu'aux oreilles dégoulinant de tous ses bords, les mains dans les poches d'un manteau rose thé qui ressemblait à un buvard imbibé, un paquet de linge blanc étincelant sous le bras". Cette femme de 54 ans vient travailler à la boucherie, elle s'immisce comme une anguille entre le couple et ne pipe jamais un pot. Sa présence est silencieuse, obstinée, envahissante et révélatrice d'un drame annoncé.

En bonne élève appliquée, Catherine Soullard a su restituer à merveille l'ambiance de la boucherie, du découpage de la viande, de l'abattoir dans ses plus scrupuleux détails. Mais travail trop consciencieux, oserai-je dire. S'il est vrai que le caractère de la bouchère est justement carré, fonctionnel et intransigeant, la façon de décrire son environnement y fait référence admirablement. Mais d'un autre côté, on s'ennuit un peu. Quelques passages sont trop longs, ou bien on attend qu'un coup de théâtre retentisse. Ou se fasse attendre. Les quelques pages avant la fin font figure d'un maigre espoir de sursaut, mais le résultat est tout juste acceptable. "Bouchère" est le deuxième roman de Catherine Soullard, après "Palmito d'Evian". C'est dommage que la pochette du roman n'apparaisse pas sur le site, elle est plutôt réussie !

septembre 2006

25 septembre 2007

Valdingue ~ Nathalie Carter

Un môme de 13 ans met le feu dans la maison de son grand-père et prend aussitôt la fuite, abandonnant le corps calciné de celui qui l'avait élevé depuis la mort de sa mère, noyée peu après sa naissance. Dit-il, car Antonin vient de recevoir une lettre d'Amérique qui a complètement chamboulé le garçon. Il pète les plombs et part le plus loin possible. Sur son chemin, il croise une femme qui l'appelle Alexandre, elle l'héberge dans une maison sur la plage, près de l'océan. Cette femme, Eve Beauchamps, porte un imperméable beige et n'a plus le goût à vivre non plus. Elle est également en fuite, le souvenir de son garçon semblant la rattraper plus vite qu'elle ne le pensait. Car survient le type, Jean, qui épie ce couple étrange et adresse ses rapports à une fille, qu'il décide de larguer sur un coup de tête, trop las, dit-il, d'être « un coucou velléitaire, élégamment désespéré, dont le principal talent consiste à dégotter des nids douillets où il peut bichonner avec complaisance son incapacité d'écrire » !

Drame en quatre actes, ainsi se résume « Valdingue », premier roman de Natalie Carter, scénariste pour le cinéma et la télévision. On lui doit, par conséquence, une manie pointilleuse à détailler en séquences hachées les scènes de son histoire, qui s'étoffe au fil des pages, suivant l'avancée du roman, qui dévoile page après page son intrigue et les dessous cachés du pourquoi le môme a-t-il tout brûlé, que disait sa lettre d'Amérique, que fuit Eve Beauchamps, qu'espère Jean et que sait vraiment la fille, à la fin de ce témoignage ? Le môme, le type et la fille sont les principaux pôles du roman, autour desquels va s'écrire « Valdingue ». C'est à la fois prenant, pesant et étouffant. Le môme, en ce qui concerne son chapitre, est un gamin violent et détestable, le lecteur devra surmonter son antipathie pour poursuivre sa lecture. Car « Valdingue » est un roman qui mérite le coup d'oeil, pas très long à lire, seulement 140 pages, et une histoire à la fois violente et tragique.

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