Sans te dire adieu - Maryam Sachs
Roxane est l'épouse comblée de Kamran, qu'elle a connu très jeune à 12 ans. Sûre de son choix, amoureuse éperdue, la jeune femme s'est mariée en croyant très fort à son rêve de princesse. Les premières années furent idylliques, et encore maintenant Roxane est profondément attachée à son mari, seulement elle se demande si les feux de la passion n'ont pas commencé à filer dans les airs.
En fait, si elle se pose ces questions, c'est aussi parce qu'elle vient de perdre pied en croisant le regard bleu d'un jeune homme, un soir à la brasserie Lipp, qu'elle n'a pas hésité à le suivre dans la rue où elle fut le témoin de son accident. Roxane a hélé un taxi, chargé le jeune homme inconscient et s'est rendue à l'hôpital avant de disparaître.
Le souvenir de l'inconnu est tenace, met en péril ses convictions. N'en pouvant plus, Roxane va chercher à le revoir.
L'histoire, au début, se présente comme un portrait de femme attachant - Roxane vient d'Iran où elle a vécu ses premières années avant de connaître l'exil, entre la Californie, Londres et Paris. Son mariage avec Kamran, un ami de la famille, s'est inscrit dans une continuité, une tradition consentie et qui correspondait aux rêves de la jeune femme (et de sa famille). Pendant les premières pages, sincèrement, le roman s'accroche à tracer la psychologie de cette femme avec une jolie clairvoyance, beaucoup de sensibilité aussi.
Et puis, en cours de route, j'ai de moins en moins apprécié la direction que prenait l'histoire. Roxane, en bute avec ses désirs et son coup de foudre, devient un vrai casse-tête, un tourbillon de questions et d'atermoiements. Personnellement, je me suis lassée.
Dommage pour ce premier roman qui avait des atouts généreux, servi par une belle plume, mais qui pêche par manque d'action à force de trop d'introspections ! A voir.
Le Passage - 167 pages - Octobre 2007. 14 €
Extrait : J'aime les livres. Tant qu'ils sont là, rangés par ordre alphabétique sur les rayonnages de la librairie, épars sur la table basse de notre salon, empilés à même le sol de notre chambre, tant que j'en ai au moins un sous la main, je me sens en sécurité. Les livres me parlent et je leur réponds. J'entretiens avec eux un rapport quasi charnel. Je leur dois mes larmes, ma gaieté, ma tendresse, ma sensualité. Je me promène entre les mots chaque fois que l'envie m'en prend, avec la certitude qu'au bout de la page, du chapitre, de la ballade ou du quatrain, le plaisir m'emportera loin, très loin. Je prends des mots, engrange du savoir avec l'application d'une écolière. J'extrais une phrase ou une expression, que je consigne sur l'un de ces petits carnets de poche - les One year of white pages, ou bien les célèbres Moleskine d'Ernest Hemingway - que nous vendons aussi, à la librairie. Oui, j'aime les livres et tout ce qui tourne autour d'eux. "Tu devrais écrire, écrire pour de vrai", me disait souvent mon mari quand il me voyait griffonner ainsi. Ecrire ? Non, je préfère lire les mots des autres, c'est moins dangereux.
"Clair de femme" est une bouleversante histoire d'amour au sens très large. C'est la rencontre entre Michel et Lydia, tous deux blessés et saouls de malheur. Lui car sa femme se meurt et l'a prié de s'en aller rencontrer une autre femme ; elle, Lydia, la quarantaine et les cheveux blancs, coupable de ne plus aimer l'homme qui a tué leur petite fille dans un accident de voiture. Ces deux êtres en perdition, écorchés et malheureux, vont se heurter sur un trottoir, faire l'amour cette première nuit, se parler et errer dans les rues de Paris pour se consoler. Leur rencontre va alléger leurs chagrins, pensent-ils... Le roman se passe en une nuit : le temps pour la femme aimée de mourir, le temps pour Michel et Lydia de parler amour et couple. « Nous avions besoin d'oubli, tous les deux, de gîte d'étape, avant d'aller porter plus loin nos bagages de néant ». Toutefois, Michel est un bâtisseur de cathédrales et son attente du couple est trop faramineuse pour l'ultra-sensible Lydia qui prend peur de cette promesse d'édifice. Michel doit partir vers d'autres terres pour oublier sa femme trop adorée et cette dernière nuit va s'écouler tristement, vainement. Ode à l'amour, à la vie de couple, à la pérennité de cet amour ?... "Clair de femme" est un bouleversant hommage d'un homme pour la femme de sa vie, la célébration passionnée de la « patrie du couple» ; « d'une bienheureuse absence d'originalité, parce que le bonheur n'a rien à inventer ». Étourdissant d'actualité pour un texte publié en 1977, ce roman s'inscrit dans la coulée d'une écriture claire et aérée, il révèle l'angoisse du déclin que pressentait l'auteur lui-même - il s'est finalement donné la mort en 1980. « Il y a dans ce roman la dérision et le nihilisme qui guettent notre foi humaine et nos certitudes sous le regard amusé de la mort, écrivait Gary. Les dieux païens nous guettent installés sur l'Olympe de nos tripes. Notre vie n'est peut-être que le divertissement de quelqu'un. Tout se passe comme si la vie était un music-hall, un cirque où un suprême senôr Galba [pitoyable pitre alcoolique, dresseur et montreur de chiens]...s'amuserait à nos dépens ». Nullement sinistre, "Clair de femme" se révèle époustouflant !
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