Elle n'était encore qu'une enfant quand, lors d'une fête foraine, la petite s'est perdue, recueillie par un homme à la peau noire et "délivrée" à grands coups de fracas et cris retentissants par la police. Ce qui a suivi, pour elle, c'est l'habitude de se perdre. De son plein gré. Or, trente ans plus tard, la narratrice apprend qu'elle est atteinte d'une tumeur au cerveur, qu'on lui donne six mois à vivre et qu'un coma profond sera son antichambre vers la mort. Plongée dans ses "bois dormants", la jeune femme rêve et revit ses contes de petite fille. Autour d'elle, les infirmières lui lisent des histoires, Michel son compagnon lui apporte des fleurs, cachant aux enfants le drame de leur maman, censée "à la cueillette des mûres".
Ce livre n'est pas éprouvant, accablant de douleur et comprimé de larmes. Même si le sujet latent concerne la maladie, le roman demeure " sauf ". Car Fabienne Juhel, qui signe là son deuxième roman, a une astuce pour éviter le mélo : elle use et abuse des fables pour enfants, en décore son propos de manière parabolique, elle crée un monde onirique, mêle le réel aux songes. C'est très joliment écrit. Et puis, bien entendu l'histoire est touchante. Comment ne pas s'attendrir face à cette femme qui a fait de la perte une "imparfaite manie", un art calculé et requis avant d'être définitif ? J'avais déjà lu son premier roman "La verticale de la lune" mais je n'avais pas été embarquée dans son univers. Cette fois, passant sur les premières pages stupéfiantes, j'ai été happée par cette jolie fantaisie, ce métissage de fantasmes et de réalités. Où on y découvre aussi une relecture des fables enfantines, une révision de nos cauchemars qui apparaissent soudain poétiques et séduisants. A tenter !
Editions du Rouergue - 158 pages - En librairie le 17 Août 2007 -
On leur donne le surnom de la Grande Couvée car dans cette famille ils sont huit enfants : Gabrielle, quinze ans, Emmanuel, treize, et Ariane, onze ans, les jumeaux, Paul et André, autrement dit Melchior et Balthazar, neuf ans, Jeanne, sept ans, Inès, quatre ans et Denis, le bébé, presque deux ans. "Les autres l'appellent Roger parce qu'ils le détestent. Certains rêvent de s'en débarrasser, surtout les nuits où il hurle, réveillant tout le monde". Le ton est donné. Beaucoup d'humour, de facétie et une tendresse cachée derrière les chamailleries, les parties de cache-cache, les langages inventés, les jeux de massacre. Non, jamais rien de sérieux ! Pour gouverner tout ce joli monde, il faut faire appel au chef de la troupe, leur père, qu'on a baptisé le Crocodile rouillé, une image vite intégrée à leur paysage, digérée, pour ainsi dire. Toute cette famille nombreuse a suivi l'autorité paternelle pour une mission dans un pays étranger. Cela risque d'être long, surtout qu'ils ont strictement l'interdiction de sortir, de bouger une oreille et doivent appliquer à la lettre la liste des corvées sans moufter. Bien entendu, ce sont toujours les plus grands qui trinquent. Les petits, eux, ont la veine de se perdre. Encore qu'il n'est pas toujours aisé d'être traité de bébé, qu'on cherche sans cesse à ratatiner et qu'il faut brailler pour changer les couches et les fesses trempées. Beurk. Comble de tout, les joyeux parents annoncent à la tribu la venue prochaine d'un neuvième bambin ! Rien à dire sur ce livre, sauf qu'il est très, très drôle, qu'il apporte une bonne bouffée d'oygène (et que ça fait du bien entre deux, trois bouquins un peu sévères). Laissez-vous surprendre, ce n'est pas un livre impératif, c'est juste distrayant. Et aussi, ce livre m'a quelque part rappelé la famille des Jean-quelque chose de Jean-Philippe Arrou-Vignod (en Folio junior). (En savoir plus ? Cliquez ici ! ) Au programme, donc : "Le Crocodile rouillé" de Dominique Louise Pélegrin est une chronique familiale attachante, désopilante et tout à fait sympathique. Lecture savoureuse. A tester !
Belfond - 260 pages - 1er roman - En librairie le 16 Août 2007.
Non ! Les vacances ne sont pas encore finies. Et ce n'est pas encore totalement la Rentrée, même si plane dans l'air l'avant-goût des 700 ouvrages à paraître (1ère envolée à surveiller dès le 16 août, à noter ! ) pour l'événement culturel de la saison. ;o)
Ce billet va se pencher vers les titres à paraître en format poche. Car une belle moisson s'annonce aussi de ce côté-là ! (Encore une fois, je m'attarde sur les livres que j'ai personnellement lus et appréciés ...) Attention, dans l'ensemble, ces titres ne paraissent pas avant la fin du mois !
Chez 10-18 :
Ceci n'est pas un roman - Jennifer Johnston : Il y a trente ans, Imogen apprenait la mort de son frère Johnny, porté disparu après être parti nager en mer. C'était un nageur émérite, aussi Imogen a toujours refusé de croire en sa disparition tragique. Envoyée dans une clinique, la jeune fille est incapable de parler. Non, elle n'est pas folle, juste secouée. Elle va s'engager dans l'écriture et raconter l'histoire de sa famille. Pour cela, elle va fouiller dans les placards, trouver des lettres d'une arrière-grand-mère, lire le journal de son père, se rappeler l'année 1970 où tout a basculé quand Johnny a refusé de poursuivre son entraînement de natation, avec l'arrivée de son camarade allemand Bruno, et les comportements étranges de leur mère Sylvia et la mystérieuse mais aimante amie Mathilde. Le roman va donc se construire comme un puzzle, on y découvre les acteurs de cette tragédie familiale jusqu'au dénouement dans les dernières pages. Foncièrement captivant, après un début balbutiant.
Chez J'ai Lu :
Le cri - Laurent Graff :Le narrateur est péagiste sur une autoroute qui est de moins en moins fréquentée par les automobilistes. Les gens fuient, un drame est survenu mais le narrateur n'en a ni connaissance ni franchement conscience. Autour de lui, gravite une faune étonnante : un gendarme, des auto-stoppeurs, une infirmière et un SDF avec ses deux chiens. Un vol a eu lieu, un cri a retenti, ils sont peu à y survivre. "Le cri" a été inspiré à Laurent Graff après le vol du tableau d'Edvard Munch qui porte le même nom. Il évoque une fin du monde, la fin d'un homme et papillonne d'allégresse dans un univers un tantinet fantasmagorique. C'est très rapide à lire, le personnage nous embarque aussitôt dans sa quête vers la véracité. Et la fin du roman apporte des solutions qui relève le niveau d'une histoire qui parfois empruntait des chemins alambiqués. Plaisant, donc.
Chez Pocket :
Pissenlits et petits oignons - Thomas Paris :Koulechov est un croque-mort original. Dans son métier, pour égayer ses instants morbides, il décide de connaître "ses" morts afin d'écrire au moins quatre pages de leurs histoires personnelles. Koulechov s'improvise écrivain et rend ainsi âme aux disparus. Un jour il s'occupe du cas de son quatre mille deux cent vingt-quatrième "client" : Emile Lécuyer. Mais ce sont deux femmes qui entourent ce cadavre, Eva Rouvière et Anne-Marie Lécuyer, la maîtresse et l'épouse, semble-t-il. Et l'histoire commence sur le trajet pour inhumer le corps, un pistolet braqué vers Koulechov ! Qui, quoi, comment, pourquoi ? Le lecteur s'en pose des questions et Koulechov, en digne et humble narrateur, déroule le fil de son histoire. Roman très drôle, glacial et inquiétant, assez cynique par certains aspects comme la comédie des moeurs légères. Koulechov est un personnage affable, qu'une histoire, simple en apparence, va paralyser et emmêler les pinceaux. D'ailleurs, la conclusion s'avère étrange, dérangeante et révise le roman entièrement. A goûter !
Chez Points :
Mangez-moi - Agnès Desarthe : Voulant tourner la page d'un passé en lambeaux, Myriam a décidé d'ouvrir un restaurant, le Chez Moi, un joyeux bordel de couleurs, d'odeurs et de saveurs. On y rencontre aussi des étudiantes en philosophie, un saint-bernard dégingandé mais indispensable, un fleuriste amoureux, des rêves hallucinatoires, une bibliothèque nomade, et des notes de musique... Mais derrière les délices, se cachent aussi les peines, les doutes, les questions. Les amours bancales, jamais banales. Bref, tout bonnement enivrant, parfumé d'odeurs alléchantes, sensuel, envoûtant, féérique et chimérique, un roman à dévorer.
A surveiller : Le baiser dans la nuque, de Hugo Boris (Pocket) ; Extrêmement fort et incroyablement près, de Jonathan Safran Foer (Points) ; Mémoires de porc-épic, d'Alain Mabanckou (Points).
N'hésitez pas à compléter cette liste avec vos propres suggestions !
Cette histoire s'est déroulée plus de 25 ans avant les événements relatés dans "Ma soeur est une sorcière". Sa publication a eu lieu près de dix ans après, répondant à une étrange règle déjà rencontrée avec les Chroniques de Narnia... Toutefois, lire "Les neuf vies du magicien" avant ou après ne porte finalement pas à conséquence.
Christopher est un garçon aux pouvoirs extraordinaires. La nuit, il peut se transporter en rêve dans des mondes parallèles. Mais c'est une chose qu'il garde pour lui seul, voyant ses parents se déchirer pour une sombre histoire de fortune dilapidée et d'entrée dans le beau monde fort compromise... Bref, Christopher est confié aux soins d'une kyrielle de gouvernantes qui abandonnent leur poste les unes après les autres, jusqu'à l'arrivée de la Dernière Gouvernante, miss Belle, et de l'Oncle Ralph. Séducteur, ce dernier décide de prendre les rênes du foyer de sa soeur désargentée. Et parce qu'il souhaite également faire le bonheur de sa mère, Christopher n'hésite pas à suivre cet oncle mystérieux, lequel, informé des rêves et des voyages, va bien entendu tirer profit de la situation...
Une formidable aventure va commencer. Sur l'innocence d'un garçon qui ne connaît pas le potentiel de ses pouvoirs, l'histoire va entraîner le lecteur dans une série d'événements tous plus exceptionnels les uns que les autres. Christopher le naïf va également rencontrer d'autres personnages plus troublants, comme le célèbre Chrestomanci, qui va accueillir l'enfant dans son château pour une éducation "particulière". Sans oublier aussi la Déesse vivante Asheth et ses nombreux chats... Ce livre est un mélange de magie, d'enchantement, d'imagination, le tout bien fourni en rebondissements. Les personnages sont également très attachants, ils échappent aux clichés et peuvent nous surprendre au détour de plus d'un chapitre. Lecture séduisante, à conseiller pour les amateurs du genre !
Traduit par Sylvie Simon. 335 pages.
Gwendoline et son frère Chat sont les seuls rescapés d'un naufrage. Recueillis par le Grand Chrestomanci, les enfants Arcand vont suivre une éducation pointilleuse qui n'est pas sans agacer la jeune fille. En effet, Gwendoline se vante d'être une sorcière puissante et redoutable. Elle rechigne d'être reléguée parmi les débutants ou les enchanteurs. Son frère Eric, surnommé Chat, lui voue une grande admiration, tout en admettant que sa soeur pousse le bouchon de plus en plus loin. Depuis leur arrivée au château, des événements insolites surviennent, mais avant d'en comprendre leurs significations, il sera bientôt trop tard pour sauver les neuf vies d'un magicien !
Pour avoir lu le livre qui explique ce qui est survenu 25 ans plus tôt, j'ai été plus ou moins surprise par la tournure de certains coups de théâtre. Toutefois, le plaisir n'en reste pas moins là ! C'est toujours très agréable de plonger dans l'univers de Chrestomanci, cet enchanteur dandy, de suivre les péripéties d'enfants qui découvrent leurs pouvoirs avec candeur et maladresse. La roublardise des uns fait face à l'honnêteté des autres. S'ensuit souvent un face-à-face palpitant... bref une belle série qui ne démérite pas ses titres de gloire et ses nombreuses récompenses littéraires. N'hésitez pas à découvrir !
Traduit par Florence Seyvos. Dès 11 - 13 ans. 280 pages.
Ce livre est drôle ! Oui, malgré son thème d'abord presque morbide (un père qui se meurt), on sourit beaucoup au soliloque de la narratrice, sans prénom, si ce n'est celui qu'on a décidé de lui coller : Elodie. Parce qu'elle est née le même jour qu'une jeune fille morte, elle a instantanément été prise sous l'aile de son employeuse, quitte à la couvrir de cadeaux - toutes les affaires de la jeune défunte ! Bref, c'est une histoire où on s'intéresse de près aux morts. D'abord, prenons place autour de cette famille presque éplorée d'assister aux énièmes soupirs d'agonie du patriarche, suite à son déjeuner d'anniversaire. Car le problème, c'est que toute la famille n'est pas nouvelle de ces crises de "va-t-il bientôt mourir, ou pas ?". Donc, à la longue, ça plombe un peu toute cette assistance : la mère qui radote et s'invente des souvenirs, le frère qui compte les soupirs du mourant, la soeur aînée qui songe au sens de la vie, de l'argent, de l'amour etc. et la narratrice, sans identité définitive, silencieuse, butée dans un manque de sensibilité qui heurte sa mère. Mais silencieuse, elle ne l'est qu'en apparence car dans ses pensées elle ne cesse de parler, de raconter sa vie et celle de sa famille. Et il n'y va pas avec le dos de la cuiller ! Elle n'épargne personne ! Elle adopte volontairement un ton drôlatique, cynique et auto-dérisoire qui fait merveilleusement mouche. On adore, ou pas. C'est sûrement un roman qu'on parcourt d'une traite et qu'on ne regrette pas d'avoir parcouru ! Un bon plan lecture.
Dans une petite ville en Argentine, l'avocat Ponce accompagne sa jeune soeur Victoria à la station d'autobus. Or, le véhicule passe à toute vitesse devant leur nez et ne s'arrête pas. Au café, tout le monde s'étonne et pense que Castro, le chauffeur, est devenu fou. Qu'importe. On attendra un jour de plus. Victoria rentre chez son frère et Marta, son épouse. Un autre couple préfère passer la nuit à l'hôtel avant de prendre la route le long de la voie ferrée. Car le lendemain, l'autobus passe sans crier gare et Ponce commence à voir rouge. Sans le dire tout haut, il pense qu'on se moque vertement de lui, qu'autour, les gens ricanent et le montrent du doigt. Cela lui rappelle amèrement son mariage, un sentiment de piège inextricable, une punition au fer rouge. Dans la petite ville, les langues commencent à se délier. La radio parle d'une chasse à l'homme, d'une jeune fille en fuite, d'un couple à épingler, de l'armée en faction et d'une fusillade au petit jour... L'affaire de l'autobus qui passe sans s'arrêter ne semble finalement plus si anodine.
Pas loin de penser qu'on frise la farce, ce roman de l'argentine Eugenia Almeida n'a en fin que compte que les atours car le fond du roman penche vraisemblablement dans la comédie morbide. Les personnages sont brossés avec vigueur et bonhommie. Ils ont l'aspect de gens qui ne pensent pas plus loin que le bout de leur nez, pourtant impossible de leur conter des sornettes. Ils sont nombreux à se questionner sur l'autobus, sur le couple en fuite, sur l'armée qui donne ses directives d'un ton sans appel. "Et si..." se disent les uns et les autres, au bout du cinquième jour, une fois la tension passée. Car derrière les dialogues, les potins, le blabla et l'égo démesuré de l'avocat Ponce, se trouve bel et bien une pression tenace, un rien énigmatique. On peut penser beaucoup de choses, ne pas les écrire, mais les éprouver sans aucun doute ! Un premier roman subtil, entraînant et qui embarque de sitôt...
Traduit de l'espagnol (Argentine) par René Solis - 124 pages - Editions Métailié.
« Ma vie quotidienne est faite de petites tâches, toujours les mêmes. La routine me protège. » Emile se rend tous les jours au parc municipal où il croise une femme de petite taille plutôt fluette, d'une soixante d'années. « Touchante avec son chapeau démodé, son corsage orné d'une dentelle, ses bas de coton noir, elle s'intègre parfaitement au paysage vieillot du parc. » « Elle tricotait par intermittence ce qui devait être une écharpe, les genoux joints, l'oeil en éveil sur les promeneurs et les jardiniers porteurs de fleurs à repiquer. » Tous les jours, un émouvant ballet s'opère. Emile et cette femme se retrouvent au parc, assis aux mêmes places, engoncés dans des gestes répétitifs. Et, « parce qu'il y avait du bonheur autour de nous, sans trop réfléchir », Emile et cette femme vont amorcer une discussion à bâtons rompus. Ils vont se retrouver jour après jour dans ce parc, puis Louise (ainsi se prénomme-t-elle) va le convier chez elle pour un déjeuner sans chichis. Les choses en amenant d'autres, Emile va s'installer chez Louise. « Les journées se passent dans une heureuse monotonie. Il semble que rien de mauvais ne puisse arriver. Il y a toujours des instants privilégiés à saisir, le bonheur d'un rayon de soleil, d'une rêverie, d'un souvenir. » Car dans cette vie presque idyllique, dictée par un mimétisme déconcertant, va survenir un grain de sable pour enrayer le mécanisme. « C'est un samedi après-midi que tout a basculé. »
Je ne vais pas dévoiler ce qu'il va arriver à nos deux amoureux timides et pudiques, mais je vous invite à lire ce petit texte au plus vite pour en savoir plus, savourer le style impeccable de Georges Bonnet, apprécier la lenteur, la douceur et la retenue des sentiments. Dans les derniers chapitres, on reste toutefois en attente, un peu aux aguets qu'un petit truc surgisse, retentisse, vienne casser le train-train. Cependant, à bien y réfléchir, tout s'inscrit dans une logique inflexible. Comme le souligne la quatrième de couverture, « c'est grâce à un art dénué de tout artifice, comme puisé à l'émotion même, qu'il sait rendre palpitant la plus partagée des banalités et tenir le lecteur en haleine ». Aux amateurs de sensations fortes, de rebondissements à n'en plus finir, passez votre chemin ! Ici, la monotonie revêt des couleurs chatoyantes, charmantes et pleines d'une séduction pondérée.
De retour dans sa ville natale de Bush Falls, Joe Goffman sait qu'il court à sa perte et se rue droit vers la guillotine. Jeune écrivain à succès, âgé de 34 ans, il vient de vivre une ascension fulgurante avec la parution de son premier roman, humblement intitulé "Bush Falls", où il racontait sa jeunesse dans cette petite bourgade du Connecticut. Or, ses révélations ont déplu, son livre a vite été taxé de ramassis d'injures impardonnables. Son retour sur les lieux du crime s'annonce sans pitié !
Pourquoi revient-il ? Cela faisait dix-sept ans que le garçon était parti, un peu en brouille avec sa famille, sa petite amie d'alors, ses rares amis, etc. Il vit désormais à New York, mène une existence futile et superficielle, bref le vide intersidéral ! S'il rentre, donc, c'est pour se rendre au chevet de son père mourant. Mais ils sont nombreux à l'accueillir avec froideur, sourire crispé et désir de lui faire payer son arrogance.
Pour ma part, j'appuie ce comité d'accueil car l'individu Goffman m'horripile au plus haut point ! J'ai d'ailleurs beaucoup aimé la mise au point qu'un type lui fiche en pleine figure vers la fin du roman, je trouvais qu'elle lui pendait au nez depuis belle lurette ! C'est clair, du début à la fin, je n'ai pu m'empêcher d'être agacée par ce personnage imbuvable. Et dans l'ensemble j'ai trouvé que l'histoire était un peu cousue de fil blanc, prévisible jusqu'au bout, avec une fin "en apothéose" complètement risible. Désolée.
Pas totalement déçue non plus, j'ai parcouru ce roman sans relâche, y reconnaissant les bonnes ficelles efficaces. De l'ironie, du mordant, un peu d'humour (noir) et de l'émotion gratuite ... voilà de quoi vous divertir, vous aider à passer de bonnes heures de lecture. Mais, point transcendant non plus !
Traduit de l'américain par Nathalie Peronny - 405 pages - Fleuve noir, Janvier 2006 / 10-18, Février 2007.
... euh, vous êtes déjà très nombreux à l'avoir lu, apprécié ou pas ... je vous laisse inclure vos liens dans les commentaires ! ;o)
J'ai accepté la proposition de l'éditeur pour recevoir ce livre d'Elisabeth Butterfly, inspiré de faits rappelant un grand scandale politico-financier, blablabla, mais "toute ressemblance avec certaines histoires récentes est purement fortuite". Qu'on le dise ! Elisabeth Butterfly a choisi la fiction pour mieux servir la réalité, après un long travail d'enquête. La présentation de l'éditeur fait même le rapprochement avec "La constance du jardinier" de John Le Carré et de "The Insider" adapté par Michael Mann... Personnellement, en acceptant cette lecture, j'ai plus été tentée de lire un nouveau roman de l'auteur. J'ai découvert Elisabeth Butterfly avec ses premiers livres, "Lolita Go home" et "Dissection du mariage", puis "François Truffaut, le Journal d'Alphonse". Objectivement, je ne crois pas à ce genre d'histoire qui me paraissait un peu sournoise. C'est la péripétie cauchemardesque d'un ancien journaliste devenu écrivain qui, fin 2001, met le nez dans un beau sac à embrouilles en découvrant des comptes occultes orchestrés par une banque internationale d'investissements, basée en Suisse. En mettant à jour cette sombre affaire, notre homme, Jules Wigand, s'expose à des représailles, des menaces, à la censure et aux procès interminables. La pression est tenace, elle dure des années, jusqu'en 2006. Jules Wigand est un homme à abattre. Ce livre, raconté un peu par l'épouse, est une démonstration impitoyable des moyens mis en oeuvre pour miner un type, le rendre muet et ruiner sa vie personnelle. Sur le fond, l'histoire se lit comme une flèche. Très bon rythme, scénario qui fait froid dans le dos, ce sont les coulisses d'un tapage médiatique qui mouille une institution et qui touche une loi tacite ("tu le sais, mais tu te tais"). Pourtant, le personnage principal de Jules Wigand n'apparaît pas très sympathique, sa soif de "vérité" est contestable, et puis zut ! cela fait un peu trop écho à une affaire récente qui me barbait déjà dans les journaux, donc je préfère m'en éloigner. Et puis, je n'ai pas retrouvé le style de l'auteur qui avait su me plaire dans ses débuts. Dommage. Bon livre, mais tendance paranoïaque inutile, à mon goût. A considérer comme une sombre intrigue des coulisses du pouvoir. PS : Et je n'aime pas le titre !