13/01/09

Au rebond - Jean Philippe Blondel

51Dh_D1u4lL__SS500_Oui, encore Jean-Philippe Blondel ! Il s'agit de son deuxième roman qui paraît en ce mois de janvier, après A contretemps (robert laffont). Cette fois il signe une très agréable histoire pour la jeunesse (chez actes sud), celle d'un adolescent de quinze ans, Alex, qui va apprendre à mieux connaître sa mère et apprécier la chance qu'il a.

Alex a un très bon pote, Christian. C'est le rejeton d'un couple bourgeois, qui habite une belle maison, sans connaître le moins souci d'argent. Alex lui vit seul avec sa mère, dans un petit appartement sordide, au coeur d'un quartier de misère. Les fins de mois sont difficiles, l'entente entre la mère et le fils souvent tendue. Alex et Christian ont appris à s'apprécier sur le terrain de basket, où ils forment une équipe imbattable. Ils dribblent, ils se font des passes, ils ricanent, se poussent du coude, mais ça s'arrête là. Personne ne connaît la vie de l'autre, quand la porte est fermée à clef. Ou juste un peu, Alex est pauvre et Christian a une mère qui picole en douce. Puis, les vacances arrivent, et deux semaines suivent, Christian ne donne plus de nouvelles. Il ne répond plus au téléphone, mais le coach a cru l'apercevoir dans un supermarché, ce qui serait très étrange.

Un jour, après une discussion intéressante avec sa mère, Alex se rend chez son copain. La maison est fermée à double tour, aucun signe de vie, et pourtant Christian est bien là, tristounet et amer, en pleine galère. Ni une ni deux, Alex et sa mère se retroussent les manches pour venir en aide à cette famille désormais désarticulée.

Encore un roman qui parle d'amitié et d'entraide ! C'est simple comme bonjour, avec une recette déjà éprouvée dans d'autres lectures (le côté de la fratrie aux bras cassés qui forme un noyau, contre vents et marées). C'est, de plus, une histoire qui tord le cou aux idées reçues, comme les amitiés entre garçons taxées d'homosexualité, et qui vilipende l'irresponsabilité de certains hommes ! Bref, j'ai essentiellement aimé les dernières pages du roman, beaucoup aimé les femmes de ce livre aussi... Et le jeune narrateur en tire de bonnes leçons puisqu'il va apprendre à redécouvrir sa mère, à mieux lui reconnaître ses valeurs, à cerner ses qualités (nombreuses) au-delà de ses défauts (personne n'est parfait !).   

Très bonne lecture.

Le mantra du jour : « Ce qu'il y a de bien, c'est qu'après les moments de crises, il y a maintenant aussi des moments de répit. Des instants de tendresse. Et de rire. »

Actes Sud junior, 2009 - 100 pages - neuf euros.

l'avis de Gaëlle, également enthousiaste    

 

 

 

 

 

Disponible le 15 janvier : Au rebond

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06/01/09

Le courage du papillon - Norma Fox Mazer

9782226189523C'est un joli roman, comme sa couverture aux allures printanières, qui cache bien son jeu. C'est l'histoire d'une famille avec cinq filles aux prénoms qui sortent de l'ordinaire - Beauty, Mim, Faithful, Fancy et Autumn. Unies comme les doigts de la main. Elles se soutiennent, se chamaillent, sont pratiquement inséparables, s'élèvent entre elles (les parents sont transparents, pour ne pas dire incompétents).

Elles ne le savent pas, elles passent tous les jours à côté, mais un individu les observe. Il les frôle, il les écoute, il suit leur vie. Seul le lecteur est dans la confidence. Et cette connivence est bien évidemment déplacée, dérangeante, crispante. La menace plane, s'infiltre dans chaque chapitre qu'une volée de papillons orne. C'est charmant, et pourtant... L'histoire prend le temps de raconter qui elles sont et comment cela se produit. Quoi, « cela »  ? L'événement. La coupure. Le passage à l'acte.

C'est terrifiant. Mais pas seulement. Il y a dans la façon de présenter les filles Herbert une grande tendresse et une certaine originalité. C'est une famille aux bras cassés, une fatrie avec des faux airs de la tribu March (on y retrouve par exemple le « prêt » de l'une des filles pour une vieille tante qui vit seule dans sa grande maison, en échange elle participera aux frais de dentiste etc.). Mais il ne faudrait pas trop vite croire qu'on baigne dans du Louisa May Alcott, on en est loin. Les demoiselles ont la langue bien pendue, elles s'apostrophent, s'insultent, elles s'aiment beaucoup aussi. C'est un cocon, couvé par un souffle moderne et impertinent. Un peu à la façon des Quatre Soeurs, de Malika Ferdjoukh. Mais ça suffit les comparaisons. En fait, on y trouve en commun ce sens de la famille, de troupe serrée et solidaire, sans mièvrerie.

Pour le reste, on plonge un peu dans l'enfer, dans l'attente et dans la peur. Comme dit simplement la petite Fancy, c'est une histoire « drôle, triste et effrayante ». Ni plus ni moins. J'aime beaucoup ce qu'en dit la présentation de l'éditeur, « l'auteur raconte sur le fil, presque à bout de souffle », « une écriture dense et maîtrisée », « une respiration singulière », « un roman de grâce et d'intelligence ». Tout est dit. Poussez la porte de la curiosité pour y jeter un oeil, ce livre parle de ce qui nous lie et relie en nous bousculant gentiment. Et ça fait son effet !

Très bonne lecture.

Albin Michel, coll. Wiz - 302 pages - 13€
traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch

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05/01/09

La Couleur de la peur - Malorie Blackman

Si, comme moi, vous souhaitez la surprise, n'attendez pas qu'on vous raconte ce livre, et foncez en toute innocence, vous tomberez des nues !

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Mais si vous êtes d'une nature plus prudente, et aspirez à dépasser cette sombre couverture, bien énigmatique, vous pouvez choisir l'option 2 : je vous résume ce qu'il s'y cache. Accrochez-vous.

Le roman commence dans un train, lors d'une banale sortie scolaire, avec un groupe d'adolescents. Mais très vite, tout bascule, le train déraille et se retrouve suspendu au-dessus d'un précipice. Le jeune Kyle semble être le seul passager indemme. Et alors qu'il parcourt le wagon dévasté, tentant de porter secours à ses camarades inconscients, le récit bascule dans le surnaturel : Kyle se trouve projeté dans l'esprit de ses camarades, au coeur de leurs plus grandes peurs, de leurs pires cauchemars.

Quel impressionnant roman ! C'est un livre qui cherche à procurer des frissons, et c'est réussi, tout en distillant une angoisse permanente, qui jongle sans cesse entre la réalité et les cauchemars. Ces derniers nous mangent à différentes sauces, il y en a 13 au total, on y plonge corps et âme, on les vit et on les quitte brutalement. Argh, c'est frustrant. Puis on retrouve Kyle, adolescent de seize ans, au coeur de son propre cauchemar... après tout, vous vous imaginez dans un train suspendu dans le vide, frisant la folie à force de cogner contre les corps de vos camarades, lesquels sont peut-être morts, au mieux inconscients. Et il y a ce sang, cette odeur de métal, ce grincement de ferraille et cette voix qui lui chuchote dans l'oreille. Mais qu'est-ce que tout cela signifie ?

C'est véritablement une lecture singulière, captivante et menée à train d'enfer (désolée du jeu de mots!), très bien écrite aussi. Cela fouille dans vos sensations, vos peurs, vos pires cauchemars. On y adhère totalement. On tremble, on retient un cri, on tourne les pages avec fébrilité... pensant, très fort, mais que nous réserve-t-on encore. Personnellement j'ai été scotchée, même si au début je n'y comprenais rien, je ne voulais pas en démordre. J'étais déjà happée. Je connaissais Malorie Blackman de nom, et surtout par rapport à sa série qui s'ouvre avec Entre chiens et loups, mais ce roman qu'est La couleur de la peur me la fait découvrir. Je n'hésite plus, je suis accro !

Milan, coll. Macadam - 314 pages - 10,50€
traduit de l'anglais par Amélie Sarn
   

--) d'autres avis : Tvless, Mes Imaginaires,

La chronique de Sophie Pilaire, sur ricochet

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03/01/09

Tatiana sous les toits - Gisèle Bienne

412abFXzsiL__SS500_Encore une bonne pioche chez l'école des loisirs, avec ce titre de Gisèle Bienne. Tatiana sous les toits, c'est une jeune et belle comédienne qui aime les fleurs, porte de longues jupes et un châle, écoute de la musique toute la journée. Elle habite sous les toits, un appartement au-dessus de la narratrice, Aurore, qui est littéralement fascinée. L'adolescente balbutie un vague bonjour lorsqu'elle la croise, fait d'ailleurs exprès de l'apercevoir et d'être aperçue. Un jour, elle est invitée à pénétrer dans l'enceinte rêvée...

Tatiana incarne la liberté, l'insouciance, l'espoir, le choix. Pour Aurore, adolescente en mal de repères, c'est un déclic. Elle comprend que la vie d'artiste signifie une vie différente. Avec un nom comme le sien, Aurore Dupin (qui était aussi celui de George Sand), cela n'est pas anodin. Marquée par une tragédie, sa famille ne tourne plus rond, ses parents sont dépassés, accaparés par le petit frère tyrannique. Aurore cherche à discuter, et c'est auprès de Tatiana qu'elle trouve les mots qui lui pèsent. Ce portrait sur l'adolescence en souffrance est porté par sa délicatesse, sa sensibilité, sa perplexité et ses nuances. On sort de cette lecture avec le poids des rires et des larmes. C'est une superbe histoire d'amitié et d'amour, qui communique une envie folle de se plonger dans La Ménagerie de verre, de Tennessee Williams. Et Nougaro, en fond musical, c'est tout à fait ça...

Ecole des Loisirs, coll. Medium - 2008 - 140 pages / 8,50€

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30/12/08

Miss Charity - Marie Aude Murail

Ce roman est un refuge, 560 pages durant lesquelles une demoiselle prénommée Charity voit jour, grandit, se passionne pour les animaux et la botanique, grandit et s'isole dans son monde, où la peinture et les histoires sont ses principales sources d'intérêt. Nous sommes dans l'Angleterre victorienne, riche et prospère, crispée et hypocrite sur ses arrières. Charity Tiddler n'a pas d'autre choix que parfaire son éducation pour briller dans les hautes sphères de la société, elle fera cependant montre d'un tempérament exceptionnel (pour l'époque) en refusant de se plier aux règles établies et de se fondre dans le moule.

Ce roman est un bel hommage à la littérature, en s'inspirant de Beatrix Potter, Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, de même en citant Shakespeare que Charity apprend par coeur pour réciter à tue-tête, dès son plus jeune âge. C'est un roman épais, près de 600 pages, qui pourtant se lit avec plaisir et grande facilité, les illustrations de Philippe Dumas apportent un raffinement précieux, en pleine osmose avec l'aura de l'histoire. Cette peinture de l'époque est savoureuse, le portrait de Charity est attachant, très beau. Il soulève l'excentricité d'une demoiselle qui s'émancipe avant l'heure, et qui va accomplir de belles choses dans le domaine qui la touche, malgré la désapprobation générale, de même en s'affichant avec un garnement passionné de théâtre, qu'on considérait alors comme un voyou !

Marie-Aude Murail réussit à partager avec son lecteur son amour pour la lecture et sa reconnaissance pour cette littérature d'antan qui continue d'influencer les oeuvres romanesques de nos jours ! Ce serait merveilleux d'en trouver davantage.

9782211089258

(en savoir plus)

Ce roman est un refuge, dans lequel les 560 pages ne sont pas de trop pour nous couver, nous dorlotter, nous emporter. On ne se lasse pas une minute, on plonge, on adore et on décolle pour une autre dimension, on vit à l'heure victorienne dans cette Angleterre riche et prospère, un peu crispée et hypocrite sur ses arrières. C'est aussi l'histoire d'une jeune demoiselle, sensible et cultivée, intelligente et originale. Miss Charity Tiddler, née en 1870, est l'unique rejeton d'un couple guindé, qui appartient à la bonne société. C'est une enfant solitaire, elle aime trouver refuge au troisième étage de la demeure familiale, dans sa nursery où elle cache sa petite ménagerie. Car Charity s'entoure de petits animaux (des souris, des grenouilles, des lapins, des canards etc.) et passe son temps à les observer pour les dessiner, les peindre à l'aquarelle.

Son goût des sciences naturelles, ses longues promenades dans la campagne du Kent, ses discussions en aparté avec ses compagnons animaux et ses lectures de Shakespeare qu'elle apprend par coeur ne font pas d'elle une jeune lady appliquée. Et c'est justement parce que Charity Tiddler ne convient pas à l'image moulée et à l'archétype attendu qu'on s'attache à elle, en reconnaissant implicitement un parcours à la Beatrix Potter... Mais c'est de manière générale un hymne à la littérature, à travers Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, pour ne pas en nommer davantage, que cet épais ouvrage nous convie. C'est un véritable enchantement. Un remarquable travail de finesse, d'humour, de délicatesse. Et les illustrations de Philippe Dumas sont un atout inestimable dans cet ensemble raffiné.

J'ai tout bonnement adoré, c'est simple, je ne voulais plus en sortir. J'ai aimé les mille petits détails qui fourmillent à chaque page, la belle description de l'éducation anglaise, la volonté encore balbutiante de l'émancipation de Charity, son tempérament teinté de discrétion et de modestie, ses bonnes manières, sa gentillesse, son amitié pour sa gouvernante française et pour sa bonne, une écossaise à la chevelure rousse, Tabitha, qui raconte des histoires folles parce qu'elle-même est ravagée. Et Charity, à l'aube des manifestations d'indépendance pour la femme, apparaît davantage excentrique et incomprise. C'est une originale, certes, mais surtout elle est différente, rêveuse et douée. Elle chante faux, joue mal du piano, fuit la broderie mais elle se révèle dans le dessin et l'aquarelle. Elle comprend très vite une chose, 

« Autant les fleurs et les champignons trouvaient facilement leur nom et leur définition au clair soleil de ma raison, autant les choses humaines se déposaient au fond de moi, toutes grises et indécises. »

Miss Charity ne se mêle pas aux sorties mondaines, noue des relations profondes avec des personnages jugés inconvenables, comme Kenneth Ashley, un ami d'enfance de ses cousins, un fils de fermier qui s'est lancé dans le théâtre. Quelle belle rencontre, d'ailleurs. Ce jeune homme est remarquable, effronté et coquin pour l'apparat, mais sa fantaisie est attirante ; et on ressent presque des petits papillons dans le ventre lorsqu'il fait son entrée et taquine la timide Charity.

En bref, j'ai plus qu'aimé. Je me suis noyée avec bonheur dans ce roman-pavé de près de 600 pages. Impossible de l'abandonner. C'est en outre regrettable de tourner la dernière page et de lâcher la main de Miss Charity. Marie-Aude Murail a su brillamment nous enchaîner... encore, des lectures de la sorte !

Ecole des Loisirs, coll. Medium Grand Format - 2008 - 562 pages - 24,80€
Illustrations de Philippe Dumas

--) les avis de Marie , Alice et Emjy

 


21/12/08

L'âge d'ange - Anne Percin

41_bDDWyHPL__SS500_On ne sait pas qui nous raconte cette histoire, fille ou garçon, enfant ou vieillard... quelle importance. « Longtemps, je n'ai pas su. J'étais un ange, peut-être. Un ange qui attend la chute. » C'est plus tard, en avançant dans le roman, qu'on apprend plus exactement qui tient la plume. Afin d'être totalement neutre, j'opte bien volontiers pour le masculin, sans y voir là quelconque indice.

Cette histoire est en fait racontée des années plus tard, par rapport aux événements rapportés. Le narrateur était au lycée, timide, influençable, quasi transparent. C'était un élève appliqué, qui aimait le grec, et s'enfermait à la bibliothèque pour feuilleter un album sur les amours des dieux et des héros. Un jour, ce manuel est emprunté par un autre. Aussitôt c'est le brouillard, un mélange de frustration, de colère, d'incompréhension, de curiosité. Notre ange doit savoir qui - à part lui - nourrit cette même passion pour les mythes grecs. Est-ce possible ? Le sentiment naissant d'être moins exclusif commence à fleurir.

Et notre camarade rencontre alors Tadeusz, un étudiant d'origine polonaise, au physique d'apollon. On ne parle plus de coup de foudre, mais de choc... violent, qui fait trembler. Une forte connivence va se créer, tous deux deviennent inséparables. Mais en même temps leur relation cultive avec finesse l'androgynie. De quoi déroûter le lecteur.

Ce roman veut faire état de l'esprit de confusion qui traverse l'adolescence, l'identité flottante dans laquelle parfois on se berce, par pêché d'attention, d'ennui, de solitude, « cette période indéterminée où je ne savais pas qui j'étais ». Les deux héros du livre vivent une belle histoire d'amour et d'amitié, et seront malgré eux les pantins d'un drame orchestré par la bêtise humaine. Car les oppositions sont constantes, par les origines sociales notamment. L'ange a des parents très riches, habite un quartier calme et en sécurité, tandis que Tadeusz fréquente la banlieue, la pauvreté, l'immigration. La violence urbaine gronde, explose,  « il n'y a pas de justice possible, dès lors qu'on accepte la misère. Et que les forts ne sont forts que parce qu'ils laissent les faibles s'entre-tuer. »

Ce roman n'est pas léger, contrairement à ce que j'ai pu lire dernièrement sur le thème de l'adolescence, mais ce n'est pas une lecture moribonde non plus. Le ton grave qu'adopte le narrateur reflète aussi cette sensation de perte, d'errance et d'impuissance. De la tristesse, non il n'en est pas question. On ne saute pas au plafond, après avoir tourné la dernière page, mais on sent une richesse nous gagner. On se fait la réflexion que la société est hypocrite, mesquine et bien mal-pensante. Et l'injustice règne de part en part...

Je ne sais pas comment dire, mais j'ai été touchée par ce roman. Ce n'est pas simple, mais c'est fort.

Ecole des Loisirs, coll. Medium - 2008 - 127 pages / 8€

l'avis de Thomas Savary, sur le site de Citrouille

http://annepercin.blogspot.com/

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18/12/08

Petites bulles de bonheur

J'aime quand tout se remet en place dans ma vie, en douceur et avec efficacité. Peut-être l'année 2008 va enfin m'accorder un peu de répit pour les quelques jours qui restent ? Qui sait. Je l'espère de tout coeur. Mes soucis matériels se règlent, mes bleus à l'âme ont trouvé leur pansement et mes pannes de lecture sont maintenant écartées. Ou bien je vais franchement mieux, ou bien je ne tombe que sur des livres qui sont divins et me rendent un grand service !

I feel light, c'est sûr !!!

 

 

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31kJVPvI2qL__SS500_Milana, 14 ans, s'est longtemps considérée heureuse et fière d'être indépendante et de pouvoir se débrouiller seule comme une grande. Toutefois, une semaine de vacances va tout bousculer car elle s'aperçoit soudain du bonheur procuré d'être cajolée, dorlottée, couvée... comme un poussin. Alors elle se questionne, non sa mère n'est pas une mère poule, elle a pour discours qu'il faut être prêt pour la guerre de la vie, drôle d'idée quand on a 14 ans et pas le sentiment d'avoir connu de galère, juste faire son lit, vider le lave-vaisselle, prendre ses rendez-vous chez le médecin. Être blindée pour le reste à venir n'est finalement pas si confortable, et Milana choisit d'entrer en grève et de retourner en enfance. Mais sa meilleure amie lui rappelle qu'elle fait fausse route : être poussin ne signifie pas régresser et virer paresseuse. C'est compliqué de grandir !

Milana invente alors un terme tout nouveau tout beau, et qui correspond à sa démarche : elle plonge directement dans l'adultance. En numéro 1 de sa liste, elle inscrit de partir visiter les soixante-seize châteaux au Luxembourg.  C'est plus qu'une initiation qui l'attend, c'est la rencontre avec elle-même, et d'autres surprises au tournant ! Toutefois, Milana pourra l'affirmer tout de go : « je comprends alors que je serai toujours là pour moi », c'est une certitude. Ce roman sur la quête d'identité peut être lu comme la remise en question d'une adolescente en pleine crise, mais c'est terriblement plus drôle, facétieux et intelligent. On oublie d'être agacée, on s'amuse davantage et on goûte avec bonheur au style virevoltant d'Audren. C'est farci de petites phrases qui font mouche, on s'en gave sans hésiter. Un régal. 

« Ma mère ne me protège pas. Elle m'élève. Elle m'aide à bien grandir. C'est le propre des mères, n'est-ce pas ? »

Puisque nous sommes toi, Audren
Ecole des loisirs, coll. Medium - 164 pages - 9€

l'avis de Gaëlle

 

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« Allongé dans le pré encore tout vibrant au soleil du jeune printemps, Paul regarde la cime du peuplier et les nuages, édredons frangés d'or, qui traversent un ciel d'un bleu à croire en ses rêves. »

51JTIuBP7SL__SS500_Apprendre à grandir, apprendre à accepter de laisser partir ce qu'on aime, apprendre tout court, toujours... L'amour en cage est ce petit roman qui vous dit tout, avec justesse, poésie, délicatesse et tendresse. Paul a onze ans, c'est un garçon de la terre, il vit à la ferme et il est fier de la tradition familiale. Au collège, pourtant, il comprend qu'être paysan passe pour une insulte. Il se renferme, puis se lie d'amitié avec Aïssatou qui arrive de Guinée. Elle est différente des autres, sa voix, son sourire, sa peau et ses baisers au goût de gingembre... C'est doux et velouté, comme un duvet d'oiseau.

Un jour, dans les champs, il trouve une petite pie qu'il décide d'apprivoiser. Mais plus le temps passe et plus Faranah manifeste le désir de voler toujours plus loin. Est-ce une preuve d'amour de retenir ce à quoi on tient, parce qu'on a peur, parce qu'on ne veut pas souffrir, parce qu'on prétend aimer, donc protéger ? Mais empêcher, ça n'est pas de l'amour. « Tu la perdras encore plus si tu l'empêches d'être libre... » C'est un avertissement, un signal qu'il ne faut pas mélanger l'amour et la liberté. Aimer, c'est aider. C'est pousser. C'est faire quitter le nid. C'est donner des ailes. L'amour ne se met pas en cage.

Voici l'exemple concret qu'un roman peut simplement, en 90 pages, raconter une histoire capable de déclencher un grand impact émotionnel. Absolument magnifique.   

« Dès ta naissance, je savais que tu partirais, toutes les mères le savent. Elles l'acceptent, elles s'y préparent, c'est dans l'ordre des choses que les enfants ouvrent leurs ailes... »

L'amour en cage, Maryvonne Rippert
Seuil jeunesse, coll. Chapitre - 90 pages - 7,50€
A partir de 10 ans.

Illustration couverture : Olivier Tallec

 

 

l'avis de gaëlle !

 

Lend me yours wings and teach me how to fly.
Show me when it rains, the place you go to hide.
And the curtains draw again and bow - another day ends.
The leaves applaud the wind.

13/12/08

Mon amour kalachnikov - Sylvie Deshors

 

“Ces mots là, ça parait trop simple, mais ils sont vrais et puis c'est mon histoire.” C'est le refrain que pourrait reprendre Agathe, par cette froide nuit de novembre. Elle se retrouve dans la même rue où elle a été agressée, elle a été appelée pour un baby-sitting, se sent mal à l'aise dans cet appartement trop luxueux et croit reconnaître sur une photo le taré. Le lendemain matin, elle est réveillée par la police et apprend la mort du type. Suspectée, Agathe doit se défendre. Elle avertit son petit ami Gilan, lequel se met en colère 514OIqDidbL__SS500_et ne donne plus de nouvelles. La jeune fille est alors prise de doutes, sur elle, sur son agresseur, sur son copain et sur l'entourage de celui-ci. Et puis il y a cet enquêteur qui ne la lâche pas d'une semelle. Agathe commence à perdre pied et risque de commettre des erreurs à vouloir mener elle-même sa petite investigation. Ce n'est jamais bon de fouiller dans les petits papiers de ceux qu'on aime, cela peut faire mal.

Et c'est vrai que ce roman est triste, mais c'est une tristesse qui est saine. C'est bon de lire un roman de cette qualité, où résonne le pas chaotique d'une jeune fille perdue dans ses repères. Le garçon qu'elle aime n'est plus qu'une silhouette floue, et puis il y a ce meurtre... La police imagine qu'elle est liée à un vol de bijoux, peut-être le mobile du crime, et il y a beaucoup de preuves contre elle, mais elle veut protéger son petit ami qu'elle soupçonne au fond d'elle. C'est un étau, un piège qui se referme, dans lequel elle joue le rôle du lièvre hypnotisé par les phares du chasseur. Elle se tait pour celui qu'elle aime, mais elle sent qu'il la fuit. Pourquoi ? L'intrigue est ainsi habilement tissée, simple et silencieuse. Il n'y a pas de clash, pas de fracas. Il y a certes de la violence et de la rage chez Agathe, mais une grande fragilité derrière cette carapace. On la suit jusqu'au bout et on partage ses larmes. Cela ne peut se finir autrement, car ce roman est terriblement humain. Il m'a personnellement fait beaucoup de bien.

Le rouergue, doAdo noir - Novembre 2008 - 282 pages - 12,50€

Sylvie Deshors figure désormais parmi les auteurs que je vais suivre, après avoir déjà lu et aimé Anges de Berlin et Petit samouraï , c'est maintenant une conviction !

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05/12/08

En cas d'absence - Frédérique Niobey

photo roman : une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s'aventure alors dans l'écriture d'un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer.

51zoJwxGNvL__SS500_Martin vient de remporter le premier prix d'une exposition de photo, décrocher un article élogieux dans la presse locale et découvre dans sa boîte mail un message de sa mère. C'est beaucoup pour le garçon, totalement désarçonné par ce retour imprévu d'une femme qu'il a perdue de vue depuis son enfance. Elle est restée un visage flou qui disparaît sur un cliché, elle a occupé ses fantasmes pendant les vacances d'été, s'est incarnée dans une robe de mariée. Et puis, rien. C'est la belle inconnue. Comment va-t-il réagir ? Comment doit-il interpréter ce courrier ? Une nuit va-t-elle suffire pour faire le point, ressasser les souvenirs d'autrefois et purger tout son chagrin refoulé ?

Croisant le passé et le présent, Frédérique Niobey bâtit son histoire autour d'un héros masculin en mal de mère, avec beaucoup de soin et de sensibilité. On sent Martin perdu et déboussolé, par le mail de sa mère qui revient à lui (en déclarant qu'elle a tapé son nom sur un moteur de recherche) et par le flot des réminiscences. Tout est sur la corde raide, fragile, insaisissable. A prendre ou à laisser. Toute une nuit pour chasser ses fantômes.

Une belle petite lecture, agrémentée des photographies de Corinne Mercadier.

Editions Thierry Magnier, coll. Photo roman - 84 pages - 13€

Du même auteur : Léonore

 

Je songe à enfermer dans une malle
A défaut d'avoir su
Lire le lexique à temps,
Cette mauvaise clique
Avant qu'elle ne s'emballe
La carte du tendre
Ca va mais juste un moment

Quelle inélégance,
Quel scandale
Quand même les choses
Se mettent à causer vraiment
D'épine de roses,
De femmes fatales,
De crotales, d'ecchymoses,
De l'air du temps,

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04/12/08

Le livre du temps III. Le Cercle d'or - Guillaume Prévost

51yc42_JkTL__SS500_Premièrement, amis lecteurs, j'ai failli épuiser toutes mes réserves de patience car je n'en pouvais plus d'attendre ce troisième tome du Livre du Temps, une trilogie passionnante commencée en février 2006. Le hic, donc, c'était que ce 3ème volume était annoncé en janvier 2008, puis repoussé à l'automne... j'ai cru défaillir de frustration. C'est mal de faire subir autant d'émotions pour le lecteur ! Ce dernier est une petite chose fragile et délicate. Ses nerfs sont souvent mis à rude épreuve, il faut veiller à soigner un lecteur. Je le répète : c'est fragile !

Bref, je suis bien embêtée maintenant car je ne peux pas vous parler du tome 3 car ce serait déflorer la série pour ceux qui ne la connaissent pas encore ! Hé hé hé. C'est cruel, je sais. Mais faites-moi confiance, c'est excellent ! Au début, j'ai cru que j'avais un peu oublié des détails (à ce propos, cher Guillaume Prévost, cela aurait été bien accueilli de proposer un résumé en prologue, histoire de rafraîchir nos mémoires qui sont pas mal encombrées avec des centaines d'autres lectures ! (Note pour moi-même).

Cependant, j'ai très vite retrouvé mes marques et mes habitudes et mon plaisir et mon sourire. J'avais comme l'impression d'avoir quitté Sam Faulkner la veille, j'ai tout de suite replongé à ses côtés dans ses voyages dans le temps. Je vois d'ici les lecteurs froncer les sourcils, là je sais que j'ai affaire à des lecteurs qui ne suivent pas ! Ce n'est pas bien. J'ai dernièrement évoqué le tome 1 : La pierre sculptée car ce livre est disponible en format poche (folio junior).

Reprenons, donc : Samuel Faulkner, un adolescent tout ce qu'il y a de plus ordinaire, vit chez ses grand-parents depuis la mort de sa mère, survenue trois ans auparavant. Son père Allan, désigné “le prototype de l'original”, est libraire, spécialisé dans les ouvrages anciens mais n'a plus donné signe de vie depuis plusieurs jours. Le garçon est inquiet et se rend à la librairie, où il va découvrir une statuette avec des jetons autour. De là, il va plonger dans la quatrième dimension (!). En fait, non. Il va débarquer sur l'île d'Iona chez une communauté de moines, mais en l'an 800 !

Pourquoi, comment ? C'est un peu ce que va expliquer le premier livre. Une fois les choses en place, l'histoire va être encore plus palpitante. Déjà, je trouvais que c'était une formidable épopée, le fait de se balader dans le temps, à des époques différentes, de l'Egypte ancienne au Moyen-Âge, en passant par Bruges au XVe siècle et la Transylvanie de Vlad Tepes. Les rencontres sont étonnantes, sans cesse dirigées vers un but précis : retrouver Allan Faulkner.

Une fois ce dernier localisé, il incombe à Sam de le ramener dans son époque et de comprendre pourquoi son père a agi de la sorte. Il faut innocenter les accusations contre lui, celle de vol notamment. Mais dans le même temps, Samuel a une vie d'adolescent qui rencontre des difficultés avec son entourage, il a un secret à préserver (celui de la pierre sculptée), des relations houleuses avec sa tante et son nouveau petit ami (un type sans-gêne qui n'inspire aucune sympathie) et il faut composer avec ses activités scolaires (ses compétitions de judo) et ses rapports difficiles avec ses camarades (il refuse tout contact avec Alicia, son ex-meilleure amie).

La lecture mêle l'avnture, l'action, les voyages, l'intelligence, la patience, l'angoisse, le suspense et l'amour. C'est un ensemble harmonieux et entraînant. On pourrait craindre une quelconque redondance à force de suivre Samuel,  qui cherche son père et voyage par le biais de la pierre sculptée, un procédé également capricieux et imparfait. Or, cela devient vite une addiction, les pages se tournent à vitesse folle, l'impatience scotchée sur le bout de l'index. On brûle de connaître la suite, de savoir la prochaine destination de Sam.

D'énigmes en rencontres extraordinaires (l'archéologue Chamberlain ou le premier empereur de Chine, pour ne citer qu'eux) Samuel Faulkner a double mission dans ce tome 3, aider son père, comprendre sa motivation folle ET déjouer le plan machiavélique de l'individu surnommé le Tatoué (il fait son apparition dans le tome 2). Cet inconnu a longtemps l'avantage sur Sam, en tant qu'ennemi invisible, et redouble de forces maléfiques pour le manipuler. Mais tout va changer lorsque l'adolescent découvre qui il est réellement ! Du moins, c'est ce qu'on aimerait conclure... le Tatoué reste un adversaire doublé d'une personnalité cupide, fourbe et démoniaque.

Ainsi s'achève une saga passionnante, riche en rebondissements et pleine d'élégance et de détails historiques qui apportent un intérêt pédagogique à cette lecture. Je suis conquise depuis le premier livre, j'en sors ravie en vous souhaitant le même enthousiasme !   

PS : à noter une superbe jaquette de couverture qui s’ouvre comme un poster. Un plus pour l’ambiance.

Gallimard jeunesse, 374 pages - 18,50€

  

Posté par clarabel76 à 07:30:00 - - Commentaires [26] - Permalien [#]
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