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Chez Clarabel
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22 janvier 2009

Retour au pays bien-aimé - Karel Schoeman

51pkkdx1RhL__SS500_George, profitant d'une semaine de congés, retourne sur les terres de sa mère défunte, en Afrique du Sud. Il souhaite visiter Rietvlei, la ferme familiale, mais ne découvre que des ruines. En chemin, il s'est arrêté chez des voisins, les Hattingh et leurs quatre enfants, qui lui ont forcé la main en en lui demandant de séjourner plus longtemps chez eux. C'est l'occasion, surtout pour la femme, de se remémorer une époque plus heureuse, plus faste. Les fermes étaient opulentes, les soirées guindées, il y avait de la richesse, de la liberté, de la joie. Et puis tout est parti, en commençant par les fermiers, exilés à l'étranger. George a suivi ses parents, il n'avait que cinq ans. Il pensait ses souvenirs éventés, mais une fois sur le terrain, il est submergé par des images, des sons et des sensations insoupçonnés.

C'est un roman qui a été écrit en 1972, en plein apartheid. Le décor y est âpre, rancunier et lourd de tension. Il y a eu de la perte, de la rancune, du gâchis aussi. On sent le climat oppressant, la violence dans le fond. Les rares personnages croisés sont teigneux, le décor n'est qu'amertume. Il n'y a aucun exotisme comparable au roman de Rosamund Haden, par exemple. Mais à travers le voyage de George, on devine un autre secret, on essaie de comprendre ses motivations. Sa présence suscite de la suspicion, ce n'est pas possible de fouiller le passé en ignorant que ce monde-là a volé en éclats. Pourquoi ce retour ? N'a-t-il pas conscience du danger ? Ou est-il aveugle par convenance ? Mais le roman a démontré que tout ce monde était enfermé dans ses souvenirs et ses rêves de temps passé. Et c'est cette nostalgie qui plane sur l'histoire, cette atmosphère de sombre résignation, de leurre et de silence.
C'est étrangement captivant.

10-18, 2009 (Phébus, 2006)
250 pages / 7,90€
traduit de l'afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein

l'avis de Cathe

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9 janvier 2013

"You will always be a monster, there is no turning back from it. But what type of monster you become is entirely up to you."

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Cette nouvelle série de Julie Kagawa a été une réelle bonne surprise ! C'est un roman sur les vampires, qui se passe dans un futur hypothétique, et qui nous propose quatre pistes de lecture toutes plus intéressantes les unes que les autres. D'abord, nous faisons connaissance avec Allie, une jeune fille qui tente de survivre en pillant les poubelles pour manger et qui se cache des vampires pour ne pas être enregistrée et servir de banque de sang. Sa petite bande et elle vont organiser une excursion au-delà des murs de la ville, mais leur épopée va mal tourner. Pour Allie, deux options s'offrent à elle : mourir ou devenir elle-même un vampire !

Il faut expliquer que la population humaine a été décimée par un grand fléau, contre lequel seuls les vampires auraient pu résister. Les scientifiques ont tenté de trouver un remède, mais à la place ils ont créé une nouvelle espèce, les Enragés, sorte de croisement entre le zombie et le vampire. Résultat, nul n'est à l'abri du danger et ça zigouille à tour de bras. Allie va tenter de se familiariser à son nouveau mode de vie, refusant de se considérer comme un monstre, tentant de préserver le minimum d'humanité qui subsiste en elle, mais c'est très difficile. C'est surtout le regard des autres qui lui rappelle quelle est sa place désormais.

Par un étrange concours de circonstances, Allie va se joindre à un groupe d'hommes et de femmes guidé par un ancien pasteur en quête d'un lieu baptisé Eden. Leur expédition est suicidaire, mais la jeune fille est attirée par cette famille et se glisse parmi eux en dissimulant qui elle est. Elle va se lier avec le fils du pasteur, le très charmant Zeke, s'attacher, prendre des risques et se mettre en péril. Mais sûr que ça valait le coup ! Même si les vérités sont encore plus douloureuses, se bercer d'illusions le temps de quelques semaines est une aubaine à saisir à bras le corps, et en haussant les épaules.

L'univers de la série est infiniment plus sombre, plus dur que ce à quoi nous avait habitué l'auteur. C'est nettement moins romantique, aussi les quelques percées sentimentales sont à déguster avec une petite cuillère, en savourant chaque bouchée. Le rythme de lecture est vif, intense et trépidant. Ce 1er tome parvient à nous séduire sans effort, il y a aussi la petite touche d'humour fortement appréciable, l'héroïne est forte et sensible, l'action surgit sans prévenir, enfin bref c'est agréablement surprenant, ça se lit avec avidité et je réclame la suite avec impatience !

Je suis une immortelle, par Julie Kagawa
Harlequin, coll. Darkiss, 2012 - traduit par Marilyne Beury
 

"You didn't hear what she told me when I got up -- you're so cute I could put you in a pie. Tell me that's not the creepiest thing you've ever heard."

19 octobre 2007

Du malheur d'être née dans une famille de sorcières

verteA onze ans, Verte découvre qu'elle est la fille d'une sorcière, et la petite-fille d'une sorcière. Impossible de passer entre les mailles du filet, elle aussi est une sorcière ! La sorcellerie est une transmission héréditaire, de mère en fille, et Verte doit absolument accepter son sort. Or, elle refuse. Catégoriquement. Peut-être, pour l'excuser, il faut reconnaître que Verte cumule les mauvais points. D'abord elle abhore son prénom qui est un peu trop décalé, marque de fabrique d'une mère trop originale et qui refuse de faire comme tout le monde, ensuite Verte craint de ressembler à cette mère qui dérange et ne cherche qu'à enquiquiner ses voisins, et enfin la jeune fille veut connaître son père, un certain Gérard porté disparu depuis la nuit des temps ! ... 

Bref, le petit monde de Verte n'est pas celui du pays des Merveilles. Toutefois, Verte est bien entourée, mis à part sa mère Ursule qui bloque et dont les systèmes court-circuitent en matière d'éducation et de pédagogie. C'est auprès de sa grand-mère Anastabotte qu'elle va s'initier à son métier de sorcière (car oui, c'est du travail !). « Pour devenir sorcière, il ne suffit pas d'avoir un don. Il faut se donner du mal. Là comme ailleurs, le vrai secret, c'est le travail. Les jeunes sorcières doivent apprendre, lire et relire sans fin les manuels et s'exercer sous la direction d'une ancienne. »

Et en marge de ses soucis familiaux, Verte va aussi avoir « un amoureux ». Soufi est beau, gentil, il joue au football et va devenir le meilleur ami et le confident de la jeune fille. (Entre-temps, il va servir de cobaye aux premières expériences de sorcellerie, mais chut ! )

Ramdam chez les sorcières ! « Verte » est un ouvrage délicieux, drôle, le portrait d'une famille pas comme les autres, même si les apparences sont trompeuses, où les relations générationnelles sont aussi importantes que touiller ses potions dans la cocotte-minute ou jeter un sort d'Ombre Bleue du fin fond de l'atelier de la grand-mère ! Cette idée de sorcières échappe aux clichés, et c'est de plus très bien écrit par Marie Desplechin qui dope là le moral le plus cotonneux !

Une seule contrainte, désormais : lire la suite, « Pome » ! !

Ecole des Loisirs, collection Neuf. 180 pages.  Illustration de couverture : Soledad Bravi.   7.50 €

Heureusement, le livre vient de paraître !

pomeCe roman est donc la suite de « Verte ». Il respire à nouveau la fraîcheur, l'humour et l'espièglerie. Il perd le bénéfice de la surprise et la nouveauté. C'est un peu du réchauffé qu'on nous sert, toutefois cela reste délicieux !
Verte vient de rencontrer une nouvelle amie, Pome, qui est également une sorcière. Sa mère Clorinda est revêche et bêcheuse, mais fanfaronne rien qu'à l'idée de savoir sa fille suivre l'enseignement de la grand-mère Anastabotte.
Dans ce livre, il y a plus d'éléments masculins, entre le père retrouvé et le grand-père gâteau. C'est une nouvelle communauté qui se forme, parmi laquelle on n'aime pas les mensonges, les omissions, la trahison. Jouer franc-jeu est le credo de Verte. Une nouvelle fois, elle va prouver qu'elle fait fi de la loi du silence des sorcières !
Verte va révolutionner le petit monde exclusivement féminin de la sorcellerie, et ces nouveaux tours de passe-passe promettent (qui sait ?) d'autres palpitantes aventures !
En finissant ce tome, on pressent qu'on abandonne Soufi un peu trop vite, qu'on espère des petites étincelles entre les deux grand-parents et puis ... où est donc passée Ursule, injustement en retrait dans ce livre ? !
Beaucoup de charme, de douceur, d'humour dans ce roman. J'aime infiniment la partie consacrée à Verte (chaque chapitre donne la voix à chaque personnage). J'ai apprécié les retrouvailles, mais je reste attachée au premier, « Verte », qui fut pour moi la vraie découverte !!!

Ecole des Loisirs, collection Neuf - 152 pages.  Illustrations de couverture : Soledad Bravi.  8.50 €

Passons maintenant à une histoire de sorcières  plus « traditionnelles » ...

J'en profite pour glisser une autre suggestion de lecture, toujours dans le domaine « sorcière / sorcellerie », avec ce titre qui appartient à la collection Mouche, c'est-à-dire « Un livre pour les enfants qui aiment déjà lire tout seuls ». Mais pour avoir testé et approuvé, je conseille aussi la lecture orale. C'est un livre qui s'y adapte parfaitement !

cinq_sorcieresLe livre en question est donc  « Cinq sorcières » de Nathalie Kuperman.

Ce sont en fait cinq petites histoires mettant en scène des sorcières : Crapeluche se penche sur les berceaux pour souffler ses mauvais sorts, Crimini adore le ragoût d'enfants, Joukipic s'échappe d'un cauchemar, Rapapouille souhaite remporter le grand prix de laideur et Clochemine veut soigner sa fille avec des chansonnettes stupides.

L'ensemble est sympathique, amusant et plein d'entrain. Des petites touches d'humour, de la caricature facile et légère, des clins d'oeil et des clichés à la pelle ... l'enfant aura plaisir à retrouver ses repères dans ces histoires pas mauvaises, qui ne font jamais peur (et qui me révèlent un auteur à encourager !).

Ecole des Loisirs, collection Mouche. 77 pages. Illustrations de Jean Luc Englebert.  7.50 €

14 novembre 2007

Les éditions du rouergue présentent ...

Les p'tits bricolages de Christian Voltz sont de retour ... avec l'étonnant et irrésistible  « il est où ? » ! 

il_est_ouLivre rouge du génie et de la rigolade, ce  « il est où ? » va en surprendre plus d'un ! ...  D'abord, c'est vrai que c'est destiné aux plus jeunes (dès 2 - 3 ans). D'histoire il n'y en a pas tellement, c'est une espèce de comptine sur  « il est où ? » à partir d'un amas de bric et de broc.

Sous le gros caillou, derrière la touffe de poils, au milieu des perles : rien ! Pourtant, si on regarde bien, on voit apparaître un petit bonhomme. Un à un, les objets s'agencent pour former la tête, les cheveux, le corps d'un personnage. Et puis patatras ! La fin de l'histoire est espiègle car elle conduit au début !

Donc, bon programme pour les petits : de manière ludique, ils apprendront la formation du corps, la construction de soi et la fragilité de l'espèce. Et puis la chute (sous tous les sens du terme) est une manière de rebondir (attendez-vous à des sursauts d'exclamation !) car vos petits bouts vont bien comprendre le « qui cherche qui » et reprendre la ritournelle avec bonheur ! ! !

*** Pour info : le conseil général de la Seine Saint Denis va faire des heureux ! A partir du mois de décembre,  « il est où ? » de Christian Voltz sera offert aux enfants de 1 à 2 ans des crèches départementales et municipales. Il sera également remis au cours de l'année 2008 aux enfants fréquentant les centres de PMI du département  -blablabla- . L'an dernier cette opération a concerné 6500 enfants de Seine Saint Denis. ***

Gawou en parle aussi !

Il est où - texte et illustrations de Christian Voltz - Ed. du Rouergue, coll. Varia - 13,50 €


 

Passons maintenant à une lecture pour les plus grands ...

Je vous préviens d'office qu'il faut réserver ce livre à un public qui ne fait aucun état d'âme sur les rêves et la folle du logis. Je dis ça parce que j'ai personnellement testé auprès de deux filles et d'un garçon et j'ai pu constater que nos demoiselles sont restées concentrées et ont adoré l'histoire, tandis que le jeune gars à l'esprit cartésien a décrété que c'était tout bonnement impossible, non vraiment pas possible !

fille_sans_coeurQuoi donc ? L'histoire est celle d'une fille très belle, si belle que tous les hommes se retournent sur son passage, ne rêvent que de l'embrasser et lui chantent des poèmes d'amour en souhaitant l'épouser un jour. Mais la belle est assez placide. Pour ne pas dire, glaciale.

Afin de comprendre pourquoi elle est si peu sensible aux marques de tendresse et d'affection, la belle fille conclut qu'elle n'a pas de coeur ! Donc, elle se rend chez tous les commerçants pour qu'on lui fabrique un coeur (de pierre, en sucre ou de fer). Las, tout est vain. Au fur et à mesure que la fille monnaie qu'on lui donne un coeur, elle sacrifie ses artifices de beauté.

La fille n'est donc plus une jolie créature qui fait chanter et rêver. C'est un être quelconque et désespéré. Elle va finir par rencontrer une vieille femme qui lui promet son coeur si elle l'accompagne jusqu'à son dernier souffle. La fille accepte, sans compter, et va donc réaliser qu'on gagne souvent un coeur à se montrer humble et serviable, non plus en se cachant derrière la superficialité.

Cette histoire est poétique et philosophique, une vraie réflexion sur l'apparence et la beauté intérieure. Le texte peut servir à de multiples interprétations, et quand on écoute les enfants on s'aperçoit que chacun a sa propre conclusion sur le parcours de la fille sans coeur.

A réserver, donc, à un bon public qui aime les histoires assez longues et avec des illustrations originales, qui n'appartiennent pas à notre domaine d'affection privilégiée, mais elles se fondent à merveille avec l'esprit de l'album !

La fille sans coeur - texte Pieter van Oudheusden, traduit du néerlandais par Daniel Cunin - illustrations de Goele Dewanckel - Coll. Varia - 18,00 €

 


 

Depuis le début de novembre 2007, les éditions du rouergue ont donc créé une nouvelle collection avec le livre-cd (qui est un genre en plein boom, je trouve). Personnellement j'en deviens accro, surtout pour dépanner les coups de mou, il suffit alors de se mettre en position horizontale et de laisser le mange-disque prendre votre rôle d'orateur ... ça repose, ça divertit !

Deux livres, donc, pour ouvrir le bal :

complainte_du_progresgouts_d_olga

L'objectif de la collection : confier l'intégralité des paroles d'une chanson à un illustrateur, réunir les générations autour d'univers graphiques de talent et la (re)découverte du répertoire de la chanson française à texte, en partenariat de Radio France.

La complainte du progrès est une chanson de 1956 dans laquelle Boris Vian décrit les affres de l'amour moderne, confronté au progrès technique et à la société de consommation. C'est drôle, divin, pertinent et joliment insolent ! Un peu goujat, aussi, notre bonhomme ! ...

Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur

Maintenant c'est plus pareil
Ça change, ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille
- Ah, Gudule!

Viens m'embrasser
Et je te donnerai
Un frigidai-reu
Un joli scootai-reu
Un atomixai-reu
Et du Dunlopillo
Une cuisiniè-reu
Avec un four en ver-reu
Des tas de couvai-reu
Et des pellagâteaux

[ Ici, un lien pour écouter la chanson ! ]

Gawou aussi a aimé !

Les goûts d'Olga est une chanson de Gérard Morel qui peut paraître absurde ...

Le poulet, Olga n'aime pas
Le poisson si
Sauf la queue qu'Olga n'aime pas
Mais son chat si
La brioche, Olga n'aime pas
Les éclairs si
Astiquer ça la gêne pas
Mais laver si
Ajaccio, Olga connaît pas
Mais Calvi si
Et Marinella n'apprécie pas
Mais Anne si

Faire sa fière, Olga n'aime pas
S'effacer si
La queue d'pie, Olga la met pas
L'anorak si
De boulot, elle en manque pas
Mais de sous si
Et son boulot très payant n'est pas
Salissant si

... et puis finalement non, pas si grotesque que cela !  Le texte prouve (ci-dessus) que c'est plutôt farceur et ironique. Le monsieur Morel est un comédien et chanteur qui aime jouer avec les mots, s'amuser avec les sens et les sonorités. Avec sa fantaisie et son humour, il pointe donc avec ironie les usages du verbe " aimer " : peut-on aimer son poulet comme on aime ses parents ou son amoureux ?  Une chanson riche en double-sens !

Dans les deux albums, les illustrations occupent une importance capitale : elles permettent d'accrocher aussitôt l'oeil du jeune lecteur, la petite musique fera le reste ... la magie aidant !

La Complainte du progrès - Paroles de Boris Vian - Illustrations de Lynda Corazza. 

Les Goûts d'Olga - Paroles et musique de Gérard Morel - Illustrations de Frédériques Bertrand.

32 pages + 1 cd de moins de 10 minutes ... Conseiller éditorial : Philippe Meyer.  19,50 €

[ Qui es-tu Gérard Morel ? ... En chanson, pas avec Olga, mais avec la Princesse ! ]

27 décembre 2006

L'elfe du Grand Nord - Lucy Daniel Raby

elfe_du_grand_nordQuand on est un garçon aux oreilles pointues et qu'une fée minuscule babille sans arrêt autour de soi, on a toutes les raisons de douter d'être un humain. Nickolaï décide de savoir qui il est vraiment. Ses alliés : huit rennes volant dans la forêt. Sa destination : le Grand Nord, vers Doransk, la Cité dorée où il pense trouver le secret de sa naissance. Mais les pièges maléfiques ne sont jamais très loin dans le monde magique. Surtout quand ils sont tendus par une sorcière diabolique qui n'a qu'une obsession : attirer auprès d'elle un merveilleux garçon aux oreilles pointues... (résumé de l'éditeur)

L'idée de cette histoire est venue à l'auteur en voulant donner une réponse à sa fille qui se questionnait sur l'enfance du Père Noël. Oui, après tout ? Quelle famille ? Quel sort désigné ? Qui lui donnait des cadeaux quand il était enfant ? Lucy Daniel Raby s'est donc inspirée des diverses légendes autour du Grand Nord, des Aurores Boréales, du Saint Nicolas et du Père Noël pour concocter son conte de Noël où un elfe, Nickolaï, orphelin élevé par un couple d'Inuits, découvre l'existence d'une harde de rennes dans la "forêt interdite", puis d'une mission fabuleuse vers une Cité tout en Or, une vilaine sorcière prénommée Magda, une petite fée bienfaitrice et des amis à la pelle... De son envie de découvrir le secret de sa naissance, viendra finalement une destinée radicalement surprenante pour le jeune Nickolaï.

Ce conte est délicieux à lire pendant les fêtes de Noël, car il met en scène la mystérieuse légende de la nuit de Noël. L'aventure est palpitante, avec des rebondissements enchanteurs. La couverture est jolie, mais ce livre s'adresse à un lectorat plutôt ciblé. Il faut croire aux mythes, il faut se laisser bercer par la magie de Noël. Le niveau de lecture n'est pas exigeant, mais un tantinet creusé pour le public destiné (de 7 à 9 ans). C'est un peu toute l'ambivalence de cette histoire, qu'on approche les yeux éblouis, qu'on explore avec un chouia d'intérêt, mais pas suffisamment consistant pour un lecteur pointilleux, avec plus d'attentes. Pour jeunes lecteurs, gourmands de lecture alerte et enchantée.

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz

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6 novembre 2006

Seize ans ou presque, torture absolue - Sue Limb

seize_ans_ou_presqueVous pensiez avoir passé l'âge ? Détrompez-vous, car lire ce roman désopilant de Sue Limb est l'équivalent d'un bain dans la fontaine de jouvence. C'est revigorant et frais comme un bonbon à la menthe. Miam, j'en redemande ! "Seize ans ou presque, torture absolue" est en fait le tome 2, la suite de "Quinze ans, charmante mais cinglée", où une jeune adolescente, Jess, fille unique de parents divorcés, traverse avec humour et cynisme sa crise de l'âge bête.

Dans ce tome 2, Jess apprend par sa mère qu'elles vont passer l'été chez son père à St-Ives, en bord de mer. Pour Jess, ce projet (en apparence idyllique) se révèle un dilemme : la jeune fille est amoureuse, elle comptait profiter de ses vacances pour passer chaque seconde avec ce soupirant. Impossible d'en toucher mot à sa mère, bibliothécaire de 40 ans, farouchement opposée à ce qu'un représentant de sexe masculin franchisse le seuil de la maison, n'ayant jamais digéré sa séparation ni expliqué les raisons de son divorce à sa progéniture.

Jess, sa mère et la grand-mère Gertrude partent donc toutes les trois pour une tournée des châteaux d'Angleterre avant de débarquer en Cornouailles. S'ensuivent des situations irrésistibles entre l'exaltation de la mère, la moue boudeuse de la fille et les pensées rêveuses de la grand-mère... Cependant Jess est rongée par la jalousie en pensant à son petit copain, seul, livré aux ongles longs et acérés de belles blondes prêtes à lui sauter dessus (pense-t-elle).

Jess envoie des sms, des lettres, fait des rêves qui virent aux cauchemars, traîne les pieds, soupire profondément... ah, c'est dur la jeunesse ! Cruelle est la vie de passer des vacances (culturelles) en famille ! Jess donnerait tout l'or d'un empire pour rentrer chez elle et retrouver son chéri.

Le roman ne manque pas d'humour, de rebondissements et d'ingénuité. C'est vivifiant, très peu niais (quand on a trente ans, c'est plutôt drôle de lire les chichis d'une ado qui se torture les méninges par jalousie...). J'ai foncièrement adoré, un peu regretté la fin trop lisse et prévisible, dommage, mais j'ai plongé les deux mains en avant d'entrée de jeu. Un régal, à conseiller si vous avez des enfants de cet âge et même si avez atteint l'âge "canonique" de trente ans (et plus, n'hésitez pas) !... Croyez-moi, Sue Limb et son héroïne Jess Jordan vont devenir vos nouvelles copines !

Gallimard jeunesse

20 décembre 2012

“Sometimes you don't have to see something to know it is there.”

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Quelle jolie conclusion ! Rarement il sera permis au lecteur de s'attacher à un amour aussi fort, aussi beau que celui qui unit Sam et Grace. C'est plus que romantique, c'est une science invisible mais sûre. Je ne reviendrai pas sur mes sentiments concernant cette série, l'action est ultra lente, de quoi frustrer les amateurs de sensations folles, mais ce que j'apprécie par-dessus tout, c'est cette évidence de retrouver un lieu et des personnages qui nous touchent, qu'on croit connaître depuis toujours, un petit monde où on se sent coupé de l'extérieur, comme un cocon réconfortant, d'où on ne voudrait jamais se déloger.

L'histoire de Sam et Grace n'est pas seulement une histoire d'amour claire comme de l'eau de source, le couple est torturé par la transformation de la jeune fille, alors que Sam est enfin guéri. Il doit désormais répondre aux accusations de la police et des parents, il doit aussi aider Grace perdue dans les bois, isolée et angoissée. De plus, la communauté de Mercy Falls a décidé d'organiser une grande battue contre les loups, avec des hélicoptères et des tireurs d'élite. Isabel choisit de rallier le camp de Sam et Grace, même si cela implique de revoir Cole, son séduisant rocker, qui tente de trouver un remède pour soigner les loups en faisant ses expériences sur son propre organisme.

C'est donc avec nonchalance, et sur une pointe de tension, assez légère, qu'on suit notre quatuor dans cette course-contre-la-montre. Croyez-le ou non, l'effet est apaisant. On se plonge dans le récit sans être à la recherche de solutions miraculeuses, on souhaite juste être en compagnie des personnages, et c'est tellement bien. Je vais conserver une grande tendresse pour cette série, mis à part le deuxième tome plus déconcertant, la lecture des trois livres aura été un pur moment de communion avec la poésie, la mélancolie, l'amour fou et l'humour. Un beau mélange.

Fusion, de Maggie Stiefvater
Hachette jeunesse, coll. Black Moon, 2011 - traduit par Camille Croqueloup

30 août 2012

"When is a night over? Is it the start of sunrise or the end of it?"

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Nick et Norah se rencontrent dans un bar de Manhattan. Il veut fuir son ex, Tris, qui est dans les bras d'un autre. Alors il demande à Norah de faire croire qu'ils sont ensemble, rien que cinq minutes. En réponse, tous les deux se roulent une galoche. Ils vont ainsi passer toute la nuit dans les rues de New York, à s'échapper des ambiances étouffantes, musicales, enfumées, bruyantes ou intimistes, pour tenter d'oublier leurs histoires du passé. Car finalement, ce n'est pas qu'une simple rencontre amoureuse, c'est surtout l'histoire des bagages qu'on porte alors qu'une nouvelle idylle s'offre à nous et qu'il serait temps de s'en délester pour mieux avancer dans la vie. Cela ne veut pas dire qu'il faut tout oublier, mais apprendre de ses erreurs, composer avec, s'en laver les mains et faire peau neuve.
J'aime bien l'idée, sauf que le traitement global devient poussif dans la deuxième partie du roman. Le début est nettement plus grisant, plus rock'n roll, plus culotté aussi. La suite se veut basique, plus adolescente dans son approche. Personnellement j'ai été moins séduite, mais j'ai aimé l'ambiance générale et les références musicales distillées dans le livre.

Nick & Norah's Infinite Playlist / Une nuit à New York, par Rachel Cohn & David Levithan
traduction : Alice Delarbre - Luc Rigoureau

19 juin 2012

Playlist

J'ai lu cette BD ce weekend, elle m'intéressait parce qu'elle est issue de la fournée BD Kids et qu'elle s'adresse aux adolescents. Résultat, c'est sympa, on reconnaît bien le coup de crayon de Manboou, l'univers parle de musique qui va servir de trait d'union entre trois jeunes que rien ne prédestinait à rencontrer.

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Lucille est une élève brillante, mais intenable depuis la mort de sa maman. Marc joue du djembé et trempe plus ou moins dans des embrouilles. Leur rencontre va leur servir d'électro choc... Avec l'aide de Chloé, amie de classe de Lucille et pianiste qui ne se déplace qu'en fauteuil roulant, ils vont trouver un point commun : la musique ! (4ème de couv)

Ce premier tome sert essentiellement à présenter les personnages et leur histoire. Du coup, c'est encore un peu tôt pour s'attacher à cet univers même si celui-ci s'annonce plaisant. J'ai également trouvé que le ton était très différent des titres dont j'avais l'habitude jusqu'à présent chez BD Kids (des séries comme WafWaf et Captain Miaou, Raoul et Glouglou, Michel ou Eddy Milveux), c'est beaucoup moins drôle, moins absurde, mais plus réaliste, car davantage destiné aux plus grands. Je ne suis pas pleinement séduite, aussi j'attends la suite et l'évolution de la série. Pour l'instant, elle a déjà conquis les lecteurs du magazine Okapi. 

Playlist : Le secret de Lucille par Stéphane Melchior Durand & Manboou (BD Kids Okapi, 2012)

21 mai 2012

Attraction, apparently, is often accompanied by delusion.

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Kayla, seize ans, est experte en amour mais essentiellement en tant que blogueuse qui prodigue des conseils aux autres, sans franchement les appliquer elle-même. En clair, la vie amoureuse de Kayla est d'un calme plat, ce sont essentiellement ses copines ou sa soeur aînée qui font part de leurs déboires, à elle d'en tirer une expérience riche et éclairante.

Tout se complique dès l'instant où elle craque pour Jared, un camarade de classe en arts plastiques. Car l'admettre fait d'elle une cruche patentée qui s'interroge, se questionne, devient bête, sourde et aveugle, un vrai spécimen de foire, mais tellement caractéristique des questions qu'on se pose à cet âge-là.

Et c'est ce qui m'a plu dans ce petit roman sans prétention, c'est l'idée qu'on peut s'y retrouver, que l'héroïne est une fille ordinaire, avec des fantasmes, de la jugeotte et du romantisme à revendre (elle est notamment une grande lectrice de romances, dont elle décortique les attentes des lectrices). Voilà une lecture où l'identification est très facile, il y a en plus l'idée du blog faisant office de courrier du coeur pour mieux coller à l'air du temps, du coup ce livre peut plaire, surtout aux plus jeunes, parce qu'il est moderne, un peu original et proche des lecteurs.

Les secrets d'une blogueuse amoureuse, par Allison Van Diepen
Harlequin, coll. Darkiss, 2011 - traduction d'Emmanuelle Debon 

MERCI ALYA !

29 mai 2012

Teaser Tuesday #39

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Ses yeux m'ont dit la peur de la ville. La peur des lumières, des bruits, des magasins et des gens qui sont partout et nulle part à la fois. Ses yeux m'ont dit les rêves, la liberté et l'amour des forêts.
Tout au fond de ma poitrine, ses yeux ont caressé mon coeur.
Alors j'ai noué mon écharpe rouge autour de son cou et j'ai amené le loup chez moi.

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C'est une histoire d'amitié qui fait mal, une histoire d'hommes en colère et d'un monde qu'on découvre teinté de violence et frappé par la peur. C'est aussi une histoire d'animaux qu'on met en cage, d'animaux qui rêvent de liberté pour donner de la couleur aux villes.

C'est une histoire triste, une histoire grise, une histoire meurtrie, une histoire avec une écharpe rouge qui vole au vent, au nez et à la barbe des mécontents, une écharpe rouge qui rappelle une rencontre et qui devient comme un aveu. Le signe d'une impuissance et d'une indignation.

C'est une lecture coup de poing, une lecture qui vous retourne la tête, une lecture qui fait de la peine. On y trouve des mots vrais, des mots forts, des regards qui se perdent, des sourires qui se tordent, des visages qui se ressemblent. C'est beau, c'est vrai mais ça vous rend chagrin et amer.

Le loup sous le lit, par Stéphane Servant & illustrations de Benoit Morel (Oskar, coll. Trimestre, 2012)

23 mai 2012

“Valhalla on the right. Paradise regained on the left. Stuck between a Godiva truffle and a chocolate eclair.”

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Depuis le temps que j'envisageais de lire la série des Highlanders de KMM, je ne regrette pas le temps écoulé, il n'a fait que renforcer mes attentes, sans céder à quelconque mode, il aura simplement suffi d'un après-midi au soleil pour succomber à la tentation. Et j'ai beaucoup aimé cette première aventure écossaise !

Hawk est un type fascinant, taillé dans le roc, réputé pour ses conquêtes féminines et son détachement auprès d'elles, en somme c'est un rustre, même si au fond de lui c'est un être blessé par la vie, et blablabla. Le roi James, qui le déteste, lui a imposé un mariage avec Jane la Folle, sans savoir que celle-ci a été tuée par son propre père. C'est alors que surgit de nulle part Adrienne de Simone, une jeune américaine débarquant du XXe siècle ! La voilà obligée de jouer un rôle et d'épouser un homme qu'elle ne connaît pas. Elle qui pensait s'être tirée d'un mauvais pas (elle s'accuse du meurtre de son petit copain), elle se trouve liée à un individu imbu de sa personne et d'une beauté dévastatrice. Au lieu de s'en réjouir, elle peste car elle déteste la beauté masculine, source de tous ses maux !

Alors, c'est la guerre entre Adrienne et Hawk. Cela dure des pages et des pages, on connaît le scénario, c'est fatalement irrésistible, un peu idiot aussi, Hawk est jaloux du forgeron nommé Adam Black - le fameux ! - et pense que sa femme va succomber à ses charmes. Autant saluer la prouesse de cette romance mouvementée, fignolée de joutes verbales et d'assauts de séduction de grande envergure, oui, oui, c'est une romance de la vieille école mais ça produit toujours son petit effet !

Au-delà de cette débauche de passion, il y a aussi et surtout tout un monde à découvrir, un monde où KMM a bâti des bases solides, lesquelles ne vont cesser de se déployer et de s'enrichir au fil des tomes, pour donner naissance à la série Fever. Ici, on découvre Adam Black, autrement dit l'Elfe Noir, le Fou de la reine Aoibheal, épouse de Finnbheara, roi de Faërie. Forcément, ça interpelle et ça donne encore plus envie de découvrir la suite pour grapiller des détails. Ce premier tome est loin d'être parfait, notamment pour ses longueurs, mais il tient ses promesses.

Les Highlanders, tome 1 : La malédiction de l'Elfe noir, par Karen Marie Moning
J'ai Lu, rééd. 2011 - traduction de Lionel Evrard 

14 avril 2012

Grou !

Michel est un enfant comme les autres ... à deux détails près. D'une part, il a l'apparence d'un monstre avec les yeux de son papa ET de sa maman. D'autre part, il ne connaît en tout et pour tout qu'un seul mot passe-partout : "Grou !". 

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Encore un titre de la collection BD Kids à conseiller : cette série humblement intitulée Michel promet de belles heures de lecture, même si elles sont toujours trop courtes, on peut toutefois compenser par la relecture... Ce tome 1 réunit les 6 premières histoires de Michel, qui est un petit monstre poilu et dont le vocabulaire n'est pas très étendu. C'est le fils chéri de ses deux parents, Ronique sa mère et Fréjus son père. Son meilleur pote s'appelle Tanatus. Michel adore les chaussures grillées, tartinées de confiture. Et il a une aversion pour le Funky Freddy Cola. Voilà grosso-modo pour la présentation du personnage. C'est un livre qui se lit avec délice et facilité, c'est un recueil d'aventures toutes simples, mais terriblement drôles, dans le genre absurde. Le dessin est très épuré, pour coller à l'esprit sans chichi que je chéris. Une philosophie pour résumer cette rencontre : fendons-nous la poire ! J'adore, forcément.

Michel, tome 1 : Grou ! Par Dewi Noiry, Pauline Pinson, Ivan Rabbiosi
BD Kids, 2012 

21 juin 2013

“Grâce à toi les choses se passent mieux aujourd'hui.” (L'été où j'ai appris à voler)

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Sous cette couverture pétillante, où reflète un soupçon de vacances ensoleillées, se cache une histoire qui parlera à la petite adolescente qui est encore en vous. Birdie a treize ans, sa maman vient de lancer une épicerie fine et se saigne les quatre veines pour réussir, elle est veuve depuis dix ans et vit avec sa fille une relation soudée.

Leurs rapports se compliquent avec l'accumulation du boulot, Birdie vient prêter main forte tous les jours et occupe son été en fréquentant les adultes qui travaillent avec elle. Il y a Swoozie, qui fume trop et qui a un cœur d'or, mais surtout Nick, le beau surfeur, pour qui Birdie a un petit béguin. Mais les journées coulent paisiblement et l'ennui s'installe, la solitude aussi.

C'est en croisant Emmett Crane, à l'arrière de l'épicerie, un soir, que Birdie ressent comme un besoin de changement. Tout chez le garçon intrigue l'adolescente, sans hésiter elle va accepter de le revoir et avoir ses petits secrets. Ce n'est pas en signe de protestation contre sa mère, qu'elle accuse d'être une cachotière, c'est vraiment par envie et par besoin. Dans sa tête, les idées se bousculent, Birdie grandit et veut déployer ses ailes.

La deuxième moitié du roman va se révéler étonnamment bouleversante et fait alors apparaître cette histoire autrement que comme un simple rendez-vous de légèreté. Les émotions remontent à la surface et les sujets sensibles sont alors abordés. Il est question de l'absence du père, du double rôle que doit jouer la mère, de l'entrée dans l'adolescence, des rencontres qui symbolisent la promesse d'une main tendue, de la maladie qu'on cherche à effacer, de rituels à accomplir, de sacrifices aussi à apporter...

C'est une jolie petite lecture, qui sait vous prendre par surprise et toucher votre corde sensible. Le résultat est charmant, parfaitement délicat et attentionné.

L'été où j'ai appris à voler, par Dana Reinhardt
La Martinière J. (2013) - traduit par Corinne Julve
illustration de couverture : Hubert Van Rie

7 mai 2016

Chut ! je lis : Le Club de la Pluie Brave les tempêtes, de Malika Ferdjoukh

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Deuxième tome des aventures du Club de la Pluie - club composé de Rose, Milo, Ambroise et Nadjet. Tous les quatre sont élèves à l'internat des Pierres-Noires à Saint-Malo et ont pour passion commune de traquer des mystères et résoudre des énigmes comme les mythiques Club des Cinq ou Clan des Sept d'Enid Blyton. ^-^ On retrouve ainsi deux nouvelles histoires - Le fantôme des Pierres-Noires et Le mystère des chaussons rouges - lues par Alice Butaud (Rose), Clémentine Niewdanski (Nadjet), Benoît Marchand (Milo) et Vincent De Bouard (Ambroise) pour une passionnante écoute d'une heure et 16 minutes qui nous plonge dans une ambiance crépusculaire, un peu hors du temps, truffée de références cinématographiques du Golden Age hollywoodien ou issues des classiques de la littérature anglaise (Jane Eyre ou Rebecca), voire aussi des polars américains. La 1ère histoire nous présente Jeanne Eyrmont, filleule de la directrice, qui débarque en pleine nuit, toute tremblante et timorée, craignant son ombre et s'imaginant être victime d'hallucinations. Accompagnée de sa cousine, Rachel Danvers, elle file dans sa chambre sans demander son reste. Le Club va très vite s'interroger sur ces deux jeunes femmes, l'une plus malheureuse jour après jour, et l'autre se livrant à des agissements nocturnes douteux. Heureusement, nos détectives en herbe veillent au grain pour sauver Jeanne de la folie qui la guette ! La deuxième histoire est cette fois influencée par le Magicien d'Oz avec une affaire de souliers en rubis qui vont disparaître, un suspect idéal (Milo, fils de forains) et une détective redoutable, Pippa Marlotte, qui a presque tout piqué au héros de Chandler.

J'ai de nouveau été transportée par l'écriture, l'atmosphère, les personnages, la teneur des intrigues, l'humour et les inspirations globales qui font de cette série un petit bijou et un ravissement perpétuel. C'est bien écrit, c'est intelligent et facétieux, ça possède un charme fou et ça brasse une multitude de clins d'œil culturels qu'on découvre et redécouvre au fil des lectures. Je ne cesse d'être agréablement surprise et enchantée. Malika Ferdjoukh apporte de la noblesse et une grande tendresse dans ses romans. Et cela me touche beaucoup. Encore une série fortement conseillée, à écouter ou lire (existe aussi en collection Neuf). ♥

Chut ! les livres lus de l'École des Loisirs, avril 2016

Musique composée et interprétée par Cécile Maisonhaute - Illustration de couverture : Cati Baur

♣♣♣♣♣

Vient de paraître le 3ème livre de la série :

 

Le Club de la Pluie et les forbans de la nuit 

30 mai 2020

La maison aux secrets, de Catherine Robertson

La maison aux secretsEn apprenant qu'elle est l'héritière d'une propriété en Angleterre, April envisage sérieusement d'y renoncer puis finit par se rendre sur place par curiosité. La demeure est imposante mais dans un triste état. Le notaire est prêt à lui accorder le temps nécessaire pour entreprendre les travaux et changer d'avis sous l'influence de sa voisine qui lui raconte les années dorées du domaine.
Un certain Oran vient donc lui prêter main forte. Sous ses dehors bourrus, le type se montre coopératif et efficace. Ensemble ils n'accomplissent aucun miracle mais mettent à jour de vieux secrets enfouis. Lors d'une promenade dans les bois, elle fait aussi la rencontre de Jack et son chien Gabe. Avec son physique de bûcheron, peu loquace et très détaché, lui aussi est énigmatique et attirant...
Mais April est en plein conflit : depuis la mort accidentelle de son fils, elle a choisi de vivre à l'écart du monde, elle fuit le bonheur ou refuse toute idée de seconde chance. Cet héritage vient donc tout chambouler et la plonge au cœur d'une nouvelle vie bourdonnante de sons et de lumières.

Malgré ce résumé alléchant, j'ai été déçue par cette lecture : entre le caractère morose de l'héroïne, son insistance à tout verrouiller en souvenir du drame vécu et les déboires d'Oran (qui m'ont hélas laissée dans une totale indifférence) j'ai finalement trouvé le temps LONG.
Seules les histoires du passé - auprès de James, Sunny, Lily et Rowan - m'ont bien plu car le reste du temps m'a semblé poussif et trop mélancolique. Il y avait parfois un charme suranné qui surgissait des vestiges de L'Empyrée... mais son parfum reste trop fugace !
Je n'ai pas accroché plus que ça aux personnages contemporains, ni à leurs parcours dilués et lassants. Au bout du compte, ce roman plein de promesses (j'adore les histoires de vieilles maisons et de secrets de famille) s'est révélé peu touchant et s'est conclu sur un rendez-vous loupé, pour moi.

Charleston, une marque des éditions Leduc.s (2017)

Traduit par Fabienne Duvigneau / Titre VO : The Hiding Places

Repris en format poche chez POCKET

⭐⭐⭐

22 décembre 2019

La fille sans nom, de Maëlle Fierpied

La fille sans nomCamille fugue en pleine nuit car elle en a ras-le-bol de l'éducation trop rigide de ses parents. Sur le bord du fleuve, elle croise une péniche et répond à une petite annonce : recherche garçon à tout faire. Avide d'aventures, la jeune fille monte à bord et ment sur son identité.
Au moment de signer son contrat (avec une goutte de son sang), Camille s'écroule de sommeil et se réveille en ayant tout oublié. Elle ne comprend pas ce qu'on attend d'elle, si ce n'est s'occuper des animaux en cage d'un certain Mage Hélix. Elle doit aussi éviter le plus possible ses compagnons de voyage, deux Ogres-dragons peu commodes.
Oui, oui, c'est carrément bizarre. Et tout le roman est de cet acabit !
On débarque au beau milieu d'une histoire très curieuse et on ne cesse de se demander où on va. L'ambiance est sombre et angoissante, avec des personnages inquiétants. La mise en place peut sembler lente - elle l'est - et pourtant tout semble nécessaire pour comprendre la quête. Après tout, le roman fait 500 pages donc il faut se préparer à élargir ses horizons.
L'univers de Maëlle Fierpied est souvent atypique, avec une bonne dose de fantastique, de l'audace et une imagination improbable. Cf. ses Chroniques de l'université invisible qui m'avaient fait découvrir son auteure ! Celui-ci ne déroge pas à la règle, même si j'ai parfois eu une sensation d'errance et de flou...

École des Loisirs, roman, Médium + (2019)

30 octobre 2018

Vintage, de Grégoire Hervier

vintage gregoire hervier

Thomas Dupré, journaliste occasionnel, est un passionné de guitares et de musique rock. Attendu en Écosse pour une commande spéciale, il se rend au manoir de Jimmy Page, pour rencontrer un collectionneur excentrique. 
Celui-ci va néanmoins lui confier ses déboires. On vient de lui voler la mythique Moderne de Gibson, mais sans preuve tangible, les assurances réclament un gage de son existence. Il embauche donc Dupré pour partir par monts et par vaux en quête de cette guitare de légende.
Ladite enquête va s'annoncer pleine de surprises et d'inattendus : on va de découvertes en avancées, toutes rocambolesques, décalées et déjantées, voire audacieuses et périlleuses.
L'aventure est complètement dingue et excitante.
J'ai adoré l'épopée en Amérique, sur les traces d'Elvis, et toutes les anecdotes insolites et savoureuses. Miam miam.
Au final, la lecture est entraînante, sur près de 9 heures d'écoute, dont on ressort avec une sensation échevelée et émoustillante. C'est tellement bon... tellement grisant. J'étais comblée. 
Voilà un super roman, rock-n-roll et décoiffant : une découverte qui rend l'âme voyageuse et survoltée. Franchement top !

©2016 Au Diable Vauvert. Repris en poche chez 10-18

(P)2018 Audible Studios. 

Pour pimenter tout ça, Hervé Carrasco assure le show avec exaltation, sans tomber dans l'excès. C'est tout aussi excitant à lire, à écouter, à imaginer, à apprendre. Longue vie à la Gibson !

>> Ce livre audio en version intégrale vous est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

vintage gregoire hervier audible

13 septembre 2022

Froid brûlant (Black Blade #1) de Jennifer Estep

froid brulantBienvenue à ...

Cloudburst Falls (...) célèbre en tant que « l’endroit le plus magique d’Amérique », un lieu où « les contes de fées sont réels ».


Lila Merriweather est lycéenne le jour et voleuse la nuit. Elle vit ainsi depuis la mort tragique de sa mère et se débrouille comme une grande en squattant le sous-sol de la bibliothèque municipale. Elle tient à sa tranquillité. À sa vie invisible. Mais tout vole en éclats le jour où elle est témoin d'une attaque contre trois jeunes privilégiés et sauve la vie de l'un d'eux. Elle a beau fuir la scène du crime et se planquer comme jamais. Le destin finit par la rattraper. Elle est recrutée pour devenir le nouveau garde du corps pour l'héritier d'une Famille. Elle obtient avec ce poste des tas d'avantages mais également une existence sous le feu des projecteurs. Désormais elle ne peut plus mentir sur son passé et ses dons cachés. Toute une survie construite avec minutie qui se disperse. Seul avantage pour Lila : pouvoir approcher son Ennemi de toujours et obtenir sa vengeance.

L'immersion dans l'intrigue est assez dense au tout début car les présentations pullulent et sont méticuleuses. Mais une fois que c'est fait, la lecture s'avère captivante ! Certes, j'ai eu un certain recul quand j'ai découvert l'âge des personnages (17-20 ans). Heureusement ils se comportent de façon plus mature donc c'est moins gênant au fil des chapitres. Du moins, c'est surtout Lila qui détient la palme de l'héroïne. L'histoire est centrée sur son parcours, ses choix, ses secrets, ses émotions. En ce qui concerne Devon, par exemple, ça reste assez flou. Le personnage paraît attachant et très gentil. Toutefois, on ne le perçoit que de loin ou grossièrement. Je pense que les deux prochains tomes permettront d'étoffer cette sensation et d'apporter plus de piquant. Pour l'instant, la série tient la distance et révèle de jolies surprises aussi ! Je suis très contente.

Moi ? Garde du corps pour une Famille ? Ça me laissait plus que perplexe. J’étais une voleuse, voilà tout. Je mentais, je trichais et je volais pour survivre, pour obtenir ce que je convoitais, pour protéger et servir mes intérêts… Les miens et ceux de personne d’autre. Surtout pas ceux d’une Famille.

Éditions Alter Real, 2021 pour la traduction. Traduit par Annabelle Blangier

⭐⭐⭐⭐

16 décembre 2021

Au cœur du cercle (The Magpie Society #2) de Zoe Sugg & Amy McCulloch

Au coeur du cercle The Magpie SocietyDans le premier tome de The Magpie Society, nous découvrions le pensionnat anglais d'Illumen Hall. Ambiance bon chic bon genre. Traditions surannées. Sensation d'appartenir à une élite. Pourtant, un drame survient - une élève trouve la mort sur une plage. La police pense au suicide. La famille est effondrée. Malgré les doutes et les angoisses, les élèves sont invités à reprendre leur routine.

Audrey, une nouvelle étudiante venue des États-Unis, observe cette agitation mais se fait discrète (elle aussi a un scandale à ses trousses). Que sa colocataire se montre glaciale ne la perturbe pas outre mesure. En même temps, c'était la meilleure amie de la disparue. La douleur est encore vive. L'américaine se contente donc d'écouter les rumeurs de liaison et de jalousie ça et là. Au milieu, une Voix Mystérieuse s'élève pour balancer tous les non-dits à travers un podcast.

Et de nouveau, le drame s'invite et une autre camarade disparaît. Audrey et Ivy, enfin copines, lancent leur propre enquête face à l'inaction de la police. Elles vont fouiller dans les archives de l'école pour remonter aux sources du Cercle des Pies. Comprendre qui se cache derrière cette société secrète et pourquoi elle réapparaît après tant d'années. Drames en cascade et révélations choc vont également survenir. Pas au point de tomber à la renverse non plus.

Ce que je regrette, dans cette duologie, c'est finalement cette impression d'avoir étiré l'intrigue en vain. Pour moi, un seul livre aurait suffi ! Les couvertures sont magnifiques. Et l'ambiance... incroyable. Mais le reste me laisse sceptique. Personnages creux, lecture languissante, contenu artificiel et couru d'avance. Je reste sur ma faim. Reste la supercherie dévoilée dans l'épilogue. Et bim, dans ta face ! C'était plutôt malin.

La Martinière J. (2021) - Traduit par Christophe Rosson

⭐⭐⭐.5 

17 avril 2013

# Pêle-mêle Clarabel #

dernièrement, ont été lus sans être commentés :

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Le pays incroyable, exploré et décrit par Norman Messenger (Seuil jeunesse, octobre 2012)

Débarqué sur une île étrange, Norman Messenger va croiser des habitants pas plus hauts que des poupées, des arbres à voile qui ne poussent que sur de petites barques en bois ou encore des oiseaux qui portent d'immenses cuissardes pour ne pas se mouiller les pieds. Détournant avec humour les planches des naturalistes du XVIIIe siècle, il dépeint un univers fantasque et merveilleux. Les inventions graphiques sont encore plus délirantes que les inventions verbales, au service d'une imagination débordante. 

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Monsieur Buvard de Bruno Heitz (Rouergue jeunesse, avril 2013)

Monsieur Buvard buvait tant qu'il en devenait tout noir. C'est pour ça qu'il avait perdu son travail. Un jour qu'il cherchait un emploi, il rencontra Papier Photo. Et Papier Photo (très sensible aux problèmes d'argent) lui fit une proposition malhonnête. C'est là que ses ennuis commencèrent. Monsieur Buvard eut bien du mal à se racheter une conduite, bref à se blanchir. 

Monsieur Buvard a été publié initialement dans les années 90 aux éditions Mango. Il fait ici l'objet d'une réédition actualisée et notamment mise à la page côté numérique.

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Lola de Olivier Douzou (Rouergue jeunesse, octobre 2013)

Lola, c'est une vache de lait, l'héritière d'une certaine Jojo qui dans sa métamorphose fit un jour apparaître une constellation.
Lola est là pour un hommage à ce livre point de départ - en 1993 - de la collection jeunesse du Rouergue.

17 septembre 2015

Du sang sur Abbey Road, de William Shaw

DU SANG SUR ABBEY ROAD

Brimé par ses collègues, qui lui reprochent son caractère solitaire et taciturne, Paddy Breen accepte de chaperonner Helen Tozer, une jeune inspectrice particulièrement bavarde, sur la scène d'un crime ignoble. Une fille a été assassinée dans le quartier d'Abbey Road, pas loin du studio d'enregistrement des Fab Four. Son corps nu a été jeté sur un matelas. Les voisins n'ont rien vu, rien entendu. Et on ignore tout de l'identité de la victime. Notre duo d'enquêteurs dépareillés mais bougrement attachants va aussitôt s'embarquer dans une course entraînante, à travers les rues de Londres ou sur les routes du Devon, traquant le moindre indice pour remonter un début de piste, même si la tâche s'annonce ardue. Mais c'est franchement grisant, planté dans l'ambiance électrique du Swinging London, en pleine Beatles mania (nous sommes en 1968) et avec des personnages truculents.

J'ai franchement adoré ! Paddy est guindé au possible et traîne son vague à l'âme depuis la mort de son père, tandis que Helen est pétillante, enjouée et décidée. Elle ne s'embarrasse pas des procédures (une femme n'avait pas le droit de conduire une voiture de police) et roule sa bosse pour oublier un drame familial. Tous deux étaient faits pour se rencontrer et vont probablement nous réserver d'autres aventures pleines de réjouissances ! J'ai hâte. ☺ 

10/18 ♦ Janvier 2015 ♦ Traduit par Paul Benita (A Song From Dead Lips)

16 septembre 2015

Travail soigné, de Pierre Lemaitre

TRAVAIL SOIGNÉ

J'aurais souhaité n'avoir jamais lu Alex avant celui-ci et procéder aux présentations dans les règles de l'art - Camille Verhoeven, commandant de police, soucieux du travail bien fait, barbotant au sein de sa brigade comme un poisson dans l'eau, amoureux à la ville et bientôt papa. À la place, j'avais déjà aperçu l'image d'un type brisé et désabusé par la faute de cette enquête criminelle qui s'installe présentement.

Des meurtres, ignobles et épouvantables, mis en scène de façon soignée et macabre, basculant toujours plus loin dans l'horreur et l'innommable... Et déjà une étiquette sur ce tueur en série - le Romancier - dont l'obsession consiste à reproduire les crimes les plus célèbres de la littérature policière et récolter les lauriers de la gloire en faisant la une des journaux. Sans se douter, Camille est devenu le jouet du psychopathe.

C'est indubitablement un roman noir, violent, déroutant mais fichtrement prenant. Jacques Frantz - spécialement sollicité par l'auteur pour enregistrer son roman pour Audiolib - accomplit par la même occasion un jeu d'acteur époustouflant. Sa voix rauque et grave nous entraîne vers des sentiers glissants, au cœur de la cellule de crise et en communion avec la détresse de Verhoeven pour un effet vibrant, poignant, étonnant.

¡Madre mía! Ce roman est plus noir que noir, violent et déroutant, même s'il est fichtrement prenant. Certaines scènes sont d'ailleurs assez dures, avec force détails nauséeux et séquences émotionnelles bouleversantes (mais rien n'est jamais gratuit, comme l'explique P. Lemaitre dans l'entretien qui suit la lecture, en rappelant pourquoi on choisit de lire un roman noir et quelles sont nos attentes). Malgré tout, la puissance littéraire est là, intacte - la lecture est saisissante sur toute la ligne, elle remue tripes et boyaux et vous laisse k-o en fin de parcours. Chapeau bas.

Audiolib / août 2015 ♦ Texte lu par Jacques Frantz (durée : 12h 33) ♦ Suivi d'un entretien entre l'auteur et l'éditeur

12 mars 2015

Gravé dans le sable, de Michel Bussi

Gravé dans le sable AUDIOLIB

D'abord paru en 2007 aux éditions PTC sous le titre Omaha Crimes, le roman nous expédie sur les plages du débarquement, avec 188 soldats en attente sur une péniche, un jour de juin 1944. Un tirage au sort va déterminer l'ordre de passage des candidats au suicide : prendre d'assaut une falaise tenue par l'ennemi. Les premiers envoyés seront fatalement sacrifiés.

Lucky Marry, l'un d'entre eux, croit en sa bonne étoile. Comme l'indique son prénom, il a pour lui une chance incroyable qui ne l'a jamais laissé tomber. Pourtant, fin 44, Alice Queen, sa jolie fiancée, pleure toutes les larmes de son corps la perte de son amoureux. Pourquoi, comment ? Il ne subsiste aucune preuve, le bataillon a été laminé et les rares témoins sont évaporés dans les airs.

Comme d'habitude, l'histoire qu'on découvre est truffée de fausses pistes, de quiproquos et de nœuds à démêler. Michel Bussi va nous mener par le bout du nez et nous promener dans un dédale de mensonges et autres duperies. Très vite, on sursaute à la moindre révélation et on tremble de frustration. La conduite de l'intrigue est franchement machiavélique. Mais efficace. Pour preuve, j'ai écouté le livre audio en seulement 2 jours - Olivier Prémel est un lecteur brillant, qui a su jouer avec les émotions (le chagrin, la tendresse, l'humour) avec brio.


J'ai également craqué pour Nick Hornett, le détective privé qui ruse de charme et d'intelligence pour séduire la belle Alice. Ses tactiques et ses commentaires in petto sont d'une drôlerie infaillible. C'était ma bouffée d'oxygène dans cette lecture aux enjeux déchirants, qui se révèle également une lecture de pure distraction ! J'ai beaucoup aimé.

Audiolib, février 2015 ♦ texte lu par Olivier Prémel (durée : 11h 39) ♦ Presses de la Cité, 2014

30 janvier 2015

L'Éte où papa est devenu gay, par Endre Lund Eriksen

« Mon père ne peut quand même pas être homo
Indiane s'est renfrognée.
- C'est quoi le problème si on est homo?
J'ai essayé de lui expliquer que je ne voyais aucun inconvénient à ce que les homos soient homos ; le problème, c'était que papa le soit, parce qu'en vrai, au fond de lui, il ne l'était pas. S'il l'avait été, encore ! Admettons. Mais il avait été marié à ma mère pendant une éternité, et franchement, il n'avait vraiment rien d'une pédale. Alors là, Indiane a froncé les sourcils, l'air furibard.
- Qu'est-ce que tu veux dire exactement par « il a rien d'une pédale » ?
Impossible de lui avouer ce que j'avais en tête. Marcher en roulant du cul comme une fille. Parler mode, fringues et jardinerie d'une voix efféminée. Trottiner en faisant tout le temps des mouvements du poignet. Écouter de la musique disco et s'habiller avec des trucs en cuir moulants.
On ne pouvait pas dire que son père était comme ça. Au contraire : c'était le type le plus viril que j'aie jamais rencontré - enfin, si on exceptait le coup de la musique disco. Ça, on pouvait difficilement faire plus homo. »

L'Ete Ou Papa Est Devenu Gay

Séparé de son épouse, le père d'Arvid emprunte une caravane pour les vacances et s'installe sur le terrain près des toilettes les plus célèbres de Norvège (ambiance psychédélique, boule à facettes et musique disco). Le moral n'est pas au beau fixe, père et fils passent leur temps à bouquiner ou errer en pleine campagne sous une pluie diluvienne.

Leur quotidien s'égaye lorsqu'ils font la connaissance de Roger et sa fille Indiane. C'est une gamine délurée, qui s'amuse à titiller le garçon, coincé et bougon. Très libre et décomplexée, elle ne comprend pas la réaction du garçon lorsqu'ils surprennent l'accolade passionnée entre leurs pères. Arvid court se réfugier dans les WC, chipe le livre d'or et déverse toute sa frustration.

Ses confidences, sur le ton de la plaisanterie, font état de la trouille de l'adolescent, face à sa puberté naissante. À 13 ans, celui-ci se pose de plus en plus de questions sur la sexualité, son identité et son orientation, l'attitude de ses amis aussi le pousse à réfléchir, comme celle plutôt dégourdie de la jeune Indiane, terriblement curieuse et impatiente de dévoiler les mystères de la chose, bref tout ça plonge Arvid dans une grande perplexité.

Alors, pour oublier ce qui le contrarie en secret, le garçon prend pour cible son père et sa soudaine lubie d'une révolution sexuelle en plein été, durant leurs vacances. Arvid ne l'entend pas de cette oreille et échafaude des plans délirants pour faire capoter l'idylle florissante. Le ton général est léger, joyeux et totalement désinhibé (même le chien Waldo est pris de pulsions lubriques incontrôlables, on croit rêver !).

C'est raconté sur le ton de la blague, mais ça évoque avec beaucoup de subtilité l'adolescence, le corps qui change, les premiers troubles, les émotions contradictoires et l'homosexualité. Les romans pour ados sont encore trop timides à ce propos, donc saluons l'initiative écrite avec intelligence et un soupçon d'effronterie ! 

éd. Thierry Magnier, septembre 2014 ♦ traduit du norvégien par Aude Pasquier

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