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Chez Clarabel
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10 juillet 2010

It's not summer without you

Il s'agit de la suite de L'été où je suis devenue jolie.

its_not_summer

Un an a passé. Belly n'est pas retournée à la maison de Cousins Beach, quand Jeremiah téléphone pour lui apprendre que Conrad a disparu... Le début de l'histoire est très triste, Susannah manque énormément, et c'est un roman débordant de chagrin qu'on a entre les mains. C'est vif, l'émotion nous prend à la gorge, on sent toute la fragilité et la détresse des personnages. Le premier livre était déjà doux-amer, celui-ci accentue la tonalité, et pourtant c'est incroyablement beau et touchant. Car petit à petit, l'histoire va grandir, va ouvrir les vannes et laisser les larmes couler pour faire place au sourire. C'est bon de voir Belly, Jeremiah et Conrad redonner vie à la maison de Cousins, de les sentir reprendre pied et de jouer cartes sur table.

Néanmoins, leur relation demeure sur un fil. Cette fois, Jeremiah intervient aussi comme narrateur dans l'histoire. On apprend à mieux le connaître, à saisir son amour fou pour Belly et évidemment on ressent un élan de tendresse pour lui. On s'attache et on attend. Ce que la jeune fille a dans le coeur n'est pas un secret. Depuis ses dix ans, elle est amoureuse de Conrad. Inversement, le garçon est sauvage, fuyant, secret et décevant. Du moins, il faut lui laisser le temps, car peu à peu lui aussi nous surprend, se révèle sous un autre jour. Est-ce à dire que la relation triangulaire de cette série est une perte de temps, une prise de tête ? Non. C'est tellement bien écrit, bien amené, bien présenté. Il nous est impossible de ne pas ressentir de l'affection pour l'un ou l'autre des personnages.

En attendant, ce deuxième roman est un tournant. Une page a été tournée, pour Belly et pour les garçons. Chacun a su avancer, recoller les morceaux, ouvrir leur coeur, libérer le trop-plein d'émotions. Je suis complètement tombée amoureuse de ce livre, de cette ambiance nostalgique, nonchalante, douce et reposante. Il règne une sensation de quiétude qui fait du bien, et j'ai hâte de lire le troisième et dernier livre de la série !

... un passage, parmi d'autres :

He started to say something, maybe an apology and maybe not, and then he stopped, he leaned over and pulled me toward him - like by gravitational force. He kissed me, hard, and his skin was stubbly and rough against my cheek. My first thought was, I guess he didn't have time to shave this morning, and then - I was kissing him back, my fingers winding through his soft yellow hair and my eyes closed. He kissed like he was drowning and I was air. It was passionate, and desperate, and like nothing I had ever experienced before.
This was what people meant when they said the earth stopped turning. It felt like a world outside of that car, that moment, didn't exist. It was just us.

LireEnVo challenge Lire en VO - 17

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4 octobre 2010

Strange Angels, Lili St.Crow

strangeangelsAprès un début laborieux, ce premier tome (d'une série qui comptera 5 livres) s'est révélée une étonnante surprise, surtout dans les 100 dernières pages. C'est peut-être un peu long mais ça vaut le coup, car j'ai le sentiment que 200 pages ne sont pas de trop pour expliquer dans quel bourbier nous sommes, aux côté de la jeune Dru Anderson, seulement 17 ans, et un mental de choc.

Son quotidien, c'était de suivre son père à travers le pays car il traquait les vilaines créatures du Real World. Dru a été son assistante, elle connaît les armes, les replis d'urgence, les déménagements incessants. Elle a perdu sa mère alors qu'elle n'avait que cinq ans, sa grand-mère l'a ensuite prise sous son aile, lui dévoilant que Dru possédait un don ("the touch"). Aujourd'hui, rien ne va plus, son père n'est pas rentré d'une mission, ou plutôt il a été transformé en zombie et Dru n'a pas eu d'autres choix que de l'éliminer froidement. C'est glauque, la panique totale, elle fuit et se retrouve au lycée où un garçon de sa classe, Graves, comprend très vite que quelque chose cloche. Sans poser de questions, il l'entraîne dans son refuge (le garçon squatte dans un centre commercial) et ne veut plus la quitter.

Manque de bol, cette association de bras cassés va leur coûter. Dru est à son tour poursuivie par les monstres qui ont eu la peau de son père, Graves est mordu par un loup-garou et de nouveau il faut fuir, s'en aller le plus loin possible et tenter de trouver une solution. C'est alors que Christophe fait son entrée. C'est un djamphir, le fruit d'une union entre un vampire et une humaine, il se présente comme étant l'ange gardien de Dru, venu à son secours, lui sortant un discours impossible sur ses véritables origines, mais Dru dit stop. Elle n'en peut plus, ne fait confiance à personne mais la traque n'en finit pas. Toujours et encore.

Grâce à Christophe, tout ce qui nous paraissait nébuleux et compliqué devient plus clair. L'histoire est enfin en place, c'est très bon, assez glauque et violent, mais ça ne manque pas de piquant et c'est même un tout petit peu sexy, mais très légèrement (ce n'est qu'un début, j'aime cependant quand Christophe emploie "little bird" pour parler à Dru ou quand Graves s'amuse à flirter innocemment, ça détend l'atmosphère !). La personnalité de Dru n'est pas sans rappeler une certaine Rose Hathaway (Vampire Academy), d'ailleurs ce n'est pas un hasard puisque Richelle Mead est aussi la marraine de cette série, Strange Angels. J'ai beaucoup aimé l'univers sombre et oppressant de Lili St.Crow et je suis impatiente (et curieuse) de connaître l'évolution de l'histoire.

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LireEnVo  challenge lire en VO - 30

13 avril 2010

Souvent femme varie.

Livre relu en français (merci Anne !) et j'ai absolument adoré.

hush_hush

J'avais envie de redonner une chance à ce roman, parce que la couverture me fascinait et parce qu'il n'y avait pas de raison que je reste insensible au charme des anges et des déchus. J'ai toujours pensé qu'entre un livre et le lecteur, c'était une affaire de rencontre. Et quand ce n'est pas le bon moment, c'est fatal. En bien ou en mal. Puisque l'occasion m'a donc été donnée de le lire en français, j'ai dit banco et ... hmmm !!!!!!

Bon sang de bon sang. J'ai failli passer à côté d'un vrai phénomène. Sueur froide. Frissons sur tout le corps. Ohlala. Quelle buse, mais quelle buse ! J'ai relu ce livre en état de transe, mais complètement ! Je me maudissais d'avoir tilté avec un train de retard, même si j'ai de bonnes excuses. Le principal, maintenant, c'est d'être complètement accro et de reconnaître que ce roman est le champion des papillons dans le ventre. Yes.

Qu'est-ce que cela cache ? ... Patch. (Vapeurs)

- Grand, ténébreux et énervant.
Et désagréablement insondable. Les yeux de Patch étaient deux sphères opaques. Ils absorbaient tout, sans rien trahir. D'ailleurs, je ne voulais pas vraiment en savoir davantage sur son compte, ce que j'avais pu voir me suffisait largement.
Ou plutôt... si. A vrai dire, ce que j'avais vu me plaisait beaucoup. Ses bras sveltes, longs et musclés, les épaules larges, mais décontractées, et ce sourire... amusé et enjôleur. J'essayais sans succès de me convaincre, d'ignorer ce qui devenait peu à peu irrésistible.

Patch est un personnage irrésistible. Comme Nora, la lectrice succombera à son charme de bad boy peu fréquentable. Avec son aura ténébreuse, son mystère combiné à un vent de panique, ce garçon transpire l'interdit et le danger mais qu'est-ce qu'il est attirant !

Depuis un an, depuis l'annonce brutale de l'assassinat de son père, Nora est particulièrement vulnérable, méfiante et craintive avec tout ce qui sort du cadre ordinaire de son existence. En rencontrant Patch, son nouveau partenaire de bio, elle sent qu'elle doit rester sur ses gardes. Patch est arrogant, séducteur et dégage une part sombre qui fait peur. Et comme par un fait étrange, la vie de Nora est en train de basculer dans un précipice : elle se sent suivie, menacée, elle a des hallucinations, croise régulièrement un individu masqué.

Ce sont beaucoup de coincidences fâcheuses et Nora doute de plus en plus. Attirée par Patch, elle se sent aussi mal à l'aise en sa présence. Chercherait-il à la rendre folle pour mieux la perdre ? !

J'ai été littéralement transportée, j'ai adoré chaque passage où Nora et Patch sont ensemble, les échanges sont brillants, il y a de l'humour, beaucoup d'humour, et puis de la sensualité, c'est très TRES sexy, mais chaste. L'histoire n'est pas originale, par contre l'ambiance est sombre et angoissante, ce qui rend le récit captivant. Cette deuxième fois, j'ai été ensorcelée ! Tentez l'aventure.

Hush, Hush ~ Becca Fitzpatrick
Le Masque, coll. MsK (2010) - 350 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par (l'excellente) Marie Cambolieu

J'avais été agacée par la multiplication des *grin* dans le texte original. C'est typique de Patch, ce garçon *grin* constamment. En français, la traductrice a heureusement cherché à varier ce mode d'expression, tout en restant fidèle au personnage. Bravo, et merci.

La suite !

Crescendo
Release Dates:  US - November 16,   UK - October 14

 

crescendo_becca_fitzpatrick

27 mars 2009

Les domestiques ~ Michael Marshall Smith

les_domestiquesMark ne s'entend pas avec son beau-père David, il ne supporte pas son air supérieur, sa manie de vouloir tout contrôler. Depuis son remariage, sa mère est tombée malade et elle ne sort pratiquement plus de la maison. Ils viennent d'emménager à Brighton dans une demeure bourgeoise où se trouve, dans un appartement au sous-sol, une vieille dame très discrète.
Comme Mark s'enfuit de plus en plus de la maison, pour faire du skate ou pour prendre un bol d'air car il étouffe, il fait la connaissance de cette mamie qui l'accueille dans son modeste chez-elle. Là, elle lui montre une clef qui ouvre une porte donnant accès sur un couloir où on a le sentiment de remonter le temps. On pénètre dans les anciens quartiers des domestiques, on y découvre les cuisines, les appartements du majordome ou de la gouvernante. L'ensemble est vide, gris, froid et abandonné.
Mark ne doit en parler à personne, la vieille dame y tient. L'adolescent joue le jeu, fait son crâneur de savoir quelque chose qu'ignore David. D'ailleurs, entre eux, le ton durcit et le garçon s'enfuit de chez lui. Il se réfugie chez sa voisine du dessous, boit son thé et mange des petits gâteaux, puis s'endort. Réveillé en sursaut, Mark ressent l'envie de retourner seul dans le passage fermé à clef et profite du sommeil de la vieille dame pour s'y faufiler, et là...

Une si belle couverture ne pouvait augurer qu'une belle invitation, non ?
Malheureusement j'ai été plutôt déçue par ce roman. L'histoire est longue à se mettre en place, la première partie s'éternise sur 100 pages et nous fait suivre l'adolescent qui se heurte avec son beau-père, qui regrette Londres et le temps où sa mère était heureuse et pleine de vie. Pas trop de nouvelles sur le père. Le garçon passe son temps à râler, aller et venir entre chez lui, l'extérieur, et ses trop brèves rencontres avec la vieille dame. Le mystère est distillé au compte-gouttes. 
Je me suis longtemps posée des questions sur ce roman, à quand les premiers frémissements, à quand un début d'action, n'est-il point rangé dans la catégorie sf-fantasy ? Même si je suis novice, j'ai cru comprendre que l'auteur était une pointure !
Hélas ce roman est plat. Il y a quelques éléments fantastiques pour émoustiller l'intrigue, mais c'est tellement long à venir (malheureusement, lorsque cela survient, c'est fugace, léger, même pas le temps de s'en apercevoir !), et cela ne crée aucun frisson. La fin est trop vite expédiée, la 'résolution' du problème absolument aberrante, pour ne pas dire obscure et incompréhensible.
Non, j'ai franchement eu le sentiment d'avoir lu un livre qui parle de l'adolescence, des conflits avec le beau-père et la maladie d'un proche. On ne retient que ça ! Il reste ensuite très peu de place ou de temps pour évoquer les fantômes, l'étrange petite mamie et ses gâteaux délicieux, et puis ce climat à Brighton, assez préoccupant, ou la maison et son architecture qui méritait d'être décortiquée et exploitée. Je ne sais pas, il y avait des tas de pistes pour nous servir un repas copieux.
En quatrième de couverture, il est écrit : Les Domestiques est un magnifique roman, une fable poignante qui marque le retour d'un écrivain d'exception.
Han-han. Ne vous attendez pas au chef d'oeuvre non plus !

Bragelonne, coll. Milady, 2009 - 286 pages - 6€ 

(version courte)

Fraîchement installé à Brighton, dans une maison qui appartient au nouveau mari de sa mère, Mark entre en conflit direct avec son beau-père et passe de plus en plus de temps à l'extérieur, rencontrant par la même occasion la vieille dame qui habite l'appartement du sous-sol. Un jour, elle l'invite chez elle et lui révèle un secret derrière une porte fermée à clef. On y découvre les quartiers des domestiques, le cadre d'une époque révolue, tout semble abandonné et décati, et pourtant...

Point de suspense dans ce roman. L'intrigue est relativement faible, les personnages manquent de charisme. On assiste davantage à un roman qui traite de la crise de l'adolescence, un gamin qui se heurte avec son beau-père et qui est confronté à la maladie de sa mère, il va trouver dans le monde secret de la mamie du dessous une solution pour résoudre ses problèmes, du moins je le pense, car il faut peut-être voir dans ce roman une parabole qui me dépasse.
J'ai été moyennement emballée par cette histoire, que j'ai trouvée très lente à se mettre en place. Même si l'auteur est une pointure dans le milieu fantastique, il ne nous offre pas un modèle du genre avec ce court roman. Soit, quelques fantômes apparaissent... mais trop brièvement. Pas le temps de s'attacher, ni de comprendre. Trois p'tits tours, et puis s'en va.
Dommage. J'aimais beaucoup la couverture, qui invitait à l'évasion et au mystère.

26 mars 2009

L'office des vivants ~ Claudie Gallay

office_des_vivantsIl règne dans cette maison en haut de la montagne une atmosphère de vide - vide affectif, vide matériel, vide intellectuel. Le Père est bourru, il travaille quand ça lui chante, s'occupe des bêtes et de la terre, mais ne ramène pas souvent le pain pour nourrir les bouches. La Mère le maudit de l'avoir engrossée une troisième fois, elle se porte mal et doit rester alitée.
Marc et Simone sont deux gosses que rien ne bouleverse, ils roulent leur bosse, jouent dans la cour, ne se lavent pas souvent, ont des poux dans les cheveux, parfois ils se rendent à l'école, quand le temps le permet, la route est longue et le climat sec et glacial.
Pas loin, il y a aussi le grand-père qui passe son temps à sucer ses pastilles et la grand-mère Coche qui est avare comme un rat. Pas facile de lui soutirer une tranche de pain nappée de confiture !
Tout se mérite dans cette vie étriquée.
Un jour, un bébé est déposé sur le pas de la porte. C'est la petite de Mado, qui était fille de ferme et qui a fait perdre la tête au Père. Un matin elle est partie avec les économies de la famille, elle n'est plus jamais revenue. Elle a déposé un cadeau quelques mois après, et c'est comme ça que Manue a fait son entrée.
La gamine n'est pas du tout désirée dans ce foyer. Seul Marc s'est épris de l'enfant, il veille sur elle, coiffe sa chevelure de sauvageonne et s'est juré de la protéger pour l'emmener loin de cette misère quand ils seront grands.

A lire comme ça, on pourrait croire que ce roman est poisseux, écoeurant, limite insoutenable. Mais non ! Claudie Gallay sait soutenir notre regard, elle raconte son histoire sans ambages, son écriture âpre et dépourvue d'artifices donne lieu à un miracle. Elle évoque une misère affective, des personnages cabossés et laids, un environnement qui écarte la tendresse, et encore... l'amour tente de percer, de façon brutale, mal embouchée ou impuissante. Car ce roman reste gris, froid, implacable.
On dit de cette famille qu'elle a le mauvais oeil, et qu'elle récolte ce qu'elle sème. Et pourtant, en tant que lecteur, on se sent incapable de ressentir le moindre accablement, la plus petite compassion ou l'idée de jugement. On n'est pas épargné pour autant, ça cogne, ça fait mal mais c'est si bien écrit qu'on ne décroche pas.
Il s'agit du tout premier roman de Claudie Gallay, publié aux éditions du Rouergue en 2001. Il était indisponible depuis longtemps, cela me trottait de le lire, surtout que Laure m'avait donné envie ... la patience est enfin récompensée : sortie en poche, chez Babel. A ne pas louper !
Et j'aime beaucoup la couverture ! En vrai, elle est encore plus bouleversante.

Babel, 2009 - 224 pages - 7,50€

l'avis de Pagesàpages

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1 décembre 2022

Fièvre rouge (Les chroniques de MacKayla Lane #2) de Karen Marie Moning

Fievre rougeJe me sens légèrement honteuse d'avoir tout oublié de ce deuxième tome ! Et pourtant, cette ambiance m'avait tellement manqué ♥ je savoure le plus possible.

Dans ce deuxième tome, le prince V'lane dégaine sa séduction fatale. Barrons se montre possessif, autoritaire et abusif (oui, un tatouage !). Le papa de Mac débarque dans sa librairie et rend enfin des comptes. La police devient insistante. Trop de disparitions, ça inquiète de plus en plus. La vieille dame (Rowena) fait flipper à force de gronder sans bouger. Sa dernière recrue, Dani, entre en scène et réclame de l'action. Les Ombres prennent la confiance. Ça bouge et ça grouille dans l'impasse. Pour parer à toute éventualité, Mac reçoit un téléphone avec trois numéros magiques (hello Ryodan). Un charmant écossais du nom de Christian MacKeltar propose un rendez-vous à notre sidhe-seer. Mais en chemin pour Trinity College, elle finit à genoux dans le caniveau, prête à avoir une syncope.

Cette fois encore, c'est bim-bam-boum pour la tension qui imprègne cette lecture. Action, suspense, sensualité font bon ménage. Je n'ai aucun soupçon sur qui est qui. Et je ne veux pas savoir. Je poursuis ma relecture même si je me rends compte que je redécouvre tout comme si c'était la première fois. SIC. Quel plaisir aussi ! C'est fou. C'est bon.

Recevoir une marque de tendresse de la part de Jéricho Barrons est une expérience unique et inoubliable. Cela vous donne le sentiment d'être la personne la plus extraordinaire au monde. Imaginez-vous marchant droit vers le lion le plus puissant, le plus sanguinaire de la jungle, vous étendant devant lui, plaçant votre tête dans sa gueule et, alors que vous vous attendez à être dévoré, l'entendre ronronner comme un gros chat avant de vous lécher affectueusement la joue. Voilà à peu près ce que je ressentis en cet instant.

éditions J'ai lu, 2010 pour la traduction

⭐⭐⭐⭐⭐

13 février 2022

Des emmerdes jusqu'au cou (Super Madrona#1), de Helen Harper

Des emmerdes jusqu'au cou 1

Encore une série qui s'annonce déjantée et trépidante à suivre ! La nouvelle héroïne de Helen Harper est amnésique et potentiellement méchante. Du moins, c'est ce qu'on prétend. Pour sa part, Madrona s'imagine comme une âme bienfaisante et un brin extravagante.

Or, voilà qu'elle vient de se réveiller sur un terrain de golf, avec un cadavre à ses côtés. Trois types louches sont à ses trousses. Elle a également été empoisonnée et risque de mourir si elle ne trouve pas l'antidote dare-dare.

Sauf que tout se confond dans sa tête, même quand la vérité éclate. Madrona n'arrive pas à croire qu'elle n'est pas une vraie super-héroïne et qu'elle a déjà trahi sans honte. Haha. Laissez place à la terrible Madhatter. Ça va saigner. Elle peut toujours courir pour se racheter et décrocher le bénéfice du doute maintenant !

Réfugiée dans un motel minable, elle mène son enquête, croise son ex et se fait embaucher comme garde du corps d'une actrice en vogue. Oui, ça va très vite. Helen Harper nous a déjà habitués aux cocktails action & humour. C'est encore le cas et c'est très bien fait.

Les débuts sont certes un peu chaotiques et confus, mais c'est rafraichissant à lire. Madrona est déterminée à poursuivre son aventure. Elle est hyper drôle, les dialogues et les répliques font mouche. Pour l'instant l'histoire pose les bases et ressemble à un méli-mélo rempli de bonnes intentions. Les personnages racontent ce qu'ils veulent, les pistes sont brouillées et sèment le trouble. La fin est d'ailleurs un vrai supplice !

La suite arrive en mars, puis septembre pour le dernier tome de la série. Il paraît que la patience est la plus grande des prières. Amen.

éditions Bookmark (2021) - traduit par Élisa Chabre

Exclusivité boutique : Avec Super Madrona, vous avez l'embarras du choix ! Édition classique ou alternative, à vous de sauter sur celle qui embellira le plus votre bibliothèque.

#Magie #Humour #Sorcière

⭐⭐⭐⭐

10 février 2020

La Police des fleurs, des arbres et des forêts, de Romain Puértolas

La Police des fleurs, des arbres et des forêtsUn jeune officier de police, fraîchement diplômé, est envoyé dans le petit village de P. pour résoudre le meurtre de Joël, seize ans, dont le corps a été découpé en petits morceaux et éparpillés dans des sacs Galerie Lafayette retrouvés dans des cuves à confiture ! Sur place, notre homme ne cache pas son scepticisme face à une « police des fleurs, des arbres et des forêts », alias le garde-champêtre Provincio, du genre débonnaire et qui va servir de guide dans cette sordide affaire familiale.

Imaginez, un môme orphelin, maltraité au vu et au su de tous, à peine pleuré et déjà enterré sans autre forme de procès. C'est fort de café ! Notre officier promet de remuer ciel et terre pour épingler le coupable et rendre justice à cette pauvre victime innocente. De son côté, le maire a choisi d'ériger une statue en la mémoire de Joël, en attendant la police a du pain sur la planche !

Et quelle bidonnade ! C'est ce qu'on nommerait une comédie policière hautement burlesque ! C'est franchement bon. On se passionne pour l'histoire, pour l'enquête, pour les personnages. On rit à la lecture des lettres échangées entre l'officier, la procureure de la République et le garde-champêtre. L'histoire se déroule en plein été 1961, dans un petit coin de campagne, le téléphone a été coupé suite à une tempête donc les échanges ont lieu par écrit et par cassette audio. Quelle farce ! Mais vraiment. On vous prévient en avance : cette histoire policière n'est pas « comme les autres » car elle réserve un « coup de théâtre final époustouflant ». Ah ah. La couleur est annoncée.

Et c'est vrai que c'est carrément tordant ! Cela ne nous taraude pas non plus tout au long de la lecture. On avance plaisamment dans le récit et on savoure les bons mots, les déconvenues et les ressorts de cette enquête loufoque. Et puis, bim bam boum... la belle affaire ! J'adore cette rouerie. Si vous avez aimé Tout un été sans Facebook, alors vous allez adorer cette nouvelle aventure.

©2019 Éditions Albin Michel (P)2019 Audiolib

Format audio vraiment TOP ! Et que dire de la conversation qui conclut l'écoute... entre Romain Puértolas et Thomas Marceul, la complicité est de mise. On croirait assister à une discussion entre deux potes. C'est très drôle et intéressant à partager (avec une petite incursion technique livrée en live, sans coupure, vraiment on partage TOUT !). 

⭐⭐⭐⭐

4 juin 2019

Raison et sentiments, de Jane Austen

Raison et sentimentsMes souvenirs de lecture ayant été embrumés par le film d'Ang Lee, j'avais l'impression de redécouvrir le roman de Jane Austen pour la toute première fois. D'où une certaine tiédeur dans les premiers chapitres car je trouvais les sœurs Dashwood beaucoup moins sympathiques.
Célibataires sans le sou, Elinor et Marianne doivent quitter leur domaine pour un cottage plus modeste en perdant tout espoir d'un avenir radieux... mais vont adroitement retomber sur leurs pieds. Ceci dit, leur prospérité ne sera acquise qu'après quelques déboires puisqu'elles s'entichent de prétendants qui vont aussi leur échapper. La première s'incline, en toute humilité. La bonne âme. Par contre la deuxième, plus expansive, frise l'indécence en bombardant l'élu de son cœur avec des petits mots doux qui ne trouvent pas écho. 
Cette Marianne... J'ai longtemps cru partager les mêmes passions et soutenir ses excès. Vingt ans ont passé. Et là, me dis-je, que fait sa mère ?! Ce serait néanmoins trop réducteur de résumer Jane Austen à de simples badinages amoureux. Les émotions sont en effet plus profondes et subtiles. Point de séquences théâtrales. Place à une société oisive, qui babille en toute insouciance et qui colporte d'incessantes rumeurs sur le voisinage, tout en mariant les uns et les autres pour occuper de longues heures creuses. 
Les héroïnes de Jane Austen apparaissent toujours un peu superficielles et sottes au premier abord. Je tiens d'ailleurs à souligner le potentiel insoupçonné de Lucy Steele (et le plaisir manifeste de l'auteure à tailler son portrait et épingler ses travers). C'est caustique à souhait. On adore.
Car il y a de l'humour derrière tout ça... Lorsque Marianne rencontre le Colonel Brandon, celui-ci évoque sans complexe ses rhumatismes et ses gilets en flanelle ! OMG. Oubliez le remarquable Alan Rickman... (et sa sublime mission de sauvetage). Las, les hommes n'ont probablement pas le plus beau rôle dans notre affaire. Et tous ces Edward, Willoughby ou autres spécimens ont finalement bien peu de valeurs. L'auteure les utilise comme des pions, jouant de leur vie et de leurs sentiments, avec une somptueuse malice.
C'est la leçon à retenir. Ou du moins, la perspective réjouissante d'une relecture sans accroc et la garantie d'une admiration sans borne.

©1979 Christian Bourgois Éditeur. Traduction de Jean Privat ©2012 pour la présente couverture chez 10x18

(P)2017 Audiolib lu par Cachou Kirsch (durée : 12h env.)

Couverture de Raison et sentiments

 

13 mars 2018

Le sel de nos larmes, de Ruta Sepetys

Le sel de nos larmes Pole fictionHiver 1945, sur les routes de l'Europe de l'Est. Des milliers de réfugiés fuient les troupes soviétiques et remontent jusqu'à la côte Baltique pour rejoindre un énorme navire, le Wilhem Gustloff, à bord duquel civils et militaires espèrent s'échapper. Tous fuient les bombes, les soldats, la haine, la vengeance aveugle, la folie, le chaos. Tous sont épuisés, affamés, blessés, frigorifiés. Ils ont abandonné des maisons, des familles et perdu leurs maigres illusions. Leur avenir n'est plus qu'une ligne lointaine et floue, entre les mains de Hitler ou Staline. Mais tous luttent avec l'énergie du désespoir.

L'histoire s'attache à retracer le parcours de quatre adolescents, chacun né dans un pays différent et armé d'un lourd secret, tous poursuivis par la culpabilité, le destin, la honte ou la peur, mais liés par le même sauve-qui-peut. Il y a la lituanienne Joana, une jolie infirmière dévouée, Florian, un  prussien farouche, grièvement blessé, mais qui refuse qu'on s'approche de lui, Emilia, une polonaise de quinze ans, avec son bonnet rose et ses grands yeux de biche aux abois, accrochée aux basques de son chevalier qui la fuit, et enfin Alfred, un jeune matelot allemand, qui écrit de longues lettres à son amoureuse, sans avouer la vraie nature de sa mission...

Les chapitres sont courts mais dégagent une force romanesque inégalable. Cela accentue également l'intensité dramatique, à laquelle s'ajoute le poids des informations, car tout ce que nous renseigne l'auteur est méconnu ou oublié, d'où son impact et sa valeur. Émotionnellement, ça vous pulvérise et vous foudroie sur place. L'histoire est romancée, et malgré tout ancrée dans une réalité historique poignante. L'Europe est en pleine débâcle, sillonnée par l'exode en masse de populations hagardes, ne sachant plus où se tourner pour un semblant de liberté. Les militaires livrent leurs derniers combats acharnés, ils torpillent à tout-va, d'où le naufrage du Wilhelm Gustloff, une catastrophe maritime insouçonnée, qui a pourtant fait six fois plus de victimes que le Titanic ! C'est dans la lecture des souvenirs de Joana, Emilia, Florian ou Alfred, qu'on découvre des nouveaux visages de la guerre, mais c'est aussi en suivant leurs incroyables destinées, entre amitié, courage et amour, qu'on réalise le sordide et l'horreur, l'éclat et l'inextricable. Cela vous donne des frissons partout. Effet coup de poing assuré.

Gallimard Jeunesse, coll. Pôle Fiction (2018)

Traduit par Bee Formentelli . Titre original : Salt to the Sea

 

Carnegie Medal du meilleur roman jeunesse 2017

 

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« Je suis devenue très habile à faire semblant. Si habile que la frontière entre vérité et fiction s'est brouillée, effacée. Et quelquefois, quand je me montre particulièrement habile à ce jeu, je me leurre moi-même. »

 

11 mai 2017

Agatha, es-tu là ? par Nicolas Perge & François Rivière

agatha es tu laS'inspirant de la mystérieuse disparition d'Agatha Christie, survenue le 3 décembre 1926, ce roman écrit à quatre mains déroule une histoire pour le moins inattendue et déstabilisante.

On découvre d'abord notre héroïne aux abois, réfugiée dans un hôtel à Harrogate sous un nom d'emprunt. Agatha apparaît plus groggy que jamais, déboussolée, déprimée, timorée... Bref. Elle ignore qu'une jeune journaliste intrépide, Alicia Weaver, est à ses trousses, ainsi que deux petites frappes aux méthodes peu orthodoxes, sans oublier le sémillant Arthur Conan Doyle, écrivain vieillissant, raillé publiquement pour sa passion pour le spiritisme. Que de monde, que de monde. L'intrigue s'attache ainsi à suivre tous ces personnages au gré d'une mise en scène impeccable et pertinente. C'est seulement au fil des chapitres que l'incongru s'impose, que l'invraisemblable s'installe. Des éléments viennent en effet troubler la belle mécanique et j'avoue avoir eu du mal à en accepter l'idée. C'est... inqualifiable. En somme, j'ai beaucoup aimé l'idée de départ du roman (associer en accroche les noms d'Agatha Christie et de Conan Doyle est très chic...). La description de l'époque et des lieux est authentique et palpable, j'avais le sentiment d'être sur place et d'évoluer au milieu du décor. C'est subtil, très raffiné. J'y étais donc sensible. Par contre, la conduite des événements m'a laissée perplexe. Les rencontres faites par Agatha au Swan Hydropathic Hotel viennent en effet bousculer la bonne coordination (tous des vautours!). C'est aussi soudain que brutal, sans liant, perturbant et inconfortable. Je ne pouvais concevoir que l'auteur du génial “Meurtre de Roger Ackroyd” tombe dans un tel traquenard, devienne une cible de choix, facile à manipuler ou à intimider. Le dénouement lui-même est hâtif, peu convaincant. 

Sans quoi, j'ai apprécié qu'on se penche sur le cas de Conan Doyle, lassé de son personnage de Sherlock Holmes, dépassé par la nouvelle vague des auteurs policiers qu'il découvre avec parcimonie, confiant ses états d'âme, ses doutes, ses absences... Il se pique d'intérêt pour ce fait divers et entend résoudre son mystère grâce au spiritisme. Il va d'ailleurs confier un gant de Mrs Christie à un médium, lequel va affirmer qu’elle est vivante et qu’elle ne va pas tarder à se montrer ! Cette anecdote est reprise dans le roman et pimente malicieusement l'enquête imaginée par Nicolas Perge et François Rivière. En gros, j'accuse le bandeau jaune du livre d'être trop réducteur et mensonger, car l'histoire nous entraîne dans une vaste ronde infernale où se mêlent des personnalités existantes ou fictives, toutes attirées par l'écrivain en déroute, laquelle donne une image d'elle peu glorieuse, veillant aussi à préserver ses secrets. C'est très loin de ce que j'avais imaginé ! Au final, le roman est bon, agréable à lire, mais ponctué de quelques zones de turbulence indélicates... Sans quoi, la lecture a le bon goût de nous faire voyager dans le temps. ☺

Éditions du Masque, 2017

17 août 2011

lectures de vacances #2

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Quel roman ! Je l'avais à peine ouvert qu'il m'a ensuite été impossible de le lâcher. Il se lit en une goulée, tant il nous captive à suivre la descente en enfer de son héroïne. Amanda, une architecte new-yorkaise d'une trentaine d'années, mène une vie heureuse et comblée... jusqu'au jour où un rêve étrange la surprend en train d'être embrassée par une autre femme, très belle et irrésistible. Dans les jours, puis les semaines qui vont suivre, rien ne sera plus pareil dans son existence. Petit à petit, le doute s'immisce. Des bruits venus de nulle part résonnent dans son loft. La tension s'installe même au sein de son couple. Amanda ne se reconnaît plus ! Elle agit autrement, répond à des besoins et des pulsions qui ne lui sont pas propres, elle semble étrangère à son corps, ne contrôle plus rien et refuse d'accepter l'évidence : elle est possédée par un démon.
Oui, c'est terrifiant, obsédant, cela nous place en position dérangeante, curieux que nous sommes d'assister à cette dualité, de découvrir les agissements troubles de la jeune femme, son combat intérieur, ses questions et ses tentatives de guérison. La chute est dure, lente, douloureuse... et c'est horriblement fascinant. Sara Gran a su cercler son héroïne et son lecteur dans la même valse étourdissante, impossible d'en sortir, d'ailleurs je ne suis pas sûre d'en avoir eu envie.

Viens plus près - Sara Gran
Points, coll. Roman noir, 2011 

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Dave a un petit souci avec les filles. Il collectionne les rencontres et les relations, mais se sent incapable de garder contact avec elles ou de prendre des nouvelles, même à titre sporadique. Et tout le problème vient de là, se rendre compte qu'à l'heure des technologies modernes, le silence et la solitude s'installent de plus en plus. Au risque de tourner au(x) drame(s). C'est ainsi que plusieurs anciennes petites amies de Dave sont retrouvées assassinées, chez elles. Mortes de faim et de soif, ligotées pieds et mains dans le dos. Comment se peut-il qu'on laisse quelqu'un s'éteindre dans son coin, au fil des semaines, sans alerter l'entourage ? Tout simplement parce que le tortionnaire a su manipuler tout le monde en envoyant de faux SMS.
Mais à force de circonstances malencontreuses, Dave devient le principal suspect de l'enquête et doit fuir pour échapper à la police. Il entend prouver son innocence et aussi sauver une amie, qui est désignée comme étant la prochaine victime. Eh oui, quel imbroglio ! Au départ, on ne voit rien venir, on suit le rythme imposé par l'auteur, on digère, on s'interroge, on croit avoir tout deviné dès la page 250, mais on se met le doigt dans l'œil. L'histoire est sinistre, machiavélique et laisse un goût amer, mais qu'est-ce que c'est bon ! Cela vous laisse une impression de coup reçu dans l'estomac, une brutalité tout à fait consentie, même si ça gratouille aussi ci et là.

Ceux qu'on aime - Steve Mosby
Points, coll. Thriller, 2010 

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Au premier coup d'oeil, la couverture et le résumé peuvent laisser dubitatifs. Et pourtant, ce roman noir, plus que noir, est divinement impitoyable, juste et captivant. C'est l'histoire, d'un côté, d'un lieutenant et de son adjoint, deux bras cassés confinés au service des suicidés, et qui commencent à relever plusieurs cas suspects sans véritablement mettre un nom à ce malaise. C'est ainsi qu'ils font la connaissance d'un trappeur franco-américain, appelé à la rescousse pour régler les formalités administratives suite au décès de son ami, un fakir qui s'est vidé de son sang alors qu'il était en représentation. Une mort douteuse, donc. John commence à fourrer son nez dans les affaires louches de son pote, aidé de loin par le lieutenant Guérin, lui-même hanté par ses propres démons liés à une guerre des barbouzes.
C'est tout simplement bluffant, ça se lit tout seul, le désespoir des uns faisant presque le bonheur des autres, parce qu'il ne faut pas se voiler la face, l'auteur dresse un portrait attachant de ses personnages, alors même qu'ils ne sont pas parfaits mais tout cabossés, avec des bleus partout. Ce n'est pas joli-joli, c'est au contraire insolite, sombre mais ça le fait. Cela coule tout seul, la fin est terrible mais parfaitement réussie, à sa façon l'auteur a su tirer son épingle du jeu. J'ai presque davantage apprécié la forme au fond de l'intrigue.

Fakirs - Antonin Varenne
Points, coll. Policier, 2010 

5 mars 2013

“The most beautiful thing we can experience is the mysterious.”

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Je n'étais pas pressée de lire ce deuxième volume des aventures de Jessica Parkwood et de Lucius Vladescu, vu que Comment se débarrasser d'un vampire amoureux avait su pleinement me satisfaire, avec une issue parfaite et ne nécessitant pas la peine de prolonger le plaisir. J'appréhendais d'être déçue, mais j'ai voulu tenter le coup, hélas j'ai vite déchanté ! J'avais l'intime conviction que cette suite serait inutile, j'avais raison. Je craignais que la romance manquerait de saveur, là aussi j'avais vu juste.

Le couple est pourtant heureux (et marié !). Pour connaître les détails de la cérémonie, on peut lire la nouvelle sur le site de l'auteur. Personnellement je n'en ai pas éprouvé l'envie et n'ai pas ressenti de frustration non plus. En revanche, ce qui m'a cruellement manqué dans cette suite, c'est le grain de folie qui avait été le point fort du premier tome. J'avais adoré son humour, les sarcasmes des personnages, leur panache aussi, l'histoire n'était pas spécialement aventureuse mais n'en demeurait pas moins divertissante.

Mais tout ça ne figure plus au programme. En gros, il se passe que Jessica manque de confiance en elle, qu'elle se sent paumée dans son château glacial au fin fond de la Roumanie, que Lucius est accusé d'un crime et doit croupir en prison, privé de sang, ce qui finit par le rendre à moitié fou, du coup Jess doit assumer seule ses nouvelles responsabilités de future monarque, sauver son chéri et démasquer les complots. Heureusement sa meilleure amie Mindy et le cousin italien, Raniero, grand amateur de plages et de surf, vont s'inviter à la fête, ce qui permettra d'apporter un peu de fraîcheur à cette intrigue décidément peu folichonne et trop prévisible.  :(

Comment sauver un vampire amoureux, par Beth Fantaskey
Msk, 2011 - traduit par Marie Cambolieu

28 mars 2014

L'écorchée, par Donato Carrisi

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Ce livre N'EST PAS la suite du Chuchoteur, simplement on retrouve le personnage de Mila Vasquez sept ans après cette terrible histoire. Les conséquences sur la jeune femme ont été tout aussi dévastatrices, marquée à vif, solitaire, secrète, acharnée à retrouver des personnes disparues, coincée dans son bureau des Limbes, ne parlant à personne, vivant cloîtrée dans son petit appartement, où elle ne fait que passer pour dormir et déposer un repas chaud au SDF du coin... Bref, le portrait n'est guère réjouissant ! C'est tout le mal de ce livre, les personnages filent le bourdon et ne donnent pas envie de s'attacher à eux. Pour les besoins d'une nouvelle enquête, Mila va rencontrer Simon Berish, un flic paria, pourtant considéré comme étant le meilleur agent capable de faire parler le moindre suspect. Ensemble, ils se lancent aux trousses de Kairus, un individu du passé, de nouveau sur la brèche. Ambiance sombre, poisseuse, où l'on se surprend à louvoyer entre les couloirs labyrinthiques d'une intrigue perverse et alléchante... On passe un bon moment de lecture, poussé par une fascination morbide et dérangeante, mais en reconnaissant en notre for intérieur que le résultat n'est pas aussi surprenant que la 1ère fois (le schéma aurait tendance à se répéter) ! Impossible, toutefois, de ne pas envisager de lire le prochain roman, au vu de la fin ouverte et intrigante... Sueurs froides garanties ? oh oui.

Audiolib, février 2014 ♦ texte intégral lu par Antoine Tomé (durée d'écoute : 11h 35) ♦ traduit par Anaïs Bokobza pour les éditions Calmann Levy

Audiolib lu par Antoine Tomé, qui double de nombreux acteurs américains comme John Travolta ou Dennis Quaid, il impose une gravité et un rythme lancinant assez convaincants (par contre, les voix d'Alice et Inès sont parfaitement risibles). Encore un qui échoue au test des voix féminines, bien que celle de Mila n'est pas du tout irritante, et assez passe-partout !

30 décembre 2011

Getting weirder. But not in a bad way.

"What, no balloons?' Billi asked drily. 
'You want balloons, join the circus."

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A quinze ans seulement, Billi est la plus jeune des chevaliers de l'Ordre du Temple. Elle doit ce privilège à son papa, Arthur SanGreal, mais a sacrifié l'insouciance de sa jeunesse. Car en fait, tout ce qu'elle rêverait d'avoir, c'est une existence ordinaire, aller au lycée, sortir entre filles et avoir un petit copain, en gros ne plus laisser son père dicter sa vie ! 
Le sort en a décidé autrement, et Billi doit prendre les armes, se battre contre les forces du mal et protéger l'humanité en jouant les martyrs. Comme sa mère. C'est qu'on ne se marre pas du tout dans ce livre ! Et puis les évènements s'enchaînent, surtout dès le chapitre 14, et plus le temps de souffler, d'espérer, de croire qu'on va ingurgiter un petit bouquin sympa, avec des références historiques et religieuses bien brossées, pour porter une héroïne en crise et en quête identitaire. Bah naaaan. C'est plus dur, plus féroce et plus strict. Et puis c'est triiiiste, bon sang. C'est comme une grosse coulée d'amertume qui vous fond dessus. Bouh.
En gros, voilà une lecture qui change un peu de la donne actuelle. C'est très peu sentimental, cela propose des choses intéressantes, mais ça se cherche aussi. J'ai néanmoins eu l'avantage d'être surprise, parce que je ne m'attendais pas du tout à ça en entamant ce livre.

Devil's Kiss - Sarwat Chadda
Published May 2009 by Puffin 

LUENVOLu en VO - 51

- disponible en VF chez Pocket jeunesse (jolie couverture) : devilskiss

28 décembre 2006

Rita et Machin - J.P. Arrou-Vignod & O. Tallec

Ne loupez pas les épisodes de Rita et machin, une série désopilante pour les enfants à partir de 4 ans, créée par deux artistes très inspirés : l’auteur/éditeur Jean-Philippe Arrou-Vignod et l’illustrateur Olivier Tallec. Rita est une fillette de son époque : à 5 ans, elle a déjà un caractère bien trempé. Pour son anniversaire, elle a décidé de casser les pieds — trop de cadeaux à ouvrir ! — mais un des paquets se met à faire des bonds… À l’intérieur se cache un petit chien blanc avec une tache sur l’œil. Rita décide de lui trouver un nom : pourquoi pas chaussette, serpillière ou… Machin?!

Voici donc l’entrée en fanfare d’un duo irrésistible croqué façon BD en bicolore (rouge et blanc).

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Pour Noël, il y a l'incontournable / l'indispensable / le très, très, très nécessaire : Le Noël de Rita et Machin où on suit les préparations de Rita et son chien pour la nuit de Noël durant laquelle on découvre un Super Machin qui veille au grain et ... fait fuir le visiteur nocturne ! Argh, se dit Rita, Catastrophe de catastrophe ! Machin a fait peur au Père Noël ! Bon allez, vite la suite ... Lisez, lisez donc !!! C'est franchement désopilant, drôle, pétillant et ça plaît aux petits comme aux grands. Oui, je l'avoue : j'y trouve dans ces petits albums la copie conforme du duo de la maison, Miss C. et le chien noir aux grandes oreilles. Et je rigole... noel_rita_machin

 

Questions à Jean-Philippe Arrou-Vignod

Comment est né ce duo, Rita la "commandante" et Machin le flegmatique? La proposition de série vient-elle de Gallimard?

Non, c'est une envie commune d'Olivier et moi de travailler ensemble. Olivier avait inventé ces deux petits personnages qui m'ont fait craquer. Il a fallu trouver des noms, un esprit, des histoires que l'on souhaitait inspirées de situations quotidiennes.
J'ai proposé à Olivier celle de la rencontre de nos deux copains. Le reste est venu de soi, et Gallimard a accepté notre projet avec enthousiasme.

 

On sent que vous vous amusez beaucoup, l'humour est-il prépondérant pour
vous dans les aventures de Rita et Machin?

Oui. On avait envie tous les deux d'une histoire d'amitié un peu acide et décalée, toujours vue à hauteur des personnages et de leur monde imaginatif et drôle.

Gallimard jeunesse

16 septembre 2021

All Our Hidden Gifts, de Caroline O'Donoghue

All Our Hidden GiftsEh bien, ce roman est très, très différent de ce que j'avais imaginé ! Attirée par la couverture colorée, j'avais idée de plonger dans un monde imaginaire axé sur la magie (les cartes, la divination etc.) avant de réaliser que l'histoire est simplement ancrée dans le monde ordinaire (un petit village irlandais) avec seulement quelques incursions de magie. C'était très frustrant, oui !

Dans ce roman, on suit donc une jeune demoiselle en pleine crise existentielle. Maeve fréquente une école de filles, privée et catholique. Elle ne s'y sent pas particulièrement à sa place, même si elle fait tout pour être intégrée dans les sphères populaires.
Un jour, elle trouve un jeu de tarot ancien dans le cagibi de l'établissement et décide de s'en amuser pour épater la galerie. Sauf que le jeu finit par prendre un tour dramatique avec la disparition d'une camarade de classe. Et pas n'importe laquelle, puisqu'il s'agit de Lily O'Callaghan, son amie d'enfance.
Précision utile : les filles ne se calculent plus depuis deux ans. C'est Maeve elle-même qui s'est éloignée sans explication mais elle n'en est pas fière. Elle regrette aussi sa dernière entrevue avec Lily qui a craché son amertume en public après avoir flippé en découvrant l'étrange carte de La Gouvernante.
C'est une carte maléfique que Maeve avait rangée au fond d'un tiroir. Elle ne s'explique pas son apparition ni sa signification. Par contre, elle est convaincue que Lily a disparu par sa faute et veut se lancer à sa recherche.
Son amie Fiona (l'amoureuse de théâtre) et Roe O'Callaghan (le grand frère réservé de Lily) vont également lui prêter assistance et explorer ensemble des ressources insoupçonnées de leur propre sensibilité. Tout un programme.

Malheureusement, j'ai eu au fil de ma lecture la sensation étrange d'un roman décousu. Il y a trop de tout. C'est confus.
On a un soupçon de fantastique, des personnages en plein apprentissage, des expériences courageuses, un folklore gourmand, des familles généreuses, une société hermétique, une secte douteuse et homophobe...
C'est un désordre sans nom ! Et ça m'a finalement semblé trop brouillon et artificiel. Hélas, non, je n'ai pas été convaincue.

La Martinière J. (2021) - Traduit par Christophe Rosson

⭐⭐.5

- Mon nom dit-il. c'est Roe.
Je rouvre les yeux.
- Quoi ?
- Je tenais à ce que tu le saches.
La magie et l'intimité que nous venons de vivre se sont envolées. Ou pire : je les ai imaginées.
- Pour que tu puissent m'appeler par mon nom, ajoute-t-il.
- Roe, Roe, je répète. Tu veux qu'on t'appelle Roe ?
Il acquiesce.
- C'est mon nom. Je l'ai choisi.
- Waouh. OK, Roe. J'aime bien. C'est mystérieux.
Roe va pour s'en aller mais m'adresse un dernier sourire espiègle.
- Dans les histoires, les sorcières connaissent toujours le vrai nom des choses, pas vrai ?
Sur ce, il me laisse bouche bée devant la rivière.

 

22 novembre 2019

Rose désert, de Violaine Huisman

G03362En comparaison avec Fugitive parce que reine, le deuxième roman de Violaine Huisman paraît d'abord beaucoup plus superficiel. C'est l'histoire d'une jeune femme qui vient de se séparer de son compagnon et qui décide de traverser le désert du Sahara pour tout oublier. Elle débarque avec un modeste bagage et ignorant les zones à risques qu'elle va fouler... qu'importe, elle va au-devant de rencontres et d'interdits un peu flous. C'est une jeune femme bohème, libre et entière, après tout.

Au fil des pages, on réalise aussi que l'histoire se répète, mais sonne plus profonde et consistante. L'ombre de la mère est toujours présente et plane sur son existence, ses choix de vie, ses aventures amoureuses. On y revient sans cesse. On parle aussi de son père, de leur famille, de son adolescence chaotique, des premières idylles et des hommes toxiques. Par contre c'est toujours aussi cru et impudique, tellement personnel aussi (comme raconter sa première fois), érotique et sensuel, pense-t-on, moi ça ne me branche pas beaucoup.

Le roman est donc un fourre-tout de souvenirs, de rencontres, d'expériences, d'états d'âme et d'espoirs. Dommage pour le déballage grivois (tendance porno-chic). Reste la sincérité derrière les confidences. Et puis ce roman est merveilleusement lu par Rachel Arditi, comédienne prodigieuse et interprète formidable, qui mérite à elle seule qu'on n'abandonne pas trop vite ni trop tôt ! 

©2019 Editions Gallimard (P)2019 Editions Gallimard

En revisitant ses rapports aux hommes depuis l'adolescence, la narratrice aborde avec une sincérité rarement égalée les tabous de l'éveil à l'amour et à la sexualité. L'écriture si particulière de Violaine Huisman, à la fois poétique et abrupte, s'impose sur ce sujet intime dans toute sa vitalité.

 

8 décembre 2022

Fièvre faë (Les chroniques de MacKayla Lane #3) de Karen Marie Moning

fievre faeOh, pitié, deux secondes, je dois recoller mon pauvre cœur en miettes. Je me souvenais de l'issue de ce roman, mais j'avais oublié le contexte. Autant vous dire que j'ai bousillé mes heures de sommeil tellement j'étais happée par ce que je lisais et qu'il m'était impossible d'arrêter là. Oh, misère. Je suis encore sous le choc.

“I didn’t hear him behind me. I felt him. Electric. Wild. One foot in the swamp. Never going to crawl all the way out. And I wanted to have sex with whatever he was. Where was I supposed to put that in my head?”

Dans ce troisième tome, on suit une MacKayla désorientée par ce qu'elle sait et avec qui doit-elle partager ce qu'elle sait. Entre l'ombrageux Barrons, arrogant et autoritaire, aimant cultiver les secrets sur sa nature et son monde, et le prince V'lane, séducteur, sournois et empressé à servir les fantasmes de la jeune femme, la belle sidhe-seer hésite. D'autres options se présentent, pourtant : l'écossais Christian MacKeltar, les filles de l'Abbaye et l'inspecteur de police plus clairvoyant que revanchard. Or, tous trompent sa confiance à un moment ou un autre. C'est donc une guerrière plus seule que jamais qui se lance dans la grande cohue, le soir de Halloween.

“You've mistaken me for someone else. Do not wait on me, Ms. Lane. Do not construct your world around mine. I'm not that man." -Screw you. -I'm not that man, either.”

Ce roman a marqué un tournant dans la série. La jolie Mac des débuts va y perdre plus que son innocence. Suite à quoi, elle va se doper à une haine froide et aveugle. Qu'on se prépare à une lutte acharnée ! Ça promet. Mais il y a aussi des passages très drôles, comme la scène du MacHalo ou le crash du gâteau d'anniversaire. Des petites parenthèses dans un univers de plus en plus sombre et étouffant.

“I was nothing if not determined; at least twice a week I would wear bright, pretty clothes. I was afraid if I didn’t, I’d forget who I was. I’d turn into what I felt like: a grungy, weapon-bearing, pissy, resentful vengeance-hungry bitch.”

éditions J'ai Lu, 2010 pour la traduction - par Cécile Desthuillez

⭐⭐⭐⭐⭐

7 décembre 2022

Envoûtée (Ombre et Mystère #1) de Jennifer L. Armentrout

Envoûtée Ombre et MystèreJe ne connaissais pas du tout ce roman ! Mais j'ai été intriguée.

L'histoire est assez ordinaire et néanmoins fascinante, surtout pour l'ambiance. Un mystère plane sur la famille De Vincent : ils sont riches, beaux et inaccessibles. Des drames et des secrets entourent leur nom. C'est un peu les Kennedy du Bayou !

Lorsque l'héroïne débarque sur leur domaine, elle vient d'être embauchée comme infirmière. Mais elle est à deux doigts de refuser le poste en découvrant que son patron est aussi l'inconnu rencontré dans un bar la veille au soir. Le bougre se montre toujours très entreprenant et n'a pas l'intention de renoncer à la séduire. Elle résiste car elle le trouve “horripilant, fier, bien trop direct”.

Mais elle est surtout perplexe par ce qui l'entoure. Très sensible aux mauvaises ondes de la maison.

Elle avait l’impression d’être dans Shining.

Même sa jeune patiente la laisse perplexe - elle vit enfermée dans sa chambre, complètement atone. La famille refuse d'évoquer le sujet, trop sensible.

À dire vrai, j'ai failli refermer le livre après deux, trois chapitres. Ça me semblait lourdingue. Avec en prime l'archétype du bellâtre de romance. Au secours. J'ai fini par digérer ce mauvais début et me suis sentie plus à l'aise par la suite. Même le personnage de Lucian devient plus craquant (si on supporte le mâle autoritaire et insolent dans son genre). On se retrouve avec une relation de couple sexy et audacieuse, du suspense romantique bien poudré et un dénouement hâtif.

Lecture plutôt sympa ✓. Malgré mes couci-couça sporadiques, mon verdict reste en effet très indulgent. J'ai passé un bon moment aussi ✓.

éditions J'ai Lu, 2019 pour la traduction. Par Cécile Tasson

⭐⭐⭐⭐

« — On dirait bien que tu es en train de faire des croque-monsieur. — Bravo, lâcha Lucian. Tu es capable d’observation. Un point pour toi. Julia sourit. — Depuis quand est-ce que tu manges comme un gamin de six ans qui aurait attrapé un rhume ?
Son sourire s’évanouit. Quoi ? Les adultes aussi avaient le droit de manger des croque-monsieur. Du moins, dans son monde à elle. »

18 octobre 2016

Toujours maudit ! de David Safier

Toujours MauditDavid Safier renoue avec le succès en reprenant la même formule qu'à ses débuts, lorsqu'en 2008 il débarquait avec son Maudit Karma, un roman burlesque et déjanté qui traite de la réincarnation non sans humour et ironie.
Cette fois, nous faisons la connaissance de deux acteurs aux parcours diamétralement opposés, Daisy Becker et Marc Barton. Tous deux se rencontrent sur le plateau de tournage du nouveau James Bond et se détestent cordialement. Daisy est débutante dans le métier, elle crève d'envie de décrocher un cachet pour payer ses traites, mais voilà que la superstar Barton plombe tous ses rêves en lui sucrant son rôle. Retour à la case départ
 pour notre comédienne maladroite, qui accomplit l'exploit de zigouiller le chien de Marc et multiplie par dix sa fureur. Résultat, à force de chamailleries et d'amaretto ingurgité à haute dose, le couple envoie la Lamborghini se crasher dans un camion. Clap de fin pour ces deux-là. Adios amigos. 
C'est là que notre histoire s'engage sur les sentiers de la comédie loufoque. Car Daisy et Marc se réveillent dans la peau de petites fourmis au cœur d'un conflit guerrier hyper sanglant. En plus du choc de la réincarnation, la rencontre avec Bouddha et l'affreux constat d'être copains de galère, se pose aussitôt la question du karma et des bons points à récolter pour gravir les échelons dans le processus de la renaissance (et ainsi reconquérir leur forme humaine).
Cette seconde chance est aussi l'occasion pour Daisy et Marc de faire table rase du passé, du moins en théorie, puisque notre duo infernal conjugue un caractère de cochon à un tempérament d'âne bâté et ne cesse de se disputer, en se renvoyant mutuellement la responsabilité 
de leur manque de fortune. Mais un événement inattendu va pourtant les rapprocher : l'idylle naissante entre la femme de Marc et le meilleur ami de Daisy. Et ça, aucun des deux n'est prêt à accepter l'impensable. 
À partir de là, l'histoire nous régale de séquences désopilantes et enchaîne les situations ubuesques avec des personnages de mauvaise foi, qui avancent au hasard de leur destinée, sans totalement se débarrasser de leurs mauvais penchants pour le mensonge, l'individualisme, la rancœur et la jalousie. Le chemin pour redorer leur blason est long, long, long mais source d'anecdotes mordantes et cocasses qui font souvent ricaner ! ^-^
Certes, la recette est éculée mais la lecture offre un formidable moment de lecture à voix haute (pour la version audio lue par Pascale Chemin). C'est convivial, fantasque et délirant, en plus de rappeler les valeurs qui rendent la vie plus belle (amour, courage & lâcher prise), avec aussi une dose de pandas pour se blottir tout contre ! 
Un roman frais et distrayant, à défaut d'être follement original (à moins de n'avoir jamais lu Maudit Karma). 

Traduit de l'allemand par Catherine Barret pour Presses de la Cité

Texte lu par Pascale Chemin pour Audible FR (durée : 7h 51) / Octobre 2016

>> Téléchargement en exclusivité sur Audible.  ©2016 Place des Éditeurs (P)2016 Audible FR

Toujours maudit ! | Livre audio

21 mai 2016

Je veux un monstre ! de Elise Gravel

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C'est décidé ! Lulu veut un monstre de compagnie. Tous ses amis en ont un, pourquoi pas elle ? Elle supplie son papa d'amour de céder à son caprice, lui promet de bien s'occuper du bébé monstre etc. Et bingo, c'est dans la poche. Ils se rendent à la monstrerie pour adopter un adorable ougly-woump, au beau pelage rouge. La bestiole se montre affecteuse, sent un peu les pieds de pirate, et se déchaîne rapidement à la maison. Une vraie tornade. Lulu ne doit pas le lâcher d'une semelle pour lui éviter des bêtises - toujours trop nombreuses - mais la fillette a de l'endurance. Jusqu'au jour où son monstre, devenu grand, se montre aussi extrêmement calme, pour ne dire ennuyant... Que lui arrive-t-il ? 

Un chouette album, rigolo et bariolé, mais sous la couche fantaisiste, l'histoire évoque aussi la responsabilité que cela implique d'adopter un animal. Un sujet sérieux traité avec beaucoup d'humour, truffé d'imagination, à ne pas prendre à la légère non plus. ;-)

Album Nathan, avril 2016

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Un album qui me rappelle L'Encyclopédie des Martiens (à l'usage des Terriens qui rêvent de visiter Mars)

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Où Gwendoline Raisson et Roland Garrigue nous plongent dans une lecture aussi fantaisiste que cinglée, tout en se prétendant sérieuse et appliquée, en traitant de la thématique des espèces venues d'ailleurs. Les Martiens existent vraiment ! Qui sont-ils ? Comment vivent-ils ? Que mangent-ils ? Quels sont les secrets de leurs fameuses soucoupes volantes ? Cette encyclopédie inventive et excentrique vous révèle tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les petits hommes verts. Le livre est animé avec des volets à soulever et des pages à déplier, pour découvrir les Martiens jusque dans leurs moindres détails. ☺

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Père Castor, octobre 2014

31 juillet 2014

Cet été-là, de Jillian Tamaki et Mariko Tamaki

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Rose et Windy se connaissent depuis l’enfance. Elles se retrouvent chaque été à Awago Beach où leurs familles louent des cottages. Ensemble, elles partagent les baignades, les barbecues sur la plage, les paquets de marshmallow avalés au coin du feu, les films d’horreur visionnés en cachette, mais aussi les mille questions de l’entrée dans l’adolescence. Cet été-là, Rose suit avec beaucoup d’intérêt les démêlés d’un groupe d’ados plus âgés, tandis que Windy rêve de devenir la reine du hip-hop. 

Toutefois, chez Rose, l'ambiance n'est pas à la fête. Ses parents ne cessent de se chamailler, un secret plane au-dessus de leurs têtes. Au lieu de s'en libérer, la mère de Rose ressasse son amertume et s'enfonce dans la dépression. La jeune fille fuit le foyer le plus souvent possible pour se changer les idées, mais même son amie Windy ne la fait plus rire comme avant. C'est finalement le garçon du drugstore, celui que les filles surnomment le Dud, qui détournera son attention vers ses amourettes d'été particulièrement mouvementées. 

Cette histoire a le goût de l'enfance, des vacances, des espoirs et des désillusions, tout ça sur fond de désir d'enfant, de frustration, d'accident, d'abandon, d'adoption ... L'histoire est assez classique et se présente comme une chronique douce-amère - une tranche de vie qui capture parfaitement les miracles d'été et la période de transition. Mais cet été-là sera-t-il le cataclysme voulu pour tous les personnages ? la fin reste ouverte !

J'ai aimé le charme ouaté de cette lecture, sa délicatesse et sa simplicité, mais j'ai surtout été fascinée par l'art graphique de cet ouvrage, aux illustrations magnifiques et empreintes d'une grande subtilité. Une lecture charmante et débordante de sensibilité, à laquelle il manque néanmoins un petit souffle...

Rue de Sèvres, mai 2014

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27 février 2014

Une vérité si délicate, par John le Carré

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Je vous propose une petite partie de poker menteur, avec John le Carré en guise d'arbitre et de maître d'oeuvre. Au centre, nous avons une opération secrète, à Gibraltar, en 2008, avec pour intervenants : des militaires anglais, une poignée de mercenaires, des diplomates, des secrétaires d'état, des conseillers américains et des terroristes potentiels... Bref, vous malaxez tout ça et vous obtenez une affaire qui se finit en eau-de-boudin, autour de laquelle il est formellement interdit d'extrapoler.

Vous vous dites, vous n'avez pas tout compris, et c'est normal. Cette histoire n'est pas très nette, officiellement elle n'a jamais existé, les curieux ont été écartés, les plus naïfs manipulés corps et âme. Sauf qu'elle n'a pas fini de hanter les uns et les autres, trois ans plus tard, elle vient même tenter un jeune secrétaire aux dents longues, désireux de percer ce mystère à jour, de brusquer les conventions, de fouiller les dossiers, de rencontrer les témoins, d'obtenir des aveux, de risquer sa peau, de voir son existence sombrer dans un chaos indescriptible.

Tout ça, tout ça, vous dis-je. N'attendez surtout pas à avoir le tournis pour autant, l'enquête en cours est assez lente, sans grande action, puisqu'on suit le mouvement imposé par l'auteur, à savoir un assemblage pointilleux de tous les acteurs, témoignages et autres révélations de cette affaire. Car l'intrigue est nébuleuse, inquiétante et stressante à souhait, avec la petite pointe d'humour british en sus, c'est toujours appréciable.

Il s'agissait du premier livre de John le Carré que je découvrais, et j'en sors totalement conquise par son style faussement pompeux et démodé, qu'on retrouve aussi chez des auteurs comme Ruth Rendell, P.D. James ou plus récemment Robert Galbraith. Classique et traditionnel, mais délicieusement guindé, un poil caustique, pesant, ahurissant (le microcosme politique tel qu'on l'imagine... pourri jusqu'au trognon !). La fin, par contre, laisse perplexe... 

Réussite totale quant à l'adaptation Audiolib, qui livre une lecture subtile, admirablement maîtrisée pour cette histoire ô combien tirée par les cheveux. Philippe Allard “passe avec brio du récit haletant au registre intime des débats qui déchirent chaque personnage de ce roman sans concession”. On sort de là satisfait. Tout bonnement.

Audiolib, décembre 2013 - texte intégral lu par Philippe Allard (durée d'écoute : 11h 23) - traduit par Isabelle Perrin pour les éditions Seuil.

14 avril 2017

Les Petites Reines, de Clémentine Beauvais & lu par Rachel Arditi

les petites reines« L'idée est née comme ça dans mon esprit, un soir de concours de Boudins.
Prendre la route pour Paris...
Arriver pile le 14 juillet...
Et gate-crasher la garden-party de l'Élysée. »

Mireille, Astrid et Hakima sont les trois boudins de leur école. Elles doivent ce titre peu honorifique à un concours organisé sur Facebook par l'ami d'enfance de Mireille - Malo, le malotru. Habituée à caracoler dans les hauteurs du classement, l'adolescente en a pris son parti en adoptant une posture sarcastique, mais a tout de même la rage au corps de supporter les railleries incessantes sur son physique, ça et l'absence de son géniteur, qui ne répond jamais à ses courriers, parce que monsieur est l'époux de l'actuelle présidente de la République, c'en est trop pour Mireille qui réunit ses troupes pour prendre d'assaut la capitale, ses flonflons et ses sourires en façade. Astrid, Hakima et elle veulent corriger le préjudice, chacune portant en flambeau sa propre réclamation (le frère d'Hakima, ancien militaire, a été blessé en mission et se sent sali par l'indifférence du général reçu en grande pompe à l'Élysée, de son côté Astrid veut réaliser son rêve en rencontrant en vrai son groupe favori, Indochine). Cela vous place l'ambiance, le ton, l'humour, la légèreté de l'histoire. Celle-ci révèle aussi la violence des cours de récré, les bons codes, les bons looks à adopter, sous peine de lapidation en place publique. Aujourd'hui, des anonymes se défoulent derrière leur écran pour blesser, juger, condamner. Et c'est parfois plus tranchant de l'exprimer avec emphase qu'à travers des piques bêtifiantes. Mais nos trois lauréates sont au-dessus de la mêlée et volent sur leurs bécanes depuis Bourg-en-Bresse jusqu'à Paris. Quel périple ! Les filles feront aussi l'étrange expérience de la notoriété, deviendront célèbres en tant que nouveaux symboles d'une adolescence qui s'affranchit de l'image formatée par une société en quête de perfection. C'est fort, c'est fou, c'est drôle. Aurais-je autant apprécié cette lecture sans sa version audio ? Oui, nul doute, mais je dois avouer avoir adoré l'interprétation de Rachel Arditi, ainsi que la réalisation sonore de ce disque. Cela met en valeur le roman de Clémentine Beauvais, celui lui donne une pêche, une énergie et un grain de folie qui rend son écoute très, très appréciable. J'étais déçue d'arriver au bout de mes 6 heures, je me sentais merveilleusement bien en compagnie des Boudins et du Soleil. Bravo à Audiolib qui crée enfin sa collection jeunesse, avec ce titre qui dégage une telle fraîcheur et un bonheur de lecture !  

Audiolib, 2017 - Texte lu par Rachel Arditi (durée : 6h) ©2015 Éditions Sarbacane 

Prix Sorcières, Prix Lire - Meilleur livre jeunesse, Prix NRP de Littérature jeunesse, Prix Millepages.

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