04/05/09

Le coup passa si près que le félidé fit un écart ~ Louise Rennison

georgiaMais qu'est-ce que c'est que ce titre !?! Comprenez : le tome 9 de la série du Journal Intime de Georgia Nicolson.
Bonne nouvelle : Georgia est amoureuse, mais le crousti-fondant Masimo est parti en vacances au pays-de-la-mozzarella-et-tomates-à-la. De son côté, la miss est coincée dans une niaise excursion campinguesque sous la houlette de déments certifiés - et Dave la Marrade creuse le sillon sous sa tente. Rosissement de popotin droit devant. Complications amoureuses à venir.
Si, comme moi, vous n'êtes pas du tout coutumière de la jolie prose de Georgia Nicolson, vous risquez d'avoir la caboche en frisette d'implosion !
Drôle, déconcertant, une véritable invention du langage (chapeau la traductrice), le ton est donné. La série de Louise Rennison vaut indéniablement le coup d'oeil pour sa touche d'humour saupoudrée d'un délicieux parfum d'esprit et d'invention, la langue est savoureuse, pas facile du tout de la décoder au départ, mais je compte tout reprendre à zéro ! (J'avais déjà lu le premier livre il y a des lustres !)
Amateurs d'humour, d'adolescence en crise et d'Angleterre (pas forcément les trois mélangés), cette série pourrait vous plaire.

Gallimard, coll. Scripto, 2009 - 254 pages - 9,50€
traduit de l'anglais par Catherine Gibert 

Un tome 10 va sortir en Angleterre le 25 juin : Are These My Basoomas I See Before Me?

Un film existe, adapté par le réalisateur de Bride & Prejudice ou Joue la comme Beckham, il est sorti en Angleterre (2007) mais jamais en France !!! :)) Pour se consoler, on peut acheter le dvd (en vost) ! ;o) georgia_movie


02/05/09

Midnighters - 1. L'heure secrète ~ Scott Westerfeld

Jessica Day fait sa rentrée au lycée de Bixby en Oklahoma, elle a quinze ans, c'est la petite nouvelle et tous les regards sont braqués sur elle. Elle ne le sait pas encore, mais Rex a cerné qu'elle portait l'Empreinte. Il charge deux de ses camarades de la tester discrètement, afin de déterminer si elle est une des leurs. Les résultats ne sont pas concluants, et pourtant Jessica a quelque chose. Elle fait des rêves étranges, à minuit le monde s'arrête mais elle seule peut continuer d'évoluer dans cette dimension, et enfin des créatures de l'ombre lui sautent dessus, pas besoin de lui faire un dessin pour comprendre leurs intentions !
Jessica fait alors connaissance de la singularité de Rex, Dess et Mélissa. Entre eux, ils se nomment les Midnighters car ils ont en commun d'être nés à minuit, de vivre la vingt-cinquième heure et d'avoir des dons exceptionnels. Jessica comprend qu'elle possède aussi ce truc en plus, reste à savoir lequel.

midnighters

 

Un cinquième 'élément' fait son apparition, le genre rebelle au grand coeur. Ce qui lui importe le plus, s'amuser et ne pas prendre au sérieux la théorie de l'heure secrète. Il ne se mêle pas à la bande de Rex, quelques anicroches dans le passé ont fragilisé leurs rapports, mais on n'en sait pas plus. De son côté, Jessica a le béguin.
Mais cette histoire sentimentale, franchement, on aurait pu s'en passer. Elle n'est pas extraordinaire, plutôt plate et ennuyeuse, pas très mature. Et c'est quasiment un jugement d'ensemble que j'ai failli avoir, tant le début m'est apparu lent et pénible à décoller, sans style véritable, l'héroïne n'est pas sensationnelle, et les autres personnages aussi n'ont pas réussi à faire chavirer mon coeur. C'est bien parce que j'avais déjà lu le trop-plein d'enthousiasme soulevé par cette série que j'ai persévéré, maintenant je me demande si cela n'a pas créé une attente trop forte ! C'est toujours le piège...

Bref, passons. La deuxième partie du roman a su m'offrir un regain d'intérêt et je n'ai plus décroché avant la fin. On connaît le don de Jessica, cela ne signifie pas pour autant que l'histoire est fermée. Des petites allusions ont pointé leur nez, tous nos protagonistes ne seraient pas uniformes, ils ont l'étoffe des superhéros et en même temps ils doivent paraître des adolescents ordinaires, vêtus de noir de pied en cape, obligés de se fondre dans la masse grouillante des lycéens bêtas de Bixby. Cette ville, d'ailleurs, n'a rien en commun avec les autres localités de l'état d'Oklahoma, ce sont les gamins qui le disent, tout y est très bizarre ou trop nul, mais la banalité n'a pas lieu de cité. (On le comprend, vous connaissez beaucoup de repères de Darklings autour de chez vous ?!)

Je me raccroche aux branches comme je peux : je n'aime pas particulièrement les personnages, l'histoire est loin d'être renversante, mais elle est sympathique et riche en rebondissements, alors je tends mon espoir vers cette ambiance énigmatique du monde bleu, sorte de dimension parallèle où se côtoient Darklings et Midnighters (my god, mais dans quel monde sommes-nous !?!), et les tensions existant au sein des Midnighters, qui vont nourrir quelques clashes (non ?). Ce n'est pas possible que tout reste linéaire... je veux des larmes, de la trahison, des mensonges, des coups d'éclat (et du sang ? ne rêvons pas !). Le tome 2 s'annonce déjà (sortie le 7 mai, yes !).

Pocket jeunesse, 2009 - 335 pages - 13,50€
traduit de l'anglais (USA) par Guillaume Fournier

d'autres avis : emmyne, aurélie, maijo  (j'en oublie, je pense, oups)

Et je réponds d'avance : non, je n'ai pas encore lu la série Uglies.

 

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29/04/09

Comment je suis devenue célèbre (malgré moi) ~ Robin Benway

Audrey vient de rompre avec son petit ami, Evan. Leader d'un groupe de rock, ce dernier écrit une chanson narrant leur rupture. La jeune fille la découvre sur scène, rouge de honte, mais sans se douter du début de son calvaire. Le groupe a été repéré par un directeur artistique, la chanson va devenir un vrai succès avec passage radio en boucle, couverture médiatique intensive, promo sur le net et déchaînement des passions. Bien malgré elle, Audrey est propulsée dans cette spirale - popularité soudaine, star-system opportun, manipulation des journaux, photos volées et j'en passe.

comment_je_suis_devenu

Récit très rock'n roll malgré ses apparences futiles et puériles, le roman s'enorgueillit de références musicales très pointues pour chaque ouverture de chapitre. Pour ça, j'ai aimé ! L'héroïne livre donc son propre vécu sur ce qu'elle nomme la grande Affaire de LA chanson ! Sur un ton résolument mordant, ironique et tonique, elle apparaît autrement qu'une potiche charmante et souriante, c'est une nana avec du tempérament, pas nunuche pour deux sous, qui craque pour des chanteurs très mignons (dix-sept ans, ça s'excuse !), qui a beaucoup d'humour, une meilleure amie, Victoria, comme pas deux, et des parents confiants et complices, des gens attentifs et ouverts, qui savent mettre en garde tout en se sentant dépassés, mais pas des parents copains non plus (tant mieux !). Ce roman est une dénonciation déguisée de la starification à outrance et de ses dérives, c'est loin d'être girly, ou juste assez pour fluidifier l'ensemble. Globalement j'ai bien aimé, cependant j'ai largement dépassé l'âge (public requis, selon moi, adolescents et jeunes adultes), car j'ai tiqué sur certains codes du langage inhérents à la génération actuelle (et en écrivant cela, j'ai l'impression de vieillir d'un coup !). 
En 4ème de couverture, on nous apprend que Meg Cabot a trouvé ce roman irrésistible et drôle !

A consulter, le site : http://www.commentjesuisdevenuecelebre.com/playlist.html  (avec l'excellente playlist d'Audrey)

Nathan, 2009 - 430 pages - 15,95€
traduit de l'anglais (USA) par Anne Delcourt

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28/04/09

Le sabre sacré ~ Yves-Marie Clément

Jigoro, étudiant japonais de vingt ans, a perdu la vue trois ans auparavant, dans un accident qui a également coûté la vie de ses parents. Elevé chez son oncle, Jigoro est cependant totalement indépendant, il continue de pratiquer le judo, se rend au lycée seul mais a choisi de s'enfermer dans sa bulle. Un soir, il reçoit un coup de fil et apprend que son oncle est hospitalisé, victime d'une agression. La police vise le tueur en série qui sévit dans le quartier mal famé de Hara-Ga, mais Jigoro et son oncle pensent autrement. La famille possède effectivement un dojo privé, et des légendes prétendent qu'un sabre sacré y serait enterré.

sabre_sacre

Chapitres courts, narration alternée entre Jigoro et Ochika, une camarade d'école éperdument amoureuse, on entre vite dans le vif du sujet, avec une économie de mots, l'immersion dans la tête des protagonistes, la compréhension du handicap du garçon qui apprivoise son monde en s'appuyant sur ses sensations odorantes et auditives, et à ceci s'ajoutent le poids des mystères, les crimes en série, les légendes du Japon impérial, les guerres féodales, la culture judoka. Et c'est un français - Yves Marie Clément - qui nous offre cette plongée hallucinante, fidèlement retranscrite, troublante d'authenticité, pour un polar japonais efficace, froid, implacable. Belle découverte, j'ai bien aimé !

Seuil, coll. Karactère(s), 2009 - 140 pages - 8€

Couverture : Frédérique Deviller

 

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15/04/09

La saga Mendelson ~ Fabrice Colin

 

saga_mendelson

Fabrice, un ami de la famille Mendelson, choisit d'écrire toute leur histoire depuis sa récente découverte d'une malle aux trésors, qui avec ses journaux intimes et ses photographies racontent leurs aventures étonnantes. La saga Mendelson peut commencer, à Odessa en 1895. Elle s'ouvre sur le couple Isaac et Batsheva, dans une ville qui sera bientôt balayée par les pogroms, les insurrections et la tristement célèbre affaire du Potemkine. Forcés à l'exil, le couple et ses deux enfants vont se rendre à Vienne.

C'est un roman plein de charme qui ouvre cette trilogie historique d'une famille juive plongée dans la tourmente du 20ème siècle. Le rythme est échevelé, l'histoire riche, bien écrite, mélangeant les anecdotes authentiques au souffle romanesque, et le produit en lui-même est très original. C'est en effet une somme de témoignages, d'extraits de journaux intimes, de clichés et de dessins qui composent ce récit, entrecoupé par la voix du narrateur.

Cela pourrait commencer ainsi : il était une fois un horloger modeste qui rencontra la femme de sa vie, elle était d'une grande beauté et l'aimait également d'un amour fou et exclusif. Leur monde s'écroule lorsqu'un vent de haine souffle sur l'Europe et, parce qu'ils sont de confession juive, les oblige à s'expatrier toujours plus à l'ouest. D'un seul coup on se retrouve avec une saga palpitante, qui raconte le destin hors du commun d'une famille marquée par les coups du sort, et qui, de plus, se télescopent aux grandes pages de l'Histoire.
D'Odessa à Hollywood, en passant par Vienne et New York, cette famille exceptionnelle va connaître une destinée tout aussi époustouflante, nous n'en sommes qu'au début (ce premier tome couvre la période de 1895 à 1929) mais l'histoire ne manque déjà pas de rebondissements (séparations, exils, liaisons amoureuses, pauvreté et richesse). Les personnages ne sont pas encore trop nombreux, ce sont les premiers, donc les plus attachants, ils ont le privilège des rencontres étonnantes, avec un certain Adolf Hitler, alors étudiant recalé de l'Académie des Beaux-Arts, le peintre Egon Schiele, ou le producteur de cinéma, Louis B. Mayer.
Sans le vouloir, les Mendelson ont le chic d'être au coeur des événements les plus brûlants et ne semblent pas se contenter d'une existence sage et rangée.
Tant mieux !
La suite promet de palpitantes révélations !

A découvrir en novembre 2009 : les insoumis (1930 - 1965) et au printemps 2010 : les fidèles (1965 - 2000).   

Les premières pages des Exilés, tome 1 de La Saga Mendelson à paraître le 16 avril, sont en ligne ici.

Seuil jeunesse, 2009 - 269 pages - 16,50€

illustration couverture : François Roca
concept graphique : Frédérique Deviller

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05/04/09

Un swing parfait ~ Jean Paul Nozière

swing_parfait_2Le Village est un projet implanté par Antoine Jeunet, un redoutable homme d'affaires, qui a imaginé un lotissement de résidences pour riches, cerclé par une rempart, protégé par un gardien à l'entrée, avec barrière pour entrer et sortir. C'est un modèle copié sur un mode de vie américain, mais à Sponge, près de Dijon, l'idée chatouille.

Dans la famille Jeunet, il y a la mère, Manon, femme passive et transparente, très lasse de sa vie de couple. Antoine est un homme tyrannique, exigeant et mysogyne. Et puis il y a Elena, une belle plante de seize ans, solitaire et discrète, qui est folle amoureuse du fils de gardien, Lucas Porato. Un jour, un individu se présente en poussant le cri de la chouette. Le sang d'Elena se glace aussitôt, c'est un signe : son frère Ugo est de retour.

Depuis six ans, le garçon a fugué. Il n'en pouvait plus d'être une marionnette entre les mains de son père, qui attendait de lui d'être un champion de golf. Ugo revient au bercail, il a vingt-deux ans, ses traits ont changé, mais pas seulement. Il est devenu plus agressif, plus violent, plus aigri. Six années à zoner vont rendent différent. N'attendez pas d'autre explication.

Qui est ce garçon qui ressemble à son frère, mais qui pourtant est si différent de lui ? Peut-on se fier au jugement de ses souvenirs, s'accrocher à une quelconque espérance pour satisfaire les apparences ? Elena observe, elle n'est pas la seule. Marc Porato, le gardien, qui était un ancien flic, se pose aussi de plus en plus de questions.

L'histoire est racontée en multipliant les points de vue, en alternant le présent et le passé. La mise en scène sait instaurer d'office un climat de suspicion, le cadre du Village est en lui-même un vase clos, les sentiments étouffent, les passions sont exacerbées. Normal que le lecteur se sente aussitôt interpellé, et qu'il croit deviner d'avance, et pourtant il ne sera pas au bout de ses surprises ! J'ai beaucoup aimé l'ambiance du roman, très tendue, en plus d'être langoureuse (c'est l'été, il fait très chaud). La fin est peut-être un peu trop précipitée, les passions amoureuses trop vite amorcées, malgré tout j'ai été séduite par cette histoire renversante. Et puis j'ai lu ce roman d'une traite, parce qu'il vous impose ce besoin de ne pas décrocher avant la fin.

Syros, coll. Rat Noir, 2009 - 192 pages - 12€

le site de l'auteur : http://jpnoziere.com/index2.htm

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30/03/09

L'étrange vie de Nobody Owens - Neil Gaiman

Un trailer pour commencer :

 

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Les avis de lecture ont fleuri en nombre concernant ce roman de Neil Gaiman... Pour ceux qui seraient passés à côté, voici quelques mots.

nobody_owensUne famille a été massacrée par un individu appelé le Jack. Seul un bébé a pu se sauver en se réfugiant dans le cimetière voisin. L'enfant sera recueilli et adopté par un couple de fantômes, les Owens. Ainsi naquit Nobody Owens, déclaré Citoyen Libre du cimetière, pouvant aller et venir comme bon lui semble, dans un univers peuplé de créatures surnaturelles, imaginaires et folkloriques.

Mais la vie à l'extérieur du cimetière intrigue Bod qui grandit, curieux, avide d'apprendre, de se faire de nouveaux amis. Or le dange rôde partout, et le fameux Jack n'a toujours pas renoncé à lui faire la peau !

C'est un roman tout gris, tout noir et tout blanc. Comme le préfigure la couverture française. Un livre qui donne la chair de poule, et en même temps qui mêle l'humour, la tendresse et l'humanité avec brio.
C'est l'histoire d'un enfant orphelin qui s'adresse à d'autres enfants, qui montre l'exploration d'un monde magique, et/ou fantaisiste, et qui raconte aussi l'apprentissage de la vie, avec ses plaies et ses bosses, mais aussi ses émerveillements et ses bonheurs.

Plus que tout, j'ai été sensible à la beauté des personnages, qui nous font oublier la mort, leur nature et l'incongruité de la situation. L'ensemble n'est pas qu'étrange, mais aussi inquiétant et merveilleux. Macabre et poétique, captivant et dangereux, sombre et lumineux.

A la fin du roman, Neil Gaiman nous apprend qu'il est un passionné du livre de Kipling (Le livre de la jungle) et qu'il lui a fallu pas moins de vingt ans pour écrire ce roman ! Ces précisions nous étonnent à peine... L'étrange vie de Nobody Owens  est un livre qui se déguste lentement. Personnellement il m'a tenu compagnie durant de longues semaines, non par manque de motivation, mais parce que je trouvais que l'histoire prenait une saveur particulière en s'intercalant dans mes habitudes littéraires et qu'elle réussissait sans problème à s'ancrer dans mon esprit, pas besoin de refeuilleter les pages d'avant pour se rappeler l'histoire.

Une troublante exploration du monde qui sépare les vivants et les morts, avec toute la poésie et l'imagination chères à un grand auteur !   

Ce livre a remporté la Newberry Medal 2009.

Illustrations de Dave McKean
Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 310 pages - 13,50€
Traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec

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Rappelons la sortie de CORALINE, l'animation réalisée par Henry Selick.  En France : le 10 juin 2009 !

De quoi ça cause ?

 

coralineLa famille Jones vient d'emménager dans une grande maison avec des pièces si nombreuses qu'elles ne peuvent être toutes occupées. Profitant que ses parents soient occupés à travailler sur leurs ordinateurs, Coraline entreprend d'explorer l'endroit. Elle découvre l'existence d'une porte noire fermée à clef et qui s'ouvre sur un mur en briques. Du moins, à la première tentative. Lorsqu'elle choisit de recommencer l'expérience, Coraline fait face à un univers identique à celui qu'elle connaît, avec des parents qui ressemblent aux siens, sauf qu'ils semblent plus disponibles. Petit détail non anodin : ils ont des boutons cousus à la place des yeux.
Toutefois ils se montrent aimables et aimants. Prêts à lui offrir tout ce qu'elle désire. Qu'est-ce que cela cache ?

Neil Gaiman, maestro des contes fantastiques, nous introduit dans un doux monde influencé par les oeuvres de Lewis Caroll et même par La famille Addams. L'univers est onirique, savamment inquiétant, et il ne faut pas s'arrêter aux simples apparences, mais traverser le miroir. Dans tous les sens du terme.
Suspense garanti. Ambiance délicieusement noire. Pas bien méchante non plus. Accessible pour les plus jeunes.

Albin Michel, coll. Wiz, 2003 - 152 pages - 10€
Traduit de l'anglais (USA) par Hélène Collon

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18/03/09

En cage - Kalisha Buckhanon

en_cageJ'ai pour habitude de choisir mes livres au hasard, de ne pas connaître l'histoire et de ne pas lire la quatrième de couverture. Je laisse place au petit bonheur la chance, je ne juge pas forcément sur la couverture, car pour cette fois c'est un peu loupé, mais je m'en remets à la magie de la première phrase. Ici : « Baby, la première chose qu'il faut que je sache, c'est si tu crois que j'ai tué mon père. » Oh ? Je ne sais pas vous, mais moi cela m'a plu !  Et j'ai voulu en savoir plus.

Ecrit sous forme épistolaire, ce premier roman de Kalisha Buckhanon raconte une histoire d'amour entre deux adolescents de Harlem. L'histoire débute en janvier 1990, Antonio vient d'être incarcéré pour le meurtre de son père. Sa petite amie Natasha lui répond en lui jurant son attachement profond et indéfectible. Leurs premiers échanges se résument ainsi, de longues tirades enflammées, des promesses, de l'espoir et la confiance en la justice, car Antonio plaide des circonstances atténuantes (son père battait sa mère). De son côté, Natasha continue sa routine, dans un foyer où ce n'est pas rose tous les jours (son père est mort dans un incendie, et son beau-père n'est qu'un imbécile à l'esprit étriqué). En plus, elle est montrée du doigt, c'est la petite copine du mec en taule, à Harlem la tendresse n'a pas droit de cité.

Pourtant, ce n'est pas moche, pas pénible, pas gonflant à lire. Certes, l'argot roule des mécaniques, mais en toute logique, car nos deux amoureux n'ont jamais quitté New York, ils ont poussé à l'ombre des blocs de ciment et des tags sur les murs, dans un quartier-ghetto livré à lui-même. C'est pour eux la routine, cependant ce n'est pas une raison de baisser les bras. Avec cette tuile qui leur arrive, Antonio et Natasha prennent conscience qu'il faut se battre pour décrocher une étoile. Chacun de leur côté, ils vont foncer : Antonio reprend ses études et n'a plus honte d'afficher son amour des livres, Natasha s'est inscrite dans un programme spécial, qui lui offrira l'opportunité d'aller à Paris, puis de s'inscrire en fac.

Le temps passe, les émotions grandissent, les sentiments aussi. Antonio et Natasha deviennent des jeunes adultes, et sans le vouloir, ils n'ont plus les mêmes envies, les mêmes attentes. « Maintenant je sais que là, dehors, à distance d'avion, l'univers est immense et moi je veux le voir. » déclare Natasha, qui a besoin d'air. La correspondance va s'étendre sur dix ans, avec des hauts et des bas. Leur amour va-t-il résister à toutes les épreuves ? 

J'ai été heureuse de découvrir ce roman, surprenant d'authenticité. Il se lit d'une traite, il ne mâche pas ses mots, et la fin est belle, pas du tout mielleuse. Ce n'est pas un conte de fées, c'est même poignant parce que certaines vérités éclatent au bout de dix ans, et c'est là qu'on prend la mesure du sacrifice, de la vie qui joue des tours. Et puis le titre, "En Cage", peut avoir plusieurs significations. Enfin c'est bouleversant, ça vous prend aux tripes et cela va rester une lecture qui comptera beaucoup !

NB : les Editions du rouergue vous livrent les premières pages du livre, au format PDF   

Rouergue, coll. doAdo Monde, 2009 - 252 pages - 13,50€
traduit de l'anglais (USA) par Elodie Leplat

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17/03/09

Chasseur d'orages - Elise Fontenaille

chasseur_doragesAprès quinze années passées aux côtés de son extraordinaire grand-père, John, photographe des phénomènes orageux, qui vient de mourir d'une crise cardiaque en pleine mission, Herb doit retourner vivre avec son père, un 'logger', qui habite le quartier le plus chic de Vancouver. L'adolescent se sent mal, inadapté, encombrant. Il n'a qu'un but : partir, et dans le même temps il en profitera pour répandre les cendres de son grand-père sur le site des Lightning Fields à Santa Fe. En chemin, il rencontre trois étudiants des Beaux-Arts, la brunette Mina, la voluptueuse Blondie et l'irrascible Moon.

Leur voyage réunit toutes les particularités d'un guide du routard de la côte ouest américaine, en plus d'être un roman à la gloire d'une Amérique métissée, écolo et décontractée. On y parle musique, on y parle art, on y parle nature, on y parle liberté et indépendance. En clin d'oeil à Kerouac, l'histoire se passe sur la route, à bord d'un van, on traverse des paysages splendides, comme le parc des Joshua Trees (et oui, ce n'est pas seulement le nom d'un album !).

Par cette perpétuelle soif de découvertes, d'informations et d'appréciations, le livre se déguste. Le seul souci, en ce qui me concerne, c'est la trop grande facilité dans certains détails - tout coule de source, tout devient une évidence, tout paraît inévitable, écrit quelque part, fait exprès pour la rencontre. Aucun effort vain, d'ailleurs aucun véritable effort, à mon sens. Cette dégoulinade de providence peut agacer, mais après tout c'est loin d'être de la pure complaisance aussi. Les coincidences sont ici pour nourrir une intrigue facile, qui séduira le lectorat adolescent, par ailleurs fortement conquis par l'ambiance rock'n roll du roman. Une histoire passionnante, sans aucun doute.

Rouergue, coll. doAdo, 2009 - 96 pages - 6,50€

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joshua_tree_cover

bah oui, les voilà ... et avec eux, dans le fond, le parc national des Joshua Trees !
en ce temps-là, U2 était pour moi LE  groupe, mais depuis l'écoute, très ennuyeuse, de leur dernier album, je suis déçue !!!!!!

 

 

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Embrasse-moi - Bart Moeyaert

embrasse_moiDans une atmosphère énigmatique et moite, Molly et la Fausse Blonde (oui, c'est comme ça qu'on l'appelle !) se rendent sur une colline au bord d'un lac pour échanger leurs secrets. Mais toutes confidences sont inenvisageables car ni l'une ni l'autre ne concèdent un petit bout de terrain et le tête-à-tête vire à l'empoignade. Depuis toujours, elles se détestent et, entre nous, cette histoire de secrets à partager est singulière, un peu bizarroïde à comprendre. Molly, sur qui notre intérêt s'attache plus particulièrement, est une jeune fille trop forte, et qui se juge trop moche. Elle se sent discriminée, toujours mise à l'écart, et pourtant elle porte en elle un secret bouleversant, qui fait battre son coeur.

Pour rendre ce roman captivant, il ne faut pas chercher à découvrir les secrets des adolescentes, ou alors il n'y a plus d'intérêt ! Certes, le talent narratif de Bart Moeyaert fait son effet, puisqu'il nous propose un texte troublant, presque envoûtant. Toutefois j'avoue m'être souvent perdue en chemin, avoir froncé les sourcils parce que je ne comprenais pas systématiquement les actes manqués des personnages. Et puis la portée des secrets n'est finalement pas si retentissante, c'est simplement la conséquence des révélations qui devient plus intriguante.

On découvre une Molly susceptible et à fleur de peau, ce n'est pas sorcier de comprendre l'origine du mal, mais c'est son antagonisme avec ladite Fausse Blonde qui va en prendre un coup, lorsque les voiles tombent. La fin pourrait paraître presque mielleuse, si j'étais intransigeante. (Mais je ne le suis pas ! Enfin, pas en littérature !) Un camarade de Molly - Bruno Goujon - est un peu la tête pensante du groupe, le sage de la bande. Il n'a pas un physique de tombeur, on le houspille un peu pour sa placidité, alors que sa sagacité devrait le rendre bougrement attirant. Il est le seul à expliquer que les secrets sont nombreux et différents, il y en a des beaux, des grands, des honteux, des précieux. Mais il ne faut pas tous les ranger à la même enseigne. Et plus ils sont importants, plus il faut les conserver pour soi.

On a tous quelque chose à cacher, nous dit Bart Moeyaert dans ce texte enivrant et ambigu. Et la force du secret est justement de le préserver, c'est un peu ce qu'on découvre. Le roman se présente ainsi : l'histoire s'étend sur une journée, il fait très chaud, les esprits sont enflammés, les sens aiguisés et les émotions multiples (on y trouve, pêle-mêle, mensonge, trahison, honte et désir). C'est un très bon livre, pas facile à aborder et pas évident non plus à partager, parce que l'ambiance est vraiment particulière, mais captivante.
A tenter.

Rouergue, coll. doAdo, 2009 - 128 pages - 7,50€
traduit du néerlandais par Daniel Cunin

Du même auteur : Frères

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