08/06/08

Stargirl & Signé Stargirl - Jerry Spinelli

A Mica (Arizona), Stargirl Caraway vient d'entrer en seconde dans le lycée de Léo. Elle arbore des tenues excentriques, joue de l'ukulélé, étonne tous les élèves. Léo en tombe amoureux. Stargirl est un phénomène qui attire les regards, ses camarades la jalousent ou se lient d'amitié avec elle. Progressivement, à force de miracles, la jeune fille devient même la nouvelle coqueluche de l'école. Mais le jour où elle encourage à la fois l'équipe de basket du collège et l'équipe adversaire, Stargirl est mise au ban de la vie du lycée... Difficile de tolérer les entorses aux règles établies par une loi tacite et muette. L'histoire d'amour entre Leo et Stargirl risque, elle aussi, d'être sujette à des chuchotements et ainsi fragilisée.

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Ce roman traite de la différence et l'anticonformisme. La figure de Stargirl est lumineuse, c'est une jeune fille atypique, qui vit dans sa bulle. Sa venue dans le lycée de Mica réveille les moutons endormis, c'est comme un électrochoc. Jusqu'à présent, les élèves suivaient des codes établis. C'était un public statique, qui ne s'enflammait guère pour les sports d'équipe. Chacun à sa place, aussi. Le repas à la cantine, tous les midis, est avalé dans le silence. C'est morne, sage, le calme plat. Et Stargirl arrive, avec son ukulélé, son rat Cannelle et sa marguerite sur son pupitre... Un enchantement ! Cela montre d'autant plus la stupidité du commun des mortels - Leo, le narrateur - qui est séduit par l'originalité de cette fille, en tombe amoureux puis souffre d'être la cible de "l'évitement". Alors, vachement, il demande à sa belle de changer, de rentrer dans le moule. Et pourtant, la Stargirl qui a su l'éblouir était bien celle qui aujourd'hui lui fait honte !

Un gros casse-tête, ce livre ! Il montre bien la dualité existante dans la société actuelle, celle de l'apparence, qui juge selon des préceptes figés et qui nous endoctrinent bêtement. Il suffit d'une part d'originalité, d'un pas de travers et le couperet tombe... Je n'ai pas aimé Leo pour toutes ces raisons, pour sa lâcheté notamment. Il subit l'influence de masse et désire que son adorée adopte une attitude plus conforme. Être en accord avec le jugement des Autres, voilà un terrible dilemme pour une demoiselle libre comme l'air, qui ne souffre pas qu'on l'enferme dans une case. Léo mérite-t-il un tel amour ?

Editions Flammarion 2003 pour la traduction française, coll. Tribal - 270 pages. 10€

Traduit de l'anglais par Luc Rigoureau.

On retrouve notre Stargirl dans ce roman publié sept ans plus tard. L'histoire, elle, se passe juste après la douloureuse rupture avec Léo. De la Pennsylvanie où elle vient d'emménager avec sa famille, Stargirl décide de lui écrire une lettre qui se transforme vite en journal intime. Elle y raconte la douleur de la séparation, sa solitude, mais aussi les personnages originaux qu'elle rencontre et avec qui elle se lie d'amitié. Il y a la petite Dootsie, qui, du haut de ses cinq ans, mène son petit monde à la baguette, Betty Lou, qui n'a pas mis un pied hors de chez elle depuis 9 ans, Alvina, au tempérament bouillonnant et Perry, le voleur aux yeux bleus.

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Est-ce parce que ce roman est livré d'un point de vue féminin, celui de Stargirl, que je l'ai trouvé terriblement spécial et attachant ? Toujours est-il que j'ai davantage apprécié cette suite ! On y retrouve une jeune fille déchirée, déçue et blessée. Tous ses espoirs placés en Léo ont été balayés et la jeune fille souffre énormément. Les mois passent, ses petits galets désemplissent son chariot du bonheur et cela la consterne. C'est intéressant ici de découvrir l'autre aspect du miroir, le côté verso d'une histoire livrée (côté pile) par Léo. Mais heureusement on n'y passe pas des plombes non plus, Stargirl ne se complaît pas dans l'atermoiement et très vite elle se ressaisit.

Dans la nouvelle ville où elle vient d'emménager, elle découvre des personnalités aussi fantasques et burlesques qu'elle. C'est une vie qui lui ressemble, faite d'excentricités, de gentillesses et de particularités. Parce que Stargirl n'est pas une fille typique, elle se doit d'être entourée d'amis précieux et hors du commun. C'est à la fois drôle, magique et ça donne cruellement envie. Stargirl a le don de saupoudrer la vie des autres avec ce grain de folie douce, elle fascine. Et malgré tout, ses pensées continuent de voler vers Arizona Leo et c'est rageant ! On ne brûle pas les ailes d'un premier amour, j'ai bien compris. Et dommage, car la rencontre avec Perry est beaucoup plus pétillante et excitante à suivre ! On referme les 370 pages de ce livre avec un air heureux et comblé. On en retient le plaisir incomparable d'avoir touché les étoiles !

A découvrir !

Flammarion pour la traduction française, 2008 - Coll. Tribal - 370 pages. 10€

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Luc Rigoureau.

L'avis de Ricochet

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23/05/08

Un Monde sans rêves - Nicola Morgan

un_monde_sans_r_vesDans un futur proche, au coeur de la société anglaise, le libre arbitre a été totalement effacé de la conscience des humains, désormais divisés en Citoyens ou en Exclus, ceux qui refusent l'implant d'une puce dans leurs cerveaux pour inhiber toutes émotions. Imaginez une vie sans imagination, pré-programmée, sans la possibilité de rêver, d'espérer ou d'étonner. Un monde sans rêves. Dans cette Cité, la fiction a été interdite, l'émotion proscrite et l'espérance totalement évanouie. Pourtant, il y a les résistants, avec le Poète et Milton parmi les têtes pensantes. Le premier a choisi de s'exiler à Balmoral et recueille les nouveaux-nés que lui confie son camarade qui vit dans les tunnels de la Cité. Plus qu'un meilleur cadre de vie, le Poète offre à ces enfants une motivation pour boucler un projet élaboré de longue date. Et seize ans plus tard, trois adolescents, Livia, Marcus et Tavius, sont rappelés auprès de Milton pour venir en aide à la communauté des Exclus, frappée par une épidémie de peste.

J'ai vraiment beaucoup apprécié ce roman, totalement transportée dans cet univers que je pensais implacable et difficile de prime abord. Je me suis trompée, car j'ai découvert, certes, un monde terne et figé, où les Gouvernants aspirent les expressions de vie chez les Citoyens. Et ceux qui refusent une totale soumission, les Exclus, doivent endurer une vie clandestine et misérable dans les souterrains. Malgré tout cela, l'ambiance de ce livre n'est pas du tout glauque. L'oppression régnante et l'injustice flagrante poussent à encourager nos trois jeunes "soldats" à accomplir leur mission quasi désespérée (se rendre à la Tour centrale pour corrompre le système en place). C'est entre leurs mains que repose l'avenir de leur société, il leur faudra du courage et de l'intelligence, en plus de la bravoure pour affronter les Pols, cette milice qui abat de sang-froid tous les récalcitrants. Et je vous garantis une bonne dose de tension et de rebondissements, ça se lit très vite, c'est prenant. Ce roman de science-fiction n'est pas un produit pur jus, il élabore des théories mais ne s'embarque pas dans des phénomènes étranges et difficilement explicables. C'est simple, l'explication de la fin est même époustouflante, voir très séduisante. Cette histoire a pour atout majeur d'être truffée de clichés littéraires, parfois même c'est la clef pour résoudre l'énigme de ce Monde sans rêves. Oui, ce roman est totalement surprenant, vraiment enthousiasmant.

Albin Michel, 2008 - Coll. Wiz - 230 pages - 12€

Traduit de l'anglais par Raphaële Eschenbrenner. Titre vo : Sleepwalking.

 

A également été lu par Mélanie

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19/05/08

Phaenomen - Erik L'Homme

phaenomenQuatre adolescents internés à la Clinique du Lac en Suisse décident de prendre la poudre d'escampette, après la mystérieuse disparition du Dr Pierre Barthélémy. Âgés entre treize et quatorze ans, Violaine, Claire, Nicolas et Arthur sont des enfants exceptionnels. Sont-ils fous ou déséquilibrés, comme le craignent leurs familles ? Ou sont-ils dotés de capacités surnaturelles, qui les dépassent eux-mêmes ? Voilà déjà une première part d'intérêt. La suite n'est pas mal, non plus. Nos quatre jeunes doivent résoudre une série d'énigmes, mises en oeuvre par le docteur Barthélémy, pour trouver la clef de son enlèvement. Car bien sûr, Violaine et ses amis sont convaincus du danger de leur périple. N'ont-ils pas croisé trois individus inquiétants à la Clinique du Lac, trois tueurs chevronnés qui se sont maintenant lancés à leur trousse ? !

Premier tome d'une trilogie, Phaenomen s'est révélé une lecture fort emballante. L'intrigue ne manque pas de souffle, les personnages sont charismatiques et forcés de s'étoffer. La particularité des quatre enfants est assez stupéfiante, on assiste dans ce livre à la découverte des uns et des autres et de leurs étranges pouvoirs. Tout paraît encore brouillon et imprévisible, et pourtant on a hâte de connaître leur évolution et leur exploitation. Le face-à-face qui clôt ce tome 1 vaut aussi son pesant d'or, c'est à la fois brutal et déconcertant, mais cela promet une tournure excitante et riche en rebondissements pour la suite (du moins, je l'espère !). Bref, cette entrée en matière dans l'univers d'Erik L'Homme est conquérante et étourdissante. J'avais lu de bonnes critiques sur cette série et elles se sont avérées exactes. Ce tome 1 a soulevé des questions qui demandent des réponses. A lire, donc !

 

Editions Gallimard jeunesse, 2006

Editions Gallimard jeunesse, 2008 pour la présente édition. Coll. Folio junior - 262 pages.

L'avis d'Alwenn

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17/05/08

Campus, tome 2 : Sur invitation - Kate Brian

** Avis de spoilers **

campus_2Reed Brennan a enfin touché son rêve : elle a intégré le bâtiment Billings. Pourtant, le calvaire n'est pas fini et les filles continuent de la mettre à l'épreuve en la forçant à faire le ménage dans leurs chambres. Consentant à devenir leur esclave, au nom d'une fichue obsession à rester près de ces filles sublimes mais un peu garces, Reed ne se rebiffe jamais. De même, on la colle dans les bras de Walt Whittaker, un étudiant très riche et hyper guindé, qui rentre d'un long voyage en Asie. Les filles Billings persuadent Reed d'avoir décroché le pompon, mais notre héroïne doute car elle ne ressent aucune attirance pour lui. Elle n'ose pas avouer à ses camarades qu'elle n'a pas oublié Thomas, son premier amour, qui a disparu du campus sans prévenir. La police est maintenant sur les lieux, une enquête est ouverte et Reed s'inquiète. Pourtant, toute la clique est convaincue de revoir le garçon lors de la fête de l'Héritage, une party qui se déroule à New York et où les invités sont triés sur le volet. Pour obtenir son droit d'entrer, Reed doit faire les yeux doux à ... Whittaker ! Dans le même temps, Reed fait l'objet d'un horrible chantage : actrice de photos compromettantes, prises à son insu, elle doit fouiller les affaires des filles Billings pour les accuser d'un coup monté contre une ancienne pensionnaire. L'étudiante est tiraillée et sait qu'elle peut tout perdre d'un instant à l'autre.

Ce n'est pas un franc coup de coeur, mais j'avoue que cette série parvient à m'accrocher en dépit des défauts que je lui trouve ! Je pense que le contraste y est pour quelque chose, dans le sens que cela peut être source de séduction ou de dégoût. Car on pense s'aventurer dans un monde glamour, où tout n'est que facilité et opulence, paillettes et autres futilités. D'un côté, on touche au but (les filles et garçons sont tous beaux, très riches) mais finalement la légèreté n'est qu'en surface. Le fond ne manque pas de surprendre : les tempéraments sont fourbes, les agissements malsains. La série, d'ailleurs, s'adresse à des "lecteurs avertis" (dès 14 ans). Pour ma part, c'est cette énorme ambivalence qui me plaît. Je suis curieuse de connaître la suite, je trouve la jeune Reed Brennan complexe mais intéressante, et surtout je savoure la perfidie des filles Billings, leurs dialogues mordants et leurs cerveaux dérangés. A suivre, donc, avec un vif intérêt ! :)

Tome 3 à paraître en septembre 2008.

Bayard jeunesse, 2008 pour la traduction française - 320 pages - 10,90€

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sidonie Van den Dries.

Mon avis sur le tome 1

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15/05/08

Comme des soeurs - Elizabeth Craft & Sarah Fain

comme_des_soeursAmies inséparables depuis le collège, Harper, Sophie, Kate et Becca vont devoir se séparer pour partir à l'université. Mais l'onde de choc a lieu lorsque Harper annonce qu'elle plaque tout pour son rêve : écrire un roman. (En fait, ses véritables raisons sont cachées et la copine, pas sympa, préfère se taire pour garder la tête haute.) Résultat, toutes les quatre s'emballent et font le choix d'aller jusqu'au bout de leurs rêves. Sophie renonce à l'université du Colorado et part inscrire son Etoile sur le chemin des stars à Hollywood, Kate tourne le dos à Harvard et s'envole pour l'Europe à la quête de son rêve (oui, elle ne sait pas ce dont elle rêve, la gourde !). Seule Becca, la plus réservée, ne change pas d'un iota et part dans le Vermont pour devenir une championne de ski. Un seul challenge, imposé par ses amies, celui de tomber amoureuse.

Même pas dix pages lues, et déjà vous sentez que vous allez engloutir ce roman ! D'un coup, d'un seul, vous faites leur connaissance et gagnez quatre copines que vous n'allez plus lâcher ! Leurs histoires sont un mélange d'humour, de causticité, de rebondissements chevaleresques, de tension surmontable et digeste, et tout ça in the name of love ! ;o)

En fait, c'est un roman qui prône les grandes valeurs de l'amitié avec un A majuscule, qui vous rappelle combien vous êtes prêtes à tout pour épauler une camarade, lui pardonner ses mensonges, la secouer gentiment pour la forcer à sortir la tête de l'eau. Parce que ce roman vous en raconte des vertes et des pas mûres, ok la complicité entre les quatre filles est le noyau dur et incassable, qui sert de carburant pour les matins grincheux ou les lendemains désenchantés, ou simplement pour se prendre la main et accomplir Son Destin. Leur amitié précieuse sert aussi de tampon pour les bleus à l'âme, pour les petites vérités qui ne sont pas bonnes à dire, pour les secrets tus en leur âme et conscience. Car malgré les apparences d'une vie facile, les filles vont aussi connaître des embûches - les appels des sirènes et les miroirs aux alouettes. Bref, c'est un roman qui rappelle Quatre filles et un jean d'Ann Brashares, dans le registre vivifiant, très drôle, et midinette !   

Editions Albin Michel, 2008 - coll. Wiz - 440 pages. 14€

Traduit de l'anglais (américain) par Madeleine Nasalik.

NB : Après vérification, une suite est donc déjà disponible : Footfree and Fancyloose (sortie 2008 pour les USA). Et la série ne semble pas s'arrêter là !

L'avis de Gaelle la libraire ;o)

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14/05/08

Echancrure - Michel Le Bourhis

echancrureThomas, dix-sept ans, est un écorché vif qui ne croit pas en l'avenir. Il traîne ses savates au lycée professionnel, sèche souvent les cours, vit dans un modeste appartement avec sa mère, qui est caissière au Leclerc, et son petit ami qui glandouille toute la journée devant la télé. La perspective d'un lendemain meilleur lui est complètement illusoire. Il est aussi secrètement amoureux de sa voisine, Sandrine, qui sort avec son meilleur copain, Tony. Et il rêve de cogner le père de celle-ci, pour la venger des coups qu'elle reçoit tous les soirs. C'est la misère, pensez-vous...

Thomas a cependant trouvé un refuge dans cette vie de brutes : il entretient une véritable passion pour la littérature et les belles éditions, qui le fascinent, le séduisent. Un jour, dans une librairie, il s'apprête à chiper un exemplaire de Maupassant dans la Pléïade mais son geste est arrêté par une femme d'un certain âge, Micheline Gayet. Au lieu de le sermonner ou de le dénoncer, elle préfère lui payer le livre et lui offrir. Ce geste étonne nos deux personnages, qui se font face, un peu abrutis et maladroits. Thomas est incapable de comprendre la gratuité de ce geste, Micheline ne l'explique pas non plus et ne comprend pas cette soudaine obsession pour ce garçon, qui lui rappelle une autre époque de sa vie de prof.

A travers le monologue de l'adolescent et les extraits du journal de Micheline, l'histoire d'Echancrure est une remarquable description du désarroi d'un gamin très en colère et écoeuré par la vie qui l'entoure. Seuls les livres lui offrent une échappatoire, sans quoi la réalité de son quotidien est oppressante, lourde, poignante et déprimante. Au fil des pages qui s'enchaînent avec une rapidité étonnante, le lecteur ressent cette urgence et le sursis qui s'annonce. Car un drame va boucler cette comédie humaine, dès le départ le lecteur en a l'intuition. Et pour accentuer le tout, le rythme qui s'accélère dans les derniers chapitres va donner le tournis, fait retenir le souffle. Puis le couperet tombe.

Ce livre n'est décidément pas tendre mais force l'empathie du lecteur. Cette réalité désoeuvrante que vit Thomas nous rend amer et seuls les passages écrits par Micheline apportent une bouffée d'oxygène, surtout à travers la perspicace description du bienfait des livres dans une vie. Elle offre un passage extrêmement juste sur la difficulté de ces jeunes de s'arracher à eux-mêmes, de se frotter aux mots, aux textes, à des vies qui ne leur ressemblent guère, et qu'ils regardent filer, envieux parfois, respectueux aussi, mais sans désir véritable de les rejoindre, d'essayer de les partager, confortés dans leur certitude que ces deux mondes s'opposent violemment. Un beau texte, pas très gai mais poignant.

Editions du Seuil, 2007 - Coll. karactère(s)

139 pages - 8,50€

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25/04/08

Campus, 1. Bienvenue à Easton - Kate Brian

campus_1Reed Brennan, quinze ans, vient d'être admise à la prestigieuse académie d'Easton dans le Connecticut. Elle quitte Croton, en Pennsylvanie, son existence étriquée auprès d'une mère névrosée et d'un père trop laxiste, et s'installe sur le campus de cette institution qui ne réunit que l'élite. Tous plus brillants les uns que les autres, les étudiants d'Easton sont aussi très beaux, chics et riches, cultivent l'insouciance et l'aisance qui manquent terriblement à Reed. Cette dernière est fascinée par les filles de Billings, un bâtiment se distinguant du reste, et où l'on trouve la crème, dont Noelle, Ariana, Kiran et Taylor. Elles représentent aux yeux de Reed ce que celle-ci a toujours souhaité trouver, incarner, aspirer. C'est décidé : elle fera tout pour se joindre à elles. Mais être admise dans leur clan s'annonce plus difficile, entre l'humiliation, le chantage et les fourberies à trois heures du matin, Reed est déconcertée, toutefois butée dans son désir pour atteindre son but.

Depuis la rentrée, la jeune fille a également fait la connaissance de Thomas Pearson, un élève de Terminale. Tout en lui attire Reed : il est beau, il dégage du mystère, il est aux petits soins pour elle. Mais les filles Billings ne le portent pas dans leur coeur et exercent un chantage qui met les nerfs en pelote. De même, ses résultats scolaires sont en chute libre, Reed est menacée d'exclusion si elle ne relève pas la barre très haut et très vite.

Ce livre est le premier tome d'une série qui comporte huit titres. C'est une chronique amère et cynique sur l'intégration difficile d'une jeune fille ordinaire prête à tout pour toucher les étoiles. Ce qui la fait tant rêver, apparaissant sublime et irréprochable en façade, s'avère plus sournois et criblé de faussetés. Les filles Billings ont une personnalité opaque, moins irréprochable et fascinante qu'au premier abord. Ce n'est pas tant le règne de l'apparence qui pousse à réfléchir dans ce roman, mais plus l'implacable perversité d'une bande de filles toutes plus superbes les unes que les autres, et qui se tirent dans les pattes, au nom de quoi ? On s'interroge beaucoup sur les revers, apercevant déjà les compromissions des unes, les trahisons des autres, et les messes basses, les regards noirs et voilés. On a plus l'impression, qu'au lieu du Paradis, Reed Brennan vient de mettre les pieds en Enfer !

La suite (le tome 2) vient de paraître en avril 2008.

(Mars) 2008, Bayard Editions Jeunesse pour la traduction française (par Sidonie Van den Dries)

Titre vo : Private. 324 pages, 10.90€

Illustration de couverture : Miyuki Morimoto

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24/04/08

La fille du papillon - Anne Mulpas

fille_du_papillon2Solveig, seize ans, a horreur des journaux intimes mais ce n'est pas sa faute si elle est aujourd'hui surprise à mettre des mots sur sa vie, c'est à cause du Monde. Il s'agit d'un garçon aperçu en pleine nuit, sous la fenêtre de sa chambre. La rencontre n'est pas anodine, ce joli coeur lui récite du Pessoa puis disparaît. Solveig a le palpitomètre dans le rouge passion.

A la maison, les choses ne se passent pas si mal. Elle vit seule avec son père, qui papillonne d'aventures d'un soir à d'autres, et la Belle Absente arbore un sourire éclatant dans les albums photos. Solveig a aussi une excellente-meilleure-fusionnelle amie, la Ni, avec laquelle le quotidien tout gris se pare des couleurs de l'arc-en-ciel. Or, l'audace des demoiselles ne connaît pas de limites et nos deux filles vont déraper. Petit à petit, tout va s'écrouler :  le monde sans heurts, sans maman, va soudain plonger dans une sournoise noirceur. Solveig pète un câble et n'arrive plus à retenir ce qu'elle possède entre les mains.

Son amitié avec la Ni, son amour pour le Monde, sa connivence avec papa, sa douleur de n'avoir pas connu sa maman, son attitude au lycée, son exigence, son intempérance, ses colères, ses caprices, bref le journal de Solveig devient un récipient fragile, prêt à fissurer de toutes parts. On oublie comme on peut être bête et ridicule, excessif et insubordonné à 16 ans ! L'histoire de Solveig, capricieuse et butée, nous rappelle ô combien cet âge ingrat est un cap difficile, insupportable et irritant ! (Parfois j'ai frôlé la saturation...) Mais ce portrait ne pourra qu'interpeller les lectrices du même âge, qui reconnaîtront dans Solveig cette Voix Sacrée qui sait admirablement faire état de leur effroyable solitude et sempiternelle incompréhension du monde qui ne tourne pas autour d'elles... (Un livre qui leur ressemble, quoi !) A conseiller à toutes les filles qui ont des papillons dans la tête et le coeur !

La fille du papillon, Anne Mulpas

Editions Sarbacane, 2006. Coll. Exprim, 218 pages. 9€

A été lu par Gawou ; Laure ; Marie ...

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23/04/08

Ne t'inquiète pas pour moi - Alice Kuipers

ne_t_inquite_pas_pour_moiUne mère et sa fille ne font que se croiser et communiquent par des petits messages, laissés sur le frigo. Liste de courses, gros bisous pour la journée, comment s'est passé ton exposé, ce soir je reste chez ma copine, rappelle ton père, nettoie la cage du lapin, etc. Que de l'ordinaire. Et puis, la demande devient pressante : la mère de Claire veut la voir entre quatre yeux, lui parler d'un rendez-vous chez le médecin, lui expliquer cette boule au sein. C'est très grave, mais la mère est paniquée d'aborder cette conversation avec son adolescente de fille. Claire a quinze ans, elle vit, elle sort, elle réclame des sous, elle pleure, elle a un petit ami. Est-il préférable de la préserver, ou de la forcer à mettre ses deux pieds dans la sinistre réalité ? Les petits papiers vont et viennent, parfois une phrase lapidaire, tantôt un petit poème ou alors un long message d'amour... « Je n'aurais pas pu avoir de fille plus fabuleuse. » Pour moi, cela a été le déluge. Les quatre dernières pages avant la fin ont été noyées sous un brouillard de larmes. C'est incontrôlable.

Sans quoi, ce petit livre est tendre, attendrissant, atrocement émouvant. Au début, j'étais assez perplexe sur cette étrange relation, tourbillonnante. Ni la mère ni la fille n'arrivaient à se poser pour s'apercevoir quelques secondes. Puis, j'ai compris pourquoi. J'ai également été touchée par cette connivence atypique qui s'inscrit dans une relation épistolaire, ce besoin d'écrire au lieu de dire. Le sujet sur la maladie (cancer) est abordé avec sobriété et intelligence. Le but n'est pas de faire pleurer, mais il m'est apparu assez difficile de rester stoïque.

Pour information, ce livre est édité en jeunesse et en adulte (deux couvertures différentes).

Ne t'inquiète pas pour moi, d'Alice Kuipers

Albin Michel jeunesse, 2008. 242 pages - 10 €

Traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec. Titre vo : Life on the refrigerator door.

A été lu par Gawou ; Mélanie ; Cathulu ...

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21/04/08

Nuits d'Enfer au Paradis - S. Meyer, M. Cabot, L. Myracle, K. Harrison, M. Jaffe

Nuits_d_enferCoupable, je reconnais m'être procurée ce livre car le nom de Stephenie Meyer y figurait ! Forte de mon ensorcellement pour sa série Twilight, je voulais lire autre chose d'elle, dans ce registre de la nouvelle, mais j'ai été épouvantablement déçue. Son texte, L'Enfer sur Terre, présente une démone, habillée d'une sublime robe rouge, qui est chargée de pourrir l'ambiance du bal de promo. Or, elle croise Gabi-aux-yeux-bleus et ses jambes flanchent. Pouah, pathétique ! C'est très pauvre, stylistiquement parlant. Pas du tout enthousiasmant. Je m'en suis rendue compte, aussitôt, en lisant la deuxième nouvelle, celle de Meg Cabot, La Fille de l'Exterminateur. Mieux écrit, le propos de l'histoire ne se révèle pourtant pas transcendant : un pastiche de Buffy the vampire-slayer ! Bof, le résultat est convenu et attendu au tournant. Un peu frustrant, quoi. Le bouquet de Lauren Myracle relève enfin le niveau d'un calme plat. Trois amis, Frankie, Yun Sun et Will, se rendent chez madame Zanzibar, une médium un peu barrée et capricieuse. Elle lance trois prédictions très floues qui remplissent d'insatisfaction la jeune narratrice (Frankie). Celle-ci met alors la main sur un bouquet ayant appartenu à une française qui lui a jeté un sort. Les yeux brillants, Frankie se sauve avec, malgré les recommandations formelles de madame Z. Ce bouquet porte malheur, et les trois voeux à venir vont bouleverser la nuit du bal de promo de nos trois protagonistes. Absolument délirant, au début. C'est très bête, mais très drôle. Puis ça vire lentement au glauque et finit dans le flip, mais heureusement avec une touche de second degré fort appréciable ! J'ai bien aimé, vraiment.

Madison Avery et l'Ange des Ténèbres de Kim Harrison raconte la soirée catastrophe d'une lycéenne de 17 ans, qui vient d'emménager dans un bled paumé chez son père, suite à la décision punitive de sa mère. Le bal de l'école se passe très mal, et Madison a une attitude méprisante. Elle se fâche avec son cavalier et s'apprête à quitter la salle, rouge de honte, quand arrive Seth, séduisant, inquiétant, bref attirant. Elle se sert de lui pour se venger de son ancien partenaire et part à son bras pour d'autres... aventures. La suite est intéressante, mais un tantinet brouillonne. J'ai failli penser à la série Dead like me, avec ce même humour cynique, mais quelques scènes me semblaient pataudes. Somme toute, le résultat est assez concluant. And last but not least, Baisers Fatals de Michele Jaffe, qui ouvre sur une scène fort palpitante avec un garçon et une fille qui s'empoignent, lui les deux mains autour de sa gorge à elle. Puis, l'un des deux s'écroule, KO. La suite ? Cela se passe huit heures plus tôt. Ce n'est pas trop mal non plus, assez long et bien amené. Le portrait de la serial-kisseuse est truculent, les dialogues impertinents. Bref, un bon gâteau moelleux pour mettre un terme à cette lecture qui ne fut qu'un en-cas, pour moi. J'attendais plus, de manière générale. J'ai été fort déçue par le texte de Stephenie Meyer mais agréablement surprise par Lauren Myracle. Cependant, cette lecture n'est pas un aller-simple pour l'Enfer ni les nuits blanches qui L'accompagnent... A tenter (mais les accros de Twilight seront amèrement déçus ! Vivement le tome 4 !).

Nuits d'Enfer au Paradis, recueil de nouvelles écrites par 5 auteurs américaines :

Stephenie Meyer, Meg Cabot, Lauren Myracle, Jim Harrison, Michele Jaffe

Hachette jeunesse, coll. Black Moon, 2008 pour la traduction française (par Maud Desurvire). 16€

A également été amorcé par Gawou