17/09/08

Le passager de l'orage - Claire Gratias

Le roman commence par cette simple phrase : "Jonathan L. venait tout juste de décider de larguer sa petite amie le jour où il rencontra Katherin Bets pour la première fois." Je ne sais pas vous, mais moi j'ai trouvé que ça s'annonçait plutôt bien. Tout de suite, on pressent le climat décisif et mystérieux qui s'installe autour du personnage de l'écrivain. Jonathan a dix-sept ans, il vit avec ses parents à Cotteville. L'été approche et l'adolescent trouve un petit boulot : devenir le secrétaire particulier de Mme Bets. Cette dernière vient de louer Cotte House, une maison réputée maudite, avec son aspect très 19ème siècle et ses légendes de fantômes et autres esprits frappeurs. Un vrai décor de cinéma, avec frissons garantis !

La relation entre Katherin et Jonathan est aussitôt placée sous le signe de l'intelligence et de l'échange. Le garçon vit sous son toit, il partage sa "petite cuisine" d'écrivain et profite de son temps libre pour bouquiner. C'est dans Moonfleet qu'il tombe en apnée, fort d'être estourbi par cette lecture qui le prend au dépourvu. Jonathan est en transe. Souvent il se trouve plonger dans des rêves hallucinatoires et se réveille en nage. Est-il devenu une cible de choix pour la légende de Cotte House ? Katherin également est en proie aux démons des nuits blanches et de la panne d'inspiration. Que se passe-t-il dans cette maison ?

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La deuxième partie du roman est franchement excellente ! Le début est plutôt lent, plus accentué sur l'adolescent et ses problèmes sentimentaux et familiaux. On trépigne un peu d'entrer dans le vif du sujet, voilà pourquoi on soupire d'aise d'arriver à Cotte House. Le pressentiment est bon, aussitôt l'atmosphère change. J'ai aussi eu l'impression que l'auteur - Claire Gratias - s'était franchement amusée à écrire cette histoire. J'en tiens pour preuve le facétieux épilogue, qui remet tout à plat ! Impossible de ne pas se creuser les méninges après avoir tourné la dernière page. Le lecteur reste pantois. Fichtre alors !

Ce roman noir, destiné aux adolescents dès 13 ans, pourra interpeller tous les amateurs de suspense. Sa principale force repose essentiellement dans l'aura délicieusement inquiétante de Cotte House ! A découvrir.

Le passager de l'orage

Syros, coll. Rat Noir - 272 pages - 12€

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10/09/08

Notre petite vie cernée de rêves - Barbara Wersba

Albert Scully est un garçon quelconque,  "un individu très ordinaire qui a des problèmes avec son âme". Il se sent étranger avec lui-même, différent des autres, bref ça le gonfle. Il ne sait plus où se situer, n'est pas soutenu par ses parents. Sa mère est une mordue de Bette Davies et n'a qu'un rêve : vivre à Beverly Hills. Elle passe la majeure partie de son temps à râler. Le père est un pauvre type qui boit de plus en plus, pour tromper son ennui et oublier ses soucis. Ils vivent dans un lotissement, dans le New Jersey, roulent en Ford et ont plusieurs dettes.

Je ne voudrais pas casser la baraque en plombant le moral des lecteurs de suite, parce que ça serait une erreur de penser que ce roman est glauque et déprimant. Bien loin de là ! On suit un garçon attachant, intelligent et réfléchi, qui pose un regard trop mature sur son petit monde. Il est conscient d'être un adolescent avec des goûts hors du commun (il aime les longues promenades, Shakespeare, collectionner les recettes de cuisine et le jardinage). Il n'est pas bête, il sait que ça cloche avec ses petits camarades. D'ailleurs il n'a aucun ami.

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Un beau jour, Albert fait la rencontre de Mme Ophra Woodfin, une dame âgée de 80 ans, qui vit à deux pas de chez lui, dans une maison qui ressemble à un décor des romans de Dickens. C'est une ancienne actrice, elle a grandi à Bloomsbury, voyagé à travers le monde et boit du xérès au coin du feu en offrant une tasse de thé à son invité. Pour la première fois, Albert se sent écouté et compris. Il n'arrête plus de parler et il ne se lasse pas d'entendre les souvenirs de Mme Woodfin. C'est comme ça qu'il comprend la valeur de sa différence et la possibilité de rêver pour mieux égayer sa vie.

Ce roman devrait se lire à tous les âges, car il vous redonne une confiance en vous et vous ouvre les yeux sur ce qui est bon et beau. La relation naissante entre Albert et sa voisine met du baume au coeur, cela rappelle Harold et Maud. On assiste à des échanges passionnants sur la littérature et le théâtre, c'est grandiose. Et en-deçà il y a la petite vie étriquée du garçon et de sa famille. C'est petit, assez triste et pathétique mais cela apporte du poids à l'ambition cachée de Mme Woodfin, qu'on retrouve dans la citation de Rilke : "Si ta vie quotidienne te semble pauvre, ne l'accuse pas, accuse-toi plutôt ; dis-toi que tu n'es pas assez poète pour en convoquer les richesses..."

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch

Editions Thierry Magnier, août 2008 - 187 pages - 9,50€

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14/08/08

Ce qu'ils savent - Charlie Price

Une pom-pom girl est portée disparue depuis deux semaines. L'inspecteur Gates est sur les dents, fouillant le moindre détail pour obtenir l'ombre d'une piste. Il isole d'éventuels suspects, dont monsieur Robert Barry Crompton, un schizophrène qui souffre de pertes de mémoire. Pas loin, on suit un flic de la brigade des moeurs, mis en congé forcé pour son comportement agressif (violent, alcoolique et menteur). Autre suspect sur la liste ?

Bref, l'histoire s'annonce comme un drame policier, où l'ambiance noire nous prend de suite à la gorge. L'enquête est placée, avec la ronde des interrogatoires, des spéculations et ça fonctionne plutôt bien. Amateurs d'intrigues bien ficelées, votre repas est servi à bonne température !

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Ce qui donne un plus à ce roman, c'est la personnalité particulièrement troublante du jeune Murray. Garçon solitaire, malheureux comme les pierres parce que sa mère n'est qu'une misérable qui s'entiche de pauvres types, Murray aime passer son temps libre dans le cimetière. Un jour il a découvert qu'il entendait des voix et qu'il avait le don de parler avec les morts. C'est son secret, qu'il cache pour ne pas être traité de fou, et perdre ainsi la possibilité de traîner dans ce lieu morbide.
A force de s'y réfugier, il fait la connaissance de Pearl Janochek, la fille du gardien. Elle aussi est une âme seule, sauf qu'elle est bien vivante. A sa façon, elle lui propose une amitié... qui peut chambouler le fragile équilibre sur lequel se reposait Murray.

Pourquoi le garçon entre en piste ? Dans son cimetière, à converser avec "ses amis", il entend une voix nouvelle. Cela ressemble à des plaintes, une voix faible et geignarde d'une jeune fille. S'agirait-il de cette Nikki, la lycéenne disparue ?

Ce qu'ils savent reste avant tout un très bon thriller, avec un soupçon de fantastique. Ce qu'on appréciera ensuite c'est la force des personnages et le suspense très bien tenu. Ce roman dégage aussi une ambiance sombre, limite oppressante, et cela procure un léger sentiment de malaise, tout à fait surmontable !

Editions Thierry Magnier, 2008 pour la traduction française - 276 pages - 11€

traduit de l'anglais (USA) par Pierre Charras

A également été lu et apprécié par Gawou

C'était toujours l'impasse. L'impasse... jusqu'à ce que Pearl prenne les choses en main. Murray et elle s'étaient disputés. Il n'avait pas réussi à la faire changer d'avis. C'était une bien étrange manière de fêter la nouvelle année !
- Alors, tu comptes la laisser là ? le défia Pearl. Si c'était moi, est-ce que j'aimerais rester là-bas à pleurer et à pourrir pour la simple raison que tu as trop peur pour me secourir ?
Elle semblait prête à le frapper. Murray ne savait que répondre. Si c'était pour elle, pour Pearl, peut-être creuserait-il. Mais peut-être pas.
- Je vais le faire moi-même !
Les yeux de Pearl lançaient des flammes :
- Je serai discrète !
Ami des morts.
Pearl quitta l'atelier en claquant la porte si fort que toutes les lumières vacillèrent.
Murray se doutait de ce qu'elle allait faire. "Elle va prendre une pelle."
- Attends, je vais t'aider, dit-il, mais il n'y avait plus personne pour l'entendre.
Il sortit à sa suite.

 

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13/08/08

Seul sur la mer immense - Michael Morpurgo

Couleur pacifique pour un livre finalement pas si paisible que cela...

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Arthur Hobhouse, cinq ans en 1947, fait partie d'un groupe d'orphelins qui quitte l'Angleterre pour l'Australie. Il se lie d'amitié avec Marty, un garçon plus costaud et sûr de lui, qui lui servira d'appui secourable au Ranch Cooper. Sous couvert d'un programme religieux, le propriétaire emploie les enfants à des tâches difficiles et n'hésite pas à les fouetter pour punir leur insubordination. Pour s'échapper de cet enfer, Arthur conserve précieusement le souvenir de sa soeur Kitty grâce à une petite clef porte-bonheur. Il espère un jour revivre avec elle, mais le temps passe et leurs retrouvailles ne seront plus qu'un lointain espoir. Dans la deuxième partie du roman, c'est la fille d'Arthur Hobhouse, Allie, qui prend la parole et raconte son périple en mer qu'elle effectuera, seule, à bord de son voilier. Sa mission est d'atteindre l'Angleterre pour retrouver la fameuse Kitty.

Deux styles s'opposent dans ce livre : résolument plus moderne et dynamique pour la fin, contrairement au début plus tristounet. En fait, je trouve que le manuscrit d'Arthur Hobhouse rappelle quelque part la tradition orale, et je vois bien cette partie récitée à voix haute. Pour le reste, on ne peut guère espérer une note enlevée tant le propos de l'histoire frise le désespoir. Arthur raconte son parcours semé d'embûches, avec en toile de fond la guerre et ses ravages (un thème cher à Morpurgo), la séparation et la solitude. Toutefois, Arthur est un garçon remarquable, car jamais il ne baisse les bras ni ne perd espoir d'un lendemain meilleur (il a probablement été nourri au Candide de Voltaire ! ;o) ). 

Le contenu fait aussi état d'une vérité historique peu entendue : durant deux décennies, le gouvernement anglais a envoyé des enfants britanniques, on pensait qu'il était plus pratique de rassembler "les gens qui posaient des problèmes" (orphelins, enfants non désirés, délinquants) et de les transporter dans les colonies (le Canada, la Nouvelle-Zélande, l'Australie).

Sans conteste, Michael Morpurgo est un grand écrivain, il nous offre un récit émouvant et plein de lyrisme mais je n'ai pas autant aimé ce livre qu'Au pays de mes histoires, que je recommande plus fortement.

Gallimard jeunesse, 2008 pour la traduction française - 295 pages - 14,90€

traduit de l'anglais par Diane Ménard.

A été lu et aimé par Mélanie (Book in!) , Vanessa (Eliabar)

L'interview de l'auteur

 

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24/07/08

Toi et moi à jamais - Ann Brashares

Alice et sa soeur Riley passent l'été dans la maison familiale de Fire Island, près de New York. Sportive, vive et garçon manqué, Riley est maître sauveteur. Très différente, Alice est féminine, douce et brillante, elle prépare sa rentrée en fac de droit. Paul, l'ami d'enfance, revient après trois ans d'absence. Attirés l'un par l'autre, Paul et Alice vont avoir une liaison, dans le secret, mais Riley va les surprendre un soir. 

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Ann Brashares, auteur de la série Quatre filles et un jean, signe un bon gros mélo sentimental, cousu de fil blanc, voilà pour les défauts, mais alors qu'est-ce que j'ai aimé ! J'ai complètement mordu à l'hameçon, j'ai aimé cette histoire d'amitié et d'amour, j'étais toute vibrante d'émotions pour ce que vivaient les personnages, j'étais à leurs côtés, j'avais mon petit mouchoir dans la main, j'étais nouée par les révélations, et puis dégoûtée par certains choix, je ne comprenais pas qu'on puisse garder pour soi autant de souffrance, mazette j'étais à fond dedans, d'ailleurs, j'ai lu ce roman en une soirée parce que j'étais totalement mordue !

"L'amour peut-il durer toute une vie ? Peut-il passer indemne de l'enfance à l'âge adulte en survivant aux tourments et aux écueils de l'adolescence ? Est-il toujours le même à l'arrivée, simplement exprimé de façon différente ? Ou ces deux formes d'amour sont-elles radicalement étrangères et incompatibles ?"

Toi et moi à jamais - Ann Brashares

Gallimard, (juin) 2008 pour la traduction française - 335 pages - 13€

traduit de l'américain par Vanessa Rubio / titre vo : The last summer (of you and me)

Le site : http://toietmoiajamais.fr/

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23/07/08

La messagère de l'au-delà - Mary Hooper

Ce premier roman de l'anglaise Mary Hooper raconte l'histoire d'Anne Green, une jeune servante d'à peine seize ans qui fut condamnée à la pendaison pour infanticide. Basée sur des faits ayant existé, mais brodée pour parfaire l'intrigue romanesque, cette histoire n'en paraît que plus captivante.

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Par chapitres successifs, la parole est donnée à la jeune fille qui raconte son histoire. Nous sommes en 1650, dans l'Angleterre de Cromwell. Les lois sont rigides contre les moeurs légères, et à cette époque on évitait de comprendre le drame des enfants morts-nés ou nés prématurément. La science et la médecine étaient encore bien timides, mais audacieuses. Le corps d'Anne Green, par exemple, est confié à l'université pour y être disséqué. Cette autre partie de l'histoire est narrée par Robert, un étudiant sensible et timide qui souffre de bégaiement. C'est grâce à lui qu'un miracle va se produire : Anne Green ne serait pas morte.

Le drame de cette jeune fille, en plus d'être belle, est d'avoir été séduite par un gentilhomme, le petit-fils de la famille où elle travaille. Victime aussi de sa vanité et de sa naïveté, Anne va connaître le prix à payer avec un stoïcisme admirable. Elle a très vite compris que sa mort était la bienvenue pour taire le scandale qui pourrait empêcher l'union du jeune maître Geoffrey avec une demoiselle de grande fortune.

Plusieurs scènes sont remarquables dans ce roman (le procès, l'échafaud, l'accouchement...) et racontées sans verser dans le pathos délirant. Tout est feutré, distillant avec tact la note dramatique. On retrouve aussi le climat austère, la vindicte populaire et le puritanisme accablant qui mettent en exergue la grande solitude d'Anne. Dans le fond, c'est une jeune femme assez cruche, avec une bonté naturelle et pas un soupçon de mesquinerie. Ce n'est qu'une servante sans éducation et sans le sou, avec un charmant minois. Peut-être est-elle dupée par les belles paroles de ce coureur de jupons qu'est le petit-fils de Sir Thomas Read, toutefois son cas fait écho à d'autres détresses comme c'était souvent le fait en ce temps-là.

Et puis, j'ai beaucoup apprécié que ce roman aborde les premiers questionnements concernant l'infanticide, comme il était jugé dans ce 17ème siècle. De manière générale, de toute façon, La Messagère de l'au-delà sait nous surprendre par son intelligence et sa sensibilité. Mary Hooper a su habilement raconter une histoire émouvante, mais en toute sobriété. La puissance de ce récit se trouve dans le désoeuvrement que va connaître Anne Green et par les injustices dénoncées. Bref, c'est un roman historique avec une action dense et palpitante. A découvrir !

La Messagère de l'au-delà - Mary Hooper

Editions du Panama, (mars) 2008 pour la traduction française - 268 pages - 15€

traduit de l'anglais par Fanny Ladd et Patricia Duez

 

D'autres avis : A été lu par Gawou et Ys

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21/07/08

Les Cavaliers des Lumières : Le règne de la Barbarie *

Si seulement sa mère n'avait pas eu cet accident, peut-être Théo ne se serait jamais intéressée à ce jeu maudit. Pour effectuer son travail de deuil l'adolescente a choisi de couper tout contact avec l'extérieur, de ne plus parler à personne, de rompre avec ses amis. Elle vit désormais dans sa bulle, accrochée à un jeu online où elle s'est révélée prodigieuse, atteignant le niveau 5, comme quatre autre joueurs dans le monde. C'est exceptionnel, et Théo n'en est pas peu fière.

Après une fâcherie avec son père, qui s'inquiète (à juste titre), Théo est privée d'ordinateur jusqu'à nouvel ordre. L'ado doit remonter la barre et obtenir des résultats scolaires plus brillants. Elle s'aperçoit alors de sa terrible addiction au jeu et passe outre l'interdiction paternelle en se connectant en cachette. Là, un soir, elle surprend des scènes qu'elle n'aurait pas dû voir. Mais elle s'imagine aussitôt qu'il s'agit d'un léger bug, ce n'est pas méchant et ne porte pas à conséquences. Erreur !

Les jours suivants, d'étranges événements surviennent dans la vraie vie de Théo. Sont-ce des hallucinations, des alarmes (trop de jeu, des neurones embrouillés)... ? Elle décide alors de se connecter sur le site du jeu et contacte les autres joueurs du niveau 5. Bizarrement, ces derniers partagent les mêmes doutes : la terrible armée des Barbarians est-elle sortie de la sphère ludique et virtuelle pour s'immiscer dans leur monde ? !

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Je vous laisse découvrir ce qu'est exactement le jeu d'héroïc fantasy (les Barbarians Killers) qui est devenu la principale nourriture de notre jeune Théodora. C'est un monde étrange, menacé par des forces obscures, et les cinq meilleurs joueurs mondiaux se verront attribuer le titre honorifique des cavaliers des lumières, avec pour charge de protéger, de combattre et de résister. De longues descriptions s'ensuivent, mêlées au récit par les terrifiantes menaces qui frappent le Monde Nouveau (ainsi est appelée l'humble société dans laquelle nous vivons !).

Préparez-vous à quelques surprises de taille, car la vicissitude de ces créatures sournoises s'attaquent à toutes les personnes qui cherchent à aider Théo et les Barbarians ne mettent pas de gants pour dissuader et faire peser la menace !!! Leurs armes sont redoutables, car le commun des mortels ne voit pas la même chose que Théo, qui se retrouve ainsi isolée, incomprise et totalement déboussolée. Elle seule détient la preuve que les Barbarians s'incarnent sur Terre avec pour mission d'éliminer tous les Cavaliers.

Après son père, c'est son ancien meilleur ami qui est touché, puis des camarades de chambrée. Accident de voiture, incendie volontaire, bain de sang... la liste ne finit pas de s'allonger. Théo choisit de partir sur l'ile de Wight, dans un manoir austère, de style victorien. Elle aura recours à la bonne vieille méthode de compulser des livres dans une bibliothèque pour ses recherches avant le grand rendez-vous avec ses pairs. Car Théo a découvert qu'elle pouvait s'introduire en personne dans le jeu et franchir la frontière séparant l'irréel du réel... Incroyable !

Mêlant la quête épique, le tourbillon fantastique et le souffle d'aventure, ce roman brasse moults références et légendes pour alimenter son intrigue haute en couleurs. C'est entraînant, aidé de quelques pauses bénéfiques dans le coeur de l'action, mais le suspense est toujours entretenu à un train d'enfer. Le climat de terreur rampante par la menace des Barbarians est bougrement efficace, on s'accroche, on guette et on attend au tournant la suite de l'épopée...

Un deuxième volume va paraître courant Novembre 2008 (la série est en cinq tomes). Ce livre porte la signature de deux auteurs fort remarqués pour leurs romans policiers : Brigite Aubert et Gisèle Cavali.

Les Cavaliers des Lumières, Le règne de la barbarie * - Aubert & Cavali

Plon, mai 2008 - Coll. Jeunesse / Heroïc - 300 pages. 13€

A également été lu par Marie

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10/07/08

A cinq ans, on pleure pour un bonbon. A quinze ans, on pleure pour un garçon.

L'adolescence est le seul temps où l'on ait appris quelque chose.

Marcel Proust
Extrait de A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Depuis son entrée au lycée, Hatsu n'arrive pas à s'intégrer aux autres, à accepter d'appartenir à un moule. Même son ex-meilleure amie peine à la ramener vers son cercle de copains branchés et à l'aise dans leurs baskets. Hatsu s'isole, mange seule le midi et pratique de l'athlétisme en club. Un jour, son attention est attirée vers un garçon coupé du reste de la classe, Ninagawa. C'est un otaku. Il vit dans sa bulle de fascination, les yeux prêts à sortir de leur orbite à fixer des magazines de mode, histoire de sustenter sa passion énorme et dévorante pour le mannequin vedette Oli Chang. Hatsu lui annonce avoir croisé cette fille trois ans auparavant. Son coeur faisant un bond de dix mètres, le garçon invite Hatsu à venir chez lui pour lui donner des détails.

C'est étrange... L'histoire est livrée sous forme de journal intime et raconte la chronique d'une amitié faite de sentiments complexes et contradictoires. D'abord intriguée par le personnage, Hatsu va vite alterner des émotions d'agacement, d'attirance et d'atermoiement sans fin. Puis, n'en pouvant plus, elle lui donne un coup de pied dans le dos pour crever la bulle. Ninagawa est un type qui vit dans son rêve duquel il ne se réveille pas. C'est lent, passif et assez triste. On vit l'histoire à travers le regard de Hatsu, une adolescente qui est également mal dans sa peau, qui se cherche et va connaître les premières palpitations amoureuses, bien avant de pouvoir les nommer. C'est un récit qui se lit vite, qui possède du style. Cela traite avec sensibilité du passage de transition entre l'enfance et l'âge adulte, cet entre-deux qu'on appelle l'adolescence (ou l'âge ingrat) avec son lot de turpitudes existentielles.

Ce court roman (de 160 pages) peut également être lu par un jeune lectorat, dès 13 ans. L'auteur Wataya Risa n'avait d'ailleurs que dix-neuf ans au moment de recevoir le Prix Akutagawa 2003, le goncourt japonais. On retrouve cette innocence, cette fraîcheur et cette impression d'expérience personnelle dans ce livre.

"La solitude me sonne dans la tête. Un son de clochette, très aigu, à me casser les oreilles."

Appel du pied, Wataya Risa

Picquier poche, 2008 (pour la traduction française, 2005)

roman traduit du japonais par Patrick Honnoré.

Avait été conseillé par Cathulu

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Vincent a dix-sept ans, il est au lycée, récolte de bonnes notes mais il fait partie des Invisibles, avec ses copains Alex et Fred. Il a un gros souci avec son physique : blanc maigrichon épaules de serpent et encombrement d'une crevette. Acnéique pour couronner le tout. Des bubons infâmes plein la figure et le dos comme une cerise sur le gâteau. Il a coutume de raser les murs, de ne pas chercher à transparaître ; il se laisse couler. Puis un jour, le conseil d'un pote plus l'arrivée en fanfare de la tante Paulina, exubérante et éclatante de vie, vont changer son monde. Un traitement de choc pour son acné et une virée dans les boutiques le font entrer dans la cour des miracles : celle des fashion victims ! Avec son nouveau manteau, taillé sur mesure, Vincent se sent dans la peau d'un autre. L'habit fait définitivement le moine, selon lui. C'est comme une peau qui mue, un papillon qui sort de sa chrysalide. Vincent gagne en assurance, mais autour de lui ses maigres repères s'effondrent : les larmes de Paulina cachent une certaine détresse, et Fred va choisir la fugue à force de ne plus supporter son mal de vivre.

Fashion Victim pourrait être un roman léger, en apparence. Il croque le portrait d'un adolescent mal dans sa peau, qui va connaître le déclic grâce à un bout de tissu. En fait, on ne décrypte pas le phénomène de la superficialité, du matérialisme et du règne de l'apparence. Les soucis des personnages du roman sont profonds, peut-être cachés sous des couches ou sous une incapacité à se faire comprendre. Par ailleurs, le roman va même démontrer qu'il faut être libre des codes, s'afficher selon ce qu'on ressent et ne pas se soucier des autres ni des modes. C'est une histoire qui traite de la quête de soi, à travers des appels de détresse (changement de style, tentative de suicide, fugue). C'est effectivement moins futile que ne le prévoyait le titre, mais c'est une analyse (sur l'adolescence, le jugement de soi et des autres) fort intéressante à lire.

"Marre des étiquettes qu'on vous colle sur le dos et dans le dos. Etiquetage. Jugement. Condamnation. Pas le droit de changer de peau. De bouger de la place qui t'est assignée une fois pour toutes. Sous peine de se faire traiter de gonzesse, d'être traité de trahison de frivolité d'imbécillité !"

"Moi-même je ne sais qui je suis. Alors qui peut dire que je ne suis plus le même !"

Fashion Victim, d'Irène Cohen-Janca.

Editions du rouergue, 2006 - coll. doAdo. 150 pages.

Côté cinéma, il existe un film qui parle du même sujet : règne de l'apparence, importance des classes et des clans à séparer, quasi mission impossible de muter d'un rang à l'autre. On ne bouge pas de sa case, à moins de... perdre sa foi. Can't buy me love est un film qui date de 1987, une comédie américaine sans prétention, mais on y retrouve Patrick Dempsey archi-inconnu et débutant de première !

 

C'est l'histoire de Ronald, lycéen de 18 ans, intellectuel binoclard et coincé, qui rêve de devenir populaire et d'être adulé par les filles comme ses copains. Cindy, belle et sophistiquée, est son idole. Celle-ci, à la suite d'un incident, a besoin d'argent. Elle accepte à contre-coeur de faire semblant d'être sa fiancée et en profite pour le transformer : nouvelle coupe de cheveux, tenues branchées etc. Résultat : Ronald, libéré, devient soudain populaire et très demandé par les filles. Il ne s'aperçoit meme pas que Cindy est amoureuse de lui...

02/07/08

La forêt des maudits - Marcus Sedgwick

L'histoire se passe au début du XVIIe siècle, en Europe de l'Est. Peter et son père Tomas, tous deux bûcherons, traversent la forêt de Chust pour se rendre à l'enterrement de Radu, un autre bûcheron de leur connaissance. Son corps a été retrouvé pendu, le village a aussitôt conclu qu'il s'agissait d'un suicide. Tomas reste circonspect, pointant le doigt sur un détail troublant : le coeur de Radu a été arraché.

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Mais dans ce village perdu au coeur de la Transylvanie, il faut se taire et rentrer dans le rang. Peter et son père vivent dans une cabane, au fond des bois. Ils rendent service, coupent du bois et se tiennent à l'écart des soubresauts qui secouent les habitants de Chust. Car des morts violentes surviennent et entraînent des conséquences irréversibles. Un jeune type prénommé Stefan a été retrouvé assassiné. Selon une coutume ancestrale, le village doit organiser "les noces funèbres". Pour épargner la malédiction qui s'abat sur les morts célibataires, il faut le marier à une fille du village, devant son tombeau ouvert. Après la cérémonie, la fille passe quarante jours de deuil confinée dans un cabanon, à l'orée du bois, sans voir âme qui vive. La fille choisie est Agnès, celle que Peter chérit.

Il va tenter d'interférer dans le jugement des Anciens, à la tête desquels se trouve Anna, une vieille femme au physique repoussant. En comité d'accueil, Peter est vivement repoussé et invité à aller voir ailleurs. Depuis peu, son père et lui dérangent. Tomas est effectivement un ivrogne invétéré et la récente venue des tziganes, qui campent dans la clairière, ne profite pas à la réputation du bougre. On raconte sur lui des tonnes d'histoires, liées à son passé, selon lesquelles Tomas cacherait des trésors inestimables. La caisse sous le lit de son père en est la preuve, même Peter a interdiction de l'approcher !

Bref, en attendant, Agnès est conduite dans sa prison de fortune et est coupée du reste du monde. Peter veut s'assurer qu'elle est en bonne santé mais il découvre alors qu'il n'est pas le seul à lui rendre visite. A la nuit tombée, un individu, se faisant passer pour Peter, se glisse jusqu'à sa fenêtre et lui tend une main froide, en la cajolant d'une voix douce mais qui reste, dans le fond, terrifiante.

Je vous avoue que, sans jamais nommer la source du problème, on comprend bien vite de quoi parle ce roman ! Mais Marcus Sedgwick a eu l'intelligente idée de brasser les contes et vieilles légendes d'Europe de l'Est pour traiter son sujet. Les sources sont fiables, pour un rendu romanesque. L'ambiance est impeccable, sombre, gothique et captivante. Les pages de ce livre se tournent à vitesse folle (les chapitres sont courts, cependant). Peut-être le début est-il vaguement opaque et douteux, mais très vite le lecteur va mordre à l'hameçon et ne lâchera plus son livre ! La forêt des maudits est un roman qui se lit à tous les âges, si le sujet vous plaît, alors n'hésitez pas !

Milan, mars 2007 - coll. Grands Romans - 230 pages. 13€

traduit de l'anglais par Emmanuelle Pingault - titre vo : My swordhand is singing.

C'est Mélanie (Book in) qui, la première, a su me donner envie...

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30/06/08

Being - Kevin Brooks

"Je respirais, je mangeais, je buvais, je consommais. Je chiais. Je dormais. Je rêvais. Je souffrais. J'étais sensible aux drogues - alcool, anesthésiant. J'éprouvais des sentiments - bons, mauvais. Des désirs. Je ressentais la fatigue. Je pensais à des choses - bonnes, mauvaises, inutiles. Je n'avais pas envie de mourir. Je riais. Je souriais. Je fredonnais, je sifflais, je bâillais. Je fonctionnais comme un organisme. Mais je semblais être fait de matériaux non organiques... Cela n'avait vraiment aucun sens."

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Suite à une banale endoscopie, un adolescent de seize ans, Robert Smith, est tiré de son anesthésie et surprend une conversation des chirurgiens penchés sur son corps ouvert, tout de plastique et de métal... qu'est-ce que cela signifie ? Quand, au-delà de la douleur, l'ado bondit et surprend l'assistance, l'arme au poing, et parvient à s'extirper de ce cauchemar. Mais qui est-il ? Quelle part cachée sommeille en lui ?

Pas le temps de réfléchir, Robert s'enfuit et se réfugie dans une chambre d'hôtel. Dans la presse du lendemain matin, il apprend qu'il est recherché par la police pour avoir assassiné un médecin ! Ne sachant plus à qui se fier, ignorant encore qui sont ses poursuivants, Robert va taper à la porte d'une certaine Eddi Ray, une faussaire rencontrée par le biais d'une tierce personne, du temps où sa vie était "normale".

Robert a perdu tous ses repères, il hésite à confier son destin entre les mains de cette fille et pourtant il n'a pas le choix et va la suivre jusqu'en Espagne. De fil en aiguille, une attirance physique les pousse l'un vers l'autre. Cela n'éloigne pas la menace, toujours présente, qui bientôt se présentera à leur portillon.

Quelle pression ! Kevin Brooks, très inspiré par les thrillers vus au cinéma, signe là un roman stupéfiant, écrit à l'arraché, d'une plume froide, terriblement implacable. On étouffe littéralement, on suffoque à l'approche des hommes en costards qui poursuivent le jeune Robert Smith (aucun rapport avec The Cure !) ; cette écriture sans état d'âme et sans fioriture est une volonté d'aller de l'avant, toujours plus loin des limites fixées.

On se sent dans ce livre comme dans un univers filmé (on devine une ambition cachée ?). Bref, ce serait presque génial mais le climat trop rigide rend finalement la lecture accablante. Et puis je suis restée sur ma faim, tout ce qui concerne l'état de Robert Smith et son pourquoi restent dans le flou artistique. Robert a été abandonné à la naissance et a grandi dans des familles d'accueil ; le dernier couple, Bridget et Peter Young, n'existe d'ailleurs qu'à travers la citation. La suite du roman ne se base que sur cette sempiternelle question, qui nous taraude tous : qui est Robert Smith ?

Voilà donc un roman à haute portée psychologique, dramatique et dans la veine du véritable thriller, qui lorgne un tantinet sur la science-fiction... On dépasse les rebondissements (nombreux), les scènes qui font de l'adolescent un personnage cruel et menaçant, mais aussi un type dépassé par ce qu'il vient de découvrir, déboussolé et en quête d'un "moi". On obtient alors un roman qui offre une profonde réflexion existentielle sur l'identité, la mémoire, la solitude de ce garçon hors norme. 

La fin ouverte pourrait également inciter à penser qu'une suite est envisageable...

Editions du Rouergue, janvier 2008 - Coll. doAdo noir - 350 pages. 15€

traduit de l'anglais par Ariane Bataille

A été fort apprécié par Melanie (Book in)

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
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