23/07/09

Le chant du volcan ~ Christian Moire

Photographies de Stephan Zaubitzer

le_chant_du_volcanAurélie, étudiante française en archéologie, termine son séjour de quatre mois au Mexique où elle a travaillé sa thèse sur les anciens Purépechas. Ses valises sont bouclées, elle est prête à partir lorsqu'elle rencontre un type, très beau, au regard de braise, qui ne parle pas ou très peu, et qui l'invite sur son lieu de travail, à l'UNAM, la grande université de la ville. Hénoch est géologue, il a vingt-huit ans, il vit chez sa mère et il est prisonnier de son enfermement morbide. Des années auparavant, son père est mort dans un tremblement de terre, créé par le réveil du volcan. Depuis, Hénoch vit, respire, scrute, sent le volcan.
Le chant du volcan.
A la première alerte, il part. Il sauve sa peau. Il ne veut pas finir comme son père.
Hélas ce trauma rend le garçon inaccessible aux autres, Aurélie s'en rend compte et le plante à l'aéroport, lui tourne le dos, en colère après lui, cherchant à le secouer pour qu'il brise sa coquille. Le passé, c'est le passé.
Franchement, j'ai été déçue par ce roman issu de l'excellente collection photo-roman de chez thierry magnier. Ici je n'ai pas trouvé d'osmose entre l'histoire et les images, lesquelles représentent de la verdure et des gens qui font la sieste. Le contraste est énorme, entre la fraîcheur d'un côté et l'atmosphère sinistre de l'autre. Dans l'histoire, le rappel des photos donne aussi le sentiment d'un exercice donné. Je ne sais pas, cela manque de spontanéité.
Et puis j'ai eu du mal avec l'histoire entre Aurélie et Hénoch, leur aventure trop brève, compliquée, le spectre du père mort, le chant du volcan qui n'éveille aucune franche sensualité, non, cela tombe un peu à plat. C'est dommage, car les titres de cette collection sont dans l'ensemble d'une très bonne qualité. Une prochaine fois, donc.

Editions Thierry Magnier, coll. Photoroman, 2008 - 90 pages - 13€

L'avis d'Aurélie, aussi perplexe que moi

Présentation sur le blog de Stephan Zaubitzer

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18/07/09

Je suis l'arbre qui cache la forêt ~ Alice de Poncheville

je_suis_larbreEli, quinze ans, n'a pas une famille modèle : sa mère traîne une réputation de sorcière et n'hésite pas à voler de la nourriture pour ses enfants, les jumeaux, Martin et Patrick, qui ne parlent qu'en langage codé. Eli ne connaît pas son père et ne possède qu'une simple photographie de lui, qu'elle a chipée sur sa pierre tombale. Et tout ce joli monde occupe une maison à l'orée de la forêt, où une ambiance colorée et fantaisiste règne en permanence.

Eli se sent différente des autres, ce qui est loin de la déranger, elle a conscience de mener une vie qui n'est pas de son âge, qu'importe, son coeur bat pour son prof de maths et ses confidents restent les arbres de la forêt, son seul refuge. Alors d'où lui vient cette sensation que tout glisse, que tout fout le camp ? Cela commence par la garde partagée des jumeaux, avec leur père psychologue, cela s'enchaîne avec une maman qui se fait tabasser puis accuser d'empoisonnement, et enfin coup de théâtre lorsque la jeune adolescente apprend le secret de ses origines. La nouvelle lui vaut d'avoir le souffle coupé, mais aussi les jambes, car Eli va se retrouver brutalement paralysée.

Dit comme ça, cela donne un sentiment d'urgence et de catastrophe sous forme d'avalanche. Mais en fait, le roman est vraiment tout le contraire. Léger, pertinent, insolent mais pas crâneur, attentif, attachant et j'en passe. C'est un bon roman, un roman sensé et intéressant. Un roman qui suit le monologue d'une adolescente et qui me semble parfaitement en phase avec les émotions des jeunes de quinze ans. L'histoire est, de plus, servie par un ton poétique qui rend grâce au propos, certes, aigre-doux au fur et à mesure qu'on avance dans la lecture. Sans compter qu'il y a un positivisme à toutes épreuves, de quoi solliciter sourire et confiance chez le lecteur.
C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2004 - 214 pages - 10,50€

Photographie de couverture : Franck Juery   

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16/07/09

Orages d'été ~ Barbara Hall

orages_deteDans une ferme en Virginie, en plein été caniculaire, les fermiers ont du souci à se faire car la sécheresse perdure et les récoltes de tabac s'annoncent catastrophiques. La famille de Dutch, quatorze ans, est sévèrement touchée, mais la jeune adolescente passe plus de temps à scruter les siens, au cours de ces mois particulièrement chauds et orageux, où les secrets remontent peu à peu à la surface.
Durant cet été, Dutch voit arriver sa cousine Norma, quinze ans, très belle et sûre d'elle, qui ignore hélas que ses parents l'ont écartée du foyer pour régler leur divorce. Dutch a beaucoup de mal à accepter cette adolescente pleine de charme, qui fait tourner les têtes des garçons, et notamment celle de son frère, Flood, papa d'un petit garçon de neuf ans. Dutch n'a pas digéré le départ de Becky, six ans auparavant, et espère secrètement qu'elle rentrera au bercail pour reprendre sa place. C'est typique des Peyton de s'enfermer dans le passé et les souvenirs, pour protéger son monde, c'est néanmoins un frein et un handicap. 
Cet été s'annonce définitivement différent des autres, avec la menace des banquiers qui harcèlent son père, les relations amoureuses compliquées, des révélations trop explosives et des remises en question permanentes.
Mais c'est dommage qu'en dernière partie de roman, l'histoire semble prendre plusieurs directions et trouve des solutions trop faciles et trop rapides pour ranger chaque cas dans sa boîte. Légère frustration me concernant, j'ai cependant apprécié l'atmosphère étouffante qui rend le récit tendu et captivant à lire. 

Achevé d'imprimer sous un soleil de plomb pour le compte des éditions Thierry Magnier, 2008  /  222 pages -- 11€

Traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch

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07/07/09

Le temps des lézards est venu ~ Charlie Price

le_temps_des_lezardsLa mère de Ben est folle, frappée d'hallucinations, elle imagine des lézards partout et s'attend à une invasion imminente. Lycéen désoeuvré, Ben passe son temps à la surveiller, qu'elle évite le mélange des cachets et de la drogue, et tente de mettre la main sur son père qui s'est fait la malle, ou fait les cent pas dans le hall de l'hôpital en espérant un énième internement.

Un jour, il rencontre Marco Lasalle, un garçon dans la même situation que lui - sa mère est folle et internée. Ils vont se revoir chez Marco et celui-ci va alors lui raconter une histoire complètement dingue. En glissant le bras dans un trou de ver, en fait un portail temporel, il va se rendre en l'an 4000 et découvrir que cette société est désormais capable de guérir les maladies mentales.

Après une période de doutes, Ben est tenté de croire les élucubrations de Marco. Qu'importe si elles l'emportent dans une fuite en avant qui pourrait avoir raison de son propre self-control... Etrange roman que voilà ! Toutes les frontières sont abolies, brouillant les pistes qu'on imaginerait toutes tracées à l'avance.  Le début est franchement très bon, mais à partir du moment où l'épisode de l'an 4000 fait son apparition, l'histoire devient vraiment trop bizarre. Partagé entre la SF et la folie, le récit aurait tendance à nous déconcerter au fil des pages. Toutefois cela se lit très vite, toutes circonspections rangées dans la poche.
Un roman bizarrement très prenant.
Par l'auteur de Ce qu'ils savent.

Editions Thierry Magnier, coll. Romans Grands formats, 2009.
(achevé d'imprimer au présent) 240 pages - 16€

Traduit de l'anglais (USA) par Pierre Charras

Un roman à décrypter, selon Pages à pages

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Concours sur le site des éditions Thierry Magnier

1er prix
un exemplaire de
Le temps des lézards est venu et De l’autre côté de l’île
+ les deux prochains titres de la série
(à paraître entre septembre et octobre – envois à la rentrée)

du 2e au 10e prix
un exemplaire de
Le temps des lézards est venu et De l’autre côté de l’île

Click !  (pour remplir le formulaire et répondre aux questions)

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06/07/09

Artemis Fowl 6 / Le paradoxe du temps ~ Eoin Colfer

artemis_fowlPour sauver sa mère qui souffre d'une maladie magique, Artemis fait appel à Holly Short, son amie fée, pour l'aider à remonter le temps. Il doit en effet retrouver le lémurien de Madagascar, un animal en voie d'extinction, qui détient l'antidote, mais affronter son double âgé de dix ans qui, alors en possession de l'animal, va marchander le singe pour financer une expédition dans l'Arctique. Bienvenue dans le paradoxe du temps ! D'apparence sans queue ni tête, ce voyage dans le temps va offrir un face à face particulièrement excitant entre l'Artemis plus jeune, soit un gamin rusé et filou, et l'Artemis de maintenant, aguerri des missions crapuleuses. Cela permet aussi de constater la grande évolution dans la série. Que de chemin parcouru... (j'y reviendrai)

Dans ce sixième volume de la série, Artemis et Holly tentent donc de réécrire l'histoire passée pour sauver Angeline Fowl - petite pensée pour Hermione et Harry Potter qui ont utilisé un Retourneur de temps dans le Prisonnier d'Azkaban. Bien évidemment l'expédition va frôler le pire et connaître bien des mésaventures, notamment à cause du jeune Artemis de dix ans et du retour inopiné d'Opale Koboï (cf. le tome 4 pour faire sa connaissance).

Artemis Fowl est une série que je lis depuis plus de cinq ans maintenant, ce sont de bons romans d'aventures, dans la lignée de James Bond (cité en clin d'oeil, à ce propos). On y trouve beaucoup de technologie et de gadgets, mais aussi du fantastique (des fées lutines, un nain cleptomane ou même un centaure) qui se fond dans le décor à merveille. Ce sixième volume, à l'instar des précédents, est riche en action, en humour, en rebondissements, propose un voyage dans le temps et même une relation entre Artemis et Holly qui pourrait dépasser le simple cadre amical. Huuu. La série a bien grandi et chaque épisode reste un rendez-vous incontournable. Hélas je me sens un peu nostalgique des premiers tomes. Je ne suis pas allergique aux changements - Artemis est un personnage qui évolue vers le bien, alors qu'il était connu pour incarner la canaille - mais j'ai surtout peur de voir l'auteur s'élancer dans une série à rallonge et épuiser le filon jusqu'à définitivement dégoûter le lecteur. Parce que, mine de rien, ce tome 6 n'est pas le meilleur de la série non plus... malgré cela, il est très agréable à lire.

Gallimard jeunesse, Coll. Hors série Littérature, 2009 - 430 pages - 18€

traduit de l'anglais par Jean Esch

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Oyez, Oyez, amis lecteurs, c'est l'heure du jeu qui permettra à 5 d'entre vous de gagner un roman Artemis Fowl !

Il vous suffit de répondre à 3 questions :

  1. Comment a eu lieu la première rencontre entre Artemis Fowl et Holly Short ?

  2. De quelle nationalité est l'auteur Eoin Colfer ?

  3. Quel est le titre du cinquième tome ?

(merci de donner vos réponses par email : clarabel76@yahoo.fr )

Un tirage au sort départagera les 5 gagnants. Bonne chance à tous !

edit du 9 juillet :  le tirage au sort a été effectué et les gagnants ont été avisés par email. Merci à tous les participants.
Les réponses aux questions étaient : 1) kidnapping  2) irlandaise  3) Colonie perdue.

A une prochaine fois ! 

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26/06/09

Adieu Berlin ~ Waldtraut Lewin

adieu_berlinBerlin, 1940. Rita et sa belle-mère Sidonie n'ont plus que quelques jours tranquilles à partager. Le père, banquier en Suisse, vient d'annuler son mariage et condamne la jeune femme à la déportation, du fait de son identité juive. Rita refuse de faire le voyage jusqu'en Suisse pour le rejoindre, elle choisit de fuir avec Sidonie et gagner Marrakech, le dernier point d'ancrage de sa famille. Hélas, Sidonie est arrêtée en pleine nuit et Rita, livrée à son triste sort, s'obstine à s'éloigner de son père, qu'elle déteste. A force de rencontres houleuses, de tractations douteuses et de magouilles peu louables, sauf pour assurer sa sécurité, Rita Moebius traverse la frontière et arrive en France, à la veille d'une invasion armée imminente. A Strasbourg, Rita fait la connaissance de Gabriel Talbaut, un ressortissant allemand recherché par la police, également ancien légionnaire, qui vit de petites combines et ne pense qu'à sa pomme. Leur rencontre n'est pas sans étincelles, la jeune fille est affaiblie mais déterminée, l'homme est sous le charme, derrière une attitude renfrognée et hautaine.

J'ai tout aimé dans ce roman ! Depuis l'appartement cossu à Berlin, où deux femmes tremblent d'effroi face à l'arrestation prochaine, elles prévoient de s'échapper et de s'en aller toujours plus à l'ouest, harcelées par un homme qui prétend aimer sa fille, au risque de lui faire perdre les personnes qui lui sont le plus chères, puis sur les routes de France, en pleine débâcle, sous la menace des avions mitrailleurs, sans cesse à négocier pour sa survie, en butte avec l'humanité dans toute sa splendeur - lâche, cupide, effrayée, opportuniste. Cette épopée tragique d'une juive allemande qui recherche l'amour, le rencontre et s'imagine le perdre (pour résumer sommairement) est une lecture tout simplement passionnante ! Le contexte historique est bien brossé, le lecteur est vite emporté dans le tourbillon des événements, pas le temps de souffler, et l'histoire est vécue d'après les deux narrateurs que sont Rita et Gabriel. Ce n'est pas un énième roman sur la guerre, c'est avant tout un roman captivant qui se lit comme une saga avec moult rebondissements. Les personnages sont attachants, on les aime d'office et c'est très dur, au bout de 350 pages, de les quitter.
Ce roman se dévore !

Bayard jeunesse, coll. Millezime, 2009 - 350 pages - 11,90€

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20/06/09

On s'est juste embrassés ~ Isabelle Pandazopoulos

on_sest_juste_embrasses"Je m'appelle Aïcha Boudjellal. Mais c'est seulement mon nom qui est arabe. Moi, je ne le suis pas." Adolescente de quinze ans, Aïcha partage un petit appartement avec sa mère, qui l'élève seule depuis le départ du père sept ans auparavant. Elle fréquente également le collège du quartier où toute la cité voisine est inscrite, de même elle a pour meilleure amie Sabrina, contre l'avis de sa mère qui ne souhaite pas que sa fille se mélange avec les habitants de cette cité. Mais chez Sabrina, Aïcha apprécie l'ambiance familiale, vive, bruyante, animée. Elle est aussi secrètement amoureuse du grand frère, un type sûr de lui, machiste et autoritaire, quand le scandale lui éclate en pleine figure. Son amie Sabrina l'insulte au collège, devant tout le monde, alors que la question d'honneur et de réputation est primordiale dans le quartier. Elle est accusée d'avoir couché avec Walid ! Aïcha se défend du contraire, "on s'est juste embrassés", mais la machine infernale est en marche.

Le roman raconte plus généralement la crise d'identité de l'adolescente, en mal de repères, qui a longtemps souffert des silences de sa mère, fâchée avec sa famille, séparée du père. Tant de questions n'ont jamais trouvé leurs réponses, et Aïcha s'est nourrie de ces non-dits, à tel point qu'elle est aujourd'hui désarçonnée par l'attaque surprise de sa meilleure amie, qui signifie autre chose, on l'apprendra plus tard. En attendant le cataclysme est énorme, cela déclenche une révolte entière, un ras-le-bol général. Et Aïcha va aller de mal en pis. Sa haine au corps est déconcertante, à plus d'un titre, toutefois le roman y a puisé sa force. Profond, subtil, qu'on ne peut plus lâcher et qui reste dans le coeur. Voilà pour le roman. L'histoire d'Aïcha est, quant à elle, touchante et agaçante, je ne cache pas mes soupirs au fil des pages, parce que j'avais du mal à la suivre, à la comprendre, enfin... à expliquer ses sursauts d'orgueil, ses mensonges. La pilule peut être amère, elle reste cependant douce à avaler grâce à la plume d'Isabelle Pandazopoulos, pour moi, une formidable révélation. Un uppercut qui vous met k-o. Pour un livre authentique, pudique et positif, qui plaira aux filles et aux garçons, adultes compris !

Gallimard, coll. Scripto, 2009 - 155 pages - 8,00€

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17/06/09

Villa des Oliviers ~ Anne Vantal

villa_des_oliviersCet été-là, Manon, quinze ans, n'a pas le goût de le passer comme les autres années, à la Villa des Oliviers, la résidence de ses grands-parents, chez lesquels toute la famille aime se réunir durant trois semaines, en juillet. L'envie n'y est plus. Ce n'est pas seulement la soudaine défection de son amie Célia, à la dernière minute, de n'avoir pu se joindre à la troupe. C'est plus globalement un état d'esprit.

Manon a quinze ans, elle se sent trop vieille pour frayer avec ses cousines de douze ans et trop jeune pour être prise au sérieux par les adultes, eux-mêmes bien empêtrés dans leur histoire de couple ou de travail. Alors Manon boude, elle participe aux activités familiales sans réelle motivation. Son cousin Vincent, encore un bébé, parvient à lui tirer des sourires. Et puis Nicolas, le fils du jardinier, n'est pas mal dans son genre. Le coeur de Manon palpite plus fort dès qu'elle le voit. C'est sûr, cet été de ses quinze ans ne sera pas comme les autres !

L'histoire est racontée des années après la date des événements, produisant des effets de style pour alimenter l'intrigue et capturer l'intérêt. La narratrice prévient, la narratrice ménage la surprise, la narratrice est chef d'orchestre. Plutôt habile. Sur 140 pages, l'histoire roule sa bosse sur un ton doux-amer qui n'est pas pour déplaire. Cela raconte une chronique familiale, le temps d'un été, avec au centre les turpitudes d'une adolescente en crise, au corps devenu trop grand et trop maigre. La jeune fille se cherche, elle guette une image encore trop floue, et son tempérament illustre ce flottement entre l'enfance et l'âge adulte. Qu'est-ce que c'est agaçant, lorsqu'on a passé l'âge !

C'est toutefois finement esquissé, et cela nous montre combien l'adolescence est une période vécue en dents de scie, où toutes les émotions sont exacerbées et amplifiées. Manon en est le parfait exemple : elle se sent trahie, seule au monde, incomprise, abandonnée. Pour compenser, elle passera son temps à observer les siens et découvrira, bien tardivement, que le monde des adultes n'est pas toujours rose non plus. C'est donc un roman qui évoque la difficulté de quitter l'enfance, en douceur, en tâtonnant, en souffrant aussi. Et la complexité de grandir, évidemment.
J'ai bien aimé !

Seuil, coll. Karactère(s), 2009 - 144 pages - 8,50€

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03/06/09

Le chagrin du roi mort ~ Jean-Claude Mourlevat

Il n'y a pas de romans pour la jeunesse, juste de la littérature pour tous.

chagrin_du_roi_mort

Le roman de Jean-Claude Mourlevat est une belle claque, une leçon de maître. On y pénètre comme dans un conte, c'est l'histoire de deux frères élevés comme des jumeaux, l'un d'eux va être enlevé. Nous sommes à Petite Terre, une île où on y trouve que des livres et de la neige. Pas besoin de chercher sur une carte, ni de situer dans le temps, c'est une histoire qui pourrait se passer ici ou ailleurs, une histoire qui n'a pas d'âge. Elle te touche, là, maintenant, et c'est le principal.

Je conseille à tous ceux qui auront l'occasion de lire ce roman de ne pas aller à la pêche aux informations, de faire confiance à l'auteur exceptionnel qu'est Jean-Claude Mourlevat (rappellez-vous, Le combat d'hiver, c'était lui aussi !!!) et de pénétrer dans ce livre en acceptant de suivre le guide.

Les 200 premières pages se lisent d'une traite, elles vous transportent à Petite Terre où le roi vient de mourir. Suivra alors une folle chevauchée où il sera question de séparation, de fraternité, d'amitié et de conquête. Les personnages sont attachants et semblent tout droit sortis de royaumes imaginaires et enchanteurs - un nain maniaque qui part à l'aventure avec son violon à l'épaule, une vieille sorcière qui mange les têtes de rat ou une femme aux yeux de louve qui vit pour l'amour exclusif d'un homme.

Je pense d'ailleurs que toute la première partie est la plus belle, la plus envoûtante. La deuxième aussi est captivante, elle reprend les thèmes chers à l'auteur, que sont la guerre, la dramaturgie, l'absolutisme, le sacrifice, la rédemption. Je vous défie de sortir de ce roman en ne ressentant pas ce petit serrement au creux du ventre, cette frustration de ne plus en être et de quitter cette terre peuplée de personnalités inoubliables.

C'est un grand, un vrai roman. Une merveille.

Gallimard jeunesse, 2009 - 405 pages - 16€

*****

Extrait

Mme Holm avait une habitude bien innocente : certains soirs, elle se laissait enfermer dans la bibliothèque royale de Petite Terre. Comme elle était l'âme de ce lieu, en tout cas l'employée la plus ancienne et la plus irréprochable, on lui avait accordé ce privilège. Peu de personnes le savaient.
Le gardien en chef, qui était le dernier à s'en aller, fermait une à une toutes les portes d'accès et laissait derrière lui la petite dame toute seule dans l'immense bâtiment.
Elle pouvait alors circuler à sa guise et profiter des livres qu'elle aimait. Elle se rendait dans une salle qu'on appelait « l'infirmerie » et dont elle possédait la clé. Il s'agissait d'un local dans lequel on entreposait les livres en attente d'être restaurés. Sa préférence allait aux enluminures. Elle pouvait rester penchée longtemps sur une seule page, à admirer les couleurs éclatantes et la minutie des dessins. Ou bien elle s'asseyait et lisait une saga, dans le silence absolu, sauf le bruissement des pages, et il lui semblait que l'auteur s'adressait à elle, en confidence, par-delà les siècles.
Y avait-il quelque part dans le monde un endroit où se trouvaient rassemblés plus de précieux volumes qu'ici ? Elle en doutait. Être seule au milieu de ces trésors l'emplissait de bonheur et de fierté.

MM15

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02/06/09

Les Sang d'Argent ~ Melissa de la Cruz

après les Vampires de Manhattan, et les Sang-Bleu ...

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Cette série est un plaisir coupable, dont voici le troisième tome (très attendu) dans lequel longtemps j'ai ressenti un semblant de statu-quo avant la traditionnelle avalanche de révélations dans les toutes dernières pages du livre. C'est en effet assez long, il ne se passe pas grand-chose, du moins rien de neuf, à part le retour de Dylan, et encore c'est succinct, plus la liaison entre Theodora et Jack, mais pas de quoi renverser les foules. Et pour ma part, je préfère de très loin le personnage d'Oliver... Mimi Force se révèle toujours aussi garce et agaçante, elle a déjà digéré son procès en Italie et concentre ses efforts pour célébrer officiellement la cérémonie du lien avec son âme soeur. Bliss devient un personnage intéressant, sa récente découverte d'une photographie de sa véritable mère pourrait bien chambouler le damier des vieilles dynasties établies. Sur ce plan, hélas, la révélation se fera encore attendre... Dans les toutes dernières pages, l'action prend un brusque tournant. Le conclave au complet s'est déplacé de Manhattan pour Rio, ce qui déplaît fortement au grand-père de Theodora, récemment élu nouveau Rex (au détriment de Charles Force), car il pressent un drame imminent. Inutile de cacher que c'est tout à fait justifié ! 
Ce qui ne cesse de me surprendre dans cette série, c'est que rien ne semble déjà décidé à l'avance, que toute l'intrigue peut être retournée à chaque instant et qu'il serait bien présomptueux d'affirmer quelle sera l'issue (du combat ou des choix amoureux), surtout après la fin de ce tome 3. Et je ne m'en lasse pas, je suis d'ailleurs impatiente de lire le prochain tome (à paraître à l'automne pour les USA), mais en même temps je découvre que l'auteur n'a pas encore fixé le nombre de tomes pour sa série !!! Trop de plaisir à l'écrire, trop d'idées pour la grossir... ça promet.

Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 295 pages - 13,50€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec

etreinte_schiele

parce que cette Etreinte d'Egon Schiele se glisse dans l'histoire.... bah oui !

(et pourtant je trouve que le série manque cruellement de sensualité !!!!)

MESSAGE PERSO :::  bon anniversaire à toi, ma frangine... et tu vois, ce livre t'attend ! vi, toi !  :-D

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