01/03/19

Pêle-mêle Pastel : Milo à la neige - Pablo - C'est qui chat ? - Carré

MILO À LA NEIGE

Au cours de la nuit, il a neigé à gros flocons. C'est l'occasion pour Milo et Boris de courir s'amuser : d'abord sur la luge, mais gare à la chute, puis en se lançant des boules sur la tête. Chemin faisant, les deux amis vont s'égarer dans la forêt. Et lorsque la nuit tombe, le moindre petit bruit devient soudainement terrifiant ! Chut... deux silhouettes s'approchent. Mais le froid les gagne et les premiers atchoum résonnent dans le silence.

Charmant et attendrissant, cet album raconte les folles épopées de deux copains par une journée d'hiver tout à fait ordinaire. De nombreuses possibilités s'offrent ainsi à eux pour exploiter les richesses de la saison glaciale et enneigée... sauf que rien ne vaut un bon vieux bonhomme de neige, avec sa carotte en guise de nez ! Superbe ambiance, délicate et frissonnante, avec une belle complicité autour d'un duo qui s'entraîne aisément dans de bonnes parties de rigolade. Une lecture rafraîchissante !

Milo à la neige, d'Anne Pym & Francesco Pittau

Pastel de l'école des loisirs, 2019

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Pablo

Coucou, voici Pablo ! Enfin, il est encore dans son œuf mais le temps est venu de briser sa coquille. D'abord craintif, il procède tout doucement : un petit trou par ci, par là. Pablo apprend ainsi à découvrir le monde à travers les cinq sens. Et finalement, il se sent assez en confiance pour débouler dans la vraie vie. Conquérant mais prévenant : mieux vaut se garder un bout de coquille pour les mauvais jours (de pluie) !

Cet apprentissage du monde explore plusieurs pistes : découverte des formes, des sons, des sens, des émotions aussi. Pablo avance progressivement mais gagne ainsi en assurance. Chaque petit lecteur pourra se reconnaître dans notre jeune ami, prendre exemple et s'appuyer sur ses conseils. C'est adorable et assez drôle aussi. La fin apporte une touche lumineuse à cet ensemble essentiellement basé sur du noir & blanc : un graphisme sobre et élégant, un texte qui s'amuse à distiller un peu de suspense. Un album très convaincant. 

Pablo, de Rascal

Pastel de l'école des loisirs, 2019

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C'est qui chat

Quel amour d'album ! Dans cette histoire, un chat et un bébé se rencontrent et s'apprivoisent avec un peu de méfiance mais non sans intérêt. La couverture en est la parfaite illustration ! Cela va de cache-cache en câlins, de chatouille en sauve-qui-peu. Bref, ces deux-là n'ont pas fini de se tourner autour pour mieux s'apprécier.

Et quelle lecture efficace et attendrissante ! Michel van Zeveren va à l'essentiel : sobriété, tendresse, humour. La séduction opère instantanément. On adore cette formidable connivence qui s'installe entre un enfant et un animal. 

C'est qui chat ? de Michel Van Zeveren

pastel de l'école des loisirs, 2019

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Carré

Chaque jour, Carré descend dans sa grotte, prend une pierre et la pousse jusqu’au sommet de la montagne. C’est son travail. Jusqu'au jour où il découvre qu'il serait un sculpteur ! C'est Cercle qui vient de crier au génie en s'extasiant sur son tas de pierres. Ce faisant, Cercle réclame une statue à son effigie. Carré y passe donc toute la nuit avant de déclarer forfait. Il doit rétablir la vérité. Mais au petit matin, Cercle arrive et découvre sa création.

La pirouette finale ne manquera de susciter quelques sourires cocasses aux lecteurs ! Cet album montre également les mystères de la création artistique, ses libres interprétations et son inspiration qui peut survenir sans crier gare, au hasard d'une longue nuit harassante, par temps de pluie ou sous l'effet du désespoir. En tout cas, on exploite avec plaisir le fond et la forme, en tournant les pages d'un esthétisme a priori austère et néanmoins fascinant.

Carré, de Mac Barnett & Jon Klassen

Pastel de l'école des loisirs (2019) Traduit de l'anglais par Alain Gnaedig

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28/02/19

Bilan du mois de Février 2019 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

winter hygge

Parmi mes lectures du mois, voici donc mes préférences :

La nouvelle vie de Kate Reddy, par Allison Pearson

L'amour ne vit qu'obscurément, Brianna Wolfson

Le Dragon au Cœur de chocolat, de Stephanie Burgis

Les secrets de Temple College, de Cathryn Constable

L’aventure de Castle Rock, de Natasha Farrant

Dix jours avant la fin du monde, de Manon Fargetton

La déferlante & La colère des abysses (La Déferlante 2), de Michael Buckley

 

♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪ Séries TV du mois ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

The Last Kingdom : série britannique de Stephen Butchard baséé sur The Saxon Stories de Bernard Cornwell 
avec Alexander Dreymon (Uhtred de Bebbanburg), David Dawson (Roi Alfred). Diffusion depuis 2015

The last kingdom

Une saga flamboyante sur l'Angleterre médiévale avec l'accession du Roi Alfred sur le trône, aidée par son bras droit armé Uhtred de Bebbanburg. Celui-ci a été arraché enfant à sa famille par des vikings, mais cette double culture a forgé son caractère et sa maîtrise de guerroyer. Au fil de sa carrière, Uhtred a régulièrement été manipulé par Alfred pour servir ses intérêts. Notre homme n'est pas un mauvais bougre et se plie souvent à sa loyauté inébranlable. C'est du je-t'aime-moi-non-plus entre eux. Outre cet aspect romanesque et historique passionnant, le parcours de Uthred fait battre le cœur. Cette série - en 3 saisons - se regarde avec frénésie : il y a du rythme, du sang, de l'amour, des guerriers, des clans, du feu et des larmes. C'est captivant. M'en vais découvrir la série VIKINGS en attendant la saison 4 de TLK.

 

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Victoria : série britannique créée par Daisy Goodwin. Diffusion depuis 2016

VICTORIA jenna coleman

Ô merveilleuse série retraçant les jeunes années de la Reine Victoria, héritière dès 18 ans, considérée trop jeune et influençable, elle va rapidement se heurter aux rivalités du pouvoir et de la politique, imposer son style et sa fermeté, mais aussi sa fraîcheur pour incarner une icône appréciée de son peuple. Sa rencontre avec Albert aussi va apporter du piment à son histoire qui décrit leurs rapports passionnels et profondément entichés. Jenna Coleman est magnifique (elle forme un vrai couple à la ville avec son partenaire) nul doute que leur alchimie transperce leurs rôles. Leur amour est un bonheur à voir ! * étoiles dans les yeux *

On redécouvre ainsi la très emblématique Reine Victoria dans un portrait touchant et attachant (sa peur de la grossesse, son blues post-partum, ses conflits avec sa mère) en brossant aussi l'évolution d'une époque à l'ère de l'industrialisation etc. Suis complètement sous le charme & en attente de la suite. 

Victoria Albert

 

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Umbrella Academy série américaine développée par Steve Blackman pour Netflix. Adaptée de la série de comics de Gerard Way et Gabriel Bá (Dark Horse Comics).

Umbrella Academy

Je ne connaissais pas du tout les comics. Ai douté au moment de la promotion. Puis ai pris le pari de tenter, et là BOUM. Grosse surprise. Cette série est complètement farfelue mais a su me tenir en haleine du début à la fin. J'ai beaucoup aimé.

C'est donc l'histoire d'un millionnaire ayant employé sa fortune à adopter des bébés dotés de pouvoirs exceptionnels pour former une brigade de petits singes savants. En grandissant, tous ont mis les voiles et coupé tout lien. Toutefois, à l'annonce du suicide de leur père, ses enfants accourent à son chevet et s'interrogent sur cette mort suspecte. Au-delà de leur mission à décrypter le pourquoi, le comment, mais surtout à sauver le monde de l'apocalypse annoncée sous peu, cette Umbrella Academy révèle la part sombre et torturée d'une famille dysfonctionnelle. Et ça, j'aime énormément. Ce n'est pas seulement une série sur des super-héros (...) mais une série déjantée sur les liens qui unissent une fratrie. En gros, c'est totalement décalé. L'histoire est tantôt fantastique, tantôt loufoque. Elle est servie par un très bon casting, de belles séquences qui font glousser ou papillonner des cils, et aussi une super musique. En bref, une production 100% exaltée.

 

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Les secrets de Temple College, de Cathryn Constable

Les secrets de Temple CollegeAprès une année difficile, marquée par la maladie de sa meilleure amie, Livy Burgess accepte de s'inscrire dans une nouvelle école, le Temple College, où son père vient de décrocher le poste de bibliothécaire. La famille s'installe rapidement dans leur logement de fonction. Livy trouve refuge dans la chambre sous les combles, d'où elle peut se faufiler discrètement et ainsi gambader sur les toits. Depuis quelques temps, la jeune fille se sent attirée par les statues de sentinelles qui encadrent la cour. Livy s'imagine même pouvoir converser avec l'une d'elles. Réalité ou hallucination ? Une nuit, elle croise un garçon qui lui fait comprendre qu'elle n'est pas à sa place et qu'elle doit s'en aller. 

Prenez place à bord d'une histoire envoûtante, portée par une héroïne à mi-chemin entre Lyra Belacqua et Harry Potter. Livy est une élève réservée, chahutée par ses camarades, préférant se replier sur elle-même, loin du réel. Logique qu'elle trouve autant de réconfort dans ses rêves ou ses échappées nocturnes. Pourtant, le danger est réel : la directrice de l'école cache son jeu, le vieil homme dans le parc insiste pour lui donner des livres, vu que la bibliothèque est sens dessus dessous, interdite d'accès.

Un mystère plane entre les murs du Temple College, probablement dans le patrimoine génétique de Livy, qui vient d'apprendre que son aïeul en était le créateur. Dès lors, l'histoire nous entraîne dans une aventure passionnante, encore un coup de génie de Cathryn Constable (il faut lire Sophie et la Princesse des loups, un véritable enchantement). J'ai retrouvé dans cette fable la même atmosphère extraordinaire et merveilleuse qu'on prend plaisir à parcourir. Suis définitivement conquise !

Gallimard jeunesse (2018) - traduit par Alice Marchand

titre VO : The White Tower

Couverture illustrée par Helen Crawford-White

 

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En poche ! Un amour imprévu, de Teri Wilson

Attention ! Ce roman compile deux titres préalablement parus en 2015 et publiés respectivement sous les titres de : Darcy, what else ? et Just Juliette.

Un amour imprévu teri wilson

Dans « Monsieur Darcy », Elizabeth a tiré un trait sur les hommes et le mariage. Seule Bliss, sa chienne adorée, est digne de son amour. D’ailleurs, c’est elle qu’elle a choisi d’emmener à Londres pour commencer sa nouvelle vie de nounou de chiens de concours. Mais, sur place, rien ne se passe comme prévu lorsqu’elle croise l’arrogant, désagréable et odieusement sexy Donovan Darcy. 

Quelle déception. Cette réécriture trop romancée d'Orgueil et préjugés manque de subtilité, de finesse, de charme et de crédibilité. Car il y a d'emblée un couac entre l'attitude guindée des personnages (ou le prétendu rôle qu'on cherche à leur donner) et leur penchant sexuel qui submerge leurs émotions. Oui, on en est là ! L'adaptation est alors bancale et passablement risible. De plus, toutes les scènes se passant autour du concours canin sont à côté de la plaque. Le trait est forcé, le héros est tout sauf sexy. Même Elizabeth est décevante - soupe au lait et envieuse. On a connu mieux !

Cette lecture a manqué de saveur et d'humour, les personnages n'ont aucune charisme, bref rien pour sauver cette intrigue qui s'accroche désespérément aux grandes lignes du classique de Jane Austen sans en saisir l'essence même !

Au contraire, « Mademoiselle Juliette » se révèle une bluette charmante et délicieuse, qui ravit autant les papilles que les zygomatiques. La lecture est aussi goûteuse et sucrée qu'une tasse de chocolat qu'on avalerait sans se soucier des kilos superflus. Du plaisir coupable sur toute la ligne.

La vie de Juliette est dictée par deux commandements : vénérer le chocolat et mépriser la famille Mezzanote. Pour le premier, aucun souci : le chocolat est sa passion. Pour le second, ça se complique. Car si son père honnit ces « parvenus » de Mezzanote, elle-même n’a rien à leur reprocher. D’ailleurs, ces histoires commencent à l’ennuyer. Et si, pour une fois, elle mettait ses contraintes familiales de côté ?  Elle décide alors de se rendre à un bal masqué pour faire la fête en tout anonymat et bousculer les conventions. 

L'histoire est simple, mais adorable. Sans surprise, sans la moindre aspérité. Juste quelques soubresauts en cours de route, qui ne feront pas dévier la piste non plus. On a là du romantisme pur et simple pour une jolie histoire d'amour incluant des personnages attachants. Un rappel à Shakespeare, mais de très loin. Tout est onctueux, ça colle aux doigts mais on s'y noie en buvant sa honte. Autant vous dire que c'est délectable ! Je recommande.

PS : Je n'aime pas cette couverture ! :(

Harlequin (2019) - format poche : 8.90€

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L'amour ne vit qu'obscurément, Brianna Wolfson

L'amour ne vit qu'obscurément

Willow et son frère Asher naviguent entre deux maisons, deux trains de vie diamétralement opposés. Chez leur père, les listes de corvées sont placardées sur les murs. Il est interdit de sauter sur les canapés. Impossible d'obtenir un câlin les soirs d'orage. Alors que chez leur mère, place à la fantaisie, aux éclats de rire et aux nuits blanches. On avale des pizzas et des bonbons devant la télévision. On regarde en boucle le film préféré de maman et on oublie le réveil du matin pour se rendre à l'école. Depuis toujours, un lien fort unit la mère et la fille. Et Willow voue à Rosie une admiration sans borne. Toujours débordante de peps, de joie et d'amour. Rex aussi était tombé sous le charme de cette tornade de vie et de couleurs, avant d'abdiquer face au mal qui la ronge insidieusement.

L'histoire va ainsi révéler les hauts et les bas d'une histoire attachante et désarmante de tendresse. En alternant les ressentis de Willow et la relation tumultueuse des parents, racontée en flashback, elle nous fait partager des moments d'émotion d'une rare intensité. Car la maman de Willow sombre peu à peu dans son coin. Sentant la menace grandir, la fillette s'isole et prend peur. Elle tient aussi à distance son père, méthodique et rigoureux en apparence, mais profondément soucieux du bien-être de ses enfants, sauf que la petite fille est trop ébranlée dans ses certitudes pour l'admettre.

Ohlala. J'ai été agréablement surprise par ce roman. Totalement prise au dépourvu par son histoire bouleversante et néanmoins très douce, très poétique. Au-delà du chagrin, des larmes et de la détresse, on a surtout l'amour inconditionnel du papa qui perce entre les lignes et nous touche en  plein cœur. C'est maladroit - Rex est un homme bourru et affreusement guindé - et pourtant tout sonne viscéralement sincère. Moi qui m'attendais à une chronique légère et farfelue, j'ai finalement découvert une histoire profonde sur l'amour fusionnel et dévastateur. Sur les émotions contradictoires, sur le besoin d'attention, les S.O.S muets et le sentiment de trahison. Tout ça, tout ça, et plus encore. Quelle belle rencontre, en somme. J'ai beaucoup, beaucoup aimé.

HarperCollins, 2018 - traduit par Thibaud Eliroff

Titre VO : Rosie Colored Glasses

Parution en POCHE en AVRIL 2019

l'amour ne vit qu'obscurément poche

 

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26/02/19

Avec toutes mes sympathies, d'Olivia de Lamberterie

Avec toutes mes sympathies« J'écris pour chérir mon frère mort. J'écris pour imprimer sur une page blanche son sourire lumineux et son dernier cri. Pour dire ce crime dont il est à la fois la victime et le coupable. »

Comment dire l'indicible ? la douleur, le manque, l'absence ? Comment raconter ce frère si beau, si drôle, si intelligent, et pourtant si fragile et si incompris ? En octobre 2015, Alexandre tire sa révérence, laissant sa famille et ses amis dans un désarroi sans fin. La journaliste et chroniqueuse littéraire est anéantie par le chagrin et la colère. Elle retrace le cadre, dresse le portrait, cherche les mots pour accepter l'inacceptable. L'amoureuse des livres est pourtant à court d'inspiration, ne trouve plus l'énergie, ni le goût dans les histoires. Puis comprend qu'elle doit fouiller dans ses entrailles pour en extirper toutes ses émotions. Se raconter et raconter son frère. Leur histoire de famille, leur complicité, leurs confidences même muettes. En se livrant à cet exercice, ODL se révèle plus bouleversante que jamais. Attachante, sincère, pudique et élégante. Cette papesse de la critique tombe le masque, met son âme à nu et se moque de l'opinion d'autrui. Bien sûr, rien n'est léger dans ce qu'elle livre. Tout ce qui est lu, écrit, vu ou écouté est infiniment sophistiqué. Elle expose la vie de son frère avec justesse, entre sa folie douce, son génie et ses zones d'ombre. Elle impose une déférence et une empathie à son récit. Elle nous touche et nous aspire dans son univers. C'est très triste - j'avais la boule au ventre mais pas les larmes aux yeux - car ça résonne en nous comme une déclaration forte à aimer la vie et à la vivre comme on peut. Un bel hommage, brillamment écrit et lu par l'auteure elle-même. Je n'aurais pu imaginer une autre voix pour nous emporter dans cette histoire...

« Tu ne nous as pas abandonnés. Tu t'es arrangé pour laisser une empreinte si forte dans nos existences qu'elle nous a empêchés de sombrer et qu'elle a fini par nous transcender. Ton existence est indélébile. Tu n'as pas fini de respirer en nous. Ta mort nous a rendus vivants. » 

©2018 Éditions Stock (P)2019 Audiolib

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25/02/19

En poche ! La femme à la fenêtre, de A.J. Finn

LA FEMME À LA FENÊTREAnna Frost vit recluse chez elle et passe ses journées à boire du merlot en épiant la vie de ses voisins. Séparée de son mari et de sa fille, elle reçoit régulièrement de leurs nouvelles et les rassure sur sa santé - oui, elle suit scrupuleusement son traitement. Elle s'accroche. Elle est incapable de sortir, de voir du monde, elle a une peur panique dès que son pied franchit le seuil de la porte, mais elle s'accroche. Elle parle à des inconnus en ligne. Elle a également mis sa carrière de psy en berne et regarde des vieux films en noir et blanc à longueur de journée. En bref, Anna n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Sa routine est pourtant chamboulée avec l'arrivée des Russell dans le quartier. Très vite, Anna s'aperçoit que ça ne tourne pas rond dans cette famille et soupçonne le père d'être violent et tyrannique. Un soir, elle surprend le couple en train de se disputer et voit Jane Russell s'effondrer, le corps poignardé. Elle contacte aussitôt à la police, qui lui apprend l'existence d'une autre Jane Russell. La famille fait bloc, accuse Anna d'avoir tout inventé mais celle-ci s'acharne et fouille dans sa tête en vrac.
Pendant 600 pages, on avance ainsi à tâtons et on suit les méandres des pensées d'Anna - embrumées par l'alcool, les médicaments, les phobies et les non-dits. Il n'en fallait pas moins pour brouiller les pistes. On traîne donc pas mal la patte, à se demander ce qu'on fait là, à regarder cette femme errer dans sa propre existence, à s'interroger sur son état mental, à s'encroûter dans sa routine... Cela peut sembler lent et long - oui, ça l'est forcément - mais c'est aussi l'ambiance désirée par l'auteur. Distiller le doute, rendre la narratrice peu fiable, pointer son état borderline, hésiter entre la soutenir ou la blâmer. J'ai finalement opté pour la présomption d'innocence. Portée par ce rythme, j'ai tout gobé et n'ai absolument pas vu venir la fin ! Damned. Une prouesse.
En somme, c'est lourd d'une monotonie pointilleuse, soutenu par un suspense glaçant et nourri d'une tension psychologique ciselée. C'est gros mais assez bon car j'aime énormément les références aux classiques du cinéma qui ont donné le ton en créant une atmosphère façon Hitchcock & co. Une lecture au charme hypnotique, pour sûr.

Parution poche chez POCKET (2019) - traduction par Isabelle Maillet

 

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La Veuve, de Fiona Barton

La Veuve lizzieVeuve du principal suspect dans la disparition de Bella Elliott, Jane Taylor est désormais libre de tout confesser. Avait-elle connaissance de la double vie de son mari ? est-il coupable d'avoir enlevé l'enfant ? où se trouve la fillette ? Jane est-elle complice de son crime ? ou simplement victime du caractère dominant de son époux ?
Très vite, le doute est planté dans l'esprit du lecteur. La personnalité trouble et troublante de la veuve est avérée. On suit ainsi les multiples échanges entre Kate Waters, la journaliste qui cherche à arracher son scoop, ou Bob Sparkes, le policier principal qui y perd son latin, et les différents protagonistes de cette enquête. On alterne aussi entre le passé et le présent, brouillant davantage les pistes pour remonter le fil de l'intrigue et débroussailler l'obscur et l'inexplicable.
Au final, la lecture est un labyrinthe sans fin. Jane mène la danse tout du long, mais son personnage est déroutant, peu charismatique, trop secret, bref non fiable. On perçoit déjà chez Kate Waters une pugnacité qui fera son succès (cf. La coupure), de même Bob Sparkes révèle une sensibilité profonde, que cette histoire sordide ne va pas manquer d'ébranler. Quoi qu'il en soit, nous sommes tous les pigeons de cette étrange histoire.
Par contre, l'interprétation audio est excellente, tenue de main de maître par Marie-Eve Dufresne qui s'entend pour accentuer le malaise autour de la veuve et appuyer sur les interrogations : qui a fait quoi, qui dit vrai ou pas. Tout ce qui en sort n'est nullement émouvant, mais inspire du dégoût, de l'incompréhension. Un grand flou. On déteste ça, on a les yeux ou les oreilles collés aux mots de l'auteure. On absorbe cette confession insaisissable et désolante, tout en pestant ou en hochant la tête. Beaucoup de distance à prévoir, peu d'empathie à espérer, mais une sensation d'uppercut permanente (et désagréable, forcément). Une expérience très déstabilisante pour la fascination qu'elle suscite. À tenter.

©2017 Fleuve Éditions, département d'Univers Poche, pour la traduction française. Traduit par Séverine Quelet (P)2019 Lizzie

Repris en format poche chez POCKET (2018)

LA VEUVE

21/02/19

Ton âme sœur (ou presque) (Blue Heron 5), de Kristan Higgins

Ton âme sœur ou presqueDernier tour de piste pour les habitants de Manningsport. Parmi cette chaleureuse communauté, le sort de Connor O'Rourke nous tenait à cœur. Le jumeau de Colleen, copropriétaire du bar en ville, réputé pour son caractère d'ours mal léché, a coutume d'affoler les pronostics pour connaître l'élue de son cœur.

En vérité, notre homme se consume d'amour pour la belle Jessica Dunn, dont il est fou amoureux depuis ses douze ans. Ils se voient en cachette mais passent leur temps à se séparer car Jess n'est pas prête à s'investir dans une relation sérieuse. Du moins, elle prend pour excuse son jeune frère Davey, qui souffre d'un retard mental et qui déteste Connor. Celui-ci fait preuve de patience et d'écoute auprès de sa douce, mais cette situation lui devient de plus en plus insupportable. Après sa demande en mariage et la rebuffade de trop, Connor a décrété qu'il arrêtait les frais. Terminé. Il a besoin de construire sa vie autrement. À prendre ou à laisser.

Autant dire qu'en lisant cette présentation, je n'avais PAS DU TOUT envie de me plonger dans cet épisode. La longue valse des hésitations, au secours. Mes craintes ont donc été fondées car l'histoire m'a semblé tellement triste et plate. D'entrée de jeu, les dés sont pipés. Le couple se connaît déjà et tourne autour du pot. Aucune séduction à venir, aucune interaction malicieuse. Ça sent le froid sibérien. Soupirs. Très vite, les complications que s'inventent Jessica pour freiner sa vie sentimentale s'avèrent agaçantes. La romance impossible, le couple qui s'aime et se quitte, inlassablement, non merci. C'est une rengaine insupportable et peu émoustillante. C'est comme un vieux plat réchauffé, dont on relève la saveur avec quelques épices, sauf que ça reste fade en bouche. Au fond, c'est un peu dommage de terminer une série aussi affriolante sur une note aussi contrariante. L'auteure ne propose rien dans ce roman, elle joue concrètement les prolongations. Cela reste mon sentiment personnel car évidemment l'ambiance de Blue Heron est rayonnante de gaieté et de bonne humeur. Elle nous imprègne et nous inonde de bonnes ondes. Une juste compensation pour nous faire oublier cette sensation de rendez-vous loupé avec Connor (un sombre idiot, tout de même, quand on songe à sa réflexion après sa première nuit avec Jess... ohmygod). J'attends d'autres romans de Kristan Higgins, the one and only, pourfendeuse à jamais de lectures onctueuses et qui rendent heureux. Merci Audible Studios pour cette exclu. #wewantmore

©2018 HarperCollins pour la traduction francaise. Traduit par Marie Lauzeral (P)2018 Audible Studios

Bonne interprétation des deux comédiens, avec une préférence pour Lou Broclain, sensible et attachante. Le hic avec son partenaire masculin, ce sont les voix féminines (Jessica ou Colleen... non mais franchement). Bémol aussi pour Davey qu'on fait passer pour un môme alors qu'il a 26 ans (ok il souffre d'un retard mental mais il n'est pas débile non plus). Bien entendu, ça reste une excellente idée d'avoir plusieurs intervenants dans ce genre d'exercice. L'écoute globale a été très agréable, bravo.

  Image associée

20/02/19

En poche ! Une fille au manteau bleu - Les valises - Les mille visages de notre histoire - Tortues à l'infini

Une fille au manteau bleu

Amsterdam, 1943. Hanneke sillonne les rues à vélo afin de dénicher au marché noir les marchandises qu'on lui commande. Un jour, l'une de ses clientes lui fait une requête particulière: retrouver une jeune fille juive disparue, avant les nazis. Elle s'appelle Mirjam et porte un manteau bleu.

Loin d'être un énième roman sur le sujet, cette lecture offre surtout la possibilité de découvrir une histoire passionnante, qui puise autant dans l'émotion que dans l'action et le suspense. Avec son héroïne de 18 ans, si juste et imparfaite, par ses choix, ses failles et ses engagements, on se lance dans un parcours bouleversant et inattendu. Il y a d'abord sa quête pour retrouver Mirjam, puis sa prise de conscience des dangers qui rôdent, l'horreur des rafles et des dénonciations, la culpabilité et la rédemption.

C'est un cheminement chaotique, mais poignant, qui emprunte de nombreuses bifurcations, qui fait aussi battre le cœur plus fort et qui noue l'estomac à l'énoncé des enchaînements tragiques et malheureux. En un mot, c'est excellent ! Et c'est à remettre entre les mains des plus jeunes sans délai.

Une fille au manteau bleu, de Monica Hesse

Pôle Fiction (2019) - trad. Anne Krief

 

Les valises

Ce dimanche de 1982, Sarah, quinze ans, se rend en voyage scolaire en Pologne où elle visite avec sa classe le camp d'Auschwitz. Pudique et solitaire, l'adolescente ne s'explique pas le profond malaise qu'elle ressent en découvrant l'amoncellement des valises ayant appartenu aux millions de déportés juifs. Prise de vertiges, elle a des visions de scènes sur un quai de gare où des enfants sont arrachés à leurs parents. Horrifiée, Sarah se ferme comme une huître. Car tout ceci l'amène à réfléchir à ses propres origines. 

L'histoire va vous toucher en plein cœur tant elle est bouleversante. Sarah va brutalement sortir de sa torpeur, remuer ciel et terre pour démêler les non-dits de sa famille, va hélas se heurter à la tragédie. Et au milieu de ce chaos sans nom, Sarah découvre aussi les fulgurances du premier amour. Une relation tendre, farouche et explosive se dessine, forcément stimulée par son besoin de savoir qui elle est, quelles sont ses racines. Un vrai cri du cœur. En somme, c'est tout emmêlé, emberlificoté dans un parcours teinté de rencontres et révélations parfois rapides et improbables, mais qu'importe.

La lecture est entraînante, animée d'une belle sincérité. On en ressort avec le cœur pulvérisé, un sourire heureux et des larmes au coin des yeux. C'est tout bon ! Je recommande fortement.

Les valises, de Sève Laurent-Fajal

Pôle Fiction (2019) - couverture illustrée par Emmanuel Polanco

PRIX CHRONOS 2018 - SÉLECTION DU PRIX DES INCORRUPTIBLES 2017-2018

 

les mille visages de notre histoire

Tout le monde croit connaître Libby Groby, mais personne ne s'est jamais intéressé qu'à son obésité. Elle a longtemps vécu recluse dans sa chambre, cachant son corps et ses angoisses. Cette année, Libby en est sûre, sa vie peut changer ! Tout le monde croit connaître Jack Masselin : lycéen rebelle, sexy et imprévisible. Sous son arrogance, Jack a enfoui un secret douloureux.

Ce deuxième roman de Jennifer Niven, après Tous nos jours parfaits, se veut positif et porteur d'espoir. Il pulvérise les différences, incite à croire en l'impossible, bouscule les barrières, balaye les clichés. Bon point donc pour son engagement, pour l'espoir qu'il inspire, les messages de tolérance, la dénonciation du harcèlement. Ce sont toujours de bonnes intentions. Reste que la romance qui s'installe n'est pas à la hauteur des attentes. Beaucoup trop classique et délicate. On a en effet une romance qui se base sur la souffrance du couple à concilier ses différences, à surpasser ses problèmes. Mais on retombe vite dans le superficiel et le scepticisme. Ne nous leurrons pas : Libby et Jack appartiennent à deux univers diamétralement opposés. J'aurais aimé croire en leur histoire, mais voilà... ça me semble peu probable en réalité. C'est dommage car j'avais trouvé le début du roman tellement engageant : l'échange des points de vue donne du rythme à la lecture. Cela partait plutôt bien...

Les mille visages de notre histoire, de Jennifer Niven

Pôle fiction (2019) - trad. Vanessa Rubio-Barreau

 

Tortues à l'infini pole fiction

Prise dans la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles, Aza n'avait pas l'intention d'enquêter sur la disparition du milliardaire Russell Pickett. Mais c'était compter sans sa meilleure amie Daisy et une récompense de cent mille dollars. Aza renoue alors avec le fils Pickett, Davis. L'improbable trio devient inséparable et va trouver en chemin d'autres mystères et d'autres vérités, comme celles de la résilience, de l'amour et de l'amitié indéfectible.

Voilà un roman très touchant, très fort, sans réelle action mais tellement juste et attachant. On y trouve encore et toujours des jeunes gens fragiles et délicats, des adolescents jouer les funambules sur une corde raide. On les sent fébriles et en détresse, parés du besoin de trouver leur place ou de comprendre le monde qui les entoure. Ce sont des mômes déstabilisants. Des adolescents qui essayent d'être des amis à la hauteur, des enfants obéissants, des élèves studieux, des amoureux flamboyants. Ce regard que pose John Green sur la jeunesse est égal à lui-même - lucide, tendre et sans détour - même s'il y ajoute une pointe d'excentricité et de complaisance. Toutefois, c'est drôlement bon et franchement attendrissant.

J'ai aimé vivre dans la tête d'Aza, comprendre ses raisonnements et toucher du doigt sa logique implacable. John Green a d'ailleurs avoué s'être inspiré de son propre vécu et son expérience de la maladie pour donner à Aza une note authentique et poignante. Cette sincérité est réelle. On ressent toute l'émotion de cette histoire comme si elle nous est personnellement dédiée. Gros big up aussi à la complicité entre Daisy et sa fidèle “Holminette” - je me sentais bien en leur présence !

Tortues à l'infini, de John Green

pôle fiction (2019) - trad. Catherine Gibert