16/03/18

La course au bonheur, de Maggie Lehrman

La course au bonheurTraumatisée par la mort tragique de ses parents, dans l'incendie de leur maison, la jeune Ari Madrigal a recours à un sort d'oubli, prodigué par une hékamiste. Dix ans plus tard, c'est son petit ami, Win, qu'elle perd dans un accident de voiture. Anéantie par la douleur, elle fait encore appel aux sorts de l'hékamiste sans avertir ses proches. Le charme opère, mais Ari ne veut pas paraître insensible et donne le change en faisant semblant d'être meurtrie dans sa chair, donc muette et désirant vivre dans sa bulle, loin de tous. Toutefois, pratiquer un sort d'hékamiste engage aussi des effets secondaires. Pour Ari, c'est son corps qui ne répond plus. Quand on est une grande danseuse, admise à une académie prestigieuse de New York, c'est le ciel qui s'effondre sur la tête. À Cape Cod, tous se connaissent depuis l'enfance mais se drapent dans des secrets qui distillent un poison invisible et propagent un mal sournois, hélas à l'origine d'une série de conséquences dramatiques. Avant de mourir, Win avait un urgent besoin d'argent liquide, son meilleur ami Markos a surpris le commerce douteux de sa mère, Kay a fait appel à un sort d'ancrage pour s'attacher ses copines, Diana et Ari ne peuvent plus quitter l'île sans courir un danger, Echo fait du chantage par désespoir, Cal Waters est fidèle à sa réputation de don juan... Tous sont donc enrôlés dans un feuilleton tragique, au charme hypnotisant et vénéneux. Dès les premières pages, j'ai été envoûtée par l'ambiance pleine de mystères et de suspense. On sent le poids des larmes, des événements graves, des non-dits, des remords et des regrets. Cela peut paraître lourd et étouffant, alors qu'en fait c'est captivant. L'auteur a réussi à orchestrer son histoire en faisant planer le doute mais en alimentant constamment la donne par des détails infimes et néanmoins percutants. J'ai plongé mon nez dans les 420 pages du roman, intriguée par les révélations qui allaient en découdre. D'ailleurs, la surprise est totale jusqu'à la toute dernière page ! Un premier roman très habile, passionnant et bouleversant. 

Casterman, 2018  - traduit par Antoine Pinchot {The cost of all things}

=======================================================

 

Posté par clarabel76 à 12:30:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,


15/03/18

Pêle-Mêle : Fergus est furieux - Le lion heureux - Mon père, avant, il était trop cool - Le Géant élégant

J00857

Fergus est un gentil petit dragon, qui a juste un peu de mal à canaliser sa colère. À la moindre contrariété, notre jeune ami sent que son museau fume et, pfiout ! un énorme crachat de feu jaillit de sa bouche. Oups. Il n'aime pas les brocolis, n'aime pas être le gardien de but, il n'aime pas attendre que les petits cakes de Monsieur Ours refroidissent, non, Fergus n'aime pas la frustration. Mais à la longue, c'est gênant. Le terrain de foot a grillé, le stand de pâtisserie est carbonisé, tous les jeux de ses copains sont réduits en cendres... En se confiant à sa maman, celle-ci lui confie une petite astuce pour gérer sa colère. Puis, tour à tour, ses proches lui racontent leur propre recette - compter jusqu'à dix, admirer le coucher de soleil, courir le plus vite possible. Bref, Fergus peut enfin apaiser le volcan qui bout en lui et - pourquoi pas - utiliser à bon escient toute cette énergie bouillonnante !

Un chouette album, qui traite avec humour des caprices et des crises de colère susceptibles de pénaliser la vie des jeunes enfants, et qui glisse de précieux conseils pour y remédier. Autre détail cocasse - Fergus a grillé la couverture de l'album... mais chut ! ☺ 

Fergus est furieux ! de Robert Starling

gallimard jeunesse, 2018 / trad. Marie Ollier

******************************

 

J00868

C'est l'histoire d'un lion qui vit heureux dans un zoo. Tous les jours, il est comblé de croiser son petit  monde familier - le fils du gardien, l'instituteur ou la ménagère qui tricote sur le banc. Et tous le saluent en retour, d'un chaleureux “Bonjour, Lion Joyeux !”. Un jour, remarquant que la grille de sa cage n'est pas fermée, le lion décide de se rendre en ville pour honorer ses vieux camarades d'une petite visite de courtoisie. Seulement, sa venue n'inspire pas la réaction souhaitée - les badauds tombent dans les pommes ou fuient à toutes jambes. Bizarre, très bizarre. Les gens de cette ville n'ont pas fini de le surprendre ! D'ailleurs, quel spectacle préparent les pompiers, affairés et s'approchant à pas prudents dans sa direction ? Nul ne le sait. Le fils du gardien vient d'arriver - il est temps de rentrer au zoo ! ☺

Cette délicieuse histoire date en fait de 1954, et hormis son esthétisme vintage, sa lecture n'a guère pris de rides ! Le ton est plein d'humour, de rebondissements et de poésie. C'est absolument charmant. Un grand classique  à lire et relire.

Le lion heureux, de Louise Fatio & Roger Duvoisin

gallimard jeunesse, 2018 pour la présente édition

traduction d'Anne Krief

******************************

 

J00847

En voyant son papa vaquer à ses basses besognes domestiques (aspirateur, ménage, rangement), le garçon a bien du mal à l'imaginer autrement qu'en type sérieux et pas cool du tout. Ou alors, c'était avant... L'époque des tatouages, de la musique rock, des virées en moto et des équipées sauvages. Depuis sa naissance, son père n'est plus le même homme. Ou disons, l'enfant le voit à travers ses yeux d'enfant. Pour lui, être parent c'est forcément une image formatée, guindée, stéréotypée. C'est tout sauf cool. De toute façon, il ne faudrait pas qu'il sorte de ses prérogatives non plus... Qu'ils s'éclatent ensemble au parc, c'est super drôle mais ça ne doit pas déborder. Sinon, bonjour la honte ! ☺

Ah que c'est drôle et rafraîchissant à lire ! Quand vous devenez parent, c'est comme porter un nouveau costume qui vous fige à jamais dans un rôle. Être cool, c'était avant. C'est limite le choc de leur vie quand les mômes découvrent la jeunesse de leurs parents ! Partant de ce constat, Keith Negley offre une superbe perspective de lecture - fabuleuse et cocasse - où le regard de l'enfant est tour à tour perplexe et songeur, sondant chaque détail pour démasquer la vérité. J'ai beaucoup aimé le travail de superposition qui s'opère, dans la posture du père, entre avant et maintenant, un choix judicieux pour un résultat époustouflant ! Un album vraiment cool à découvrir en famille.

Mon père, avant, il était trop cool, par Keith Negley

gallimard jeunesse, hors série giboulées, 2018

trad. Cécile Hermellin

******************************

 

J00858Georges le géant décide de devenir élégant et entre dans une boutique pour s'acheter une chemise, un pantalon, une ceinture, une cravate, des souliers et des chaussettes. Fier de sa prestance, il parade en ville et traverse les bois où vont se succéder ses amis éplorés. Ils ont tous des déboires à ne plus savoir quoi faire (un rhume, plus de toit, un bateau sans voile, du camping sans sac de couchage, un chemin boueux impossible à traverser...). Compatissant, Georges distribue un par un ses nouveaux habits pour les soulager. Et notre bon géant poursuit son chemin, à cloche-pied, chantonnant une ritournelle guillerette. Seulement, en bout de course, Georges n'a plus que son caleçon sur les fesses. Il se sent ridicule et il a froid.  Bref, il lui faut de nouveaux vêtements. Retour à la boutique, où il enfile sa bonne vieille tunique confortable et, youplaboum, notre géant élégant se sent le plus heureux du monde ! Pétris de gratitude, ses amis ne manqueront pas de lui offrir le cadeau suprême de l'élégance.

Fort de leur complicité, qui dure depuis 1993, le célèbre duo Julia Donaldson et Axel Scheffler propose un album débordant de générosité et d'humour, comme à leur habitude. La lecture est joyeuse et colorée. C'est simple mais efficace. Un petit régal pour les enfants.

Le Géant élégant, de Julia Donaldson & Axel Scheffler

gallimard jeunesse, 2018

traduit par Emmanuel Gros

******************************

 

Pêle-Mêle : Les trois poules de Sonia - Quand tu seras grand - Pas de géant - Si petit

les trois poules de soniaSonia reçoit de son papa trois poussins dont elle doit s'occuper toute seule. La fillette prend immédiatement sa mission à cœur - en attendant de remettre à neuf le vieux poulailler, elle décide de les tenir au chaud dans une boîte en carton, les bichonne, les rassure. Chaque matin, elle nettoie leur espace, donne de la paille fraîche, distribue du maïs. Les trois poules grossissent, suivent la fillette à la trace et la comblent de fierté en lui donnant leurs premiers œufs. Mais un matin, Sonia se rend au poulailler et constate qu'il manque une poule, les deux autres sont recroquevillées sur leur poutre, effrayées. Un renard a fait une razzia en pleine nuit, l'enfant trouve que ce n'est pas juste et pleure dans les bras de son père. Celui-ci lui explique le cycle de la vie, le renard a probablement une famille à nourrir, il veille à s'assurer le bien-être de ses petits, etc. La pilule est amère pour Sonia, qui n'en organise pas moins des funérailles émouvantes pour sa poule sacrifiée. Heureusement, une autre surprise l'attend dans le poulailler et saura la consoler - si ce n'est la réconcilier avec le fameux cycle de la vie ! ☺

Un bel album aux couleurs chaleureuses, qui invite à partager un petit bout de la vie à la ferme chez une famille aimante, où l'on donne libre cours à ses émotions et où on vit en parfaite harmonie avec la nature. C'est très doux et apaisant. Ajoutez la complicité qui se noue entre l'enfant et ses poules, c'est absolument charmant, mais pas naïf, car l'histoire rappelle la violence de la vie animale et sa chaîne alimentaire impitoyable. Un monde de brutes judicieusement édulcoré, ouf. Très joli album !

Les trois poules de Sonia, de Phoebe Wahl

éditions des éléphants, 2018 / traduit par Ilona Meyer

**************************

 

Quand tu seras grand

Quand on devient parent, on ressent un lien invisible très fort avec ce petit être qui dépend désormais de nous. Cet enfant qu'on contemple avec amour et à qui on aimerait donner toutes les chances pour réussir dans la vie. On rendrait son quotidien plus beau, on lui offrirait des trésors et des exemples pour qu'il devienne à son tour une personne formidable, capable d'accomplir des choses merveilleuses (combattre l'injustice, partager, aider les autres, voyager et être curieux). On voudrait pour lui qu'il grandisse en étant audacieux, astucieux et généreux ! C'est donc un rêve pour tout parent, mais aussi un rôle à tenir, une ambition muette, une éducation de chaque instant, une transmission aussi qui se traduit dans chaque page de cet album aux teintes acidulées, aux illustrations ravissantes et à l'ambiance un brin rétro. Une lecture pleine de tendresse et de poésie, qui parle d'amour et d'admiration avec un grand A.

 Quand tu seras grand, d'Emily Winfield Martin

éditions des éléphants, 2018 / trad. Ilona Meyer

dédicace pour BB J. ♥

**************************

 

Pas de géant

C'est avec une réelle anticipation, teintée de joie et d'excitation, que j'ai ouvert cet album, dont la couverture me promettait monts et merveilles, et hop ! j'ai enfilé un bonnet et des bottes pour suivre un petit bonhomme à la découverte de son jardin. Croyez-moi, l'aventure vaut le détour. Oh... Ce lieu est magique et enchanteur, source insoupçonnable d'activités bourdonnantes, là un combat féroce, ici une course folle, là-bas des monstres piquants, ci-contre une caravane en marche. Et toujours plus loin, des rivières et des forêts entières, une faune incroyable, des bruits étranges, des pas de géant et un spectacle dans le ciel époustouflant ! Admirez le travail, prenez le temps, posez-vous, contemplez chaque détail et souriez à la lecture de l'imagination débordante d'un jeune explorateur de l'extrême. C'est facétieux et saisissant - le graphisme verdoyant fait écarquiller les yeux de bonheur ! Remarquable. ☺

 

Pas de géant, par Anaïs Lambert

éditions des éléphants, 2018

**************************

 

 

si petit

Dans la vie, on le sait, la taille est en réalité surfaite. Raser les pâquerettes ou flirter avec les étoiles ? Que nenni. En vrai, on ne mesure jamais le courage, l'amour, le talent ou les sentiments à une taille. Le girafon de cette histoire en fait l'expérience chaque jour et prend conscience qu'il n'est finalement pas si petit pour dénicher les meilleures cachettes, retrouver le chemin de la maison ou faire des tonnes de bêtises ! Après tout, ce n'est pas parce qu'on est petit qu'on ne peut pas aller loin. Si petit, si loin... C'est sur cette dualité que s'appuie le lecteur, qui avance à pas mesurés, tout en s'installant confortablement dans un décor épuré et visuellement simple pour accrocher le tout-petit (conseillé dès 18 mois). Il y a, de toute façon, une belle énergie qui se dégage de l'histoire, une intention modeste à embarquer son public à l'aide d'artifices sommaires mais cocasses. Là aussi, l'album est certes petit par sa taille mais grand par son potentiel ! Certifié conforme etc. ^-^

Si petit, de Florian Pigé

éditions HongFei, 2018 

**************************

14/03/18

Écoutez Lire : Sacrées sorcières, de Roald Dahl

A60159En vacances chez sa grand-mère, en Norvège, le jeune narrateur apprend de sa bouche l'existence inimaginable des sorcières ! Elle lui confie quelques astuces pour les reconnaître - elles sont chauves, portent des perruques et des gants, raffolent des myrtilles et ont souvent les dents noires. Par contre, il faut s'en méfier car elles détestent les enfants - elles trouvent qu'ils sentent la crotte de chien - et font tout pour leur nuire. 

Après le décès de ses parents, disparus dans un accident de voiture, l'enfant est confié à sa grand-mère, qui vient s'installer en Angleterre, un pays réputé pour être un abri à sorcières. Et malheureusement, l'une d'elles habite dans leur quartier. Le temps d'un été, tous deux s'éloignent dans un hôtel en bord de mer, où se tient un congrès sur la maltraitance enfantine. Mais le garçon découvre que toutes les participantes ne sont qu'une bande de sorcières diaboliques et qu'elles complotent un mauvais plan à base de sucreries ensorcelées. Notre jeune ami n'a pas le temps de dire ouf que son odeur est repérée par des congressistes déchaînées, qui lui tombent sur la pomme. 

Ce conte Roald-Dahlien est un grand cru ! Avec un humour exquis et jubilatoire, l'écrivain britannique nous livre une aventure féroce et piquante, que j'ai d'ailleurs pris plaisir à découvrir en format audio. Interprétée avec virtuosité par Jean-Claude Donda, Jeanne Cellard et Jackie Berger, l'histoire nous sert une mise en scène facétieuse, où chaque personnage est distingué, soit en forçant le trait, soit avec subtilité. Souvent décalé, parfois insolite, ce roman est génial. J'applaudis des deux mains la qualité de cette réalisation, et la perfidie de la fable, les deux ensemble se rendent service et produisent un très, très bon moment de lecture ! À recommander. ☺

Gallimard Jeunesse, coll. Écoutez Lire (réédition, 2018) Nouveau format

Texte intégral. L'écoute en classe de ce CD est autorisée par l'éditeur.

Existe en Folio Junior N°613 - Traduit par Marie-Raymond Farré

Sacrées Sorcières : Dahl, Roald

Ce CD audio n'est pas un conte de fées, mais une histoire de vraies sorcières. Vous n'y trouverez ni stupides chapeaux noirs ni manches à balai: la vérité est beaucoup plus épouvantable. Les vraies sorcières sont habillées de façon ordinaire, vivent dans des maisons ordinaires. En fait, elles ressemblent à n'importe qui. Si on ajoute à cela qu'une sorcière passe son temps à dresser les plans les plus démoniaques pour attirer les enfants dans ses filets, vous comprenez pourquoi ce CD audio vous est indispensable.

13/03/18

Le sel de nos larmes, de Ruta Sepetys

Le sel de nos larmes Pole fictionHiver 1945, sur les routes de l'Europe de l'Est. Des milliers de réfugiés fuient les troupes soviétiques et remontent jusqu'à la côte Baltique pour rejoindre un énorme navire, le Wilhem Gustloff, à bord duquel civils et militaires espèrent s'échapper. Tous fuient les bombes, les soldats, la haine, la vengeance aveugle, la folie, le chaos. Tous sont épuisés, affamés, blessés, frigorifiés. Ils ont abandonné des maisons, des familles et perdu leurs maigres illusions. Leur avenir n'est plus qu'une ligne lointaine et floue, entre les mains de Hitler ou Staline. Mais tous luttent avec l'énergie du désespoir.

L'histoire s'attache à retracer le parcours de quatre adolescents, chacun né dans un pays différent et armé d'un lourd secret, tous poursuivis par la culpabilité, le destin, la honte ou la peur, mais liés par le même sauve-qui-peut. Il y a la lituanienne Joana, une jolie infirmière dévouée, Florian, un  prussien farouche, grièvement blessé, mais qui refuse qu'on s'approche de lui, Emilia, une polonaise de quinze ans, avec son bonnet rose et ses grands yeux de biche aux abois, accrochée aux basques de son chevalier qui la fuit, et enfin Alfred, un jeune matelot allemand, qui écrit de longues lettres à son amoureuse, sans avouer la vraie nature de sa mission...

Les chapitres sont courts mais dégagent une force romanesque inégalable. Cela accentue également l'intensité dramatique, à laquelle s'ajoute le poids des informations, car tout ce que nous renseigne l'auteur est méconnu ou oublié, d'où son impact et sa valeur. Émotionnellement, ça vous pulvérise et vous foudroie sur place. L'histoire est romancée, et malgré tout ancrée dans une réalité historique poignante. L'Europe est en pleine débâcle, sillonnée par l'exode en masse de populations hagardes, ne sachant plus où se tourner pour un semblant de liberté. Les militaires livrent leurs derniers combats acharnés, ils torpillent à tout-va, d'où le naufrage du Wilhelm Gustloff, une catastrophe maritime insouçonnée, qui a pourtant fait six fois plus de victimes que le Titanic ! C'est dans la lecture des souvenirs de Joana, Emilia, Florian ou Alfred, qu'on découvre des nouveaux visages de la guerre, mais c'est aussi en suivant leurs incroyables destinées, entre amitié, courage et amour, qu'on réalise le sordide et l'horreur, l'éclat et l'inextricable. Cela vous donne des frissons partout. Effet coup de poing assuré.

Gallimard Jeunesse, coll. Pôle Fiction (2018)

Traduit par Bee Formentelli . Titre original : Salt to the Sea

 

Carnegie Medal du meilleur roman jeunesse 2017

 

================================

« Je suis devenue très habile à faire semblant. Si habile que la frontière entre vérité et fiction s'est brouillée, effacée. Et quelquefois, quand je me montre particulièrement habile à ce jeu, je me leurre moi-même. »

 

Posté par clarabel76 à 12:45:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


12/03/18

Une fille au manteau bleu, de Monica Hesse

A66845Gros coup de cœur pour ce roman ! L'histoire se passe à Amsterdam, en 1943. Alors que les soldats allemands patrouillent en ville, la jeune Hanneke file sur son vélo en toute innocence, malgré un panier rempli de produits issus du marché noir qu'elle distribue selon les commandes reçues en douce. Un jour, au cours de ses livraisons, une voisine interpelle Hanneke pour une mission bien particulière - retrouver une jeune fille juive qui vivait cachée dans un réduit de la maison et qui a disparu sans crier gare. La vieille dame, Mrs Janssen, est complètement chamboulée et ne doute pas que Hanneke saura tirer la situation au clair. Au départ, celle-ci n'est nullement désireuse de franchir la ligne jaune. Elle voue une haine farouche envers les Nazis, mais se sent coupable de la mort de son petit ami Bas (engagé volontaire) et souhaite se tenir à distance de la guerre. C'est pourtant cette blessure qui va l'inciter à partir sur les traces de Mirjam Roodvelt, dont elle sait uniquement qu'elle porte un manteau bleu. Ce maigre indice va conduire son enquête et l'entraîner dans le flou, puis dans des cercles clandestins et enfin dans des actions impensables. Pour Hanneke, déjà douloureusement confrontée aux drames intimes de la guerre, c'est un cap supplémentaire qui lui fait perdre ses dernières plumes de l'enfance insouciante. 

Loin d'être un énième roman sur le sujet, cette lecture offre surtout la possibilité de découvrir une histoire passionnante, qui puise autant dans l'émotion que dans l'action et le suspense. Avec son héroïne de 18 ans, si juste et imparfaite, par ses choix, ses failles et ses engagements, on se lance dans un parcours bouleversant et inattendu. Il y a d'abord sa quête pour retrouver Mirjam, puis sa prise de conscience des dangers qui rôdent, l'horreur des rafles et des dénonciations, la culpabilité et la rédemption. C'est un cheminement chaotique, mais poignant, qui emprunte de nombreuses bifurcations, qui fait aussi battre le cœur plus fort et qui noue l'estomac à l'énoncé des enchaînements tragiques et malheureux. En un mot, c'est excellent ! Et c'est à remettre entre les mains des plus jeunes sans délai.

Gallimard jeunesse, 2016 - traduit par Anne Krief

=======================================

À lire aussi...

Cachés, de Sharon Dogar - Max, de Sarah Cohen-Scali - Les valises, de Sève Laurent-Fajal

 

 

Posté par clarabel76 à 11:45:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

Cherub/01 : 100 jours en enfer, de Robert Muchamore

J00748Gros succès en librairie, la série CHERUB trace sa route depuis presque dix ans et enthousiasme ses lecteurs avec son univers d'organisation secrète, où des enfants sont entraînés pour infiltrer des missions spéciales... Espionnage, action, suspense, aventure et baston, on ne s'ennuie pas une seconde.
J'ai profité de la sortie en livre audio pour découvrir LE phénomène et ai été pleinement séduite par l'excellente interprétation de Julien Frison qui incarne un adolescent brouillon en passe de devenir un môme doué et consciencieux en vivant une aventure fracassante et néanmoins palpitante !

James Adams est un collégien turbulent, élève médiocre, éternel souffre-douleur, habitué d'être exclu. Il vit avec une mère devenue obèse et un beau-père alcoolique. Mais le destin s'acharne, le gamin perd sa mère et est expédié dans un orphelinat où il bascule dans la délinquance. Dès lors, il a le choix entre toucher le fond ou accepter de suivre une formation spéciale pour Cherub. Il a 100 jours pour assimiler des techniques de combat, de survie et de ruse enseignées par une agence des renseignements britanniques. 100 jours pour changer le cours des choses ou retourner à la case départ. 

Le scénario est basique et rythmé. On en prend plein les yeux, plein les oreilles. Et l'immersion est totale. On partage ainsi les galères de James, son arrivée à Cherub, ses rencontres avec ses nouveaux camarades, son apprentissage et ses premières missions. Toute l'histoire s'inscrit dans une logique imparable, et je comprends tout à fait ce qui enthousiasme les jeunes lecteurs. Ce que vit James est à la fois proche d'eux mais incarne aussi un fantasme - devenir espion, vivre de passionnantes aventures, voyager etc. La lecture est à la hauteur des attentes. On a une très bonne réalisation audio - agréable à écouter - pour une série vraiment engageante et débordante de dynamisme.

Gallimard Jeunesse, Collection: Écoutez lire 

Traduit par Antoine Pinchot

Julien Frison nous emporte dans l'univers palpitant de CHERUB, et met en voix le franc-parler et l'humour adolescent, sans niaiserie. Durée : 7h 30 env.

 

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

09/03/18

British Mysteries : Marathon de lecture du 9 au 11 mars 2018

Organisé par Lou dans le cadre de son British Mysteries Month, voici le nouveau marathon de lecture qui va occuper notre weekend, et dont le thème porte cette fois sur les mystères, enquêtes et phénomènes surnaturels qui secouent le royaume britannique. Youhou.

British mysteries marathon

®Logo réalisé par Hilde 

 

J'ouvre les festivités avec le roman de Jean-Pierre Croquet, La Loge noire (L'Archipel). Où il est question de meurtres étranges, qui ne sont pas sans rappeler ceux de Jack l’Éventreur, et où plane l’ombre de Conan Doyle dans une course contre la montre entre révolutionnaires irlandais, espions allemands, anarchistes et francs-maçons...

IMG_7248

 

 

Samedi 10 Mars - Courant de l'après-midi

Et je cours après le temps ! Soirée vin blanc + matinée à la banque = des lectures en attente ! ☺

Je pense avoir bientôt bouclé La Loge noire (les chapitres sont courts, il  y a du rythme, du suspense donc tout va bien !). J'ai également déjà bien entamé 2 autres livres, Meurtre à Oxford de Tessa Harris & Un traître à Kensington Palace d'Anne Perry (version audio). 

IMG_7249

 

Je retourne me préparer une tasse de thé (réglisse & cardamone). Slurp. 

 

Au passage, je m'absente pour la soirée.
RDV demain dimanche ! ☺

 

Dimanche 11 mars

Grosse balade matinale, pour profiter du ciel bleu et du soleil, un miracle en Normandie, après de longues semaines d'un hiver sans fin... Je reprends les mêmes bouquins pour les finir en moins de deux ! 

❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿

 

Doucement, mais sûrement. J'ai terminé La Loge noire = une bonne lecture, aux chapitres courts et à la mise en scène pertinente, mais que de crimes & de rebondissements ! J'ai été souvent prise au dépourvu, et pas mal secouée par les événements survenus dans la dernière ligne droite. 

Ensuite, il me reste 200 pages à lire dans Meurtre à Oxford - j'ai l'impression d'avoir tout deviné, cependant je tourne les pages avec avidité car je pense être dupée tôt ou tard. L'histoire est intéressante, si l'on aime les histoires de procès et de médecine légale (version 18e siècle)... 

Et n'oublions pas Un traître à Kensington Palace - 80 pages lues, très très bonnes, en version audio pour la forme. J'aime beaucoup et je savoure mes retrouvailles avec Charlotte & Thomas !

 

Je vais consacrer les dernières heures du marathon à quelques titres jeunesse...  à piocher ! 

IMG_7252

 

Bonne soirée aux vaillantes marathoniennes  ! ☺

 

❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿❀ ✿

Lundi 12 mars

J'ai donc lu toute la soirée et terminé Étiquette & Espionnage de Gail Carriger - un univers follement original, beaucoup d'excentricité dans l'air, sans doute trop pour m'attacher à continuer la série. Dommage, j'avais aimé Le Protectorat de l'ombrelle du même auteur mais je garde de bons souvenirs de cette rencontre. Le Pensionnat de Mlle Géraldine est, au passage, une série ciblée jeunesse. ☺

 

Chouette bilan pour ce weekend de lectures thématiques !

 

 

 

Posté par clarabel76 à 16:30:00 - - Commentaires [37] - Permalien [#]
Tags : ,

La Sélection, de Kiera Cass & lu par Claire Tefnin

la sélection audiolibEn toute franchise, cette série est loin d'être une découverte - car déjà lue lors de sa parution en 2012. J'avais, à l'époque, été totalement séduite par l'emballage et la mièvrerie ambiante. En apprenant que la série était maintenant disponible en format audio, mon cœur de midinette a de nouveau fait boum. Je suis faible, je suis curieuse, je suis guimauve jusqu'au bout des ongles. Amen. J'ai ainsi replongé dans quelques 7 heures d'une lecture pleine de fanfreluches, de sucre et de miel. C'est assumé. Et j'ai suivi une Claire Tefnin se métamorphoser en America Singer, héroïne ô combien décriée, dans cette jolie bluette romantique.

Trois cents ans ont passé, durant lesquels les États-Unis ont croulé sous les dettes, subi l'invasion de la Chine puis lutté pour leur indépendance, d'où la création du royaume d'Illéa, une monarchie basée sur un système de castes. Afin de plaire au peuple, le palais a coutume d'organiser un grand jeu télévisé, la Sélection, au cours duquel 35 filles de toutes origines doivent se distinguer pour ravir le cœur du prince héritier, Maxon. Parmi elles, se trouve la rousse et volcanique America Singer, dont les motivations sont purement matérielles et détachées, car la belle a le cœur brisé par un autre soupirant, qu'elle voyait en cachette depuis deux ans. Bien évidemment, America tape dans l'œil du prince et survole la compétition et ses concurrentes. Elle incarne  l'indépendance, la franchise, la noblesse, l'abnégation et la bienveillance. Elle connaît le peuple, elle comprend les coups durs, elle a les pieds sur terre et elle n'affiche aucune ambition dévorante. En gros, c'est une sainte et c'est agaçant.

L'histoire ressemble donc à un conte de fées, avec son cadre enchanteur et son prince charmant, ses sentiments balbutiants et sa tendresse dégoulinante. Le jeu télévisé est passablement mis en avant, on songe même à un mix approximatif du Bachelor & des Hunger Games, même si ce n'est ni sexy ni trash, mais seulement niais et lisse. Il y a quelques pestes dans le lot, des attaques de renégats, des vérités voilées et des discours pompeux qui font paraître le prince affreusement obséquieux. Tout n'est que poudre aux yeux, et c'est justement pour ça qu'on mord à l'hameçon. En dépit des défauts manifestes, le roman exerce une vraie addiction sur l'auditeur. Impossible de décrocher une fois qu'on a la mélodie dans les oreilles. La mise en scène est agréable, la réalisation musicale distrayante et la voix de Claire Tefnin entraînante. Et bim, j'ai été complètement possédée. Mais qui n'a jamais cédé à quelques plaisirs coupables dans sa vie de lectrice ?

Ce roman à la couverture sublime est donc un pur moment de délectation, simple et sans équivoque ! ☺

©2012 Kiera Cass / Éditions Robert Laffont, traduction de Madeleine Nasalik

(P)2018 Audiolib. Texte lu par Claire Tefnin. Durée : 7h env.

Parution du Tome 2 courant mai 2018

==============================================

Posté par clarabel76 à 10:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

08/03/18

Comment maximiser (enfin) ses vacances, d'Anne Percin

Comment maximiser enfin ses vacancesJe pensais être guérie de mon béguin pour Maxime Mainard, lorsque j'ai découvert la sortie de ce nouveau roman, soit une 4ème saison inopinée, sachant la trilogie bouclée depuis 2012. J'étais partagée entre la surprise et la panique, bonne ou mauvaise nouvelle, dans les premières pages, j'ai douté, trouvant que le garçon exagérait bêtement le ton de l'éternel insoumis, opposé au système par principe - allait-on nous réchauffer une vieille recette sans la même saveur ?
Foin de tout ça. En vrai, j'ai totalement succombé. C'est toujours aussi bon, toujours aussi drôle, toujours aussi dérisoire et toujours aussi déjanté. On retrouve nos fidèles camarades dans des aventures improbables - une série de concerts sur la route des vacances - et c'est du bonheur en barre. Je n'ai pas pu m'empêcher de glousser au fil des pages.
Le bac en poche, Maxime plane sur son petit nuage mais rechute lourdement après son admission loupée à Sciences Po. Totale remise en question et perspective d'avenir dans le flou. Notre jeune ami fonde ses derniers espoirs dans son groupe de rock, Kremlin, et décroche un contrat inespéré pour jouer dans un festival sur le côte Atlantique. Quinze jours à se doper de rock et d'océan, ambiance camping où l'on répète dans les sanitaires, une licorne gonflée sous hélium flottant sur la tente !
Ah, sûr qu'il faut le voir pour le croire. Maxime a réuni sa bande au complet - Stéphane à la batterie, Christian à la guitare, Julius à la basse - sans oublier sa Kévinerie, mascotte attitrée, son amoureuse Natacha, sa pote d'enfance Alexandra et sa groupie de frangine Alice. La suite de l'aventure promet monts et merveilles, mais est surtout désopilante et vous communique une vraie fraîcheur de vivre.
C'est le remède radical pour une cure de bonne humeur ! Prenez-en à fortes doses !!!

éditions du Rouergue, 2017 

=====================

Vendus à plus de 100 000 exemplaires, les trois premiers tomes ressortent sous de nouvelles couvertures pour brasser toujours plus large un public qui n'aurait pas encore eu la chance de connaître le personnage. ♥

  

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,