02/10/18

Pêle-mêle : Merci, Miyuki ! - Jungle - La rentrée de Pinpin - Lison et la propreté - La Princesse au don perdu

Merci Miyuki

La jeune Miyuki trépigne d'impatience, car elle veut jouer, bondir, croquer la vie à pleines dents, tandis que son grand-père danse lentement, inspire, expire, prend soin de son corps, contemple la nature, se plonge dans la méditation. Pour la fillette, c'est terriblement abstrait. Elle aussi veut partager cette communion avec le monde qui l'entoure, avec du thé froid, des tasses ébréchées, du babillage incessant. Grand-père ne change rien à ses habitudes, il marche lentement, incite l'enfant à se poser et à prendre le temps d'admirer la course des nuages par exemple... Peu à peu, Miyuki se perd dans la réflexion et absorbe à son tour les secrets de l'univers. “Ça sent bon, ça sent doux d'être là - ça sent le bonheur d'être ici et maintenant, avec toi.”

La communion entre les illustrations et le texte est parfaite : d'une poésie raffinée et pointilleuse. Chaque détail compte, chaque note est ajustée, chaque nuance est choisie avec un soin jaloux. En somme, cet album est admirable ! On se gave de son charme, de sa lumière, de sa sagesse. On sourit aussi face à cette tendre complicité qui se noue entre l'enfant et son grand-père. C'est une lecture intergénérationnelle, qui enchantera petits et grands. C'est de toute beauté, vraiment.

Merci Miyuki ! de Roxane Marie Galliez & Seng Soun Ratanavanh

de la martinière jeunesse, 2018

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Jungle

Quelle magnifique exploration de la jungle que celle proposée par l'américaine Helen Borten (inspirée par un voyage au Guatemala) ! Oui, c'est magnifique ! Les couleurs, les gravures, les sons, les mots... la sensibilité du lecteur est interpelée de toutes parts. Comment résister ?

Dans la brume matinale apparaît un vaste océan de feuillages. Ce qui se cache en dessous : la vie fourmillante et surprenante de la faune et la flore. Animaux, plantes et cycle de la vie se livrent à un ballet pudique et élégant. On en prend plein les yeux, ça roule de gauche à droite, de haut en droit, le spectacle est impressionnant. Le “mystérieux monde vert” s'épanouit sous nos yeux ébahis. Et c'est silence obligatoire jusqu'à la page finale.

« La jungle semble déserte. Mais des milliers de petits farceurs se cachent sous l'exubérant feuillage. Un bout d'écorce tombe... et devient lézard. Une feuille tremble... et c'est une sauterelle. Une fleur se déploie... et voici un papillon. Une petite boule hirsute de mousse se défait... et voilà un paresseux. Une vigne se déroule... et danse lentement un serpent. Un petit éclair de lumière... et cligne l'œil du jaguar. »

Jungle, de Helen Borten

de la Martinière jeunesse, 2018 - traduction de Shaïne Cassim

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la rentrée de pinpin

Premier jour d'école pour Pinpin ! Et première fois qu'il quitte sa maman. Pinpin a le cœur lourd et le moral à zéro. Ses nouveaux camarades viennent aussitôt à sa rescousse pour chasser ses idées noires : le tigreau évoque les chatouilles au ventre, l'ânon la douceur des joues qu'on caresse, le girafeau raffole des papouilles aux oreilles, ou le petit hippopotame se rappelle la complicité rigolote qui rend l'heure des retrouvailles moins longue à attendre...

De beaux instants sont ainsi partagés, avec toute la douceur et la tendresse de He Zhihong dont les illustrations inspirent une immense sérénité. Que de poésie à lire cet album !

La rentrée de Pinpin, de He Zhihong

seuil jeunesse, 2018

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Lison et la propreté

Cette chère Lison nous avait manqué ! On la retrouve dans des petites séquences rigolotes, qui pourront également être lues et relues en classe, en garderie ou autres lieux de collectivité, et ainsi mieux rappeler quelques règles de base : on éternue, on se lave les mains, on se brosse les dents, on se lave tous les jours, même si ça ne se voit pas, on change aussi de petite culotte, le shampooing ne pique pas les yeux, la poussière et la boue, ça va deux secondes, les microbes ça se propage donc on élimine avec du savon...

Rien de gnangnan dans cette lecture, au contraire, le ton est drôle et l'héroïne espiègne et adorable ! La série poursuit son petit bonhomme de chemin et c'est une réussite.

Lison et la propreté, d'André Bouchard

seuil jeunesse, 2018

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La Princesse au don perdu

Pour boucler cette tournée des petites merveilles, place au conte ! Où il est question d'un royaume et de cinq princesses, toutes dotées d'un pouvoir exceptionnel, à l'exception de la dernière. Iris, la plus jeune, a seize ans et n'a révélé aucune sensibilité, aucun don particulier qui pourrait participer à l'harmonie du monde. Quel drame, quelle catastrophe. Ses parents s'en inquiètent et convoquent les aïeuls. Tous poussent la princesse à trouver son don - ou le royaume va boîter et sombrer dans le chaos. Persévérante, mais malheureuse, Iris finit par se résoudre : et si elle était la princesse de rien ? Après tout, “le bonheur n'est finalement pas grand-chose : une douce mélodie, une brise dans les cheveux, la première feuille d'un arbre ou un joli coquillage. Un bonheur se cache dans les infimes et minuscules détails. Dans les grands et les tout petits riens.”

Cet album réserve une lecture passionnante et entraînante, avec des princesses, de l'aventure, du drame, du suspense... dans la pure tradition des contes qui font palpiter le cœur. Et les illustrations sont superbes !

La princesse au don perdu, de Paule Ferrier & Xavière Devos

de la martinière jeunesse, 2018

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01/10/18

Pêle-mêle : Une histoire très en retard - Coyote et le chant des larmes - Les feuilles volantes - Denis Fifty-fifty

une histoire très en retard

Il était une fois une page blanche… qui ne resta pas blanche très longtemps.

Ils sont cinq potes à attendre que l'histoire se pointe, sans se presser. L'un d'eux finit par perdre patience et se met à dessiner dans son coin, en fait sur la page de gauche. Et plus le temps passe, plus les compères s'interrogent, n'osant plus bouger de peur de louper le rendez-vous, tandis que le lapin continue son œuvre. Son imagination se déploie : un arbre, un dinosaure, des oiseaux, une balançoire, une maison bleue, une licorne, la pluie et le beau temps...

En bref, ce sont deux histoires qui se lisent en parallèle, l'une plus volubile avec ses créations colorées, l'autre plus cocasse avec ses espoirs et ses attentes désespérées. C'est drôle, c'est beau, c'est poétique. Oui, vraiment, Marianna Coppo est une enchanteresse et offre au lecteur le pouvoir de s'évader rien qu'en tournant les les pages d'un album. Superbe !

Une histoire très en retard, de Marianna Coppo

seuil jeunesse, 2018

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Coyote et le chant des larmes

Une petite colombe fait provision de graines dans la plaine, mais se blesse à la patte et se met à gémir sa douleur. Pas loin de là, un coyote perçoit son chant éploré et tombe en amour ! Il court la rejoindre pour complimenter la qualité de son chant et lui demande de répéter cette douce mélodie qu'il souhaite rapporter chez lui.

La colombe le traite de tartempion, avant de se raviser car elle craint d'être dévorée. Elle lui confie son chant, le coyote part en courant, bim, il chute et perd ses précieuses notes, du coup il revient et intimide la colombe, qui beugle à nouveau, et rebelote. Cette sérénade va se répéter. Trois fois.

Finalement, la colombe va se rebeller et duper le coyote ! Gare aussi au corbeau qui tournoie dans le ciel, encore “ un crétin sans oreilles”... Ha, ha ! Muriel Bloch nous régale avec ce conte surprenant et très drôle (inspiré d'après une légende indienne). L'auteur a le sens de la formule et de l'humour : on sourit tout du long à la lecture du dialogue improbable entre une colombe (une proie qui se refuse de l'être) et un coyote (un prédateur en quête d'inspiration). 

Coyote et le chant des larmes, de Muriel Bloch & Marie Novion

seuil jeunesse, 2018

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les feuilles volantes

Dans une vallée secrète, cinq personnages vont se croiser au cours d'une aventure palpitante. Sara la renarde décide de suivre les feuilles qui s'envolent vers un horizon incertain, Yula la louve, trop accaparée par sa peinture, se met en retard pour dire au revoir à son ami, Yuki l'oiseau, trop impatient de rejoindre la chaleur du sud, et qui se demande ce qui retient son artiste peintre préférée...

Ce premier tome des Contes de la vallée, qui se déclinent au fil des saisons, nous plonge dans une ambiance magique et fascinante. Ici, place à l'automne, au vent qui souffle, aux arbres qui se déplument, aux couleurs rousses et aux premiers frissons qui font tourner le dos à la langueur estivale. En clair, l'espagnol Carles Porta nous impressionne avec sa dextérité à mêler les techniques picturales et propose une lecture impressionnante, et de toute beauté.

On se familiarise avec un univers, mais on rencontre aussi des personnages, en assistant à la naissance d'une nouvelle amitié. L'histoire est adorable et un brin lyrique. On adore cette vision de l'automne, son atmosphère et son histoire qui tourbillonne. La mise en scène est franchement épatante. Il nous tarde déjà de lire la suite, Bonjour M. Froid (disponible en novembre). Les deux tomes suivants sont annoncés en 2019, au gré des saisons. C'est fantastique !

Contes de la Vallée : Les feuilles volantes, de Carles Porta

seuil jeunesse, 2018

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Denis Fifty-fifty

Denis Fifty-Fifty a six ans et demi, et il fait tout à moitié. Le matin, il mange une demi-baguette, boit un verre de lait à moitié vide et un bol de chocolat chaud à moitié plein. Il passe la moitié de sa vie à jouer, l'autre à s'amuser. Au foot, ce qu'il préfère, c'est la mi-temps. À la piscine, il a la moitié du corps qui flotte, et l'autre qui coule. Il ne fait que des demi-longueurs. Et ses notes à l'école sont moyennes (5 sur 10 ou 10 sur 20). Bref.

Le soir de son anniversaire, Denis ne dort que d'un œil. En fait, il voudrait que son chien Bowie souffle également ses bougies. Tous deux se faufilent dans le salon. Une chose entraînant une autre, un incendie et une inondation vont dévaster la moitié de la maison. Oui, oui. Son père et sa belle-mère n'en reviennent pas. Puis relativisent. Après tout, “c'est parce que Denis fait tout à moitié que nous sommes tous entiers”.

Voilà une joyeuse histoire, truffée de jeux de mots et de gags rigolos ! Où l'on perçoit aussi un portrait de famille recomposée sans mélo et qui raconte une vie ordinaire, avec ses anecdotes courantes, que le tempérament malicieux du jeune héros transforme en péripéties incroyables. 

Denis Fifty-Fifty, d'Olivier Costes & Laurent Simon

seuil jeunesse, 2018

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Pêle-Mêle : Quelle horreur ! - Billy cherche un trésor - L'Antarctique de Simon - La nuit de Berk - Les pois de Toni

quelle horreur

Catastrophe pour Paty ! Il lui reste seulement trois jours pour préparer son exposition et elle n'a pas avancé d'un pouce. Elle demande donc à ses amis de lui servir de modèles. À peine installée derrière son chevalet, Paty sent la fibre artistique lui chatouiller les ailes et se lance dans plusieurs techniques de dessin (aquarelle, collage de papiers, encre de Chine).

Face à leurs tableaux, les amis découvrent le résultat en faisant la grimace. Ils sont déçus. Paty est déçue. Impossible de s'exposer devant tout le monde - après tout, personne n'aime son travail. On va se moquer d'elle. Et patati et patata. Paty est à deux doigts d'annuler, quand arrive déjà le grand soir.

Se traînant comme une âme en peine jusqu'à son atelier, elle perçoit un joyeux tohu-bohu. Surprise ! le public est emballé et se pâme devant ses toiles. Bravo à cet album qui évoque l'art, la création, la sensibilité, les goûts et les couleurs... il n'y a qu'à demander : Claire Lebourg vous régale avec simplicité et tendresse. Très chouette lecture !

Quelle horreur ! de Claire Lebourg

l'école des loisirs, 2018

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Billy cherche un trésor

Notre ami Billy le hamster est de retour, dans de pimpantes aventures. Avec son pote Jean-Claude, tous deux décident de retrouver le trésor perdu de son grand-père. Pour les guider, ils ont une carte (difficile à décrypter), du courage (du moins, pas dans le noir...) et un casque avec torche intégrée (caramba, la géante araignée au détour du tunnel !).

Cette lecture est drôle, pétillante et cocasse. Son duo de personnages attachants, lancés dans des histoires palpitantes, est aussi la clef de la réussite de cette série créée par Catharina Valckx. On adore son humour malicieux et fantaisiste ! Tout est parfait, comme toujours.

Billy cherche un trésor, de Catharina Valckx

l'école des loisirs, 2018

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l'antarctique de simon

Bientôt minuit et Simon est incapable de fermer l'œil, seul dans son lit. Notre héros, fringant lapin blanc, ressasse ses vacances en Antarctique : un voyage mouvementé et riche en émotions.

Pour rendre visite à son ami Bob, Simon n'a pas hésité à enchaîner train, bateau et avion, à sauter en parachute, à dormir sous une tente, à braver la tempête, à croiser des manchots, puis à vivre sur une base isolée, prendre des bains dans l'eau froide, aller à la pêche et contempler les aurores australes.

Oui, vraiment, ce voyage lui a laissé des souvenirs impérissables ! La beauté des paysages, l'apprentissage d'une nouvelle culture, la reconnaissance d'une nature belle et sauvage, les retrouvailles avec son ami Bob... c'est beaucoup de sensations pour un petit lapin qui a le blues de la rentrée. 

Adrien Albert sait si bien raconter de belles histoires, simples mais enrichissantes, qui nous transportent dans des décors époustouflants, avec des créatures inattendues ! On en prend plein les yeux, on dévore chaque détail, et on retient la poésie des yukimarimos. Vous ne connaissez pas ? Rejoignez vite Simon en Antarctique. 

L'Antarctique de Simon, d'Adrien Albert

l'école des loisirs, 2018

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Après une épuisante journée à l'école, vous réalisez avec effroi avoir oublié votre précieux doudou dans le coffre à jouets. Vos parents vous rassurent, il est en sécurité et attend votre retour en toute tranquillité.

Mais c'est sans se douter des événements terribles qui se déroulent dans les classes, la nuit. Heureusement, Berk va tout vous raconter : l'escapade nocturne, l'escalade sur le bureau, le truc vert et gluant, les couinements bizarres et qui font peur... Tout ça, tout ça.

Croyez-moi, Julien Béziat a l'art du suspense et de la mise en scène ! Son album se lit avec la boule au ventre, dans l'impatience de connaître la suite de l'histoire. C'est rondement bien ficelé, palpitant et excitant comme il faut. Berk est un personnage désormais familier dans la vie des jeunes lecteurs, cf. Le mange-doudous et Le bain de Berk

C'est plein de Sprouitch Sprouitch qui fait glousser de plaisir ! Une lecture au TOP.

La nuit de Berk, de Julien Béziat

Pastel, de l'école des loisirs (2018)

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les pois de toni

Toni adore les bâtonnets de poisson. Il est capable de les avaler en trois bouchées. Par contre, il déteste les petits pois... trop ronds, trop verts, trop blurp. Papa n'est pas content et le menace : s'il ne termine pas son assiette, il sera privé de dessert. Sa petite sœur Lina fait moins de manières et peut déjà se régaler avec sa glace au chocolat. La vie est VRAIMENT trop injuste, se dit Tony, qui bougonne, qui peste, qui grogne et qui fait des caprices.

Alors il ruse et pense rouler son papa... lequel, pas dupe, le sermonne vertement. Sauf qu'au final, Tony a quand même droit à sa glace ! Et là, je ne comprends pas. Cet album se veut facétieux et complice avec le jeune lecteur, tout en renonçant à la carte moralisatrice. Après tout, pourquoi pas ? 

Les pois de Toni, de Maria Jönsson

pastel de l'école des loisirs, 2018

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28/09/18

Bilan du mois : Septembre 2018 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

quirky vintage girl

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Lus (cet été, mais rapportés en septembre) :

La dernière confidence d'Hugo Mendoza, de Joaquin Camps

Chère Mrs Bird, de AJ Pearce

Pas facile d'être une fille facile, d'Anna Premoli

Sans plus attendre, de Kristan Higgins

Comment le faire craquer en 10 leçons, de Joanna Bolouri

Trop beau pour être vrai, de Kristan Higgins

Poppy Wyatt est un sacré numéro, de Sophie Kinsella

On n'est jeune que deux fois, d'Adena Halpern

Les proies du lac, Kate Watterson

 

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Vus :

Spring Tide (Springfloden) : série suédoise (2016) inspirée d'après le roman Marée d'équinoxe

spring-tide

Une étudiante enquête sur un meurtre vieux de vingt ans (une inconnue a été enterrée vivante sur une plage et est morte noyée par la marée), parce que son père avait également bossé dessus avant de mourir. En voulant retrouver son ancien collègue, elle apprend qu'il est devenu SDF mais déterminé à venger ses semblables violentés par des voyous qui filment leurs exploits avant de les poster sur internet. Voilà une bonne série, au scénario poignant, qui ne montre pas que le bon côté de la Suède idyllique et idéalisée. Sinon, cela m'a donné envie de reprendre la lecture des romans écrits par Cilla & Rolf Börjlind (Cinqs lames d'acier, Colère blanche).

 

Trapped : série islandaise créée par Baltasar Kormakur (2015)

Trapped

Un cadavre mutilé est repêché dans le port d'une petite ville au nord de l'Islande, bientôt coupée du reste du monde à cause du blizzard. Un ferry tout juste arrivé du Danemark est contraint de rester à quai. La cohabitation avec les locaux s'annonce tendue, d'autant plus qu'un criminel se cache vraisemblablement parmi eux. Et le chef de la police n'est pas à la fête, depuis que son ex est de retour en ville. Ambiance glaciale dans ce polar qui tient en haleine et nous plonge dans une histoire sombre et implacable. On frissonne, on enchaîne les épisodes et on n'en revient pas des tours et détours du scénario. Très bon, tout ça !

 

The Rain : série danoise créée par Jannik Tai Mosholt, Esben Toft Jacobsen et Christian Potalivo (2018)

the rain netflix

Le synopsis faisant fortement penser au roman de Virginia Bergin, j'ai régardé par curiosité la saison 1 de cette série danoise. Tout commence par une pluie toxique qui décime la population. Un jeune frère et sa sœur sont envoyés par leur père (scientifique) dans un bunker pour y vivre en cachette. Au bout de quelques années, ils vont chercher à retrouver leur père et comprendre ce qui est arrivé au reste du monde. À l'extérieur, pourtant, le danger rôde toujours... dans l'air, mais aussi chez les rares survivants qui vont croiser leur route. Cela s'annonçait pas trop mal : un monde post-apo ravagé, des origines du mal encore énigmatiques, manipulation politique et un extrémisme scientifique qui enflamme les esprits... On y croit, et puis le résultat est assez bancal avec des personnages (jeunes adultes, principalement) débordés par leurs émotions et leurs hormones. En fait, c'est parfois risible et à côté de la plaque. Pas trop mon délire non plus. La série n'est peut-être pas mauvaise, juste inégale et perfectible.

 

The Innocents : série britannique créée par Hania Elkingon & Simon Duric (2018)

the innocents

Deux adolescents amoureux décident de s'enfuir loin de l'autoritarisme du père de la jeune fille. En route, ils croisent un type louche qui cherche justement à la kidnapper. L'adolescente va complètement paniquer et révéler une particularité dont elle-même ignorait l'existence. Après quoi, la série ne va cesser de nous surprendre. On est loin d'une banale romance interdite, l'histoire vire plutôt à la quête infernale pour comprendre un lourd secret de famille, avec en sus une touche fantastique et une ambiance captivante. Les ramifications de l'intrigue sont d'ailleurs plus nombreuses et opaques qu'en apparence. Les acteurs sont très attachants (excellent Harry Polk, alias Percelle Ascott). Et la musique, géniale !

 

Dark : série allemande créée par Baran bo Odar (2017)

dark netflix

Des phénomènes étranges se produisent dans la ville de Winden, autour d'une grotte et d'une centrale nucléaire. Ses habitants sont d'ailleurs tous impactés. En menant l'enquête pour retrouver son fils, un policier replonge dans son enfance alors que son jeune frère disparaissait dans des circonstances similaires. En fait, il faut bien s'accrocher car l'histoire va mélanger passé et présent à travers la destinée de plusieurs familles (depuis 1953 à 2019). C'est complètement fou, mais le scénario est habile, surprenant et compliqué aussi. Il ne faut surtout pas en perdre une miette tant l'ensemble est entremêlé. L'ambiance de cette petite ville allemande est également flippante, ce qui rend la fascination encore plus forte.

 

Anne with an E : série canadienne créée par Moira Walley-Beckett,
d'après le roman
de L.M. Montgomery (Anne of Green Gables)

anne with an e

Aaaaah, j'ai adoré ! Une belle bulle de fraîcheur dans cette grisaille : cette nouvelle adaptation du grand classique de Lucy Maud Montgomery est discutable (on s'éloigne beaucoup de la trame romanesque) mais inspire bonheur et bien-être. Impossible de résister. Les acteurs sont parfaits (Gilbert Blythe, en tête). Et les thèmes abordés sont multiples et avant-gardistes (féminisme, homosexualité, comment vivre sa différence dans un monde uniforme). Vivement la suite !!! 
PS : Le générique est superbe.

 

 

 

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27/09/18

Toute la vérité sur Ella Black, d'Emily Barr

Toute la vérité sur Ella BlackElla Black n'est pas toute seule dans sa tête : son double démoniaque (Bad Ella) lui empoisonne l'esprit et la pousse souvent à débrider toute sa rage contenue. Jusqu'alors, la jeune fille avait réussi à sauver les apparences. Ni ses parents ni ses amis proches n'ont conscience de ses troubles de la personnalité. 
Mais la situation lui échappe le jour où elle est arrachée brutalement du lycée, mise dans le premier avion pour Rio de Janeiro. Ce projet fou ne masque pas la fébrilité de sa famille. Et les réponses hasardeuses à ses nombreuses interrogations ne dissipent pas non plus le doute qui s'immisce en elle : Ella court un grand danger. Elle le sent, elle le sait. Même communiquer avec ses parents relève de l'impossible.
À l'hôtel, elle croise « le plus beau garçon du monde » et parvient à s'échapper de sa chambre pour filer en cachette à leur rendez-vous. Plage et caïpirinhas étourdissent de bonheur l'adolescente qui en oublie tous ses soucis. Le lendemain matin la rappelle, toutefois, à une cruelle réalité.
Et là, on s'accroche aux pages du livre. Car ce roman va vous étonner, vous balader, vous dérouter : mensonges, non-dits, secrets et révélations coulent en cascade. Il y a une vraie concentration des genres (suspense et crise d'ado, thriller et quête initiatique, romance et espionnage). C'est très excitant.
Comme Flora Banks, Ella Black est une héroïne complexe. Elle est fragile, sensible, difficile à cerner. Elle agit de manière irresponsable, se montre égoïste et vit des aventures assez peu crédibles (ou comment explorer les favelas au mépris des clichés). C'est un peu fort de café, mais on se retient de pester car ça reste une bonne lecture, rythmée et entraînante, riche en émotions et pleine d'exotisme. 
Résultat, on applaudit frénétiquement ! Autre lecture, autre ambiance... Le roman d'Emily Barr est franchement confondant et inattendu. 

Casterman, 2018 - traduit par Nathalie Bru

 

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Kaplan, de Sébastien Gendron

Kaplan

Sous la gouverne du général Dramek, le duché de Cushinberg a toujours marché à la baguette. Seul un quartier de la ville a résisté et, au terme d'une longue guerre civile, acquis son indépendance en devenant la République de Leeton. Depuis, les deux parties se regardent en chiens de faïence et multiplient les coups bas.
Responsable de la Force contre-insurrectionnelle, dans le Cushinberg, Kaplan reçoit l'ordre de s'introduire chez l'ennemi pour y implanter une petite graine virale. Il fait donc une entrée fracassante, au volant de son Oxian Dard rouge vif, et explose les barricades. Blessé, Kaplan est secouru par un môme du quartier.
Rimbold a seize ans et vit à Leeton dans une famille déjà marquée par la disparition du frère aîné. Le garçon va planquer l'inconnu en attendant sa guérison. Il lui explique alors les bombardements, les enlèvements, les familles sous pression... Kaplan est chamboulé par ce qu'il découvre. Il a le sentiment de ne plus être un étranger car il se sent également connecté avec cette ville. Peu à peu, sa conscience est mise à mal et sa mission compromise.
Et bim... Ne croyez rien de tout ça ! Car ce roman est malicieux. Son histoire n'est qu'imposture et faux-semblants. Mensonges et jeux de dupes. Vous allez vite découvrir que nul ne dit toute la vérité, que les personnages sont des manipulateurs patentés et que les apparences sont vaines. C'est donc une grosse arnaque qu'on nous raconte (et c'est tellement bien ficelé).
On y trouve aussi une pointe d'amertume dans cette vision d'une démocratie qui a viré en dictature. C'est retors. C'est ingénieux. C'est culotté. Ça se lit en une goulée tant c'est captivant. Un vrai tour de force, bravo.

Syros (2018)

 

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26/09/18

La cité des âmes perdues (The Mortal Instruments 5), de Cassandra Clare

La cité des âmes perdues

Clary et Jace savourent à peine leurs retrouvailles que le sort s'acharne encore sur eux. Jace a finalement cédé à ses pulsions démoniaques pour suivre Sebastian dans sa folie vengeresse. Il est désormais considéré comme un traître aux yeux de l'Enclave mais Clary s'imagine qu'il est possédé et ne répond plus de ses actes. Résultat, elle fonce bille en tête et va remettre son destin entre les mains de son frère et de son amoureux. 

En fait, quand on élimine tous les passages sur les prises de tête, les confusions amoureuses, les interrogations, les doutes, les quêtes impossibles et interminables, bref que du creux, on se retrouve avec une intrigue bien pauvre ! C'est triste de penser que la série est en train de s'épuiser de la sorte. Peu d'action et absence de renouveau. On tourne autour des mêmes problématiques (amour impossible, âmes tourmentées et non perdues). Je suis un peu déçue du constat, même si je trouve l'univers des Shadowhunters formidable et la puissance narrative de Cassandra Clare toujours conséquente, cela ne suffit plus pour épater la galerie.

Il me reste un dernier épisode, que j'espère riche en intensité et plus surprenant, avant de regarder la saison 3 sur Netflix (là aussi, une production hyper décevante mais passons). Côté technique, la voix de Bénédicte Charton est agréable à écouter, mais je trouve qu'elle module trop certaines intonations pour incarner les personnages (un Jace viril ou un Magnus snob), du coup ça paraît ridicule car trop caricatural. C'est ennuyeux.

©2012 Cassandra Clare / Univers Poche. Traduit par Julie Lafon (P)2018 Audible Studios

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25/09/18

En poche ! Une histoire des abeilles, de Maja Lunde

Dangereuses, mais sources de vie, les abeilles garantissent l’espoir du monde. Mais les abeilles disparaissent, inéluctablement, et dans l'indifférence. Victimes de notre espèce, elles en seront, peut-être, le salut. 

Une histoire des abeilles Pocket

Totalement sous le charme de la couverture, j'ai découvert avec ravissement une lecture pleine de sensibilité et étonnamment captivante. L'histoire se déroule sur trois époques et trois continents, à travers trois personnages et leur vie familiale.

En Angleterre, au milieu du XIXe siècle, William cherche un nouveau sens à sa vie car il juge son confort domestique étouffant, loin de ses rêves de jeunesse. Un jour, il trouve dans son bureau un livre sur l'apiculture que son fils Edmund aurait (intentionnellement, pense-t-il) abandonné. Voulant l'impressionner, William décide de concevoir une ruche révolutionnaire.
Ohio, 2007. Tom annonce à son père George qu'il ne reprendra pas la ferme car il souhaite devenir écrivain. Déprimé par cette nouvelle, l'homme perd goût à son travail, mais note avec inquiétude les premiers signes de disparition des abeilles.
Dans la Chine futuriste de 2098, suite au Colony Collapse Disorder (le Grand Effondrement ayant entraîné l'extinction des abeilles) le gouvernement a mis en place une politique pour “polliniser la nature à la main”. Tao est ouvrière et profite de son jour de congé pour partir en pique-nique dans la forêt... mais la sortie vire au drame. Son fils est transporté en urgence à l'hôpital et placé en soins intensifs. Son cas suscite une attention abusive des plus grands chercheurs du pays, au grand dam de sa mère qui est tenue à l'écart. Folle de douleur, elle fouille dans de vieux ouvrages évoquant les événements du passé et comprend le rôle de son garçon dans ce cataclysme.

Parce que l'écriture est belle, l'histoire romanesque et fascinante, on se surprend à tourner les pages du livre sans réaliser que le temps passe et que c'est déjà le point final. Il faut dire aussi que ce n'est pas uniquement une histoire des abeilles - même s'il y a urgence à les protéger et qu'il n'est jamais vain de le rappeler - c'est avant tout une histoire de transmission avec trois exemples de relations filiales qui ne sont pas simples. Chez William, par exemple, l'homme déploie une énergie incommensurable pour épater son garçon, et ne voit plus sa fille pourtant admirative du travail accompli. Inversement, les liens distendus entre Tom et son père vont peu à peu se ressouder à travers les épreuves. Quant à Tao, c'est un grand cri d'amour et de dévouement qui s'étale sous nos yeux, dans l'adversité et à travers son combat. En bref, c'est un roman remarquable, qui tente de symboliser l'espoir et réveiller les consciences écologiques, tout en évoquant l'amour filial avec tendresse et sincérité. En fermant ce livre, je me sentais imprégnée de poésie et de lumière ! 

Un peu à l'image de cette couverture chez Pocket : de toute beauté.

Traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon - repris chez Pocket (2018)

 

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24/09/18

Je sais où tu es, de Claire Kendal

Ambiance stressante à la lecture de cette histoire de harcèlement et de traque obsessionnelle.

Je sais où tu es

Alors qu'elle sort d'une rupture amoureuse, Clarissa rencontre Rafe et passe la nuit avec lui. Seulement, le lendemain matin, ses souvenirs sont flous. Elle préfère éconduire ce prétendant un peu trop pressant... mais Rafe ne l'entend pas de cette oreille. Il va la suivre dans la rue, l'inonder de cadeaux, fouiller ses poubelles. Très vite, Clarissa prend peur et ne sait plus quoi faire. Quand elle est convoquée en tant que jurée dans un procès pour viol, elle pense déjà qu'en s'éloignant, ses ardeurs vont se calmer. Loin de là. Rafe est encore plus redoutable et continue d'envahir son espace vital (sa maison, ses proches). Confrontée également à une audience pesante, Clarissa confond peu à peu sa situation à celle de la victime...

Gloubi-boulga émotionnel droit devant ! Tout d'abord, l'intrigue est construite de façon confuse. On patauge entre les parties racontées à la 1ère personne, celles adressées à la 2ème et les faits rapportées à la 3ème. En gros, on perd vite ses repères. On s'imprègne aussi du calvaire subi par Clarissa (sans oublier Carlotta). C'est palpable. On a envie de hurler après ce désaxé, de jeter le bouquin contre un mur, de fermer les yeux, de changer d'air. Bref. On se sent hyper mal. J'ai aussi beaucoup trop absorbé la souffrance des personnages car je suis sortie de cette lecture lessivée. Mais il y a tout de même un vrai malaise derrière tout ça, un truc qui cloche (impossible à expliquer) et qui fait penser qu'on va au-delà du moche et du dur. C'est très perturbant. Affreux et terrifiant.

Albin Michel (2016) - traduit par Nathalie Cunnington

Je sais où tu es - Cover image

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21/09/18

Ce qu'il reste d'Alice, de T.R. Richmond

CE QU'IL RESTE D'ALICEPar une froide soirée d'hiver, à Southampton, la police repêche le corps d'une jeune femme qui vient de se noyer dans la rivière. Alice Salmon, journaliste de 25 ans, était à l'aube d'une carrière prometteuse. La veille, elle avait arrosé ses retrouvailles avec ses amies puis était rentrée chez elle, complètement pompette. Que s'est-il passé ensuite ?
Les circonstances sont assez floues (suicide, accident ou meurtre) mais déjà le sujet fait débat, sur internet et dans la tête des gens, on raconte tout et n'importe quoi. Pour faire taire ces ragots, un anthropologue proche de la retraite décide de rétablir la vérité sur Alice en dressant un portrait façon patchwork (enquêter, recueillir, colliger). La famille s'y oppose car le projet est trop personnel et impudique.
En effet, le Professeur Cooke se base sur des extraits du journal intime d'Alice, des messages postés sur le blog de son amie Megan, des notes prises par son petit copain Luke ou des lettres écrites à sa mère Elizabeth... sans compter que les motivations du bonhomme semblent également discutables.
C'est tout le suspense de l'intrigue - rapporter de nombreux détails et embrouiller le lecteur. Un pari risqué... et loupé car j'ai trouvé le roman très fouillis. L'auteur a cru bon tenter une expérience (une construction alambiquée sur les nouveaux outils de communication) mais ça reste artificiel et peu convaincant. Les personnages ne gagnent pas en noblesse. Le mystère est élucidé, mais sans gloire. Suis sceptique.

Traduit par Pascal Loubet pour les éditions Calmann-Lévy (2015) / repris au Livre de Poche

ce qu'il reste d'alice calmann levy

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