19/05/17

Everything everything, de Nicola Yoon

everythingMaddie est atteinte d'une maladie rare - son système immunitaire est défaillant - ce qui la contraint à vivre cloîtrée chez elle, entourée de mille précautions. Âgée de dix-huit ans, la jeune fille n'a connu que les murs blancs de sa chambre et la vie dans les romans. Ses seules amies sont sa mère médecin et son infirmière, Carla. Puis débarque Olly, dans la maison voisine. Avec ses vêtements noirs, ses cheveux fous, son allure de saltimbanque qui gigote partout, il attire l'attention de Maddie qui le fixe derrière sa fenêtre. Lui aussi finit par la remarquer et toque chez elle armé d'un kouglof. Commence peu à peu une étonnante relation, entre pudeur et curiosité, méfiance et compassion, attirance et émotion. C'est juste incroyable, beau et très touchant ! J'ai adoré toute cette période d'apprivoisement, les messages échangés en cachette sur internet, les premiers rendez-vous à distance, les souffles retenus et les papillons qui explosent dans le ventre. C'est franchement adorable. J'étais sous le charme de cette idylle naissante, sans toutefois exclure le dilemme de l'adolescente, coincée dans sa bulle, privée de liberté, désirant enfin vivre sa vie et défier son destin. Face à elle, aussi, sa maman veille et gronde. Depuis la perte tragique de son mari et de leur fils, des années plus tôt, elle s'est dévouée corps et âme pour sa fille, quitte à la surprotéger. Aujourd'hui Maddie aspire à de nouvelles expériences et de nouvelles rencontres... La bulle de sécurité, son cocon douillet, semble être devenue trop étouffante, prête à exploser ! 

Je n'ai rien vu venir de la fin, pour le coup j'ai été grandement bluffée, tant mieux. J'ai beaucoup apprécié ce dénouement imprévisible et cette sensation d'une issue magique, qui rend la lecture encore plus précieuse et exceptionnelle. Ce roman est, en somme, un hymne à la vie, au pouvoir de l'amour et au droit de s'affranchir. C'est tellement beau qu'on en oublie tous les petits défauts, les raccourcis, les facilités. Et puis la couverture est déjà tout un poème... 

Bayard Jeunesse, 2016 - Trad. Eric Chevreau

SORTIE CINÉMA le 21 Juin 2017 : film réalisé par Stella Meghie avec Amandla Stenberg & Nick Robinson.

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Les Perles noires de Jackie O., de Stéphane Carlier

EN POCHE ! Une savoureuse comédie new-yorkaise qui a plus d'un tour dans son sac... 

Les Perles noires

C'est en faisant le ménage chez Irving Zuckerman, un vieil esthète amateur d'art et de jeunes apollons, que Gabriela tombe par hasard sur la combinaison de son coffre-fort, lequel contient 164 000 dollars, six lingots d'or et des perles noires ayant appartenu à Jackie Kennedy Onassis.

Sans le moindre scrupule, elle met au point un plan diabolique pour faire main basse sur ce trésor. Elle convainc d'abord son neveu Franck de s'improviser escort-boy pour approcher leur victime et s'introduire dans son appartement le temps d'une soirée. En amont, Gabriela a aussi pris soin de glisser quelques somnifères dans la bouteille de lait de son patron. Elle a également fait appel à une ancienne fripouille, qui connaît du monde en Belgique pour refourguer le collier de collection, et doit composer avec un adorable carlin, qui vagabonde au gré des chapitres, avant d'aspirer à ses rêves sous le soleil de Colombie. 

Ainsi peut donc commencer le casse du siècle orchestré par cette équipe de bras cassés. 

La suite réserve une bonne partie de rigolade ! Car le plan idéal va forcément cumuler les couacs et multiplier les scènes loufoques et insensées. On se croirait dans une comédie des années glorieuses (50-60s) où les situations cocasses s'enchaînent avec une parfaite virtuosité. C'est drôle, audacieux et virevoltant. Parfait pour combler des heures de détente !

J'ai Lu, 2017

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18/05/17

Là où tu iras j'irai, de Marie Vareille

là où tu irasEn couple depuis cinq ans, Isabelle file le parfait amour avec Quentin mais préfère le quitter lorsqu'il lui demande de l'épouser. Isabelle n'envisage pas d'avoir des enfants - elle affirme les détester - et choisit de lui rendre sa liberté. Effondrée par cet incroyable revers, Isabelle se retrouve sans toit et sans un sou en poche. Aussi, accepte-t-elle la proposition indécente de jouer la nounou chez la riche famille Kozlowski afin de séduire le maître des lieux et briser ses fiançailles avec sa coach du bonheur. Oui, Isabelle est au fond du trou. Elle débarque donc en baskets dans cette superbe villa près du lac de Côme et fait connaissance avec ses nouveaux employeurs - Jan, le célèbre réalisateur qui a brisé sa carrière d'actrice débutante quinze ans plus tôt, Valentina la douairière intraitable, les enfants Adriana, Zoé et Nicolas, qui ne vont pas faire dans la dentelle pour lui réserver un séjour mouvementé et éreintant. Qu'à cela ne tienne, notre jeune nanny laisse sa fraîcheur et sa spontanéité guider ses actes et ses paroles. Pour une soit-disante diplômée de Norland College, la prestation de ses services va se révéler explosive et inattendue !

J'ai souri tout du long à la lecture de ce roman gai et pimpant, dans lequel on partage les folles aventures d'une héroïne pas toujours exemplaire et particulièrement immature et frivole (oui, parfois Isabelle est exaspérante). Mais j'ai été irrémédiablement aspirée par cette spirale de folie douce et de candeur. Isabelle est étonnante de sincérité et de maladresse, prompte à se fourrer dans des situations improbables, évidemment sources de fous rires chez le lecteur. La mise en scène est digne d'une comédie moderne et enlevée, saupoudrée d'humour, de quiproquos et de rebondissements. C'est un vrai tourbillon, un festival de couleurs et d'émotions. On s'y sent merveilleusement bien.

Mazarine, 2017

Lire un extrait

 

heart

 

 

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Demain n'est pas un autre jour, de Robyn Schneider

Demain nest pas un autre jourLane avait déjà bâti son avenir selon un plan parfait - avec ses résultats brillants et sa motivation gonflée à bloc, le garçon visait une entrée en grandes pompes à Stanford. Au lieu de ça, c'est à Latham House qu'il pose ses valises avec un profond sentiment d'échec. Latham est un sanatorium pour jeunes malades atteints de tuberculose. Récemment diagnostiqué, Lane est contraint au confinement et au repos. Sur place, le garçon retrouve une ancienne camarade de colo, Sadie, qui s'est entourée d'une bande de potes turbulents, aimant flirter avec les limites du raisonnable. Lassé de son rôle de garçon modèle, au parcours irréprochable, Lane tente de les approcher mais se heurte à une Sadie hargneuse et rancunière. 

C'est parce que j'avais beaucoup apprécié le premier roman de Robyn Schneider, Cœurs brisés, têtes coupées, que j'ai décidé de me plonger dans celui-ci. Car un livre traitant de maladie et d'amour n'a généralement pas mes faveurs... L'autre aspect positif du roman, c'est son ambiance en vase clos, où des jeunes gens patientent et luttent contre une fin programmée, mais choisissent de profiter pleinement plutôt que de s'avachir dans leur coin en tremblant de peur. Ce sont des résistants, des guerriers, des héros. J'ai aimé suivre leurs transgressions dans les bois ou à la bibliothèque. Leurs échanges aussi sont pleins d'autodérision. Et sous leurs airs bravaches, forcément, on devine leurs failles, leurs trouilles, leurs espoirs... C'est très bon, merveilleusement écrit, avec certes un sujet réchauffé, mais le roman possède le même charme que Auprès de moi toujours de K. Ishiguro, autre lecture empreinte de nostalgie, de beauté et de poésie. Si vous aimez John Green, vous ne pouvez louper Robyn Schneider !

Gallimard Jeunesse, 2017 - Trad. Nathalie Peronny [Extraordinary Means]

« Jamais je n'ai eu autant envie de faire partie d'une bande qu'à cet instant précis. Ils détonnaient avec le reste de Latham, mais pas comme moi. Ils se comportaient comme dans un pensionnat strict à l'ancienne où on défiait l'autorité et où on enfreignait les règles en cachette. Je les trouvais plus combatifs que les autres. Moins enclins à pleurnicher sur leur sort et à passer leurs journées au lit. Ils n'étaient pas en vacances, ils vivaient une aventure. »

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17/05/17

Girl Online joue solo, de Zoe Sugg

Girl Online Joue SoloNouveau départ pour Penny Porter ! On le sait, après une tournée catastrophique dans l'ombre de son amoureux, Brooklyn Boy, la jeune blogueuse et photographe amateur a réalisé qu'elle devait se concentrer sur elle-même, ses besoins, ses ambitions, ses progrès... Une décision radicale, qui a entraîné Noah dans sa chute. Ce dernier a depuis disparu de la circulation. Sûre de son choix, ne regrettant absolument rien, elle se languit pourtant d'avoir de ses nouvelles et rumine sa frustration. Pour se changer les idées, Penny rend visite à son amie Megan, inscrite dans une prestigieuse école d'arts à Londres. Elle y fait deux rencontres décisives - un bel écossais à l'accent chantant, Callum, et une étudiante paralysée par la peur, Posey Chang. Comme à son habitude, Penny prend la biche aux abois sous son aile. Touchée par sa détresse, elle espère l'aider à soigner son manque de confiance en elle. Elle en sait quelque chose... Sa fragile embarcation risque cependant de vaciller avec le retour impromptu de Brooklyn Boy dans son quotidien, puis par la découverte d'une trahison dans son cercle d'amis et enfin par la sensation d'impuissance à consoler son meilleur pote Elliot, englué dans sa bulle de malheur et de drames familiaux.

Le roman est toujours aussi délicieusement puéril, superficiel et improbable mais a aussi du charme à revendre, ce qui rend sa lecture délectable et distrayante. Au fil des trois tomes de la série, Penny a conforté son image d'héroïne représentative de sa génération. Fragile, sensible, maladroite mais combative. C'est un modèle du genre 2.0, forte de son succès sur la toile, qui en connaît les rouages, les pièges et l'influence, rappelant aussi que ce nouveau mode de communication est le reflet d'une jeunesse connectée avec son temps, son époque et ses coutumes. Un support qui ne les coupe pas forcément du monde réel. Ou comment Girl Online cherche à réhabiliter internet comme un berceau de communautés où l'on fait son nid. Une série ô combien agréable et écrite sans prétention, qui véhicule bonheur, espérance et idéal. 

La Martinière J. / 2017 - Trad. Sophie Passant

« Je suis entourée de photos d'adolescents - des jeunes auxquels je ressemble et qui me ressemblent, toute une génération qui vit autant, et aussi bien, dans le monde virtuel que dans le monde réel. À ceux qui croient que nous gâchons notre jeunesse, ou qui se demandent pourquoi nous ne sommes pas dehors, à respirer le grand air, j'espère offrir, grâce à mes photos, un autre éclairage. »

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I am Princess X, de Cherie Priest

i am princess xEnfants, May et Libby se lient d'amitié et créent ensemble un personnage de BD, Princess X, reconnaissable par sa chevelure bleue, ses baskets rouges et son épée de ninja. Elles se lancent ainsi dans l'écriture de folles aventures et collectionnent rapidement une multitude de cahiers, témoins de leur foisonnante créativité. Puis, un jour, Libby est victime d'un accident de voiture avec sa mère. Sa disparition anéantit May, encore sonnée d'apprendre que le père de son amie a quitté la ville aussitôt et abandonné les archives de Princess X à des associations au hasard. May a définitivement perdu le dernier lien avec May, son chagrin est insurmontable.

Quelques années plus tard, May est partie vivre à Atlanta après le divorce de ses parents et rentre à Seattle chez son père pour les vacances. Qu'elle n'est pas sa stupeur lorsqu'elle découvre des autocollants de Princess X parsemés dans toute la ville ! Son personnage est désormais une héroïne sur internet, mais nul ne sait qui se cache sous son identité. May est troublée, ne voulant pas admettre que son amie Libby serait l'instigatrice de ce nouveau jeu de pistes, car à la lecture des aventures de Princess X sur Instagram, May soupçonne que Libby n'est pas morte, mais traquée par un dangereux individu. 

-.- Le scénario hallucinant. -.-

J'ai plongé en toute innocence dans ce petit bouquin à la couverture tape-à-l'œil et au contenu tout aussi plaisant - un mélange de bande dessinée et de roman à suspense. La mise en scène est efficace, elle suscite la curiosité, se joue des codes modernes et propose une intrigue à tiroirs qui fait la part belle aux rebondissements. J'ai sans doute moins mordu à l'hameçon, car je correspondais peu à la cible visée, mais j'admets que le caractère inventif du produit est agréablement surprenant et bien ficelé. 

Bayard, 2017 - Trad. Vanessa Rubio-Barreau

Illustrations : Kali Ciesemier

Pour être au taquet : instagram.com/iamprincessx/

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Les Super Méchants T.3 : Opération cochon d'Inde, de Aaron Blabey

Super méchantsClameur générale dans la salle. Saluons le retour de nos intrépides Super Méchants pour une nouvelle lecture à mourir de rire ! ^.^

Suite à l'Opération Poulets, notre fine équipe compte désormais un ennemi féroce - le Professeur Julius Marmelade. En apparence, un adorable cochon d'inde inoffensif... et en vrai, un savant fou milliardaire, animé de projets dangereux et incontrôlables. Gloups.

Pourtant, tout avait bien commencé pour notre ligue des justiciers avides de se racheter une conduite. M. Loup, Bill le Reptile, Señor Piranha, Bob l'Enclume et Pixel la mygale entendent laver leur nom et leur honneur en sauvant le monde et ses opprimés. Une noble ambition, constamment menée avec errance et chamaillerie. Car l'entente au sein du groupe n'est pas toujours au beau fixe, la méfiance est de mise, la mauvaise foi évidente, les caractères hargneux et le découragement jamais loin. Cette fois, notre quintet va tomber (bêtement) dans le piège tendu par leur redoutable adversaire. L'union fait la force, dit-on, ainsi que les beaux yeux d'un ninja... La Bande des Super Gentils (titre contesté à cause de sa niaiserie) va vivre de palpitantes aventures que l'on suit avec exaltation, tant les fous rires sont nombreux !

Je suis résolument FAN de cette série, qui apporte en quelques pages une bonne dose d'humour, de dérision et de truculence. Les illustrations font mouche, le rythme et les rebondissements de l'histoire sont également ingénieux et pertinents. J'ai été totalement embarquée, enchantée par cette virée désopilante et démentielle. Déjà hâte de lire le prochain tome... ☺

Casterman, 2017 - Trad. Emmanuel Gros

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16/05/17

Le Diable de la Tamise, d'Annelie Wendeberg

EN POCHE ! Sherlock Holmes fait la rencontre de l'étrange Dr Kronberg...

le diable de la tamise

Au cours de l'été 1889, le Dr Anton Kronberg, bactériologiste de renom, est appelé pour confirmer les traces suspicieuses de choléra sur une victime retrouvée morte dans la Tamise. Sur place, il y fait la rencontre de l'excentrique Sherlock Holmes, personnage nerveux et insupportable, qui lui inspire aussitôt une aversion épidermique. Il faut dire que le détective a mis à jour le secret inavouable de Kronberg en une poignée de mains et un simple coup d'œil. Anton Kronberg est en vérité une femme, Anna. Originaire d'Allemagne, où les études de médecine sont interdites aux femmes, puis exilée à Harvard, pour enfin exercer ses talents à Londres, Kronberg dupe son entourage depuis de longues années, mais au prix d'une incroyable mise en scène entourée de mille précautions. Elle a également choisi de vivre dans un quartier misérable, où elle tombe le masque et redevient Anna, infirmière à la coupe de cheveux peu conventionnelle, qui se faufile dans le dédale des rues puantes et crasseuses pour retrouver son amant, un crocheteur irlandais, et pour soigner les plus malchanceux. Son quotidien n'est pas sans risques, Anna en a conscience, malgré un moral d'acier et un tempérament de feu, elle redoute la découverte de sa vraie nature et de finir en prison. En attendant, notre affaire de macchabée va prendre un nouveau tournant pour remonter la piste d'un étrange réseau de trafics humains, sous couvert de servir les besoins de la science (un vaccin contre le tétanos), avec les dérives inhérentes aux ambitions dévorantes.

Le duo formé par Sherlock Holmes, à qui l'on prête une posture effacée et pleine de retenue, et le Dr Kronger, figure autrement plus complexe à cerner, est franchement détonnant ! Ces deux-là jouent un drôle de jeu entre attirance et répulsion, besoin de bousculer l'autre et prouver qui est le meilleur, un concours d'ego assez pesant au démarrage, car les deux parties se jaugent et font grincer des dents. Que d'arrogance !! Puis, ça se tasse car l'histoire finit par les convaincre que l'union fait la force, qu'une femme peut être aussi subtile et intelligente qu'un homme, qu'il y aura toujours l'inégalable Irene Adler, et désormais Anna Kronberg, remarquable pour son habileté au déguisement et sa vivacité d'esprit ! Toutefois, la perspective d'un trouble amoureux a failli me perdre. Pensez donc... Un mythe se meurt ! “Ses lèvres avaient la douceur de la soie. Tout à coup, mon cœur si peu raisonnable quitta ma poitrine pour aller s'installer dans la sienne. Je me demandais s'il avait remarqué le poids supplémentaire.” Huhuhu.

Mis à part ces petits détails, le livre se lit vite et bien. L'intrigue criminelle n'est pas époustouflante, mais reproduit efficacement une ambiance, un contexte, des enjeux médicaux etc. Bon point pour le décor. Je ne suis pas convaincue par l'esquisse des personnages, mais je reste curieuse de la suite de leurs aventures, ce roman étant le premier d'une trilogie. Cf. La dernière expérience, Presses de la Cité (2017).

10x18 Grands Détectives, 2017 - Trad. par Mélanie Blanc-Jouveaux (The Devil's Grin)

Meurtriers sans visage, de Henning Mankell

meurtriersUn matin d'hiver, en pleine campagne suédoise, un couple de paysans retraités est sauvagement assassiné dans leur ferme isolée. Seul détail incongru, le meurtrier a nourri le cheval avant de quitter les lieux. Kurt Wallander est perplexe. Sur son lit d'hôpital, l'épouse à l'agonie a murmuré avant de s'éteindre le mot “étranger” aux enquêteurs. L'information ayant hélas fuité, la presse se répand en propos acrimonieux et une flambée de violence se déclenche dans les rues d'Ystad, visant notamment le camp de réfugiés et les demandeurs d'asile.

L'inspecteur Wallander doit échapper aux raccourcis et ne pas tomber dans le piège des conclusions hâtives. Toutefois, notre homme est également préoccupé sur un plan personnel - il a 42 ans, sa femme vient de le quitter, sa fille refuse de le voir, son père fait des crises de démence sénile. La pression pèse sur ses épaules, Kurt est au bout du rouleau. Il se distingue pourtant par sa ténacité, refusant de rendre les armes, cherchant dans les moindres détails une réponse aux nombreuses interrogations qui entourent le meurtre des Lövgren, fouillant au passage dans leur passé, déterrant de vieux secrets de famille, dépouillant des coïncidences, débusquant les crapules... Il ne laissera rien au hasard.

Ce roman date de 1991 mais nous explose en pleine figure par son sujet - racisme et xénophobie, traitement des réfugiés, politique de sourds, une population en pleine dérive. Quel triste constat. Il s'agit également de la première enquête de l'inspecteur Wallander, personnage récurrent de la série policière de Henning Mankell, un anti-héros dépressif et déprimant, trop souvent exposé à la réalité douce-amère de la société suédoise et aux façades faussement lisses de ses contemporains. Un flic terriblement humain, avec ses failles, ses défauts, ses hésitations. On est loin du mythe de l'enquêteur aguerri !

Pour une raison que j'ignore, l'édition audio n'est accessible qu'aujourd'hui - Les Chiens de Riga remontant à 2009. C'est Marc-Henri Boisse qui nous embobine de sa voix rauque dans une interprétation sommaire, où l'on retrouve nos repères, un décor de désolation, le froid, la violence sous-jacente, la colère ronronnante, les bas instincts, le désœuvrement... C'est peut-être affaire de goût, mais je préfère lire Mankell durant la saison hivernale, car j'ai eu un peu de mal à me transposer dans son histoire alors que je baignais dans un contexte insouciant et ensoleillé. Mais le comédien fait le job, et puis c'est une valeur sûre, un bon classique du roman policier à la sauce nordique !

Texte interprété par Marc-Henri Boisse (durée : 9h 26) pour Sixtrid, 2017

Trad. Philippe Bouquet pour Christian Bourgois éditeur

 

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15/05/17

La Femme d'En Haut, de Claire Messud

La Femme d'en hautNora Eldridge a quarante-deux ans, elle est institutrice, célibataire, sans enfant, sans histoire. C'est la Femme d'En Haut. La voisine discrète et bienveillante, celle qui ne sort jamais des clous. La femme effacée, à la vie muette de désespoir.

L'arrivée en classe de son nouvel élève Reza va, sans prévenir, chambouler son quotidien. Ce garçon instinctivement la touche. Ses origines étrangères et son anglais bredouillé maladroitement lui attirent hélas les moqueries et les brimades de ses camarades, ce qui insupporte Nora. Elle prend fait et cause pour lui et fait ainsi la rencontre de sa mère Sirena. Celle-ci est belle, incandescente et fantasque. C'est une artiste, à la carrière florissante en Europe, son mari Skandar est un universitaire mondialement réputé, charmant, érudit et prévenant. Nora tombe sous le charme de la famille Shahid. C'est tout à la fois une histoire d'envie, de désir, de jalousie. Et de frustration.

Car Nora a passé quarante années à refouler ses élans. Élevée sous la coupe d'une mère possessive, et abusive, Nora a accepté de renoncer à ses ambitions. Elle qui rêvait d'être artiste voit en Sirena une projection de son hypothétique trajectoire. Sa compagnie va alors la libérer de ses entraves, la pousser à exprimer sa fibre créatrice. Vivre dans l'ombre de Sirena exalte les sens de Nora. De plus, elle adore Reza et se surprend à imaginer une vie de couple auprès d'un homme comme Skandar. Absolument troublant et confondant de sensualité. Du moins, aucune limite ne sera franchie.

Et c'est tout le pouvoir du livre. De se glisser dans la peau de Nora, de suivre ses pensées tortueuses et d'emprunter les méandres de ses contradictions. C'est un portrait absolument réussi, fort, incroyable, grinçant, poignant. Où ne perce nulle trace d'apitoiement, mais une profonde colère. Elle seule en connaît la cause, elle seule est également responsable de cette furie prête à déborder. La tension psychologique est explosive à la lecture de cette démonstration habitée d'espoirs fous et de fracassantes désillusions, avec en sus une âpreté du ton fatalement saisissante. 

Trad. de l'anglais (États-Unis) par France Camus-Pichon [The Woman Upstairs]

Collection Folio (n° 6104), Gallimard / 2016

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