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Chez Clarabel
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5 octobre 2016

L'Inconnu du pont Notre-Dame, de Jean-François Parot

L'inconnu du pont Notre-Dame

1786. Alors que le royaume s'agite autour du procès de l'affaire du collier, Nicolas Le Floch est envoyé en tant qu'émissaire à Rome pour rencontrer le pape Pie VI, puis rentre à Paris pour être aussitôt convoqué auprès de son ancien chef, Le Noir, désormais directeur de la Bibliothèque du roi. Celui-ci s'inquiète de la récente disparition de son conservateur au cabinet des médailles, le dénommé Halluin, pourtant un employé discret et zélé, mais autour duquel flotte aussi un vent de mystère. En fouillant son logement, Le Floch remarque, au vu des artifices trouvés dans son armoire, que les mœurs de l'homme seraient pour le moins particulières, mais qu'il détenait chez lui des contrefaçons de médailles tirées de la collection royale. Une enquête s'impose !
Paris, à la même heure, est en plein tohu-bohu autour du quartier du pont Notre-Dame. Les maisons sont rasées, le cimetière des Innocents déplacé. C'est une vraie pétaudière et la population s'agace. Forcément, au milieu du chantier, surgit le corps défiguré d'un homme. Et des conclusions s'imposent - serait-ce donc là l'insaisissable Halluin ? 
Notre commissaire aux affaires extraordinaires au Châtelet est bien en peine. Une autre affaire vient également le chatouiller sur le plan personnel. Lors d'une réception donnée par l'a
mbassadeur anglais, de passage à Paris, Nicolas rencontre son vieil ennemi, Lord Aschbury, ainsi que Lord Charwel et sa charmante épouse, la délicieuse Antoinette, qui n'est autre que son ancienne maîtresse et la mère de son fils Louis de Ranreuil. Cette dernière, espionne à la solde du roi Louis XVI, est infiltrée chez l'ennemi et doit demeurer aussi lisse et inexpressive que du marbre. Seulement Sartine s'en mêle et mande le jeune Ranreuil de servir de garde rapprochée à la lady, durant son séjour parisien. Bonjour la petite réunion familiale au sommet ! ^-^
Mais la politique reprend ses droits, et la menace gronde. La vie du roi est effectivement en danger, alors qu'il parcourt la campagne normande et se délecte de la liesse populaire, un complot digne d'un roman de Dumas voit le jour. Notre vaillant Nicolas va alors se jeter à corps perdu pour déjouer les plans machiavéliques des espions anglais. 

C'est un tome foncièrement palpitant, qui renoue avec les grands classiques aux intrigues enflammées, avec des figures aussi aimables et sympathiques que notre commissaire, son subordonné et ami, l'inspecteur Bourdeau, sans oublier le vieux Noblecourt, dont la santé est de plus en plus fragile, Catherine, la cuisinière alsacienne et la belle Aimée d'Arranet, qui boude dans son coin. C'est tout un univers familier qu'on retrouve avec grand plaisir. La lecture est également élégante, habile et instructive à brasser de judicieuses références historiques à une trame romanesque riche et enlevée. L'auteur lève le voile sur les origines de Le Floch, dresse aussi un portrait bienveillant de Louis XVI, un roi économe et précautionneux, qui détestait les jeux d'argent, et plante un Paris au bord de l'implosion avec les fumets de la révolution à l'horizon. D'ailleurs, on se régale toujours autant autour de la table de JF Parot ! Les descriptions abondent, les plats redoublent d'exotisme ou encensent le terroir, c'est goûteux et ça vous met l'eau à la bouche... Bref. Cette série est incontestablement savoureuse au sens propre et au sens large du terme. À découvrir sans attendre. 

10x18 Grands Détectives / Octobre 2016

Texte lu par François d'Aubigny (durée : 10h 51) pour Audiolib - Février 2016

L'Inconnu du pont Notre-Dame

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26 septembre 2016

Le Ciel nous appartient, de Katherine Rundell

Bénéficiant d'une reprise en format poche, ce roman est une petite pépite littéraire à découvrir sans hésiter !

Le ciel nous appartient

Sophie a survécu au naufrage d'un paquebot, après avoir été découverte dans un étui à violoncelle flottant au beau milieu de la Manche. Charles Maxim, un doux rêveur, a pris l'enfant sous son aile, lui promettant une existence harmonieuse et libre de toute contrainte. Ce ne sera pas du goût des services sociaux, qui vont établir que la demoiselle, à l'âge de 12 ans, ne peut plus partager le même toit qu'un célibataire du sexe opposé.

Charles et Sophie plient bagage pour la France où ils espèrent retrouver la trace de la mère de la jeune fille. Depuis toujours, elle est convaincue que celle-ci existe et l'attend quelque part. Charles n'a jamais prétendu le contraire, sans totalement l'encourager dans ses fantasmes. Après tout, « you should never ignore a possible » ! La suite de l'aventure est tout aussi stupéfiante, fantasque et exubérante.

Car cette lecture fait du pied à votre âme d'enfant, elle lui redonne du souffle et un formidable élan qui vous fait gravir des sommets (ceux des toits de Paris !). L'ambiance est magique, pleine de tendresse, de poésie, de fougue et d'espoir. Sophie et Charles sont deux personnages enchanteurs, elle amoureuse des livres et maladroite, lui “parlant anglais aux personnes, français aux chats et latin aux oiseaux”. Quel beau duo !

Leur cavale, menée sous le signe de l'espoir, ponctuée de jolies rencontres (Matteo et sa bande de danseurs du ciel), offre un plaisir rare d'évasion et de fraîcheur. À déguster avec un sourire béat aux lèvres. 

Traduit par Emmanuelle Ghez - Illus. de couverture : Antigone Konstantinidou

Folio Junior N°1767  - Septembre 2016

2 septembre 2016

Berezina, de Sylvain Tesson

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« Un vrai voyage, c’est quoi ?
– Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord d’un fossé. Dans la fièvre…
– Ah ? fit-il.
– Cette année ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.
– Pas possible ! dit Gras.
– Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? »

 

Quelle formidable épopée racontée avec panache, émotion et passion ! C'est tout ce qu'inspire le récit fabuleux du road-trip de Sylvain Tesson sur un vieux side-car en compagnie de son ami Cédric Gras, de deux camarades russes et Thomas Goisque, l'ami photographe.

C'est suite à un salon du livre basé en Russie que notre trio un peu fou lance ce projet de rentrer à Paris en suivant les traces des troupes napoléoniennes. Treize jours pour tenir un pari insensé à rouler sur des routes enneigées, par un froid de canard et couvrir la retraite de l’Empereur sur plus de quatre mille kilomètres. L'auteur nous entraîne dans une épopée carnavalesque et réjouissante, entre soif d'histoire et hommage bouleversant. On replonge dans des chapitres oubliés, on revit les batailles enfiévrées et on imagine la détresse de ces Français en déroute, leur lutte acharnée et leur désespoir face à des stratégies militaires proche du suicide. On éprouve aussi un formidable élan d'admiration pour les Grognards qui n'ont rien lâché et ont tout donné jusqu'au bout, malgré les conditions rudes, malgré le froid, la faim et malgré la fuite de Napoléon qui a précipité son retour à Paris en solo. Le moral des troupes est au plus bas, mais ces hommes se démènent pour sauver l'honneur. Une notion au sujet de laquelle l'auteur débat, tout en s'interrogeant sur l'héroïsme et notre capacité aujourd'hui à nous sacrifier pour la nation. Une cause hélas décotée. Il compare alors le génie de Napoléon qui avait réussi à imposer son rêve par le verbe, à étourdir les hommes, à les enthousiasmer et à les associer à son projet. « Il avait raconté quelque chose aux hommes et les hommes avaient eu envie d'entendre une fable, de la croire réalisable. Les hommes sont prêts à tout pour peu qu'on les exalte et que le conteur ait du talent. »

J'ai beaucoup aimé partager cette aventure, en alternant les pages du roman aux épisodes lus à voix haute par Franck Desmedt pour Audiolib. Le comédien livre une performance vivante et captivante, nous donnant l'illusion d'être à bord du side-car (ou presque) et d'être au cœur du récit. C'est passionnant, à dévorer en une bouchée tant on se sent porté par le feu de l'action. Une expérience où le sublime flirte avec le grotesque. Unique. Et fascinant.

 

Texte lu par Franck Desmedt pour Audiolib (durée : 4h 51) - Juillet 2015

Repris en poche chez Folio / Mars 2016

 

Cédric Gras, en bon baroudeur, a également fait l'écho de son récit de voyage à travers la Russie d'Extrême-Orient dans L'hiver aux trousses (Folio, 2016). 

Rien à voir avec les Grognards et Napoléon ! Il s'agit d'une autre quête fabuleuse et folle, qui consiste à partir à “la chasse aux feuilles rouges”. Soit, accompagner l'automne par tous les moyens possible (à pied, en camion, sur des canots ou à bord de remorqueur). Ainsi, des contrées polaires à la mer du Japon, ses pas ont foulé des parcelles méconnues de cette Russie du Pacifique. Une lecture totalement dépaysante ! 

 

7 septembre 2016

Sirius, Le Chien Qui Fit Trembler Le IIIe Reich, de Jonathan Crown

Sirius, Le Chien Qui Fit Trembler Le IIIe Reich

Ce roman ressemble à une farce sans en être une ! L'histoire raconte le parcours sensationnel d'un jeune fox-terrier depuis les rues de Berlin jusqu'aux studios hollywoodiens où notre animal à quatre pattes va devenir la nouvelle gloire montante du cinéma. Compagnon d'une famille allemande juive, les Liliencron, contrainte à l'exil avec la montée du nazisme et des persécutions antisémites, Sirius va également traverser l'Atlantique pour aller à la rencontre de son destin. Ce chien exceptionnel, qui comprend les humains et parvient à communiquer avec eux à sa façon, fait grand bruit et séduit les agents, les producteurs et même des stars comme Clark Gable, Carole Lombard, Humphrey Bogard ou Rita Hayworth. La carrière de Sirius atteint des sommets étourdissants. Mais son aventure ne s'arrête pas qu'au monde des paillettes, puisque notre toutou va malencontreusement être l'objet d'un cafouillage lors d'un numéro de cirque et être expédié sur un paquebot à destination de l'Europe. Retour à la case départ. Sirius rentre à Berlin, côtoie des dignitaires nazis et se trouve aux premières loges au moment où ces derniers élaborent leurs stratégies militaires. Il n'en faut pas davantage à notre prodigieux clébard pour partager les informations en envoyant des messages codés à Londres ! Cette histoire totalement improbable ne nous arrache pourtant pas des cris de révolte car il se dégage de l'ensemble une sensation grisante et primesautière qui rend la lecture entraînante, fraîche et enlevée. Les aventures rocambolesques de Sirius procurent autant d'enchantement que d'incrédulité, sans compter qu'au farfelu se mêlent aussi des anecdotes historiques véridiques qui vous replantent le décor en deux temps trois mouvements. C'est une lecture sans prétention, qui se découvre juste pour le plaisir d'un bon moment partagé et qui vous laisse une franche sensation grisante. Nicolas Justamon accorde son interprétation au vent de folie qui souffle sur le roman et rend du mieux qu'il peut son ambiance grand-guignolesque sans jamais forcer le trait. Très agréable, simple et joyeux.    

Texte interprété par Nicolas Justamon pour Sixtrid (durée : 6h 23) - Juin 2016

Traduit de l'allemand par Corinna Gepner pour les éditions Presses de la Cité

5 septembre 2016

Le Rituel de l'ombre, par Eric Giacometti & Jacques Ravenne

Le Rituel de l'Ombre

L'histoire s'ouvre en avril 1945. Le Troisième Reich est sur le point de s'effondrer. Sur ordre de dignitaires nazis, un convoi SS quitte Berlin en flammes pour évacuer de mystérieuses caisses. Au même moment, un professeur de neurologie est sauvagement assassiné, suivant le rituel évoquant la mort d'Hiram. Un coup de masse sur l'épaule, un sur la nuque, le dernier sur le front. 

Soixante ans plus tard, une archiviste est exécutée sur le même mode. Détail troublant, son travail consistait à éplucher des documents d'archives maçonniques qui avaient été pillés par les nazis, récupérés par les Russes et rendus aux francs-maçons. La même nuit, à l'université hébraïque de Jérusalem, un archéologue en possession d'une énigmatique pierre gravée est tué à son tour. Comme Hiram. 

Le commissaire Antoine Marcas, maître maçon, et Jade Zewinski, responsable de la sécurité de l'ambassade de France à Rome, vont mener l'enquête ensemble clopin-clopant. La jeune femme nourrit une rancune féroce à l'égard des francs-maçons, tandis que Marcas en affiche toute la panoplie et l'érudition. Le duo est au départ explosif, avant de se découvrir une attirance soudaine et incontrôlable. Ce revirement de situation a juste été risible, mais passons.

Marcas et Zewinski ont contre eux des tueurs chevronnés, appartenant à la Société Thulé, une confrérie occulte qui combat la maçonnerie depuis des lustres. Leurs agissements sont implacables et sans limites. L'histoire plonge judicieusement dans une atmosphère sombre et angoissante, selon une mécanique bien ficelée.  

De manière générale, Éric Giacometti et Jacques Ravenne nous introduisent dans une série sans prétention, avec pour toile de fond l'énigmatique franc-maçonnerie dont on découvre les coulisses, les rouages et le passé historique à grand renfort de descriptions pertinentes. Des points faibles demeurent : l'intrigue globale manque de force et les personnages de charisme, trop de discours fleuve et une sensation de bavardages inutiles. L'action aussi est en demi-teinte, et le dénouement en-dessous des attentes.

Je me lance cependant dans la lecture du prochain tome pour mieux juger cette série et croire au final que ce livre est une simple mise en bouche dont les longues explications ont un peu alourdi la dégustation.

Le lecteur choisi par Audible n'est autre que l'excellent Julien Chatelet. Son interprétation est limpide, agréable et donne justement envie d'écouter la suite. 

>> Ce livre audio est en exclusivité sur Audible - disponible en téléchargement.

©2005 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Texte lu par Julien Chatelet (durée : 13h 12)

Le rituel de l'ombre (Antoine Marcas 1) | Livre audio

 

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8 juillet 2016

Écoutez Lire : L'Omelette au sucre, de Jean-Philippe Arrou-Vignod

L'omelette au sucre

La série des Jean-Quelque-Chose est la lecture parfaite à partager en famille !

Prenez cinq garçons et leurs parents, puis plongez au cœur de leur quotidien, entre vacances à la neige, fête de Noël, cours de piscine, camp de scout ou séjour en Bretagne... Nous sommes en 1967, quelques mois avant la grève et les revendications syndicales, auxquelles nos garçons vont apporter leur pierre à l'édifice, avec leurs vélléités toutes personnelles. Après tout, qui ne tente rien n'a rien ! ^-^ À part ça, la tribu des Jean rêve toujours de télévision, bouquine chaque soir sous les couvertures avec une lampe de poche et s'imagine vivre les aventures du Club des Cinq. Avoir un chien comme Dagobert serait franchement génial. Bizarre, à la place leur père propose d'adopter une souris blanche !

Autre grande nouvelle pour la famille, maman attend un bébé. Les garçons, confiés aux bons soins paternels, auront alors l'honneur suprême de goûter à la fameuse omelette au sucre ! Incontournable. Et la lecture d'égrener de fabuleuses anecdotes qui font la part belle à la complicité et à l'esprit de famille. C'est chouette, simple, sans prétention. Il y a dans cette série une tendresse et une sincérité qui rendent la lecture confondante de bonheur. Sans compter que les histoires de famille nombreuse auront toujours un écho particulier chez nous... 

C'est donc à consommer sans modération ! Pour les lecteurs d'hier et d'aujourd'hui. Car toutes les générations peuvent se reconnaître dans cette formidable lecture ! 

L'interprétation faite par Laurent Stocker est excellente, avec une réalisation sonore très appréciable, qui donne une allure guillerette à l'écoute de cette chronique familiale indémodable (et qui figure parmi mes lectures fétiches !). ♥

Ecoutez Lire, chez Gallimard Jeunesse / Septembre 2008

Prix Lire dans le noir 2009, catégorie jeunesse.

 

Offre «  spéciale Kids » sur Audible.fr valable jusqu’au 31 août

Audible été enfant

Pour occuper sereinement vos enfants durant leurs trajets des vacances, testez les livres audio en découvrant parmi la sélection Jeunesse des textes joyeux, rigolos et incontournables (Le Petit Nicolas, Martine, Les Contes de la Rue Broca, La famille Motordu, P. P. Cul-Vert des Enquêtes au Collège, Le Chien des Baskerville, Le tour du monde en 80 jours...) ! 

Tout l'été, les titres du catalogue Jeunesse (jusque 10 ans) sont disponibles en téléchargement à moins de six euros.  N'hésitez pas. ☺

 

21 juin 2016

Ils ont grandi pendant la guerre (1939-1945), de Vincent Cuvellier

Ils ont grandi pendant la guerre

«Ce n'est pas un livre sur la Seconde Guerre mondiale, mais sur des enfants qui ont grandi pendant la guerre. J'ai rencontré des vieilles dames et des vieux messieurs... des râleurs, des sympas, des tristes, des gais, des combatifs, des politisés, des victimes, des rigolards. Y en a pas deux qui se ressemblent, mais tous ont un point commun: le stress et la peur. J'ai voulu montrer dans ces entretiens que ce sont des enfants d'hier qui parlent aux enfants d'aujourd'hui. Ainsi Jean, Yvan, Marie et les autres se souviennent et racontent...» Vincent Cuvellier

Remarquable ouvrage qui se penche sur l'histoire de nos parents ou grands-parents et leur enfance durant les années noires entre 39 et 45 ! 

On y découvre une poignée de témoignages tous plus passionnants et intéressants les uns que les autres : de la jeune Livia, fille de réfugiés italiens installés dans une ferme de l'Isère, qui redouteront d'être pointés du doigt à cause de leurs origines, mais qui n'hésiteront pas à donner un coup de pouce pour d'autres exilés ou pour soutenir la résistance française ; du jeune François, fils de bonne famille, qui suit la tendance, sans faire de vagues, rapport à une éducation rigide et religieuse ; du jeune Charles, dont le père est juif polonais, et qui échappera de justesse avec sa mère à la Rafle du Vél' d'Hiv ; du jeune Lionel Rocheman, qui deviendra le grand amateur de folk américaine, qui a porté une étoile jaune, qui a quitté Paris pour devenir agent de liaison chez les maquisards, qui a tracé sa route et qui est revenu à Paris désabusé, meurtri à jamais, comme souvent les rescapés comme lui... Et il y a la Tante Marie, en Normandie, courageuse et intrépide, bravant le feu pour récupérer l'essence d'un avion, pédalant crânement jusqu'à Caen pour prendre des nouvelles de sa grand-mère, partageant la liesse populaire à l'arrivée des soldats américains...

Au fil des portraits croisés, on parcourt aussi plusieurs aspects de la guerre (vivre sous l'occupation, le rôle de Pétain, le régime de Vichy, survivre avec le marché noir, organiser la résistance, suivre De Gaulle ou pas, la persécution des juifs, le débarquement des alliés, les bombardements, la bataille des Ardennes, le retour des prisonniers, la libération des camps...). Entre chaque témoignage, deux pages de documentaire sont glissées en intercalaire pour allier efficacement la part romancée et l'apport éducatif. C'est super enrichissant.

La lecture vaut de toute façon qu'on s'y attarde. Elle alterne les émotions, nous captive par la délicatesse des personnalités rencontrées, par les histoires confiées parfois avec une pointe de nostalgie, ou une immense tristesse. Certaines sont plus bravaches que d'autres. Et l'on découvre alors une guerre aux multiples visages. Une guerre qui a laissé des traces, qui a creusé des sillons sur les visages, qui hantent les mémoires et qu'il est nécessaire de cultiver par la force du souvenir. L'initiative de Vincent Cuvellier est excellente, à donner la parole aux témoins de l'époque, à cette génération qui s'épuise et qui va prochainement se taire à jamais, d'où l'importance de délier les langues, encore et toujours. 

« La vie normale va pouvoir reprendre. Mais quand on a connu la guerre, rien n'est vraiment normal. »

Une lecture indispensable ! 

Gallimard Jeunesse, coll. Giboulées / Novembre 2015

Textes documentaires : Odile Gandon

Illustrations : Baron Brumaire

19 décembre 2015

#Challenge Il était trois fois Noël 2015 : Contes pour enfants

Mimi et le dragon des montagnes

Mimi et le dragon des montagnes, de Michael Morpurgo & illust. Helen Stephens

Qui d'autre que Michel Morpurgo peut nous proposer un fabuleux conte d'après une légende de Noël ? Cette histoire se passe dans un village de montagne, en 1314. Alors que les habitants entonnent comme à leur habitude leur Tambourinade du dragon pour chasser cette créature loin de leurs foyers, une petite fille, Mimi Arquint, découvre dans la réserve à bois un bébé dragon en train de dormir sur les bûches. La fillette est époustouflée, mais n'en touche mot à personne. Il faut néanmoins veiller à sa sécurité et penser à le nourrir, avant de le reconduire jusque chez lui, auprès de sa mère, qui doit cracher du feu de mécontentement face à la disparition de sa progéniture. Futée, Mimi comprend que le bébé dragon est sensible à la musique, plus particulièrement au son de la cloche de Martha la vache. Ainsi, munie de son courage, la fillette décide de gravir la montagne jusqu'aux murailles grises du château du dragon. 

Une belle histoire, racontée avec simplicité et élégance, complétée de douces et ravissantes illustrations, qui viennent renforcer le sentiment d'une belle harmonie. Un joli conte, poignant, sincère et porteur d'un vrai message, sur les traditions, l'espoir, la joie et la paix dans le monde. C'est toujours beau d'y croire ! 

Gallimard jeunesse, Octobre 2015 - Traduction de Karine Chaunac

 

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Un Noël d'enfant au Pays de Galles, de Dylan Thomas & illust. Peter Bailey

Un Noël d'enfant au pays de Galles«C'était l'après-midi de la veille de Noël et j'étais dans le jardin de Madame Prothero, à guetter les chats avec son fils Jim. Il neigeait. Il neigeait toujours à Noël...»

Le poète Dylan Thomas se souvient des Noëls de son enfance dans ce très beau texte, qui respire la nostalgie et le charme de l'enfance émerveillée. Tout paraît enchanteur, un brin désuet, mais résolument enivrant. On plonge dans une ambiance et une époque oubliées, on respire le parfum des Noëls authentiques, on retrouve le goût du pudding flambé, du froid de la neige, des parties de boules endiablées, des légendes sur les cadeaux, les facteurs et les oncles...

Ce monde merveilleux est également restitué grâce aux illustrations de Peter Bailey, dont les aquarelles pleines de fraîcheur confortent l'idée d'une lecture d'antan et nous invitent à l'évasion ou à voyager dans le temps.

Une petite réussite, précieuse, anodine, bouleversante, joyeuse et délicate.

Gallimard jeunesse, octobre 2015 - Traduction de Lili Sztajn

22 avril 2016

#Sur les traces de... Louis XIV & Roi Arthur

Une approche documentaire des grands mythes et personnages de l'histoire, sous forme de récits épiques illustés, avec des notes en marge et des pages documentaires pour permettre au lecteur de comprendre et d'en apprendre davantage.  

Sur les traces du roi Arthur Sur les traces du Roi Arthur, de Claudine Glot  & illustré par Philippe Munch 

«Arthur, acceptes-tu ce royaume divisé, ces chevaliers rebelles ? La charge de les unir, de les pacifier, l'acceptes-tu aussi ? Seras-tu le roi de tous les Bretons, celui que cette terre attend ?»

Je ne me lasse pas de lire et relire les légendes sur le Roi Arthur, son fidèle soutien Merlin, ses chevaliers loyaux et exemplaires, autour de la Table Ronde, leurs récits épiques narrant leurs prouesses héroïques, les conflits et les larmes, les émois amoureux, l'éblouissante Guenièvre, dont la beauté fera tourner la tête de Lancelot, l'épée Excalibur, la cité de Camaalot, sa prospérité, son pouvoir et son influence... 

Les légendes Arthuriennes prônent l'idéal chevaleresque et l'amour courtois, les valeurs de l'époque médiévale, mais font aussi état des passions dévastatrices, sur lesquelles soufflent un vent de sortilèges et de magie. Ce sont des récits fabuleux, qui appartiennent au folklore traditionnel et qui continuent d'alimenter l'imaginaire et la fascination des lecteurs.

Seule Guenièvre en prend ici pour son grade, l'auteur n'hésite pas à tirer à boulets rouges sur elle, la présentant comme une amante exigeante et insatiable, une soupirante perfide et indélicate. Bref. Morgane et Merlin avaient vu juste ! ^-^ 

Ce petit ouvrage, impeccable, proprement rédigé, rend ainsi compte des grandes lignes de ces histoires de légende (il a été écrit à partir du roman de Chrétien de Troyes et de sources plus anciennes que l'auteur présente à la fin du livre). Je crois d'ailleurs que c'est l'un des plus gros succès de la collection, au vu de ses nombreuses rééditions. Un succès amplement mérité. 

Gallimard jeunesse, rééd. septembre 2015

 

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Sur les traces de Louis XIV Sur les traces de Louis XIV, de Thierry Aprile & Illustré par Antoine Ronzon 

«Et le jeune roi se mit à aimer ce métier grand, noble et délicieux, et comprit qu'un travail acharné était la clé de sa gloire et donc du bien du royaume...»

Projet ambitieux que de résumer les grandes lignes du règne de Louis XIV dans un livre de 120 pages ! L'auteur va donc brosser le portrait de ce grand monarque, en se basant sur dix événements marquants (allant du sacre du roi, l'arrestation de Fouquet, la conquête des villes de Flandre, la révocation de l'édit de Nantes, la guerre de succession d'Espagne) et rendre compte de la volonté d'un homme aux ambitions démesurées.

Sa politique guerroyante, qui flatte sa vanité mais plonge le pays au bord de la ruine, sa folie des grandeurs, avec Versailles, son faste, ses jardins, sa cour et ses favorites, son besoin de briller, ses rituels de la journée, son choix d'une monarchie absolue... Toute la grandeur du Roi Soleil, qui reste aujourd'hui dans les annales.

Pourtant Louis XIV aura également fragilisé sa dynastie, en vidant les caisses du royaume et en affamant son peuple, si bien que lors du passage du cortège funèbre, celui-ci sera hué d'insultes ! Ses héritiers vont également payer les pots cassés.

Lecture passionnante et instructive. Une collection très pertinente, aux titres variés, à découvrir à tous les âges. 

Gallimard jeunesse, septembre 2015

4 juillet 2016

L'Âme du chasseur, de Deon Meyer

L'âme du chasseur

Qu'est-ce qui pousse Thobela Mpayipheli à filer sur une moto à travers tout le pays, sans jamais ralentir son rythme, avec à ses trousses police, services secrets et journalistes ? Tout a commencé par la visite d'une jeune femme inquiète pour son père. Celui-ci, un vieil ami de Thobela, a été kidnappé par des individus qui réclament en échange un disque dur contenant de précieuses informations. Thobela a une dette à vie envers cet homme et n'a pas d'autre choix que de se rendre à Lusaka en Zambie pour le tirer d'affaire. Une décision assez lourde et pesante, puisqu'elle implique de renouer avec un passé qu'il pensait avoir rangé au fond du placard et qui le replonge dans les affres de l'angoisse d'une violence incontrôlable, alors qu'il s'était juré de ne plus jamais se salir les mains. Depuis quelques années, Thobela mène une vie tranquille, auprès de la femme qu'il aime et de son fils, et ne veut pas bousculer ce bonheur. Mais le temps presse, puisqu'il n'a que soixante-douze heures pour accomplir sa mission casse-cou. Il réfléchira plus tard aux conséquences de ses actes.

On pourrait s'attendre à une lecture frénétique et ébouriffante, comme le laisse supposer cette folle course-poursuite sur les routes du Cap et ses environs, on s'imagine sur le bolide de Thobela en train de foncer à toute berzingue pour se débarrasser du contrat sans plus attendre, avec les embûches d'usage pour pimenter l'action. Au lieu de ça, on constate que l'histoire ménage ses effets, qu'elle livre ses informations au compte-gouttes, qu'elle nous balade entre le passé et le présent, qu'elle ne néglige aucun détail et se focalise sur tous les personnages (et ils sont nombreux à courir après Thobela). Cela donne de l'ampleur à l'intrigue, malgré son rythme saccadé, le roman paraît plus touffu et profond. La lecture invite aussi à la découverte de l'Afrique du Sud, grandiose et magnifique par ses paysages, sans toutefois ignorer la réalité sur le terrain où le danger quotidien est permanent, la situation économique, sociale et politique gangrenée par la corruption et le passé historique du pays. Deon Meyer étoffe ainsi habilement son œuvre par sa richesse des intrigues et sa palette des personnages livre après livre (pas de Benny Griessel ni de Mat Joubert ici présent). Encore un bon moment de lecture.

Texte interprété par Eric Herson-Macarel, pour Sixtrid, Février 2016 (Durée : 12h 35)

Traduit par Estelle Roudet (Proteus) pour les éditions du Seuil / Repris chez Points (2006)

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1 juin 2016

Après toi, de Jojo Moyes

après toi

Dix-huit mois après sa bouleversante rencontre avec Will Traynor, Louisa Clark tente de reconstruire sa vie dans son appartement londonien, après une longue fuite à travers l'Europe et le besoin d'accomplir quelque chose sans déterminer exactement quoi. Au final, Louisa travaille dans un bar minable près d'un aéroport, n'a pas revu sa famille et s'enfonce dans une solitude déprimante. Un soir, après plusieurs verres d'alcool, Louisa traîne sur sa terrasse, plus mélancolique que jamais, avant de basculer dans le vide. Elle reprend connaissance dans une ambulance et découvre son secouriste (^Sam^) d'un air hébété. Louisa est en vie, un vrai miracle. Ses parents accourent aussitôt à son chevet et se font du souci pour elle.

Suspectant une grande fragilité et des envies suicidaires, ils lui conseillent de s'inscrire à un groupe de soutien psychologique pour personnes endeuillées. Louisa, par crainte d'être jugée, masque premièrement la vérité mais ne cache rien de sa profonde détresse. Pourtant, cette équipe de bras cassés viendra à bout de ses réticences et lui donnera les bons tuyaux pour ne plus couler. En attendant, la vie de Louisa est également chamboulée par l'arrivée de Lily, une adolescente en souffrance, en pleine quête identitaire, qui s'incruste chez elle et fait de son quotidien un enfer. Et là, ne cherchez pas à comprendre, Louisa Clark renfile sa panoplie de sauveuse des âmes perdues et part en campagne pour soigner ce chaton égaré.

Ouhlala. Cette nouvelle orientation m'a clairement laissée perplexe. J'ai trouvé l'introduction du personnage de Lily parfaitement incongrue, l'implication de Lou dans son parcours franchement exagérée. Et ce ne sont pas les seuls détails qui me posent problème, ça et là, l'histoire prend des tours et des détours déconcertants, souvent des longueurs inutiles, qui ne servent qu'à couvrir une intrigue assez faible et qui renvoient une image moyennement positive de Louisa - son ambition est toujours aussi inexistante, sa vie en mode off. Retour à la case départ. Et on imagine Will de là-haut en train de pester après les anges... Soupirs.

La lecture n'en est pas moins agréable à parcourir, puisqu'il est toujours appréciable de retrouver l'univers ouaté et confortable de Jojo Moyes, tout en gardant à l'esprit que cette suite est un pêché mignon. J'ai eu la grande faiblesse de la découvrir par pure curiosité, anticipant des retrouvailles réjouissantes avec des personnages qui avaient su me toucher. Certes, la famille de Lou manque également au décor, trop peu présente à mon goût, elle nous prive de son festival de dingueries à sa juste valeur. C'est dommage. Le roman reste principalement ancré sur Lou et ses éternelles incertitudes, son obsession pour Will et son chagrin incommensurable. Reste plus qu'à enduire tout ça d'artifices et de subterfuges plus ou moins convaincants pour avaler cette bonne soupe réchauffée. Slurp.

Texte lu par Emilie Ramet (durée : 11h 58)

Traduit par Alix Paupy pour Milady (After You), juin 2016

Après toi | Livre audio

En exclusivité sur Audible FR - uniquement disponible en téléchargement.

 

 

# Mois Anglais 2016 :  Un roman qui se passe à Londres

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18 mai 2016

Mémé dans les orties, d'Aurélie Valognes

Mémé dans les orties

Précédé de sa réputation de serial killer, Ferdinand Brun ne s'est fait aucun ami dans son immeuble, et ça l'arrange plutôt bien. Seul son chien Daisy mérite toute son affection. Le reste, c'est peanuts. Ferdinand est un vieux monsieur aigri par la vie, les gens, la famille, les voisins, la concierge, son ex-femme, le facteur, etc. Il aime sa solitude, son cocon tranquille, ses émissions tv, sa petite routine. Qu'on ne vienne pas lui casser les pieds. Aussi, le jour où il retrouve le corps accidenté de son animal de compagnie, il choisit de se jeter sous un bus mais revient à lui sur un lit d'hôpital. Ferdinand est coriace, pourtant sa fille Marion, qui vit à Singapour, s'inquiète pour lui et envisage de l'envoyer en maison de retraite... sauf s'il lui prouve le contraire. Elle fait confiance à Mme Suarez, la concierge de l'immeuble, pour jeter un œil sur son intérieur et certifier que tout va bien. Han, han. Ces deux-là se livrent une guerre des nerfs depuis son installation dans l'appartement. Ferdinand le sait, il est fichu. C'est du moins sans compter sur l'aide providentielle de sa nouvelle petite voisine, Juliette, neuf ans, enfant précoce, et de Béatrice Claudel, une fringante mamie, ultra connectée, qui adore rendre service. Eh oui, on s'en doute, l'existence de Ferdinand va se métamorphoser et transfigurer notre homme. Ferdinand Brun va se bonifier, s'ouvrir à ses semblables et non plus considérer l'autre comme un intrus ou une entité négligeable. Cette lecture nous raconte donc l'histoire d'un miracle, avec simplicité, cocasserie et tendresse. J'ai beaucoup apprécié. Le personnage de Ferdinand est impayable, décrit exprès comme un type détestable, qui ne supporte rien et qu'on enquiquine sans raison, qui rend coup pour coup (ah, la tactique du gendarme !) et qui aime ça, réfléchir à des plans retors pour cultiver sa mauvaise réputation. Sacré Ferdinand. Impossible de ne pas craquer pour le bougre ! On passe ainsi un très agréable moment, sans prétention, juste pour se détendre. Personnellement j'ai trouvé à ce roman le même charme que dans les histoires de Barbara Constantine où la communion, l'harmonie, le partage et l'optimisme sont les maîtres mots. Ajoutez une pincée d'humour et des aventures rocambolesques, et vous obtenez du bonheur à l'état pur. Simple, mais efficace. ♥

Texte lu par Marie-Eve Dufresne pour Audible FR (durée : 4h 41)

>> Ce livre audio en version intégral  est proposé en exclusivité par Audible uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Michel Lafon (P)2015 Audible FR

Mémé dans les orties | Livre audio

 

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20 avril 2016

Carnets noirs, de Stephen King

CARNETS NOIRS

Bill Hodges est de retour ! Flic à la retraite, reconverti détective pour tromper son ennui, l'homme a pris part à l'arrestation de Mr. Mercedes et se retrouve à nouveau impliqué dans une traque infernale en compagnie de ses fidèles assistants, Holly et Jerome. Mais ne précipitons pas notre affaire, car le trio intervient assez tardivement dans l'histoire, laquelle nous a d'abord introduit un pauvre type frustré, qui déboule chez son auteur préféré, l'arme au poing, pour faire main basse sur le contenu du coffre-fort et saisir sa collection de carnets noirs. Morris Bellamy est en effet obsédé par la série à succès de John Rothstein, celle des aventures de Jimmy Gold, bouclée en trois tomes, et dont la fin n'a absolument pas convaincu notre lecteur assidu. Ayant pris connaissance de l'existence d'une suite, cachée, le gars a craqué et perdu tout contrôle. Envoyé en prison, il passera des années à rêver de son trésor enfoui. Seulement voilà, la malle a été découverte par un gamin, Peter Saubers, considérant là une véritable aubaine pour sauver ses parents de la banqueroute. 

Après cette brillante entrée en matière, lente, longue, pointilleuse et nécessaire, on retrouve les rouages d'une littérature policière assez classique, où l'auteur excelle à planter une ambiance et esquisser des personnages désaxés franchement inquiétants. Une fois tous ces éléments en place, il est facile de se fondre dans la lecture et d'en suivre la cadence imposée. La lecture audio est également agréable et envoûtante (même si le défaut d'Antoine Tomé reste et demeure son interprétation des voix féminines beaucoup trop crispante). Ce sont ainsi 14 heures d'écoute palpitante et entraînante. Il faut dire ensuite que l'histoire sert ici d'exutoire au concept de la création littéraire, la barrière entre le lecteur et l'auteur, la fascination obsédante des fans, le pouvoir de l'imaginaire, l'étincelle nécessaire pour inventer et embarquer un public (un bon lecteur ne fait pas forcément un bon auteur). Ce retour sur le pouvoir de la fiction, près de 30 ans après Misery, pointe ainsi du doigt tous les changements et les comportements de notre société en mal de sensations... Par contre, l'auteur s'est de nouveau planté dans son dénouement, expédié trop rapidement et sans grande surprise. Seule la brève apparition de Barry Hartsfield sert de teasing racoleur et troublant. 

Texte lu par Antoine Tomé pour Audiolib, Avril 2016 (durée : 14h 39)

Traduit par Océane Bies & Nadine Gassie pour les éditions Albin Michel (Finders Keepers)

Challenge ABC Policier Thriller Challenge ABC Policier Thriller Challenge ABC Policier Thriller

7 avril 2016

Ce que je peux te dire d'elles, d'Anne Icart

Ce que je peux te dire d'elles

C'est une histoire de femmes et de filles qui se raconte dans ce roman d'Anne Icart. Une histoire de sœurs, Angèle, Justine et Babé, qui grandissent auprès de leur grand-mère et qui vont apprendre à voler de leurs propres ailes en suivant leurs rêves et leurs espoirs fous. Angèle, qui souhaite devenir journaliste, fait la rencontre de Charles qui ne ménage pas ses efforts pour la séduire et la convaincre de faire un bout de chemin ensemble. Justine, indépendante et frondeuse, se lance dans la couture, apprend, fait des merveilles et va créer son propre atelier de mode. Babé, la plus jeune, la plus sensible, est aussi le maillon essentiel du trio, celle qui consolide le groupe et répare les petits bobos, prête une écoute attentive, cajole les moues boudeuses et sèche les larmes. Blanche, bientôt, se joindra à ce fabuleux essaim. Bébé de l'amour fou, mais rappel incessant de ce qui n'est plus. La fillette va grandir dans l'ombre d'une mère aux humeurs lunatiques, atteinte d'une grave dépression, qui la privera des petites attentions, des gestes affectifs et des témoignages de tendresse. Blanche, par précaution, se tiendra à distance de l'amour et suscitera à son tour un gouffre de frustration chez sa propre fille, Violette, laquelle quittera le nid très tôt, en colère et demandeuse d'explications. Et le roman de s'ouvrir sur un simple coup de fil, Violette a accouché d'un petit garçon. Blanche se rend, par le premier train, à son chevet et ressasse l'histoire du clan Balaguère sur près de cinquante ans.

Quel doux roman ! Il est à la fois généreux, simple, tendre, attendrissant, fort et poignant. Toute l'histoire est centrée sur un magnifique portrait de famille, dont la particularité est d'être essentiellement conjuguée au féminin. Et quelle énergie ! Que de luttes ! Les filles Balaguère ont aimé, ont donné, ont perdu. Elles ont mené chacune leurs propres combats, ont trébuché et se sont relevées. Leur complicité n'était jamais à l'abri de coups de griffes, les colères souvent explosant dans leur appartement rue d'Aubuisson à Toulouse, également suivies de rires et de larmes. C'est une vie colorée, bruyante, passionnée et passionnante. Et j'ai pris un plaisir fou à partager la chaleur et l'exubérance de ce cocon familial. On s'y sent à son aise, on y trouve sa place et on écoute avec grand intérêt les vies de chacune se raconter avec pudeur et sans tricherie. Cela a beaucoup de charme, en plus d'être attachant.

>> Également disponible en livre audio, en exclusivité sur Audible, uniquement en téléchargement.

Ce que je peux te dire d'elles | Livre audio

©2013 Robert Laffont (P)2015 Audible FR

Lu par : Benedicte Charton - Durée : 7 h 30

 

21 mars 2016

Le Cadavre dans la Rolls, de Michael Connelly (Harry Bosch #5)

Le cadavre

Suite à son coup de déprime, cf. Le dernier coyote, Harry Bosch vient tout juste de retrouver sa place au sein de la brigade criminelle, avec une promotion à la clef en tant que chef de son équipe comprenant Jerry Edgar et Kizmin Rider (nouvelle venue). Pour célébrer la fin du weekend du Labor Day, un concert du Philharmonique est donné en plein air, alors que Bosch est appelé, non loin, pour enquêter sur l'assassinat d'un producteur de cinéma, Tony Aliso, tué d'une balle dans la tête, le corps retrouvé dans le coffre de sa Rolls. Une exécution sommaire, qui semble porter la signature du crime mafieux. Mais Bosch n'est pas du style à se satisfaire des apparences et entend chercher plus loin. Il rencontre la veuve, glisse ses pas dans ceux de la victime, se rend à Vegas, négocie avec la police urbaine, se mouille avec la pègre locale et se coltine une fois encore les affaires internes. Une triste habitude pour notre inspecteur précédé de sa réputation d'empêcheur de tourner en rond. Au-delà de toutes ces tractations et magouilles politiques et judiciaires, Harry va également se confronter à un fantôme de son passé - l'inoubliable Eleanor Wish, croisée dans Les égouts de Los Angeles - avec laquelle il a très, très envie de faire un bout de chemin. Et plus encore. 

Ce tome recense l'aspect le plus bling-bling de la ville des anges et sa jumelle racoleuse - Vegas et ses casinos, ses clubs, ses hôtels, son argent sale, sa mafia et ses blondes fatales... Par certains aspects, on aurait presque pu s'imaginer dans un polar des années 50, à la Raymond Chandler (Veronica Aliso est un cliché du genre). Harry est cependant très éloigné de Philip Marlowe et choisit de nous surprendre avec ses idylles qui lui donnent des ailes et le font accomplir des merveilles ! Whooo... Ce tome m'inspire donc plusieurs sentiments et oscille entre le pur roman noir, l'épisode indissociable d'une série qui ne cesse de s'enrichir et la lecture de pure distraction avec des rebondissements à la clef, un coupable insaisissable et des fausses pistes lâchées exprès pour étourdir le quidam. Un rendez-vous indiscutable. 

Points, coll. Policiers, thrilles & romans noirs ♦ Juin 2014 pour la présente édition

Traduit de l’anglais par Jean Esch (Trunk Music) pour les éditions du Seuil

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16 mars 2016

Sans Atout et le cheval fantôme, de Boileau-Narcejac

Sans Atout CD

François est, pour la première fois, triste de se rendre au château de Kermoal pour les vacances. Son père a décidé de le mettre en vente et les acquéreurs ne manquent pas, même si leurs projets font tous sursauter le garçon. Seul un certain Van der Troost, un hollandais, se montre sincèrement emballé par la perspective de restaurer ce monument du patrimoine. Et peu à peu le garçon est gagné par son enthousiasme, n'hésitant plus à faire l'inventaire des trésors cachés du château. Il est également à deux doigts de lui révéler un autre secret : tous les soirs à minuit, on entend le bruit d'un cheval dans la lande. La rumeur se répand aussi vite et parle d'un cheval fantôme ! Le garçon, intrigué, mène son enquête.

Ce classique de la littérature policière jeunesse, publié en 1971, procure cette sensation inexplicable d'une douce nostalgie captivante, en plantant un décor et une ambiance hors du commun. Rien que pour ça, j'ai beaucoup apprécié. L'histoire n'est bien sûr pas en reste et propose un formidable rendez-vous de mystère, d'aventure et de suspense. François, surnommé Sans-Atout, est un garçon plein de ressources et de curiosité, dont l'attachement au domaine de son enfance va le pousser à fouiller dans les légendes locales et les galeries souterraines de Kermoal. C'est une lecture au caractère quelque peu désuet, mais qui puise là aussi tout son charme ! 

Texte lu par Arnaud Bédouet, Luc Alexander, Étienne Fernagut, Cyril Lévi-Provençal, Laurence Merchet, Bruno Raina, Delphine Rich, Didier Rousset.
Réalisation: Arnaud Bédouet.

Une interprétation remarquable et une ambiance sonore de grande qualité font vivre les aventures rocambolesques et pleines de rebondissements du jeune François Robion, alias Sans Atout.  


Gallimard Jeunesse / Coll. Écoutez lire  ♦ Mars 2016

Texte abrégé (durée : 3h)

Illustrateur de couverture : Émile Bravo 

Sans Atout Folio

Texte disponible en Folio Junior / Juin 2007

 

15 mars 2016

Sous l'emprise des ombres, de John Connolly

Sous l'emprise des ombres

Imaginez une communauté repliée sur elle-même, attachée à ses traditions et allergique à toute intrusion. Ce qu'il se passe à Prosperous reste à Prosperous. Cette petite ville du Maine vit sous la gouverne du conseil des Anciens, impliquant le chef de police, le pasteur et la vieille Hayley Connier, laquelle est chargée de filtrer les informations pour préserver leur image proprette. Ils ont fixé leurs propres lois, les font respecter sans état d'âme. Aussi, l'entrée en scène du détective Charlie Parker, venu enquêter, après de longues, longues pérégrinations, sur la mort suspecte d'un sans-abri et la disparition de sa fille Annie, provoque quelques remous au sein du conseil. Parker empiète sur leur territoire, Parker pose trop de questions, Parker pose et impose son rôle de trublion. Prosperous voit rouge et va répliquer sans attendre. Et promis, ça va saigner. Tout ce mystère autour de Prosperous nous enveloppe dans un climat de doute et d'angoisse particulièrement réussi et rend la lecture piquante, grinçante, flippante à souhait. Sans cela, j'ai eu un mal fou à entrer dans le roman, car j'avais l'impression de prendre un épisode en cours (il s'agit du tome 12 de la série Charlie Parker) et je ne comprenais rien du tout. Il y a notamment un fil rouge concernant le Collectionneur, sans plus de précision pour les non-initiés, ce qui est extrêmement perturbant. Globalement c'était bien, voire très bien, dès lors qu'on découvre les arcanes de Prosperous, ses secrets, ses mensonges, ses rituels et ses sacrifices, mais c'était aussi déconcertant de débarquer au milieu du schmilblick, dans le cercle de Charlie Parker, sans les présentations d'usage. J'aurais sans doute apprécié davantage si j'avais commencé la série par le début (Tout Ce Qui Meurt). À méditer... ;-)

Pocket / Mars 2016 

>> Ce livre audio en version intégrale vous est proposé en exclusivité par Audible,

uniquement disponible en téléchargement.

Sous l'emprise des ombres | Livre audio

Traduit de l'anglais par Santiago Artozqui pour les Presses de la Cité (The Wolf in Winter)

Lu par : François Tavares (Durée : 12 h 59) - Audible FR / Mars 2015 

 

9 novembre 2015

Divergente 3 : L'allégeance, de Veronica Roth

Divergent 3

Le monde de Beatrice Prior, alias Tris, ne cesse d'évoluer et l'entraîne toujours plus loin de ses acquis. Et l'histoire de nous rappeler qu'il y a une vie au-delà des murs de la ville de Chicago. (J'avais pratiquement zappé ce détail, j'ai failli être surprise.) En avant donc pour de nouvelles rencontres et d'autres découvertes sur les divergents, les factions et la politique élaborée pour sauver l'humanité. Le temps est à la réflexion, mais c'est assez lent à se mettre en place, très bavard et procédurier. Les discours fleuve dégoulinent des pages du livre et anesthésient notre esprit assoiffé d'action. On ingurgite ainsi énormément d'informations qui complètent notre vision de la série - et la chamboulent aussi sous toutes les coutures.

Est-ce que j'ai apprécié cette nouvelle étape ? Disons qu'elle demande un instant d'adaptation, mais il est vrai que j'ai été moins emballée, car on est à des années lumière du rythme trépidant des débuts. Cette série qui a démarré sur les chapeaux de roue a choisi d'opérer un virage à 180° pour intégrer son discours sur l'acceptation de l'autre et de ses différences, sur le refus de la «pureté des races», qui est une notion abjecte et rédhibitoire, mais que Veronica Roth traite avec tact, non sans maladresse, car ses lecteurs ont aussi eu le sentiment d'être baladés dans ce dernier tome.  

Au cœur de cet imbroglio scientifico-politique, la relation entre Tris et Tobias tente péniblement d'exister et cherche coûte que coûte à s'épanouir ou à trouver une base solide. Elle connaît des hauts et des bas, fait planer le doute quant à sa survie après le énième coup dur de l'un contre l'autre. Alors que Tris prend de l'assurance et se relève après chaque chute, Tobias apparaît plus fragile et rongé par ses démons. Il n'en finit pas de ruminer de vieilles blessures mais a appris de ses erreurs et ne veut plus cacher la vérité à Tris. Et alors qu'on s'imagine que le couple joue sur la transparence et a acquis une complicité infaillible, paf, l'histoire de nouveau malmène leur amour et nous renvoie dans les cordes.

C'est une lecture aux émotions en dents de scie - après une lente, lente démonstration de la vie qui s'écoule hors des murs de la ville, l'histoire tente de se désembourber en cherchant un dénouement plausible et propose donc une solution bidouillée à la va-comme-je-te-pousse (je suis déçue par son côté expéditif, mais j'ai aimé l'option prise, les choix audacieux de l'auteur et ce semblant d'apothéose qui survient au chapitre 50). Ce final a su rattraper la sensation de lenteur et d'attente qui a accompagné une grande partie de ma lecture. Je garderai donc une profonde sympathie pour cette série, même si je comprends que d'autres lecteurs aient pu se sentir berner par son évolution après le tome 1. Maintenant je ne crains plus d'être spoilée .... ouf ! ☺

Nathan / mai 2014 ♦ Traduit par Anne Delcourt (Allegiant) ♦ Prochainement au cinéma.

Forte de son succès, la saga Divergente va suivre l'exemple de plusieurs de ses prédécesseurs, comme "Harry Potter", "Twilight" ou "Hunger Games", dont le dernier volet s'était décliné en deux films au lieu d'un. Allegiant fera ainsi l'objet de deux parties (Note de moi-même : mais y-a-t-il matière à en tirer deux films ? je reste dubitative quant au contenu qui s'annonce trèèès long !). Pour info, le calendrier est déjà calé aux Etats-Unis : le 16 mars 2016 pour "Allegiant Part. 1", et le 24 mars 2017 pour "Allegiant Part. 2".

15 février 2016

Pinocchio raconte Pinocchio, de Michael Morpurgo & ill. par Emma Chichester Clark

Pinocchio raconte Pinocchio

Pinocchio est loin d'être mon conte préféré, pourtant il m'a été impossible de résister à cette adaptation de Michael Morpurgo. Parce que, Michael Morpurgo. En duo avec Emma Chichester Clark, dont les illustrations pleines de charme ont su apporter de la fraîcheur à cette histoire d'un grand classicisme. Un vent de folie souffle donc sur cette version, et ça fait du bien.

C'est donc l'histoire d'un petit bout de bois, sculpté pour en faire un pantin, que quelques larmes de détresse ont su animer par magie. Ainsi naquit Pinocchio. Ses parents, fous de joie, se plient en quatre pour combler tous ses désirs, à tel point que ce fils trop gâté agit souvent sans réfléchir et leur cause beaucoup de chagrin. Pinocchio a soif de liberté, d'aventure et de découverte, aussi court-il droit devant, sans s'arrêter, zigouillant sans vergogne un Grillon Parlant, avant d'être rongé de remords, ou suivant naïvement un duo improbable, constitué d'un renard boîteux et d'un chat aveugle, avec la promesse d'une future grande fortune. Pinocchio est un benêt, mais un benêt attachant. Après tout, « grandir est une période passionnante et difficile ». Son apprentissage est une mise à l'épreuve de chaque instant, une série de tentations, un lot de souffrances, une suite de dangers et de catastrophes, d'erreurs et de malheurs, d'espoir et de bonheur. De vraies montagnes russes. Cette lecture pleine de dynamisme est ainsi touchante dans son approche, en donnant la parole à Pinocchio lui-même, qui livre sa propre version de son histoire légendaire. Morpurgo a puisé l'inspiration dans l'œuvre de Carlo Collodi, mais en apportant sa touche personnelle, beaucoup plus actuelle. Le roman n'en est que plus innocent et malicieux, surprenant et drôle.

Gallimard Jeunesse / Octobre 2015 ♦ Traduit par Diane Ménard (Pinocchio)

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SOURCE : Emma Chichester Clark

 

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Et pour les amateurs du genre, n'hésitez pas à vous pencher sur le roman de Gilles Barraqué, Fantoccio (L'École des Loisirs, 2015) dans cette version tout aussi originale et inattendue. 

Fantoccio par Barraqué

Une nuit, dans la campagne de Toscane, sur la table d'une demeure crasseuse, un grand pantin de bois s'éveille à la vie, aidé par de puissantes incantations de sorcellerie. Fantoccio, doté des facultés de penser, de ressentir et d'agir, conçoit aussitôt sa naissance comme un vrai miracle. Geppetto, son maître marionnettiste, a de grands projets pour lui mais ce destin tout tracé va de moins en moins enchanter notre créature, qui ne supporte plus les faux-semblants. Sa rencontre avec la jolie Livia, dont il tombe amoureux, lui donnera aussi l'envie de voir plus loin, de briser ses chaînes et de satisfaire ses rêves insensés.

C'est un douloureux apprentissage de la vie, raconté avec beaucoup de tendresse et d'émotion. Le personnage de Fantoccio rappelle évidemment celui de Pinocchio dans sa perception naïve des choses et la grande désillusion qui succède ses découvertes, sauf que le héros de Gilles Barraqué est davantage un adolescent, qui porte sur son entourage un avis teinté d'amertume et de déception (j'ai parfois pensé au mythe de Prométhée & Frankenstein). Fantoccio est un garçon avec des pulsions et des interrogations, et tout ça fait que ça grouille dans sa tête, au risque de déborder. Il n'accepte plus d'être une “marionnette” entre les mains de son créateur et aspire à s'émanciper. Ce saut dans le vide fait écho au passage à l'âge adulte, un cap délicat, qui ne se déroule pas sans heurt. Ce roman d'une grande sensibilité n'est pas à mettre entre toutes les mains, d'autant plus que son style abattu est à mille lieux de la plume poétique et enchanteresse que j'avais savourée dans Au Ventre du Monde. Une impression plus mitigée, donc. 

 

23 février 2016

Kobra, de Deon Meyer

Kobra

Lecture anarchique oblige, je redécouvre un Benny Griessel requinqué et fringant cowboy comme membre des Hawks, l'unité de police spéciale, après l'avoir croisé en sale posture, au fond du trou et alcoolique, dans Jusqu'au dernierSa vie amoureuse aussi se porte au mieux, même si notre homme est chiffonné par des soucis techniques, qu'il n'ose confier à personne, par honte ou par pudeur. Résultat, son entourage s'imagine déjà que sa mine des mauvais jours signifie que Benny a replongé dans son addiction et ses vieux démons. Ceci étant, l'enquête policière va également solliciter son attention et ses méninges. Un triple assassinat dans une guest-house, un client britannique disparu et des douilles de cartouches gravées d'une tête de cobra... Benny Griessel et son adjoint Cupido en restent comme deux ronds de flan, soucieux d'avance de négocier avec les prérogatives internationales. Mais le mystérieux Cobra, ce criminel qui tue plus vite que son ombre, ne chôme pas et vient de signer un nouveau massacre en ville, en abattant des agents de sécurité qui venaient d'interpeller un jeune pickpocket. Et bim, Tyrone Kleinbooi prend à son tour sa place sur l'échiquier... La suite ne demande qu'à s'écrire. Et c'est rondement mené. 

Car on a là un bon bouquin d'action, qui nous envoie en Afrique du Sud... fragile et violente, comme ses héros ! L'intrigue se déroule sans temps mort et se lit tout aussi efficacement. Rien n'est laissé au hasard pour amener à un dénouement particulièrement haletant et surprenant. Cette série policière est une découverte riche en émotion et pleine d'entrain. Une très bonne pioche.

Sixtrid / Juin 2015 ♦ Interprété par Eric Herson-Macarel (Durée : 11h 37)

Traduit par Estelle Roudet pour les éditions du Seuil ♦ Disponible en poche Points Policier / Novembre 2015

Kobra POints

12 février 2016

Mon imagier autour du monde, de Christelle Lardenois, Annelore Parot, Cécile Hudrisier & Pascale Hédelin

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Quel fabuleux imagier, dans lequel trois illustratrices de talent ont uni leurs efforts pour partager avec les jeunes lecteurs la diversité culturelle à travers le monde. Le résultat est magnifique ! On voyage à travers les pages, on se remplit les yeux de couleurs et de dessins tous plus ravissants les uns que les autres, et on s'abreuve d'informations aussi précieuses que concises, qui donneront aux enfants l'envie de voir plus loin.

Ainsi, au fil des chapitres, depuis l'Europe jusqu'en Afrique, en passant par l'Amérique du Sud, l'Inde, l'Indonésie et les Etats-Unis, c'est le festival des papilles (tapas, sushis, bortsch, blinis, litchis, canard laqué, naans, nasi goreng, chips de crevette, zlabias, couscous, tortillas, churros, beignets de poisson, jus de mangue, cupcakes & hamburger), mais aussi le défilé des objets traditionnels et des clichés emblématiques qui correspondent à un pays ou une région : le maneki-neko du Japon, les matriochkas russes, la troïka, le samovar et les boubliki, le panda roux de Chine, le tuk-tuk indien, le becak indonésien, le rhinocéros de Sumatra, et d'autres créatures à consonnance fantastique, le banteg et le rhinopithèque, le tamarin-lion doré, le xique-xique, la grenouille dendrobate, le pygargue à tête blanche & le grand géocoucou...

Autant de noms magiques, qui font immédiatement rêver, rien qu'à les prononcer à haute voix. N'hésitez pas à compléter la découverte en feuilletant les pages de ce bel imagier, aux aspirations débordantes de tendresse et de surprise.  

De la Martinière Jeunesse / Janvier 2016

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18 janvier 2016

Viscères (Jack Caffery 7), de Mo Hayder

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Septième enquête de Jack Caffery & plus de respect pour l'ordre de lecture, tout se perd... Ceci dit, cette lecture m'a vraiment époustouflée avec sa construction inattendue, mais tout à fait percutante. Pour commencer, il n'y a pas de crime. Pas de meurtre violent. Pas de victime mutilée. Pas d'enquête à ouvrir. Alors, quoi ? On a bien les lieux d'un drame, les Tourelles, la propriété de la famille Anchor-Ferrers, où deux jeunes gens ont été massacrés dans les bois quinze ans plus tôt. Même si le tortionnaire croupit derrière les barreaux, la famille est encore profondément marquée par cette tuerie et vit repliée dans la maison. C'est là que tout bascule. Deux hommes se pointent chez eux et prétendent mener une enquête de police. Les Anchor-Ferrers paniquent aussitôt, pensent au double assassinat et au déséquilibré relâché, ils craignent pour leur vie et celle de leur fille Lucia. Les deux types s'introduisent dans l'imposante demeure, et la porte se referme. Je vous laisse découvrir ce qu'il va suivre ... mais c'est juste dur, dur, dur pour les nerfs ! Et il fait quoi, Jack Caffery, pendant ce temps-là ? Il promène un chien. Un chien abandonné. Et il recherche ses maîtres. Il espère obtenir, en échange, des informations sur la disparition de son frère Ewan. Si, si. Nous en sommes toujours là. Notre flic hanté par son passé, qui tourne sur lui-même, incapable d'avancer si on ne lui donne pas LE coup de pied aux fesses pour décrocher une fois pour toutes. Les révélations tomberont-elles ? Oui. Alleluia. Mais elles vous flanqueront un sacré coup au moral.

Pour qui souhaite un grand rendez-vous d'angoisse et de terreur, cette lecture tombe à point nommé. L'histoire en vase clos confère un sentiment d'étouffement, qui prend vite aux tripes. La position est inconfortable, on meurt de trouille et on se fait du mauvais sang, mais en même temps on n'en démord pas, on a envie de connaître la suite et on l'ingurgite d'un trait, oubliant le reste du monde, sursautant au moindre mouvement de clenche, vérifiant même s'il n'y a aucune ombre suspecte derrière la porte. Mo Hayder a réussi son coup en créant un énorme effet de surprise, avec une intrigue d'une intensité psychologique remarquable et poignante, où tout repose simplement sur l'attente et la supposition. C'est diabolique, et j'en redemande. 

Pocket, Janvier 2016 ©2015 Presses de la Cité. Traduit de l'anglais par Jacques Martinache (P)2015 Audible FR  

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Viscères Audible

 

10 février 2016

Le Charme discret de l'intestin, de Giulia Enders

LE CHARME DISCRET DE L'INTESTIN

Giulia Enders, jeune doctorante en médecine et passionnée de gastroentérologie, rend ici compte de la stupéfiante mécanique de notre système digestif de manière simple, claire et précise. Selon elle, des problèmes tels que le surpoids, la dépression, le diabète, les allergies s'expliqueraient par notre façon de considérer, voire parfois maltraiter, notre intestin, reconnu comme étant notre “deuxième cerveau”. Blablabla. Je ne vais pas entrer dans les détails, car Giulia Enders est plus douée pour étayer ses théories en une démonstration roborative, et néanmoins facétieuse, qui vulgarise la science et le médical. Même un élève de lycée, accro de SVT, se sent comme un poisson dans l'eau avec cette lecture ! Quid des autres, plus réfractaires au sujet ? Ils seront également surpris par la lisibilité du propos et auront le sentiment de tout capter, sans trop se creuser les méninges. Les allergies alimentaires, le lactose et le fructose, les nausées, les salmonelles, le cholestérol, les toilettes turques, les antibiotiques et les probiotiques, l'hystérie hygiéniste... bref, ils n'auront plus de secrets pour vous. ;-) La lecture peut ainsi se résumer à une histoire de rot, de prout et de caca, du manger bien et intelligent, des habitudes à adopter, à apprendre, à modifier, pour concrètement se dire « je défèque ce que je suis, je suis ce que j'avale, j'avale en bonne intelligence et fais du bien à mon corps, mon corps me le rend bien ». Ha, ha. C'est à picorer par petites bouchées, pour éviter la surchauffe et pour soulager toute tendance hypocondriaque. Un livre qui serait presque d'utilité publique. ;-)

Jessica Monceau, la lectrice, fournit une interprétation éclairante, agréable à l'écoute et qui participe également beaucoup à l'appréciation enthousiaste de cette découverte. Il n'est, certes, pas aussi évident de choisir un ouvrage documentaire en livre audio, contrairement à une œuvre de fiction, il faut ici se concentrer davantage, sans compter que les illustrations du bouquin, faites par Jill Enders, la sœur de l'auteur, manquent cruellement pour compléter les descriptions. Cela reste, cependant, une expérience instructive et enrichissante.

Audiolib / Janvier 2016 ♦ Texte lu par Jessica Monceau (durée : 8h 22)

Téléchargez l'extrait (mp3, 2 Mo)

Traduit de l'allemand (Darm mit Charme) par Isabelle Liber pour Actes Sud

5 février 2016

Mort sur le Nil, d'Agatha Christie

Mort sur le Nil

Scandale dans la bonne société anglaise ! La belle et riche héritière, Linnet Ridgeway, vient d'épouser son régisseur, Simon Doyle, auparavant le fiancé de sa meilleure amie, Jacqueline de Bellefort. Le couple convole en justes noces en Égypte, avec l'extrême désagréable surprise de trouver l'amoureuse déchue à leurs trousses. Voilà une attitude fortement désobligeante. Jacqueline se défend d'être jalouse ou haineuse, mais son attitude prouve tout le contraire. Hercule Poirot, lui, est également troublé pour l'entêtement de la demoiselle, dont il avait déjà croisé le chemin à Londres, alors qu'elle se trouvait en galante compagnie et ne cachait rien de ses sentiments amoureux. Pour notre détective belge, c'était assurément une démonstration excessive et préoccupante. Alors que ce joli monde embarque à bord de la même croisière sur le Nil, l'ambiance est aussi lourde de sensualité que de cupidité autour de ce singulier trio. Et le danger gronde... Ce livre est sans doute celui dont j'ai vu et revu le plus souvent l'adaptation tv, à tel point que l'histoire a fini par s'imprimer dans mes petites cellules grises. Merci Hercule ! Il n'empêche que j'ai pris grand plaisir à voguer sur le Nil en compagnie de ces voyageurs crapuleux (la brochette de personnages est large et croustillante), en plus d'assister à un mélodrame de premier ordre, qui s'avère poignant jusqu'au bout. Un très grand roman, encore une fois. 

Le Livre de Poche, 2001 pour la présente édition ♦ Traduit par Robert Nobret & Elise Champon (Death on the Nile, 1937)

description
Emily Blunt as Linnet Ridgeway

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#Jeu littéraire : Vintage Mystery Cover Scavenger Hunt 2016 : un plan d'eau

5 mars 2016

Dix petits nègres, d'Agatha Christie

Dix petits nègres 2013

Dix personnes sont conviées par un hôte mystérieux à séjourner sur l'île du Nègre. On trouve ainsi le docteur Armstrong, le détective Blore, Miss Emily Brent, la jeune Vera Claythorne, le capitaine Lombard, le général Macarthur, le sarcastique Anthony Marston, le juge Wargrave, désormais à la retraite, et le couple Rogers, qui sont les employés de maison. Seul manque à l'appel le maître des lieux, un certain U.N. Owen, qui tarde à arriver. Tous ont accepté son invitation à l'aveugle pour plusieurs raisons, beaucoup par curiosité, un peu pour se reposer, souvent par appât du gain, soit pour décrocher un job ou pour s'affilier à un généreux mécène. Mais à peine ont-ils mis un pied sur l'île qu'ils vont réaliser leur erreur. La sanction ne se fait pas attendre et tombe à l'heure du souper : une bande-son sortie de nulle part se déclenche, les accusant d'avoir tous quelque chose à cacher et à craindre. Serait-ce une plaisanterie qu'elle serait du plus mauvais goût ! songent-ils amèrement. Osant à peine se regarder dans le blanc des yeux, tous décident de quitter l'île sans plus attendre. Hélas, la navette a disparu et les contraint à demeurer sur leur rocher, coupé du monde.

C'est donc dans un climat tendu que va se dessiner l'une des intrigues les plus diaboliques de la littérature policière, et qui a depuis inspiré de nombreuses copies. Mais, comme on dit, souvent imitée, jamais égalée. Agatha Christie était une technicienne hors pair, capable de vous retourner prestement les clichés et les codes du genre. Avec son histoire des Dix Petits Nègres, elle impose là une signature devenue culte. Car sur l'île, l'ambiance entre les convives vire à la soupe à la grimace. Comprenant que leur vie dépend d'une vulgaire comptine, ils frémissent d'effroi en voyant leurs comparses s'effondrer les uns après les autres, se regardant en chien de faïence, certifiant que l'instigateur de cette mascarade vengeresse se trouve parmi eux. Leurs plus sombres secrets s'en trouvent révélés. Le climat en devient plus qu'oppressant, et c'est carrément flippant à lire. Même si on connaît déjà les ressorts de l'intrigue, pour avoir lu le livre dans le passé, on se tient à carreau et on se délecte de l'incroyable supercherie qui se trame sous nos yeux.  C'est incontestablement le plus redoutable des romans d'Agatha Christie. 

Le Masque / Bibliothèque idéale d'A.Christie (Novembre 2013) ♦ Couverture par Martin Parr 

Traduit par Gérard de Chergé (Ten Little Niggers, 1939)

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#Jeu littéraire : Vintage Mystery Cover Scavenger Hunt 2016 : un chapeau

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