L'aventure continue avec « La Bataille des rois » (Livre 1 de l'intégrale 2) toujours en format audio, lu par le formidable Bernard Métraux. Durée d'écoute : environ 14h. Une broutille. ;-)
Après le tumulte provoqué par la famille Lannister, au terme de moult complots, alliances et trahisons, le trône de fer a perdu son roi, laissant un héritage qui soulève bien des passions. Les seigneurs des quatre coins de Westeros s'autoproclament souverains légitimes et font des pactes (qui ne demandent qu'à être retournés). Résultat, l'action est assez lente et se perd en pourparlers, mais on devine déjà que les intrigues sont tricotées et détricotées à l'envi et annoncent un chaos indescriptible. De nouveaux personnages sont également introduits ou avancent d'un pas presque timide vers le devant de la scène (Theon Greyjoy, Melisandre la Rouge, Lady Meera et Jojen de Griseaux). Ils n'éclipsent pas encore les principaux concernés, même si rien n'est laissé au hasard non plus. Tyrion Lannister, envoyé par son père, se rend auprès de sa sœur Cersei et constate avec effarement que le jeune Joffrey est hors de contrôle. Notre Lutin place délicatement ses billes et éjecte une par une les petites mains trop zélées, coupables du désastre que l'on sait, après la condamnation hâtive de Ned Stark. Il constate aussi que la jolie Sansa s'étiole de jour en jour, se sentant plus trahie que jamais, apeurée, désespérée... Son sort est d'une tristesse abyssale. Quelque part dans la forêt, Arya a rejoint incognito des vilains bougres censés se rendre au Mur (elle espère ainsi prévenir Jon Snow) mais leur avancée est ralentie par les attaques répétées des guerriers qui traquent la fille du traître... ou un certain Gendry, fils illégitime de feu Robert Baratheon. De son côté Bran, le fils cadet des Stark, soupire d'ennui à Winterfell qu'il doit protéger jusqu'au retour de sa famille éclatée. Les souvenirs de son agression sont encore floues, le garçon a définitivement perdu l'usage de ses jambes mais frémit rien que de songer à Jaime Lannister, tenu captif par Robb Stark. Plus loin, la divine Daenerys Targaryen se console de ses pertes et traîne derrière elle ses jeunes dragons en traçant sa destinée, désormais réduite à une peau de chagrin.
C'est tout de même peu et frustrant, ça suppose aussi de ronger son frein et de spéculer à n'en plus finir. L'auteur a cependant bien ferré son lecteur (définitivement accro). J'hésite à poursuivre ma lecture avec le bouquin ou attendre la sortie du CD en mars. Je suis au supplice.
Gallimard / Coll. Écoutez Lire (Avril 2015) ♦ Traduit par Jean Sola (A Clash of Kings)
Cette série n'est que pure forfanterie, croyez-moi, je ne fais que pester !
Automne 1978, dans le nord de la Californie. Quatre hommes, dont l'un à peine sorti de l'enfance (le narrateur), se rendent sur les terres de Goat Mountain pour l’ouverture de la chasse. Pour ce môme de onze ans, c'est un baptême attendu avec impatience, lui qui a grandi avec les armes et dans la culture de la chasse, initié par son père, son grand-père ou Tom, l'ami de la famille. Pour la première fois, il va pouvoir abattre son propre gibier. Alors qu'ils parcourent les centaines d'hectares du ranch, les quatre hommes tombent sur un braconnier qu'ils observent depuis la lunette de leur fusil. Un excès de confiance. Un soupçon de complicité. Un semblant d'initiation. Et là, la maladresse, le tressaillement, le drame... Nos chasseurs émérites s'effondrent, de dépit, de stupeur, d'effroi. La partie de chasse vire au chaos. C'est le règlement de comptes. Le pétage de plomb. L'enfant qu'on accuse et qu'on accule. La famille qui se dresse. Cela vire au cauchemar. Et très franchement, David Vann y prend plaisir. Petits meurtres en famille. Ou comment vous désillusionner sur les liens du sang, sur l'éducation, sur le dialogue et le partage. Le vide sidéral. La lecture nous plonge alors dans un profond désarroi, auquel je n'arrive décidément pas à m'habituer (cf. Sukkwan Island qui m'a également déplu). Ceci ne remet pas en cause les qualités du roman, « sa prose poétique, précise et obsédante », simplement je reste hermétique à cet univers, trop rude, trop opaque, trop rudimentaire. La description des paysages, de la nature belle et sauvage, côtoie une violence latente dans ce qui s'apparente être un parcours initiatique conditionné aux instincts primitifs. L'histoire n'est pas très longue, racontée par un Eric Herson Macarel éloquent et efficace. Seulement, la perspective que donne l'auteur de l'humanité n'est clairement pas glorieuse et me laisse de plus en plus déconfite.
Sixtrid, juin 2015 ♦ Interprété par Eric Herson Macarel (Durée : 7h 42) ♦ Traduit par Laura Derajinski pour les éditions Gallmeister
Ne loupez pas la réédition en format poche - chez Gallimard jeunesse, collection Pôle Fiction - du grand classique de Dodie Smith. La couverture est magnifique !
Cassandra est une jeune fille de 17 ans qui vit dans un château délabré. Son père, auteur d'un roman à succès, n'a pas retouché la plume depuis des années. Il vit cloîtré dans son bureau, lit des romans policiers à la pelle et ne se préoccupe nullement des soucis domestiques. Car la vie quotidienne est une succession de petites débrouilles et autres sacrifices pour les femmes de la maison. Topaz, la belle-mère, use de ses charmes auprès de ses relations à Londres pour décrocher quelques contrats (elle était modèle pour les peintres à la mode), Rose, l'aînée de 21 ans, s'abîme les mains avec les lessives et les trempages de teinture verte pour redonner de l'éclat à leurs toilettes. C'est elle qui souffre le plus de la situation. Elle rêve de s'échapper de sa condition, de rencontrer un riche parti et de l'épouser. La providence s'invite au château lorsque leurs nouveaux voisins débarquent à l'improviste. Deux frères, Simon et Neil Cotton, venus tout droit d'Amérique. Aussitôt, les esprits romantiques des jeunes filles s'embrasent et Rose papillonne de bonheur.
Le journal de Cassandra nous fait ainsi partager les événements qui jalonnent leur existence, de mars à octobre, avec autant de sensibilité que d'ironie. Fine observatrice, pleine d'esprit et de talent, la jeune fille a pour ambition d'écrire un roman et s'entraîne à l'écriture rapide en relatant les exploits de sa famille. Elle-même est submergée par ses premiers émois sentimentaux, avec le jeune jardinier qui n'a d'yeux que pour Cassandra, sauf qu'elle se sent empruntée et confuse... Ce roman vintage à souhait possède un charme fou et réserve un instant de lecture précieux et délectable. L'histoire est d'un classicisme absolu, un brin poussiéreuse, délicieusement guindée, c'est un bonbon anglais, avec un zeste de fantaisie. Un mélange sucré et acidulé... J'ai a-do-ré !
Gallimard Jeunesse, coll. Pôle Fiction / Novembre 2015 ♦ Traduit par Anne Krief (I Capture the Castle)
À la mort de leur père, Auguste doit quitter Paris avec sa mère et sa petite sœur Césarine pour vivre chez leurs grands-parents à La Commanderie, une imposante demeure qui appartient à la famille depuis des générations. Le garçon tente de cacher sa détresse et son chagrin derrière des attitudes de guignol et des répliques sarcastiques mais la perte tragique de son père le taraude. Son entrée au lycée ne lui réussit pas non plus - épinglé par le directeur dès le premier jour, il récolte aussi coups et blessures par un trio de choc, qui fait la pluie et le beau temps sur leur école.
Finalement, son morne quotidien va s'éclairer avec la découverte d'une Confrérie secrète, laquelle s'oppose depuis des siècles aux Autodafeurs, dans le but sacré de protéger la connaissance qui se trouve dans les livres et qui sont jalousement conservés comme des trésors. Ouah ouah ouah... ça fait beaucoup à assimiler, d'autant plus que les enjeux sont énormes pour Auguste. Le garçon doit absorber vite et bien sa mission, ignorant que sa jeune sœur Césarine a déjà une longueur d'avance... en bonne «artiste» qui se respecte (comprendre : autiste).
Le duo frère/sœur est attachant et fonctionne à merveille dans la conduite de l'histoire (se glisser dans la peau de Césarine est d'ailleurs une expérience fantastique et incroyable). Pendant que l'un se débat avec ses problèmes d'ado, tentant de se mouiller à une entreprise périlleuse et inquiétante, l'autre collecte des informations précieuses, sans avoir l'air d'y toucher. Les deux pistes réunies donnent une ébauche intéressante et révélent notamment de lourds secrets de famille qui promettent une suite excitante à cette histoire de plus en plus sombre et inquiétante.
On répète... donc : il y a du danger, du suspense, de l'action, mais aussi de la tendresse et de l'émotion dans ce roman d'aventures, non seulement intelligent, drôle, original et passionnant. J'ai adoré et je me réjouis déjà de poursuivre cette trilogie pleine de surprises !
Rarement il m'a été permis de lire un thriller où le fun et l'action se taillent tous deux une part de lion ! Et pour cause. Hap Collins et Leonard Pine sont copains comme cochons et bossent ensemble comme «agents opérationnels» pour un détective privé (ils jouent en fait les gros bras pour Marvin Hanson et castagnent les voleurs de petite retraite en leur faisant regretter amèrement d'avoir vu le jour). Nos deux compères ont déjà pas mal roulé leur bosse et accusent de gros coups durs, qu'ils surmontent en se serrant les coudes et au gré du vent qui souffle. Leur duo détonant n'est ainsi jamais avare de répliques franchouillardes, qui claquent et qui pètent. De quoi séduire illico presto. Du moins, j'ai accroché à leur humour, complètement loufoque, et à leurs pérégrinations tout aussi azimutées.
Dans cette nouvelle affaire, ils reçoivent la visite d'une vieille dame désireuse de connaître les causes de la mort de son fils, désormais une affaire classée par la police. Nos loustics remarquent en indice sur les photos une tête de diable rouge peinte sur un arbre. Alors qu'ils commencent à fouiller le passé des victimes, de nouvelles pistes apparaissent, mêlant culte satanique, vampire, vengeance et meurtres en série. Cela chauffe de nouveau pour nos amis texans, qui vont se mouiller jusqu'au cou, sombrer dans une dépression nerveuse, se coltiner des retrouvailles mouvementées avec un saligaud de seconde zone et renouer avec une autre connaissance, du genre sexy et déjantée. Pour moi qui ne connaissais pas encore cette série, cette première rencontre aura été une franche réussite ! L'enquête criminelle ne relève pas de la torture des méninges, mais l'ambiance dur à cuire et la gouaille des deux zouaves font de cette lecture une bousculade extra et décoiffante.
Folio policier / Thriller ♦ Août 2015
« Avant de partir, Leonard récupéra quelque chose dans sa voiture, puis il se glissa à la place du mort à côté de moi. Il posa son truc sur le siège entre nous, ôta son imperméable et le jeta sur la banquette arrière avec le mien. Puis il posa son machin sur sa tête. - Bon sang, c'est quoi, ça ? demandai-je. - C'est un tapabord. - Un tapabord ? - Tu sais bien, la casquette de chasse de Sherlock Holmes, dans les films. - Oui, je sais, mais qu'est-ce que tu fous avec ça ? - Je le porte. - Et moi, je dois me coiffer d'un chapeau melon, me balader avec un parapluie et me faire appeler Watson ? - Tu ferais ça ? »
#Challenge Halloween - Étape 1 : Le 5 octobre 2015 Il est minuit : en route ! Un chemin sinistre et perdu dans la lande vous attend. A moins que vous ne décidiez de vous aventurer dans la Forêt des Damnés. A vous de choisir !
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Malgré les nombreuses tentatives de sa mère, qui cherche à l'éloigner de la forêt en lui racontant les pires légendes, Petit Louis rêve d'échapper à sa surveillance pour explorer les lieux interdits. Imaginez donc une contrée hantée par des Griffomings, des Ecornouflons, des Tarloubards ou des Kpoux vermicieux... C'est trop tentant. Notre petit garçon intrépide cède à la tentation et franchit la limite. Et l'aventure l'attend au tournant - une créature, l’Engoulesang, le poursuit en formant « deux énormes nuages de fumée rouge orangée » suivis du « SHWAOUSH ! VRAOUSH ! » terrifiant. L'enfant se rue dans le premier arbre venu et fait alors la rencontre du peuple des Minuscules.
Ce conte est magique et fascinant. Il distille juste ce qu'il faut de suspense et de peur pour impressionner un enfant en créant un véritable imaginaire autour de la forêt et ses occupants. La lecture s'écoute en seulement 40 minutes, dans une ambiance neutre (pas de réalisation sonore - quel dommage !). Mais Roald Dahl impressionne par sa maîtrise de tenir en haleine et de nous enchanter par sa fantaisie et son univers merveilleux. Une belle découverte pour une lecture à découvrir à tous les âges.
« C’est sûrement l’ Engoulesang ! cria l’enfant. Maman m’a dit qu’il crache de la fumée quand il poursuit quelqu’un. C’est l’horrible Engoulesang Casse-Moloch Ecrase-Roc Il va m’attraper, me sucer le sang, me casser le Moloch, m’écraser le Roc et me tailler en petits morceaux ; et puis il me recrachera comme de la fumée et ce sera fini de moi ! »
Gallimard jeunesse / coll. Écoutez Lire ♦ Septembre 2015 ♦ Lu par Christian Gonon de la comédie-française ♦ Traduction de Marie Saint-Dizier
#Challenge Halloween - Étape 1 : Le 5 octobre 2015 Il est minuit : en route ! Un chemin sinistre et perdu dans la lande vous attend. A moins que vous ne décidiez de vous aventurer dans la Forêt des Damnés. A vous de choisir !
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«Une nuit, j'ai rêvé que je m'approchais doucement d'une chaumière perdue dans la forêt... et je me suis réveillé juste avant de pousser la porte. J'ai relu le conte des Trois Ours dans la foulée et je me suis aperçu qu'il n'avait pas de fin. La jeune fille saute par la fenêtre et disparaît. J'y ai vu une mission: retrouver la trace de Boucle d'or.»
Blonde, qui a grandi entre les murs d'un couvent isolé dans la forêt des Vosges, ne connaît rien de son passé, si ce n'est d'avoir été recueillie par les sœurs alors qu'elle n'était qu'un bébé. La jeune fille possède une magnifique chevelure d'un blond doré, qu'elle doit coiffer en chignon, et ne quitte jamais ses lunettes teintées ni l'enclos du couvent pour préserver sa santé jugée fragile.
Un soir, dans sa chambre, elle reçoit la visite inquiétante d'un vieil homme qui lui remet un dossier où est consignée l'enquête de la police sur la disparition d'une jeune femme, une certaine Gabrielle de Brances, dans la forêt vosgienne, mais aussi son retour et son étonnante confession. Cette histoire trouble notre héroïne qui, à force de subir les mensonges, les non-dits et les silences, se découvre une rage intérieure de plus en plus flamboyante.
J'ai été complètement transportée par ma lecture, charmée par son univers, ses personnages et ses mystères ! Le roman est aussi envoûtant que l'héroïne illustrée sur la couverture. Je ne peux en dévoiler davantage, mais n'hésitez pas à succomber et plonger dans une vertigineuse aventure mêlant romantisme et fantastique.
Gallimard jeunesse / coll. Pôle Fiction ♦ Août 2015 ♦ illustration de couverture : Mélanie Delon
« C’est une vérité universellement reconnue qu’une célibataire à l’aube de la trentaine doit avoir envie de se marier. » La bonne blague. C’était peut-être vrai au XVIIIe siècle, mais, aujourd’hui, Jane Austen a tout faux. Elizabeth Scott, américaine de 30 ans, a tiré un trait sur les hommes. Tous des goujats ! Surtout les plus fortunés, comme ce Grant Markham, qui fait pression sur le conseil d'administration de son école privée pour la renvoyer.
De dépit, Elizabeth décide de consacrer toute sa passion à son chien - un adorable Cavalier King Charles - qu'elle présente pour la première fois à un concours. Mais le nouveau membre du jury, venu tout exprès d'Angleterre, un certain Donovan Darcy, la traite avec dédain et snobisme. Trop, c'est trop. La jeune femme bout littéralement et lui rend son mépris avec superbe.
Après quoi, Elizabeth s'envole pour l'Angleterre où elle vient de décrocher un poste de nounou pour chiens chez ses amis, Alan et Sue Barrow. Son installation dans South Kensington est un rêve éveillé. Exit ses discours acrimonieux sur les gens pleins aux as, elle plane sur un petit nuage et oublie sa rencontre houleuse avec Donovan, dont elle a surpris la discussion au cours de laquelle il la jugeait « quelconque ».
Et pourtant, qu'elle n'est pas sa surprise quand elle découvre que son voisin d'en face n'est autre que ce gentleman bouffi de préjugés ! Elizabeth devrait alors se conformer à l'attitude glaciale et distante de son modèle - miss Bennet, ne l'oublions pas. Au lieu de quoi, elle tombe en pâmoison devant le regard ténébreux, le torse musclé et la stature impressionnante de Darcy.
Cette réécriture trop romancée d'Orgueil et préjugés a été pour moi un échec. Il manque à l'histoire de la subtilité, de la finesse, du charme et une certaine forme de crédibilité. Car il y a d'emblée un couac entre l'attitude guindée des personnages (et le prétendu rôle qu'on cherche à leur donner) et leur penchant sexuel qui submerge leurs émotions. Oui, on en est là ! L'adaptation est alors bancale et passablement risible.
De plus, toutes les scènes se passant autour du concours canin sont à côté de la plaque. Le trait est forcé et la sexytude du héros chute en flèche. Même Elizabeth est décevante - soupe au lait et envieuse. On a connu mieux ! Cette lecture a manqué de saveur, les personnages de charisme et d'humour, bref rien pour sauver cette intrigue qui s'accroche désespérément aux grandes lignes du classique de Jane Austen sans en saisir l'essence même !
Harlequin ♦ Coll. &H ♦ Février 2015 ♦ Traduit par Emmanuelle Debon (Unleashing Mr. Darcy)
Empoignant son édredon, Judith le serra si fort dans ses bras qu'il lui sembla que Charles était encore là, dans la tiédeur des draps, contre sa peau, au bout de ses ongles... Emergeant du sommeil comme un noyé refait surface, elle sentit croître en elle une douleur diffuse, comme si sa peau lui faisait mal, comme si ses yeux lui faisaient mal, comme si respirer et sentir son coeur battre lui faisaient mal aussi. C'était une douleur indéfinissable tapie avec elle dans les limbes de la nuit, une vieille souffrance endormie depuis longtemps, un manque atroce, un arrachement, le mal des amputés qui n'ont plus que la moitié d'eux-mêmes pour aller par le monde et ressentent jour et nuit le néant de la part manquante... Elle se recroquevilla. Dans la confusion du réveil, elle le pressentit dès cet instant : plus rien ne serait comme avant.
Premier roman, certes... mais quel talent ! Nous sommes dans le Périgord, en 1773, lorsque Guillaume de Salerac, génial inventeur loufoque, découvre une petite fille dans les bois. Elle sera recueillie par sa soeur, Louison, et adoptée sous le nom de Judith de Monterlant. Ignorant tout de son passé, la demoiselle reçoit une éducation de jeune fille appliquée mais son caractère impétueux et frondeur la distingue de son rang. Judith a le goût de l'espace, de la liberté. S'échappant de la vigilance des adultes, elle s'envole à bord de l'aérostat de son oncle alors qu'elle n'est qu'une gamine et rencontre chez un voisin celui qui lui fera battre son coeur et perdre tout bon sens dans les années à venir. Charles de l'Eperai, héritier en titre, est également connu pour être un enfant maudit et un bâtard. Il a le coeur dur, le regard froid et le diable dans le ventre. Lorsque le couple se croise à nouveau, lors du mariage de la soeur de Judith, l'attirance est évidente, la passion palpable. Et pourtant, il faudra attendre la fin de l'été pour assouvir cette soif et cette faim qui les poussent l'un vers l'autre.
C'est effectivement un grand roman sentimental et historique. Nous sommes en 1788, le peuple français est mécontent, les états généraux sont réunis. Judith a rejoint Paris avec son mari, mais son histoire avec Charles n'est bien évidemment pas terminée. Car c'est de cette passion que se nourrit l'intrigue et qui rend le lecteur dépendant, au point d'absorber sa lecture en ingurgitant page après page, sans hoqueter. Il en fallait bien - de l'amour, de la flamboyance, des éclats - pour attacher le lecteur à 544 pages, sans susciter de l'ennui. C'est un pari réussi, un roman passionnant, acquis dès les premiers chapitres. Impossible de s'en séparer. Et puis, le soleil aidant, les beaux jours et les vacances s'installant, il devient une prescription incontournable pour tuer le temps. S'il ne fallait en lire qu'un, dans vos bagages, glissez Miel et Vin. Parce que c'est un roman doux et sucré et piquant, gourmand et langoureux, avec des personnages aux destins inextricablement liés, par le secret de leurs origines et par cet amour fou qui les enchaîne. Ce n'est pas un roman mièvre ou trop long, avec des détails inutiles. Le romanesque est présent, très important, et l'amour a un pouvoir magique, troublant, envoûtant. Ce n'est pas du harlequin déguisé, c'est un bon gros roman captivant, qui ne vous lâche plus une fois la première page ouverte. A dévorer !
Invitation à un pique-nique littéraire, en compagnie de Myriam Chirousse, le dimanche 28 juin 2009, dans le bois de Vincennes : confirmer ou non sa participation sur Facebook
Camille a treize ans, elle adore la tarte au citron meringuée et le koala est son animal préféré. Au cours des vacances de Pâques, l'adolescente apprend que ses parents vont divorcer. L'annonce est faite un soir, au camping, dans le sourire et les larmes. Sur le chemin du retour, c'est l'accident. Camille est gravement blessée. La moelle épinière touchée, les membres inférieurs paralysés, la jeune fille retourne à l'école, de longs mois après, en fauteuil roulant.
Camille a créé son blog qui lui sert de journal intime où, sous pseudo, elle crie son injustice, sa colère, son désespoir, ses accès de déprime, son incompréhension, sa révolte. Les chapitres se suivent, on découvre son quotidien au collège, où rien n'est matériellement adapté à sa situation. Elle décrit les regards extérieurs, les réflexions entendues, les questions des curieux, celles qui dérangent et qui agacent.
Dans son entourage, entre des parents qui ne se supportent plus et une excellente meilleure amie toujours là pour la soutenir, Camille compte également deux garçons qui ne la laissent pas indifférente - Florian, un garçon de seize ans aux beaux yeux verts, qui vient régulièrement donner un coup de main au CDI, et Kevin, son ancien camarade de classe, qui l'appelle sa petite souris, et qui est resté gentil et attentif avec elle. Mais Camille est encore fragile, son handicap a modifié son caractère. Devenue plus agressive et colérique, Camille en veut à la terre entière, alors qu'elle cherche simplement à se protéger derrière sa coquille.
Voilà pour ce roman, dont la jolie couverture avait attiré mon regard (*). J'ai été séduite par cette histoire, par la mélancolie de Camille, par ses raisonnements sincères et justes. Jamais elle ne nous apparaît puérile ou excessive, ses billets d'humeur publiés sur son blog nous la rendent émouvante et drôle, réfléchie et incomprise. L'approche est bien balancée, je me suis surprise à lire d'une traite ce roman simple, et qui ne tombe jamais dans le pathos. Peut-être les solutions de la fin sentent un peu trop le happy end, mais peut-on reprocher à un roman de vouloir être positif ? Non, je ne pense pas. Ou alors, ce serait dommage.
Rageot romans, 2009 - 180 pages - 6,30€ à partir de 11 ans
illustration : Yann Hamonic
(*) J'avais trouvé la 4ème de couverture trop vague :
M : Super bien, ton blog ! Kmille : J'y croyais plus et voilà ! Vous m'avez écrit ! Vous êtes trois maintenant, c'est génial ! Bon, vous ne vous foulez pas question commentaires, mais comparé au mutisme des visiteurs précédents, vous êtes en progrès ! Je constate que vous avez choisi l'anonymat avec des pseudos énigmatiques à souhait. Pas de problème, ça me va.
La famille de Sarah, quatorze ans, appartient à la communauté des chrétiens rigoristes, régie par le Tuteur et des ministres autoproclamés de Dieu. Cette vie totalement fermée au monde extérieur commence à peser sur le moral de l'adolescente. Celle-ci s'interroge sur le fait de se marier à 18 ans et d'avoir obligatoirement six enfants, de porter un foulard sur la tête, des jupes longues et des pulls qui couvrent les bras, de ne pas avoir le droit d'écouter la musique ni de regarder la télé, de ne pas lire, de ne pas parler aux garçons, d'accepter un coca ou un bonbon de la part d'un insensé qui vit dans le monde en oubliant les vraies valeurs. Sarah prend peu à peu conscience des notions comme la liberté et le choix. En elle, gronde une violente rage d'émancipation. Hélas, elle va se cogner contre un mur quasi impossible à escalader, et encore moins à renverser. J'ai été totalement happée par l'histoire de Sarah et par sa volonté d'affranchissement, sa soif d'indépendance, ses questions pertinentes et ses tâtonnements pour parvenir à savoir ce qu'elle veut, ce qu'elle doit faire, même si cela implique d'autres sacrifices. A un moment, son frère lui donne cette très belle réplique, pleine de sens : « Tu vois, on est comme des loups qui sont pris dans le piège et qui préfèrent s'arracher la patte plutôt que de rester coincés. Ça fait mal, mais après on sera libres. » C'est un texte intelligent et nécessaire, qu'il faut lire pour ne pas ignorer l'aveuglement et les dogmatismes toujours persistants, qui enferment plutôt qu'ils n'ouvrent au monde. Il existera toujours des portes à ouvrir ou fermer, des seuils à franchir, la liberté est parfois chèrement payée, il est possible de boîter pour la vie ensuite, mais c'est tellement précieux de disposer du libre arbitre, de pouvoir assouvir ses désirs sans aucune emprise, juste selon sa volonté. Ce roman de Pascale Maret se révèle pratiquement indispensable à découvrir. C'est un sujet tellement fort, tellement captivant qu'il vous laissera plus d'une fois bouche bée.
achevé d'imprimer (sans parjure) pour les éditions thierry magnier, 2009 195 pages / 8.50€
A rapprocher avec : Trop de chance, le roman écrit par Hélène Vignal(rouergue, 2007)
Une découverte reçue grâce à l'éditeur, d'un noir si bleu, sans lequel je serais probablement passée à côté... C'est un très joli recueil de nouvelles, composé d'une dizaine de textes qui ont pour particularité de ne pas parler que de femmes. C'est admirablement écrit, je ne connaissais pas Viviane Campomar et cette révélation m'est encore plus précieuse. Plusieurs nouvelles ont su me toucher, la première évoque Roseline qui se découvre une tumeur au sein et se fait tout un cinéma pour en discuter avec son compagnon, alias Raoul le Maboul. C'est tendre, c'est touchant, c'est attendrissant. Le sourire se prête souvent à la grimace, les plus belles émotions surviennent en même temps que les questions. Dans un autre texte, une jeune femme annonce son départ. Elle se réveille un matin et comprend qu'elle doit s'en aller. Il n'y a pas d'autre solution que l'Islande. « Comment vous dire... l'intangible, l'irrationnelle fuite sans regard vers l'arrière. Vous dire cette lueur qui s'étouffait d'elle-même, se tarissait dans les méandres de mon sang. Cette respiration enfouie sous les sédiments successifs, ces crevasses de mots blessés, prêtes à s'écarteler. Vous dire combien la neige exhausse la fraîcheur des sentiments. Mais peut-être commencez-vous à comprendre que pour chacun, la lumière se joue dans le reflet de son Islande... » Cet ouvrage est un cri des femmes et de leur droit au bonheur, à la maternité choisie, au besoin d'aimer et d'être aimée, de partir aussi. Ségolène privilégie sa carrière, Myriam écrit à sa fille abandonnée quinze ans auparavant, Adriana souffre de son ventre stérile et des brimades de son supérieur, Madeleine est épuisée par les ronflements de son mari beaucoup trop irascible pour entendre la vérité... « La routine, son lot d'esclandres pour des riens, la gavotte habituelle du bateleur... Les chaussettes ont eu droit à une nouvelle mise en scène : cette fois-ci, l'une d'elle était trouée, cette mauvaise qualité. Les bonnes femmes qui passent leur temps à flemmarder à la maison pourraient tout de même anticiper l'usure et renforcer la laine au niveau des orteils avant d'être amenées à repriser des trous, voyez-moi ça. » Ce n'est pas facile de parler d'un recueil de nouvelles, mais j'espère que ces petits cailloux vous ont déjà tenté. Un très bel ouvrage, à noter dans vos calepins...
D'un noir si bleu, 2009 - 200 pages - 16,50€
-> C'est cela l'amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour.
Albert Camus Les Justes (1952)
Anecdote : Peu de temps après ma lecture, je suis tombée sur un film de Douglas Sirk, Le mirage de la vie, diffusé sur Arte dimanche soir. C'est l'histoire de deux femmes seules, une blanche et une noire, toutes deux mères. Elles se rencontrent sur une plage et décident de vivre ensemble et d'élever leurs filles sous le même toit. Leur vie n'est pas toujours rose, Lora est comédienne et rêve de gloire, elle sacrifiera l'éducation de sa fille à sa passion. Annie est noire, sa fille est métisse et blanche de peau, en grandissant celle-ci supportera de moins en moins ses origines et quittera la maison, ce qui brisera le coeur de sa mère. C'est un bon gros mélo flamboyant, qui évoque avec brio la féminité, la maternité et la confusion des sentiments. Le film met en avant la complexité d'être femme et d'être mère, avec son lot de frustrations, de regrets tardifs, d'efforts, de quêtes désespérées, d'inconscience et de bêtises. C'est une histoire sublime, très émouvante aussi (on y dénonce notamment le racisme et la société hypocrite qui conduit une pauvre idiote à rejeter ses racines, quitte à faire mourir de chagrin sa pauvre mère...). Bref, un bien beau film à connaître également. D'après moi, tout est lié !
Cette adaptation du conte des frères Grimm, par Kimiko et Margaux Duroux, est peu banale et délicieuse.
Imaginez... un frère et une sœur se perdent dans la forêt, où ils vont découvrir une maison couverte de bonbons. Sans demander leur reste, ils dévorent tout ce qui leur tombe sous la main jusqu'à la venue d'une vieille dame, qui les invite à sa table. Crédules et innocents, ils ne se méfient pas assez de cette sorcière qui a l'intention de les servir pour son prochain repas !
Haut les cœurs, les amis ! Rarement une histoire aussi cruelle et féroce surprendra les enfants par son étonnant contraste en proposant une mise en scène fabuleuse, des photographies sublimes et des décors féériques. N'en doutez plus. Cette lecture est à la portée des enfants - c'est d'apparence mignon, avec du suspense, des frissons, du courage et des émotions. Encore une réussite pour ce duo !
l'École des Loisirs ♦ loulou & cie ♦ octobre 2014
À comparer avec la version de Rascal:
Ce conte très célèbre est ici proposé dans une version sans texte. Simplement en noir et blanc, avec des jeux d'ombres et de silhouettes. À l'enfant de se raconter sa propre histoire, en s'appuyant sur le visuel, simple et original.
Toujours la même recette gagnante : Heather Wells, ex-lolita star de la pop, ruinée par ses parents, reconvertie dans une vie plus sage et rangée, exit le fiancé volage, désormais notre héroïne fétiche promène son chien, est hébergée par le frère de son ex, a pris quelques kilos superflus, griffonne des textes de chansons en toute discrétion, et gagne sa croûte en travaillant à Fischer Hall où depuis quelques mois les meurtres se suivent et ne se ressemblent pas. La résidence a gagné le titre peu honorable de Dortoir de la Mort, et la réputation se confirme quand Owen Veatch, le nouveau boss, s'effondre en buvant son café. La police est toujours aussi peu efficace, Heather y met son grain de sel, chaperonnée par Cooper Cartwright, son bon samaritain, détective privé de son état, et très, très sexy. Heather a le béguin mais le type a décliné ses avances pour des raisons tordues mais justifiées (cf. le tome 2), du coup notre héroïne vit une autre histoire d'amour... avec Tad, son prof de maths rencontré depuis peu, qui aime le footing et la nourriture bio. Mais cette relation pourrait bien être le déclic pour d'autres révélations, surtout lorsque Tad, affublé d'une horrible queue de cheval blonde, beurk, s'apprête à lui faire sa demande. Quelle demande ?! Pour l'enquête policière, on repassera. Ce n'est pas ce qui franchement retient l'attention, mais intéressons-nous davantage aux rapports entre Heather et les hommes de sa vie. C'est irrésistible, romantique et craquant. J'ai cru comprendre que ce livre bouclait la série avec Heather Wells comme héroïne, d'un côté c'est dommage, juste au moment où ça décollait enfin chez notre couple fétiche, mais d'un autre côté toutes les bonnes choses ont une fin, il faut savoir dire stop pour éviter de tomber dans les répétitions saoulantes. Et puis on a fait le tour, maintenant on devine l'avenir. Voici tout à fait le genre de lecture dénuée de matière grise, mais qu'est-ce que ça fait du bien aussi ! A considérer comme une lecture-pansement, ou une lecture pour la détente, pour se faire plaisir, pour Meg Cabot aussi, un auteur dont l'actualité se renouvelle sans cesse, n'hésitez pas : les options ont le champ large ! Et ma foi, cette couverture est tout de même délicieusement kitsch !
Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 318 pages - 13,50€ traduit de l'anglais (USA) par Florence Schneider
C'est l'histoire d'un homme qui vient de divorcer, perd son logement et son boulot, ne voit plus sa petite fille et finit par se retrouver à la rue. Un résumé qui ne donne pas du tout envie, je le conçois, dans un climat social déjà frileux, c'est normal d'avoir besoin de lire pour se divertir ou chasser les idées noires. Et pourtant ce serait dommage, vraiment dommage de passer à côté. Il ne s'agit pas du roman de l'année, c'est simplement un rendez-vous émouvant. Très émouvant. Qu'est-ce que j'ai pu pleurer, du début à la fin, je n'arrêtais plus, mais je ne pouvais pas reposer le livre ni le refermer, c'était comme si j'allais tourner le dos au personnage, le laisser dans sa galère, et ça me fendait le coeur. Donc, gorge nouée et larmes aux yeux, j'ai suivi la descente en enfer de Philippe, qu'une rencontre va permettre de sortir la tête de l'eau. Un jour il croise Baudelaire, un chien au pelage rongé et irrégulier, et grâce à lui le parcours de Philippe va se teinter de jolies couleurs, s'élever pour toucher quelques étincelles de bonheur. Car c'est un roman sur l'espoir, qui déborde de combativité et de courage. Il plonge sans fard dans le quotidien des plus démunis, en mêlant romanesque et vérité sociale, poésie et âpreté. C'est vraiment triste, cela vous rappelle les histoires de tous les jours, l'équilibre précaire sur lequel repose nos petites vies. Mais heureusement l'histoire montre de belles, belles choses aussi, des gens extraordinaires et la conviction que le chien reste le meilleur ami de l'homme (j'ai d'ailleurs souvent pensé à Far Ouest le roman de Fanny Brucker). J'ai beaucoup aimé, même si cela m'a fait énormément pleurer. Avec un petit goût de boulettes de viande, de conte pour enfants avant de s'endormir et de Charles Baudelaire, car tout poète est immortel.
Il faut lire ou relire Le Spleen de Paris ... dont est extrait ce passage intitulé Les bons chiens (en épigraphe du roman de Harold Cobert):
Je chante le chien crotté, le chien pauvre, le chien sans domicile, le chien flâneur, le chien saltimbanque, le chien dont l'instinct, comme celui du pauvre, du bohémien et de l'histrion, est merveilleusement aiguillonné par la nécessité, cette si bonne mère, cette vraie patronne des intelligences! Je chante les chiens calamiteux, soit ceux qui errent, solitaires, dans les ravines sinueuses des immenses villes, soit ceux qui ont dit à l'homme abandonné, avec des yeux clignotants et spirituels "Prends-moi avec toi, et de nos deux misères nous ferons peut-être une espèce de bonheur!"
Voilà la suite la plus attendue de l'année !!! En 2009, ma plus belle émotion m'avait été donnée par Si je reste, de Gayle Forman. Rappelez-vous, Mia et Adam, un accident de voiture, une famille brisée et une jeune fille qui ne sait plus s'il lui faut rester ou partir avec les siens... C'était beau, c'était fort mais ce n'était pas assez. Aussi, l'auteur a exaucé nos prières muettes et a écrit la suite de leur histoire, trois ans après.
Et c'est là que notre coeur se brise, car Mia et Adam ne sont plus ensemble ! Leurs chemins se sont séparés : elle est partie à New York pour ses études, elle n'a plus jamais donné de nouvelles. Aujourd'hui elle est en train de devenir une violoncelliste de renom et donne un concert au Carnegie Hall. De son côté Adam a propulsé son groupe de rock sous les feux de la rampe, c'est la consécration mais notre rocker n'est point satisfait. L'histoire, cette fois, nous est donc reportée par son intermédiaire, et rien que pour ça, cela vaut toutes les danses de la joie, car Adam est un garçon formidable !
En cette soirée d'août, Mia et Adam vont se revoir par le plus grand des hasards, ils vont passer une nuit à parcourir les rues new-yorkaises, tout en tournant autour du pot. Pas une fois ils n'aborderont le passé, même si le malaise est palpable, Adam notamment voudrait crever l'abcès mais ne s'en sent pas capable. On le découvre amer, torturé et meurtri par la rupture, encore à fleur de peau, partagé entre la colère et la rancune. Il est donc nécessaire que notre petit couple se parle vraiment.
Mais avant d'en arriver là, Gayle Forman fait appel aux flashbacks pour tisser sa toile, pour parler de la vie qui a filé pendant ces trois années, et nous rappeler l'amour fou et véritable que nourrissait Adam pour Mia. C'est si touchant, j'en avais des papillons dans le ventre (la première fois où ils sont partis camper, par exemple), et cela alimentait d'autant plus mon incrédulité et mon envie de savoir pourquoi, mais pourquoi, hein, Mia !?!
Lorsque les langues se délient, et les larmes coulent, c'est toujours aussi fort et aussi bon. C'est une délivrance pour tout le monde, mais ça ne signe pas le point final, au contraire c'est toujours si mouvementé, comme les montagnes russes, et ça continue, encore et encore, rien n'est jamais gagné, mais qu'est-ce qu'on reste scotché jusqu'au bout, le coeur débordant d'espoir. Je n'en dis pas davantage, mais Adam je t'aime d'amour. C'est tout.
Là où j'irai - Gayle Forman Oh ! Editions (2010) - 280 pages - 16,90€ traduit de l'anglais (USA) par Marie-France Girod
Je rappelle un passage du livre précédent, parce qu'il dit tout et parce qu'il me donne les larmes aux yeux, rien que d'y repenser ... "If you stay, I'll do whatever you want. I'll quit the band, go with you to New York. But if you need me to go away, I'll do that, too. I was talking to Liz and she said maybe coming back to your old life would be too painful, that maybe it'd be easier for you to erase us. And that would suck, but I'd do it. I can lose you like that if I don't lose you today. I'll let you go. If you stay." — Gayle Forman (If I Stay)
Lu avec le casque sur les oreilles ... ce roman est également pétri de musique (du rock, du blues, du folk), j'adore !
Elle est partie pour la Juilliard School au début septembre. Je l'ai accompagnée en voiture à l'aéroport. Elle m'a dit au revoir, m'a embrassé. Et elle a déclaré qu'elle m'aimait plus que la vie même. Puis elle s'est avancée vers le portique de sécurité. Elle n'est jamais revenue.
Été 1972. La ville de Famagouste, à Chypre, héberge la station balnéaire la plus enviée de la Méditerranée. Le couple Papacosta fête l'inauguration de son complexe hôtelier, le Sunrise, avec faste. L'avenir leur apparaît radieux et ambitieux. Pourtant, deux ans plus tard, le pays sombre dans le chaos, avec un putsch militaire qui va diviser l'île peuplée de communautés grecques et turques. On suit alors deux familles voisines, les Georgiou et les Özkan, tentant de survivre dans la ville enclavée où ils ont choisi de se cacher.
Tristesse et mélancolie composent l'essentiel de cette histoire, mais sa puissance romanesque demeure remarquable. J'ai été enveloppée par les descriptions de ce décor de rêve (le soleil, les plages dorées, les complexes hôteliers et les boîtes de nuit). C'était magique, franchement dépaysant ! Quand la situation tourne au vinaigre, j'ai été autant tenue en haleine par la tension dramatique et le destin des familles croisées. Ce titre ne possède peut-être pas les mêmes atouts que L'île des oubliés, mais cette escapade sur l'île chypriote n'en demeure pas moins captivante.
L'enregistrement audio est également un succès et un choix judicieux pour les vacances. Maia Baran, la lectrice pour Audiolib, parvient à nous charmer par son intonation calme et envoûtante. Elle s'accompagne aussi d'une réalisation sonore de grande qualité, qui prolonge à merveille la sensation de dépaysement.
Audiolib / Juillet 2015 ♦ Texte lu par Maia Baran (durée : 12h 26) ♦ Traduit par Alice Delarbre pour les éditions Les Escales (The Sunrise)
Le corps d'une jeune fille étranglée est retrouvée dans une benne à ordures et c'est le barman du coin qui vient en aide au témoin éméché pour appeler d'urgence la police. Sauf que le commissaire Fusco n'a pas la réputation d'émoustiller ses petites cellules grises... C'est donc pour éviter qu'un innocent soit inculpé à tort du meurtre d'Alina Costa que Massimo, notre éminent propriétaire du Bar Lune, décide d'épier et d'interroger les acteurs du drame. Jusque-là, rien de neuf sous le soleil d'Italie, pensez-vous...
Et effectivement l'intrigue criminelle sert juste de contrefort à la mise en scène qui est carrément fabuleuse ! Cocasse et chaleureuse, elle offre un spectacle désopilant grâce aux quatre papys bien guillerets, les habitués du bistro, qui jouent aux cartes et rechignent de ne pouvoir boire du café selon leurs convenances. “Pas de café. Il fait trop chaud.” bougonne Massimo. Lui aussi tient son rôle à la perfection, en tant que vigile grincheux et cynique, il fait tourner sa boutique entre dérision et tendresse.
Tous ensemble vont donc discutailler de l'enquête en cours, non pour alimenter les commérages, mais pour pimenter leur quotidien morne et ronronnant. Le résultat est frais, rigolo et désaltérant ! On rêverait de déguster ce petit bouquin comme on avalerait un Cappuccino bien crémeux, avant de se raviser pour ne pas voir Massimo sortir de ses gonds. Oups, il fait trop chaud... pas de café ! On glisse donc sa chaise près de la tablée de nos joyeux septuagénaires et on fond de bonheur à les écouter. Le ton est volubile et convivial, dans une éclatante ambiance italienne. J'ai adoré.
10-18 Grands Détectives / Christian Bourgois éditeur ♦ Juin 2014 ♦ Traduit de l'italien par Nathalie Bauer (La briscola in cinque)
Nous sommes en Allemagne, dans les années 30. Josef Kalteis est jugé, condamné coupable et exécuté par guillotine pour avoir violé, torturé et assassiné des jeunes filles, sans jamais reconnaître la gravité de ses actes. Le roman raconte avec quelle froideur et quelle folie l'homme a plongé dans cette spirale infernale, celle de la violence et de l'acharnement.
Le roman commence gentiment, lorsque la jeune et naïve Kathie arrive à Munich pour trouver une place de bonne. Au lieu de ça, elle se laissera séduire par la proposition d'une amie qui lui suggère de vivre de ses charmes pour obtenir un bel appartement, de ravissantes toilettes et un cadre de vie comme jamais sa mère n'aurait pu lui offrir. On suit longuement son parcours, avant de comprendre où l'auteur nous conduit, brouillant même les pistes en jalonnant l'histoire avec d'autres jeunes filles, qui seront enlevées, violées et massacrées, ou portées disparues. La plongée est lente, insupportable, pourtant le suspense est là, terriblement accrocheur, pas du tout pervers.
L'histoire est d'autant plus percutante car on vit les tragédies en se glissant tour à tour dans la peau des proches, de la victime puis de l'assassin. Je ne sais pas quelle place est la plus terrifiante, parce que c'est systématique : l'angoisse monte, la peur s'associe à la panique, et la douleur se ressent très vite... C'est un livre abominable, très charnel malgré les apparences ! On sent des frissons sur tout le corps. Lorsque Joseph Kalteis, le tueur, intervient avec ses dépositions faites au juge - pas besoin de préciser l'incohérence de ses propos - ses discours nous prennent à la gorge, ils nous scotchent par leur teneur insensée. C'est tout simplement révoltant, mais cela dessine la mesquinerie de sa réflexion, ce type est un malade, certes, mais c'est aussi et surtout un traqueur.
Comme avec La Ferme du crime, Andrea Maria Schenkel s'est inspirée d'un fait divers, et nous livre un roman oppressant, accablant et déroutant. Le portrait du tueur de Munich nous pousse dans nos retranchements, c'est à la fois flippant et réussi, mais cela crée un profond malaise.
Actes Sud, coll. Actes Noirs, 2009 - 168 pages - 16€ traduit de l'allemand par Stéphanie Lux
Du même auteur, je vous rappelle la sortie en format poche de La ferme du crimeICI !
Le temps d'un été, et sous la pression de sa tante Victoria, Kate McGraw accepte un poste de stagiaire au sein du prestigieux magazine de mode, Tasty. La jeune fille, future étudiante de médecine à Brown, déteste la mode et tout ce qui s'y approche. Elle a certes un don pour la création, mais cela lui rappelle trop sa mère Eva qui a mystérieusement disparu.
Son entrée dans la gigantesque tour noire aux vitres teintées fiche un frisson, et Kate s'y sent pataude et inadaptée. Son look vintage cloche, du moins le pense-t-elle à force de scruter ses collègues toutes plus filiformes les unes que les autres, totalement lookées et vêtues de noire, et d'une beauté glaciale mais fascinante. Pour le lecteur, avisé par le titre et la couverture (un peu moche), il n'y a aucun doute possible sur la double facette des employées de Tasty. C'est un nid de vampires ou je ne m'y connais pas !
En attendant, on reste un peu sur la touche, à suivre les pérégrinations de la narratrice, alias Kate, qui a vent des rumeurs mais pense, au début, qu'il ne s'agit que de remarques imagées. Elle commence sérieusement à s'inquiéter lorsqu'elle est témoin de crimes dégoûtants (un chien vidé de son sang et abandonné dans un placard, ou des filles retrouvées mortes au cours des soirées vip...). Petit à petit, elle regroupe certains détails (interdiction stricte de servir de l'ail à la cantine, toutes les filles du magazine ne boivent qu'un jus visqueux qui passe pour du jus de betterave, au matin les bureaux sont vides, ou on y trouve d'étranges caisses en bois qui ne sentent pas la rose, et ce sont tous d'infatigables noctambules, sur qui les traces du temps n'ont vraiment aucune emprise !).
La rédactrice en chef n'est pas sans rappeller une certaine Miranda Priestly (cf. le roman de Lauren Weisberger). On est proche du Diable s'habille en Prada, simplement dans l'idée (une patronne effrayante, une jeune stagiaire innocente), mais comme l'indique le titre et la couverture du livre de Valérie Stivers on devine ici qu'on a affaire à des buveurs de sang ! Pas de mystère défloré. L'intrigue reste aguicheuse, bien tendue sans filer de sueurs froides, car cela reste de la lecture de divertissement. La narratrice, et héroïne, est une jeune fille moderne, naïve mais pas idiote. Ses questions apportent le cheminement nécessaire pour alimenter la tension et les énigmes qui fleurissent ci et là dans le roman.
Au final, on a un livre correct, léger, pas mémorable mais tout indiqué pour les vacances et la détente.
Tout s'écroule pour Henry Hayden lorsqu'il apprend de sa jeune maîtresse qu'elle est enceinte et qu'il serait temps d'annoncer à son épouse leur idylle, mais Henry n'est absolument pas prêt à tout quitter pour cet accident de parcours. S'il est aussi attaché à sa chère femme, c'est qu'elle est pour lui sa poule aux œufs d'or. Entre eux, existe un accord tacite : elle écrit des bestsellers, qu'il publie sous son nom en récoltant tous les lauriers. La supercherie dure depuis des années et a fait sa fortune, il n'est pas prêt de s'arrêter en si bon chemin. Se pose alors un terrible cas de conscience : avouer, oui. Mais avouer quoi, à qui ?
Dans l'esprit machiavélique de Henry, un plan se forme. Un plan d'une perspicacité sidérante, qui trouvera à rebondir dès qu'une complication pointera le bout de son nez. Et dieu sait qu'elles seront nombreuses, prêtes à lui mettre le dos au mur et lui arracher sa superbe arrogance ! Mais notre homme ne cessera de botter en touche. Rusé, malin, redoutable. Ce fieffé menteur a tout pour déplaire : il est odieux, manipulateur, mégalo... et pourtant on ne peut pas le détester. On est, au contraire, fasciné par son implacable dextérité de son jusqu'au-boutisme.
La lecture se révèle prenante du début à la fin, grâce à une histoire à tiroirs qui se renouvelle constamment et nous propose une multitude de pistes à suivre. La voix d'Olivier Cuvellier, pour Audiolib, est agréable et entraînante, donne corps au personnage et nous le rend, à notre grande honte, séduisant. Je n'ai pas vu le temps passer, 8 h 30 d'écoute sous un soleil printanier, rechignant à ôter le casque des oreilles, attentive, curieuse, accrochée et impatiente. Un très bon cru que ce titre, lauréat du Prix du Polar européen 2015 du Point !
Audiolib, mars 2015 ♦ Texte intégral lu par Olivier Cuvellier (8h 31) ♦ traduit de l'allemand par Dominique Autrand (Die Wahrheit und andere Lügen)
Coup de coeur d'une grande fille de 8 ans 1/2, et pas n'importe laquelle, puisqu'il s'agit de la mienne... ;o)
Le Miraculeux Voyage d'Edouard Tulane nous raconte une histoire bouleversante, un conte initiatique sur la recherche de l'amour. Edouard Tulane est un lapin de porcelaine, vêtu d'habits précieux et élégants. C'est le jouet d'une petite fille de neuf ans, Abilène, qui habite une grande demeure bourgeoise. L'histoire nous permet de comprendre les pensées du lapin, qui est une petite créature égoïste et sans coeur. D'ailleurs, la grand-mère Pellegrina voit clair en lui car elle lui sussure un soir, dans son lit, qu'elle est très déçue par lui.
Peu après, la famille Tulane s'embarque sur le Queen Mary pour une croisière vers l'Europe. A bord du navire, Edouard est traité comme un prince, quand un drame arrive et le lapin tombe par-dessus bord. Il coule au fond de l'océan, il est plongé dans le noir, il ne voit plus les étoiles et il est seul. Le temps passe et le lapin est miraculeusement secouru par un filet de pêche. Commence alors une formidable épopée pour Edouard, qui va durer dans le temps, lui faire voir du pays mais surtout, lui donner de rencontrer des personnes étonnantes et aimantes.
Ce chemin de croix va permettre à Edouard Tulane d'ouvrir son coeur, et le nôtre aussi ! Impossible de rester de marbre en lisant cette histoire, incroyablement touchante, généreuse et poignante. Il y a des passages bouleversants, des rencontres fortes et inoubliables... Cette lecture a été notre fil rouge durant trois soirées, ma fille en réclamait encore. La dernière page tournée a même accueilli un grand cri de protestation, c'était tellement bon, pas envie de quitter tout ce petit monde... bref ce livre fait maintenant office des prochaines relectures ! Verdit : Un vrai petit bijou littéraire.
Le miraculeux voyage d'Edouard Tulane
de Kate DiCamillo traduit par Sidonie Van Den Dries
Cette sublime couverture de Shelly Wan met en scène une petite fée qu'on n'hésite pas à associer à l'héroïne du roman, Clara Charpentier. Clara a quinze ans, c'est une reine de la voltige, qui manque un jour se rompre le cou au Palais des Mirages mais doit la vie sauve grâce à l'intervention d'un charmant ténor de la chorale d'Upsal, monsieur Lukas Sandström. Nous sommes en l'an de grâce 1900, la grande Exposition universelle vient d'ouvrir ses portes à Paris. Des milliers de visiteurs sont attendus, des stands tous plus excentriques et beaux les uns que les autres rivalisent de grandeur et d'ambition. Pourtant, la menace gronde et les risques d'attentats sont bien réels, puisque dans l'ombre des individus ourdissent un plan diabolique. Victime de sabotage, Clara prend les devants pour retrouver le suspect russe au crâne chauve et à la voix de castrat. Chemin faisant, elle recroise son chevalier servant, le suédois Lukas S., toujours galant mais un tantinet mystérieux, et hélas fuyant. Qu'importe. En dépit des règles de bienséance, Clara le poursuit sans relâche, elle l'invite même à rejoindre le Grenier des Poètes, qui n'est autre que l'appartement du grand-père carillonneur, Mérowak.
Véritable hymne aux rêves et aux mirages, aux spectacles de danse et de lumière, à la naissance du nouveau siècle, ce roman d'Hervé Jubert est une féerie, une fantasmagorie, une épopée rythmée dans un Paris qui revêt un costume splendide. Les descriptions de l'Expo font illusion et se parent de lumières étincelantes. Le spectacle est époustouflant ! De plus, l'aventure que va vivre Clara Charpentier, qui n'est pas sans rappeler une certaine Blanche Paichain, combine le policier au fantastique avec une symbiose parfaite. De toute façon, l'avancée dans ce monde est tour à tour étrange, unique et déroutante. Mais le charme opère, fatalement. La plume d'Hervé Jubert fait encore montre de virtuosité et touche en plein cœur la lectrice éblouie que je suis. Un vrai numéro de saltimbanque, qui tourbillonne et donne des étoiles dans les yeux. Magique ! Tout comme ce regard tendre et attachant avec lequel l'auteur croque ses personnages... comment ne pas succomber ? Un vrai régal !
Lecture brillante. A conseiller aux grands lecteurs.
un extrait pour s'en convaincre : « Ce que Clara avait été pour l'air, Loïe Fuller l'était pour le feu. Toutes deux étaient fées. Clara le comprit enfin. On ne voyait le visage de Loïe qu'entre deux vagues ondulantes. Le corps était une flamme, une fleur, un papillon avant de redevenir cette boulotte souriante au nez fripon et à la fossette mutine. La danseuse avait inventé un mode d'expression qui transcendait l'âme humaine. Et pourtant, dans le civil, elle était si passe-partout... Pour la première fois, Clara sentit des picotements la saisir à la nuque lorsque le dernier mouvement, le plus étrange, celui qui se jouait dans la pénombre, s'acheva dans un silence stupéfait. »
Ils incarnent la jeunesse dorée de New-York, ils sont tous beaux, riches et désinvoltes. L'avenir leur sourit dans leur petit cercle protégé qu'ils fréquentent, que ce soit dans leur école privée ou dans les clubs underground, ils ne craignent rien ni personne... et puis le drame frappe l'une des leurs, lorsque Augusta Carondolet est retrouvée morte. Theodora Van Alen accepte la version officielle, on parle d'overdose, mais le très séduisant Jack Force la prévient que c'est un mensonge. C'est étrange, pourquoi le garçon le plus populaire se rapproche de Theodora la transparente, qui préfère les vêtements vintage aux grandes marques de la mode ? Et puis elle est le souffre-douleur de Mimi Force, la soeur jumelle de Jack, qui est d'une beauté époustouflante mais qui est également une garce finie. Elle ne se déplace jamais sans ses courtisanes, parmi lesquelles on trouve la texane Bliss Llewellyn. Cette dernière a eu un coup de coeur pour Dylan Ward, un nouvel élève qui joue les mauvais garçons. Il aime traîner avec Theodora et son meilleur ami d'enfance, Oliver Hazard-Perry, lequel est piqué de jalousie du flirt naissant entre sa copine et Jack Force. De même, Mimi ne supporte pas non plus ce soudain attachement entre son frère et son ennemie jurée, ni la toquade entre Bliss et ce Dylan au blouson en cuir usé qui lui file des frissons sur tout le corps.
L'intrigue se résumerait-elle à une guéguerre des nerfs, teintée de haine et d'envie, entre beaux gosses du même milieu ? Pas du tout. On va découvrir peu à peu un vrai suspense dans cette histoire, en plus de savoir qui a tué la jeune fille. Car sous le brillant, on tombe sur des secrets de famille, des légendes et même des faits remontant à la colonie de Plymouth, au XVIIème siècle. Malheureusement le titre français crache un peu vite le morceau, parce qu'il s'agit bel et bien d'une histoire de vampires. Mais le mythe ici est encore une fois exploitée de façon surprenante, loin du folklore habituel. Et c'est ce qui excitant à imaginer. On parle de sang-bleu (cf. le titre vo : Blue Bloods), de régénération, de Comité, de Sentinelles et de familiers humains, d'Intermédiaires aussi. C'est recherché, et d'ailleurs c'est carrément l'intérêt véritable de cette série, bien au-delà des descriptions parfois crispantes de la faune pleine aux as (parce que, bof-bof les nunucheries qui entourent les personnages, et cette manie de les détailler du pied à la tête, *soupirs*). Ce livre se termine sur des questions qui restent ouvertes, l'intrigue est en place, ayé j'en redemande !
Albin Michel, coll. Wiz, 2007 - 341 pages - 13,50€ traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec
L'histoire s'enchaîne à Venise, où Theodora Van Alen veut retrouver son grand-père qui s'est volontairement mis en exil par rapport aux vampires de Manhattan. C'est une décision lourde de conséquences, prise des années auparavant, quand la famille Van Alen s'est opposée au Conclave, ce comité qui régit la communauté en imposant le code à suivre, car l'assemblée ne veut pas reconnaître l'existence du sang d'argent, l'ennemi redoutable des sang-bleu. Aujourd'hui il semblerait que les Van Alen ait toujours vu juste, car la jeune génération des vampires est petit à petit décimée par des attaques isolées, mais répétées. Theodora est la dernière descendante de la famille, ce n'est pas facile pour elle car sa mère est plongée dans un profond coma, et son histoire personnelle est assez compliquée car c'est une sang-mêlée (son père est humain, Allegra Van Alen a rompu les liens ancestraux en s'unissant à lui). Elle est aussi affligée à cause de sa passion contrariée pour Jack Force, le jumeau de Mimi, car ces deux-là sont unis par le lien d'immortalité, impossible à briser. Theodora commence aussi à ressentir la soif, son corps accuse des signes de faiblesse, et il faut qu'elle pratique le Baiser Sacré. C'est alors que son lien, déjà très fort, avec Oliver Hazard-Perry devient encore plus important, mais dangereux. A ceci s'ajoute l'arrivée d'un nouvel élève à Duchesne, il se nomme Kingsley Martin. Son charme est magnétique et malicieux, le garçon attire Mimi Force dans un jeu machiavélique et il jette son dévolu sur Bliss Llewellyn, laquelle souffre d'affreux cauchemars et ne se console toujours pas de la disparition de son ancien petit ami, Dylan Ward.
C'est vraiment captivant, il y a de plus en plus du suspense dans cette série. La vision sur les vampires est franchement originale, loin des clichés. On découvre l'étendue de leurs pouvoirs, leurs faiblesses aussi. En plus, les liens d'immortalité prennent une importance considérable, et cela se vérifie dans les histoires amoureuses. On devine que des triangles sont possibles entre Oliver - Theodora - Jack - Mimi, mais désir et code déjà établi ne font pas bon ménage. L'exemple de la mère de Theodora rappelle combien il est impossible de briser les liens d'immortalité. Et puis des secrets ne cessent de sortir des placards, avec des éléments nouveaux et stupéfiants (et qui promettent de secouer la communauté vampirique). Cette série est beaucoup plus riche que l'étendard affiché par la superficialité, le glamour, la hype attitude et les fringues branchées. J'ai même trouvé que c'était parfois proche de Harry Potter (avec les incantations en latin, les entraînements, les forces du mal, le combat qui approche...). La communauté des vampires est également divisée, entre les sang-bleu qui veulent apporter paix, beauté et lumière tandis que le sang d'argent recherche le chaos. Mais l'ennemi est invisible, ce qui rend la tension encore plus excitante. J'attends le troisième tome avec impatience, car je suis très agréablement surprise par la série de Melissa de la Cruz.
Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 340 pages - 13,50€ traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec
Encore un roman dont l'héroïne a 30 ans, elle vit seule, sans amour, sans boulot et sans famille. Inscrite sur un site de rencontres, IDILA2, où force est de constater qu'elle ne casse pas la baraque en attirant les gugus aux abois, Birgit doit réagir. Il faut aussi trouver une solution pour décrocher un job, car son compte bancaire est dans le rouge. Certes, elle est diplômée en psycho, mais ne peut pas exploiter ses connaissances. Elle débarque alors dans le télémarketing, pour une société de cuisine, mais sa côte aussi est en chute libre. On lui raccroche au nez, elle ne sait pas convaincre le client, parce qu'elle n'y croit pas ! C'est la catastrophe, avec une dernière goutte d'eau dans le vase : elle rugit de mécontentement contre ses voisins lors d'une réunion de quartier.
Vient enfin la révélation, sa vocation de sainte, « il vaudrait mieux dire "quête spirituelle", "recherche personnelle", "travail sur soi", une bouillie de ce genre ». Suite à cela, tout va changer. Entre piratage de fichiers, rencontre sans lendemain, sentiment honteux d'usurper son petit monde, sainte Birgit veut avancer et ne plus se planter (ce qui est, en vrai, son lot quotidien !). Heureusement, il y a la très bonne copine Caroline, ses bonnes idées et sa façon de pousser du coude, même à distance, pour sortir notre héroïne de sa mélasse.
Après un premier roman lu et apprécié - Décompte - Sophie Chabanel raconte le parcours d'une femme en total décalage avec l'air du temps. Birgit est inadaptée au système, elle ne rencontre pas les bonnes personnes, ne tombe pas amoureuse et refuse de se plier au consensus, elle voudrait bien mais ne peut point. Son cas n'est certainement pas unique, mais il frise l'humour cocasse et le désespoir naissant. L'histoire refuse de s'embourber, même si elle patine en milieu de parcours, elle sait rebondir à temps pour nous offrir une fin de course désopilante.