Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Chez Clarabel
Publicité
25 octobre 2008

Blablas, frou-frous, éclats de rire Comme une volière en délire *

 

 

 

 

 

* Paroles de Le Congrès des Chérubins / Juliette

Approchez-vous et voyez ces bambins
Le cheveu frisé et le regard mutin
Malins et coquins chérubins

**********

C'est la nuit, nous sommes dans un dortoir de garçons. Tout ce petit monde roupille sous la couette. Quand, soudain, un prout retentit. Un oeil s'ouvre, puis un autre. Et d'autres encore. Un garnement est paré à l'attaque, un polochon entre les mains. Et paf ! la bataille a commencé.

Il n'en faut pas davantage pour susciter une réaction en chaîne. Certains bâillent et s'étirent. D'autres pleurnichent ou se camouflent sous les draps. Et clic ! une lampe torche entre en jeu. Un acteur est mis en lumière. Et d'autres rais de lumière pointent et zèbrent la scène.

Oooh, du calme. Une porte vient de s'ouvrir et c'est le surveillant au regard goguenard qui joue à Max-la-menace. Bref instant de répit, avant le prochain round.

Et le petit jour se lève, les teintes s'éclaircissent. Du noir, on passe au bleu marine (tiens, on remarque qu'il y a des filles aussi dans ce dortoir !) La scène du crime est éclatante, mais point de victime à déplorer. Les bambins, bien échauffés, se ruent vers l'extérieur où, d'un blanc irradiant, une piste enneigée les attend !

518pNcJiMCL__SS500_

Aucun texte dans cet album, mais ce n'est pas grave ! A la place, on trouve une multitude de détails qui permet de mettre en ébullition la folle du logis. Il faut observer et créer sa propre histoire. C'est drôle et bourré d'énergie !

Par Vincent Cuvellier
Illustrations de Vincent Mathy

Gallimard jeunesse, coll. Giboulées
12,50€
Dès 3-4 ans

Du même auteur : La première fois que je suis née

 

La plus grande bataille de polochons du monde

Publicité
6 novembre 2008

Les Cavaliers des Lumières : La voie des chimères **

Nous sommes encerclés, une seule tactique
On fonce dans le tas, pas de quartiers haro !
Découpons en lanières, ces zombis fanatiques
Et qu'ils sachent pourquoi nous sommes des héros

**********

511yCE3OpAL__SS500_Voici donc le deuxième livre qui succède au Règne de la barbarie de cette série en 5 volumes.
Nous suivons Owen, alias Dream Song, un adolescent qui vit avec ses parents adoptifs et sa petite soeur dans le bush australien. Après les derniers événements survenus dans le tome précédent, le garçon se réveille avec un ordinateur cramé et inutilisable. Mais d'autres mauvaises surprises l'attendent car ses tentatives de connexion au jeu des Barbarians échouent. Le jeu semble avoir été rasé de l'internet, aucune trace n'existe sur les moteurs de recherche ou les forum.
Cela pourrait être une bonne nouvelle, le signe que leur mission a été accomplie (ces créatures virtuelles avaient choisi d'envahir la Terre). Tout serait donc rentré dans l'ordre ?
Non, car Owen pense aussitôt à Fennec des Sables. Nous la connaissions sous les traits de Théo la parisienne qui vivait seule avec son père, elle avait détecté la première le plan machiavélique des Barbarians, avait contacté ses partenaires de jeu pour les avertir du risque, puis était partie sur l'île de Wight où elle avait rencontré un apprenti mage, etc. Elle avait su se glisser dans le système et intégrer le monde virtuel en franchissant la frontière. Elle avait poussé ses camarades à la rejoindre, mais ils n'y sont jamais parvenus. A la place, c'étaient toujours leurs avatars qui avaient combattu vaillamment contre Yamider et sa cruelle armée de Barbarians.
Et donc, après l'affrontement il y a eu le nuage noir. Les écrans d'ordinateur ont fumé et le jeu est parti en poussière.
Où est passée Théo ?
Elle n'est pas rentrée chez elle, son père n'a aucune nouvelle. Il est prêt à craquer...
Owen choisit de taire la mission casse-cou de sa fille et opte pour le rassemblement des Cavaliers des Lumières : Glaive d'Or, Ciel qui gronde et Oeil de Faucon.

Le lecteur que nous sommes pousserait bien Owen à se rapprocher de Bruce l'Aborigène, celui qui semble tout savoir et lire dans l'esprit des autres. Il a déjà attiré l'attention du garçon sur un dingo qui ne quitte plus les alentours de leur maison. Car l'animal cherche à communiquer avec lui, avance Bruce.
Mais Owen est assez buté et il n'aime pas ce vieux mêle-tout. Pourtant l'Ancien a raison. Le gamin ne le sait pas encore, mais sous cette forme animale se trouve Théo. Emportée dans le tourbillon du Grand Passage, elle est revenue sur Terre incarnée en dingo ! Comment lui rendre son apparence humaine ? Et si, enfin, Owen suivait Bruce sur le chemin de l'Initiation...

Encore une bouillante aventure que voilà !
Owen, alias Dream Song, s'est déclaré chef des Cavaliers des Lumières, mais dans la vie réelle il se sent incapable et indécis. Par exemple, il a toujours ressenti un doute vis-à-vis de Yamider et lui accorde le bénéfice du doute (il ne serait pas foncièrement démoniaque). C'est sans savoir que le Grand Chancelier aime se nourrir des flottements pour se glisser dans la brèche et retrouver sa force !
Damnation ! Le Monde Nouveau est encore une fois menacée, et Owen se sent coupable. Sa petite soeur Neal va être prise en otage de la barbarie et il n'est plus question d'hésiter. Il faut agir.
Et bonté divine, Théo revient !

Ce livre nous enseigne une part de la culture aborigène, par le champ de cérémonies sacrées et d'incantations, qui représente un intérêt considérable. Peut-être les plus jeunes ne s'y arrêteront pas comme moi, et seront davantage happés par l'ambiance et les techniques de jeu, les batailles épiques et l'action trépidante. Je ne les blâme pas non plus, car ce roman est véritablement captivant. Il y a un vrai souffle romanesque et une intrigue qui déborde d'imagination.
La perspective des prochains volumes s'annonce excitante, sachant que nos trois autres cavaliers des lumières sont d'origine massaï, chinoise et indienne.
Le troisième livre, portant le titre de La porte du présage, va d'ailleurs nous emmener en Californie auprès de Ruben, qui détient un rôle clef dans les Barbarians Killers. Pour le savoir, c'est à suivre !

**********

« A l'école, ils nous ont expliqué que nos histoires de Rêves à nous autres, les Abos, ne sont que des leurres. Des superstitions. De l'archaïsme.
- Etre archaïque ne veut pas dire être idiot, ni être dans le faux. Quelquefois c'est le progrès qui se trompe. Tes professeurs n'ont donc pas tout à fait tort. Ton Rêve est archaïque, et il est la Voie qu'il te faut suivre pour avancer vers ton destin.
- Qui est ?
- Qui est la Voie des Chimères. Suis-la et tu trouveras ce pour quoi tu es venu sur Terre.
- La Voie des Chimères... Est-ce que tu veux dire la Voie de ce qu'on ne voit pas ? De ce qu'on imagine ? Est-ce que les fantômes que j'ai vus l'autre nuit dans le bush, durant mon initiation, étaient des Chimères ?
- Je n'en sais rien, petit. Tu poses trop de questions. Il s'agit de ton héritage. Je ne peux pas t'en dire plus
.
»

Par Brigitte Aubert & Gisèle Cavali
Plon jeunesse, novembre 2008 - 308 pages - 13,90€

 

28 octobre 2008

Cachez-moi ça - Kyril Bonfiglioli

9782702434215_GIl est snob et persifleur, insolent et tricheur, roublard et esthète, gourmet appliqué et insolent fini. C'est un Arsène Lupin sous l'uniforme d'un marchand d'art londonien. Il a volé un Goya au Prado et cherche à le faire passer discrètement en Amérique, en le cachant dans le double plafond de sa Rolls. Mais ses faits et gestes sont épiés, car notre bonhomme est suspecté et harcelé par la police spéciale de Sa Majesté - avec, en tête, Martland au volumineux postérieur !

Charlie Mortdecai - ainsi se nomme notre personnage - est un pendant de Bertram Wooster sous acide. Il se joue de l'idée avec cynisme, il a son Jeeves en la personne de Jock, enfin c'est un anti-Jeeves car il est décrit comme son voyou de service, tant il est grossier, saoûlard et bagarreur (rien à voir avec la copie originale !). Ensemble ils nous offrent une escapade sauvage et décadente, de l'Amérique au Nouveau-Mexique avant de se réfugier en Irlande. 

Publié dans les années 70, ce roman est en fait le premier volet d'une trilogie qui a connu un grand succès en Angleterre. C'est une histoire qui fait penser à un croisement entre Woodehouse et Chandler, c'est écrit avec élégance et ironie, l'action est rebondissante, l'intrigue assez noire et malgré tout il y a une légèreté derrière tout cela, exactement là où l'art et l'alcool ont droit de cité. Vraiment hilarant, un peu étourdissant, mais hélas trop méconnu !

Editions du Masque, octobre 2008 - 286 pages - 6,50 €
traduit de l'anglais par Marie-Caroline Aubert
titre vo : Don't point that thing at me

11 octobre 2008

Des caramels fondent dans le sable Leur goût de miel est un peu diable *

 

 

 

 

 

 

* Paroles de Daphné / Théo Soleil

Des chocolats, rappelle moi
D'éviter ça pour la prochaine fois...

A moins que ta peau, Théo, tout l'été dans l'eau
J'la parfume au sirop d'érable de Toronto

**********

IMGP6181

C'est l'histoire d'une légende. A Paea, sur les terres de Tahiti, on raconte qu'une enfant plus brillante que l'aurore vit le jour. On l'appela Anani. Elle était très belle, avec de longs cheveux roux et une peau étonnamment claire. Mais Anani le savait et avait ainsi développé un amour-propre disproportionné. Tous les hommes souhaitaient l'épouser, mais elle refusait de se marier.

Un jeune voisin, Hangaroa, tomba fou amoureux d'elle lorsqu'il la vit la première fois, la belle déclina sa demande en mariage car il n'était qu'un simple cultivateur.

Le chef du village, qui était d'une grande beauté, demanda lui aussi sa main mais elle refusa encore. Elle voulait être reine, sans jamais se plier devant un roi.

Le roi, piqué de curiosité, décida d'envoyer des messagers pour rendre compte de cette beauté légendaire, mais Anani s'offusqua. Cette attitude provoqua la colère du roi qui dépêcha son grand prêtre, le Tahua, pour punir l'insolente. C'était un vieillard, philosophe et un peu sorcier. Il fit la leçon à Anani, lui déclara qu'elle ne savait pas aimer et qu'elle était sèche comme le bois que l'on met dans le feu.

Anani éclata de rire et le Tahua, agacé, transforma la prétentieuse en un arbre majestueux au tronc pâle comme sa peau.

" Si un homme est encore amoureux de toi à présent, sans ta voix veloutée et ton doux sourire, s'il te choisit pour épouse, alors dans toute ta beauté tu réapparaîtras. "

L'ancien soupirant d'Anani, Hangaroa, n'avait pas oublié sa belle et priait en regardant les étoiles pour être aimé en retour. Ses longues promenades dans les hauts plateaux de l'île le mirent sur le chemin de l'arbre auprès duquel il trouva de l'ombre, de la fraîcheur et un délicieux parfum qui lui rappelait son amour perdu.

L'arbre avait fleuri et Hangaroa fut fou de joie de trouver du réconfort grâce à cet arbre. Il décida de le bichonner. Quelques temps après, les fleurs blanches avaient disparu à la place de gros fruits ronds et oranges. La peau était dure et amère, il fallait l'enlever car à l'intérieur se trouvait une chair délicieuse, juteuse et sucrée.

  Tant d'émotions avaient réveillé les désirs de l'homme,
" je suis fait pour la vie, je suis fait pour aimer. Je rêve d'une épouse que je laisserai libre comme le vent pour qu'elle ne soit pas comme mon bel oranger, prisonnier de ses racines. "

A ses mots, l'arbre dans lequel le corps de la jeune fille habitait frissonna. Et Anani apprit l'amour.

Elle sera libérée de sa prison, et Hangaroa obtiendra son amour éternel. Et c'est ainsi que les orangers de Tahiti - appelés Tamu Anani - devinrent les symboles de l'amour profond et sincère. Chaque année, les hommes descendent les bras chargés d'oranges pour partager leur parfum sucré et le plaisir des amoureux.

Un magnifique album, plein de poésie, de senteurs, de goûts et de sensations.
C'est aussi une histoire sensuelle, assez magique et porteuse d'espoir.

De Roxane Marie Galliez
Illustrations de Marie Diaz

Balivernes, 2008 - 14,50€

IMGP6183

Feuilleter le livre

10 octobre 2008

Et si on essayait un peu De voir notre petit monde d'en haut *

* Paroles d' Olivia Ruiz / Thérapie de groupe

**********

51dtAErOAqL__SS500_Titus a neuf ans, c'est le petit dernier d'une famille où on travaille beaucoup. Maman s'absente souvent pour aller en Chine, papa rentre à pas d'heure et les deux soeurs aînées mènent leur petite vie à leur guise. Bref, Titus est tout seul et c'est son grand-père Papyrus qui vient généralement à la rescousse pour jouer les gouvernantes.

Papyrus n'est pas un grand-père comme les autres. C'est un inventeur aux créations assez dingues, un vrai bricolo jamais à court d'idées, mais Titus n'est pas fan de ses excentricités. C'est souvent trop repérable, trop original, trop incontrôlable. Et généralement Titus est grondé par ses parents à la place du grand-père. C'est comme un grand enfant, donc on ne sait jamais qui doit garder qui.

Papyrus porte le kilt et les moustaches bien troussées jusqu'au ciel, il conduit une 4L écolo, a un chien invisible (ou virtuel, ou immatériel, au choix !). Il sait faire voler les tables et les chaises, cuisiner un gratin de pâtes avec de la crème fraîche et du sucre, traverser la Seine sans bouger un orteil. Si Titus ne sait plus où se mettre à force de se sentir mal à l'aise et humilié, ses copains sont fous de son grand-père !

Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un Papyrus ! En plus, sous ses dehors fantasques, il vous apprend les tables de multiplication en rigolant, à plonger dans la fosse sans trembler, à comprendre l'utilité de la grammaire et manger ce qu'il vous plaît, sur le tapis persan de papa.

Cette folle semaine avec Papyrus est racontée avec délice, fantaisie et non sans une certaine réserve par un p'tit gars de neuf ans, pas toujours conquis par la folle du logis que son grand-père abrite. Ce dernier a une petite araignée au plafond, il est farfelu mais pas si siphonné que laissent entendre les apparences.

Une lecture pétillante, avec des illustrations aussi doux-dingues que le propos !

D'Isabelle Jarry
Dessins d'Aurore Callias

Ma folle semaine avec Papyrus
Gallimard jeunesse, coll. Giboulées - Octobre 2008 / 105 pages.  14€
Dès 8-9 ans.

IMGP6189

(aperçu)

Publicité
6 octobre 2008

Tu sais qu'il y a un bateau qui mène au pays des rêves Là-bas où il fait chaud, où le ciel n'a pas son pareil *

 

 

 

 

* Paroles de Libertad / Pep's

On m'avait dit p'tit gars
Là-bas on t'enlève tes chaînes
On te donne une vie
Sans t'jeter dans l'arène
Comme ici tout petit après neuf mois à peine
On te plonge dans une vie où tu perds vite haleine
(...)
Alors une petite fille aussi belle que nature
Me prit par la main et m'dit : "Suis cette aventure"
On disait même, oh oui que la mer l'enviait
Que la montagne se courbait pour la laisser passer
Elle m'emmena au loin avec une douceur sans fin
Et ses bouclettes dorées dégageaient ce parfum
Qui depuis des années guidait ce chemin
Ton chemin, mon chemin, le chemin
(...)

**********

51xBKoyTyoL__SS400_Avis à toutes les mamans qui ont grandi devant Heidi la petite fille dans les Alpages... Voici un petit bouquin pour vos bambins qui peut-être leur donnera une petite idée du bonheur (le nôtre, celui de notre enfance !). Anna, héroïne de 11 ans, et ses parents quittent leur ville d'Aulnay-sous-Bois pour s'installer dans un village de montagne où ils vont ouvrir une boulangerie. Un vrai décor de carte postale s'offre à eux, avec en prime un climat différent, un rythme de vie plus lent et des relations assez frileuses. La communauté est réservée, elle jauge avant de souhaiter la bienvenue et de vous compter parmi elle. Anna et ses parents pensaient que les idiots ne vivaient qu'en ville et étaient éloignés de ce havre de paix. Erreur : leur venue n'est pas bien perçue par le boulanger itinérant, fâché de perdre sa clientèle. Intimidation, menaces, sentence élémentaire : vous n'êtes pas d'ici, retournez d'où vous venez... Le père d'Anna va perdre son sang-froid et commettre le geste de trop.

De son côté, Anna a le blues et souffre du mal du pays. Elle n'ose pas le dire à ses parents, qui ne comprendraient pas. Elle a tout pour être heureuse, n'a aucune raison d'être insatisfaite et pourtant l'isolement, la solitude, le déracinement s'associent férocement pour miner son moral. Ou est-ce aussi le manque de sa meilleure amie Lina qui cause son cafard ? 

Un texte gentil, sensible et lucide sur le déménagement et les relations avec les autres (parents, voisins, amis). De jolis passages sur la nature, les paysages montagnards apportent la petite touche de couleur au tableau.

* 10 ans et plus *
J'habite en bas du ciel - Bruno Gibert
Syros, coll. tempo - août 2008 - 136 pages. 5,90€

Pour les nostalgiques ;o)

 


Heidi la serie tv

**********

51KxNaig5ZL__SS500_En vacances chez sa grand-mère, Mathilde s'inquiète de ne pas avoir de nouvelles de son amie Jocelyne, restée à Paris. Elle parvient à rentrer chez elle en avance et se rend presque aussitôt chez Jocelyne, où le quartier a totalement perdu de sa vivacité et de sa couleur. C'est anormalement calme, les lieux sont vides et abandonnés. En s'introduisant par effraction dans l'immeuble de sa copine, elle découvre des appartements délabrés, où la vie de tous les jours a subitement pris fin, sans explication.

Sa mère lui suggère alors de se rendre au commissariat mais l'accueil est froid. La rentrée au collège s'effectue, aucune trace de Jocelyne, ce qui inquiète de plus en plus Mathilde. Elle retrouve Gretsch, un garçon qui vient de Tchéchénie, pays qu'il a fui à cause de la répression sanglante, et elle sera alors témoin d'une scène qui lui apportera la réponse qu'elle n'attendait plus.

C'est sur une intrigue policière que se base l'histoire de ce roman, dont le sujet concerne la clandestinité et les sans-papiers. Cela devient un thème de plus en plus exploité dans la littérature jeunesse, cf. L'ami l'iguane d'Alex Cousseau chez Le Rouergue. Ici, Christian Roux a mis l'accent sur le mystère autour de la disparition d'une jeune Malienne, la meilleure amie de l'héroïne, en créant une ambiance pesante (il parle de 'tristesse infinie' ou de 'catastrophe permante' pour planter son décor).

C'est bien vu, Mathilde s'improvise détective et c'est à travers elle qu'on passe au peigne fin les 'lieux du crime'. Le passage en revue est souligné par son innocence et son inquiétude (bien légitime), mais cela n'empêche pas le lecteur de vite décrypter les messages cachés. En fait, l'auteur nous donne assez facilement les bonnes pistes à suivre, mais il a l'habileté de faire travailler Mathilde, la forcer à fouiller et réfléchir pour arriver à ses propres conclusions. 

Le récit s'entoure aussi de brillantes introspections pour rappeler l'amitié sincère entre les deux filles, ce que l'une avait su apporter à l'autre. Il met aussi en valeur la précarité des familles démunies, sans aucun misérabilisme. C'est juste, écrit sans fard, sans état d'âme. Et cela touchera davantage les lecteurs de niveau collège.

Les maisons aux paupières crevées - Christian Roux
Syros, coll. Souris Noire - 146 pages - 5,90€
11 ans et +

J'habite en bas du ciel

Les maisons aux paupières crevées

11 octobre 2008

Pourquoi les vaches plaisent-elles autant, A toute sorte de gens Obstinément? *

Serait-ce à cause de leurs si beaux yeux
Ou bien à cause de leur sens de l'observation
À cause de leurs pis à lait
Qui sait le pourquoi
De cette attirance là...

IMGP6169

 

 

 

Au début, je pensais que le professeur Tatsu Nagata était un nom bidon, qu'on colle sur cette collection destinée aux jeunes enfants. Et puis non ! C'est un vrai scientifique, mondialement reconnu, qui publie des livres ayant la vocation de faire aimer la nature et les animaux. C'est du sérieux, donc ! On a encore plus de mal à le croire quand on commence à feuilletter ces albums : franchement c'est risible, les illustrations frisent l'absurde mais - à y regarder de plus près - ce n'est pas totalement ridicule non plus. Aucune ânerie dans le propos. On lit une fiche signalétique sur l'ours ou la vache qui est à la fois éducative, simple et amusante. Voila le topo : du documentaire, oui ! du rébarbatif, non !

Cette collection s'adresse à un très jeune public, dès 2-3 ans, et pourra être utilisée en classe de maternelle. Il existe d'autres titres, dont la baleine, le renard, la fourmi, le gorille, le cochon, la taupe, la grenouille etc. 

Les sciences naturelles de Tatsu Nagata : La vache / L'ours
Illustré par Thierry Dedieu
Seuil jeunesse, septembre 2008 - 8,50€

www.thierrydedieu.com
www.tatsunagata.com

IMGP6170

(aperçu)

Les sciences naturelles de Tatsu Nagata : La vache

21 septembre 2008

^Avant-première : roman coup de coeur ^

Il y a deux-trois ans, j'étais lectrice pour France Loisirs. Cela consistait à recevoir des manuscrits en v.o et de renvoyer des notes de lecture. Facile ! Dans l'ensemble, j'ai toujours eu une bonne pioche. Mais un jour, j'ai eu LA révélation de l'année et je suis très contente de vous apprendre que le roman est enfin proposé dans le catalogue de France Loisirs, en avant-première :

IMGP6097

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

(en vo : The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society)

Son histoire :

Janvier 1946. Tandis que Londres se relève péniblement des drames de la guerre, Juliet se demande quel va bien pouvoir être le sujet de son prochain roman. Lorsqu'elle reçoit une lettre d'un habitant de Guernesey, cette petite île anglo-normande oubliée, lui parlant d'un cercle littéraire et de tourtes aux pelures de pommes de terre, la curiosité de Juliet est piquée.
Au fil des lettres qu'elle échange avec les habitants - aussi fantasques qu'attachants - de Guernesey, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté sans pareille sous l'Occupation et le destin héroïque et bouleversant d'Elizabeth, une femme d'exception...

Rédigé sous la forme épistolaire, ce roman se lit d'une traite. C'est savoureux ! Au début, on pense vaguement à Helene Hanff et son 84, Charing Cross Road pour très vite l'oublier ! C'est encore mieux ici. On s'embarque rapidement dans une aventure insulaire, à Guernesey, au sein d'une communauté bougrement attachante. Ses habitants ont connu la guerre, en plus de leur isolement. Bien entendu ils se sont serrés les coudes, ont trouvé le moyen de se divertir en créant un cercle littéraire pour parler de leurs lectures. Mais en fait ses réunions servaient d'alibi pour des actes de résistance (han-han). Je n'en dis pas plus !

Vous allez adorer !

La page de présentation sur le site de France Loisirs (avec extrait)

Et pour celles & ceux qui me trouvent abominablement injuste (tout le monde n'est pas adhérent !), je ne peux que vous conseiller la lecture en anglais (ce site, play.com, propose le livre au prix de 11,49€  ICI ). Sinon le roman va paraître chez Nil en avril 2009.
Traduction de l'anglais par Aline Azoulai-Pacvon et c'est très bien rendu !

Avé, les lecteurs ! 

13 juillet 2008

Old-fashioned, but delicious !

 

 

IMGP5823

Dans le quartier des Batignolles, le corps d'un petit vieux est retrouvé dans un bain de sang... La victime a juste eu le temps de griffonner les premières lettres du nom de l'assassin : il s'agit de son neveu, Monistrol. Ce dernier avoue aussitôt les faits, le juge et la police se frottent les mains de conclure une affaire aussi vite. Mais Méchinet, agent de sûreté, n'est pas du même avis. Il est secondé par Godeuil, un jeune officier de santé. La rencontre entre ces deux personnages n'est pas sans rappeler la paire sympathique de Sherlock Holmes et Docteur Watson, ou Hercule Poirot et le commissaire Japp.

Bref, Méchinet devine d'instinct que l'enquête ne fait que commencer. Il va rencontrer la blonde et délicieuse Mme Monistrol, trop belle pour être honnête, trop cupide, trop ambitieuse et trop rayonnante auprès d'un époux au physique peu attrayant. La dame a un alibi, le mari plaide coupable. Mais alors ? Les petites cellules grises de nos deux compères s'activent. Cette intrigue est rondement bien ficelée, classique et décrit un Paris du 19ème siècle guindé, suranné mais charmant.

Emile Gaboriau est un pionnier du roman policier français, auteur d'une oeuvre qu'on compare facilement à celle de l'anglais Wilkie Collins par exemple. Le petit vieux des Batignolles inaugure un cycle de nouvelles (l'histoire ne fait que 86 pages). Le texte est suivi de deux nouvelles qui composent Mariages d'amour : Monsieur JD de Saint Roch, ambassadeur matrimonial et Promesses de mariage.

Ces deux récits dénoncent la spéculation des sentiments humains et des mariages arrangés. Monsieur JD de Saint Roch est un brocanteur du mariage, comme il se décrit. Il embobine le fils d'un avoué, qui a déjà créé le scandale de démissionner de son poste d'ingénieur des Ponts et Chaussées, puis a su construire une honnête fortune à force de spéculations. L'entremise de petites lettres qui dénoncent, conspuent et colportent des vérités à demi cachées ou avouées va semer la zizanie dans le coeur des jeunes gens épris. Promesses de mariage permet à l'auteur de s'attaquer aux mariages arrangés qui sont encore monnaie courante sous le Second Empire. Gaboriau se livre ici à un anti-marivaudage féroce et réjouissant.

(Personnellement j'ai plutôt apprécié la première histoire, car on y perçoit bien le policier qui va ouvrir la voie à d'autres personnages ou influencer des futurs auteurs. Cf. Simenon et Maigret, encore un exemple.)

S'il n'est pas l'inventeur du genre, Emile Gaboriau a su incontestablement donner au genre policier ses premières lettres de noblesse. Et même créer un archétype de personnage débonnaire qui poursuit l'enquête sans trop avoir l'air de s'y intéresser, qui sait toujours où il va mais laisse tout le monde perplexe. La liste des personnages qui doivent à Gaboriau leur caractère propre est vaste, ici naît sans aucun doute aussi bien Holmes, nous l'avons dit, que Colombo, dont le faux-air ahuri est le meilleur piège à vérité. Et tout est ici, dans une langue savoureuse et simple, qui met le quotidien dans un roman et parvient à en faire toute une histoire.  Source : Boojum-mag.

Le petit vieux des Batignolles, et autres nouvelles - Emile Gaboriau

Editions du Masque, coll. Labyrinthes - 2008. 345 pages. 8€

IMGP5824

Lady Angatell et son époux reçoivent pour le week-end quelques amis dans leur splendide domaine du Vallon. Des amis, certes, mais toute cette petite communauté réussira-t-elle à cohabiter ? Voilà que Lucy Angatell commence à en douter. Et les domestiques eux-mêmes sont sens dessus dessous, rien n'est prêt pour le déjeuner alors qu'un invité de marque est sur le point d'arriver au château : le célèbre Hercule Poirot en personne. Son métier est de démasquer les assassins, mais il vient cette fois pour se reposer, du moins le croyait-il : le médecin, John Christow, est retrouvé tué par balles au bord de la piscine. Les soupçons se posent sur Gerda, l'épouse qu'on a retrouvée près du corps, le revolver dans une main. Or, les preuves font défaut.

Naturellement cette dernière avait toutes les raisons d'être jalouse (Christow collectionnait les conquêtes féminines), et la dévotion de l'une d'elles, qui dans l'ombre oeuvre pour masquer les indices, va compliquer l'enquête criminelle menée par notre cher Poirot. 

Ambiance serrée par ce huit-clos efficace où, très vite, on soupçonne tout le monde, Le Vallon échappe au genre du whodunit dont les règles sont ici un peu chamboulées. Agatha Christie s'attache à décrypter les personnages, les psychologies et distille une atmosphère mêlant l'intrigue amoureuse à la résolution de l'énigme policière. Ce titre de la très productive reine du crime est quelque peu méconnu, mais gagne à être découvert sans tarder !

Le Vallon a été adapté au cinéma par Pascal Bonitzer sous le titre Le grand alibi. (au cinéma le 30 avril 2008)

Le Vallon, d'Agatha Christie

Librairie des Champs Elysées, 1995 pour cette traduction

(traduit de l'anglais par Alexis Champon). titre vo : the hollow

IMGP5827

Joan Scudamore, anglaise d'une soixantaine d'années, est coincée dans un relais en plein désert, à la frontière turque, pour rentrer dans son pays. Elle vient de rendre visite à sa fille Barbara qui vit avec son époux à Bagdad. Dans cet endroit coupé de son petit monde confortable, Joan rencontre une ancienne amie d'école, Blanche Haggard. Celle-ci a toutefois subi les foudres du temps, devenant plus vulgaire, âgée et mal vêtue (selon les critères de la très respectable Mrs Scudamore). Très vite, on devine une suffisance chez cette femme, malgré la sympathie qu'elle nous inspire. On ne peut s'empêcher de pincer les lèvres et les narines : c'est une épouse dévouée, une mère accomplie, une femme exemplaire. Un peu trop ?

Car derrière cette façade trop lisse, on cherche les failles et les fêlures. Et c'est en voulant la taquiner, en lui prédisant d'être bloquée dans son relais à cause des pluies qui s'annoncent et du terrain impraticable pour les trains, que Blanche va provoquer son temps de réflexion. Or, elle soulève un point délicat : "si l'on n'avait rien d'autre à faire que penser à soi-même pendant plusieurs jours de suite, je me demande ce que l'on découvrirait..."

Totalement désoeuvrée, Joan va donc devenir "détective lancée sur la piste de sa propre vie passée" et soudainement ce voyage l'entraîne à éclaircir des contrées mises - dans son subconscient - en abîme. Cette femme s'enorgueillissait d'avoir réussi sa vie, quitte à regarder de haut Blanche Haggard en la méprisant. Elle va s'apercevoir qu'elle a occulté ses propres erreurs.

Sous le pseudonyme de Mary Westmacott, on retrouve Agatha Christie, auteur de ce roman d'introspection qui est aussi le monologue enfièvré d'une femme blessée par la vie. Ecrit en trois jours et trois nuits dans une sorte de transe, selon les dires de la grande dame, Loin de vous ce printemps dévoile un talent caché d'Agatha Christie, celui de broder sur un sujet autrement bateau qu'un indécrottable whodunit (genre très appréciable, sans nul doute). A noter pour vous en persuader !

Loin de vous ce printemps - Mary Westmacott (Agatha Christie)

Robert Laffont, 1951 pour la traduction - Livre de poche, 1990

roman traduit de l'anglais par H. de Sarbois - titre vo : absent in the spring.

Avait été conseillé par Patricia (dans sa cuisine rouge)

11 juillet 2008

(lectures de vacances - 2)

Quelques romans (faussement) policiers, ou dont les histoires s'approchent d'une intrigue flippante, captivante et/ou avec fil rouge...

IMGP5821

Scream Test : Cela commence par une série de disparitions, puis par l'étrange coincidence que ces jeunes gens, à peine âgés de vingt ans (au plus), ont tous été recalés lors d'un casting pour une émission de tv-réalité. L'affaire prend un tour dix fois plus inquiétant lorsque le lieutenant Clara Redfield découvre que ces sept disparus sont les protagonistes d'un show diffusé sur le net, intitulé The last one. Le principe est clair : deux nominations, jour après jour, un seul gagnant au bout. Mais ce que les participants ignorent, c'est qu'à minuit tapante, le sortant sera exécuté en direct, une balle entre les deux yeux.

C'est un cauchemar, c'est glauque et horrible à la fois. C'est une critique vive et entendue sur les programmes de tv-réalité. C'est aussi, et en quelque sorte, une parodie de polar gore, un "slasher" littéraire, en hommage à ce cinéma qui veut qu'un tueur sadique décime un groupe d'adolescents à intervalles réguliers tout au long du métrage (les références ne manquent pas, et l'auteur est un féru en la matière !). Les chapitres sont courts, maintenant une cadence soutenue et haletante. Résultat, on s'imprègne de l'atmosphère étouffante et écoeurante de cette histoire. On reconnaît que les personnages manquent de dimension, sont trop stéréotypés. Mais c'est dans la continuité du dessein orchestré par Grégoire Hervier : Scream Test est un roman bluffant, qui nous accroche par sa fascination de l'horreur. Du bon boulot. 

"Lui, Stanley, avait compris que le public, pour étancher sa soif de voyeurisme, ne pouvait plus se satisfaire du narcissisme, de l'oisiveté décadente et de l'exhibitionnisme ludique de candidats impudiques. Les émissions successives de télé-réalité engendraient des candidats formatés, fins connaisseurs des règles du jeu ou sachant parfaitement s'y adapter quand on les changeait, pleinement conscients du parcours à effectuer pour réussir leur médiatisation. Le résultat en était une perte inéluctable de vérité, de spontanéité, une dissolution de cette réalité même qui était le centre d'intérêt du jeu. Une réalité biaisée, artificielle, avariée, mais dont le public adorait se repaître, s'il parvenait à y croire encore un peu."

Scream Test - Grégoire Hervier

Editions Au Diable Vauvert, 2006 / Livre de Poche, 2008 - 285 pages.

Je trouve que la télévision est très favorable à la culture. Chaque fois que quelqu'un l'allume chez moi, je vais dans la pièce à côté et je lis.

Groucho Marx
Cité dans Halliwell's Filmgoer's Companion

Pierre de Gondol détient la plus petite librairie de Paris, un bouclard d'une douzaine de mètres carré où se retrouvent des passionnés et autres allumés de tout bord. Parmi eux, un client lance un défi à notre amateur de Série Noire et Raymond Queneau : retrouver les cinq personnes oubliées dans la traduction du texte de Jim Thompson qui, en anglais, se nomme Pop 1280 et, en français, 1275 âmes. Voici une enquête littéraire comme je les aime : trier les livres, traquer les références, mettre bout à bout les notes, les indices et partir en voyage aux Etats-Unis pour percer ce mystère qui ne remuera pas la scène parisienne. Oui, mais j'ai été plutôt déçue. Ce livre n'a pas la figure d'un réel roman policier, au lieu de ça, on a entre les mains un guide érudit où Jean-Bernard Pouy fait l'étalage de sa culture et de ses connaissances (sur les romans noirs, la Série Noire, etc.). Le résultat est embarrassant, frustrant. Le lecteur lambda se sent dépassé et spectateur, pas du tout embarqué. Et puis la langue de Pouy est, certes, piquante et franchouillarde, mais elle ne me séduit pas complètement. A long terme, je trouve que le ton devient lourd. Peut-être n'ai-je pas commencé par le meilleur titre de cet auteur, je n'abandonne pas pour autant de lire un autre livre de lui ! (Parce que, à croire Cathe, il le vaut bien !)

"La culture, ça sert. Et c'est bon pour le moral."

Idée de lecture piquée chez Michel (Serial Lecteur)

1280 âmes, Jean-Bernard Pouy

Editions Baleine / Le Seuil, 2000. Points, janvier 2002. 168 pages.

Qui a tué George, le berger ? Sur une pâture d'Irlande, George Glenn est découvert assassiné, une bêche plantée dans le ventre. Les premiers à se trouver sur les lieux sont ses moutons. Ce ne sont pas des moutons comme les autres, pas seulement parce que George aimait les bichonner en leur lisant des romans d'amour par exemple. Le troupeau va mener l'enquête, en observant ces étranges humains.

La direction de l'enquête est confiée à Miss Maple, la brebis la plus intelligente du troupeau, voire de tout Glennkill, et peut-être même du monde entier. Aidée d'Othello, le bélier noir, de Zora, la brebis qui aime le goût du risque, de la vive Heidi et de Mopple la baleine (en fait, un mérinos aux cornes en tire-bouchon qui a toujours faim), Miss Maple va fouiner, bêler, dormir et faire des cauchemars, brouter et hocher du museau.

Certes originale, cette histoire peut se targuer d'être la première intrigue ovine (ovni?), assez sympathique car le troupeau de bêtes réfléchit comme des humains et porte même des jugements sur ces derniers qui nous renvoient dans nos basse-cours ! Il manque cependant un plus infime pour acquérir mon plein enthousiasme, moins de longueurs aussi, du blabla infini qui empèse l'intrigue. Et puis, cette histoire n'est pas du tout palpitante, pas dans le sens policier. C'est gentil, surprenant, surtout au début, et puis ça devient limite rébarbatif... Dommage.

Qui a tué Glenn ? - Leonie Swann

Nil éditions, 2007 pour la traduction française / Le livre de poche, 2008. 375 pages.

traduit de l'allemand par Frédéric Weinmann

IMGP5819

 

 

Prenez la photographie d'une maison. Grande. Sombre. Délabrée. Son décor atypique ouvre la voie à mille questions, et dix auteurs ont choisi de se pencher sur cet exercice : rédiger une nouvelle inspirée de cette photographie. Maïté Bernard a choisi d'écrire une histoire de couple et d'amour. Alain Demouzon met en scène une jeune fille qui étudie son piano et se balade dans les dunes lorsqu'elle croise le spectre de cette maison abandonnée et qui s'enfonce dans le sable. Magali Duru place trois personnages dans un huit-clos oppressant : un homme accueille une jeune fille venue louer la chambre du sous-sol, un camarade arrive avec des idées arrêtées. Denis Flageul fait rencontrer une jeune assistante qui travaille dans le cinéma et un commercial en immobilier. Karine est venue en repérage, Jacky est un "queutard" fini. La fin ne manquera pas de soulever quelques hoquets de stupeur (avis aux estomacs fragiles).

Joël Hamm expédie deux adolescents dans l'antre de l'enfer. Hervé Leclerc & Cathy Lecruble ont écrit à quatre mains cette histoire d'une famille de quatre personnes qui emménagent dans une nouvelle maison. Le plus jeune, Maxime, est un garçon turbulent et chahuteur. Les nerfs de ses proches sont tendus à l'extrême, mais en marge une voix en italique conspire contre ce diablotin qui ruine l'ambiance paisible de ces murs. Pour une histoire de pain de mie, Florent Liau fait de son acteur principal, Bernard, un pauvre type privé de boulot, d'argent et de petite copine qui le quitte sur le champ. Un soir, il rencontre une clocharde et décide de se servir d'elle pour liquider ses grand-parents, pleins aux as. Annelise Roux excelle à tracer le portrait d'une génération qui s'est nourrie de Twin Peaks et a connu la guerre (Afghanistan, Irak, 11 septembre). On ne voit pas bien l'intérêt de la maison, puis ça apparaît, en pleine nuit, lorsque le couple, qui accuse la quarantaine, doit courir à la maternité. Romain Slocombe nous met dans la peau d'une profileuse qui enquête sur un psychopate. Les réminiscences du suspect vont conduire la jeune femme vers une maison abandonnée, peut-être le lieu du crime...

Je me rappelle avoir acheté ce livre car je cherchais d'autres références de Maïté Bernard (je venais de lire Et toujours en été, et j'avais été emballée). Je trouvais que ce recueil de nouvelles proposait un alléchant menu, une ambiance assez noire et dix textes de choix, triés sur le volet (cinq lauréats du concours La Noiraude / Noir sur la ville sont publiés avec cinq auteurs reconnus de la littérature noire). Et puis le thème d'une maison, élément fondateur pour lancer l'intrigue, avait fini de me convaincre. J'ai bien évidemment été récompensée car ce livre propose dix plongées vertigineuses dans l'opacité, les recoins absolus et les coups de gong à faire dresser les cheveux sur la tête. Cette atmosphère digne de la bicoque de Norman Bates, dans Psychose d'A. Hitchcock, ne pouvait que nourrir les plus folles imaginations et autres esprits retors... Vous ne serez pas déçus du voyage.

A saisir ! recueil de nouvelles du septième concours La Noiraude

- M. Bernard ; A. Demouzon ; M. Duru ; D. Flageul ; J. Hamm ; H. Leclerc & C. Lecruble ; F. Liau ; G. Parmentier ; A. Roux ; R. Slocombe.

Coordonnée et présenté par Frédéric Prilleux

Editions Terre de Brume, novembre 2006. 160 pages.

Photographie de couverture : Jean-Yves Le Goff.

10 juillet 2008

A cinq ans, on pleure pour un bonbon. A quinze ans, on pleure pour un garçon.

L'adolescence est le seul temps où l'on ait appris quelque chose.

Marcel Proust
Extrait de A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Depuis son entrée au lycée, Hatsu n'arrive pas à s'intégrer aux autres, à accepter d'appartenir à un moule. Même son ex-meilleure amie peine à la ramener vers son cercle de copains branchés et à l'aise dans leurs baskets. Hatsu s'isole, mange seule le midi et pratique de l'athlétisme en club. Un jour, son attention est attirée vers un garçon coupé du reste de la classe, Ninagawa. C'est un otaku. Il vit dans sa bulle de fascination, les yeux prêts à sortir de leur orbite à fixer des magazines de mode, histoire de sustenter sa passion énorme et dévorante pour le mannequin vedette Oli Chang. Hatsu lui annonce avoir croisé cette fille trois ans auparavant. Son coeur faisant un bond de dix mètres, le garçon invite Hatsu à venir chez lui pour lui donner des détails.

C'est étrange... L'histoire est livrée sous forme de journal intime et raconte la chronique d'une amitié faite de sentiments complexes et contradictoires. D'abord intriguée par le personnage, Hatsu va vite alterner des émotions d'agacement, d'attirance et d'atermoiement sans fin. Puis, n'en pouvant plus, elle lui donne un coup de pied dans le dos pour crever la bulle. Ninagawa est un type qui vit dans son rêve duquel il ne se réveille pas. C'est lent, passif et assez triste. On vit l'histoire à travers le regard de Hatsu, une adolescente qui est également mal dans sa peau, qui se cherche et va connaître les premières palpitations amoureuses, bien avant de pouvoir les nommer. C'est un récit qui se lit vite, qui possède du style. Cela traite avec sensibilité du passage de transition entre l'enfance et l'âge adulte, cet entre-deux qu'on appelle l'adolescence (ou l'âge ingrat) avec son lot de turpitudes existentielles.

Ce court roman (de 160 pages) peut également être lu par un jeune lectorat, dès 13 ans. L'auteur Wataya Risa n'avait d'ailleurs que dix-neuf ans au moment de recevoir le Prix Akutagawa 2003, le goncourt japonais. On retrouve cette innocence, cette fraîcheur et cette impression d'expérience personnelle dans ce livre.

"La solitude me sonne dans la tête. Un son de clochette, très aigu, à me casser les oreilles."

Appel du pied, Wataya Risa

Picquier poche, 2008 (pour la traduction française, 2005)

roman traduit du japonais par Patrick Honnoré.

Avait été conseillé par Cathulu

IMGP5816

Vincent a dix-sept ans, il est au lycée, récolte de bonnes notes mais il fait partie des Invisibles, avec ses copains Alex et Fred. Il a un gros souci avec son physique : blanc maigrichon épaules de serpent et encombrement d'une crevette. Acnéique pour couronner le tout. Des bubons infâmes plein la figure et le dos comme une cerise sur le gâteau. Il a coutume de raser les murs, de ne pas chercher à transparaître ; il se laisse couler. Puis un jour, le conseil d'un pote plus l'arrivée en fanfare de la tante Paulina, exubérante et éclatante de vie, vont changer son monde. Un traitement de choc pour son acné et une virée dans les boutiques le font entrer dans la cour des miracles : celle des fashion victims ! Avec son nouveau manteau, taillé sur mesure, Vincent se sent dans la peau d'un autre. L'habit fait définitivement le moine, selon lui. C'est comme une peau qui mue, un papillon qui sort de sa chrysalide. Vincent gagne en assurance, mais autour de lui ses maigres repères s'effondrent : les larmes de Paulina cachent une certaine détresse, et Fred va choisir la fugue à force de ne plus supporter son mal de vivre.

Fashion Victim pourrait être un roman léger, en apparence. Il croque le portrait d'un adolescent mal dans sa peau, qui va connaître le déclic grâce à un bout de tissu. En fait, on ne décrypte pas le phénomène de la superficialité, du matérialisme et du règne de l'apparence. Les soucis des personnages du roman sont profonds, peut-être cachés sous des couches ou sous une incapacité à se faire comprendre. Par ailleurs, le roman va même démontrer qu'il faut être libre des codes, s'afficher selon ce qu'on ressent et ne pas se soucier des autres ni des modes. C'est une histoire qui traite de la quête de soi, à travers des appels de détresse (changement de style, tentative de suicide, fugue). C'est effectivement moins futile que ne le prévoyait le titre, mais c'est une analyse (sur l'adolescence, le jugement de soi et des autres) fort intéressante à lire.

"Marre des étiquettes qu'on vous colle sur le dos et dans le dos. Etiquetage. Jugement. Condamnation. Pas le droit de changer de peau. De bouger de la place qui t'est assignée une fois pour toutes. Sous peine de se faire traiter de gonzesse, d'être traité de trahison de frivolité d'imbécillité !"

"Moi-même je ne sais qui je suis. Alors qui peut dire que je ne suis plus le même !"

Fashion Victim, d'Irène Cohen-Janca.

Editions du rouergue, 2006 - coll. doAdo. 150 pages.

Côté cinéma, il existe un film qui parle du même sujet : règne de l'apparence, importance des classes et des clans à séparer, quasi mission impossible de muter d'un rang à l'autre. On ne bouge pas de sa case, à moins de... perdre sa foi. Can't buy me love est un film qui date de 1987, une comédie américaine sans prétention, mais on y retrouve Patrick Dempsey archi-inconnu et débutant de première !

 

C'est l'histoire de Ronald, lycéen de 18 ans, intellectuel binoclard et coincé, qui rêve de devenir populaire et d'être adulé par les filles comme ses copains. Cindy, belle et sophistiquée, est son idole. Celle-ci, à la suite d'un incident, a besoin d'argent. Elle accepte à contre-coeur de faire semblant d'être sa fiancée et en profite pour le transformer : nouvelle coupe de cheveux, tenues branchées etc. Résultat : Ronald, libéré, devient soudain populaire et très demandé par les filles. Il ne s'aperçoit meme pas que Cindy est amoureuse de lui...

24 juin 2008

15 Ans Welcome to England - Sue Limb

Fans de Jess Jordan, votre héroïne n'a pas subitement rajeuni en un coup de stylo à plume. Ce livre est en fait un prequel (un épisode dont l'action est antérieure à la trilogie existante mais écrit après). Ici, Jess n'est pas (encore) amoureuse de son meilleur ami Fred et doit accueillir son correspondant français, Edouard. Pensant qu'il colle à son image idyllique du latin lover, yeux noirs et lèvres boudeuses, elle lui adresse une photo retouchée et reçoit en retour un cliché très engageant ! Le jour de la rencontre, cependant, Jess tombe des nues et fait face à un bonhomme haut comme trois pommes, hyper coincé et qui ne parle pas un mot d'anglais. Les quinze jours à venir vont être une torture absolue...

IMGP5767

Que d'humour dans ce livre ! Cela commence avec la découverte du correspondant, Edouard ne décroche pas un mot et s'installe dans la voiture en laissant flotter une odeur nauséabonde. Pour ne pas le vexer, Jess et sa mère utilisent un code et le surnomment "la reine". Quel ennui... ce garçon aurait-il un problème d'hygiène ? Mais en vrai, c'est Jess qui a marché dans une crotte et ne le découvre qu'une fois arrivée à la maison, et ce sans la présence d'Edouard qui doit désormais penser que sa correspondante n'est pas très "clean" non plus ! Notre trio sympathique continue de s'installer dans les situations embarrassantes, lorsque le français se rend dans la salle de bains et se bat avec la chasse d'eau...

Un fossé se creuse sous les pieds de Jess. Elle apprend d'une tierce personne que son cher Edouard est tombé fou amoureux d'elle en voyant sa photo ! Chose abominable et inconcevable, la jeune fille décide alors de supplier Fred de "faire comme si" et annonce à tous qu'ils sortent ensemble. Et puis, très vite, ce mensonge l'encombre car Jess juge absolument craquant le correspondant de sa camarade Jodie et voudrait bien avoir son premier "french kiss" avec lui ! Pour détendre les relations franco-anglaises, la bande organise un week-end camping.

J'aime beaucoup les livres de Sue Limb et ce, même en accusant 30 ans ! C'est frais, pétillant, plein d'esprit. Jess Jordan est une héroïne unique, une vraie copine qui nous fait partager les joies (et déconvenues) des échanges linguistiques. Je pensais qu'avec ce prequel cela allait être totalement décalé, je m'étais habituée aux amourettes entre Jess et Fred. Finalement je suis agréablement surprise, j'ai beaucoup rigolé. Et puis je trouve que Fred est un garçon qui gagne à être connu, je ne vous dis que ça !!!

A noter, ce livre peut se lire indépendamment des autres.

Gallimard jeunesse, (juin) 2008 pour la traduction française - coll. Scripto - 293 pages - 11,50€

traduit de l'anglais par Laetitia Devaux - titre vo : Girl, 15 Flirting for England.

Du même auteur :

 

15 mai 2008

Comme des soeurs - Elizabeth Craft & Sarah Fain

comme_des_soeursAmies inséparables depuis le collège, Harper, Sophie, Kate et Becca vont devoir se séparer pour partir à l'université. Mais l'onde de choc a lieu lorsque Harper annonce qu'elle plaque tout pour son rêve : écrire un roman. (En fait, ses véritables raisons sont cachées et la copine, pas sympa, préfère se taire pour garder la tête haute.) Résultat, toutes les quatre s'emballent et font le choix d'aller jusqu'au bout de leurs rêves. Sophie renonce à l'université du Colorado et part inscrire son Etoile sur le chemin des stars à Hollywood, Kate tourne le dos à Harvard et s'envole pour l'Europe à la quête de son rêve (oui, elle ne sait pas ce dont elle rêve, la gourde !). Seule Becca, la plus réservée, ne change pas d'un iota et part dans le Vermont pour devenir une championne de ski. Un seul challenge, imposé par ses amies, celui de tomber amoureuse.

Même pas dix pages lues, et déjà vous sentez que vous allez engloutir ce roman ! D'un coup, d'un seul, vous faites leur connaissance et gagnez quatre copines que vous n'allez plus lâcher ! Leurs histoires sont un mélange d'humour, de causticité, de rebondissements chevaleresques, de tension surmontable et digeste, et tout ça in the name of love ! ;o)

En fait, c'est un roman qui prône les grandes valeurs de l'amitié avec un A majuscule, qui vous rappelle combien vous êtes prêtes à tout pour épauler une camarade, lui pardonner ses mensonges, la secouer gentiment pour la forcer à sortir la tête de l'eau. Parce que ce roman vous en raconte des vertes et des pas mûres, ok la complicité entre les quatre filles est le noyau dur et incassable, qui sert de carburant pour les matins grincheux ou les lendemains désenchantés, ou simplement pour se prendre la main et accomplir Son Destin. Leur amitié précieuse sert aussi de tampon pour les bleus à l'âme, pour les petites vérités qui ne sont pas bonnes à dire, pour les secrets tus en leur âme et conscience. Car malgré les apparences d'une vie facile, les filles vont aussi connaître des embûches - les appels des sirènes et les miroirs aux alouettes. Bref, c'est un roman qui rappelle Quatre filles et un jean d'Ann Brashares, dans le registre vivifiant, très drôle, et midinette !   

Editions Albin Michel, 2008 - coll. Wiz - 440 pages. 14€

Traduit de l'anglais (américain) par Madeleine Nasalik.

NB : Après vérification, une suite est donc déjà disponible : Footfree and Fancyloose (sortie 2008 pour les USA). Et la série ne semble pas s'arrêter là !

L'avis de Gaelle la libraire ;o)

26 mars 2008

Tout d'abord, il est temps de rappeler à tous que

banniere_lectures_de_miss_C

Tout d'abord, il est temps de rappeler à tous que nous sommes au printemps, la douce saison du renouveau, des bourgeons, du ciel bleu et des gazouillis de bon matin... (Pas facile à imaginer quand on sort à peine d'un week-end enneigé et frigorifié !)

Bref, l'idéal pour se rafraîchir les idées, c'est de feuilleter l'album de Véronique Massenot : Grand ménage de printemps. L'histoire commence benoîtement quand, dans la forêt, quelque chose semble avoir changé. Il y a du nouveau dans l'air, mais quoi ? Les petits habitants s'activent, les uns à aiguiser leurs outils, les autres à faire la lessive... Cela annonce l'arrivée du printemps !

grand_menage_de_printemps 

Petites histoires et comptines convient le jeune lecteur à découvrir la forêt au printemps, à travers des personnages de contes traditionnels tels que Boucle d'Or, le Petit Poucet, le Petit Chaperon rouge, Hansel et Gretel ou encore l'Ogre, qui se font guides pour l'occasion. Un formidable exercice, mis en illustration par Lucie Minne (beaucoup de fraîcheur et de douceur dans ses pinceaux !) et servi par la plume de Véronique Massenot.

Grand ménage de printemps :  Véronique Massenot (texte) - Lucie Minne (illustrations)

Gulf Stream junior, Nantes / Collection : Les p'tites balades

petit_arbre

Au début, c'est une graine d'un petit arbre qui tombe là par hasard, à l'automne. Peu à peu un autre petit arbre sort de terre, un jour de très grand vent. Et le vent le pousse, si fort que le petit arbre grandit tout de travers. Il fait un coude mais ne se casse pas. Un animal vient s'y nicher, et... A plusieurs reprises, la même opération se répète : le petit arbre grandit, pousse de travers, fait un coude, recueille un animal, et rebelote. A la fin, le petit arbre, devenu le refuge des animaux (un chaton, un grillon, un oiseau), entend le chant de ses locataires et comprend qu'il est désormais devenu un arbre qui chantait.

Une histoire poétique qui aide l'enfant à dépasser ses complexes et trouver sa force. Mais pas seulement, car au-delà de l'aspect pédagogique, ce livre est aussi très joli à regarder ! Il avait été conseillé par Lili Oregane qui soulignait également tout le charme et l'incroyable beauté des illustrations (ça mérite un album, selon elle).

Le petit arbre qui chantait : Nadine Brun-Cosme (texte) - Muriel Kerba (illustrations)

Nathan Jeunesse, Mes p'tites histoires

grand_concours

Diop, le maître d'école, a inventé le Grand concours des idées extravagantes pour donner à ses élèves l'occasion de montrer leur intelligence et leur imagination. Depuis trois ans, Eugénie gagne à tous les coups. Mais cette fois, elle n'a pas d'idée et voudrait déclarer forfait. Au même moment, arrive à l'école une nouvelle - Malinka. C'est Eugénie qui est désignée pour la guider à trouver ses repères, et très vite les deux filles deviennent amies et se découvrent une terrain d'entente : le bricolage. A l'instar d'Eugénie, Malinka a les rouages de sa boîte crânienne en constant remue-ménage. Cependant, la fillette a un souci car elle se sent incapable d'inventer quelque chose d'utile, puis elle aimerait connaître les recettes secrètes d'Eugénie, comment lui viennent toutes ses idées. Or, Eugénie n'a point d'explication et cela exaspère sa nouvelle camarade, qui boude ! Autre chambardement à l'école, monsieur Diop accepte de bouleverser le réglement du concours pour permettre aux enfants de faire équipe. Eugénie se retrouve avec Malinka, et toutes deux rêvent de décrocher la première place !

La fin du roman est cocasse, car elle n'est pas celle qu'on supposait au début. Mais c'est une façon décomplexante pour les enfants d'assimiler le simple fait qu'on ne peut pas gagner coûte que coûte, puis de comprendre qu'il est préférable de participer. Ce roman traite de la confiance en soi, en plus de l'amitié. Car Malinka, la nouvelle, est une demoiselle qui boude tout le temps mais cela exprime, autrement, ses crises d'angoisse (ne pas comprendre, ne pas réussir, etc.). Le duo formé avec Eugénie est une balance équitable, la relation entre les fillettes est bénéfique pour toutes les deux. On parle alors de partage, du plaisir à confectionner un projet pensé à deux et réalisé à quatre mains. Il faut dire, aussi, que ce livre est un vrai bouillon pour la folle du logis, on y trouve des idées extravagantes d'inventions qui sont drôles et farfelues. Et dernier point : les illustrations de Laetitia Le Saux sont un petit régal de finesse dans ce joli monde créé par Hélène Vignal !

Le grand concours : Hélène Vignal (texte) - Laetitia Le Saux (illustrations)

Ed. du Rouergue, Zigzag

Le site de Laetitia Le Saux : http://www.laetitialesaux.com/

grand_concours_laetitia_le_saux

Credit illustration : Laetitia Le Saux

23 mai 2008

Un Monde sans rêves - Nicola Morgan

un_monde_sans_r_vesDans un futur proche, au coeur de la société anglaise, le libre arbitre a été totalement effacé de la conscience des humains, désormais divisés en Citoyens ou en Exclus, ceux qui refusent l'implant d'une puce dans leurs cerveaux pour inhiber toutes émotions. Imaginez une vie sans imagination, pré-programmée, sans la possibilité de rêver, d'espérer ou d'étonner. Un monde sans rêves. Dans cette Cité, la fiction a été interdite, l'émotion proscrite et l'espérance totalement évanouie. Pourtant, il y a les résistants, avec le Poète et Milton parmi les têtes pensantes. Le premier a choisi de s'exiler à Balmoral et recueille les nouveaux-nés que lui confie son camarade qui vit dans les tunnels de la Cité. Plus qu'un meilleur cadre de vie, le Poète offre à ces enfants une motivation pour boucler un projet élaboré de longue date. Et seize ans plus tard, trois adolescents, Livia, Marcus et Tavius, sont rappelés auprès de Milton pour venir en aide à la communauté des Exclus, frappée par une épidémie de peste.

J'ai vraiment beaucoup apprécié ce roman, totalement transportée dans cet univers que je pensais implacable et difficile de prime abord. Je me suis trompée, car j'ai découvert, certes, un monde terne et figé, où les Gouvernants aspirent les expressions de vie chez les Citoyens. Et ceux qui refusent une totale soumission, les Exclus, doivent endurer une vie clandestine et misérable dans les souterrains. Malgré tout cela, l'ambiance de ce livre n'est pas du tout glauque. L'oppression régnante et l'injustice flagrante poussent à encourager nos trois jeunes "soldats" à accomplir leur mission quasi désespérée (se rendre à la Tour centrale pour corrompre le système en place). C'est entre leurs mains que repose l'avenir de leur société, il leur faudra du courage et de l'intelligence, en plus de la bravoure pour affronter les Pols, cette milice qui abat de sang-froid tous les récalcitrants. Et je vous garantis une bonne dose de tension et de rebondissements, ça se lit très vite, c'est prenant. Ce roman de science-fiction n'est pas un produit pur jus, il élabore des théories mais ne s'embarque pas dans des phénomènes étranges et difficilement explicables. C'est simple, l'explication de la fin est même époustouflante, voir très séduisante. Cette histoire a pour atout majeur d'être truffée de clichés littéraires, parfois même c'est la clef pour résoudre l'énigme de ce Monde sans rêves. Oui, ce roman est totalement surprenant, vraiment enthousiasmant.

Albin Michel, 2008 - Coll. Wiz - 230 pages - 12€

Traduit de l'anglais par Raphaële Eschenbrenner. Titre vo : Sleepwalking.

 

A également été lu par Mélanie

28 avril 2008

Une (irrésistible) envie de sucré - Meg Cabot

une_irresistible_envieAncienne star de la pop, Heather Wells est aujourd'hui directrice adjointe de Fisher Hall, une résidence universitaire new-yorkaise. C'est un nouveau départ pour elle, avec un salaire de misère, quelques kilos en trop et la nauséeuse nostalgie du passé (petit ami goujat, fortune lapidée, carrière ruinée). Elle a trouvé refuge auprès de Cooper Cartwright, le frère de son ex, qui a hérité d'un immeuble par un grand-père excentrique. Elle occupe le deuxième étage du bâtiment rose sans payer de loyer, en échange elle s'occupe de sa comptabilité. Cooper est détective privé. Heather a un gros béguin pour lui, il est sexy, intelligent, gentil et attentionné, fâché avec sa famille, bref il est totalement différent de Jordan (son ex). Mais Cooper ne semble préférer que les grandes bringues brillantes qui font sentir au taille 46 de Heather une cruelle différence ! Qu'importe, la jeune femme de 28 ans est bien décidée à s'investir dans son job et de venir à bout de sa période d'essai de six mois à Fisher Hall. Or, c'est le drame : deux filles sont retrouvées mortes, à quelques jours d'intervalle. Heather refuse l'hypothèse de l'accident ou de la coincidence malheureuse, elle est persuadée d'avoir affaire à un tueur en série ! Paniquée, elle demande l'assistance de Cooper, essuie les rebuffades de la police et s'improvise détective en herbe pour démasquer le coupable. Sauf qu'à ce jeu-là, Heather Wells n'est pas la plus futée ni la plus perspicace des fins limiers !

C'est drôle, léger, appétissant et savoureux. C'est une lecture facile, idéale pour la détente. Aux USA, cette série est publiée en section adulte car elle se destine bien évidemment à tous, pas seulement à la jeunesse.  

Quelques perles, au passage, du genre : "Comment fantasmer sur quelqu'un une fois qu'on l'a vu en robe de chambre ?" ... Oui, moi ça me fait rire !  :o)

Traduit de l'anglais (américain) par Florence Schneider - Titre vo : Size 12 is not fat

Editions Albin Michel, 2007. Coll. Wiz - 427 pages.

Extrait : "Enlacer Rachel, c'est un peu comme enlacer un bâton. Elle est si maigre. Elle me fait un peu pitié. Qui voudrait enlacer un bâton ? Soit, je sais qu'il y a quantité de gars qui courent après les mannequins. Mais... enfin... quel homme normalement constitué voudrait étreindre - ou être étreint par - un sac d'os saillants ? Si encore elle était naturellement mince. Seulement voilà... je sais que Rachel se prive de tout, parce qu'elle a envie d'être comme ça. ça me paraît tordu."

17 avril 2008

** Tentation - Stephenie Meyer

tentation_1Edward et Bella filent le parfait amour, malgré les petites tensions au sein du couple, liées à leurs différences et à la demande pressante de la demoiselle à vouloir être transformée. Les incidents arrivant très vite, surtout pour la pomme de Bella, un nouveau cafouillage va survenir le jour de son dix-huitième anniversaire. C'est toutefois la petite goutte qui fait déborder le vase car, quelques jours après, l'attitude d'Edward est hostile et annonce une sentence impitoyable : la rupture. Edward part, il quitte Forks... et Bella. « Tu ne m'apportes rien de bon, Bella. » lui souffle-t-il. « Je suis... las de jouer un rôle qui n'est pas moi. Je ne suis pas humain. J'ai trop longtemps laissé l'imposture s'installer. » (...) « Je ne reviendrai pas. Vis ta vie, je ne m'en mêlerai plus. Ce sera comme si je n'avais jamais existé. » Tombée de rideau. Le lecteur est abasourdi.

Bella s'effondre et éprouve une plaie béante à la place du coeur. Durant de longs mois, elle souffre de catatonie, n'est plus que l'ombre d'elle-même, n'a cure des menaces intempestives de son père, elle a perdu goût à tout quand, progressivement, son histoire d'amitié avec Jacob Black va lui apporter un réconfort en colmatant insidieusement les brèches. Le garçon est fou de Bella, qui l'apprécie beaucoup mais préfère le considérer comme un frère. Auprès de lui, la jeune fille va multiplier les sensations fortes, en pratiquant du sport extrême. En plus de se brûler les ailes, Bella découvre un autre pouvoir sensationnel : des hallucinations auditives, LA voix d'Edward qui la gronde, la rappelle à l'ordre, la met en garde, etc. C'est inexplicable, mais cela pousse Bella à franchir les limites pour tresser ce lien invisible, rien qu'à elle. Car évidemment, après huit mois d'absence et de rupture consommée, Bella n'a pourtant pas digéré son amour perdu.

Mais la vie à Forks n'en finit pas de réserver son lot de surprises. Plusieurs randonneurs se plaignent d'avoir aperçu un loup gigantesque rôder dans les parages, et la disparition de plusieurs des leurs exacerbe l'angoisse et les questions. Charlie et sa patrouille mènent une battue, sous la houlette des garçons de la réserve indienne. Mais rien. Dans le même temps, Jacob coupe brutalement les ponts avec Bella, laquelle se noie à nouveau dans un océan d'incompréhension. Or, cette fois-ci, elle décide de bousculer le destin pour comprendre un tel revirement de comportement.

Alors bizarrement, et personnellement, j'ai eu le sentiment d'un déjà-vu, un même schéma qui se répète, le magma brûlant et collant d'une situation inextricable, et cette fichue pensée - également évoquée par Bella elle-même - qu'elle collectionne les rencontres hors du commun ! Elle n'attire pas que les catastrophes, mais les créatures fantastiques semblent se pourlécher de son odeur savoureuse !

Bref, il faut reconnaître que ce tome 2 a l'art de reposer sur des ficelles encore plus grosses que le premier volume ! Si j'enlevais cinq minutes mes oeillères de fascination pour cette série, je pourrais évoquer une longue liste de défauts, d'aberrations et de lourdeurs ci et là. Et puis, nom d'une pipe en bois, Edward et le clan Cullen manquent cruellement ! Ils ont tous déserté la place, ouvrant la porte à un flot d'atermoiements et de déluges lacrimaux, un long et lent descriptif de la plaie béante qui troue le corps de Bella, avec une tentative bredouillante d'être fine psychologue (pour Stephenie Meyer) et de cerner le désespoir de la demoiselle, tombée en dépression. Ah, ça ne rigole pas ! On sort les paragraphes interminables et parfois incompréhensibles, on aborde les grands classiques ; or, bof, je n'ai pas été friande ni admirative du lien maladroitement évoqué avec la tragédie de Shakespeare, Romeo & Juliet. Parce que, maladroit.

Quant à ce Jacob Black, l'idéal « boy-next-door », comment faire pour lui trouver du charme, ou même du sex-appeal alors qu'il n'est qu'un modeste second choix !?! Edward a ébloui la scène, et ce gentil garçon, le meilleur copain par excellence, vient piétiner ses plates-bandes. Mais ça ne le fait pas ! (Pour moi, je trouve.) A travers ses relations avec Bella, surtout après la transformation, on assiste encore à du copier-coller, notamment dans son rôle hyper protecteur. Lorsque Edward s'introduit subrepticement dans la chambre de Bella la nuit, c'est autrement qu'une intrusion balourde d'un type qui cogne à la fenêtre, aussi félin soit-il pour rebondir sur ses deux pattes. Non, ça ne le fait pas ! (bis) Ce qu'Edward était, par sa présence ou par une simple main posée autour de la taille de Bella, c'était sexy. Et quand ça vient de Jacob, ça fait pot-de-colle !

De même, le clan Cullen exerçait un vrai pouvoir de séduction, une classe folle et dévorante. Dans Tentation, Bella va trouver refuge auprès du clan de Jacob (la tribu des Quileute), où cocon et confort sont les deux mamelles nourricières. Hélas, encore une fois, l'étincelle ne surgit pas. Pas d'instant de grâce, pas de sortilège ni d'envoûtement. Cela devient légèrement frustrant !

Ai-je donc été déçue ? Est-ce possible ? ! Non, pas du tout. J'ai dévoré ce tome 2 avec la même dévotion (ou presque) que Fascination. C'est vrai que je trouve Stephenie Meyer un peu babache, cependant il m'est impossible de ne pas lui admettre ce talent incroyable de savoir raconter une histoire ! Une nouvelle fois, les 570 pages nous transportent, elles sont riches en suspense, en rebondissements, en passion, en trahison, en déclaration. C'est drôle (un peu), émouvant (beaucoup), grinçant (au début, Bella est insupportable !) et déchirant (Edward s'en va !).

J'ai cessé de me poser la question sur mon état mental depuis que j'ai le nez dans cette lecture, car est-ce normal de pleurnicher à l'annonce d'Edward qui rompt avec Bella, comme s'il s'agissait d'une déclaration faite à mon intention !?! De même, mon coeur a fait un triple salto et double looping page 548 (LA condition qu'oppose Edward face au chantage de Bella). Mes aïeux, mes nerfs n'ont pas fini d'être mis à rude épreuve ! Mon marathon continue, je suis dans le tome 3 (mon premier réflexe en le recevant ? vérifier le nombre de pages : 620. Ouf !).

Tentation, de Stephenie Meyer

 

 

 

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Luc Rigoureau (Titre original : New Moon)

Hachette, 2006. 570 pages. 18€

15 avril 2015

Tu me manques, de Harlan Coben

Tu me manques

J'ai cru, au départ, tenir une histoire canon : sur un site de rencontres, Kat retrouve son premier amour, Jeff, qui se montre distant et détaché. Game over. Leur idylle est bel et bien morte. Puis un adolescent, hacker chevronné, la contacte à propos de sa mère, partie en weekend avec le même Jeff, sauf qu'elle n'a plus donné de nouvelles. Et de découvrir, par chapitres alternés, l'existence d'une ferme, occupée par de sinistres individus et de pauvres âmes en peine séquestrées ! o_O

Bingo, me suis-je dit, ça va être flippant à souhait. Je vais n'en faire qu'une bouchée. Et d'ingurgiter tout mon saoul 11 h 30 de cette histoire saugrenue. Maud Rudigoz, la lectrice pour Audiolib, a su me convaincre d'entrer dans la ronde, alors que je craignais son ton folâtre qui n'avait pas sa place au tout début. À la barre, Harlan Coben nous guide dans les arcanes des rencontres par internet, des secondes chances et de la quête du grand amour, sans pouvoir échapper à sa sérénade mielleuse et trop sucrée, dommage.

Des secrets de famille vont resurgir et se greffer aux investigations de Kat sur l'objet de son obsession (Jeff). Ou le passé qui revient en force, une récurrence chez l'auteur... Après tout, le lecteur aussi y trouve son compte, alors qu'il y a des détails ringards dans ce livre sur la vie de Kat, son père, ses retrouvailles avec J., les raisons de leur rupture etc. Ceci dit, on peut lui reprocher toutes les facilités, sauf cette capacité à nous attraper et nous tenir aux aguets. Le suspense est toujours efficace, la lecture sans prise de tête.

Audiolib, mars 2015 ♦ texte lu par Maud Rudigoz (11h 33) ♦ traduit par Roxane Azimi (Missing You) pour les éditions Belfond

5 septembre 2007

Mercredi, jour des enfants

banniere_lectures_de_miss_C

Oui promis !!!! Elle est de retour !!! :)))

Je ne savais pas que notre Miss C., 7 ans, des dents en moins et d'autres qui poussent, était autant acclamée par les lecteurs ! Je sens même de l'insurrection dans l'air. Alors, ok ... la Miss met en pause ses activités de l'après-midi pour vous retenir 2 livres.

juste_toi_et_moiIl y a d'abord Juste toi et moi, un livre que notre Miss C. voulait à tout prix il y a moins de deux ans, surtout après l'arrivée du chien noir dans la famille. C'est la démonstration très attachante de l'amitié entre une petite fille et son chien - admirable connivence, de la tendresse, des bisous, des câlins, des bêtises et des secrets. Enfin bref, c'était une histoire qui remportait son succès mais notre Miss de 7 ans a désormais décrété que c'était un peu ennuyeux maintenant "parce qu'il n'y a que des bouts de phrases et pas d'histoire à lire." C'est vrai... oups.

Cet album conviendra mieux aux plus jeunes, dès 3 ans.

Editions Lito - David Bedford & Ann James. Bon, la couverture est très mignonne !

Parce que sans doute avez-vous loupé le grand chamboulement qui frappe notre demoiselle depuis cet été ! ?

Miss C. a décidé qu'elle voulait désormais lire de plus en plus de romans avec des histoires passionnantes (avec des fées et des princesses, ce serait l'idéal). Mais alors, nos albums ? - Ah non ! rassure-toi, maman ! J'aime encore les albums.  * Ouach ! quel soulagement ! ! ! *

En janvier dernier, nous avions fait la délicieuse découverte des Pâtes de Francesca . Au cours du printemps, une autre bonne nouvelle est arrivée avec la parution d'un autre titre de cette nouvelle collection (Marmitontaine et Tonton) des éditions Petit à Petit. Alors .. tadam, voici Le riz de Ly !

riz_de_liMot de l'éditeur

Cette collection a pour ambition de faire découvrir les cuisines du monde aux enfants, de façon ludique, grâce à un petit personnage « marmiton » servant de fil rouge aux albums - lesquels ne sont cependant pas narratifs à proprement parler. Les ouvrages sont en effet enrichis de nombreuses anecdotes illustrées, relatives à la culture, et surtout aux habitudes alimentaires du pays concerné, ou encore au plat dont il est question dans la recette proposée. Nous voulons ainsi à la fois chatouiller les papilles gustatives des enfants pour leur faire explorer des saveurs nouvelles, et titiller leur curiosité du monde qui les entoure.

Le livre
Saviez-vous qu'au Vietnam "prendre son repas" se dit "manger du riz" ? Et oui, en grains, en pâtes ou en galettes, il est le chouchou des cuisinières et des marchands ambulants. Ly et son petit singe Nem vous dévoileront 11 délicieuses recettes faciles et peu épicées, issues des diverses régions d'un pays où cuisiner est un art de vivre.

Nous avions craqué pour le premier livre, nous craquons aussi pour celui-ci ! ! !  Joli pour les yeux, alléchant pour le ventre, riche pour les neurones et pas très coûteux pour le porte-monnaie (10 € ! ), voici donc un bel investissement. Non seulement c'est un livre à picorer mais il invite aussi l'enfant à prendre possession de la cuisine (et pour une Miss C. peu gourmande et difficile, croyez-moi que c'est une sacrée aubaine ! ).

IMGP4780IMGP4782No_way_mum__

Cliquez sur les images pour les agrandir !

Editions Petit à Petit - Recettes de Sophie Cottin & Illustrations d'Amandine Piu.

Sur ce, nous retournons regarder "Veronica Mars" on the tv ! ... :))

3 juillet 2007

Les enfants lisent aussi durant les vacances (1)

prune_et_rigobertoVoici un petit roman très mignon qui porte la touche fantaisiste d'Alex Cousseau. Déjà auteur de l'irrésistible Tout le monde s'embrasse, sauf moi, il continue d'enchanter le lecteur avec Prune et Rigoberto, une histoire qui se passe dans une piscine, mettant en scène deux enfants un peu timorés.

Ce jour-là, le maître nageur a demandé à tous les élèves de porter un pyjama pour la leçon. Il faut apprendre à nager sous l'eau avec le poids des vêtements trempés. L'idée fait rigoler les petits camarades, mais personne ne fait attention à Prune, une petite fille paralysée, toute blanche d'effroi et qui commence à pleurer. Rigoberto a bien observé la fillette et aimerait l'aider, même quand elle disparaît du bord de la piscine pour se réfugier sous les douches. Le garçon la suit et fait tout son possible pour vaincre ses inquiétudes.

Il est maladroit, il pense savoir pourquoi Prune est effrayée. Mais qui peut vraiment comprendre ce qu'est la peur ? Car Rigoberto doit également admettre que son coeur fait des bonds plus forts en pensant à Prune. La peur, ça ne s'explique pas. De manière générale : tomber amoureux ne s'explique pas, pleurer non plus. En somme, l'inconnu fait peur mais gagne à être "dompté". Le mieux est de prendre son courage, se jeter à l'eau et advienne que pourra !

C'est tout gentil, c'est tout simple. Les dessins de Natacha Sicaud soulignent parfaitement les traits d'innocence de ce joli petit couple. Dans le fond, l'histoire parle beaucoup d'amour avec l'aide des paraboles. Il faudra donc être attentif à bien tout expliquer à l'enfant qui, dès 8-9 ans, pourra se sentir concerné par ce roman.

100 pages - collection Zig Zag aux éditions du Rouergue - Février 2007

tout_le_monde_s_embrasseGrégoire, neuf ans, tombe amoureux d'une vendeuse de chaussures qui a vingt ans. C'est Léonor. Elle est jolie et le petit Grégoire est fou d'elle. Il rêve de la revoir. Belle aubaine : elle devient sa babysitter ! Léonor et Grégoire commencent à devenir très proches, le garçon le sent ainsi... L'univers de Grégoire est simpliste et sympathique. Et puis l'amour flotte partout : le chien est amoureux d'une taupe, papa et maman s'embrassent tout le temps. Il semble alors logique pour Grégoire que la belle Léonor va succomber à ses paroles d'amour !

Le texte, abordable dès 8 ans, s'accompagne des illustrations rondes et comiques de Nathalie Choux. Alex Cousseau a écrit là une franche histoire sympathique et attachante, c'est un livre sur l'amour, l'innocence et l'optimisme à toute épreuve. Qu'importe le résultat, le principal est d'y croire et d'espérer ! Vive l'amour, semble dire ce livre !

112 pages - Coll. Zig Zag aux éditions du Rouergue - Février 2004

25 mars 2015

La Garçonnière, d'Hélène Grémillon

La garçonnière

Le psychiatre Vittorio Puig est accusé du meurtre de sa femme (la belle Lisandra a été retrouvée morte défenestrée, au pied de son immeuble). Eva Maria, une de ses patientes, cherche à le disculper en menant sa propre enquête. Pour cela, elle doit fouiller le passé de la victime, mais aussi écouter toutes les séances de psy enregistrées sur cassette, à l'insu des patients. Or, ses découvertes vont mettre à mal ses convictions et réveiller ses vieux démons.

L'histoire réserve de nombreux tours de passe-passe où se mêlent des hommes et des femmes aux parcours traumatisants. Nous sommes à Buenos Aires, en 1987. Le pays se sent encore lourd des séquelles laissées par la dictature militaire, les familles pleurent leurs disparus, bourreaux et victimes n'ont pas tourné la page. Ce livre est un trou béant de détresse, que vivent des mères et des épouses, mais pas seulement. C'est assez tendu comme ambiance.

Et l'auteur de jongler entre cet héritage historique et le mystère de Lisandra, supputant les théories les plus folles. Héroïne tragique ou maîtresse de son sort ? L'histoire ne dit pas tout et cultive les zones d'ombre à la façon d'un polar. Suspense à foison, pistes multiples et compliquées, embrouillamini de versions pour une seule et même vérité (et encore ?). On gobe tout. J'émets, toutefois, une petite réserve sur la révélation finale, assez perturbante et plutôt mal venue... mais cela n'altère pas mon enthousiasme général.

Cette lecture bénéficie aussi d'une interprétation talentueuse grâce à un casting exceptionnel (Elsa Lepoivre, Danièle Lebrun, Jennifer Decker, Thierry Hancisse, Michel Favory et Thierry Frémont). C'est comme voir une pièce de théâtre se jouer sous notre nez, pour une exécution enlevée et parfaitement maîtrisée, qui pousse l'auditeur à zigzaguer entre soupçons et mensonges, traquant le moindre indice, en vain. Une lecture brillante et captivante !

Gallimard, coll. Écoutez Lire, janvier 2015 ♦ Lu par Elsa Lepoivre, Danièle Lebrun, Jennifer Decker, Thierry Hancisse, Michel Favory et Thierry Frémont (durée d'écoute : 7 h 30)

31 mars 2015

Bilan du mois : Mars 2015 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

Coffee

 Ce mois-ci, il y a eu de la guimauve, de la douceur, de la tendresse, des sourires et des échappées belles...

♣ Les dix plus beaux jours de ma vie, d'Adena Halpern

♣ La fille qui avait deux ombres, de Sigrid Baffert

 

Puis, une vague de lectures historiques (parmi lesquelles :)

♣ La guerre de Catherine, de Julia Billet

♣ Tout ce que je suis, d'Anna Funder

♣ Suite Française, d'Irène Némirovsky

♣ Gravé dans le sable, de Michel Bussi

 

Des lectures fortement influencées par ce que j'ai pu voir, entendre, écouter...

Comme l'excellente série Génération War 

Generation-War

Réalisée par Philipp Kadelbach pour la chaîne allemande ZDF

 

Et l'intégrale (3 saisons) de la série Borgen

BORGEN

Créée par Adam Price pour la chaîne danoise DR1

 

... qui incite à découvrir ce livre en particulier,  

Héritière Hanne-Vibeke Holst  L'Héritière de Hanne-Vibeke Holst

Un roman passionnant sur les coulisses du pouvoir à Copenhague.

Parution antérieure à la création de la série, aucune influence revendiquée.

☺ 

8 mars 2015

Les Dix plus beaux jours de ma vie, d'Adena Halpern

Les dix plus beaux jours de ma vie

Cela commence comme une banale intrigue de chick-lit : Alex, 29 ans, se fait renverser par une voiture, alors qu'elle promenait son chien. Toutes les deux rendent l'âme et s'envolent au Paradis. Rendez-vous au 7ème Ciel, le niveau idyllique et merveilleusement superficiel, mais pour y mériter sa place, Alex doit s'astreindre à un petit exercice : une rédaction sur les dix plus beaux jours de sa vie. La jeune femme est paniquée (sa vie sur terre était une succession d'échecs) et craint d'être rétrogradée. Plus de villa avec dressing plein à craquer, plus de voisin sexy, plus de famille aimante et consolatrice, plus de silhouette parfaite... ce serait franchement trop injuste ! Après une mort précoce, Alex estime qu'elle a bien droit à son lot de consolation. 

Et là, sous le vernis clinquant, on découvre une histoire profonde et touchante, où Alex ne cache rien de sa courte existence, avec ses bonheurs et ses déboires, distillés dans un flot de tendresse et d'émotion. C'était une petite fille choyée, gâtée pourrie par des parents qui croyaient être privés d'un tel bonheur, entourée par une famille aimante, mais déconnectée de la réalité (à l'heure où ses copines de classe organisent des soirées-pyjama, Alex joue au bridge avec ses grands-parents). Elle évoque aussi son adolescence balbutiante, son amitié avec Penny, ses hormones en folie, ses caprices de princesse, ses tentatives de se construire ou de trouver sa voie, ses fiançailles ... loupées, son désir d'émancipation, de couper le cordon et de prouver à son père ses valeurs. Bref, les pages défilent, dévoilant une héroïne sensible et terriblement ordinaire. Alex Dorenfield, c'est un peu chacune de nous, vive et spontanée, empotée et maladroite, drôle et imparfaite. Je l'ai immédiatement adoptée.

J'ai beaucoup aimé partager ses souvenirs, rendant compte d'une vie harmonieuse et épanouie (et c'était là le but de son exercice !). ;-) À côté de ça, le livre possède un grain de folie appréciable. Et comme j'avais envie de douceur, cette lecture est tombée pile poil au bon moment. Tendresse, humour, fantaisie... ce roman fait un bien fou !

éditions Mosaïc, mars 2015, traduit par Karine Xaragai (The Ten Best Days Of My Life)

6 février 2015

Miss Peregrine et les enfants particuliers, de Ransom Riggs & Cassandra Jean

MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS

Le livre phénomène de Ransom Riggs existe également en format bande dessinée - une adaptation réussie, fidèle à l'œuvre et à son univers original.

On y retrouve l'histoire de Jacob, déboussolé depuis la mort de son grand-père, qui aimait lui raconter des souvenirs de son enfance, auxquels le garçon n'y croyait plus trop. Le jour de sa disparition, Jacob voit ses certitudes s'effondrer. Il décide de se rendre sur l'île de son grand-père, l'île de Cairnholm, au pays de Galles, pour y retrouver cette fameuse maison des orphelins où il aurait coulé des jours si fabuleux.

La suite ne cessera de surprendre et sera comme un voyage hors du temps, échappé de l'ordinaire. Un parcours initiatique fait de rencontres et de révélations stupéfiantes. Et le monde imaginé par Ransom Riggs de s'épanouir dans des teintes obscures (grises, bleutées) qui accentuent l'atmosphère surréaliste... Même les “fameuses” photographies ont trouvé leur place dans le récit, en se fondant dans le décor, comme si elles avaient été glissées subrepticement.

Plus besoin du même effet visuel, la dessinatrice impose ici sa griffe, son trait est vif et sensible (proche des codes du manga), l'organisation quasi théâtrale et les scènes d'action remarquables. Bref, l'ensemble est prodigieux et saisissant. J'ai beaucoup aimé me replonger dans cette histoire insolite, au charme foudroyant. C'était une relecture éclatante et une autre façon d'aborder cette œuvre qui suscite toujours autant d'admiration et d'angoisse.

BD Kids novembre 2014 ♦ couverture souple, format 18,5 x 24,6 cm ♦ traduit par Sidonie Van den Dries 

16 février 2015

Le Pacte des Cœurs brisés, de Sarah Ockler

Le pacte des coeurs brisés

Jude est la petite dernière de la famille Hernandez et a décidé de passer son été auprès de son père malade (Alzheimer précoce). En constatant que les souvenirs de son épopée de jeune motard ravivent la petite flamme éteinte, Jude décide de contacter un mécano pour remettre la “bête” en état. Entre en scène Emilio Vargas, en débardeur, bandana, muscles bandants, front perlé de sueur, fossettes aux joues et sourire canaille. Caramba, les jambes de notre demoiselle flageolent.

Et pourtant, elle se doit de faire une croix sur ce spécimen alarmant de séduction. Entre les Vargas et les Hernandez, c'est une longue histoire de « cœurs brisés » avec serment de sang pour interdire les filles de fréquenter un mâle de cette famille maudite. Jude ne veut pas décevoir ses sœurs, ni rompre une parole sacrée. Tant pis si ce garçon lui fait battre le cœur et perdre la tête... elle doit se consacrer à son père, qui part en vrille et s'accroche du mieux qu'il peut à ses rares réminiscences.

L'histoire est incroyablement touchante et bouleversante, certifiée sans pathos. Ce qu'on nous raconte est juste une jolie chronique d'un été, le dernier de son enfance (Jude a 17 ans et part à l'université en septembre). Voir son père aussi démuni pèse lourd sur ses choix et sa façon de vivre ses quelques mois de liberté. Elle a coupé les ponts avec ses amis, tente de faire bonne figure auprès de ses aînées, cherche des solutions miraculeuses pour fuir l'inéluctable : le déclin du padre.

J'ai beaucoup aimé ce roman, écrit avec naturel, spontanéité, tendresse et espièglerie. La plume de Sarah Ockler fait des merveilles et communique une fraîcheur combinée à une vraie joie de vivre. Me suis régalée. La romance aussi met du baume au cœur, c'est mignon et attendrissant, avec un Emilio absolument craquant et irrésistible. C'est de la guimauve, sucrée et moelleuse. On en mangerait.

On trouve aussi une belle unité familiale, avec une fratrie de sœurs, autour du père malade et de la petite dernière qui rêve de s'émanciper mais tremble à l'idée de quitter le cocon douillet de l'enfance. C'est simple et attachant, de plus ce roman possède un charme fou. ♥

La Martinière J. , septembre 2014 ♦ traduit par Frédérique Fraisse (The Book of Broken Hearts)

Publicité
Chez Clarabel
Publicité
Newsletter
Publicité
2023 Reading Challenge
Clarabel has read 8 books toward her goal of 200 books.
hide
Sauveur & fils
Quatre sœurs : Geneviève
Audrey Retrouvée
Le sourire étrange de l'homme poisson
Calpurnia et Travis
L'homme idéal... ou presque
Trop beau pour être vrai
Tout sauf le grand amour
Amours et autres enchantements
Ps I Love You


Clarabel's favorite books »
Publicité