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Chez Clarabel
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2 décembre 2013

L'Affaire Saint-Fiacre, par Simenon

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Rarement un roman de Simenon ne m'aura autant fait penser à un Agatha Christie ! L'histoire commence quand une lettre anonyme arrive à la P.J. : « Je vous annonce qu'un crime sera commis à l'église de Saint-Fiacre pendant la première messe du Jour des Morts. » Maigret se rend aussitôt sur les lieux, lesquels sont aussi ceux de son enfance. Ce retour au bercail va clairement le chambouler, au fil de ses promenades et de ses errances au cœur d'un village qui ne le reconnaît plus, et que lui-même ne reconnaît pas non plus !

A commencer par la comtesse Saint-Fiacre, dont il avait gardé un souvenir ému et troublant d'une femme élégante et pleine d'assurance, lui était le fils de l'ancien régisseur du château. Aujourd'hui, c'est une petite dame toute vieille, fragile du cœur, qui a dilapidé sa fortune et qui s'est découvert, lors de son veuvage, une folle passion pour des hommes jeunes et intéressés. Peut-être cette passion lui aura été fatale, car elle est victime d'une crise cardiaque au cours de la messe, sous les yeux du commissaire, clairement dépassé par les événements.

La suite va confirmer qu'il restera longuement spectateur de cette comédie macabre, notamment lors du souper final, mis en scène de façon théâtrale, au cours duquel les principaux suspects sont rassemblés autour d'une table, attendant la sentence proférée par le maître d'œuvre qui n'est pas Maigret ! C'est non seulement un roman où flotte un parfum de nostalgie, assaisonné d'une pointe de mélancolie, mais c'est aussi un certain regard sur le temps qui passe, les rapports à la filiation, la hiérarchie sociale, l’argent et le sexe. Cela se laisse lire sans frémir, mais avec beaucoup de respect.

François Marthouret, encore une fois, est un excellent narrateur pour restituer ce ton solennel, cette ambiance pesante et désenchantée propre au roman de Simenon. L'effet est poignant et subjuguant. Durée d'écoute : 3 h 48 simplement.

Audiolib, novembre 2013, texte lu par François Marthouret. Existe aussi en format poche.

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22 novembre 2013

Samouraï Océan (Tome 1 : Le destin de Satchi) par Hugo Verlomme

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Cette lecture aura été une excellente surprise, car je ne partais pas follement convaincue, au vu de cette couverture peu engageante (et pourtant, très fidèle au contenu du livre !). Ni une, ni deux, l'auteur a su m'embarquer dans son univers d'aventure et de passion, tout ça sur fond écologique, avec en arrière-pensée la troublante sensation de songer à Vango (le foisonnant roman de Timothée de Fombelle).

Dans Samouraï Océan, c'est aussi l'histoire d'un orphelin, Satchi, qui été retrouvé sur le dos d'une tortue alors qu'il n'était qu'un bébé. On ne sait rien de ses origines, il a grandi dans un petit coin paradisiaque, en compagnie d'Evolina et des siens. Lorsque la jeune fille a eu l'opportunité de partir, Satchi s'est retrouvé seul et désemparé. A son tour, il a pris le large, s'est trouvé une mission (sauver la faune et la flore des fonds marins, menacés par la pêche industrielle) et a trouvé un point d'ancrage auprès de Marco, Elena et des jumelles Mina et Mona.

Un jour, suite à une mission douloureuse, où il a bien failli laisser sa peau (il a été frappé par la foudre et ses cheveux ont blanchi), Satchi découvre à la télé un documentaire sur le surf et aperçoit la silhouette d'Evolina. Il part aussitôt à sa recherche, se propulse nouveau champion de la vague sans avoir rien calculé, attire la jalousie haineuse de Jason, le recordman en titre, également le petit ami de Lina ! Les retrouvailles promettent monts et merveilles, mais surtout l'action est intense, le danger est partout (on veut faire payer à Satchi ses actes de piratage en mer), le garçon dérange, mais il semble survoler tout ça avec une grâce sans nom.

Satchi est un cœur pur, avec des valeurs et un sens de la noblesse véritable. C'est un authentique, un garçon qui ne triche pas, qui suit son instinct. Il est béni des dieux, il possède un sabre qui a été taillé dans une matière unique et rare, il est capable de beaucoup, mais il a aussi une part d'ombres, avec ses racines secrètes, ses mystères, etc. Franchement, je ne m'étais pas attendu à aimer autant ce livre ! C'est passionnant, ça caracole à chaque coin de page, le récit nous entraîne loin, très loin, et jamais on ne s'ennuie un seul instant ! Vivement la suite.

Gallimard jeunesse, juin 2013
La couverture a été réalisée par l’illustrateur italien Davide Nadalin, à qui l’on doit les illustrations de Percy Jackson.

  • Hugo Verlomme a créé le site  www.123ocean.com afin d'y réunir les tribus de la mer, de faire fusionner les énergies pour la protéger, la connaître, la partager. 
  • Excellent ! Une pétition à signer, mise à l'honneur par la talentueuse Pénélope Bagieu
21 novembre 2013

Le Lion, de Joseph Kessel

“ Un rire enfantin, haut et clair, ravi, merveilleux, sonna comme un tintement de clochettes dans le silence de la brousse. Et le rire qui lui répondit était plus merveilleux encore. Car c'était bien un rire. Du moins, je ne trouve pas dans mon esprit, ni dans mes sens, un autre mot, une autre impression pour ce grondement sonore et débonnaire, cette rauque, puissante et animale joie. 
Cela ne pouvait pas être vrai Cela tout simplement ne pouvait pas être.
A présent, les deux rires - clochettes et rugissements - résonnaient ensemble. Quand ils cessèrent, j'entendis Patricia m'appeler.
Glissant et trébuchant, je gravis la pente, me raccrochai aux arbustes, écartai la haie d'épineux avec des mains lardées de ronces et sur lesquelles le sang perlait.
Au-delà du mur végétal, il y avait un ample espace d'herbes rases. Sur le seuil de cette savane, un seul arbre s'élevait. Il n'était pas très haut. Mais de son tronc noueux et trapu partaient, comme les rayons d'une roue, de longues, fortes et denses branches qui formaient un parasol géant. Dans son ombre, la tête tournée de mon côté, un lion était couché sur le flanc. Un lion dans toute la force terrible de l'espèce et dans sa robe superbe. Le flot de la crinière se répandait sur le mufle allongé contre le sol.
Et entre les pattes de devant, énormes, qui jouaient à sortir et à rentrer leurs griffes, je vis Patricia. Son dos était serré contre le poitrail du grand fauve. Son cou se trouvait à portée de la gueule entrouverte. Une de ses mains fourrageait dans la monstrueuse toison. 
« King le bien nommé. King, le Roi. » Telle fut ma première pensée. ”

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J'étais en classe de 4ème quand j'ai lu la première fois Le Lion de Joseph Kessel. J'en avais gardé un souvenir ébloui, que j'aimais dorlotter au fil du temps qui passe. J'ai tenté la relecture, risquant ainsi de chatouiller ma fibre nostalgique. Et bingo, cette relecture a réveillé toutes les émotions enfouies, elle a su me rappeler l'émerveillement face à cette Afrique sauvage et magique, avec son décor de cinéma, ses personnages à fleur de peau, ses coutumes ancestrales... Le narrateur, lui aussi, est spectateur de ce monde nouveau et inconnu, il rencontre la famille Bullit et est immédiatement adopté. Chacun voit en lui le moyen de confier ses secrets, de se décharger du poids de la responsabilité ou de la culpabilité. L'homme est pris en otage, de son plein gré.
Il va s'émerveiller des miracles de la nature environnante, de la beauté de la savane, de ses mystères et ses dangers. Et puis, il va tomber des nues en découvrant l'amitié qui lie la jeune Patricia à un lion, cette folle complicité qui défie toutes les lois, leurs jeux au goût de ballet maudit... C'est beau, oui, mais tragique. Le duel final, sans trop entrer les détails, est un moment déchirant, qui noue l'estomac et laisse un goût amer en bouche. Là aussi c'est d'une grâce sans nom, avec un sens de la dramaturgie hors norme.
Et ainsi, de tourner la dernière page du livre avec engourdissement et désolation... Quelle tristesse de reprendre pied dans sa réalité !
J'ai accompagné ma lecture (très beau roman édité dans la nouvelle collection blanche pour la jeunesse) du livre-audio lu par Hippolyte Girardot. La réalisation musicale et sonore, absolument irréprochable, nous plonge au coeur de la brousse, nous envoûte et livre un récit tendu et bouleversant. 
 ♥

Le lion, de Joseph Kessel (Gallimard jeunesse, coll. Bibliothèque, mai 2013, avec une préface par Erik L'Homme / Écoutez lire, octobre 2010, texte intégral, durée d'écoute : env. 7 heures)

29 octobre 2013

Pars vite et reviens tard (Audiolib) lu par Thierry Janssen

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Retour aux sources avec cet épisode, où Adamsberg vient d'être fraîchement promu commissaire et rencontre sa nouvelle brigade (même qu'il s'emmêle les pinceaux avec le nom de tous ses lieutenants !). C'est l'occasion pour lui de faire la démonstration de ses talents, lorsqu'il rencontre une petite dame craintive qui vient éveiller son attention sur des peintures de 4 à l'envers sur les portes des immeubles, puis lorsqu'une vieille connaissance le met en garde contre la menace d'une épidémie de peste dans les rues de Paris !

C'est certain que d'autres policiers vous enverraient balader ces hurluberlus sans mettre les formes, mais Adamsberg, lui, possède un instinct redoutable. Il ne traite aucun dossier à la légère, certains diront de lui que c'est un excentrique, mais le commissaire a du flair et conclue toujours royalement ses enquêtes. Cette nouvelle intrigue vaut notamment le détour pour son climat d'angoisse latente. Sans mentir, on gobe facilement l'idée qu'un malade tue ses victimes en propageant la peste dans les rues de Paris !!! Alors, vrai ou pas vrai ?

La vie sentimentale d'Adamsberg traverse également une belle tempête, ou gageons que notre commissaire va s'engager dans une belle traversée du désert ! A ce stade, ce serait une juste punition à son comportement trop volage. Non, non, Jean-Baptiste, ce n'est pas la faute de Camille !!! Tu peux toujours supplier ton téléphone de sonner, j'espère qu'il restera muet ! Lecture impeccable de Thierry Janssen, la voix officielle de tous les romans de Fred Vargas chez Audiolib, et franchement ce choix est parfait, indiscutable, ne changez rien !

Pars vite et reviens tard, par Fred Vargas (Audiolib, mars 2012 - texte intégral lu par Thierry Janssen, durée d'écoute : 10 h 12 / J'ai Lu, octobre 2005)

25 octobre 2013

Le Manipulateur (Audiolib) lu par Tony Joudrier

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Quel ennui ! J'ai trouvé ce roman long et noyé sous un flot de détails assommants, sous prétexte de nous raconter la grosse arnaque du siècle. Mais, ma parole, je n'ai jamais été inquiétée ou tenue en haleine par ce récit.
C'est l'histoire d'un type en prison, Malcolm Bannister, un ancien avocat qui a pris une peine de 10 ans pour un crime qu'il n'avait pas commis. Cinq années ont déjà passé, pendant ce temps sa femme l'a quitté, il ne voit plus son fils et son père a honte de lui. Aujourd'hui, il a peut-être l'occasion d'obtenir sa libération : il connaît le nom de l'assassin du juge et de sa secrétaire, retrouvés morts dans leur maison de campagne. Bannister négocie âprement avec les Fédéraux, obtient un deal en béton et s'offre sa liberté chérie.
Toutefois, l'histoire ne s'arrête pas là car l'ancien avocat a des comptes à rendre et va dérouler le reste de son plan avec une minutie sidérante. C'est diabolique, pas mal fichu et bien pensé, mais le rendu est extrêmement plat et fastidieux. Pas une seule fois l'intrigue m'a prise au dépourvu.
Je crois aussi que le ton employé par Tony Joudrier, qui est assez monotone, ne nous fait pas percevoir les fameux rebondissements nichés au cœur de l'intrigue. On reste juste spectateur du tour de passe-passe de Bannister, après quoi on peut retourner se coucher. Cette distance ne m'a pas du tout plu !
C'était la première fois que je découvrais un livre de Grisham, j'en sors assez dépitée.

Le Manipulateur, par John Grisham (Audiolib, octobre 2013 - Lu par Tony Joudrier - durée d'écoute : 13 h)
Traduit par Johan-Frédérik Hel-Guedj pour les éditions Robert Laffont

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20 mai 2017

À boire et à manger avec Sonia Ezgulian, de Guillaume Long

A BOIRE ET A MANGER AVEC SONIA EZGULIANDepuis 2009, Guillaume Long marie, avec humour, cuisine et bande dessinée dans un blog gastronomique savamment intitulé « À boire et à manger ». Trois albums reprenant ses plus savoureuses chroniques ont déjà été publiés chez Gallimard (cf. la série) et ne cessent de régaler ses lecteurs !

Ce nouvel opus choisit de mettre à l'honneur la chef Sonia Ezgulian (autodidacte, journaliste durant dix ans à Paris Match, elle crée ensuite le restaurant Oxalis à Lyon dont la réputation n'est plus à faire). Par ses origines arméniennes, Sonia Ezgulian évoque son plaisir de cuisiner et de recevoir. Un héritage de sa grand-mère Payloun, qui lui a notamment appris la recette des fameux mantis, des raviolis croustillants pour les jours de fête. Sont également convoqués sa grand-mère auvergnate, Marie-Victorine, la spécialiste du flan, la famille napolitaine et les repas traditionnels dans la minuscule cabane au pied du Vésuve, le barbecue de son papa, à l'ombre du figuier... Sans oublier les artisans de la bouche, Cédric son épicier, Georges et Laurent les charcutiers, et ses sources d'inspiration, Donna Muratore pour ses inoubliables gnocchis, “À la première bouchée, je fus transportée. À la suivante, c'est l'amnésie totale tant l'émotion fut grande. Plus tard, dans la nuit, je fis ma première insomnie de bonheur. Au petit matin, ma décision était prise : je serai désormais cuisinière !” ou Bill Buford, le chef new-yorkais qui a tout plaqué pour se lancer dans cette folle aventure de cuistot et avec lequel elle partage l'amour de la cuisine faite à la maison. 

C'est tendre, c'est drôle, c'est nostalgique, c'est doux, c'est réconfortant, c'est savoureux. Et au milieu de tout ça, Guillaume Long se met en scène tel un joyeux trublion chargé d'assister Sonia pour élaborer ses recettes... sauf que le rôle de commis n'est pas rose, il faut se lever tôt ou manquer perdre un doigt dans le madzoun. En contrepartie, la chef le régale de bons petits plats et d'anecdotes truculentes qui font le sel de cet album. Ce sont ainsi autant de portraits, de voyages, de mets et de souvenirs qui rendent cette lecture aussi délectable et qui rappellent quelque part la transmission culinaire à tous les niveaux. Un festin pour les papilles et les zygomatiques ! ♥ 

Gallimard, Collection : Bandes dessinées hors collection / 2017

 Feuilleter

21 avril 2016

Les Contes de la ruelle, de Nie Jun

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« Les contes de la ruelle » est une lecture magnifique et magique !

C'est l'histoire d'un drôle de duo, formé par la petite Yu'er et son grand-père Doubao. Celui-ci, facteur à la retraite, veuf, est un doux rêveur, qui aime partager sa fantaisie et raconter à sa petite-fille des histoires extraordinaires. Il n'hésite pas à la faire voyager et rêver pour oublier son infirmité (la petite fille ne peut pas marcher) et se sert généreusement dans le folklore de son quartier où vont et viennent des figures pittoresques et même imaginaires ! On trouve donc quatre petites histoires, qui s'emboîtent page après page, au gré de la lecture et de la découverte. L'ambiance est précieuse, féérique, fabuleuse et éclatante de bonheur. C'est comme ça qu'on plonge dans le passé de Pépé Doubao, ce jeune facteur passionné de beaux timbres, qui va tomber amoureux et raconter cette belle aventure avec des larmes aux yeux, mais on les écarquille également en découvrant le paradis des insectes pour écouter les premières notes du récital donné par un chanteur grillon, une fée papillon et un batteur coléoptère, avant de rencontrer le vieux Citrouille, un artiste peintre qui ne supporte plus les histoires rocambolesques de Pépé Doubao, probablement jaloux de son succès... Leur quotidien est ainsi raconté à la manière d'un conte de fée, fabuleusement mis en scène dans des décors de toute beauté et d'une grande sensibilité. C'est peu de dire que j'ai été sous le charme tout du long... Cette lecture m'a transportée dans un univers enchanteur et poétique, où je serais bien restée encore un peu.

Une formidable lecture, qui fait la part belle à l'amitié, l'amour, la complicité et aux rêves. À découvrir d'urgence. ♥

Gallimard Bande Dessinée, Mars 2016 ♦ Traduit du chinois par Qingyuan Zhao et Nicolas Grivel

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2 décembre 2015

Le Noël blanc de Chloé, de André Marois & Alain Pilon

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Il était une fois une petite fille prénommée Chloé qui adorait la neige et guettait chaque hiver son arrivée au moment des fêtes de fin d'année. Or, le traditionnel Noël blanc à Québec semble sérieusement compromis cette année. Pas un nuage dans le ciel. Le temps est doux, clément, pas menaçant. Chloé est très, très inquiète. Elle se réveille même la nuit pour surveiller la couleur du ciel et se couche fâchée après la lune !

Ses parents tentent de la rassurer du mieux possible, mais n'agissent pas. C'est bien connu. « Les adultes, ils parlent, ils remuent les bras dans tous les sens, ils soupirent fort, mais ils n'agissent pas beaucoup. » Chloé décide donc d'aller chercher la neige pour le réveillon de Noël. Elle va ainsi s'aider d'une montgolfière, d'un couple de harfangs des neiges et des ours polaires pour accomplir son miracle.

Et c'est merveilleux ! Un joli conte de Noël aux accents oniriques, qui surfe sur une aventure palpitante et une héroïne au tempérament intrépide. On craque complètement. Les illustrations apportent de la douceur, de la tendresse, du rêve et de la magie à cette lecture de saison. Parfaite pour se mettre dans l'ambiance et aider aux préparatifs des fêtes.

Grasset jeunesse / Octobre 2015

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14 octobre 2015

Les Royaumes du Nord (Volume 2), de Stéphane Melchior & Clément Oubrerie

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La suite des Royaumes du Nord, d'après l'œuvre de P. Pullman.

Voici donc la deuxième partie des aventures de Lyra, toujours plus résolue à sauver son ami Roger, prisonnier entre les griffes des Enfourneurs. Après avoir fait route jusqu'à la frontière du Grand Nord en compagnie d'une horde de Gitans, Lyra peaufine son équipage au gré de ses rencontres - Lee Scoresby, pilote d'aéronef, et Iorek Byrnison, l'ours polaire à qui on a volé son armure. Le danger n'étant jamais loin, Lyra et ses amis tombent dans une embuscade. La jeune fille est kidnappée par des Samoyèdes, sans se douter qu'elle se rapproche du but de sa mission. Elle recroise également sur son chemin la troublante Mme Coulter, à la tête d'expériences cruelles sur les enfants et leur dæmon. Lyra a le cœur brisé par ce qu'elle découvre dans cette institution perdue au bout du monde ! 

Ce volume 2 confirme l'excellence de l'adaptation en bande dessinée par Stéphane Melchior & Clément Oubrerie de l'œuvre de Philip Pullman. L'épopée y est fabuleuse, plantée dans des décors magnifiques (les couleurs sont époustouflantes, délicatement azurées pour illustrer le froid du Grand Nord), avec autant d'action, d'émotion et d'humour dans l'histoire. Les auteurs sont restés fidèles à l'esprit du livre, pourtant riche et complexe, en procédant naturellement à quelques raccourcis, pour fournir un récit tout aussi percutant et à la dynamique soutenue. C'est donc dans une atmosphère enivrante et nébuleuse que nous catapultent les auteurs, qui n'oublient pas le bataillon de sorcières pour compléter le tableau, et donnent une interprétation magistrale de cette œuvre maîtresse de la fantasy pour jeunes adultes. 

Gallimard BD / Coll. Fétiche ♦ Juin 2015

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Rendez-vous, tous les mercredis d’octobre, pour la BD de la semaine avec le #Challenge Halloween ! 

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30 juillet 2015

La Renarde, de Marine Blandin & Sébastien Chrisostome

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Oyez, oyez, les lecteurs accros aux lectures décapantes, vous allez vous délecter avec cette Renarde sournoise, qui tourne en bourrique le poulailler et la faune environnante. Le ton est particulièrement féroce (elle croque tous les bébés lapins et rend dépressive leur maman), parfois graveleux et grossier (elle se moque vertement du chien de garde et du chasseur). L'humour est donc sacrément irrévérencieux et obscène, mais malgré tout jouissif, il n'y a qu'à croiser le loup déglingué, qui suinte la mort, ou Kevin le cheval qui rêve d'aventures (et est trop gras et lourd pour s'échapper du pré en passant par le portillon ouvert)... C'est à mourir de rire ! Les ados de la maison en sont particulièrement friands, et je dois dire qu'ils ont du nez en la matière ! La dernière BD à nous avoir autant faire rire, c'était Coucous Bouzon d'Anouk Ricard. ;-)

Résumé de l'éditeur (tout simplement alléchant) : Amis des bêtes, passez votre chemin ! Amoureux des lapereaux mignons, des fermiers sympathiques ou des chiens de gardes efficaces, cet album n est pas pour vous. Car la Renarde, monstre de drôlerie, obtient toujours ce qu'elle veut, quoi qu'il en coûte à ses adversaires ! Cette pro de l'arnaque au pelage chatoyant met sens dessus dessous la petite communauté rurale qui l'entoure. Elle mange les bébés de madame lapine, bouffe les poules du fermier et les fait tous tourner en bourrique... même Kevin le cheval. Un personnage à la malice méphistophélique qui aligne les gags à la mécanique parfaite. Ne vous fiez pas à leur graphisme tout en rondeur, Marine Blandin et Sébastien Chrisostome distillent un humour au cynisme implacable. En refermant l'album, il y a de bonnes chances que vous murmuriez à vous-même : « quelle saloperie cette renarde, tout de même... »

Ah, ah ! ☺ ♥

Casterman / Professeur Cyclope - Mai 2015

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29 avril 2015

Chaque soir à onze heures, de Camille Benyamina & Eddy Simon

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Pour avoir lu et beaucoup aimé le roman de Malika Ferdjoukh (Chaque soir à 11 heures), je me faisais une joie de découvrir son adaptation en bande dessinée.

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Camille Benyamina & Eddy Simon, le duo performant de Violette Nozière, vilaine chérie, ont traduit à merveille l'ambiance veloutée et envoûtante, si caractéristique des livres de l'auteur, dont l'aura poétique trouve ici ses traits et ses couleurs pour un rendez-vous confondant, absolument charmant.

La lecture n'en est que plus fabuleuse et captivante ! J'ai adoré.

J'ai naturellement pris plaisir à renouer avec l'histoire de Willa, une jeune fille amoureuse, épanouie, mais contrariée par les absences répétées de son petit copain. Pour se consoler, elle trouve refuge dans l'imposante demeure de la famille Fils-Alberne, auprès de la jeune Marni, une passionnée de musique, qui vit entourée de chats, et son frère Edern, un séducteur énigmatique.

Mais des secrets planent sur cette famille et sur cette maison où la vie semble s'être figée dans le temps. D'ailleurs l'intrigue n'est pas sans rappeler la trame romanesque de Jane Eyre ou Rebecca, de quoi exacerber l'illusion d'une lecture au charme délicieusement suranné !

Camille Benyamina & Eddy Simon ont réussi une transposition quasi parfaite de l'univers de Malika Ferdjoukh. On y retrouve l'élégance, derrière l'enchantement, dans “la douceur des bleus, l'extraordinaire poésie des rues parisiennes, la grâce des obscurs” (dixit l'auteur herself). Impossible de nier l'évidence qu'on a sous les yeux. L'atmosphère guindée, mais ô combien ouatée, de Fausse-Malice est merveilleusement mise en scène. On meurt d'envie de se lover dans un canapé, auprès d'O'Brien, O'Poulos et O'Connor, à écouter de la musique, à parler bouquins et fantômes, à rêvasser au coin du feu, un verre à la main... Effet cocooning pleinement assuré. 

L'invitation est plus que chaleureuse, elle crie urgence et impatience. La lecture promet une débauche de lyrisme, dans une bulle de délicatesse, où les mystères pullulent, le danger rôde et les amours s'emmêlent. Mais cela reste avant tout une histoire d'ambiance, magique et ensorcelante, à parcourir sans plus attendre ! 

Casterman ♦ Avril 2015 ♦ d'après le roman de Malika Ferdjoukh publié chez Flammarion (2011) -  ♥

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Gros big-up pour cette citation qui a été judicieusement reprise : 

« Doucement sur les macarons. C'est juste du sucre et du blanc d'oeuf. Pas de l'amour. »

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25 mars 2013

Emile, le petit fifre de Anne de La Boulaye et Sébastien Mourrain

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Voici les aventures imaginaires du jeune Émile, modèle du célèbre tableau de Manet.

Émile est orphelin et, à dix ans, fait partie des jeunes musiciens de la Garde impériale. Un jour, alors qu'il est puni et doit rester seul dans la caserne pour récurer le réfectoire, on lui demande d'accompagner le commandant Lejosne chez un peintre... Émile prend peur. Que va-t-il donc lui arriver ?

L'histoire est belle, mais c'est surtout la reproduction du tableau de Manet qui interpelle et impose le respect. Je signale au passage que la véritable histoire du peintre et de son chef-d'oeuvre est accessible dans un mini-livre, en début d'ouvrage. La version proposée ici par Anne de La Boulaye n'est qu'imagination folle et débordante... mais classieuse.

Un album assurément classique et très élégant. Le travail de Sébastien Mourrain est remarquable !

Emile, le petit fifre (d'après le tableau d'Edouard Manet) de Anne de La Boulaye et Sébastien Mourrain (Seuil jeunesse, mars 2013)

15 octobre 2013

“Savoure le paysage, Penny, et lâche ce carnet et ce crayon. Remplis-toi les yeux.”

...“Qui sait si nous verrons autant de beauté dans le reste de notre vie ?”

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Ce 4ème tome nous entraîne en Egypte, sur les terres des pharaons. Penelope Green, notre sémillante journaliste, a été conviée par l'égyptologue Martha Moreley à se rendre sur le site d'Akhet Aton où elle vient d'effectuer une Incroyable Révélation, selon ses dires. Problème, Grayson, monsieur le rédacteur en chef du Early Morning News, est en repos forcé. Son remplaçant est un type obtus, qui pense que la place des femmes est ... au foyer ou juste bonne à jouer les secrétaires. Mission annulée pour Penelope !

Bien évidemment, celle-ci va ruser et refuser qu'on lui dicte sa conduite. A peine le temps de boucler ses valises, de se rendre dans des musées et de consulter quelques ouvrages, Penelope est déjà en route, en compagnie de son fidèle Cyprien. Quid de leur relation ? Au départ, j'ai cru qu'ils allaient nous rejouer la même sérénade, et puis finalement pas du tout ! Cela bouge aussi de ce côté-là. Quel régal. Cette série nous réserve bien d'autres surprises, toutes plus stupéfiantes les unes que les autres.

On découvre notamment un pan caché du passé de Cyprien, ce dernier a perdu tout souvenir de son enfance jusqu'à ses dix ans, âge où il est devenu mousse en prenant l'identité de Cyprien Bonaventure. (Le nom de Martha Moreley aurait une signification importante pour lui !) Sur place, l'intrigue est grisante et nous fait voyager (à dos d'âne ou de dromadaire) et découvrir de nouveaux horizons, on croise même une Princesse des Déserts (nous connaissions un Prince, douces pensées à lui !). En bref, c'est une lecture fabuleuse, avec des détails croustillants, une enquête journalistique palpitante, dans un style impeccable et élégant. On en redemande !

Penelope Green, tome 4 : La tiare de Néfertiti, par Béatrice Bottet (Casterman, septembre 2013)

17 octobre 2013

Plaine, ô ma plaine...

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Attention, troisième et dernier tome !!! Nous retrouvons Nina, à bord du Transsibérien, en compagnie de Sacha et d'un vieil ami, Boris Nikitine, afin de sauver sa mère, déportée dans un goulag de la Kolyma. Au cours de ce long voyage, nous découvrons un paysage désolé et désolant, le froid, le manque de nourriture, le troc, la police omniprésente, la délation, mais aussi les convois de prisonniers, des femmes désespérées et brutalisées, des soldats embrigadés dans un système corrompu, dont ils échappent en noyant leur impuissance dans la boisson. A côté de ça, passe le majestueux Express Bleu, le train des officiels et des nantis, à bord duquel on croise la ravissante Véra !

Et là, un drame s'opère : Sacha tombe sous le charme, instantanément. Nina, elle, a le cœur blessé et gonflé d'amertume. Car c'est une chose surprenante dans ce roman, puisque nous découvrons notre héroïne confrontée à ses premiers émois amoureux. A elle son lot de souffrance, jalousie et déception maintenant ! C'est assez soudain, mais après tout Nina a tout de même 16 ans, sous ses airs de fillette coincée dans un corps qui ne connaît la puberté que de nom.

Il lui faudra de la patience, beaucoup de patience, ainsi lui avait enseigné son vieux maître Arkadi Tchernigov, avant de toucher au but. En attendant, place à toutes ses missions : sauver sa maman, retourner à Moscou, délivrer Dima, livrer son dernier Souffle, affronter son oncle, etc. On s'imagine que ça va tourbillonner dans tous les coins, et finalement il n'en est pas question. C'est un peu ma petite déception, car le dénouement n'est pas flamboyant, mais très posé, très rigoureux. A chaque problème, sa solution. Dossier après dossier. Tchac, tchac. Au suivant !

Cela ne gâche nullement la très bonne appréciation que j'ai de cette série, car l'auteur en profite pour glisser des notes historiques, biographiques, culturelles, etc. On trouve des tableaux, des poèmes, des détails affligeants sur la vie en Russie sous le régime de Staline. Un glossaire est d'ailleurs disponible à chaque fois pour expliquer les termes difficiles ou moins évidents. En bref, non seulement cette série aura eu le goût de me séduire, de m'étonner, de proposer un style neuf et changeant dans le paysage actuel, mais elle a également introduit une belle intelligence dans son propos. Cette série n'a que du positif pour elle !

Nina Volkovitch, tome 3 : Le Combat, par Carole Trébor (Gulf Stream éditeur, mai 2013)

21 septembre 2013

Devine combien je t'aime ici, là-bas et partout de Sam McBratney et Anita Jeram

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Un matin, Petit Lièvre Brun se réveille et découvre son Arbre à Cachette préféré couché sur le sol. Il voudrait bien l'escalader comme Grand Lièvre Brun, mais c'est vraiment trop haut.

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Un autre matin les deux lièvres se préparent à escalader la Montagne dans les Nuages. Ils s'arrêtent pour souffler quelques pissenlits et ne voient pas que la brume a tout recouvert. Où est le haut, où est le bas ?

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Petit Lièvre Brun veut aller voir de l'autre côté de la rivière... il court vers le Champ Lointain et l’étang puis joue aux devinettes. 

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L'endroit que Petit et Grand Lièvre Brun préfèrent, ils en sont sûrs, c'est l'endroit où ils sont ensemble.

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Sam McBratney s'est inspiré de son grand classique pour raconter quatre nouvelles histoires autour de Petit et Grand Lièvre Brun. C'est très beau, très doux, absolument ravissant. Les textes mettent à l'honneur l'amitié, la tendresse. La poésie et la beauté des illustrations d'Anita Jeram font voyager le lecteur. C'est clair, on a l'impression d'être en pleine nature, de s'imaginer pouvoir toucher les animaux, d'être à leurs côtés tandis qu'ils gambadent en toute insouciance dans leur univers fabuleux. C'est magique, absolument ravissant. Cette nouvelle déclinaison enchantera les admirateurs de nos deux compères insérapables. 

Devine combien je t'aime ici, là-bas et partout de Sam McBratney et Anita Jeram (Pastel, septembre 2013 - traduit par Claude Lager)

7 septembre 2013

La famille Fraskato et son cirque fabuleux de John Yeoman et Quentin Blake

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Roulez, roulez tambours, voici le cirque Fraskato.

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Voici l'oncle Décimus sur sa trottinette, Philibert qui jongle avec des œufs, Jess et Bess et leurs tours de magie, les chiens chanteurs et les perroquets acrobates...

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Alors, prenez place au bord de la piste et applaudissez les artistes !

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C'est coloré, absolument barré, fantasque et délirant.

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C'est un hymne formidable aux histoires de cirque qui donnent des étoiles dans les yeux. L'histoire est simplette, avec une pointe d'humour british, mais ce sont surtout les illustrations de Quentin Blake qui retiennent notre attention, tant elles sont pétillantes ! Un album joyeux et bariolé.

La famille Fraskato et son cirque fabuleux de John Yeoman et Quentin Blake (Gallimard jeunesse, coll. Giboulées, août 2013)

27 septembre 2013

“ Cela dépasse l'imagination. Et c'est d'une beauté sans nom, et cela sent si bon. ”

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Comment vous expliquer ce roman ? Je me casse la tête à son sujet, parce que je ne sais pas par quel bout le prendre. Et pourtant, c'est un fichu bon roman, qui vous embarque dans un imaginaire riche et instructif. Il ne se contente pas de nous raconter une histoire dont le suspense grossit au fil des chapitres, il nous confronte à des idées plurielles qu'il faut prendre avec recul, analyser, adopter ou rejeter. De toute façon, je crois bien qu'à la fin du livre tous les solutions ne sont pas apportées non plus !

Nous sommes à Kéraël, sur une île encerclée par du sable, eh oui, l'eau est rare et bénie (d'où la mobilisation générale dès que les brouillards s'abattent sur leurs contrées pour installer des pièges à eau). Lunerr est un enfant rêveur et curieux. Il vit seul avec sa maman, depuis la disparition inexpliquée du père des années auparavant. Leur mode de vie en a été ébranlée, car désormais ils ont emménagé dans un quartier modeste de la ville.

Le jour de son anniversaire, Lunerr est perdu dans ses pensées lorsqu'il prononce à voix haute le mot « Ailleurs ». C'est un blasphème, aussitôt le garçon est fouetté, exclu de l'école et banni du temple. Même sa mère est frappée de déshonneur et perd son emploi. C'est alors qu'entre en scène Ken Werzh, un vieux type, très puissant. Il vit à l'écart de la ville, dans une maison immense. On raconte tout et son contraire à son sujet, Lunerr flippe à mort mais n'a plus trop le choix et doit accepter son étrange proposition.

L'histoire se déroule essentiellement sur un rythme nonchalant, puis subitement elle s'emballe, devient folle, ça fuse dans tous les coins, pour terminer sens dessus dessous. C'est stupéfiant. Si l'effet recherché était de nous secouer les puces, c'est particulièrement réussi ! Le jeune héros est également accompagné d'un Pitwak, une sorte de créature indéfinissable, fort attachant car il ne fait que des bêtises et n'est pas avare de propos pertinents, sous sa carapace de laidron ! Forcément, j'ai été séduite et je lirai avec grand plaisir les deux autres tomes qui suivront (à venir, en janvier 2014 : Lunerr Morgan).

Lunerr, par Frédéric Faragorn (Ecole des Loisirs, septembre 2012 - illustration de couverture : Gabriel Gay)

2 octobre 2013

Un lieu incertain: Audiolib lu par Thierry Janssen

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Encore un fidèle rendez-vous avec le commissaire Adamsberg, dans une enquête criminelle nous baladant entre Londres, Paris et un petit village en Serbie ... Quelle atmosphère particulièrement excitante (mais glauque aussi) ! On croise des cadavres découpés en petits morceaux, des pieds chaussés abandonnés près d'un cimetière, des mythes vampiriques, des vieilles histoires de famille ... Et on assiste aussi à des retours en fanfare de cadavres planqués dans les placards ! Je dis ça, je ne dis rien. Disons que, tout de même, on tombe sur les fesses en apprenant que les anges déchus existent. Ou qu'ils sont tombés directement de l'Enfer.

Adamsberg, dans ce roman, est dépassé par les évènements. Il en voit de toutes les couleurs, de la trahison à la mélancolie, en passant par l'impuissance et le doute. C'est un spectacle assez déprimant, ou plutôt pathétique. Notre homme mériterait parfois qu'on le secoue vertement, car son petit manège nous épuise ! Il est lent, apathique, déboussolé, déconfit. Bouh, quel triste sire ! A côté de ça, l'histoire oscille entre le désenchantement, certes, mais surtout l'angoisse et le suspense. Tant mieux, ça tient en haleine. J'ai d'ailleurs pas mal mordu à l'hameçon, saisissant toutes les perches tendues, avec la conviction intime que je me faisais bêtement berner, mais c'est de bonne guerre.

C'est la quatrième fois, il me semble, que Thierry Janssen accompagne les romans de Fred Vargas en version audio. Franchement, ne changez rien ! C'est la voix parfaite, l'interprétation idéale pour situer et cerner des personnages et lieux aussi flippants que ceux dont l'auteur a le talent de nous concocter. Pour moi, ce rendez-vous a donc été une totale et pleine réussite.

Un lieu incertain, par Fred Vargas (Audiolib, février 2013 / J'ai Lu, septembre 2010 - Texte intégral lu par Thierry Janssen,  durée d'écoute : 11 heures)

25 septembre 2013

“Un biscuit bi-chocolaté, c'est parfois comme une lumière dans la nuit.”

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Cette série poursuit son chemin et ne déçoit vraiment pas ! J'ai beaucoup aimé ce troisième tome où les aventures d'Olive Dunwoody prennent encore un tour inquiétant. La jeune fille est seule au courant du secret de sa maison, où les peintures sont magiques et peuvent être traversées grâce à une paire de lunettes spéciales. Il appartient à Olive d'empêcher les anciens propriétaires de poursuivre leur plan machiavélique (ils ont emprisonné les habitants de Lynden Street dans une vie sous cadre), mais ceux-ci sont redoutables et rusés.

Et puis, Olive est jeune, inexpérimentée, elle a la fougue de son âge, elle est aussi empressée et butée. Lorsque son meilleur ami lui apprend qu'il va quitter la ville, elle est profondément blessée et se croit abandonnée. Résultat, elle boude dans son coin et va doubler d'efforts pour sauver le jeune Morton, qui est coincé dans un tableau et veut retrouver ses parents. Elle va commettre des bêtises, c'est normal, et ça fait avancer l'histoire, donne plus de poids à l'ennemi, ajoute du stress supplémentaire, et rend l'ambiance d'autant plus énigmatique.

Que de charme dans cette lecture ! Cela vous séduit et vous captive en un clin d'œil. J'aime infiniment toutes les parures dont cette série s'entoure, les couvertures et les illustrations sont de toute beauté, les histoires sont de très grande qualité, même les chats sont au top. C'est donc un cocktail de fantaisie, d'humour, d'amitié et de bulles d'angoisse. C'est très bon ! On accroche instinctivement et on attend la suite (l'avant-dernier tome, il me semble) avec impatience.

La maison des secrets, tome 3 : L'espion surprise par Jacqueline West (Seuil jeunesse, septembre 2012 - traduit par Jimmy Montrose et illustré par Poly Bernatene).

19 septembre 2013

Le Cinquième témoin, de Michael Connelly (Audiolib, lu par François Tavares)

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C'est le premier livre de Michael Connelly que je découvre et j'ai été littéralement transportée. Cette version Audiolib a en effet été du petit lait à boire. Le narrateur, François Tavares, a su parfaitement nous plonger au cœur de l'intrigue, en y mettant le ton pour ponctuer chaque minute du procès, en haussant la voix pour souligner la véhémence du juge, l'exaspération de l'accusation ou l'acharnement de la défense. C'était prodigieux.

Mickey Haller, avocat de son état, est un type qui apparaît d'abord antipathique. Son rôle consiste à dépouiller les règles du système, pour les retourner à l'envoyeur. C'est un manipulateur chevronné, capable de saisir la moindre allusion anodine pour s'en emparer, la brandir en étendard et sauver son beefsteak. C'est particulièrement malin, parfois maladroit et agaçant, mais au fond de lui, Haller n'est pas un mauvais bougre non plus. Lorsqu'il accepte de défendre Lisa Trammel, accusée d'avoir tué un banquier qui menaçait de saisir sa maison, c'est aussi la dénonciation d'un système mafieux qui s'annonce à lui, avec à la clef un procès retentissant, médiatisé à outrance (on découvre au passage les signatures de contrats d'exclusivité pour les projets cinématographiques, business is business in America). Nous plongeons donc dans un procès façon David contre Goliath. La masse populaire est en transe, Mickey Haller compte bien surfer sur la tendance et prouver l'innocence de sa cliente.

C'est judicieux, bien conduit, assez palpitant, on vit le procès et on s'emballe pour les effets du style, les clash, les coups bas et les bastons sur les trottoirs. Haller en bave, mais reste toujours sûr de lui. Même sa vie sentimentale connaît un sursaut positif, qui se prêterait presque à des lendemains meilleurs... Enfin, je pense qu'on découvrira tout ceci dans un prochain roman. Pour l'instant celui-ci a su pleinement me convaincre, j'ai aimé le ton et l'atmosphère qu'impose Connelly, c'est palpitant, noir et assommant, avec un fabuleux tour de passe-passe dans la dernière ligne droite. Du très bon boulot, bravo !  

Le cinquième témoin, par Michael Connelly (Audiolib, juillet 2013)
Traduit par Robert Pépin - Texte intégral lu par François Tavares (durée d'écoute : 14 h 46)

20 septembre 2013

... billet doux d'un fantôme à une ombre. (Ava préfère se battre) ☺♥

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Ava est de retour sur l'île de Jersey pour y passer ses vacances dans le manoir de son oncle. A peine vient-elle de débarquer qu'elle est déjà convoquée à une réunion de fantômes qui s'empressent de faire sa connaissance, mais qui veulent surtout se rassurer et tester sa capacité à assumer seule son nouveau rôle (celui de consolateur). La jeune fille est vite débordée face aux accusations (trop jeune, pas assez présente, inexpérimentée...) et reproche à sa vieille tutrice, Cecilia Watson, de la mener en bateau.

L'intrigue se voudra donc plus politique et cherchera à fouiller dans le passé pour comprendre l'univers des fantômes, leur hiérarchie et les nombreux enjeux. Ava est dépassée par la situation, mais va agir avec tact et douceur dans ce petit monde où les susceptibilités sont également très vives. Bref, elle se rend compte aussi que ce n'est pas facile de concilier sa nouvelle fonction avec sa vie d'ado normale (elle vient de rencontrer un garçon sur l'île, elle apprend à mieux le connaître mais c'est compliqué de jouer sur les deux fronts !).

En fait, l'histoire de ce deuxième tome est plus centrée sur le sujet des fantômes et de la particularité d'Ava, contrairement au précédent tome qui partait d'une enquête criminelle avant de s'évader vers une touche fantastique. On gambade également dans la campagne de Jersey, d'où on explore les coins cachés, le folklore, les petits secrets, les allusions et références historiques (la présence de Victor Hugo et son intérêt pour le spiritisme). En somme, l'essai est réussi, après une entrée en matière très prometteuse, ce deuxième tome est tout aussi passionnant, bien écrit, entraînant et instructif.

Ava préfère se battre, par Maïté Bernard (Syros, janvier 2013)
illustration de couverture : Jérôme Meyer-Bisch

3 septembre 2013

Le Tailleur de pierre, Audiolib (15 h 50) lu par Christine Pâris

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J'ai passé l'été à écouter les cinq premiers volets de la série de Camilla Läckberg, savourant l'ambiance suédoise, appréciant de retrouver les personnages, de prendre de leurs nouvelles et d'être témoin des hauts et bas de leur existence. Erika, notamment, file un mauvais coton depuis la naissance de sa fille. Elle se sent seule, délaissée, grosse et incomprise. Elle vient toutefois de lier connaissance avec une autre maman lors de ses sorties au parc, or celle-ci va être douloureusement frappée par la mort de sa fille aînée. La petite Sara a été retrouvée morte, noyée. Patrik et son équipe sont sur les dents, éprouvés par cette enquête qui s'annonce délicate et pénible. Il leur faut cerner l'entourage, la famille et le voisinage, dans un contexte lourd et difficile. Les relations sont tendues et de nombreux non-dits couvent sous la surface. La partie s'annonce serrée, la vigilance est de mise, même si les collègues de Patrik ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. Sauf qu'à ce stade, les bévues ont aussi de lourdes conséquences...

En filigrane, nous suivons l'histoire d'un tailleur de pierre, à l'aube du 20ème siècle, qui tombe amoureux de la fille de son patron, laquelle s'avère être une demoiselle capricieuse, colérique et rancunière. J'admets avoir attendu avec beaucoup d'impatience la suite de leurs péripéties ! Techniquement, l'écoute de l'audio livre a été plaisante car le découpage des chapitres est enfin plus aisé (plus besoin d'avoir des plages d'écoute d'au moins 40 minutes !). C'est vrai que les livres de Camila Läckberg ne comportent aucun chapitre, mais il était bon d'équilibrer tout ça pour le bien-être du lecteur !

Le Tailleur de pierre, par Camilla Läckberg
Audiolib, 2010 / Actes Sud, 2009 pour la traduction française
Texte intégral lu par Christine Pâris (15 h 50 d'écoute)
Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus

10 septembre 2013

“J'ai bien peur que notre Jean-A. ne soit entré dans l'adolescence...”

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Ce nouvel épisode des Jean-Quelque-Chose est encore une fois un rendez-vous incontournable : les enfants deviennent des adolescents, Jean-A est chamboulé d'être le seul garçon dans sa classe de latin, même son séjour linguistique lui a mis la tête à l'envers, désormais il porte des pantalons à pattes d'eph', joue de la guitare et a pour but de devenir l'idole des jeunes. Quel beau métier, se dit Jean-B, notre narrateur.

Celui-ci n'a pas changé d'un iota : agent secret il sera, comme James Bond, dont les aventures cinématographiques lui font raconter des histoires à ses parents.  “Le mensonge est le prix à payer pour devenir agent secret. Il faut faire croire aux autres qu'on a une vie absolument normale. Personne ne doit savoir qui vous êtes réellement, pas même vos frères ni vos parents, sinon on risque de les torturer avec un luxe de raffinement incroyable pour leur faire avouer vos véritables activités.”

Il y a tant d'autres petites anecdotes, savoureuses, délicieuses, tendres, facétieuses et captivantes. J'adore cette série, j'aime le ton, les personnages, l'époque qui fleure bon la douce nostalgie des années 60-70, la complicité entre frères, les rêves et les délires qui fourmillent dans leurs jeunes têtes. C'est une lecture indémodable, qui peut plaire à tous les âges. Bonheur assuré.

La cerise sur le gâteau (Histoires des Jean-Quelque-Chose), par Jean-Philippe Arrou-Vignod
Gallimard jeunesse, mars 2013 - illustrations : Dominique Corbasson

6 septembre 2013

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, Audiolib (27 h) lu par Christine Pâris

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Très sincèrement, j'ai trouvé ce troisième volet long, trop long, partant dans tous les sens, offrant des perspectives peu réjouissantes, on piétine beaucoup, on bavarde, on doute énormément, on n'agit plus, on fait trois pas en arrière et même les plus téméraires deviennent tout fripés sur eux. Bouh, quelle débandade!

Joséphine a le cœur brisé et a coupé tout contact avec Londres. Son amoureux attendra, ou pas. A ce stade, leur petit jeu me semble interminable, peu crédible, c'est dommage. Même Shirley va perdre de sa superbe, en tombant folle amoureuse d'un homme qu'elle doit s'interdire d'aimer, afin de protéger son fils... Gary pose en effet des questions qui dérangent, part en quête de ses origines, revient déçu, se fâche et traverse l'Atlantique. La belle Hortense se sentira flouée, abandonnée. Qu'importe, j'aime terriblement leur relation orageuse, j'en redemande !

Le reste m'apparaît alors comme du vulgaire remplissage, des personnages comme Josiane, Marcel, Henriette ou Zoé me paraissent fades, ennuyeux, Junior, lui, est franchement ridicule (à seulement 2 ans, il lit La Bruyère, parle comme Einstein et porte des mocassins !), j'ai détesté Chaval, pas aimé qu'on se moque de Denise, grande amatrice de romances... En gros, j'ai ressenti de l'ennui pour une grande partie de l'histoire, tout en refusant de décrocher pour vouloir en savoir plus. Quelle terrible contradiction.

Ce troisième livre, trop volumineux, m'est finalement apparu inégal et frustrant. Toutefois, j'ai beaucoup aimé les passages sur Hortense et Gary. ♥ Rien que pour ça, je lirai le quatrième tome (en cours d'écriture).

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, par Katherine Pancol
Audiolib, 2010 / éditions Albin Michel, 2010 - texte intégral lu par Christine Pâris (durée : 27 heures)

3 septembre 2013

L'enfant allemand, Audiolib (16 h 25) lu par Eric Herson-Macarel

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Ce cinquième volet de la série de Camilla Läckberg était, à mon sens, le plus attendu. Il renferme un terrible secret et donne enfin une explication sur le comportement froid et insensible de la mère d'Erika et Anna. En fouillant les affaires de celle-ci, Erika a en effet trouvé un journal intime, une brassière maculée de sang et une médaille ornée d'une croix gammée.

Cette pièce a été confiée à un éminent professeur, un spécialiste de la question nazie, mais l'homme ne donne plus de nouvelles. En vérité, il a été tué chez lui et cette mort étrange semble liée aux interrogations d'Erika. Cette dernière a entrepris de travailler à domicile, comptant sur son époux, en congé parental, pour s'occuper de leur fille et lui laisser un peu de champ libre. En théorie, bien sûr. En pratique, le couple va frôler la crise de nerfs ! De plus, Patrik est attiré par le lieu du crime et meurt d'envie de se mêler de l'enquête, par petites touches, car son devoir de père le rappelle souvent à l'ordre. Et puis, on s'en fiche un peu de toutes ces considérations existentielles du couple Hedström. Ce qui nous passionne, disons-le franchement, c'est de plonger dans le passé de cinq jeunes gens, dans les années 40, au moment de la guerre, de l'arrivée des réfugiés, du soulèvement des résistants, des risques de la dénonciation, du spectre des tortures et de la mort... On découvre une histoire poignante, entre fascination et horreur, et qui apportera aussi une immense consolation pour les sœurs Falk qui ont grandi sans une once d'amour maternel. Cette fois, on comprend mieux pourquoi.

Ce cinquième volet me voit aussi dans l'obligation de faire une courte pause, je me sens rassasiée et pleinement repue. J'en viens presque à constater les défauts dans la belle mécanique de Camilla Läckberg, dont les livres sont orchestrés sur le même principe, qui se répète inlassablement. C'est en ingurgitant plusieurs tomes à la suite qu'on s'en rend compte. Mais je garde tout de même un très bon souvenir de cette lecture à long terme, sous la houlette de Monsieur Eric Herson-Macarel, qui est pour moi l'un des meilleurs narrateurs sur le marché.

L'enfant allemand, par Camilla Läckberg
Audiolib, 2011 / Actes Sud, 2011 pour la traduction française 
Texte intégral lu par Eric Herson-Macarel  (durée d'écoute : 16 h 25)
Traduit par Lena Grumbach et Catherine Marcus

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