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Chez Clarabel
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6 février 2014

Le premier qui pleure a perdu, de Sherman Alexie

Nouvelle couverture par Ellen Forney.

Le premier qui pleure a perdu

Junior, un indien Spokane de 14 ans, résidant dans la réserve de Wellpinit avec sa famille, est souvent la cible des balèzes et des crétins qui l'entourent. Il n'a pas un “physique facile”, mais surtout il est doté d'un QI exceptionnel, que son prof remarque avant de lui conseiller de s'inscrire au lycée de Reardan, en ville (chez les Blancs). Une décision lourde de conséquences, puisqu'il sera rejeté par tous, même par son meilleur ami.

La vie au lycée, pourtant, est loin d'être idyllique car il se trouve, encore une fois, taxé de tous les noms. Il est tombé amoureux de la jolie Penelope, s'est attiré les foudres d'un élève de Terminale, a intégré l'équipe de basket, mais il est mort de trouille et doit vomir avant chaque compétition, et pour finir il récolte un trauma crânien lors de sa rencontre face à ses anciens équipiers. 

À lire cet enchaînement de catastrophes et autres brimades, qui laissent apparaître une vie misérable et pathétique, on est en droit de craindre une lecture déprimante. Mais c'est tout le contraire, puisque Junior fait preuve d'humour et de dérision, qui rend son propos guilleret et sardonique. C'est drôle, très, très drôle. De plus, jamais il ne se plaint ou cherche à se faire plaindre. Il gribouille son petit carnet avec insouciance, même ses dessins sont hilarants et révèlent une pointe de cynisme délectable.

L'auteur en profite évidemment pour condamner les travers de ses semblables, qui se vautrent dans la paresse et l'alcoolisme en haussant les épaules et en vitupérant contre ceux qui cherchent à s'en sortir. À Wellpinit, il y a du malheur, beaucoup, mais finalement mieux vaut en rire (“on enterre mieux ceux qu'on aime dans un grand éclat de rire”, paraît-il) et regarder l'horizon en poussant de gros soupirs. Coup de coeur pour le personnage de la grand-mère Spirit, sage et philosophe, jamais avare de bons conseils...

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz, nouvelle édition novembre 2013 - traduit par Valérie Le Plouhinec

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4 février 2014

Une saison à Long Island, d'Anna Godbersen

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J'avais été sous le charme du début, avec Tout ce qui brille, mais la suite m'aura finalement déçue. Que de longueurs dans cette Saison à Long Island, même si les retrouvailles avec les trois héroïnes n'ont pas manqué de piquer ma curiosité, il m'a fallu admettre, avec tristesse, que leurs nouvelles aventures manquaient de peps et de passion.

Suite aux derniers événements tragiques, Cordelia n'en mène pas large et traîne sa misère dans ses beaux souliers. Son amie Astrid a la tête farcie des insinuations sournoises de sa mère, au sujet de ses fiançailles avec Charlie Grey. Letty vivote, prend des bains de soleil, rêve d'une carrière, saisit sa chance. Nouveau venu dans le paysage romanesque, l'aviateur Max Darby tient la dragée haute à la fille du bootlegger en ne cachant pas son mépris pour sa vie frivole et tapageuse. Ce soupçon de relation volcanique avait lieu de me chatouiller, et puis non, aucune intensité passionnelle entre eux, c'est plat.

Un constat s'impose : le champagne est éventé, les bulles se sont envolées, oubliez la légèreté gourmande et la promesse de scandales sulfureux, les années folles n'atteignent pas nos héroïnes, qui passent leur temps à se plaindre et pleurnicher ! Quelle déception. Moi qui me suis toujours enthousiasmée pour les romans d'Anna Godbersern, me voilà bien embêtée avec la tournure de cette série... mais j'enchaîne avec le 3ème tome, Un baiser pour la nuit, en croisant les doigts.

Albin Michel, coll. Wiz, novembre 2012 - traduit par Alice Seelow
illustration de couverture : Sophie Leblanc

27 janvier 2014

Attirance & Confusion, par Simone Elkeles

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Les avis étaient partagés, mais j'ai tenté le coup et je ne le regrette absolument pas ! Je crois même que cela a contribué à mon enthousiasme, puisque j'avais globalement anticipé une grosse déception, j'ai été finalement surprise et complètement folle de Derek Fitzpatrick ! Beau gosse, insupportable, avec blessure secrète, sans attache, ou presque, bref notre Derek débarque dans la petite ville de Fremont le temps d'un été, pense-t-il, et va tout déchirer.

Il a suivi la nouvelle femme de son père, Brandi, une jolie écervelée, maman d'un petit bonhomme de 5 ans, Julian, car elle souhaitait se rapprocher des siens, dans la maison de son père, un type bourru et acariâtre, qui vit coupé du reste du monde, mais aussi de sa soeur, la ravissante Ashtyn, blonde, sportive, frondeuse et décidée, tout juste élue capitaine de son équipe (de football américain).

Tout de suite, la première rencontre entre Ashtyn et Derek fait des étincelles : c'est drôle, mais drôle. Cela donne le ton des échanges que ces deux-là vont s'envoyer pendant tout le roman, car c'est clair, ils se plaisent, ils sont attirés l'un par l'autre, mais ils se barricadent, ils ont leurs soucis personnels, et pourtant tout va participer à les jeter dans les bras l'un de l'autre, à moult reprises, et pour notre plus grand plaisir.

Je ne dis pas le contraire, le schéma est répétitif, il n'y a rien de nouveau sous le soleil, mais ça a suffi pour me faire passer un très bon moment de lecture. Après tout, je n'en attendais pas moins non plus. Moi qui décrétais, par avance, qu'il serait temps que l'auteur change de crèmerie, je retire aussitôt mes dires. Qu'elle ne change rien ! Absolument pas ! C'est tout bon comme ça, c'est frais, c'est pétillant, c'est coquin, c'est attendrissant, c'est gros, c'est niais, c'est dégoulinant de guimauve, ça colle aux doigts... mais c'est tellement bon !

C'est le 1er tome d'une nouvelle série, autour de joueurs d'une équipe de football américain. L'auteur a placé ses billes, déjà présenté les autres protagonistes, et je me frotte les mains de les retrouver tous, les uns après les autres !

La Martinière J., janvier 2014 - traduit par Cyril  Laumonier

17 février 2014

Un auteur, deux livres : Christine Avel

« Hier, c'était mon anniversaire. Pour mes onze ans, j'étais sûr qu'il allait m'arriver quelque chose d'incroyable. Comme à Harry Potter.
L'an dernier en CM2, j'ai lu Harry Potter. Toute la série, de 1 à 7, sans m'arrêter. À la fin, j'étais sûr d'une chose : pour mes onze ans j'allais recevoir, comme Harry, une lettre m'annonçant que je suis un sorcier né par erreur dans une famille de non-sorciers, des Moldus. La lettre m'inviterait à poursuivre mes études dans une école de magie où on m'aurait inscrit, en secret, depuis des années. Là, je découvrirais enfin mes dons pour me transformer en animal, par exemple, ou pour l'arithmancie : c'est la science des chiffres magiques.
Je ne l'ai dit à personne, bien sûr. Ni à mes amis à l'école, ni à mes frères, encore moins à mes parents. Personne ne m'aurait cru.
Mais moi, j'en étais sûr. Des mois que j'attendais ça.
Je savais qu'il allait m'arriver quelque chose. J'avais raison. »

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Une histoire qui commence ainsi, en faisant allusion à Harry Potter... forcément, il ne m'en fallait pas davantage ! J'ai plongé. Bon, évidemment il arrivera au jeune garçon (Abel) une autre aventure, puisqu'il va se voir offrir un voyage en Finlande, par le concours de circonstances très bizarres. Le hic, avec ce périple, c'est qu'il doit passer une semaine chez un mathématicien de renom... alors qu'il n'a franchement pas la bosse scientifique. C'est se moquer du monde ! Abel est en pétard.

Mais heureusement, cette évasion lui sera bénéfique, on s'en doute, et lui apportera ce petit regain de confiance en lui qui lui faisait cruellement défaut. En effet, contrairement à tous les membres de sa famille, des génies en puissance, lui est un élève quelconque, il a ce que sa mère appelle “le creux des maths” (pas la bosse, non, le creux !).

Libéré de cette pression, le garçon, seul en Finlande, va vivre des aventures complètement farfelues (j'ai hélas trouvé que c'était trop court, pas assez détaillé, mais je pense qu'un enfant n'y verra que du feu !) car la conclusion est super apaisante et nous rappelle que nos enfants ont “le temps de grandir, le temps de voir” et qu'ils peuvent faire “des tonnes de choses dans leur vie”.
Une petite lecture pour le plaisir, racontée sur un ton rafraîchissant !

Le creux des maths (Neuf de l'École des Loisirs, mars 2012 - ill. de couverture : Séverin Millet) 

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Deuxième bonne surprise avec ce petit roman se passant dans l'obscur village de Nébouzat-le-Froid, en Auvergne. Depuis des générations, les habitants se sentent floués au détriment de leurs voisins d'en face, à Nébouzat-le-Chaud, qui se trouve sur le bon versant de la colline, toujours au soleil. Mais surtout, ils sont les détenteurs de précieux trésors, comprenant des “traces de dinosaure authentiques et grottes troglodytes”.

Tout ça turlupine Éloi, son grand-père et son grand frère Fabien. Jusqu'au jour où la chance va leur sourire, enfin... Le chien Jojo a trouvé un os, sans nul doute une pièce rare et inestimable, et il n'y a plus qu'à fouiller le jardin pour trouver le reste du trésor !

L'aventure va partir dans tous les sens, pour le plus grand plaisir du jeune lecteur. Les personnages sont attachants, animés par une soif de reconnaissance et de gloire qui leur ferait presque perdre la raison. C'est raconté avec panache, beaucoup d'humour et un soupçon de dérision. On passe un très bon moment, c'est toujours aussi frais et divertissant.

La revanche de Nébouzat-le-Froid (Neuf de l'École des Loisirs, avril 2013 - ill. de couverture : Gabriel Gay)

5 février 2014

Un Baiser pour la Nuit, d'Anna Godbersen

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Le miracle n'aura finalement pas eu lieu, la série se termine sans avoir jamais réussi à regagner mon plein enthousiasme. Je me sens déçue, un peu flouée, d'avoir perdu l'étincelle à laquelle j'associais aveuglément les livres d'Anna Godbersen. Et pourtant, cette saga avait tout pour me plaire (les années 20, son ambiance glamour, stimulée par les interdits mais cernée par tous les dangers).

Bref, nos trois héroïnes ont su se construire un destin hors du commun : Cordelia dirige son propre night-club, Letty récolte les lauriers de la gloire et vient d'obtenir son premier grand rôle au cinéma, Astrid a enfin son gros diamant au doigt. Mais, mais, mais... tout n'est que poudre aux yeux ! Le revers de la médaille est terrible, vous imaginez bien, l'auteur n'est pas en reste pour nous renverser la tête et broyer notre petit coeur tendre.

Disons-le franchement, la fin est grandiose, avec un dénouement invraisemblable mais absolument imprévisible. De quoi vous affoler les sens et le palpitant. Cela part dans tous les sens, c'est follement romanesque, passionné, dramatique et bouleversant. Du grand Anna Godbersen, comme du temps de sa saga des Rebelles ! C'est regrettable qu'elle n'ait pas su tirer profit de la matière en or qu'elle avait entre les mains, car la série, de qualité inégale, n'a pas su se renouveler et a peut-être abusé de son identité futile et sensuelle.

« ... quand le monde me paraît un peu trop triste, trop misérable, alors je repense à nos beaux atours de cet été-là, et à tout ce dont nous rêvions avant l'automne. Voyez ? Je vous l'avais dit. Ces filles aux yeux brillants qui gravitaient autour de New York comme des papillons, à quelle vitesse elles se trouvèrent emportées dans le tourbillon de ses folles nuits ! Chacune réussit à fuir New York à sa manière - l'une est célèbre, l'autre est mariée, la troisième est morte. »

Albin Michel, coll. Wiz, novembre 2013 - traduit par Cécile Leclère
illustration de couverture (très belle) : Sophie Leblanc

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30 janvier 2014

La lettre à Helga, par Bergsveinn Birgisson

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Cette lecture aura été une terrible déception ! J'ai détesté le personnage de Bjarni Gislason de Kolkustardir, à tel point que je suis demeurée totalement insensible aux envolées lyriques de sa prose de désespéré. Le type est un vieil homme usé, qui décide de prendre sa plume pour écrire à la seule femme qu'il a jamais aimée, Helga. Il revient sur leur liaison, et surtout sur les sentiments fous et incandescents qui ont germé en lui. Oui, il était complètement fou de Helga. Et pourtant, leur histoire a capoté...

Il revient sur cette vie de cul-terreux, en pleine campagne islandaise, dans une contrée gangrenée par les cancans, et tellement attachée à ses valeurs ancestrales. Quelque part, c'est une bouffée d'air pur ravigotant. C'est une évasion, un dépaysement. On s'imagine dans cette fabuleuse nature du bout du monde, tendant l'oreille pour percevoir les échos d'une folle passion avortée ou contrariée. Mais on s'en fiche un peu ! Bjarni Gislason de Kolkustardir n'est qu'un pauvre type, en fin de compte.

Le comédien Rufus s'emploie alors à nous emporter dans le récit avec une émotion désarmante. Il roule les accents au son des patronymes islandais, il chuchote, il s'enflamme, il maugrée, il ronge son amertume. À sa façon, il exprime avec talent la mélancolie, le délire fanatique, la repentance, la frustration, bref l'intensité des sentiments du Bjarni. Mais cela n'a pas suffi pour me convaincre, puisque je n'ai éprouvé que ressentiment, agacement et pitié envers celui-ci.

“L'amour le plus ardent
est l'amour impossible.
Mieux vaut donc n'aimer personne.”

Audiolib, janvier 2014. Texte intégral lu par Rufus (durée d'écoute : seulement 2h 54).
Traduit par Catherine Eyjolfsson, pour les éditions Zulma.

7 janvier 2014

Journal d'Hélène Berr : 1942-1944 (Suivi de Hélène Berr, une vie confisquée par Mariette Job)

“Si j'écris tous ces petits détails, c'est parce que maintenant la vie s'est resserrée, que nous sommes devenus plus unis, et tous ces détails prennent un intérêt énorme. Nous vivons heure par heure, non plus semaine par semaine.”

 

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J'avais déjà lu des extraits du journal d'Hélène Berr lors de l'édition 2008 par Audiolib, interprétée par Elsa Zylberstein. Je n'ai pas hésité une seconde pour connaître la version intégrale, lue cette fois par Guila Clara Kessous.

Au-delà du témoignage bouleversant, c'est aussi une personnalité stupéfiante que l'on découvre, Hélène Berr, 21 ans, brillante étudiante à la Sorbonne, amoureuse, bavarde, spontanée, érudite, sensible, sincère, révoltée, agacée, impuissante, rageuse et désespérée. Elle confesse dans son journal de nombreux détails concernant sa vie de tous les jours, d'abord dans le but de se délester d'un poids, puis dans le souci de laisser une empreinte et de permettre aux générations suivantes de comprendre et de savoir dans quelles tourmentes les familles juives ont été plongées.

C'est comme ça qu'on entame la lecture sur une impression de légèreté, au départ les préoccupations d'Hélène relèvent de la superficialité (ses relations amoureuses ou amicales, ses rapports avec sa famille). Au loin, commencent pourtant les rafles et les déportations, mais c'est seulement suite à l'arrestation de son père qu'Hélène se souciera moins de sa petite personne pour s'intéresser à une sphère plus large, plus politique.

J'ai beaucoup aimé l'élégance de la jeune femme, dans son écriture, dans son style, dans sa vie. C'était une jeune fille si dynamique, pleine de vie, rayonnante. Mais plus on avance dans son témoignage, et plus on constate que le ton change, que la gravité et l'amertume s'installent, que le désespoir point, que la mélancolie n'est plus lyrique, mais signe d'une profonde meurtrissure.

Et pourtant, c'est loin d'être un texte triste, mais davantage un texte vrai, qui puise sa force et sa richesse dans la personnalité pétillante d'Hélène Berr. Ce témoignage est aussi une formidable leçon de vie, sa lecture est indispensable pour se rappeler ce douloureux chapitre des heures les plus noires de notre pays.

Audiolib, novembre 2013 / éditions Tallandier, 2008. Texte intégral lu par Guila Clara Kessous (durée d'écoute : 8 h 38)
Préface de Patrick Modiano lue par Benoit Peeters.
Avec la participation de Mariette Job (postface), nièce d’Hélène Berr, qui explique l'histoire de la publication du Journal.

L'écoute en classe de ce CD est autorisée par l'éditeur.

“Il faudrait donc que j'écrive pour pouvoir plus tard montrer aux hommes ce qu'a été cette époque. Je sais que beaucoup auront des leçons plus grandes à donner, et des faits plus terribles à dévoiler. Je pense à tous les déportés, à tous ceux qui gisent en prison, à tous ceux qui auront tenté la grande expérience du départ. Mais cela ne doit pas me faire commettre une lâcheté, chacun dans sa petite sphère peut faire quelque chose. Et s'il le peut, il le doit.
Seulement, je n'ai pas le temps d'écrire un livre. Je n'ai pas le temps, je n'ai pas le calme d'esprit nécessaire. Et je n'ai sans doute pas le recul qu'il faut. Tout ce que je peux faire, c'est de noter les faits ici, qui aideront plus tard ma mémoire si je veux raconter, ou si je veux écrire.”

24 janvier 2014

Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du rossignol, par Lian Hearn

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J'avais entamé la série en 2008, mais j'avais négligé de la terminer. À force de remettre à plus tard, j'ai fatalement tout oublié des nœuds de l'intrigue, en plus des noms et des clans à retenir, des lieux, des enjeux, des drames, des trahisons. Bref, je n'avais plus d'autre choix que de m'y replonger et d'avaler cul-sec !

L'histoire : Tomasu vit dans les montagnes avec sa famille et échappe in extremis au massacre orchestré par les troupes de sire Iida, chef du clan des Tohan. C'est un voyageur solitaire, un certain Shigeru du clan des Otori, qui lui sauve la mise et l'embarque avec lui. Le garçon doit désormais s'appeler Takeo et devient le fils spirituel de Shigeru.

Ce dernier est contraint de sceller une alliance avec les Tohan - argh - en acceptant d'épouser la très belle Kaede, une héritière des pays de l'Ouest, retenue en otage par le seigneur ennemi. La jeune fille, porteuse d'une malédiction, est instrumentalisée pour fragiliser Shigeru et son clan, lequel semble déjà affaibli par des guerres internes qui font rage.

De toute manière, toute l'intrigue n'est qu'un vaste complot visant à éliminer les uns et les autres, à semer le chaos, à brouiller les cartes. Même le jeune Takeo devient un pion au centre de ce grand échiquier, lui dont les origines apparaissent sous un jour nouveau, faisant craindre les plus endurcis et distiller de la duplicité chez les plus fidèles.

Ce début de saga est absolument romanesque, bouleversant et palpitant ! J'ai été totalement emballée par cette épopée, au cœur d'un Japon médiéval flamboyant, avec ses traditions et ses légendes, mais surtout ses notions d'honneur souvent bafouées par la folie des hommes.

Folio, septembre 2003 - traduit par Philippe Giraudon pour les éditions Gallimard jeunesse

20 janvier 2014

La Femme du Ve, par Douglas Kennedy

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Il y a encore quelques mois, Harry Ricks enseignait dans une université américaine et menait une vie tranquille. Aujourd'hui, il peine à survivre à Paris et loge dans une chambre de bonne minable. Son existence est devenue sordide, aussi se change-t-il les idées en fréquentant une soirée privée dans un quartier chic, où il fait la rencontre de Margit, une belle Hongroise, séduisante et cultivée. Leur liaison est passionnelle, mais dictée selon des règles strictes et mystérieuses (ils ne peuvent se voir que tous les trois jours, entre 17 et 19 heures).

Harry accepte, puis finit par s'interroger. Qui est-elle ? Comment expliquer aussi tous ces faits surprenants et ces coïncidences qui surviennent depuis peu dans sa vie, semblant résoudre soudainement, et comme par miracle, des soucis personnels ? C'est de plus en plus bizarre, finalement Harry va chercher à la confondre. Et puis, c'est une toute autre histoire qui nous éclabousse à la figure, qui nous renvoie dans nos filets et qui nous laisse abasourdi.

J'ai un gros problème avec les livres de Douglas Kennedy, je n'aime pas du tout ses personnages, que je trouve souvent lamentables, pathétiques et suffisants. Par contre, je dois m'avouer bluffée par la façon dont l'auteur manipule son lecteur, en brodant des histoires assez simplistes, mais qui parviennent à nous épingler. Cette fois encore, j'ai été complètement bernée. J'ai d'abord entamé ma lecture sans grande conviction, puis je n'ai eu qu'une envie : avancer dans l'histoire et en connaître l'aboutissement. C'est embêtant d'être une marionnette entre les mains d'un auteur qu'on n'apprécie pas forcément ! Mais passons.

Aux commandes de l'Audiolib, nous retrouvons Jean-Marc Delhausse, un comédien qui s'est déjà illustré à l'exercice [c'est la voix des romans d'Arnaldur Indridason] et qui réussit l'exploit d'agripper notre attention pour suivre les (més)aventures de l'américain Harry, un spécimen spongieux, qui s'encanaille en se justifiant, puis en culpabilisant à l'infini. Ce type est un gros nul ! Heureusement l'histoire n'est pas mal du tout, dans sa mécanique assez singulière et un peu déconcertante. L'auteur, lui, ne cesse de nous baratiner et on mord à l'hameçon. Un procédé habile, assez remarquable, je le reconnais avec amertume.

Audiolib, février 2008. Texte intégral lu par Jean-Marc Delhausse (durée d'écoute : 10h 30).
Traduit de l'américain par Bernard Cohen, pour les éditions Belfond.

10 décembre 2013

Destinée, de P.C. Cast & Kristin Cast

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Cette série devenue interminable, mine de rien, n'est pas avare pour nous servir des petites histoires sympathiques autour de Zoey Redbird et ses amis, tous unis contre un même ennemi : la très belle et puissante Neferet, qui dupe son monde et tisse sa toile dans l'ombre pour anéantir la Déesse Nyx. Sa nouvelle arme : un beau gosse du nom d'Aurox, qu'on sait être le Taureau Blanc (dangereux, très dangereux !).

Mais pas un seul soupçon de fourberie contre elle, alors qu'il est de notoriété publique que Neferet est la Peste incarnée et qu'elle ne “vit” que dans le but d'assouvir son ambition dévorante... Zoey a quelques doutes, la présence d'Aurox la perturbe, c'est seulement dans le dernier chapitre qu'elle comprendra pourquoi. (Par contre, je ne suis pas sûre d'adhérer à cette nouvelle perspective !)

Pour l'heure, Zoey est en plein deuil donc elle a la tête à l'ouest. Ses amis ont repris le chemin des cours, c'est lent, c'est plat, les jumelles se fâchent, Damien est déprimé, Aphrodite nous sort quelques réparties de sa cuvée, Lucie a gagné en puissance, Lenobia est tombée sous le charme d'un cowboy, Dragon le maître d'armes est aigri. Rephaïm et son père Kalona nous jouent un couplet tragico-comique cuisiné aux petits oignons (“tu es mon fils, tu m'as trahi”, “j'ai trouvé la lumière, trouvé l'amour, toi aussi tu peux montrer patte blanche”).

Whoop. De. Doo. Mais enfin, que se passe-t-il ?! Je n'ai pas eu l'impression qu'on avançait beaucoup dans la série, que l'action ici présente aurait pu se greffer à un autre tome. Et puis je reste persuadée que les 12 livres prévus par les auteurs relèvent d'un appétit gargantuesque, ou d'une certaine forme de mégalomanie, parce que c'est beaucoup trop ! On se lasse, la série traîne en longueur et l'action pêche un peu.

Tome 9 de La Maison de la Nuit - PKJ, juin 2013 - traduit par Julie Lopez

5 décembre 2013

Le Faux Prince, par Jennifer A. Nielsen

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Au royaume de Carthya, le roi Eckbert, son épouse et leur fils aîné Darius, héritier légitime du trône, viennent d’être assassinés, mais la nouvelle est encore tenue secrète pour éviter de semer le chaos dans le pays. Un homme, Conner, membre de la cour, va tirer profit de la situation en écumant tous les orphelinats de la région pour retenir quatre garçons et les emmener chez lui. Il va leur offrir une meilleure éducation, apprendre l'art de la guerre, monter à cheval, briller en société, se montrer rusé et perspicace en toutes circonstances, car Conner compte faire croire que l'un d'eux est en fait le fils cadet, le prince Jaron, disparu en mer quatre ans plus tôt. C'est ainsi que Saige, Roden, Lattamer et Tobias entrent dans cette course folle. Sitôt que l'un d'eux montre qu'il n'est pas intéressé, il est aussitôt exécuté d'une flèche en plein coeur. Pas de cérémonie. La partie qui s'annonce promet d'être tout sauf une partie de rigolade !

C'est plus particulièrement Saige que nous suivons et encourageons : ce garçon intrépide, surgi de nulle part, est un voleur et un menteur patenté, il est aussi effronté et buté car il n'a nullement envie d'entrer dans les petites combines de Conner. Cette forte tête a toutefois trouvé son maître, et il devra se plier aux ordres et aux règles sans tergiverser. Les élèves ne disposent, en effet, que de quinze jours pour leur formation. Qu'adviendra-t-il des “candidats” non retenus ? Parmi leurs épreuves, les garçons vont également rencontrer la princesse Amarinda, la promise du prince, et la tester lors de son bref passage au domaine de Conner, en se faisant passer pour des serviteurs à son service. Ce n'est pas la seule demoiselle au tableau, puisqu'il faudra aussi espérer d'une certaine Imogen un rôle à jouer dans la suite de ces aventures !

Complots, conspirations et révélations sont attendus au terme de cette lecture épique. J'ai toutefois trouvé qu'elle s'adressait avant tout à de jeunes lecteurs (niveau collège) dans sa narration très marquée (simpliste et virevoltante), son héros audacieux et son twist final (eh oui !). C'est aussi le premier tome d'une série en trois volumes. Une lecture sympathique, comme une bouffée d'air frais. 

Bayard jeunesse, novembre 2013 - traduit par Vanessa Rubio-Barreau

17 janvier 2014

Le songe d'une nuit d'automne, Tome 2 : Les quatre cours, de Lesley Livingston

*** Il s'agit de la suite de La neuvième nuit ! *** Risque de spoilers !

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Retour sur les amours tourmentées de Kelley et Sonny, forcés de vivre séparément des aventures mouvementées. Eh oui, l'auteur ne ménage pas sa peine et nous réserve quelques petites surprises, nous qui pensions avoir tout compris, tout cerné dans le 1er tome, nous voilà face à une intrigue toute chamboulée (avec de nouveaux dangers, des révélations fracassantes, de nouvelles alliances et l'introduction d'un nouveau prétendant).

Ceci ne laisse guère de place pour la mièvrerie, l'action prime, et les combats aussi... Sonny ne chôme pas. Il a une mission à boucler, s'il souhaite revoir sa dulcinée. Kelley, de son côté, se morfond à New York où elle prépare une nouvelle pièce de théâtre. Bien évidemment le manque de Sonny devient plus fort chaque jour, aussi tente-t-elle d'oublier son triste sort en faisant comme si le monde féerique n'avait jamais existé (et en acceptant de sortir s'amuser avec un autre, yepi !). De plus, elle a renié son héritage et doit lutter chaque instant pour résister aux appels intempestifs de ses géniteurs.

La demoiselle veut retrouver un semblant de vie normale, mais c'est sans compter sur les mauvaises rencontres dans Central Park, et plouf, elle débarque dans l'Outremonde (et revoit enfin Sonny !). Cela survient à mi-parcours, c'est un peu long, certes, les plus romantiques pesteront, personnellement je trouve qu'un peu de piment ne fait pas de mal à l'intrigue ! Et bingo, les retrouvailles virent à la débandade et je m'esclaffe.

Tout ceci nous conduira vers une issue fatale et déchirante, avec une décision très grave que devra prendre l'héroïne. Des lendemains difficiles sont à prévoir, à découvrir dans le dernier tome qui paraîtra au mois d'avril. En attendant, la série tient sa promesse de lecture doucereuse et charmante. L'ensemble est mignon et attachant, avec un univers sur la féerie vraiment bien développé, en somme je ne peux qu'adhérer !

Panini Books, coll. Scarlett,  septembre 2013 - traduit par Cécile Tasson

13 janvier 2014

22 Britannia Road, par Amanda Hodgkinson

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Quel joli roman, mais qu'est-ce qu'il est déchirant et bouleversant ! C'est l'histoire d'un couple polonais, Janusz et Silvana, qui se retrouvent en 1946 en Angleterre. Ils ont été séparés pendant sept ans, à cause de la guerre. Lui était soldat, réfugié à l'ouest, et elle était seule à Varsovie, forcée de se sauver dans la forêt pour protéger son fils, Aurek. Le récit alterne le passé et le présent, les épreuves de Silvana et celles de Janusz. Aucun des deux n'est sorti indemne de cette séparation, et aujourd'hui leurs retrouvailles ont un goût amer.

Janusz doit apprivoiser un fils qui le considère comme un étranger, Silvana n'est plus qu'une loque, mais elle est prête à tous les efforts pour le bien d'Aurek. Elle est encore dans l'optique de préservation et de mise en garde. Elle a quitté son pays, ses racines, sa culture pour en faire cadeau à Aurek, pour qu'il saisisse la chance d'une vie meilleure, en sécurité. Janusz aussi est obsédé par des fantômes, en particulier par une femme qu'il a rencontrée en France et qu'il a aimée follement.

On suit donc l'histoire de ce couple, brisé mais résolu de reconstruire ensemble l'idée d'un bonheur familial. C'est long, assez éprouvant. Par contre, c'est terriblement poignant. On vit avec eux leur parcours chaotique, cerné de non-dits, de douleurs muettes, de désirs éteints. Je ne pensais pas que cela allait me toucher autant. Certes, ce n'est pas une lecture guillerette, on a souvent le cœur lourd, on se sent triste et mélancolique. Malgré tout, on sort de ce livre avec la sensation d'une rencontre littéraire bouleversante et très attachante. Je ne regrette pas un instant !

Pocket, octobre 2013 - traduit par Françoise Rose pour les éditions Belfond.

9 janvier 2014

Quatre soeurs, Tome 2 : Hortense par Cati Baur, d'après Malika Ferdjoukh ❤

Ce n'est pas un rêve, non, non, il s'agit bien de la suite de la fabuleuse série de Malika Ferdjoukh, Quatre Soeurs, adaptée en bande dessinée par Cati Baur ! Trois ans que je l'attendais ... J'ai bien cru que le projet était tombé à l'eau. Heureusement, l'espoir a été récompensé et le résultat est top !

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Quand bien même le titre du livre porte sur Hortense, l'histoire n'est pas uniquement centrée sur l'avant-dernière de la fratrie, mais bel et bien sur toute la famille. Et quel bonheur ! Les filles Verdelaine se démènent pour rendre leur quotidien moins tristounet, avec toujours une petite pensée pour leurs parents (qui ont trouvé la mort dans un accident de voiture) et une farouche résistance envers la tante Lucrèce (qui a des oursins dans ses poches !).
Mais revenons à Hortense, complexée par sa timidité, qui meurt de trouille chaque fois qu'elle doit s'exprimer en public. Sa prof de français lui suggère une solution radicale et l'envoie prendre des cours de théâtre auprès du célèbre Zoltan Lermontov. Et là, c'est la révélation !
Dans le même temps, Hortense a croisé le chemin d'une petite voisine, au cours de ses longues promenades en solitaire, le long de la falaise. Il s'agit de Muguette, actuellement en convalescence, car la fillette est gravement malade. On ignore encore les causes de son mal, tant la vie à la maison est rugissante de petits et grands événements.
Car il souffle comme un vent de révolution à la Vill'Hervé : Bettina est folle amoureuse ... du livreur de surgelés ! L'ironie de l'histoire ? Le garçon n'a pas un physique de tombeur et notre petite bêcheuse a honte de s'afficher avec lui.
Quelle andouille, elle risque de s'en mordre les doigts !!!
J'ai déjà exprimé en long, en large et en travers tout le bien que je pensais de la série ET de l'adaptation par Cati Baur de l'univers de Malika Ferdjoukh : on n'aurait pu rêver mieux. C'est parfait, pile comme dans mon imagination, aussi poétique et magique, une pure alchimie qui enchante le lecteur.
Et vous, vous attendez quoi ? 

Rue de Sèvres, janvier 2014

9 décembre 2013

#8PM, par Jeff Sampson

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J'ai été agréablement surprise par ce roman, même s'il m'a demandé un peu de temps pour m'habituer à son histoire fort mystérieuse, j'ai fini par lui trouver un certain potentiel. Car malgré les petits défauts ci et là, je suis sûre qu'ils seront corrigés par la suite pour offrir une intrigue plus dense, plus palpitante. Pour l'heure, c'est la mise en bouche, on goûte, on tâte, on s'interroge et on attend. Emily Webb est une jeune fille de 16 ans, réputée calme, discrète et timide. Pourtant, tous les soirs, après 8 heures (8pm), elle se transforme en une fille délurée, en quête de sensations fortes, de rencontres et d'interdits à braver. C'est plus fort qu'elle, comme si elle était soumise à une incontrôlable pulsion, sa personnalité se dédouble. Ce n'est pas seulement gênant, mais inquiétant pour elle, car depuis quelques jours un tueur en série rôde dans les rues de la ville et a déjà fait deux victimes.

Il faudra toutefois un peu de patience pour dépatouiller le croustillant derrière l'amoncellement d'informations et autres spéculations que nous sert l'auteur en début de roman. Cela peut paraître brouillon, alors que cela a le simple dessein de planter un décor et de cerner le contexte. On peut cependant se satisfaire de l'humour particulièrement corrosif de la jeune Emily et du suspense prégnant de bout en bout ! Pour un avant-goût prometteur, c'est plutôt pas mal. La série s'annonce étonnante et excitante, en trois tomes, la suite est déjà disponible #8PM : Effets Secondaires.

éditions Milan, coll. Macadam, octobre 2013, traduit par Mim (Deviant : 1.Vesper) ♦ Déception pour la couverture & le titre français, j'ai une préférence pour la maquette de l'édition américaine (en un clic). 

8 janvier 2014

Le projet Bleiberg, de David S. Khara

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J'ai plongé tout de go dans cette histoire sombre, haletante et tout simplement passionnante ! Elle prend ses racines dans les années 40, au coeur d'une Europe ravagée par le nazisme, et se poursuit de nos jours, révélant un complot de l'horreur qui touche un type quelconque, Jay Novacek, un trader new-yorkais désabusé, qui brutalement voit sa vie menacée et pourchassée par de sinistres individus.

En route, il croisera Eytan Morg, un type au physique impressionnant, aux méthodes de combat redoutables et au passé bien mystérieux. Il devra aussi son salut à une charmante jeune femme, clone de Buffy, qui ne le quittera plus d'une semelle et devra assurer seule sa sécurité. Toutefois, leur mission pour rester en vie s'annonce ardue, dès lors que l'ennemi tombe le masque et a recours à des moyens d'intimidation contre lesquels il est difficile de résister.

Ainsi, chapitre après chapitre, on nous trimbale sans ménagement, d'un pays à l'autre, époque après époque, croisant les figures les plus viles et marquantes des manuels d'histoire. C'est qu'on ne s'ennuie pas un seul instant non plus, le rythme de lecture est vif, le récit est ponctué d'action, de retournements de situation, c'est intense, palpitant, pas mal du tout comme lecture divertissante. L'interprétation d'Emmanuel Curtil est nickel et colle à la trame nerveuse et captivante sans jamais frémir. Je n'ai pas vu le temps passer et me suis déjà procuré la suite des aventures, Le projet Shiro.

Audiolib, novembre 2011 - durée d'écoute : 6 h 30 - Texte intégral lu par Emmanuel Curtil. Disponible en format poche, chez 10-18.

6 décembre 2013

Game de Barry Lyga

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Jazz Dent est le fils du criminel le plus dangereux du pays, mais il a choisi de s'émanciper en traquant les tueurs en série pour les livrer à la police. Sa première collaboration avec le shérif de Lobo's Nod a permis d'asseoir sa réputation déjà bien sulfureuse ! Cette fois, c'est la police de New York qui toque à sa porte pour solliciter son aide. Un certain Hat-Dog est en train de semer la panique au sein de la cellule de recherche, peut-être Jazz parviendra-t-il à décrypter les scènes de crime, toutes plus glauques les unes que les autres, pour pister l'individu.

Très franchement, j'ai été scotchée par cette lecture - un thriller, un vrai - qui ne fait pas dans la dentelle, qui nous balade dans les méandres du crime en série, avec petite incursion dans l'esprit du pervers, hmm, c'est absolument noir de chez noir, mais les sensations fortes sont garanties. Jazz trime toujours pour se débarrasser de son héritage, il se sent oppressé et craint de porter en lui les mêmes gènes criminels, alors il se blinde derrière une barricade de cynisme, il élève un mur entre sa petite copine et lui, qu'il adore mais qu'il refuse de toucher pour ne pas basculer dans l'horrible tentation du Mal.

Cette mécanique peut paraître cinglée, néanmoins elle ne nous apparaît plus si farfelue dès lors qu'on plonge dans les tréfonds de son âme. Jazz est un survivant, son père est un malade, le pire c'est que celui-ci a pu s'évader et se promène dans la nature, pouvant surgir à tout moment pour lui pourrir la vie. Car Jazz est convaincu que son père attend dans l'ombre, espérant voir vaciller son rejeton, pour qu'il embrasse à son tour une carrière de criminel !

Oh oui, c'est tordu et lugubre, mais c'est bluffant. L'enquête policière est palpitante, avec descriptions peu ragoûtantes, détails sordides et abjects, demandez le programme, vous serez vernis ! On retrouve aussi les proches de Jazz avec grand plaisir, Connie sa dulcinée et Howie son meilleur pote, tous deux associés malgré eux dans une intrigue menée en parallèle. En somme, le rythme est bon, stressant, avec une véritable implication dans l'enquête, qu'on suit pas à pas.

J'ai nettement préféré ce deuxième livre, que j'ai trouvé meilleur, plus sombre, plus haletant. Le dénouement est glacial, avec grosse sensation de frustration au moment de refermer le livre (car il faut attendre le prochain épisode, et là je ne vous raconte pas l'angoisse !) ... *** Game est la suite de I Hunt Killers. ***

éditions du Masque, coll. MsK, novembre 2013, traduit par Marie Cambolieu

17 décembre 2013

Une robe couleur du temps - Tome 2 : Au palais de Marie Antoinette, de Bianca Turetsky

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Depuis sa première expérience en tant que Fashionista voyageuse (cf. A bord du Titanic), Louise pense avoir vécu un rêve éveillé ! Surtout que sa vie d'adolescente du XXIe siècle n'est guère aussi brillante - son père vient de perdre son job et doit annuler un voyage scolaire prévu à Paris. Louise est déçue.

Pour se consoler, et dans la perspective de l'anniversaire de son amie Brooke, Louise se rend à la nouvelle vente vintage de Marla et Glenda, au cours de laquelle elle se glisse dans une robe qui l'envoie au palais de Marie-Antoinette ! La jeune fille n'en croit pas ses yeux, elle incarne Gabrielle, la duchesse de Polignac, l'une des plus proches amies de la reine.

Pourtant, le Versailles de l'époque est loin d'être une destination idyllique. Si Louise baigne dans un univers frivole, au train de vie dépensier, à Paris les gens n'en peuvent plus d'être affamés et de payer des impôts. La révolution est proche, Louise tente de raisonner Marie-Antoinette, mais elle craint surtout d'être coincée au XVIIIe siècle car sa robe de Fashionista a disparu !

Que de charme, de candeur, de grâce et de splendeur dans cette série ! L'histoire est formatée pour séduire les jeunes lectrices, avec des références historiques réduites à l'essentiel (et sur certains aspects, calquées sur le film de Sofia Coppola). On parle aussi de crise et de problèmes d'argent, dans le but de “retenir les leçons du passé et profiter du présent”. C'est gentillet, très divertissant et surtout merveilleusement illustré pour faire profiter pleinement des toilettes décrites dans le roman.

Hachette jeunesse, coll. Bloom, juillet 2012 - traduit par Florence Bellot. Illustrations de Sandra Suy

1 septembre 2015

Dernière conversation avec Lola Faye, de Thomas H. Cook

Dernière conversation avec Lola Faye CD

Luke Paige, écrivain et enseignant, vient de conclure sa conférence lorsqu'il croise un fantôme de son passé en la personne de Lola Faye Gilroy. Cette femme était la maîtresse de son père, employée dans son drugstore. De cette liaison, a découlé un déchaînement de violence : le mari trompé a tué l'amant et l'épouse bafouée s'est éteinte à petits feux. Lorsque l'intrigante l'invite à prendre un verre, Luke ne se doute pas encore qu'il va s'engager dans une conversation interminable, où il va être bousculé et forcé à plonger dans ses souvenirs.

Pourtant, ses réminiscences vont peu à peu éclairer la tragédie familiale de façon stupéfiante. La construction du récit étant suffisamment astucieuse, on ne devine rien du tour que va prendre l'intrigue, dont les révélations ne vont jamais cesser de nous surprendre. J'ai aussi beaucoup aimé l'évocation du passé, ainsi que la peinture faite de Glenville, petite ville d'Alabama, où Luke a grandi en rêvant de de s'en échapper pour assouvir ses ambitions (intégrer Harvard). 

La lecture à huis clos est ainsi prodigieusement rendue par Marc Henri Boisse, pour Sixtrid, qui nous enveloppe dans un cocon et nous protège de l'onde de choc. On se situe au premier rang d'un drame en quatre actes, avec ses illusions perdues et ses failles sidérantes, et où le plus pourri n'est naturellement pas celui auquel on pense tout d'abord. C'est d'une grande finesse, franchement captivant. D'une tension psychologique redoutable, à lire comme un roman à suspenseUne vraie réussite. 

Sixtrid / Mars 2015 ♦ Texte lu par Marc-Henri Boisse (durée : 8h 23) ♦ Traduit par Gérard de Chergé (The Last Talk With Lola Faye)

 

Dernière conversation avec Lola Faye

Disponible en poche / Points, coll. Roman Noir, juin 2014

 

26 juin 2015

Temps Glaciaires, de Fred Vargas

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C'était grandiose, un retour tant espéré qui ne m'a franchement pas déçue ! J'ai adoré du début à la fin, ou comment une simple lettre suspecte va conduire nos enquêteurs sur une série de meurtres déguisés en suicides, avec une simple guillotine en guise d'indice, passant par un voyage touristique en Islande, des drames et des larmes, et pourquoi pas un vengeur masqué et des victimes paniquées ?! 
Fred Vargas pousse toujours plus loin ses excentricités en nous emmenant également chez les Amis de Robespierre, lesquels se réunissent en costumes d'époque et rejouent les scènes clef de la Terreur dans un souci d'authenticité sidérante. Danglard y grappille une certaine prestance, jusqu'à entrer en sécession avec les lubies de son chef, entortillé dans une “pelote d'algues séchées”. 
L'effet est terriblement efficace, intelligent, rusé et drolatique. Les personnages sont la preuve que la finesse et la dinguerie sont un alliage tout à fait plausible !
J'ai donc savouré leurs réparties et leurs fantaisies, “On s'est fait promener comme des billes !”, de bon cœur. C'est inimitable, mêlant digressions inextricables, humour farfelu et personnalités décalées. Une lecture atypique, obsessionnelle, fiévreuse et azimutée. Incontournable.

Audiolib / juin 2015 ♦ Texte lu par Thierry Janssen (durée : 12 h 53) ♦ T. Janssen reprend du service pour Audiolib et Fred Vargas, et ce n'est pas piqué des vers ! Interprétation remarquable, en parfaite corrélation avec l'esprit complètement à l'ouest des personnages et de l'histoire. 

- Pourquoi, quoi qu'on fasse, nous prend-on toujours pour des flics ?
- À cause de notre regard perverti, de notre vigilance hors de propos, de notre suspicion, du pouvoir qu'on croit détenir, d'une offensive que chacun sent possible. Question de phéromones, l'habit ne fait pas le moine.
- À propos d'habits, est-ce vous, Danglard, qui nous avez hier soir photographiés en tenue de députés du XVIIIe siècle ? Et qui avez diffusé ces images sur les portables de tous les agents de la brigade ?
- Parfaitement. Je nous trouvais très honorables.
- Mais tous ont ri.
- Le rire est une défense contre ce qui impressionne. Vous avez, je vous le signale, beaucoup plu. Froissy est tombée amoureuse de vous dès 9 h 20 du matin. Cela perturbe la vision habituelle qu'ils ont de vous. Hommes ou femmes.
- Très bien, Danglard. Et qu'est-ce que j'en tire ?
- De l'ambiguïté.
Adamsberg avait l'habitude de rester sans réponse aux répliques de son adjoint.

12 décembre 2013

Le Cercle des confidentes, 1. Lady Megan par Jennifer McGowan

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Londres, 1559. Meg Fellowes, 17 ans, comédienne de la troupe de la Rose d’Or, est arrêtée pour vol et se sait condamnée à la potence. Pourtant, on lui propose une alternative : accepter de faire partie d’un groupe de demoiselles d’honneur très spéciales - des espionnes au service de la reine Élisabeth d’Angleterre. Meg est chargée d'être les yeux et les oreilles de la souveraine, auprès de qui elle doit faire un rapport sur tout ce qu'elle entend et voit (la jeune fille est dotée d'une mémoire exceptionnelle, elle est notamment capable de réciter une conversation entière en espagnol alors qu'elle n'y comprend goutte).

Mais les intrigues de la cour sont nombreuses, fourbes et tordues. Meg doit jouer sur plusieurs fronts et se retrouve forcée de faire des choses qui vont à l'encontre de sa conscience (trahir ses amis, espionner la reine elle-même, avoir un faible pour un courtisan peu recommandable). De plus, elle a appris que la précédente jeune fille qui avait tenu son rôle a été assassinée au cours de ses fonctions, de quoi lui donner le tournis et quelques frayeurs supplémentaires. Meg vient de pénétrer dans une arène cernée de dangers, d'interdits et de mensonges.

Superbe introduction d'une nouvelle série historique alliant charme et mystère (dans la même veine que The Agency de Y.S Lee ou La maison du magicien de Mary Hooper) ! La lecture rassemble une intrigue efficace, avec du suspense et de l'espionnage, des trahisons et des complots politiques à foison. L'héroïne est une fonceuse, qui ne doute de rien et qui fait aussi preuve de droiture et de noblesse du coeur. Par contre, l'action est assez lente, l'histoire est ultra détaillée, compacte et parfois confuse, elle est également ralentie par des éléments insignifiants (les discussions, les leçons, les passages secrets à débusquer...). C'est un ensemble, certes, mais c'est générateur d'une pointe d'ennui à mi-parcours du livre.

Sans quoi, l'intrigue amoureuse, aussi minime soit-elle, est mignonne et croustillante, il me tarde d'en connaître les développements dans les prochains tomes à paraître ! Car cette série est attachante, riche d'un contexte historique qui refuse de faire tapisserie. Quelques défauts seront à corriger, sinon c'est très bien pour un début ! Cela donne envie d'en lire un peu plus...

éditions Milan, coll. Macadam, septembre 2013 - traduit par Marie Cambolieu

14 octobre 2013

Charly 9 (Audiolib) lu par Emmanuel Dekoninck

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Le roi Charles IX est tristement célèbre pour avoir proclamé le massacre de la Saint-Barthélemy.
Dans cette histoire, nous le découvrons jeune, peu sûr de lui, hésitant. Ses proches lui mettent la pression pour faire un peu de ménage, à l'occasion du mariage de sa soeur Marguerite, censé célébrer la réconciliation des catholiques et des protestants, donc sa mère (Catherine de Médicis) menace de rentrer chez elle, son jeune frère est animé d'une ambition dévorante et assomme son aîné de réflexions méprisantes, ses conseillers mettent sur le tapis un complot ourdi par les protestants visant à éliminer la famille royale.
Il n'est guère temps de tergiverser, il faut agir !
Mais cet acte sera lourd de conséquences, car le jeune Charles IX va être complètement traumatisé par cette nuit cauchemardesque. On la découvre simplement au lendemain, avec les rues baignant dans le sang, via aussi des scènes de corps déchiquetés exposés au public, de corps bouffis flottant dans la Seine...
La description du désastre est assez saisissante de réalisme et de détails horribles.
Les mois ainsi vont passer et Charles IX va sombrer dans une douce folie. Entre hallucinations, mauvais rêves, prise de conscience d'avoir été manipulé, le roi n'est plus que l'ombre de lui-même.
Ce triste spectacle nous est livré sans fausse pudeur, mais la verve de l'auteur rend finalement la lecture plus aisée à encaisser. Certes, l'histoire n'en demeure pas moins sordide et amère mais le ton pittoresque permet aussi une distance appréciable, et bénéfique. Il faut aussi opter pour la version Audiolib, qui est truculente et vivifiante à souhait. Emmanuel Dekoninck conte avec brio les violences d'un XVIe siècle déchiré par le fanatisme et les ambitions. La mise en scène est parfaite, absolument bluffante et quasi dépaysante.
Ce roman nous dévoile aussi les mœurs de l'époque, les origines du muguet offert au 1er mai, les plaisanteries du 1er avril, le jour de l'An fixé au 1er janvier. On croise aussi des figures insolites, comme le poète Ronsard, la reine Margot ou le futur Henri IV, présenté ici avec son fort accent béarnais et une odeur corporelle à faire tourner de l'œil !
De sympathiques détails qui permettent d'oublier un bref instant le portrait affligeant de ce roi victime de son destin.

Audiolib, avril 2011 - texte intégral lu par Emmanuel Dekoninck, durée : 4 h 32

6 novembre 2013

“Everyone’s got secrets, Jem. It’s what makes people interesting.”

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Tout commence un soir de fête, des ados qui se lâchent sur la boisson, qui abandonnent leurs inhibitions, qui se roulent dans les fourrés, qui tombent dans les vapes et se débattent avec un inconnu à leur réveil. Ce soir-là, Jem a eu la trouille de sa vie et a catalogué Stuart Hicks de gros obsédé. Comme elle a perdu de vue son meilleur pote, Kai, elle est rentrée seule chez elle.

Les jours d'après, c'est le drame : Kai s'est suicidé. Il n'a pas supporté d'avoir été humilié publiquement parce qu'il était homo. Jem, effondrée par la nouvelle, décide de le venger. Pas de doute possible, pour elle, Stuart et sa bande sont dans le coup. Elle élabore alors un plan en trois étapes : se glisser dans leur Groupe Populaire, devenir l'une des leurs, se faire apprécier et gagner leur confiance. Après quoi, ça va saigner.

C'est avec une consternante facilité qu'elle va ainsi franchir tous ses objectifs, non sans une certaine perplexité car elle se surprend à apprécier son nouveau statut, tout en gardant à l'esprit que ses rapports avec ses nouveaux amis sont faux, calculés, animés par une haine farouche. Pas facile de s'y retrouver, surtout quand la demoiselle décroche la timbale en conquérant le tombeur de la bande. Pourquoi faire simple ?

Ce roman, à la construction habile et redoutable, a su me tenir en haleine jusqu'au bout ! Par contre, c'est moins dans le souci de connaître la vérité (devinée depuis le début), que dans l'optique de connaître la suite logique du plan de l'héroïne. En tant que lecteur, on s'interroge, on doute, on attend... Quel carnage lorsque les masques vont tomber ! Mais ira-t-elle réellement jusqu'au bout ? Ne va-t-elle pas se laisser convaincre que l'amitié et l'amour sont de nouveau à sa porte et lui offrent une seconde chance ?

Je crois que ce roman, aux accents doux-amers, n'a pas envie de nous offrir des solutions faciles et c'est ce qui gratouille à la fin. La mise en scène est impeccable, les thèmes abordés sont des sujets lourds et sensibles (la sexualité, tout particulièrement) et les personnages nous offrent un patchwork de leurs bons et mauvais côtés. Impossible de se ranger pour l'un ou pour l'autre, c'est un gâchis collectif, qui vous laisse une sensation d'immense frustration. Très bon roman !

Revanche, par Cat Clarke (Robert Laffont, coll. R, octobre 2013 - traduit par Alexandra Maillard) 

8 novembre 2013

Piège nuptial (Audiolib) lu par Tony Joudrier

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Nick, journaliste américain, s'offre un road-trip dans le désert australien, à bord d'un vieux combi VW. Première règle à savoir : ne jamais conduire la nuit, à cause des kangourous. Mais il existe un autre danger venant de la route, comme une blonde et divine auto-stoppeuse, du nom d'Angie, tout droit débarquant de son petit patelin, Wollanup. Nick ne se doute pas que cette créature est en quête d'un mari et qu'il va plonger droit dans un cauchemar sans nom.

Il faut que je vous avoue que je n'avais jamais lu Douglas Kennedy de ma vie et mon idée de cet auteur à succès était complètement biaisée ! Aussi, quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'ai réellement découvert son univers. L'histoire ici présente est en effet sombre, glauque et poisseuse. On baigne non seulement dans le sordide, on s'enfonce carrément dans l'horreur et l'indicible. Oubliez la carte postale idyllique d'une Australie envoûtante, à moitié sauvage et glamour. Cette invitation au voyage va se révéler étouffante, accablante, et pire encore.

C'est ce qui explique aussi pourquoi le lecteur en reste coi, ne quitte plus sa place et veut aller jusqu'au bout pour connaître le dénouement de ce délire absolu. L'auteur ne ménage pourtant pas ses efforts pour nous bousculer et nous dégoûter, mais on est à notre manière pris au piège, scotché par cette fascination du pire : personnages ravagés, coincés dans une communauté qui vit en autarcie, tous des rustauds abrutis par l'alcool et le sang, soumis à un régime de violence et de haine...

Comment vous expliquer ? C'est rude, c'est moche, ça fout le bourdon ... mais c'est bluffant. J'ai lu ce roman d'un traite, écouté tout en frémissant la voix rauque de Tony Joudrier, pas pipé un mot durant ma lecture marathon, avant de m'en dégager en hoquetant, puis en respirant un grand coup de soulagement ! Fichue rencontre.

Audiolib, janvier 2009 - lu par Tony Joudrier, durée : 6 h 30
Nouvelle traduction par Bernard Cohen du roman paru sous le titre Cul-de-sac.

2 décembre 2013

Cinq jours, par Douglas Kennedy

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Laura est mariée à Dan depuis de nombreuses années, et pourtant elle ne se sent ni heureuse ni épanouie. Elle mène sa vie professionnelle avec application, elle adore son travail et pourtant là aussi elle commence à flancher. A force de côtoyer tous les jours la détresse des autres (elle est technicienne en radiographie), Laura a le sentiment de devenir transparente.
Elle a aussi pris à bras le corps la dépression nerveuse de son fils, a supporté la neurasthénie de son époux, humilié d'être au chômage. Le temps passant, Laura a accumulé le stress et la morosité des autres et a fini par ne plus se soucier d'elle-même.
Lors d'un weekend à Boston, elle rencontre Richard, agent d'assurances, marié et père de famille lui aussi, un type au physique ordinaire, qui l'aborde, la touche, lui parle. Tous deux ont d'abord un déclic intellectuel. L'un et l'autre vouent une passion pour les mots et la littérature et blablatent des heures durant sur leurs connaissances, leurs frustrations aussi, car jamais auparavant ils n'avaient pu exprimer leur érudition avec autant de liberté.
De fil en aiguille, les sentiments vont apparaître. Et ainsi, ils vont vivre une liaison fusionnelle, passionnelle, intense.
Fin de l'histoire ? Pas vraiment.
Car l'histoire est terriblement banale, nous faisant comprendre que la raison reste plus forte que la passion, que nos vies sont vouées à demeurer dans leur petite case, bien cloisonnée. Inutile de rêver en sortir. Il y a le poids de la famille, des proches, de notre éducation aussi ... Tout ça fait qu'on demeure paralysé plus souvent qu'on ne le voudrait.
A vrai dire, je n'ai pas beaucoup accroché à cette histoire, que j'ai trouvée lente, longue et barbante.
L'ennui, dans ce livre, c'est l'accumulation de clichés, les dialogues plats, le besoin d'étaler une bonne couche de culture qui sonne faux, l'impression d'être en retrait de cette histoire, tristement banale de surcroît, avec des personnages ternes et ordinaires, qui se jettent dans une passion amoureuse laquelle ne nous fait pas rêver une seconde.
L'interprétation de Rafaèle Moutier est jolie et délicatement sensuelle, mais un peu moins convaincante dès qu'il s'agit du personnage de Richard (quel pédant, ce type ! et pourtant quel lâche ! ...). En clair, autant j'ai pu être touchée par la partie féminine, la sensibilité de Laura, autant j'ai été agacée par ce type médiocre, frileux, qui bombe le torse avant de se défiler au moment opportun (tout ce qui m'insupporte !).
C'est triste et tellement pathétique dans l'ensemble. Ce n'était franchement pas le livre qu'il me fallait lire en ce moment (la maladie, la morosité, le constat d'échec, et tout ça). Je n'en pouvais plus d'arriver à la fin ! Par contre, aussi bizarre que cela puisse paraître, j'ai tout de même voulu aller jusqu'au bout de l'histoire, même si j'ai survolé des passages de temps à autre. Comme quoi ! Ce livre renferme peut-être un pouvoir de fascination morbide... 

Audiolib, novembre 2013 - texte lu par Rafaèle Moutier (durée d'écoute : 10 h 31) - traduit par Bernard Cohen, pour les éditions Belfond.

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