13/06/07

Le train de 5h50 ~ Gabrielle Ciam

"Le train de 5h50" fait partie de ces petits livres de quelques pages qu'on lit en peu d'heures et qui vous submerge d'émotions farfouillées. Le titre ressemble à une intrigue d'Agatha Christie et fait vaguement "roman de gare" (haro sur le jeu de mots...) mais on s'y trompe complètement ! En fait l'auteur va user d'un rare talent à peindre un désir fugace, une envie violente et une lascivité étonnante sans entrer dans des scènes torrides d'acrobaties sexuelles. Il suffit d'une femme et d'un homme, tous deux prennent le train du petit matin, celui de l'aurore où les paysages et les gens sont encore endormis. Et puis, "elle le regarde, il la regarde le regarder. C'est comme ça que les choses commencent entre eux."
Des échanges de regards, des effleurements, des attouchements avec les mains, les jambes, les pieds... Jamais un baiser échangé, ni même une parole. Leur relation est sensuelle et intense, elle dégage un érotisme surprenant où l'auteur a misé sur l'atmosphère et la sensation au lieu du déballage décadent. Et le résultat est épatant : c'est judicieusement poétique et torride, suggestif et langoureux. Gabrielle Ciam réussit un pari audacieux : oser décrire l'indicible, l'attirance des corps et la volupté en des termes propres et mesurés. L'ensemble est osé, impudique mais juste.
De plus, elle ose le vécu alterné en se mettant dans la peau de la femme puis de l'homme. Où l'on découvre le portrait d'une femme moderne, libertine, réservée mais pas timide, et qui ose sans brusquer. "Elle ne se fixait pas, quittait souvent, était quittée. Elle était en fait une femme très libérée et très seule, mais elle gardait un peu de ses amants dans ces habitudes vestimentaires qui la définissaient de plus en plus, l'affinaient même, faisant d'elle une femme désirable et désirée." Lui est un homme marié depuis vingt ans, il est heureux, toujours amoureux de son épouse mais cette rencontre va le bouleverser et chambouler son univers. Ils sont l'un et l'autre l'inconnue ou l'homme du train. Ils se plaisent et cette ébauche de relation amoureuse égale tous les rapports jamais imaginés entre un homme et une femme.
Gabrielle Ciam signe un roman tendre, au langage parfois cru et audacieux. Une très belle mélopée se dégage de ce "Train de 5 h 50" ...

juin 2004

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12/06/07

Allumer le chat - Barbara Constantine

Alors voilà : j'ai été fort surprise de rencontrer autant d'opinions positives et engageantes sur un même roman qui est, encore plus invraisemblable, le premier d'une illustre inconnue !

Ce roman est donc celui de Barbara Constantine, "Allumer le chat", et vous êtes nombreux à avoir bafouillé un avis à son sujet :  Bernard du Biblioblog Papillon  / Tamara  / Cinema ParadisoCuné  / Fleur, d'Encore un petit bout de moi  /Cathulu  / Loupiote / Nina  /  Véro de Lecture & Ecriture / Gachucha  ... (Je m'excuse pour ceux ou celles que j'oublie, mais mon ami google a été le guide de mes recherches, c'est donc sa faute à lui ! )

allumer_le_chatPourquoi ajouter ma voix à ce concert de louanges ?  (ok, un intrus s'est glissé dans la foule, un petit couac fort intéressant à découvrir ... et un peu grâce à cela, j'ai pu recevoir ce livre et le découvrir derechef ! ... merci à Ma Dame ! )  J'ai donc longuement hésité à tartiner ce roman avec tout le miel, toute la guimauve et toutes les autres sucreries qu'il mérite. On a déjà tout dit, y'a plus qu'à ... maintenant ! Alors moi, ce que j'en dis ... c'est encore et toujours la même chose.

Ce livre est drôle, décalé, déjanté. Ce livre surprend, étonne, détonne. Ce livre est un cocktail étourdissant de bonne humeur, de simplicité, de gouaillerie. Bref, ce livre a opéré un effet grisant et exaltant sur moi. Oui, j'avoue : j'ai été emballée par cet "Allumer le chat" dont je commençais un peu à me méfier du chorus des louanges.

Ce qu'il y a de sympathique dans ce roman, c'est son audace, son franc-parler, son humour ravageur et ses personnages cocasses, mal embouchés mais attachants. La spirale unissant leurs vies et leurs destinées est également ingénieuse. Quand en moins de 50 pages, ça calanche à tout-va et donne droit à de nouvelles scènes truculentes, avec amours naissantes, amitiés brinquebalantes, secrets de famille dévoilés, et j'en passe... Le lecteur peut déjà s'attendre à être séduit.

Prenez un chat qui paresse des journées entières sous la barbe de Raymond, foncièrement agacé par l'animal et qui décide de lui envoyer quelques billes dans le postérieur. Or, ce sont finalement les lapins qui trinquent et un petit-fils prénommé Rémi qui déboule dans la vie de ce Raymond, grand-père bougon, qui grogne plutôt qu'il ne mord, et de Mine, mamie modèle et moderne. 

Le petit souffre d'eczéma. Sa mère Josette n'en peut plus d'avoir un enfant repoussant et l'envoie donc chez les grand-parents en espérant un miracle. Raymond a la réputation d'être un fin guérisseur, en plus d'un peu d'amour, la décoction pour la guérison semble tout à fait promise ! Le temps que cela s'apprivoise, l'histoire continue de tourner : un chien rend l'âme, suivi par deux, trois bonhommes et d'un cerf. Sale temps pour les bêtes à cornes, pas un jour à sortir, non vraiment pas ! ...

Et le roman va continuer d'estourbir le lecteur ancré à cette histoire. Cela peut paraître sans queue ni tête, mais justement cette folie est le bon grain de l'ivraie ! Pensant ne pas aimer, j'ai donc été enchantée par cette lecture, commencée par hasard pour finalement être lue d'une traite ! Les chapitres étant nombreux mais très courts ont donc filé à toute allure.

Je crois que tous les personnages ont su me toucher, me tirer des larmes de joie car l'auteur a ce don de la formule, sans y toucher mais qui fait mouche. Même dans les pires situations, comme un enterrement, on n'hésite pas à déplumer les parents de leur chagrin car, après tout, ils se sentent bien débarrassés de leur crétin de fils qui a saccagé le cachet de leur maison !

Bien vu, bien dit, bien écrit, bien pensé ... bref un bon roman à lire pour rigoler un bon coup ! (Attention ! il est permis de ne pas aimer ! )

A conseiller, dans le même registre : Vu, de Serge Joncour.

Le blog d'Allumer le chat (qui va bientôt fermer ses portes, dixit l'auteur)

Calmann Levy - 258 pages - Janvier 2007.

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Les filles ~ Geneviève Brisac

"Nouk a décidé de planifier la guerre. Elles minutent, avec Cora, quelques escarmouches légères. Si aucune jeune fille ne peut rester, si toutes elles fuient, ou meurent, il n'y en aura plus. Donc être atroces. A tout instant, invivables." L'esprit retors de Geneviève Brisac se met en branle : pour son premier roman l'auteur impose déjà ses personnages fétiches, à jamais présents dans le reste de ses romans. Pour "Les filles", Nouk, Cora et le Bébé sont de jeunes enfants redoutables. Elles ne veulent plus de nourrice, c'est décidé. Lorsque Pauline débarque un matin, ses heures sont comptées. Avant elle, il y avait eu Maryse qui était cruelle, cinglante et violente. Elle est partie, on dit d'elle qu'elle est morte juste après... mais Pauline n'en saura pas plus. Déjà l'ambiance est assez glaçante, les filles sont trop intelligentes, elles pensent beaucoup, s'expriment peu ou ont des mots terribles. Ce sont des coeurs de béton armé, surtout Nouk. La jeune fille a décidé de créer une symbiose avec Cora comme un couple de jumelles. Et puis tout va se fissurer : une mort atroce dans un square, une séparation, un deuil et la maladie ... bref le roman ne se contente pas de lapider la nurse, l'histoire est morbide dans l'ensemble. Geneviève Brisac signe son premier livre d'une plume très sèche, par mots hâchés, le rythme général est saccadé, parfois l'on croit à des phrases coupées net. Point à la ligne. C'est aussi ironique, cruel, parfois drôle et moqueur. Franchement ce livre détonne : c'est une entrée en matière assez perturbante dans l'oeuvre de Geneviève Brisac; je le recommande essentiellement pour ceux qui apprécient l'auteur. C'est aussi un judicieux complément à "Petite", son deuxième livre, où l'on découvre le martyr de Nouk devenue anorexique.

juin 2004

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Dissection du mariage ~ Elisabeth Butterfly

Cette "Dissection du mariage" d'Elisabeth Butterfly met en avant une jeune femme à la plume bien affûtée. Son personnage de roman est un être dont l'intelligence le rend à la fois fascinant et abject. Aimer Balzac à ce stade ! Et vous, que vous inspire cette citation : "Un homme ne peut se marier sans avoir étudié l'anatomie et disséqué une femme au moins." ? Extraite de la "Physiologie du mariage", cette phrase est prise au pied de la lettre par le narrateur qui s'arme pour toute science d'un scalpel bien aiguisé ! Elisabeth Butterfly signe un roman sympathique, bien fourni d'allusions balzaciennes et autres éruditions qui rendent son histoire très cohérente et pertinente. Un régal.

juin 2004

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11/06/07

Lolito, Go Home ! ~ Elisabeth Butterfly

C'est avec ce tout premier roman qu'Elisabeth Butterfly méritait d'être remarquée et saluée. Déjà sa plume dessinait de jolies pirouettes au travers d'une ravissante et jeune narratrice qui débarque à l'université de Cambridge en escarpins Prada. "Lolita, go home !" est le parcours presque initiatique d'une jeune française sur les traces du célèbre Nabokov. Une rumeur court à son sujet, un secret, une légende que des étudiants ont tenté de percer... en vain. "Lolita, go home !" ressemble presque à un roman universitaire, tant les références sont fructueuses, riches et croustillantes ; le plaisir est indéniable. Elisabeth Butterfly, forte de sa propre expérience de diplômée de Cambridge, trace d'une main très habile les couloirs de la célèbre université où traîne son héroïne contemporaine et butineuse. On la suit avec bonheur. Car le mystère est grand, le danger aussi... (qui sait ?).

juin 2004

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Le poids de la neige ~ Ariane Gardel

Comment parler de l'indicible mystère de ce roman, "Le poids de la neige" d'Ariane Gardel ? Une écriture feutrée, un voile de douceur et de nostalgie qui s'immisce entre les mots de l'auteur, et cette touchante héroïne, Anne, bouleversante dans toute sa pudeur et sa franche confession...
Anne entre à l'hôpital pour quelques examens obscurs, elle est enceinte. Dehors, le temps est à la tempête de neige. C'est angoissée qu'elle pénètre dans l'enceinte de l'hôpital, marquée par son enfance, sa mère et ses séjours à rallonge jusqu'à son décès et l'éternel regret de n'avoir pas su, à ce moment-là... N'avoir pas su dire son amour, sa compréhension et sa compassion.
Parallèlement, Anne se souvient de son petit copain Max, un petit voyou, puis sa passion dévorante pour Arthur... et son amitié avec Félicien.
Et puis les anecdotes de son séjour à l'hôpital : le ballet des infirmières, Alice qui lui rappelle sa mère, le jeune homme chargé du ménage, monsieur Javel, le médecin chef et son interne, la vieille dame du troisième qui aime trop les livres et perd la tête...
L'histoire d'Anne est ponctuée avec les éclairs de souvenirs du présent, du passé et par le discours muet à cette maman disparue tôt et subitement. Une petite phrase, au hasard du roman, résume l'acmé du roman : "Le bonheur n'est là que par instants fulgurants."
Oui, Anne a grandi et ses fantômes l'accompagnent. C'est ainsi, haussement d'épaules.

Portrait très sensible d'une jeune femme délicate, un regard subtil et nuancé de son apprentissage sentimental, "Le poids de la neige" est un petit roman poétique et poignant. Une invitation tendre et douce pour quelques heures de lecture percutante. D'un paragraphe à l'autre, on saute dans un moment de la vie d'Anne. C'est dit en peu de mots, c'est direct et efficace.

juin 2004

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10/06/07

Sept jours ~ Valentine Goby

"Sept jours" est un roman assez pesant. L'histoire parle d'un moment grave: la mort d'un parent et la réunion des enfants pour le partage des biens. Une heure pénible, difficile et douloureuse, parfois source de conflits et de heurts. Dans le roman de Valentine Goby, tous ces sentiments sont couvés, étouffés vainement. Chacun des frères et soeurs est enfermé dans son chagrin et son incapacité à communiquer. Le deuil révèle (et réveille) des souffrances enfouies et les remet au goût du jour. Triste choix de mise au point ... En sept jours, Louise, Laure, Matthieu et Xavier vont tenter de jouer cartes sur table. Tentative maladroite et qui va meurtrir les plus sensibles...
Bref, "Sept jours" est un roman méticuleux et juste, "dont la force ne se montre pas : un récit tout en nuances, qui est moins là pour dénoncer les turpitudes de l'âme humaine que pour en montrer les méandres, les incertitudes et le retournement toujours possible de situations." . D'une grande sagesse, d'une jolie poésie et d'un émotion concentrée.

juin 2004

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05/06/07

La fille du rang derrière - Françoise Dorner

fille_du_rang_derriereNina est mariée à Roger et mène une petite vie étriquée qui perd son goût du bonheur au fil des jours qui passent. Enfin, c'est plus vicieux car c'est Nina qui se tourmente du silence de son homme, de son rythme acharné à travailler pour leur kiosque à journaux et vient l'instant critique où Nina pense que l'étincelle s'est éteinte, faute à la lassitude, aux habitudes, au temps qui fâche. C'est en se plaçant dans des situations cocasses et coquines que Nina va avoir l'opportunité de comparer la passion de son couple à ce qu'il est possible d'éveiller, ou de raviver !
Bref, elle va décider de suivre son mari au cinéma et de prétendre être une autre femme. Et l'étonnement ne manque pas car Roger va se laisser étourdir par cette étrangère ! Nina va vivre un calvaire effroyable car cette "fille du rang derrière" lui offre sur un plateau un mari tout neuf qu'elle redécouvre et aime à la folie, mais inversement elle se sent blessée et inquiète d'avoir un mari capable de perdre les sens pour une inconnue !
Alors l'histoire n'en finit pas de nous surprendre, à suivre cette Nina désoeuvrée et touchante dans sa quête de l'amour. Françoise Dorner ne donne jamais à son héroïne matière à s'épancher, bien au contraire ! C'est tonique, excitant et inattendu. Le sujet est plus dense qu'en apparence et, sincèrement, c'est tout à la fois : grave et léger, mélancolique et drôle. Très sensible, comme le prouve aussi son deuxième roman "La douceur assassine". Mais le roman a cependant manqué d'un léger plus pour remporter totalement mon adhésion.

125 pages. Paru chez Albin Michel en mars 2004. Format Le livre de Poche, en Août 2006. Prix Goncourt du premier roman 2004.

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30/05/07

Petite ~ Geneviève Brisac

"Je vis avec la faim, je la mate, je la dompte, je l'apprivoise, je l'endors. Après avoir été cruelle, elle se calme toute seule, il suffit d'attendre. Je sais qu'un bonbon la trompe. J'aime la sentir toute la journée, juste en dessous du plexus, un courant d'air qui me réunit à l'air du ciel. Je considère que la faim me donne une énergie immense, une légèreté de sarcasme. Mes pieds ont moins à porter, et même si la surveillante générale m'a dit que j'étais longue comme un jour sans pain, et qu'on me trouvait désormais agressive et méchante - alors qu'il me semble ne dire quasi rien à personne et passer comme une danseuse - je suis fière de mon entreprise. J'allège le monde."

Nouk a un problème : elle a treize ans et décide de ne plus manger, de ne plus avoir faim, de ne plus grandir. Pourtant Nouk est une fille brillante et très intelligente. Mais son mal pousse en elle, d'abord sans éveiller de soupçon ni de crainte, pour finalement aboutir à des crises de larmes, des affrontements avec ses parents, les médecins, jusqu'à tenter de guérir de cette terrible maladie. L'anorexie. Difficile d'y mettre un nom pour ces adultes qui n'y comprennent pas grand-chose, qui se trompent sur ce qui se trame dans la tête de Nouk, pour eux elle est bien trop jeune pour penser aux modes et à la beauté (le mannequin Twiggy est très en vogue durant ces années 60). Pour Nouk ce contrôle de la faim et de son corps va bien au-delà de ces futilités. C'est son petit cheval de bataille contre des démons qui l'animent et l'habitent. Mais personne ne peut comprendre. Alors très vite le drame va commencer. Elle va perdre la confiance des siens, être enfermée dans un centre hospitalier et réapprendre les gestes essentiels à sa survie. Car Nouk est en danger de mort mais elle ne le sait pas ...

"Petite" c'est toute cette histoire d'une adolescente intelligente et douée qui cesse de s'alimenter du jour au lendemain. "Petite" c'est toute l'histoire d'une anorexie qui empoisonne une existence et une vie de famille. Geneviève Brisac parle à travers la petite Nouk qui confie ses états d'âme, ses victoires, ses résolutions et ses angoisses. "Petite" est une histoire poignante, détaillée et finement construite. L'auteur prend un soin particulier à décrire la maladie et sa perversité, à souligner que Nouk n'est pas folle ni méchante, qu'elle ne fait pas exprès, qu'elle ne veut pas torturer sa famille, ni se rendre intéressante. C'est un mal qui ronge le corps et l'ossature de la jeune fille, mais pas seulement. "Petite" en révèle toute l'étendue ...
C'est joliment écrit, finement exprimé, surtout à travers la voix de la jeune Nouk de treize ans. Il est juste (un peu) dommage de hâter la fin, notamment avec le passage des années, ce qui rend la fin du roman un peu hoquetante. Mais Geneviève Brisac possède un véritable talent d'écrivain qui se confirme de lecture en lecture.

"Quelquefois les livres vous aident plus que n'importe quoi."

mai 2004

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26/05/07

Je vais bien, ne t'en fais pas ~ Olivier Adam

Quel poids ce maigre roman d'Olivier Adam ! Seulement 156 pages qui vous plombent presque le moral, tellement l'absence y est dépeinte solennellement et magistralement.
"Je vais bien, ne t'en fais pas" sont les quelques mots qu'adresse le frère absent, disparu, parti... Des mots griffonnés sur une carte postale et adressés exclusivement à sa soeur. Loïc est parti depuis deux ans, Claire le pleure en silence. Sans nouvelles de lui, elle tente de broder son quotidien, elle est caissière au Shopi, elle loge un petit appartement dans un quartier parisien qu'affectionnait Loïc, elle a peu d'amis, ou pas du tout, elle erre de rencontres hasardeuses en vacances à la recherche de ce frère qui lui manque trop. Sans prévenir des parents meurtris au fond d'eux, Claire part dans ce village où Loïc a posté sa dernière carte postale.. Peut-être le retrouvera-t-elle, l'apercevra-t-elle, ou tentera-t-elle de suivre ses traces, son chemin et de comprendre ce départ inexpliqué...
En chapitres courts et incisifs, l'auteur bouleverse son lecteur avec des mots simples, forts et qui écorchent son héroïne et nous en même temps. Claire est une jeune femme fragile et touchante, complétement désemparée. Son désarroi est poignant et se lit à travers les lignes. On s'apitoie sur son quotidien misérable, sur ses rencontres loupées et ses aventures sentimentales bancales et pitoyables.
Une nouvelle fois, Olivier Adam nous percute en plein coeur. Son roman est une boule de bowling qui renverse ses quilles de lecteurs. Des mots forts et violents pour une rage contenue, une injustice totale qu'on tente d'hurler pour secouer la jeune Claire, lui venir en aide et la sortir de sa mélasse.
"Je vais bien, ne t'en fais pas" est un roman terrible, dans le sens positif. Il décèle un secret effarant qu'on découvre avec ahurissement. C'est à la fois évocateur et pudique, sensible et saisissant. Un roman qui imprime son empreinte pour un bon moment ...

mai 2004

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