08/07/07

La femme de l'Allemand - Marie Sizun

La_femme_de_l_AllemandLa petite Marion a un double secret. D'un côté, on lui apprend que son père est un allemand aimé durant la guerre et mort lors de la campagne de Stalingrad. Elevée seule auprès de sa mère Fanny, rejetée par les siens, Marion grandit avec le poids des mystères.
L'autre zone d'ombre qui nimbe sa maman concerne la folie de celle-ci. Ce n'est qu'une trace fugace, un regard étrange, un sourire angoissant et des actes incongrus, répétés dans la nuit.
Car malgré tout, Marion et Fanny forment un couple qui est lié par les liens de l'amour, de la confiance, du dévouement et de la trahison. En grandissant, la petite fille va comprendre la folie de sa mère, autrement nommée "psychose maniaco-dépressive". Plusieurs fois, l'enfant va chercher à masquer les signes avant-coureurs, ne pas avertir les proches, taire la démence grandissante de sa mère.
Or, les années passant, il devient impossible d'endiguer le flux et le reflux de ces crises. Les séjours de Fanny à l'hôpital se répétent, les périodes d'accalmie sont de courte durée. Toujours plane la menace de la rechute.
Et puis, il y a ce père absent, ce père mort, l'Allemand. Son image permet à Marion de se consoler, de nourrir un espace de tendresse et d'affection pour échapper à ce qui la ronge de plus en plus. Pourtant, ce secret aussi va creuser un fossé déjà très profond entre l'enfant et sa mère, laquelle dit des choses tour à tour passionnantes ou terrifiantes. Comment la croire ? "Tu sais bien que cet amour-là, l'amour de Fanny, est une prison. Que si tu l'écoutes, il va t'enfermer. Pour toujours."

Non, ce n'est pas insurmontable. Cette admirable histoire d'amour filial n'a pas le poids du drame ni du délire. La névrose de Fanny devient en fait une douleur qui confine la concernée mais aussi l'enfant qui pousse en devinant petit à petit la souffrance de sa maman. Leur relation est ténue, elle peut embrigader, embarquer aussi bien l'une que l'autre. Il faut du détachement, de la rigueur, de la colère pour s'en défaire. Ce serait bien évidemment la meilleure solution, mais l'amour dans tout ça ? C'est ce qui sauve ce roman de tout marasme, de la lente coulée noire et plombante. Car il y a ce tutoiement en vigueur, d'un bout à l'autre, qui marque le pas de la fillette. Qui martèle son chemin de croix.
C'est un face-à-face poignant, impossible à briser. Le regard d'une fille sur sa mère, prise aux pièges de ses propres démons, une maman qui dérange. "Et tu la regardais avec un étonnement presque craintif, comme si, décidément, cette femme qui était ta mère était susceptible de toutes les métamorphoses, comme si elle était quelqu'un d'enchanté, ou d'enchanteur, comme si elle était un peu fée, ou un peu sorcière."
Ce livre a un charme inqualifiable.

Arléa, coll. 1er Mille - 242 pages.  Mars 2007

1er roman de l'auteur : Le père de la petite

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05/07/07

Les étangs de Woodfield - Nicolas Bréhal

les_etangs_de_woodfieldDans la maison des Lockwood, deux petites filles grandissent sous la protection de leur tante Lucia Davidson, qui a promis de veiller sur elles à la mort de sa soeur Bettina. Elles se prénomment Deborah et Jane. Telles deux silhouettes vestales, elles traversent les jardins de Woodfield en attirant tous les regards.
Bientôt la petite Angela Greene va les rejoindre et devenir leur meilleure amie, s'investissant un peu trop vivement dans cette relation où Deborah impose seule les règles de conduite et d'amour. Son regard, ses longs cheveux blonds et sa beauté font tourner les têtes de tous les garçons, dont Emmanuel Kirkland qui franchit la limite séparant son quartier populaire des beaux jardins de Woodfield.
Fasciné mais résigné à renoncer à son attraction, il jettera son dévolu sur la cousine d'Angela, Edwidge Halsmann, sans quitter des yeux Deborah Lockwood qui va vivre une passion démente pour l'homme au barzoï.

Deborah fait partie de ces héroïnes qui sont entières, fatiguantes, exigeantes, insaisissables et caractérielles. Deborah est riche, "elle a sa Delage décapotable blanche, ses biens personnels, rien ne lui suffit, elle veut tout, toujours plus, et soudain ne veut plus rien. Joies fulgurantes, crises d'ennui, je la suis d'une heure à l'autre, je la perds, elle m'amuse autant qu'elle me fait peur".
C'est cette personnalité qui est la pièce maîtresse de ce jeu d'échecs voué à la folie douce et aux caprices d'une femme qui a manqué de souvenirs, qui s'en crée et qui se venge d'avoir été spoliée de son image d'Epinal.
Vous dire que j'ai adoré serait mensonger, toutefois j'ai été scotchée par cette histoire où planent spectres, silences, passions et désespoirs. Le plus déconcertant, au démarrage de cette lecture, est le style d'écriture. L'auteur a choisi de glisser d'un personnage à l'autre, introduisant leur point de vue avec un "écrit untel" (ou untel). C'est une tournure un peu embarrassante pour commencer, puis on s'y fait !
L'autre pouvoir de ce roman est son ambiance, Woodfield dégage un charme indiscutable, imprégné de mystères, peuplé de créatures célestes et désaxées. Par bien des aspects, ce roman dégage donc un attrait certain et qui gagne en intensité au fil des pages.
Auteur contemporain décédé en 1999, Nicolas Bréhal a obtenu le Prix Renaudot en 1993 pour Les Corps célestes. "Les étangs de Woodfield", publié en 1978, est son premier roman.

Mercure de France, 1978. Disponible en Folio - 215 pages.

" Le sommeil : cette douceur dans laquelle on entre les yeux fermés tant on a confiance en elle, cet univers secret où la vie se prolonge, divinement, où le mystère se couve, où le mystère délire en nous ; ces preuves sacrées où l'amour pourrait croître dans la paix, heures de faiblesse merveilleuse, dans l'abandon tiède des corps, toute la vie de la nuit, jusqu'au réveil : ouvrir les yeux et reconnaître dans le lit, dans cette barque seul à seul, tout contre soi, l'image humaine de l'amour humain, la lumière de l'enfance de l'autre, le visage si pur où rien ne passe encore des tourments du jour à venir, et se dire, puisqu'il en est ainsi, que l'on peut se rendormir pour une ou deux heures, le matin, dans la douceur, hors du danger. "

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30/06/07

A l'ouest ~ Olivier Adam

Encore un coup de poing littéraire : ce roman d'Olivier Adam, "A l'ouest", nous entraîne dans un univers intergalactique tant on plonge chez cette famille désespérée, malheureuse et aux bras ballants. Les dés ont été joués, ils ont perdu la partie et ne souhaitent pas remonter la pente. Marie la mère, Antoine et Camille les enfants adolescents. Lui ne va plus à l'école, il boit, fume, vomit et passe ses journées à dormir, marcher sans but, et revoit la jeune vendeuse en boulangerie pour tenter de l'embarquer avec lui pour une escapade sans retour. Camille est murée dans un silence glaçant, elle est transparente, elle s'inquiète pour ceux qu'elle aime, pleure dans sa chambre et prie en silence. Leur mère a décidé de prendre le large aussi. Tous trois sont des désespérés de la vie, le désarroi leur colle à la peau, ils ne sont pas pathétiques, ils inspirent une compassion, une volonté de les aider et les comprendre. En vain. Tour à tour la vie les malmène et les chahute. On les sait condamnés à l'avance : largués, paumés et inconsolables.
Cette lecture peut paraître déprimante, sauf qu'elle est merveilleusement servie du style d'Olivier Adam : économie des mots, des sentiments, corps et coeur désabusés, désarroi palpable et la lassitude d'être, de vivre qui se répand telle une marée noire. Collante, visqueuse, assassine. "A l'ouest" est un roman assez dur, assez grave. Il en ressort une certaine poésie mais, avant tout, une mélancolie assez belle. Assez poignante. Une très belle lecture.

juin 2004

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24/06/07

Les deux morts d'Hannah K ~ Renaud Meyer

Les deux morts d'Hannah K" d'abord interpelle son lecteur : le narrateur entre en guerilla avec sa voisine du dessus, une vieille dame seule qui vole le courrier du jeune homme, dépose des détritus sur son paillasson, met le poste de télévision à plein volume, envoie de l'eau par le balcon.. bref entre ces deux-là ce n'est pas le grand amour. Jusqu'à cette soirée qui fait basculer leur destin et tous deux vont entretenir une très belle amitié. Celle qui se dit Hannah K va raconter son enfance, son souhait de devenir rabbin, puis sa passion pour le théâtre et le violon, ses débuts de comédienne à Varsovie, sa rencontre avec Louis Jouvet et son hypothétique liaison avec l'homme... Lorsque cette Hannah K décède, le jeune homme va apprendre une autre réalité : elle était tout simplement Anna K, ouvreuse dans un cinéma et passionnée de théâtre, elle était folle et rien de ce qu'elle a raconté n'était vrai. Alors le jeune homme va mener sa propre quête de la vérité, trouver des carnets intimes écrits par une Hannah K, comédienne vivant dans le ghetto de Varsovie dans les années 40. Ses carnets racontent tout le quotidien des Juifs polonais dans le ghetto, livrent des réflexions pointues, cruellement justes et poignantes sur une réalité effarante. Entre Anna K et Hannah K, la frontière entre la vérité et la mythomanie est si infime...
Ne pas trop en dévoiler, car ce premier roman de Renaud Meyer, comédien de son état, nous raconte une véritable et captivante histoire d'un jeune trentenaire qu'une rencontre anodine va complètement chambouler. Le style d'écriture est incroyablement soigné. La forme du roman, judicieusement construite, recèle un témoignage hors pair du ghetto juif de Varsovie. Qui ne sera pas touché par cette confession passe son chemin... C'est un roman qui fait aussi découvrir le désarroi d'un peuple parfois incrédule par tant d'injustice, d'oubli de l'extérieur, un peuple qui tente de résister par le théâtre, une passion qui les fait tenir debout, envers et contre tout.
Vraiment captivant, ce roman bouleverse tout autant. Je le recommande chaudement.

juin 2004

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18/06/07

Vous plaisantez, monsieur Tanner - Jean Paul Dubois

vous_plaisantezL'envie vous tenaille d'échapper à la morosité, de fuir la grisaille plombante de ce mois de juin qui n'en voit pas le bout d'arriver à la saison de l'été ? ... Lisez donc ce dernier Jean-Paul Dubois, c'est très divertissant, très drôle et passablement grotesque !

Le narrateur vient d'hériter d'une maison familiale et comprend trop tard que ce cadeau providentiel masque le début de l'enfer ! En une succession de chapitres courts, Dubois narre donc ses malheurs de chantier : des ouvriers peu recommandables, des anecdotes allant de mal en pis, avec autant d'humour que de dérision, bref c'est à vous dégoûter sérieusement d'investir dans la pierre et de faire confiance aux artisans et entrepreneurs !

Comme c'est saugrenu, c'est tout bonnement comique. C'est malheureux à dire mais lire qu'un pavillon du parfait pigeon flotte au-dessus de son chantier et invite ainsi tous les loups et requins de la région à pomper l'argent de ce type en manque de veine, hélas oui, c'est drôle !

Mais je pense que le lire une fois suffit, que 200 pages sont honorables et qu'au-delà on frisait la redondance et l'ennui. Le juste dosage ici, donc n'hésitez plus !

Editions de l'Olivier, 2006 - Points 2007 - 200 pages.


A propos de maison et de chantier, je vous propose deux films (de qualités différentes) qui abordent ce thème avec facétie :

maison_du_bonheurLa maison du bonheur, de Dany Boon

Synopsis
Un mari radin décide d'être enfin généreux avec sa femme en lui offrant une maison de campagne. Mais il ne peut pas s'empêcher de faire des économies et choisit donc de faire confiance à un agent immobilier douteux et à des ouvriers foireux qui vont transformer sa surprise en cauchemar. ( Grotesque et décevant, mais servi par d'excellents acteurs !)

un_millionUn million clés en main, de HC Potter

Synopsis : Jim Blandings, sa femme Muriel et leurs deux filles vivent à l'étroit dans leur appartement new-yorkais. Sans demander conseil à leur ami et homme d'affaires Bill Cole, ils achètent une propriété dans le Connecticut. Hélas l'agent immobilier les a escroqués : la maison est une ruine, et les incidents s'enchaînent... ( Mon avis dans les Salles Obscures )

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Jean-Paul Dubois : ce que j'ai bien aimé

kennedy_et_moiSamuel Polaris est un écrivain qui n'écrit plus. Pourquoi ? il doute, mais encore ? Il a quarante-cinq ans, il est marié à une femme orthophoniste, Anna, père de trois enfants. Mais concernant ce petit noyau familial, Samuel se sent étranger, exclu, "locataire dans un hôtel". Sa vision du monde et de la société environnante est cynique, sinistre et dérisoire. Samuel tourne tout en ridicule, son inactivité, l'adultère de sa femme, son rendez-vous râté chez le dentiste...

Et puis, un jour, en tête-à-tête avec son psychothérapeute, Samuel va faire "la rencontre de sa vie" ! Une montre, ayant appartenu au président Kennedy peu avant son assassinat, va réveiller chez cet homme des élans de résurrection ! Car cette montre, finalement, il la lui faut à tout prix !

En ouvrant ce livre, on peut trembler aux premières lignes de la confession de cet homme qui est complètement largué. "Hier, j'ai acheté un revolver" commence l'histoire. Le doute s'installe : l'homme serait-il suicidaire ou assassin prémédité ? Et puis le doute n'est plus permis. Jean-Paul Dubois mène la danse et son lecteur droit au but.

Personnellement j'ai été instantanément sous le charme. Ma soeur pourra dire que c'est "encore un livre de déprime", et pourtant moi j'aime ça ! Pas le glauque, la morosité, etc. Mais la magie du style, la litanie de cet homme perdu, ses mésaventures médicales et cocasses, sa causticité à critiquer le Système. Même si le personnage est fondamentalement antipathique, l'auteur a su l'entourer d'un charisme fou. Samuel Polaris charme, envers et contre tout. Certes, il se regarde trop le nombril, affiche une complaisance affligeante, une indolence répugnante, mais cet homme pense, réfléchit et c'est singulièrement bien dit, bien mûri !

"Kennedy et moi" est un roman fascinant, qui se lit très vite, et qui dresse un portrait non consensuel de l'homme dans sa quarantaine ! Mais l'épouse, Anna, a aussi sa part belle et c'est bien égal !

202 pages / points


tous_les_matins_je_me_lveOn reprend dans ce roman de JP Dubois le personnage de l'écrivain dilettante dans son quotidien excentrique au coeur de sa maison, bâtie de ses propres mains, et de sa famille, son épouse Anna et leurs trois enfants. Si vous avez déjà lu "Kennedy et moi", vous aurez un certain goût de déjà-vu avec "Tous les matins je me lève". Et pourtant ce roman est paru huit ans avant l'autre !

Mais les personnages ne sont pas totalement les mêmes; ici l'écrivain s'appelle Paul Ackerman. Il est sur le point de boucler son huitième roman, mais au commencement de cette histoire Ackerman est victime d'un accident de voiture. Dans la pagaille, il perd sa voiture chérie, une Karmann cabriolet. Et c'est ainsi qu'il devient propriétaire, presque dans la foulée, de l'anglaise Triumph, qui vrombit et freine capricieusement.

En fait, dans "Tous les matins je me lève" Jean-Paul Dubois nous fait l'exploit de raconter les aventures d'un type totalement ordinaire : il ne se passe rien de sensationnel chez lui ! Les quelques épisodes autour d'un ou deux camarades semblent davantage agrémenter l'étoffe du roman plutôt que l'enjôliver. Ces quelques croquis sont proches de l'accessoire ! Et pourtant j'ai du mal à en vouloir à l'auteur car je me suis une nouvelle fois passionnée pour cette histoire banale d'un type quelconque. Son style me fascine et me charme littéralement.

Et puis Dubois possède aussi un certain humour ironique dans sa façon de voir les adolescents, les assureurs, les groupies blondes et les chameaux ! Il laisse voguer en toute allégresse son imagination farfelue, essentiellement dans les rêves d'Ackerman (qui devient champion de rugby ou de golf, ou parvient à voler) ! Un bon roman à découvrir.

212 pages / points


poissonsEn personnage central, Zimmerman est un type paumé, du genre quelconque et à la vie monotone (encore et toujours !). Il est journaliste aux pages sportives, spécialiste de la boxe. Il a trente ans, il vit seul, sa mère est morte dix ans auparavant et son père a disparu dans la foulée. Il entretient une relation acrobatique avec une collègue, Rose. Mais rien ne semble l'ancrer davantage dans cette existence routinière. Jusqu'au jour où il se fait aggresser par un inconnu, qu'un colosse vient tambouriner à sa porte chaque soir, vociférant son nom et l'ordre d'ouvrir sur le champ. Ce "monstre" semble surgir du passé, comme pour rendre des comptes. Il faut en finir, pour Zimmerman. Il faut tuer le passé !

"Les poissons me regardent" met toujours en scène un héros ordinaire décalé et dépressif, en agonie avec la vie quotidienne. Le roman est toutefois plus amer et plus glauque, les retrouvailles de Zimmerman avec son passé sont teintées de compétitions de boxe, de courses hippiques et de beuveries gerbantes qui se concluent dans des taxis. Pour le coup, c'est un peu écoeurant. Mais Dubois ne sature pas, c'est impressionnant. Ce roman bref se conclue à l'arraché et les aventures de Zimmerman peuvent mettre k-o, pourtant ça se boit comme du petit lait !

192 pages / points


une_ann_e_sous_silencePaul Miller, quarante ans, était marié à Anna jusqu'à l'incendie volontaire de leur maison, provoqué par cette épouse silencieuse et pleine d'acrimonie. Loin d'éprouver chagrin ou remords, Paul va vivre dans un petit appartement où il y rencontre des voisins détonnants : les soeurs Niemi, un vieux médecin solitaire et un prêtre lubrique. Il exerce aussi des petits boulots (distribuer des journaux ou tondre des pelouses). En bref, la vie de cet homme est des plus sordides, lamentables mais drôle !

Face à tant de débandade et de dérision, Paul ne se démonte jamais et livre au lecteur ses pensées les plus abracadabrantes. D'Anna, il reconnaît qu'elle était "une folle" qui a bousillé son semblant de vie. De ses fils, ce sont tour à tour des anguilles, des blattes et des orphelins !

Paul est insensible, cynique et tourmente ses voisins (un peu). Son machiavélisme avec le prêtre Joseph Winogradov est une ingéniosité en rouerie et perversité. Personnellement, j'en ris ! Pour le reste, on peut reprocher à l'histoire d'être glauque et plombante. Pourtant, j'aimerais qu'on fasse le tri dans le portrait de cet homme : ses fantasmes, ses obsessions ou sa vengeance sur "la folle" révèlent un personnage sarcastique et débonnaire, conscient de ses faiblesses, inapte d'accomplir le moindre mal.

"Je suis fatigué de toutes ses luttes improductives. Je ne possède pas la fureur et les vertus d'Anna. Je ne vais pas au bout des choses. Je n'aurais jamais été capable d'être bourreau. Je peux tourmenter une âme, je suis incapable de couper une tête." Toutefois, il réussira à garder le silence, jusqu'au bout ! Prêt à rendre chèvre son psychiatre, ses voisins ou ses fils. Paul se régale, seul, dans sa tête, même la toute dernière phrase tire le sourire. Voilà pourquoi j'ai pas mal aimé ce roman !

183 pages / points


je_pense_a_autre_chosePaul Klein se trouve à Jérusalem, interné dans un hôpital psychiatrique. Comment, pourquoi ? Ses confidences sur papier vont ouvrir la porte à un secret de famille. Paul se croit l'otage de son frère jumeau, Simon. Jusqu'alors, la vie de Paul était limpide, chaotique, mais simple. Il a été marié à Anna, le couple a eu deux enfants, il était spécialiste en météorologie, menait une petite vie idyllique près de Toulouse. Puis il est parti à la conquête de Montréal, aux trousses d'une chasseuse d'ouragans. D'un autre côté, Simon, son frère, semble l'avoir toujours jalousé, du moins lui a toujours reproché d'avoir renié ses origines juives. La brouille entre les jumeaux va durer des années, aidée par l'exil de Simon à Jérusalem, pour un même internement.
Alors ?.. Que s'est-il passé dans l'existence de Paul Klein pour être tombé si bas ?

Autour du personnage de Paul Klein, on s'attache à une kyrielle de caractères secondaires, qui sont autant d'éléments nécessaires au portrait du héros et de son histoire ! La relation entre Paul et son frère, ou Paul et les deux femmes de sa vie, et même Paul et son beau-père, est à chaque fois maîtrisée, aiguisée, jamais tirée à gros traits, tantôt cynique, cruelle ou malicieuse. Dubois est au plus juste ! Poilant, honnête, touchant et captivant !

Dans "Je pense à autre chose", on retrouve (pour ma part) du bon, du vrai, du grand Jean-Paul Dubois ! Celui que j'ai aimé dans des romans comme "Kennedy et moi". Une nouvelle fois l'auteur s'attache à la formule payante de chapitres courts et incisifs, et à une saga familiale teintée de suspense et d'humour. C'est tout bon, j'ai dévoré !

265 pages / points

  • A suivre : Vous plaisantez, monsieur Tanner

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Jean-Paul Dubois : ce que je n'aime pas

prends_soin_de_moiDans un couloir de maternité, Paul Osterman se prend à la tête à réfléchir sur le sens de sa vie et, notamment, sur sa présence en ces lieux. L'homme est un terrorisé de naissance, sujet à l'hypocondrie depuis le décès brutal de son père, et paralysé par l'engagement.

Il faut dire aussi que ses liaisons sont désopilantes. Deux femmes sont donc l'objet de ses souvenirs : Julia de Quincey et Rebecca Crown. Elles sont toutes deux autoritaires, exigeantes et intransigeantes, elles ont également en commun de saboter le moral de Paul Osterman, de le réduire en charpie, pauvre petite chose abusée sexuellement et émotionnellement par le dogmatisme de ces maîtresses.

Evidemment, il est difficile de s'apitoyer sur le sort de cet homme qui, à l'approche de la quarantaine, voit défiler sa vie avec une passivité affligeante ! Il est donc impossible de s'attacher à ce panel de personnages, c'est terriblement désolant.

Etant une inconditionnelle de Jean-Paul Dubois, appréciant son univers et ses talents de romancier, j'éprouve toute l'objectivité permise pour afficher un dégoût pour ce livre. Plus j'avançais dans ma lecture, et plus j'étais effarée du renoncement qui s'opérait en moi. Non, "Prends soin de moi" ne figurera pas parmi mes lectures préférées... loin de là !

Robert Laffont, 1993 - 210 pages - Points


parfois_je_ris_tout_seulPrésentation de l'éditeur
Un électricien victime de fous rires intempestifs perd son travail. Une femme renonce à son fantasme d'amant viril et charbonneux de peur de salir son tailleur beige. Un écrivain brise en mille morceaux, à la fin de chaque livre, le siège sur lequel il l'a écrit...

Avec ce livre-ci, j'ai carrément failli abandonner ma lecture ! La faute est que j'ignorais qu'il s'agissait, en fait, de chroniques écrites en 150 pages (une page pour chaque, grosso modo).

Dans ce livre, je n'ai pas du tout retrouvé l'esprit ni le style de Dubois. J'ai même parfois trouvé qu'on penchait dangereusement dans le vulgaire !

Il est vite temps de passer à autre chose pour oublier cette erreur de parcours !

Robert Laffont, 1992 - 150 pages - Points.


la_vie_me_fait_peur"La vie me fait peur" remplit les mêmes lignes de contrat qu'un bon roman populaire, où l'on suit la saga de la famille Siegelman. Des pionniers en matière de caravaning et tondeuses ! Cette histoire, donc, se passe essentiellement lors du vol France - Miami où est confiné Paul, quadragénaire fraîchement licencié par sa propre épouse ! Ce voyage, en fait, il l'entreprend un peu pour se blottir "sous les jupes" de son père, exilé dans le Sud des Etats-Unis pour une retraite dorée. Histoire de se plaindre d'une telle traitrise, de la débâcle de l'entreprise familiale, d'un égarement d'un homme paumé, largué par la vie depuis de nombreuses décennies !

Au fil des chapitres, un peu comme le décompte des heures, de l'avion qui glisse dans le ciel au-dessus des contrées américaines, Paul fait un bilan de vie guère potable, souvent teinté du souvenir ému d'une mère exceptionnelle et d'un père exubérant et follement dynamique. Son adolescence, sa crise de la vingtaine, son mariage avec Vivien, ses tentatives professionnelles... Paul ne tente jamais de sauver sa peau, il se livre à nu. Toutefois, en tant que lectrice passionnée par l'écrivain Dubois, j'avoue que cette contemplation d'un homme ordinaire, en guerre avec lui-même, est lassante et complaisante. Je ne m'y suis pas sentie embarquée, un peu touchée, mais les longs exposés autour de l'industrie de la tondeuse ont fini de me laisser sur le bas côté !...

236 pages / points


si_ce_livre_pouvait_me_rapprocher_de_toiUn homme de quarante-six ans, Paul Peremulter, vient de divorcer et décide de quitter la ville de Toulouse pour un périple aux Etats-Unis qui le conduira depuis le sud jusqu'au nord du pays, dans les bois québecois, sur les traces de son père, porté disparu en plein lac, il y a des années. Depuis Miami à La Tuque (Québec), le parcours de cet homme est cocasse, humble et fouille des sentiments profondément ancrés depuis la perte de ce père, Fulbert. Car bien sûr, Paul va recevoir un bien étrange héritage de cet homme que, finalement, son entourage connaissait très peu !

"Si ce livre pouvait me rapprocher de toi" emprunte des nouveaux sentiers et semble inscrire l'auteur comme un "écrivain américain". L'amour des espaces immenses, des bois, des lacs, de la pêche... J'ai, pour ma part, éprouvé moins d'attrait pour l'itinéraire de ce quadragénaire. Il décide un matin de "changer de vie" mais c'est monotone. Sauf pour les amoureux des histoires "naturelles".
Quand un fils part sur les pas de son père, il s'aventure à ouvrir des boîtes de Pandore. La boucle sera-t-elle bouclée en bout de parcours ? On lui souhaite, du moins je m'attendais à davantage de recherches cyniques, d'humour et de dérision, propres au style de l'auteur. Mais c'est clair que ce roman est complètement différent des autres, mais moi je n'y suis pas sensible.

210 pages / points

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17/06/07

ça ne peut plus durer ! ~ Marie Le Drian

Ce roman est vraiment très drôle et touchant par sa particularité de faire causer la vieille Léontine, une sacrée grand-mère qu'on a emmené sans son avis dans une maison de troisième âge. Pour son entourage elle commence à perdre la boule, mais Léontine s'y refuse et dans son long monologue elle explique au lecteur que cela ne prouve rien du tout, qu'elle a les idées claires et précises et qu'elle ne doit pas rester dans cette Maison, mais retourner chez elle... Comme ils ont tous l'air sourds d'oreille, Léontine va s'appliquer à être une vieille dame modèle, pour qu'ils se rendent tous compte de leur erreur et qu'elle n'a pas sa place avec ce troupeau de séniles et grabataires...
Léontine va nous embarquer dans sa vie de tous les jours, une vie dans une maison de retraite, et de découvrir qu'on ne s'y ennuie pas, qu'il s'y passe de bien polissonnes choses !...
"ça ne peut plus durer" est un roman drôle et touchant, parfois une pointe d'humour masque une certaine gravité de la situation. C'est très plaisant et distrayant à lire.

juin 2004

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13/06/07

Le train de 5h50 ~ Gabrielle Ciam

"Le train de 5h50" fait partie de ces petits livres de quelques pages qu'on lit en peu d'heures et qui vous submerge d'émotions farfouillées. Le titre ressemble à une intrigue d'Agatha Christie et fait vaguement "roman de gare" (haro sur le jeu de mots...) mais on s'y trompe complètement ! En fait l'auteur va user d'un rare talent à peindre un désir fugace, une envie violente et une lascivité étonnante sans entrer dans des scènes torrides d'acrobaties sexuelles. Il suffit d'une femme et d'un homme, tous deux prennent le train du petit matin, celui de l'aurore où les paysages et les gens sont encore endormis. Et puis, "elle le regarde, il la regarde le regarder. C'est comme ça que les choses commencent entre eux."
Des échanges de regards, des effleurements, des attouchements avec les mains, les jambes, les pieds... Jamais un baiser échangé, ni même une parole. Leur relation est sensuelle et intense, elle dégage un érotisme surprenant où l'auteur a misé sur l'atmosphère et la sensation au lieu du déballage décadent. Et le résultat est épatant : c'est judicieusement poétique et torride, suggestif et langoureux. Gabrielle Ciam réussit un pari audacieux : oser décrire l'indicible, l'attirance des corps et la volupté en des termes propres et mesurés. L'ensemble est osé, impudique mais juste.
De plus, elle ose le vécu alterné en se mettant dans la peau de la femme puis de l'homme. Où l'on découvre le portrait d'une femme moderne, libertine, réservée mais pas timide, et qui ose sans brusquer. "Elle ne se fixait pas, quittait souvent, était quittée. Elle était en fait une femme très libérée et très seule, mais elle gardait un peu de ses amants dans ces habitudes vestimentaires qui la définissaient de plus en plus, l'affinaient même, faisant d'elle une femme désirable et désirée." Lui est un homme marié depuis vingt ans, il est heureux, toujours amoureux de son épouse mais cette rencontre va le bouleverser et chambouler son univers. Ils sont l'un et l'autre l'inconnue ou l'homme du train. Ils se plaisent et cette ébauche de relation amoureuse égale tous les rapports jamais imaginés entre un homme et une femme.
Gabrielle Ciam signe un roman tendre, au langage parfois cru et audacieux. Une très belle mélopée se dégage de ce "Train de 5 h 50" ...

juin 2004

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12/06/07

Allumer le chat - Barbara Constantine

Alors voilà : j'ai été fort surprise de rencontrer autant d'opinions positives et engageantes sur un même roman qui est, encore plus invraisemblable, le premier d'une illustre inconnue !

Ce roman est donc celui de Barbara Constantine, "Allumer le chat", et vous êtes nombreux à avoir bafouillé un avis à son sujet :  Bernard du Biblioblog Papillon  / Tamara  / Cinema ParadisoCuné  / Fleur, d'Encore un petit bout de moi  /Cathulu  / Loupiote / Nina  /  Véro de Lecture & Ecriture / Gachucha  ... (Je m'excuse pour ceux ou celles que j'oublie, mais mon ami google a été le guide de mes recherches, c'est donc sa faute à lui ! )

allumer_le_chatPourquoi ajouter ma voix à ce concert de louanges ?  (ok, un intrus s'est glissé dans la foule, un petit couac fort intéressant à découvrir ... et un peu grâce à cela, j'ai pu recevoir ce livre et le découvrir derechef ! ... merci à Ma Dame ! )  J'ai donc longuement hésité à tartiner ce roman avec tout le miel, toute la guimauve et toutes les autres sucreries qu'il mérite. On a déjà tout dit, y'a plus qu'à ... maintenant ! Alors moi, ce que j'en dis ... c'est encore et toujours la même chose.

Ce livre est drôle, décalé, déjanté. Ce livre surprend, étonne, détonne. Ce livre est un cocktail étourdissant de bonne humeur, de simplicité, de gouaillerie. Bref, ce livre a opéré un effet grisant et exaltant sur moi. Oui, j'avoue : j'ai été emballée par cet "Allumer le chat" dont je commençais un peu à me méfier du chorus des louanges.

Ce qu'il y a de sympathique dans ce roman, c'est son audace, son franc-parler, son humour ravageur et ses personnages cocasses, mal embouchés mais attachants. La spirale unissant leurs vies et leurs destinées est également ingénieuse. Quand en moins de 50 pages, ça calanche à tout-va et donne droit à de nouvelles scènes truculentes, avec amours naissantes, amitiés brinquebalantes, secrets de famille dévoilés, et j'en passe... Le lecteur peut déjà s'attendre à être séduit.

Prenez un chat qui paresse des journées entières sous la barbe de Raymond, foncièrement agacé par l'animal et qui décide de lui envoyer quelques billes dans le postérieur. Or, ce sont finalement les lapins qui trinquent et un petit-fils prénommé Rémi qui déboule dans la vie de ce Raymond, grand-père bougon, qui grogne plutôt qu'il ne mord, et de Mine, mamie modèle et moderne. 

Le petit souffre d'eczéma. Sa mère Josette n'en peut plus d'avoir un enfant repoussant et l'envoie donc chez les grand-parents en espérant un miracle. Raymond a la réputation d'être un fin guérisseur, en plus d'un peu d'amour, la décoction pour la guérison semble tout à fait promise ! Le temps que cela s'apprivoise, l'histoire continue de tourner : un chien rend l'âme, suivi par deux, trois bonhommes et d'un cerf. Sale temps pour les bêtes à cornes, pas un jour à sortir, non vraiment pas ! ...

Et le roman va continuer d'estourbir le lecteur ancré à cette histoire. Cela peut paraître sans queue ni tête, mais justement cette folie est le bon grain de l'ivraie ! Pensant ne pas aimer, j'ai donc été enchantée par cette lecture, commencée par hasard pour finalement être lue d'une traite ! Les chapitres étant nombreux mais très courts ont donc filé à toute allure.

Je crois que tous les personnages ont su me toucher, me tirer des larmes de joie car l'auteur a ce don de la formule, sans y toucher mais qui fait mouche. Même dans les pires situations, comme un enterrement, on n'hésite pas à déplumer les parents de leur chagrin car, après tout, ils se sentent bien débarrassés de leur crétin de fils qui a saccagé le cachet de leur maison !

Bien vu, bien dit, bien écrit, bien pensé ... bref un bon roman à lire pour rigoler un bon coup ! (Attention ! il est permis de ne pas aimer ! )

A conseiller, dans le même registre : Vu, de Serge Joncour.

Le blog d'Allumer le chat (qui va bientôt fermer ses portes, dixit l'auteur)

Calmann Levy - 258 pages - Janvier 2007.

Posté par clarabel76 à 20:00:00 - - Commentaires [36] - Permalien [#]