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Chez Clarabel
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4 décembre 2019

La Tour des Anges #1, par Stéphane Melchior & Thomas Gilbert

La Tour des Anges

Dans ce nouveau cycle (qui fait suite aux Royaumes du Nord en trois tomes), nous ne retrouvons pas tout de suite la jeune Lyra Belacqua. C'est d'abord un certain Will Parry qui se présente à nous.

Ce garçon vit actuellement à Oxford avec sa maman aux nerfs fragiles. La disparition de son époux, au cours d'une mission scientifique, l'a fortement affaiblie et frappée de terreur. Will soupçonne d'ailleurs un complot ou un secret qu'il aimerait percer. Sa rencontre musclée avec deux agents type Men in Black va brutalement le propulser dans une autre dimension... une ville où règne un silence pesant et où il croise la fameuse Lyra !

Cette nouvelle immersion dans la saga culte de Philip Pullman est incroyable d'efficacité. Une fois encore, on se coupe de la réalité le temps d'une lecture : on tourne les pages avec avidité et on s'exporte vers un imaginaire fascinant (où l'on frissonne beaucoup également). Car l'histoire réserve moults révélations et autres interrogations. C'est toutefois gorgé de magie, de suspense, de tension. Vraiment, c'est captivant.

Pour cette adaptation, Stéphane Melchior s'est entouré d'un nouveau complice - Thomas Gilbert - qui a su relever le défi avec brio. On retrouve cette ambiance crépusculaire et assez anachronique, cette atmosphère si particulière mais qui rend cette série si étonnante !

Gallimard BD, 2018

D'après l'œuvre de Philip Pullman
D'après l'univers graphique de Clément Oubrerie

Parution du volume 2 en JANVIER 2020 !

 

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5 novembre 2019

Entropia (Autre-Monde 4), de Maxime Chattam

RELECTURE DU CYCLE 2 DE LA SAGA.

EntropiaUne trêve fragile a été conclue entre les Pans et les Cyniks car déjà des ambassadeurs repartent sur les pistes, enquêtent sur des disparitions... tandis qu'une nouvelle tempête se profile à l'horizon (rappelant à tous la fameuse nuit de Noël qui a fait basculer leur univers dans ce que l'on sait).

C'est ma lecture fétiche de la saison. 🍂🦉⚡
Autre-Monde est une aventure épique avec des héros adolescents qui ont appris à survivre et à recréer un équilibre pour ne plus réveiller la colère de Dame Nature. Les sens en alerte, ils ont aussi le souci de grandir en s'interrogeant sur leur avenir (tomber amoureux, quitter l'enfance et Eden).
Ce roman - dit de transition - est surtout un roman qui se lit avec gloutonnerie ! Le rythme est limpide, les nouveaux éléments prennent place, le suspense enfle et l'action déborde... Bref. C'est vraiment très bon.
Ce n'est sans doute guère objectif de la part de la fanatique que je suis... Mais j'adore cette ambiance ! L'univers est fascinant et complètement immersif. Dès les premières pages, j'ai la sensation de quitter le monde réel pour plonger dans un monde rudimentaire et franchement pas commode. Bah oui... J'aime bien quand l'auteur malmène ses personnages et se détourne du droit chemin. Des émotions, du drame, des larmes ! Yep.
Il est d'ailleurs temps pour moi d'y retourner... au revoir.

©2011 Editions Albin Michel (P)2011 Livres Audio VDB

 

5 juillet 2019

Pêle-mêle : Comment Akouba inventa l'écriture - Le bon côté du mur - Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

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Dans le village d'Akouba, les enfants sont tous frappés d'une étrange maladie : tout ce qu'ils apprennent le jour s'évapore dans la nuit. Chaque matin, leur maître est dépité face à ses élèves amnésiques.

Akouba, qui a soif d'apprendre, cherche une solution : graver des chiffres dans le sable ou sur une tablette... Mais ses tentatives ne sont guère concluantes. Puis il remarque la technique de sa mère qui, à base de poudre de noix, est capable de teindre les vêtements et les foulards de la maison.

Le lendemain, Akouba a tout oublié des leçons de son maître mais il a enfin trouvé le remède pour rattraper le temps perdu.

Cette histoire de transmission et de savoir est admirablement racontée par Jean-Philippe Arrou-Vignod et résonne comme un hymne à l'écriture à travers un conte universel et malicieux. Une belle histoire mise en lumière par Tali Ebrard.

Comment Akouba inventa l'écriture, par Jean-Philippe Arrou-Vignod & Tali Ebrad

Gallimard Jeunesse, 2019

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Un mur sépare ce livre : à gauche, le petit bonhomme assure qu'il est du bon côté, plus calme, bien planqué, à l'abri de tout danger. En effet, de l'autre côté du mur, il y a des fauves et surtout un ogre qui rêve de tout dévorer.

C'est du moins ce que raconte notre petit bonhomme... qui ne réalise pas la montée des eaux, les bestioles qui nagent, qui avalent, qui croquent... Et l'eau, toujours, continue de monter.

Tel est pris qui croyait prendre ! Ou l'exceptionnelle destinée d'un petit bonhomme aux idées trop arrêtées.

Cette histoire est aussi un beau pied de nez aux préjugés et aux trouilles répandues sur le vivre ensemble, entre nous, loin des autres, derrière nos lignes et nos frontières. C'est raconté avec beaucoup de tendresse et d'ironie pour une lecture vraiment, vraiment hilarante. Franchement TOP.

Le bon côté du mur, par Jon Agee

Gallimard Jeunesse, 2019

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J01964

Jean fait sa rentrée en cours préparatoire, avec un peu la trouille au ventre. Quand la maîtresse demande à chaque enfant la profession des parents, Jean s'inquiète et répond dans un souffle : "Mon père est patron, ma mère secrétaire".

En vérité, cette dernière est depuis longtemps absente car elle voyage autour du monde. Et c'est à la petite voisine, Michèle, qu'elle envoie des cartes postales à faire lire au garçon. Très vite, Jean se prend à rêver... Buffalo Bill, les cowboys, les indiens, il en a des étoiles plein les yeux.

L'histoire de Jean est un fabuleux mélange d'innocence et d'émotion, ponctuée par les jeux d'enfant, l'insouciance, les rires, mais aussi les espoirs insensés. Sa maman lui manque, mais Jean n'ose pas se confier à son père ou à sa gouvernante (Yvette, la reine du chocolat glacé). Il compense plutôt par son imagination débordante, même si ça ne trompe pas le lecteur non plus !

L'histoire est belle, adorable et émouvante. Elle évoque aussi la tendre nostalgie des années 70 (ah, ces fameuses tirettes !). C'est dégoulinant de tendresse, de fraîcheur et de mots couverts. On ne dit pas, on chuchote. Tout ça raconté sous le format d'une bande dessinée, entre fausse candeur, sourires et larmes. Une très jolie réussite.

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, par Jean Regnaud & Emile Bravo

Gallimard Jeunesse coll. Folio Junior - 2019

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20 mai 2019

Pêle-mêle Albums : Ma Sœur est une brute épaisse - Suzie - Les Oiseaux - La Sirène et les deux géants

Ma soeur est une brute épaisse

Avec une frimousse aussi décidée en couverture de cet album, nul doute que la lecture qui va suivre sera tout aussi déterminée et franche ! Ainsi, cette fillette est la petite sœur d'un grand frère au caractère diamétralement opposé... Lui si calme, si doux, si patient, si casanier, si prudent, si affable... Bref. La vie n'est pas rose quand votre frangine haute comme trois pommes déboule à grands cris pour imposer sa présence.

Ce portrait en parallèle est bien évidemment d'une grande tendresse et ne masque pas l'attachement profond et indéfectible entre les deux. C'est illustré avec autant d'aplomb et d'humour... dans un esprit pop et coloré qui fait du bien aux prunelles. On aime beaucoup, beaucoup. Quel joli coup. Bravo.

Ma sœur est une brute épaisse, par Alice de Nussy & Sandrine Bonini

Grasset Jeunesse, 2018

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Suzie Sophie Henn

Suzie est une fillette qui adore aider, du matin au soir, pas une minute à perdre, elle dédie son temps aux autres. Elle aide tout le temps. Pour réveiller la maison, pour faire du ménage, pour veiller sur ses grands-parents, pour chouchouter le chien, pour donner des couleurs aux murs du salon, pour organiser le bureau de maman... Vous pouvez compter sur elle pour mettre de l'ordre dans votre existence - c'est « la meilleur aideuse au monde ».

Ce qu'il faut comprendre, naturellement, c'est que Suzie est la reine des chipies. Et ses fameux coups de main, en vérité, donnent matière à réfléchir - aider ou mettre son grain de sel ? Résultat, elle compose son quotidien en prodiguant bêtise sur bêtise. Allez gronder une frimousse pareille, avec ses grands yeux candides et son air de ne pas y toucher. Suzie est définitivement trop adorable pour susciter notre courroux. Et on rit de tous les non-dits et des allusions qui agrémentent cette vie de famille joyeuse et sympathique. Coup de cœur pour les illustrations, déliciseusement vintage et aux couleurs acidulées.

Suzie, par Sophy Henn

Grasset Jeunesse, 2018

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Les oiseaux chloé almeras

Monelle vit dans une grande maison avec tous ses oiseaux recueillis au fil de ses nombreuses expéditions. Car Monelle est une grande exploratrice... qui aime aujourd'hui paresser chez elle en bouquinant sagement. Sauf ce matin-là, elle adresse à ses compagnons un tendre bisou et leur annonce qu'elle part pour une nouvelle aventure. À leur tour, les oiseaux décident de partir à la découverte du monde. Au départ, ils sont un peu rouillés : ils ne savent plus voler, ils ont un sens de l'orientation approximatif, ils ont peur de leur ombre... Bref. Cette échappée belle met à l'épreuve leur héroïsme et leur imagination.

Mais pour la première fois, nos douze oiseaux contemplent en vrai ce qu'ils ont coutume d'apprécier dans leurs livres. Enfin la réalité prend le pas sur leurs rêves... c'est inespéré ! Il ne faudrait toutefois pas prendre des paris car nos amis ont tôt fait de rentrer au bercail. Ceci dit, cette aventure leur a ouvert l'appétit et pas seulement. Installés autour du goûter, ils sont intarissables et ne peuvent plus s'arrêter de parler. Monelle aussi a des tas de choses à leur confier !

Dans cette étonnante maison, on déguste la lecture et les histoires avec un goût prononcé pour le partage et la subtilité. C'est d'une élégance folle... un album étonnant et savoureux !

Les Oiseaux, par Chloé Alméras

éd. Thierry Magnier, 2019

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La sirène et les deux géants

Océan et Montagne sont deux géants qui vivaient en paix jusqu'à l'arrivée d'une sirène qui leur fit perdre la tête. Car tous deux tombèrent fous amoureux de la créature et déployèrent des trésors d'ingéniosité pour l'appâter. Celle-ci aussi avait un sérieux penchant pour l'un et pour l'autre. Impossible de les départager. Alors ils continuaient de se chamailler. Et plus leur colère enflait, plus les éléments se déchaînaient. Lassée de cette querelle (qui mettait le pays sens dessus dessous), la sirène fit un choix radical.

En fait, cette histoire s'inspire d'une légende portugaise racontant l'origine d'une plage de l'Algarve réputée pour ses falaises et son sable blond. Le résultat donne un album resplendissant de couleurs et de chaos : c'est le choc des titans revisité au goût du jour avec un trait enfantin et des lumières chatoyantes. Sa poésie également nous imprègne et nous cueille page après page... dans une belle harmonie. Une trouvaille épatante, bravo.

La Sirène et les deux géants, par Catarina Sobral

La Joie de Lire, 2019

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Mini encyclopédie des cris des animaux

Un petit format bien pratique (16 x 16) avec des pages cartonnées pour réviser ou apprendre ses classiques : les cris des animaux. Et donc, la panthère feule, la chauve-souris grince, la belette belotte, le lapin clapit, le criquet stridule, le serpent siffle, le zèbre hennit, le chameau blatère, la rainette coasse (tandis que le corbeau croasse), le manchot brait, l'otarie bêle, le daim brame et le renard glapit.

Super simple et efficace ! Hop... on le range précieusement.

Mini encyclopédie des cris des animaux, par Adrienne Barman

La Joie de Lire, 2019

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10 avril 2019

L'invitation, par Elizabeth Day

L'invitation audibleBen Fitzmaurice et Martin Gilmour ont fréquenté ensemble Cambridge et sont devenus des amis inséparables, alors que tout semblait les opposer. La famille de Ben appartient à l'élite, tandis que Martin a grandi dans un foyer modeste auprès d'une mère célibataire. Ben est extraverti et chaleureux, Martin plus sombre et complexé. Mais l'ambition et la fascination ont fait le reste. Vingt ans plus tard, Martin et sa femme Lucy se rendent à l'anniversaire de Ben organisée par son épouse Serena. Ébahis par le faste des lieux et des invités, ils montrent aussi une certaine lassitude. En grattant bien la surface polie, le couple est en réalité aigri et beaucoup moins sensible à la séduction déployée. En clair, on est loin de l'union sacrée car l'ambiance va se révéler explosive.

Un drame va donc éclater au cours de la soirée. Interrogé par deux inspecteurs de police, Martin commence alors à raconter sa rencontre avec Ben et livre les dessous de leur amitié a priori parfaite. Évidemment, sa confession fait vite apparaître des traces d'aigreur et de bassesse. On remarque aussi que des sentiments troubles et troublants ont lié le quatuor durant des années - l'envie, la jalousie, la frustration, l'amertume, la haine. En bref, tous ces désirs refoulés ont généré une violence sourde. La menace est d'ailleurs palpable, dès les premières lignes, on ressent en vrac la tension et le cynisme de cette relation toxique. De plus, l'histoire déroule son fil avec lenteur, le narrateur ne se sépare jamais de son flegme, le climat est détestable et on scrute chaque figurant sans la moindre compassion. Il n'empêche que ce roman est envoûtant : il a su m'accrocher de bout en bout, inspirer une curiosité malsaine et créer une attente angoissante. J'aurais voulu un dénouement plus percutant, mais bon... je n'en demeure pas moins conquise et satisfaite par l'exercice.

©2018 Belfond (P)2018 Audible Studios

        L'invitation Elizabeth Day

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21 février 2019

Ton âme sœur (ou presque) (Blue Heron 5), de Kristan Higgins

Ton âme sœur ou presqueDernier tour de piste pour les habitants de Manningsport. Parmi cette chaleureuse communauté, le sort de Connor O'Rourke nous tenait à cœur. Le jumeau de Colleen, copropriétaire du bar en ville, réputé pour son caractère d'ours mal léché, a coutume d'affoler les pronostics pour connaître l'élue de son cœur.

En vérité, notre homme se consume d'amour pour la belle Jessica Dunn, dont il est fou amoureux depuis ses douze ans. Ils se voient en cachette mais passent leur temps à se séparer car Jess n'est pas prête à s'investir dans une relation sérieuse. Du moins, elle prend pour excuse son jeune frère Davey, qui souffre d'un retard mental et qui déteste Connor. Celui-ci fait preuve de patience et d'écoute auprès de sa douce, mais cette situation lui devient de plus en plus insupportable. Après sa demande en mariage et la rebuffade de trop, Connor a décrété qu'il arrêtait les frais. Terminé. Il a besoin de construire sa vie autrement. À prendre ou à laisser.

Autant dire qu'en lisant cette présentation, je n'avais PAS DU TOUT envie de me plonger dans cet épisode. La longue valse des hésitations, au secours. Mes craintes ont donc été fondées car l'histoire m'a semblé tellement triste et plate. D'entrée de jeu, les dés sont pipés. Le couple se connaît déjà et tourne autour du pot. Aucune séduction à venir, aucune interaction malicieuse. Ça sent le froid sibérien. Soupirs. Très vite, les complications que s'inventent Jessica pour freiner sa vie sentimentale s'avèrent agaçantes. La romance impossible, le couple qui s'aime et se quitte, inlassablement, non merci. C'est une rengaine insupportable et peu émoustillante. C'est comme un vieux plat réchauffé, dont on relève la saveur avec quelques épices, sauf que ça reste fade en bouche. Au fond, c'est un peu dommage de terminer une série aussi affriolante sur une note aussi contrariante. L'auteure ne propose rien dans ce roman, elle joue concrètement les prolongations. Cela reste mon sentiment personnel car évidemment l'ambiance de Blue Heron est rayonnante de gaieté et de bonne humeur. Elle nous imprègne et nous inonde de bonnes ondes. Une juste compensation pour nous faire oublier cette sensation de rendez-vous loupé avec Connor (un sombre idiot, tout de même, quand on songe à sa réflexion après sa première nuit avec Jess... ohmygod). J'attends d'autres romans de Kristan Higgins, the one and only, pourfendeuse à jamais de lectures onctueuses et qui rendent heureux. Merci Audible Studios pour cette exclu. #wewantmore

©2018 HarperCollins pour la traduction francaise. Traduit par Marie Lauzeral (P)2018 Audible Studios

Bonne interprétation des deux comédiens, avec une préférence pour Lou Broclain, sensible et attachante. Le hic avec son partenaire masculin, ce sont les voix féminines (Jessica ou Colleen... non mais franchement). Bémol aussi pour Davey qu'on fait passer pour un môme alors qu'il a 26 ans (ok il souffre d'un retard mental mais il n'est pas débile non plus). Bien entendu, ça reste une excellente idée d'avoir plusieurs intervenants dans ce genre d'exercice. L'écoute globale a été très agréable, bravo.

  Image associée

11 février 2019

La nouvelle vie de Kate Reddy, par Allison Pearson

La nouvelle vie de Kate ReddyQuel électrochoc, cette lecture ! Dans le sens, authentique et sincère pour sa radiographie de la femme dans une société qui la désire éternellement jeune et performante. Gloups. Tout sonne tellement vrai, tellement juste et tellement sensé. Au-delà de la comédie enjouée et distrayante, il y a donc une grande part de sincérité dans les divagations de notre héroïne. Accrochez-vous.

Pour Kate Reddy, bientôt 50 ans, mariée et mère de famille, la roue tourne comme marée en carême. Entre ses deux adolescents plongés dans les affres de la puberté (popularité, réseaux sociaux, apparence, clan, défis idiots, jeux vidéo) et son mari en pleine reconversion professionnelle, Kate surnage. Contrainte de reprendre le boulot pour maintenir le navire à flot, elle fait alors face à un gouffre immense. On fait comment pour revenir sur le marché quand on a tout plaqué pour torcher les mômes et les parents séniles ? On rejoint une association de Revenantes. On ment sur son âge. On redouble d'efforts pour ne pas vendre la mèche. On jongle entre rendez-vous et autres joyeusetés, en espérant aussi ne pas sombrer dans la folie. On analyse avec amertume et acuité le monde qui nous entoure, la compétitivité acharnée, la phallocratie ambiante, le corps qui lâche, les bouleversements hormonaux, les désordres amoureux, le retour du grand amour et le rappel à la raison. Tout, mais vraiment TOUT, dans ce roman sent le vécu, le concret, le juste, le conforme au réel. C'est même parfois flippant... D'un autre côté, il y a une telle énergie chez Kate Reddy, une volonté de fer et un humour caustique, si bien qu'on sourit pas mal en oubliant les tracas. Par contre, c'est un gros bouquin de 580 pages donc presque 15 heures d'écoute en livre audio, c'est bon mais un peu long (juste la fin qui me semble un peu poussive), même si ce n'est pas désagréable non plus de passer tout ce temps avec Kate. Il faut dire que sa vie est bien remplie et qu'on peste comme elle contre cette sensation d'être toujours le pivot central (ras-le-bol parfois). Du coup, on se défoule et on adore râler contre les coachs de vie qui prônent le foie gras végétal, contre les jeunes loups aux dents longues qui se moquent de Madonna, contre les belfies, contre les services clientèle tatillons, contre les démons de minuit ou contre les tapis de yoga qui ne servent à rien. En tout cas, on a tous en nous quelque chose de Kate Reddy... ce n'est pas notre ami Johnny qui dirait le contraire ! Voilà une lecture qui vous booste et vous donne envie d'enfiler les cuissardes pour jouer la choré de Beyoncé. Après tout... ♫♪ Who run the world ? ♪♫

©2018 Le cherche midi, pour la traduction française / Titre original : How Hard Can It Be ? / Traduit par Julie Sibony (P)2019 Lizzie.

        Image associée

9 janvier 2019

Des millions de larmes et de rires, de Karma Brown

Des millions de larmes et de riresTegan et Gabe vivent le grand amour depuis leur rencontre à l'université. Désormais mariés, ils attendent la naissance de leur premier enfant dans trois mois. Mais un soir d'hiver, sur une route verglaçante, leur voiture fait une embardée.
La jeune femme se réveille sur un lit d'hôpital et apprend qu'elle a perdu son bébé. Effondrée, elle ressent une profonde rancœur à l'égard de son compagnon et s'enfonce dans la dépression. Les semaines passent, l'amertume a fait son nid et Tegan refuse de reprendre goût à la vie.
Le couple est dans l'impasse : ils ne se comprennent plus et se disputent sans cesse. Gabe cherche à bousculer Tegan et lui propose finalement de partir pour un long voyage de six semaines : les plages de Bangkok, la cuisinie italienne, le surf à Hawaii... Pourquoi ne pas réaliser leurs vieux rêves pour sauver leur amour ?
Tegan accepte. À son corps défendant. Elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Elle se ment. Et elle ment aux autres. Elle refuse d'évoquer le drame qu'elle vit. Son deuil insurmontable. Et s'enferme dans une bulle increvable.
En fin de compte, ce voyage va peu à peu lui offrir mille sensations et autres émotions : en remontant le fil des souvenirs, elle va extérioser sa douleur trop longtemps enfouie.

- Ça peut paraître dingue, mais peut-être que je n'ai pas envie de surmonter tout ça.
Je suis soulagée de l'avoir enfin dit tout haut.
- Est-ce que j'ai vraiment envie d'aller mieux ? D'aller de l'avant ? Parce que... parce que...
Je m'interromps, le souffle coupé par le chagrin.
Gabe m'interroge d'une voix douce, compréhensive.
- Parce que tu as peur d'oublier ?
Je hoche la tête en aspirant un peu d'air.
- Et si j'oubliais tout l'amour que... tout l'amour que...
- Tu ne l'oublieras pas, m'interrompt Gabe d'une voix imprégnée de détermination. Je ne te laisserai pas oublier.

Oh, quel roman ! Je n'ai absolument rien vu venir. Je ne m'y attendais pas du tout. En tout cas, ce roman est juste bouleversant ! Je l'ai lu d'une traite, j'ai voyagé, j'ai rêvé, j'ai souri, j'ai pleuré. Même après avoir terminé ma lecture, je me sentais encore imprégnée par ses mots et ses messages. Que d'amour et d'espérance entre les lignes... c'était magnifique.

HarperCollins (2015) - Traduit par Florence Guillemat-Szaras

Titre VO : Come Away With Me

 

18 octobre 2018

Je sais pas, de Barbara Abel

je sais pasCamille et Patrick forment un couple heureux, avec leur petite Emma, cinq ans. Tout semble leur sourire... et pourtant, Camille a un amant, Étienne, qu'elle voit en cachette depuis quelques semaines. Un soir, Emma surprend sa mère en train d'embrasser cet homme et ne réagit pas. Le lendemain, elle part en sortie scolaire dans la forêt mais se tient à l'écart du groupe. Mylène, sa maîtresse, lui remonte les bretelles et ne prête pas attention à ses caprices. La journée s'écoule, dans l'insouciance générale. Quand vient l'heure de rassembler les troupes, les enseignants constatent avec affolement que l'enfant a disparu. Mylène décide de fouiller les alentours et s'enfonce dans les bois, pendant ce temps-là ses collègues alertent la gendarmerie. Finalement, Emma va resurgir mais raconter qu'elle “sait pas” d'où elle vient. Mensonge. On le sait, on a tout vu, tout entendu, tout lu. Et ça fait froid dans le dos ! Ce petit ange est un vrai démon, et ce n'est pas tout. La suite de l'histoire est plus complexe qu'en apparence et totalement flippante. Du coup, là où on s'attendait à une lecture banale, un peu poussive à démarrer, on se retrouve avec un incroyable numéro de tromperie sur toute la ligne. Moi, bonne poire, j'ai mordu à l'hameçon et suivi les pistes tracées par l'auteur, sans moufter. Par contre, les personnages m'ont tous fait bondir, le scénario est tiré par les cheveux, même si c'est diablement efficace, on se dit parfois meuh non, et puis la fin... trop, trop plate (il faut croire que l'auteur n'aime ni les entrées ni les desserts). Je ne suis pas déçue non plus car on a une lecture en majorité surprenante et haletante.

©2016 Belfond (P)2017 Audible Studios

La version audio est lue par Véronique Groux de Mieri (qu'on connaissait grâce aux éditions VDB) et accentue l'illusion d'une intrigue mielleuse avant de basculer dans la folie. C'est très bon : efficace et redoutable. J'aime ça.

18 juillet 2018

Choucroute maudite, de Rita Falk

Choucroute maudite

Cocasse et distrayante, cette série nous emmène dans un petit village en Bavière, à Niederkaltenkirchen, pour y rencontrer le commissaire Franz Eberhofer et son chien Louis II. Les affaires policières étant assez plates et inexistantes dans cette contrée, notre homme n'hésite pas à boucler ses journées autour d'une bière avant de rentrer chez lui pour conduire sa mémé au Aldi en quête des dernières promos.
Et puis, les membres d'une même famille décèdent les uns après les autres dans des circonstances insolites. C'est assez pour titiller la curiosité de notre ami... à contre-courant des conclusions officielles. S'ensuit une singulière aventure, à ne pas prendre au sérieux, sauf si on apprécie les antihéros, les clowneries et l'humour potache !
Il faut en effet s'acclimater rapidement à cette ambiance qui prône la ringardise comme un art de vivre et où les personnages sont tous des branquignols de haut vol.
Le format audio ne manque pas de sel non plus, même si la narration de Julien Allouf peut sembler exagérément grinçante et grotesque au début. Puis on s'habitue car on se surprend à suivre avec complaisance les bouffonneries de la famille Eberhofer et les coutumes locales assez folkloriques. L'an dernier, je découvrais les Poulets grillés de Sophie Hénaff dans le même esprit décalé et déjanté. Cet été, direction le pays de la choucroute et des quenelles pour une bonne partie de rigolade ! Dégustation prochaine du Bretzel Blues pour assurer un nouveau dépaysement.

©2017 Mirobole Editions. Traduit de l'allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux (P)2018 Audible Studios. Lu par Julien Allouf (durée : 5h env.)

7 juin 2018

Les animaux fantastiques (La bibliothèque de Poudlard 1) de J.K. Rowling & Norbert Dragonneau

Les animaux fantastiques

Imaginez-vous dans la fabuleuse bibliothèque de Poudlard, en train de promener votre main sur les nombreux rayonnages et piocher au hasard ce manuel recensant toutes les créatures magiques évoquées dans la série à succès de JK Rowling... Maintenant, posez un casque sur les oreilles et écoutez la voix familière de Théo Frilet pour plonger définitivement dans l'ambiance. Ce comédien a en effet doublé au cinéma tous les films joués par Eddie Redmayne dont Les Animaux fantastiques ! On prolonge au mieux la sensation d'immersion - après les yeux, les oreilles ! Et franchement, Théo Frilet propose une interprétation limpide et séduisante qui rend l'écoute distrayante.

Il ne s'agit pourtant que d'un banal recensement des créatures tirées de l'imaginaire foisonnant de JK Rowling - en me lançant dans cette écoute, j'ai confondu avec le texte du film (éditions Gallimard jeunesse, 2017) donc j'étais un peu frustrée de n'être qu'une simple spectatrice, sans histoire à me mettre sous la dent. L'inventaire des 80 espèces par le magizoologiste Norbert Dragonneau participe néanmoins au folklore. C'est farfelu, créatif et surprenant. Saluons aussi les bruitages de cette édition audio de grande qualité. De fait, on s'imprègne de la magie de Harry Potter d'une façon ou d'une autre. De toute façon, cette lecture se destine aux plus mordus des moldus ! Cela s'écoute en moins de 2 heures. C'est une parenthèse magique - un peu scolaire - mais savoureuse. On imagine très bien Hermione, Ron ou Harry en train de bouquiner cet ouvrage pour réviser leurs BUSE (ou pour appréhender au mieux les terribles épreuves de la Coupe de Feu).

En fait, chaque créature citée renvoie à un passage de la série, à une scène ou une anecdote qui ravivent la flamme de la nostalgie. C'est vraiment pour l'aspect thématique que j'ai accroché à la lecture, qui reste objectivement accessoire. N'hésitez à découvrir la vidéo de présentation sur le site Audible pour tester un avant-goût du bonheur. ☺

©2017 J.K. Rowling (P)2017 J.K. Rowling. Éditeur : Pottermore from J.K. Rowling

15 % des bénéfices de ce livre audio seront versés à Comic Relief et à la Lumos Foundation pour leur travail : venir en aide à des enfants et adolescents du monde entier et leur permettre de se bâtir une vie meilleure. 20% des sommes seront versées à Comic Relief et 80 % à la Lumos Foundation.

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#moisanglais_2018

 

9 mai 2018

Après tout, de Jojo Moyes

Après tout

J'avais été déçue par Après toi - c'était une suite, c'était risqué et ça ne ressemblait à rien. C'était du n'importe quoi et c'était très agaçant. Ne voulant pas rester sur ce sentiment d'échec, j'ai donc écouté le troisième épisode sans hésitation... et j'ai clairement adoré. On retrouve tout le peps de notre héroïne, on renoue avec la douceur et le romantisme, c'est franchement très bon !

Cette fois, Louisa Clark a remis sa vie sur les rails et pris un nouveau départ à New York où elle a décroché un poste d'assistante auprès de l'épouse polonaise d'un riche homme d'affaires. Elle s'installe en plein Manhattan et se familiarise avec sa nouvelle vie. D'abord balbutiante et maladroite, elle finit par trouver un semblant d'harmonie et de bien-être. Sa famille lui manque, son petit copain aussi. Lou cherche donc à tout concilier, même si les relations à distance rendent fragiles les promesses et les idylles encore fraîches. Sa rencontre avec le sosie de Will Traynor ne va sans doute pas arranger ses affaires. Son cœur a fait boum, et le nôtre aussi.

Jojo Moyes a su m'embarquer sur près de 15 heures d'écoute, à bord d'une histoire où l'on accompagne une jeune femme toujours en quête d'elle-même, peu sûre de ses choix mais pleine d'élan et de dynamisme. Son optimisme à toutes épreuves fait aussi son succès. On prend plaisir à la soutenir, à la regarder se débattre, à rêver et à pleurer. C'est une habitude de l'auteur - elle distille de l'émotion à chaque coin de page et elle donne l'impression de raconter l'histoire d'une copine autour d'une tasse de thé. L'exil à New York est féerique, la galerie des personnages si attachante et les aventures de Lou sont extraordinaires. J'ai totalement succombé. Ce troisième roman de la série est doux, drôle et délicat. Il a signé ma réconciliation avec une miss Clark épatante et audacieuse. Bravo !
P.S.: J'ai adoré la fin.

©2018 Milady. Traduit de l'anglais par Odile Carton

(P)2018 e-Dantès. Lu par Émilie Ramet  / durée : 14h 50

Série : La trilogie de Lou, livre audio 3 -  Téléchargeable sur Audible FR

Interprétation chaleureuse et très agréable d'Émilie Ramet, comme toujours. Sa voix est rassurante et nous berce au cours de notre écoute. On entend presque les youyous de ce mariage réussi.

 

13 avril 2018

Les loyautés, de Delphine de Vigan

les loyautés delphine de viganHélène, professeur de SVT au collège, constate des signes alarmants chez un élève. Théo a treize ans et souffre du divorce de ses parents qui se déchirent. Son père a perdu son boulot, vit cloîtré chez lui, n'a plus un sou en poche et s'abrutit d'expédients pour oublier sa déchéance. Le môme a interdiction d'en parler à quiconque. Même pas à son meilleur copain Mathis, dont la mère s'inquiète de son influence néfaste et lui ordonne de ne plus le fréquenter. Mais les garçons ont trouvé ensemble un nouveau jeu : boire le plus possible d'alcool et tester leurs limites. Et puis, tout s'emballe. Mathis ne veut pas laisser tomber son pote et ment à sa mère, qui découvre avec horreur les agissements haineux de son mari sur internet. Théo cherche le point de non-retour, tandis que Hélène sent ses propres souvenirs remonter à la surface. J'avoue qu'aux premières notes de la lecture, je me demandais dans quelle galère j'étais tombée. Tout est grisâtre, amer et désolant. Et pourtant, la petite musique a su me happer. Le roman est court, il s'écoute en seulement 4 heures mais il frappe fort. L'enchaînement des portraits est mécanique et intransigeant, les vérités sont implacables, l'intimité est dévoilée dans toute sa fragilité... C'est bouleversant. Cela résonne comme un cri désespéré et pourtant l'écho est silencieux. L'écriture est élégante, à la fois subtile et concise, pour décrire le désarroi. L'ensemble est bon mais lourd, surtout quand on a déjà le moral dans les chaussettes. Cette somme de circonstances malheureuses inspire en effet des sentiments multiples, où se mélangent la perplexité, la fascination et l'engourdissement. Un roman sombre qui risque bien de hanter son lecteur au-delà du point final...

©2018 Éditions Jean-Claude Lattès (P)2018 Audiolib

Texte lu par Marie Bouvier, Odile Cohen et Olivier Martinaud. Trois chants sensibles pour évoquer la corde raide de ces âmes en peine. Très belles interprétations.

 

 

12 mars 2018

Cherub/01 : 100 jours en enfer, de Robert Muchamore

J00748Gros succès en librairie, la série CHERUB trace sa route depuis presque dix ans et enthousiasme ses lecteurs avec son univers d'organisation secrète, où des enfants sont entraînés pour infiltrer des missions spéciales... Espionnage, action, suspense, aventure et baston, on ne s'ennuie pas une seconde.
J'ai profité de la sortie en livre audio pour découvrir LE phénomène et ai été pleinement séduite par l'excellente interprétation de Julien Frison qui incarne un adolescent brouillon en passe de devenir un môme doué et consciencieux en vivant une aventure fracassante et néanmoins palpitante !

James Adams est un collégien turbulent, élève médiocre, éternel souffre-douleur, habitué d'être exclu. Il vit avec une mère devenue obèse et un beau-père alcoolique. Mais le destin s'acharne, le gamin perd sa mère et est expédié dans un orphelinat où il bascule dans la délinquance. Dès lors, il a le choix entre toucher le fond ou accepter de suivre une formation spéciale pour Cherub. Il a 100 jours pour assimiler des techniques de combat, de survie et de ruse enseignées par une agence des renseignements britanniques. 100 jours pour changer le cours des choses ou retourner à la case départ. 

Le scénario est basique et rythmé. On en prend plein les yeux, plein les oreilles. Et l'immersion est totale. On partage ainsi les galères de James, son arrivée à Cherub, ses rencontres avec ses nouveaux camarades, son apprentissage et ses premières missions. Toute l'histoire s'inscrit dans une logique imparable, et je comprends tout à fait ce qui enthousiasme les jeunes lecteurs. Ce que vit James est à la fois proche d'eux mais incarne aussi un fantasme - devenir espion, vivre de passionnantes aventures, voyager etc. La lecture est à la hauteur des attentes. On a une très bonne réalisation audio - agréable à écouter - pour une série vraiment engageante et débordante de dynamisme.

Gallimard Jeunesse, Collection: Écoutez lire 

Traduit par Antoine Pinchot

Julien Frison nous emporte dans l'univers palpitant de CHERUB, et met en voix le franc-parler et l'humour adolescent, sans niaiserie. Durée : 7h 30 env.

 

15 janvier 2018

Calpurnia et Travis, de Jacqueline Kelly

Calpurnia et TravisTrois ans après une première et enthousiasmante rencontre cf. #1, nous retrouvons notre jeune naturaliste, Calpurnia Tate, dans sa petite ville de Fentress, en pleine campagne texane. Nous sommes en 1900, Calpurnia a bientôt treize ans et connaît déjà la frustration de grandir dans un monde où le masculin l'emporte hélas sur le féminin. Seule fille parmi six frères, Calpurnia est obligée à des leçons de piano, de tricot, de couture et à une bienséance exemplaire. Ses parents envisagent pour elle un beau mariage, alors que la jeune fille brûle d'envie de faire des études. Elle possède déjà une excellente disposition en biologie, grâce à son grand-père qui a toujours encouragé sa curiosité et son sens de l'observation. Depuis toujours, Calpurnia aime les sciences et la nature, explore le monde qui l'entoure, mène ses propres expériences et n'envisage pas l'avenir autrement. Elle s'entend beaucoup avec son jeune frère Travis, qui veut sauver toutes les créatures en détresse mais qu'il faut souvent héberger, nourrir ou soigner en cachette... défilent ainsi Armand le tatou, Bandit le raton-laveur et Scruffy le chien coyote. L'arrivée en ville d'un vétérinaire va être pour eux une formidable aubaine. En effet, suite au terrible ouragan qui a balayé Galveston, leur cousine Aggie est hébergée chez les Tate et a fait tout le voyage avec sa grosse valise et sa précieuse Underwood, dans un silence mutique, assise à côté du Docteur Pritzker. Sans le savoir, le quotidien de Calpurnia va être chamboulé par ces rencontres et par des découvertes et des révélations proches du “choc émotionnel”, comme elle dit.

Déjà trois ans que j'avais lu le roman de Jacqueline Kelly et éprouvé une vraie fascination pour son héroïne, d'où ma joie de la retrouver avec la sensation de l'avoir quittée la veille ! J'ai franchement adoré partager 360 nouvelles pages de la vie de Calpurnia ! C'est divin. La demoiselle nous raconte son monde, avec ses anecdotes bucoliques et son analyse empirique, aussi bien concernant sa famille, son éducation et ses espoirs. Tout est frais, charmant et suranné. L'approche historique est pertinente. Le XXe siècle vient de s'ouvrir, les premiers gisements de pétrole sont annoncés, la révolution industrielle est en route. Le monde de Calpurnia pourrait ainsi grandement changer, car pour l'heure on soulève encore le poids de l'injustice liée à son sexe (pour preuve, la pièce d'or reçue à son anniversaire). On vit et on ressent pleinement les joies et les peines de notre héroïne aux désirs tristement bafoués et à l'insatisfaction grossissante. Heureusement, la demoiselle a l'esprit vif et facétieux, elle ne se laisse pas abattre facilement. La lecture de cette chronique familiale est donc tout à fait exquise - j'ignore encore si l'auteur va poursuivre sa série, ce que je souhaite grandement, car je me demande jusqu'où Calpurnia sera en mesure de suivre son ambition - faire des études, placer son épargne, enrichir ses collections et bouquiner tous les ouvrages possibles. À très vite, j'espère ! ☺

Traduit de l'anglais (USA) par Dominique Kugler.
Illustration de couverture de Beth White

L'école des loisirs, 2017

Existe aussi une série pour les plus jeunes : Calpurnia, apprentie vétérinaire. Une lecture agréable, mais nettement moins riche que les deux romans.

 

8 novembre 2017

La Belle et la Bête : Histoire éternelle, de Jennifer Donnelly

LA BELLE ET LA BETEPrisonnière du château de la Bête, Belle a su rapidement toucher le cœur de ses résidents. Les domestiques sont fous d'elle et, malgré ses dehors bougons, la Bête aussi s'adoucit en sa présence. Pourtant, la jeune fille est préoccupée par la santé de son père, sachant hélas qu'elle n'obtiendra jamais gain de cause pour le voir. Prisonnière elle est, prisonnière elle restera. Désireux de lui plaire, la Bête offre à Belle l'accès exclusif de la bibliothèque du château, espérant que son amour de la lecture chasse son humeur chagrine. Belle est charmée et explore les moindres recoins de ce cocon douillet. C'est ainsi qu'elle tombe sur un livre enchanté, qui la fait basculer dans un décor tout aussi féerique. À Nevermore, elle rencontre une comtesse qui la chouchoute et lui fait la promesse de retrouver son père dans ce monde, si elle accepte de rester. Belle pense vivre un rêve éveillé et succombe à la tentation.

Jennifer Donnelly propose ce charmant interlude pour accompagner l'histoire originale de La Belle et la Bête et ne lésine pas sur les douceurs sucrées pour engourdir le lecteur. Tout est onctueux, romantique et magique. On voit venir toutes les ficelles de l'intrigue, on soupire d'agacement devant la naïveté de l'héroïne et on ne tremble pas d'impatience dans l'attente du dénouement. Mais le rythme est vif et piquant, de quoi proprement emballer un jeune public. Pour ma part, peu sensible à la magie de Disney et n'aspirant aucun goût pour le film de Bill Condon, avec Emma Watson, cette Histoire éternelle n'a pas eu l'effet escompté - pas d'envoûtement, ni de fascination avec étoiles dans les yeux, ça m'a semblé plutôt godiche et sentimental. Mais je ne doute pas que la magie opère pour les incurables romantiques, qui jugeront la lecture adorable et merveilleuse.

Techniquement, la version audio est lue par Manon Azem, la voix française de l'actrice Emma Watson. Tout, ou presque, est impeccable - j'ai juste trouvé la prononciation des termes anglais trop exagérée. Et l'absence de toute bande sonore est assez déconcertante. C'est la première fois que cela arrive chez Audiolib ! 

©2017 Disney Enterprises, Inc.  / Hachette Livre. Traduit par Christophe Rosson

(P)2017 Audiolib. Lu par Manon Azem, la doubleuse officielle d’Emma Watson, notamment dans Harry Potter. 

21 octobre 2017

La fille d'avant, de J.P. Delaney

LA FILLE D AVANTTraumatisée suite à un cambriolage d'une rare violence, Emma cherche une nouvelle location et trouve en la maison du One Folgate Street la réponse à tous ses problèmes. Jane, meurtrie par la perte de son bébé, repart également à zéro et s'installe dans une nouvelle vie, dans la même maison. Quelques années séparent les deux femmes, mais leurs histoires sont racontées en parallèle tant leurs parcours sont similaires. En effet, ce bijou d'architecture, élaboré par Edouard Monkford, est aussi une contrainte de chaque instant. Pour décrocher le Graal, il faut notamment répondre à un niveau d'exigence difficilement supportable et se plier à des règles de vie draconiennes. Malgré tout, Emma, puis Jane, acceptent toutes les concessions et tombent fatalement sous le charme du propriétaire. Edouard Monkford ? Le mâle alpha dans toute sa puissance. Un spécimen arrogant, froid et calculateur. Mais le type aurait plusieurs cadavres dans son placard - son épouse décédée, mais aussi sa jeune et jolie locataire... Emma. Prise d'un doute, Jane choisit de mener son enquête.

J'avoue avoir cédé aux chants des sirènes en me plongeant dans cette lecture - elles ont pour nom Olivia de Lamberterie, Alix Girod de l'Ain et Tatiana de Rosnay - même si j'ai également appris à me méfier des concerts de louanges. Et cela n'a pas loupé, non, je ne ferai pas chorus. D'accord, j'ai trouvé ce roman correct, agréable à suivre, avec du suspense et des rebondissements qui incitent à aller toujours plus loin. Les chapitres sont courts, les voix entremêlées, c'est imparable pour saucissonner le lecteur dans la combine. Par contre, j'ai eu une vague sensation de fourre-tout en avançant dans ce livre. On a de la bonne tension psychologique, une enquête minutieuse, des portraits flous, toujours plus flous, pour mieux brouiller les pistes et fragiliser les repères. Et là, au milieu de ça, je n'ai pas compris cette vague inspiration de Christian Grey - le contrat, l'amant tyrannique, le sex-appeal rabougri (bah oui, Monkford est tout sauf séduisant). Cela m'est apparu grotesque. Et mon enthousiasme en a été douché. Sans quoi, c'est un roman ordinaire, une lecture facile et distrayante, mais un buzz littéraire surestimé

Techniquement, j'ai apprécié la lecture faite par Ingrid Donnadieu et Floriane Muller - le choix d'une interprétation à double voix s'ajuste pertinemment aux deux voix des héroïnes du roman, l'une pour Jane, l'autre pour Emma. C'est tout à fait concordant. Les récits se croisent ou se complètent. Les deux comédiennes se donnent la réplique et brouillent volontairement les pistes. En bref, cette orchestration sied admirablement au livre. Car, malgré mes réserves, le dénouement bancal et l'impression d'une intrigue qui s'essouffle, j'ai maintenu le cap jusqu'au bout pour assouvir ma trop grande curiosité.

©2017 Titre original : "The Girl Before"  / Mazarine et Librairie Arthème Fayard pour la traduction française

(P)2017 Audiolib - Texte lu par Ingrid Donnadieu et Floriane Muller /  Durée : 9 h 21 

 

1 septembre 2017

La maison du péril, d'Agatha Christie

La Maison du péril

Hercule Poirot vient de prendre sa retraite et réchauffe ses vieux os dans la station balnéaire de St Loo, sur la côte de Cornouailles, en compagnie de son fidèle Hastings. Pas loin de sombrer dans la mélancolie, Poirot accorde finalement un vif intérêt à sa rencontre avec la fraîche et pétillante Nick Buckley.
Par son allure moderne et décalée, ses manières décomplexées, elle divertit notre ami en racontant, autour d'un cocktail, qu'elle vit dans une vieille bicoque hantée, autrement nommée “la maison du péril”. Bavarde et insouciante, elle leur explique avoir échappé par trois fois à d'étranges pépins - un tableau qui se décroche et tombe sur son lit, un rocher qui dévale une falaise pour s'écraser à deux pas, et les freins de sa voiture qui lâchent inopinément...
Quelle chance inouïe, songe Hercule Poirot, jusqu'à ce qu'il ramasse le feutre mou de la jeune femme, soufflé par le vent, et qu'il remarque un petit trou net et bien rond. La trace d'une balle perdue. Une fois encore, Nick vient d'échapper à la mort. Sous la moustache du détective.
Ses petites cellules grises sont dans tous leurs états. Il est temps pour Hercule de reprendre du service et de s'inviter dans cette symbolique maison !

Mise en scène impeccable, des personnages insondables, de l'élégance, du mystère et de l'enfumage... Je raffole des ambiances désuètes, encore plus lorsqu'elles sont au service d'une intrigue habilement troussée, à la tension psychologique avant-gardiste, à la construction complexe et au dénouement insoupçonné.
Un très bon Agatha Christie, dans lequel Hercule Poirot brille par son éternelle suffisance et par sa clairvoyance qu'il récupère in extremis ! Classique, inlassable.

Éditions du Masque / 2015 - Traduction (entièrement révisée) de Robert Nobret 

 

25 octobre 2017

Shaker Monster #2 : Zigotos incognito, de Mathilde Domecq & Mr Tan

shaker monster zigotos incognitoPour Justin et Gwen, la relation entre frère et sœur ressemble à une perpétuelle partie de taquineries qui se soldent sur d'inévitables chamailleries. Il faut dire aussi que le petit frère n'en loupe pas une pour se mettre dans le pétrin, comme introduire en douce le shaker magique à l'école ! Gwen a les sens en alerte et prédit une mauvaise journée. Bim, cela ne loupe pas, une fâcheuse manipulation plus tard, un monstre dévoreur de livres est en roue libre dans les couloirs de leur école. Panique à bord, le voilà qui se rue vers la bibliothèque où il se met à croquer des rayons entiers sans se soucier du monde alentour. Le plus drôle, c'est qu'à force d'avaler des encyclopédies, notre monstre se transforme en érudit et va changer du tout au tout son comportement !

Ce deuxième tome est toujours aussi réjouissant à parcourir, cf. le tome 1 (Tous aux abris) pour se rafraîchir la mémoire. On retrouve dans cette bande dessinée le pep's, la bonne humeur et le rythme endiablé qui avaient déjà su nous séduire. Cette fois, on croise de drôles d'énergumènes sous forme de monstres bibliovores ! Et malgré leurs bisbilles, nos deux héros doivent encore se serrer les coudes pour que tout rentre dans l'ordre en toute discrétion, mais c'est vite dit, car la situation dégénère en un clin d'œil et les créatures du Shaker Monster ont tôt fait de semer la zizanie.

La lecture est définitivement virevoltante, ça court, ça crie, ça glousse à chaque coin de page. Cela se lit de gaieté de cœur et c'est tout à fait charmant !

GALLIMARD - Collection Bandes dessinées hors collection 
Date de parution Octobre 2017

25 avril 2017

Opération Napoléon, de Arnaldur Indridason

operation napoleonUn bombardier allemand s'écrase sur un glacier islandais, engloutissant son équipage et son chargement. Nous sommes en 1945. Les premiers enquêteurs font chou blanc pour retrouver la carcasse, laquelle refera surface cinquante ans plus tard - au grand dam de l'armée US. Celle-ci souhaite à tout prix effacer les traces de leur passage mais entretient les rumeurs à propos d'or volé aux juifs dans les camps. Au même moment, une équipe de sauveteurs islandais, en vadrouille dans la région, tombe nez à nez avec les militaires sur place. Parmi eux, le jeune Elias contacte par téléphone sa sœur avant d'être brutalement interpellé. Surprise par ce coup de fil, Kristin, une avocate au ministère des affaires étrangères, s'inquiète puis comprend que la situation n'est pas normale quand elle voit débarquer deux “men in black” dans son appartement. L'islandaise ne doit son salut qu'au hasard et fuit le plus vite possible jusqu'au Vatnajökull pour retrouver son frère en danger. Elle se tourne aussi vers un ami de la base américaine et s'embarque dans une aventure périlleuse et mouvementée, traquée par les forces spéciales, le gouvernement et son état major. Mais Kristin parvient à déjouer les pièges et prend tous les risques, tout en menant son enquête et en attisant la colère de ses poursuivants. Comment en est-elle arrivée là ? Tout ça pour une carcasse d'avion ! Quel lourd secret autour ? Pourquoi tant de précaution pour éloigner le public du site ? Et quel était le but réel de la mission originale ? Quid des conséquences de cet échec ? 

Changement de cap pour Arnaldur Indridason, qui nous éloigne de son commissaire Erlendur avec un roman d'espionnage, sur fond de 2nde guerre mondiale, de secret d'état et de théorie complotiste. L'auteur revient ainsi sur la présence contestée de l'armée américaine en Islande - sujet déjà esquissé dans Le lagon noir - et s'engage sur un sentier épineux en glissant des sous-entendus peu glorieux quant au rôle des américains dans le tournant de la guerre. Toutefois, l'histoire se lit sur la base d'une course-poursuite aux retournements multiples et, certes, improbables - Kristin est une héroïne qui vient à bout de tous les tueurs aguerris, seuls ses partenaires n'ont pas la même chance qu'elle. Là où elle passe, les témoins trépassent ! Qu'à cela ne tienne, la lecture se révèle prenante, avec un suspense impeccable, même si elle se noie aussi dans des détours et des faux-fuyants un peu redondants. Je n'ai pas autant accroché au personnage central de Kristin, comme c'est habituellement le cas avec notre commissaire de Reykjavik, mais j'apprécie toujours autant le décor islandais, son ambiance et ses paysages glacés, son esprit lunaire et son passé historique assez troublant.

Et puis il y a Thierry Janssen, lecteur pour Audiolib, une voix grave et dramatique qui pose le tableau et donne le ton du livre. J'ai, pour ainsi dire, apprécié mes retrouvailles avec l'auteur par son biais et ne suis qu'impatience pour découvrir son nouveau roman, Dans l'ombre, qui se réserve riche en surprises !

Audiolib, 2017 - Texte lu par Thierry Janssen (durée : 10h 08) - Trad. David Fauquemberg pour les éditions Métailié (2015)

27 mars 2017

Meilleurs ennemis, de Sally Thorne

« Tout ce que nous faisons, Joshua et moi, obéit toujours à la loi du Talion. Œil pour œil, dent pour dent. Nous ne connaissons que ça. »

Meilleurs ennemis

Collègues dans la maison d'édition qui vient de fusionner, Lucinda Hutton et Joshua Templeton travaillent leurs antagonismes en se livrant une véritable guerre froide à force de regards impénétrables, de répliques piquantes et d'allusions sournoises. Mais la tension monte d'un cran depuis qu'ils se savent en compétition pour le même poste. Lucy et Joshua affûtent leurs armes, quand soudain celui-ci manifeste étrangement un certain penchant pour sa collègue. Baiser fougueux volé dans l'ascenseur, crise de jalousie, attitude possessive et/ou protectrice... Les signaux envoyés sont totalement perturbés, ET perturbants. Lucy perd ses repères, découvre la face soigneusement cachée de Josh, sent ses sens fondre comme beurre au soleil, devient complètement obsédée... sans perdre de vue qu'il s'agit peut-être d'une technique habile pour prendre le dessus et lui voler sa promotion. Jeux de dupe, attirance fatale et numéros de charme viennent donc troubler une relation largement placée sous le signe du “je t'aime moi non plus” !

Comment ne pas sourire béatement à la lecture de cette jolie comédie éclaboussée d'humour, de séduction et de tendresse ! J'ai totalement succombé. Le couple de Lucy et Josh est affolant de quiproquo, d'interdit et d'enchantement. Le combo parfait. Chaque interaction est explosive, mais laisse place à une subtile attirance qui rend l'alchimie éclatante. Les codes de la romance sont déclinés dans la plus pure tradition, tout en étant moderne, pétillante et enlevée. Il faut, par contre, fermer les yeux sur l'attitude déjantée et incohérente de Lucy, un minuscule bout de femme qui adore porter du rouge à lèvres couleur lance-flammes, qui souffre de solitude, qui est nostalgique de son enfance parmi les champs de fraises et qui refoule son ambition par peur de se lancer tout de go. Dès lors qu'elle est en présence de Josh, c'est plus fort qu'elle, elle pète les plombs et lui fait du rentre-dedans, tout en admettant in petto être franchement pathétique. Face à elle, Joshua est en mode “control freak”, stoïque et insondable, il réussit à attiser son désir en cultivant le mystère (“mais pourquoi s'impose-t-il la frustration de séances de préliminaires dignes d'adolescents avec sa collègue un peu bizarre ?”). Ce jeu du chat et de la souris peut friser l'absurde, mais génère de fabuleuses scènes qui m'ont fait honteusement glousser. J'avoue, ce roman a été un rendez-vous déculpabilisant, frais, drôle, décalé. Il réunit clairement tout ce que j'aime, de l'humour, de l'humour et encore de l'humour. C'est sans conteste une comédie pur jus, à déguster pour le plaisir de rire et s'évader. Et ça fait toujours du bien.

Harlequin, coll. & H - Trad. Charlotte Demanie [The Hating Game] - 2016 

28 février 2017

Le monde n'a pas de fin, de Bilal Tanweer

le monde na pas de finRecueil de nouvelles ou roman, Le monde n’a pas de fin se lit comme une ode réaliste et sensible à la ville de Karachi. 
Dans un bus qui mène du centre-ville à la mer, des hommes, des femmes, des adolescents se croisent en évoquant leur histoire. Élève démissionnaire, lassé des disputes et des coups, père absent, qui abandonne lâchement le foyer pour suivre sa passion, poète excentrique et loufoque, caïd amoureux ou diseur de mauvaise aventure... Tous ont en commun d'être témoin ou victime d'un énième attentat à la bombe, en plein cœur de la ville. Une violence routinière qui hélas ne les laisse pas de glace non plus. Un journaliste se rend aux urgences pour constater les dégâts, une mère crie sa rage et sa douleur, des médecins revendiquent leur impuissance. Ce sont des fragments de vie poignants, déchirants et vrais. On les parcourt au fil des chapitres et on les recoupe les uns aux autres pour former un ensemble désarmant. La plume est cependant légère, tendre et acerbe. Elle répand au mieux sa vision d'une ville meurtrie, touchée par l'islamisation forcenée et le terrorisme aveugle. Le roman a un effet coup de poing assumé, son style vif et concentré ne laisse guère le temps de nous apitoyer. Mais l'auteur dépasse également la résignation en racontant sa ville martyre qui lutte pour survivre avec sa population qui continue de tomber amoureuse, d'étudier, de rêver, de flâner au bord de la mer, de multiplier les combines, de réciter des poèmes et d'écouter ses légendes. “Oui, cette ville était mystérieuse et bruyante. Mais il fallait en assembler les morceaux.” 
Un roman aux couleurs multiples et aux allures biscornues, qui s'apprivoise en douceur et qui s'apprécie dans la durée. L'ambiance, le cadre, les messages sont vivifiants malgré l'horreur décrite. 

« Tu as déjà vu l'impact d'une balle sur un pare-brise ? À partir du trou central s'étend une toile nette et précise saturée de minuscules cristaux. C'est une parfaite métaphore de mon monde, de ma ville : disloquée, belle, née d'une violence inouïe. »

 

Trad. de l'anglais (Pakistan) par Emmanuelle Aronson et Philippe Aronson [The Scatter Here is Too Great]

Collection Folio (n° 6227)

Parution : Décembre 2016

6 mars 2017

Pêle-Mêle : Ce que Zoé préfère - Cachés dans la jungle - Oh ! si j'avais un dinosaure

ce que zoe prefere

Zoé a huit ans et collectionne des pense-bêtes de toutes les couleurs qu'elle sème partout dans sa chambre. Car Zoé a la manie des petites listes, elle recense ainsi ses meilleurs amis, ses animaux favoris, les métiers qu'elle voudrait faire plus tard, les choses qui lui font peur, ses plus beaux rêves ou ses jouets préférés... Zoé dévoile ainsi ses émotions, ses secrets, ses passions, entre la tristesse d'avoir été trahie par sa meilleure amie, les papillons dans le ventre après avoir reçu un bisou d'un copain, la complicité mère et fille au moment du coucher, les vacances à la mer, les cabanes avec les cousins, les cocottes en papier ou les grosses bulles de chewing-gum, sans oublier la première crêpe qu'on retourne dans la poêle.

L'univers de Zoé est un cocon douillet et chaleureux, qui sent bon l'enfance, l'insouciance, le bonheur et la gourmandise. L'album est infiniment joyeux, léger et poétique. Ses illustrations et ses couleurs pastel rendent sa lecture attendrissante et pétillante ! C'est adorable. Et cela déculpabilise les maniaques des listes... de tous les âges ! 

Ce que Zoé préfère, de Marine Tasso & Séverine Assous

Actes Sud junior, 2017

 

caches dans la jungle

Dans la série des albums “Cherche & Trouve”, Peggy Nille nous propose de nous évader dans la jungle, à travers dix paysages spectaculaires, richement colorés et aux détails foisonnants. Au milieu de ces fastueux décors, le lecteur doit retrouver vingt animaux soigneusement planqués au milieu de la végétation luxuriante. On doit ainsi débusquer le léopard fainéant, le serpent siffleur, le rhinocéros farceur, les flamants amoureux, l'alligator rusé, la tortue rêveuse, le caméléon aimable ou le poisson volant. La présentation est déjà follement amusante, en apposant un adjectif à chaque bestiole, le casting n'en paraît que plus cocasse ! La lecture stimule avec pertinence le sens de l'observation de l'enfant, à travers cette plongée éblouissante et franchement excitante ! Un album aux couleurs éclatantes et aux détails fascinants.

Cachés dans la jungle, de Peggy Nille

Actes Sud junior, 2017

 

oh si javais un dinosaure

Quel enfant n'a jamais rêvé d'avoir pour compagnon un animal EXTRAordinaire ?! Mieux qu'un chien ou un chat, moins banal qu'un poisson, plus excitant qu'un hamster ou une souris. J'ai nommé, le dinosaure. Une sacrée bestiole, aussi grande qu'une maison. Ce serait incroyable de se rendre à l'école sur son dos, d'apprendre ensemble l'alphabet, de barboter dans le bassin, de courir dans la rue, de dormir ensemble après avoir lu une histoire...

Un album pétillant, par son graphisme coloré et son humour déjanté, qui nous entraîne dans l'imaginaire d'une héroïne adorable. Une lecture fantasque et facétieuse, qui fera glousser les enfants, en plus de les faire rêver ! À noter : en couverture, l'effet peau de dinosaure qui donne un aperçu du bonheur. ;-)

Oh ! si j'avais un dinosaure, de Gabbt Dawnay & Alex Barrow

Actes Sud junior, 2017 

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1 février 2016

Dossier 64 / Les Enquêtes du Département V (n°4), par Jussi Adler Olsen

DOSSIER 64

Les affaires roulent, pour notre équipe du Département V, qui a le vent en poupe. Même si, pour l'heure, leur principale préoccupation semble être de résister à l'épidémie de grippe qui sévit dans le commissariat, les vieux dossiers s'empilent sur les bureaux et réclament à cor et à cri leur attention. L'inspecteur Carl Mørck, toujours autant à côté de la plaque, voit ses vieux spectres resurgir, concernant la fusillade dont il a réchappé in extremis, contrairement à ses deux partenaires. Des zones d'ombre persistent, empoisonnent son existence et son moral, notre inspecteur est à cran, aussi cède-t-il de bonne grâce aux insistances de ses assistants, Assad et Rose, pour se préoccuper de la disparition, dans les années 80, de Rita Nielsen, une fan de Madonna, également connue pour vivre de ses charmes. Le département V l'ignore encore, mais cette affaire est plus que sulfureuse, voire carrément glauque et scandaleuse. Car elle va mettre à jour des pratiques honteuses de la médecine, avec la complicité des services sociaux et sous l'égide d'un parti politique extrêmiste. Il était une fois, l'île de Sprogø... où des filles paumées étaient envoyées dans un institut d'aliénées pour y subir, en plus des sévices corporels, des stérilisations forcées et des tortures mentales. Franchement, abject. Parmi elles, se trouvait la jolie Nete Hermansen, une victime abusée parmi tant d'autres, sauf que... Trente ans plus tard, Nete est résolue à se venger et décide d'inviter ses anciens bourreaux à prendre le thé, pour solde de tout compte. Accrochez-vous aux détails et aux descriptions dégoûtantes et méprisables... c'est assez tendu et démoralisant. Pour le reste, c'est avec grand plaisir qu'on suit les frasques de notre trio de choc - Carl et sa relation amoureuse avec sa psy sexy, Assad et ses nombreux secrets sur son passé et ses origines, Rose, fantasque et rebelle, dont on comprend un peu mieux les troubles de la personnalité... Bref. On ne s'ennuie pas. J'ai même trouvé que l'auteur s'éclatait davantage à dessiner son petit monde et privilégiait cette belle connivence, parfois au détriment de l'enquête qui décolle quelque peu tardivement. En tout cas, cette lecture a le goût des retrouvailles pittoresques et déjantées, avec une équipe complètement barrée, mais tellement attachante qu'il me tarde déjà de renouer avec. Les personnages sont, incontestablement, le point fort de la série.

Audiolib / Janvier 2016 ♦ Texte lu par  Julien Chatelet (Durée : 16h 51) ♦ Traduit par Caroline Berg (Journal 64) pour les éditions Albin Michel ♦ Sortie Le Livre de Poche, Janvier 2016 également. ;-)

Dossier 64   Challenge Nordique 2016

30 janvier 2016

Bilan du mois : Janvier 2016 ♪♫•*¨*•...•*¨*•♫♪

january2

Mes lectures, pour ce début d'année : 

♣ Avant toi, de Jojo Moyes

♣ Veux-tu m'épouser 100 fois ? de Holly Martin

♣ Ma grand-mère vous passe le bonjour, de Fredrik Backman

♣ Le monde caché d'Axton House, d'Edgar Cantero

♣ Birdman & Viscères, de Mo Hayder

♣ La mystérieuse affaire de Styles, d'Agatha Christie

♣ Cartes sur tables, d'Agatha C.

♣ Meurtre en Mésopotamie, d'Agatha C.

♣ Le comte du Monte-Cristo, d'Alexandre Dumas 

 

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Séries TV : 

2 Broke Girls (CBS 2011) série créée par Michael Patrick King & Whitney Cummings

Comme cette série était souvent associée à New Girl (avec Zooey Deschanel), la qualifiant de rendez-vous essentiel pour une rigolade assurée, j'ai mordu à l'hameçon... avant de me mordre les doigts. L'histoire est assez banale : Max et Caroline sont serveuses dans un Diner de Brooklyn, mais alors que la première a trimé toute sa vie pour joindre les deux bouts, la suivante est une princesse déchue des beaux quartiers (disons que son père un semblant de B. Madoff désormais en prison). Caroline est fauchée, mais pas désespérée, car son optimisme débordant lui fait entrevoir une nouvelle opportunité en comprenant que sa coloc de fraîche date est une pâtissière douée qui se sous-estime. Elle a un plan en béton et l'incite à accepter une association pour créer à deux une boutique de cupcakes.

On suit alors leurs aventures déjantées, au cours d'épisodes durant à peine une vingtaine de minutes, dans un bel esprit survolté. C'est peut-être efficace à petite dose, mais j'ai vite trouvé la série usante et répétitive, sans compter que les rires sur fond sonore et les sempiternelles gesticulations des actrices ont fini par me lasser. Ai donc vu la saison 1, bien apprécié les séquences humoristiques, mais n'ai pas embarqué sur le long terme.

Béguin assumé pour les personnages secondaires, Han (le proprio) et Oleg (le cuisinier obsédé). 😍

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cbs 2 broke girls super bowl commercial

 

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Scandal (ABC, 2012)  série américaine créée par Shonda Rhimes

Arf, Scandal... ou comment je peux être agacée par cette série et continuer de la regarder en pointant du doigt tous ses défauts mais enchaîner les épisodes, encore et encore, sans pouvoir me convaincre de cesser cette prise de tête. Peu emballée par la saison 1 (trop courte), j'ai malgré tout voulu donner une chance à la saison 2 et l'ai trouvée bien meilleure car plus consistante.

Olivia Pope est une brillante experte en relations publiques, réputée pour la gestion des crises, qu'elle contrôle avec une équipe de bras cassés, “ses gladiateurs”, composés d'avocats ou de détectives endurcis, ayant tous un passé bien chargé et une dette à vie envers leur patronne. Au départ, on s'intéresse donc à la conduite de dossiers épineux que le cabinet d'Olivia prend en charge en tentant de désamorcer la bombe... Et puis, l'histoire s'étoffe en révélant sa liaison sulfureuse avec Fitzgerald Grant, accessoirement président des Etats-Unis. Ahem, ahem. Ouais, c'est moche. Et surtout pas crédible. Car la série nous les présente comme des amants maudits qui passent leur temps à s'aimer et se déchirer, seuls contre le monde entier, en plus des magouilles politiques, des secrets, des pactes et des trahisons. Sauf que, voilà... Un, leur aventure amoureuse me gonfle royalement. Deux, la série est aussi truffée de clichés à la gomme (boire du vin à la bouteille ou se verser un verre d'alcool dès que tout va mal... c'est moi ou je vieillis?). Trois, Olivia Pope est super élégante mais ne sait pas marcher avec ses talons. Quatre, du suspense... enfin ! Et là je remercie les scénaristes d'avoir saisi la balle au bond en partant de Quinn Perkins vers Defiance et tout le tralala. Ça, c'était biiiien !!! 😚

 

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The Fall (RTÉ One/BBC 2, 2013)  série britannique créée par Allan Cubitt

bbc made by me gillian anderson the fall

Au départ, j'ai été totalement emballée par cette série. L'histoire se passe à Belfast, où sévit sournoisement un tueur en série qui traque des jeunes nanas ayant toutes le même profil, mais c'est seulement suite à l'arrivée d'une commissaire divisionnaire, envoyée de Londres, que l'affaire sera entendue et viendra mettre leurs services en alerte. Stella Gibbons est une femme séduisante, qui assume son sex-appeal en s'adonnant aux “douces nuits”, tout en cultivant un détachement émotionnel. L'étrangleur de Belfast, lui, est un type anodin, marié, père de famille, psychologue spécialisé auprès des personnes endeuillées. Le genre irréprochable, intelligent et au physique attrayant. La série ne fait pas de mystère sur son identité et nous réserve même le plaisir de partager ses traques et son mode opératoire. Super, ça fait pas flipper du tout, du tout. 😫

Jamie Dornan, dans son rôle, est terrible. Et la tension psychologique, franchement efficace. Par contre, sur le long cours, l'histoire prend du plomb dans l'aile et devient trop lente, trop déprimante, trop chiante. Sinon, j'ai bien aimé retrouver une Gillian Anderson magnifique, flic tenace et imperturbable, en attendant l'événement de 2016 = le retour de X Files ! ;-)

interview 2015 season 2 gillian anderson fg

 

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Homeland (Showtime, 2011) série créée par Howard Gordon & Alex Gansa
(d'après Hatufim, la série israélienne créée par Gideon Raff)

Après avoir gloutonné les deux premières saisons, menées à un train d'enfer, j'ai craint que la machine était grippée en démarrant la 3ème saison. Bon sang, qu'on en finisse avec les grimaces de Carrie, ses crises et ses délires obsessionnels pour Brody... Et puis, bim bam boum. La fille complètement bluffée. Un scénario drôlement bien futé. Je n'ai rien vu venir. L'histoire a réussi à me mener en bateau et, malgré quelques longueurs, a enchaîné surprises et ondes de choc en se bouclant avec brio. Après ça, impossible de bouder la saison 4. Il fallait que je sache... Et mazette, encore une fois, c'est chaud, c'est intense, c'est brûlant, c'est impitoyable. J'ai été à cran tout du long. Franchement, je l'ai trouvée excellente.

Je souffle un peu avant de regarder la saison 5 car je commence à devenir parano et voir des complots partout. 😋 

 

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The Americans (FX, Saison 2-2014) série créée par Joe Weisberg

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Ouh, que de souffrances avec cette saison 2 ! Non pas qu'elle soit mauvaise, mais j'étais simplement paumée au moment de la reprendre (j'ai regardé la saison 1 il  y a un an maintenant et j'avais honteusement oublié de nombreux détails). Bref. J'ai un peu galéré pour me mettre dans le bain, avant de bien accrocher. Je n'en fais pas non plus MA série fétiche, mais j'apprécie le contexte historique et les intrigues d'espionnage. 

Notre faux couple, Phillip et Elizabeth Jennings, a donc réussi à surmonter leur crise conjugale qui mettait en péril leur couverture d'agents du KGB. Tous deux ont réalisé que les sentiments avaient finalement pris le pas sur les apparences et devaient l'intégrer dans leurs missions, tout en préservant leur famille. Seulement, Paige, leur fille aînée, en pleine crise d'ado, fouine dans leurs affaires et trouve un refuge dans la religion, ce qui crée une ambiance d'enfer à la maison. Moscou va aussi mettre son grain de sel et rappeler au couple qu'ils ne sont pas maîtres de leur vie ni de leur progéniture. Ajoutez un indic qui part en roue libre, un couple d'illégaux qui va être sauvagement assassiné, un scientifique kidnappé qui implique le Mossad, et le voisin qui bosse au FBI, également en pleine tourmente sentimentale... C'est pire qu'une partie de poker menteur. Tout est faux, archi faux. Les dissimulations sont légion, les tromperies et les trahisons aussi. On perd vite son latin. Et puis la violence est gratuite, le sexe aussi (y'en a trop... ). Ce n'est pas un univers glamour et léger, au contraire c'est poignant, dramatique, avec des conséquences, souvent, terribles. Très démoralisant, tout ça. 

PS : J'aime bien le billet des inrocks qui parle d'une fiction chuchotée pleine d’une élégance discrète, efficace et déliée à la fois, parfois aux confins de la série B”. 😋

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 La suite, au prochain épisode ! ;-)

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