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Chez Clarabel
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7 octobre 2016

Divergente raconté par Quatre, de Veronica Roth

Divergente raconté par QUATREJ'ai une nouvelle fois profité du format audio pour me lancer dans cette lecture, alors que j'étais peu motivée pour lire les épisodes additionnels d'une série déjà ingurgitée et depuis longtemps digérée. Je m'interroge toujours sur la nécessité d'ouvrages dérivés, question business sans doute, car personnellement cela m'attire moyennement.
Autre excuse, je traversais une phase de nostalgie au moment de procéder au téléchargement sur Audible. Et cela a été favorable à ma lecture car j'ai pris un plaisir fou à retrouver les personnages de Veronica Roth, ainsi que son univers original, avant que celui-ci ne sombre dans le chaos. Bref.
L'occasion nous est donnée de faire connaissance avec un jeune Tobias Eaton, un garçon âgé de seize ans, martyrisé par son père, endeuillé par la disparition tragique de sa mère, franchement mal dans sa peau et résolu à se tirer de son gouffre. La cérémonie du Choix de la faction lui offre enfin la possibilité de s'échapper de son destin d'Altruiste pour conquérir sa chance chez les Audacieux. Adolescent solitaire et meurtri, il peine à se sociabiliser et accorder sa confiance aux autres. Pourtant, deux jeunes novices, Zeke et Shauna, s'attachent à lui, de même que son instructeur Amar, tandis que Eric le prend aussitôt pour cible à abattre et va cultiver sa jalousie avec méticulosité. 
Quatre va sortir de sa coquille et se familiariser avec de nouveaux acquis, on suit son parcours, sa formation, ses doutes et ses espoirs, en même temps qu'on le sent sensible à la politique environnante et soucieux des premiers frimas de sécession. Le personnage de Tris apparaît seulement dans la dernière histoire (Le traître) où l'on prend conscience, pour la première fois, d'émotions sincères et touchantes chez notre dur à cuire, de la possibilité d'une franche espérance chez cet éternel écorché vif et du tremplin pour la suite des aventures. 
En somme, c'est une lecture agréable, qui vient approfondir notre perception de la série Divergente, et plus particulièrement des personnages de l'ombre (Amar, Evelyn ou Max), de la vie de faction et des changements survenus dans l'initiation des novices, mais elle n'en demeure pas moins totalement accessoire à mon humble avis. 

Texte lu par Marine Royer pour Audible FR (durée : 6h 14) / Octobre 2015

>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible (uniquement disponible en téléchargement).

©2013 / 2014 / 2015 Veronica Roth. L'édition originale de ce livre a été publiée pour la première fois en anglais aux États-Unis aux éditions Katherine Tegen Books, HarperCollins Publishers, sous le titre Four: A Divergent Collection, Four: The Transfer: A Divergent Story, Four: The Initiate: A Divergent Story, Four: The Son: A Divergent Story, Four: The Traitor: A Divergent Story. Tous droits réservés.

Publié avec l'autorisation de HarperCollins Children's Books. / Éditions Nathan, pour la première édition. Traduction française par Anne Delcourt. (P)2015 Audible FR

Divergente raconté par QUATRE | Livre audio

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7 octobre 2016

Big Nate, star de la BD, de Lincoln Peirce

Rendez-vous incontournable pour les amateurs de lectures rigolotes avec leur héros star de la BD - qui n'est pas sans rappeler un certain Dégonflé !

Big Nate, star de la BD

Big Nate adore dessiner et passe son temps à gribouiller en classe, au grand mécontentement de ses profs. Aussi, le garçon est fou de joie d'apprendre la création d'un club de dessinateurs de BD dans son école. Seulement voilà, son conseiller lui impose de recruter des filles pour le club. À sa connaissance, seule Dee-Dee serait la candidate idéale. Mais la réputation de cette fille n'est plus à faire : elle est excessive et épuisante pour son entourage. Une tragédienne en constante représentation. Hmm... Mais imaginez Big Nate et Dee-Dee se rendre ensemble au bal du collège,  avec un pagne hawaïen pour lui et une choucroute de fruits sur la tête pour elle (à voir absolument, c'est hilarant !).
Ce soir-là, d'ailleurs, le collège est évacué dans l'urgence suite à un souci technique. Les voilà tous obligés de se rendre au collège voisin, réputé pour écraser la concurrence. Pff, Nate est désespéré en découvrant le niveau de leur club de dessinateurs de BD, ses espoirs s'effrondrent, il peut faire une croix sur le concours d'écriture qu'il rêvait de remporter. 
Ajoutez que, dans son malheur, le garçon s'est fracturé le poignet droit et porte un plâtre, avec interdiction de dessiner pendant un mois. C'est définitivement la louze. 
Cet épisode est clairement l'un des meilleurs de la série, en vous réservant une lecture drôlissime, avec des dessins qui font mouche, des répliques tordantes, des expressions amusantes, des situations rocambolesques, et tout, et tout. Sûr qu'on ne s'ennuie pas un seul instant avec Nate et ses potes ! C'est toujours aussi délicieusement cocasse, sans prise de tête. Du divertissement bénéfique pour des lecteurs qui réclament des histoires simples mais efficaces.
 ☺

Traduit par Jean-François Ménard pour Gallimard Jeunesse

Repris en Collection Folio Junior - N°1770  /  Septembre 2016

3 octobre 2016

Phobos : Il est trop tard pour regretter, de Victor Dixen

Phobos1

J'ai profité de l'édition audio proposée en exclusivité sur Audible pour découvrir cette nouvelle série de Victor Dixen, dont j'avais déjà beaucoup apprécié Animale, la malédiction de Boucle d'Or. Cette fois, on plonge dans un univers aux émotions fortes garanties avec un voyage cosmique qui vend de l'amour et du danger à bord, ce qui promet une immersion brûlante dans les étoiles ! 
Six filles et six garçons ont été sélectionnés pour partir sur Mars, dans le cadre du Programme Genesis, un jeu de télé-réalité qui consiste à former des couples pour implanter une colonie sur la planète rouge. Les douze prétendants ont donc cinq mois pour se séduire “et choisir le partenaire avec qui enfanter” au cours de séances de speed-dating, derrière une paroi vitrée, car garçons et filles vivent dans des compartiments séparés, mais sous l'œil de caméras embarquées.
Zoom instantané sur Léonor, la sculpturale rousse, au caractère volcanique et farouche, qui cache aussi de nombreux complexes. Orpheline de dix-huit ans, elle porte de lourdes cicatrices traumatisantes, liées à son enfance malheureuse et rejetée. Depuis, Léonor a développé une attitude de défiance et a opté pour une stratégie psychorigide pour aborder son aventure, même si deux garçons ne vont pas tarder à percer sa carapace et la toucher plus que de raison. 
L'héroïne n'est pas l'unique cas d'école dans ce casting taillé sur-mesure, où défilent des personnalités qui semblent toutes sortir du même moule (famille dysfonctionnelle, stigmates, plaie béante, besoin d'une seconde chance). Bref. On ne tombe pas de haut à la lecture des révélations prodiguées, mais ce choix de retenir des candidats aux abois est proprement délibéré de la part de la productrice de l'émission. Serena McBee, la figure médiatique qui cristallise tous leurs espoirs, est en effet animée d'une ambition dévorante, comme il apparaîtra vite dans le déroulement de l'histoire, en dévoilant l'envers du décor avec ses plus féroces abjections.  
Voilà qui fait miroiter une lecture palpitante et jouissive, qui se réserve aussi le droit de nous servir des clichés sur plateau doré, avec des personnages gnangnan et des intrigues qui ne risquent pas de nous défriser, mais c'est le pari à prendre en YA. Malgré tout, j'ai été agréablement surprise par ma lecture. Une lecture qui a su littéralement me “happer” et m'entortiller dans ses grosses ficelles. C'était résolument excitant. J'avais beau souffler, rouspéter, froncer les sourcils, je refusais néanmoins de lâcher l'affaire. J'étais comme le poisson dans l'eau, complètement ferrée.
Et diantre que c'est bien fichu ! Douze jeunes gens qui partent la fleur au fusil, avec des rêves d'amour plein la tête, puis qui comprennent dans quel traquenard ils sont tombés, hélas tardivement. On devient alors ce téléspectateur derrière son écran, avide de sensations nouvelles, se demandant qui décrochera la première étoile dans chaque classement, s'attendant à des interactions impétueuses, se demandant jusqu'où notre vilaine de service va tisser sa toile pour piéger davantage de nigauds, spéculant sur l'issue du voyage avant de pester contre ce point final qui survient au moment crucial. Bah voyons.
Je suis donc en train d'écouter le deuxième épisode, 
Phobos : Il est trop tard pour oublier (Phobos 2). ^-^

Texte lu par l'adorable Maud Rudigoz pour Audible FR / Juillet 2016  (durée : 11h 36)

©2015 Robert Laffont (P)2016 Audible FR

Phobos : Il est trop tard pour regretter (Phobos 1) | Livre audio

>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible (uniquement disponible en téléchargement).

Le premier tome de la nouvelle série de Victor Dixen, double lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire.

23 septembre 2016

Agatha Christie, le chapitre disparu, de Brigitte Kernel

Agatha Christie, le chapitre disparu

Au cours de l'hiver 1926, déjà éprouvée par le décès de sa maman, Agatha Christie découvre la liaison de son mari Archie avec sa secrétaire et se sent trahie. L'écrivain s'effronde, n'envisage pas le divorce et quitte le domicile sur un coup de tête. Au volant de sa Morris Cowley, Agatha prévoit de se jeter dans l'étang de Silent Pool, mais le destin va en décider autrement. Agatha Christie va alors mettre en scène sa disparition avant de se planquer au Swan Hydropathic Hotel à Harrogate dans le Yorkshire. Pendant dix jours, l'épouse bafouée va changer son apparence et prétendre être Teresa Neele, une veuve sud-africaine, tandis que la presse se déchaîne en faisant les gros titres de la mystérieuse disparition de l'éminente Agatha Christie ! Assassinat ou kidnapping, les spéculations n'en finissent plus de pleuvoir. Le colonel Archibald Christie est sous les feux de la rampe, suspecté d'être un maillon de la chaîne, après la révélation de sa relation adultérine avec la jeune Nancy Neele. Quel scandale ! Mais Agatha n'exulte pas dans son coin. Repliée dans sa chambre d'hôtel, l'écrivain est au plus mal. Malheureuse, déboussolée, trompée, et malgré tout amoureuse, elle se console dans l'écriture d'un roman sentimental (Loin de vous ce printemps, qu'elle publiera sous le pseudonyme de Mary Westmacott). Elle prétend aussi souffrir de pertes de mémoire et anticipe déjà sa sortie de scène. Car le temps est compté, même si la reine du crime a humilié publiquement son mari et la police, elle a encore toutes les cartes en main et compte bien jouer son dernier atout ! 

Brigitte Kernel s'empare du chapitre V de l'autobiographie d'Agatha Christie, ce fameux chapitre V qui évoque sa disparition en décembre 1926, et au sujet duquel elle n'entend éclaircir aucun point. C'est le chapitre fantôme ! À partir de là, B. Kernel se glisse dans la peau d'Agatha pour reconstituer les heures sombres et dramatiques de son passage à vide. Le but n'est pas de crier victoire en tirant des conclusions personnelles, chacun est amène de juger si ce portrait de la romancière anglaise correspond à ses attentes. En ce qui me concerne, j'ai fortement apprécié l'idée, le subterfuge, la dérobade ! L'image d'Agatha est certes moins rigoureuse, femme fragile et borderline, avec un penchant pour le mélodrame. Toutefois, cette histoire qui mêle amour, vengeance et manipulation a fait d'Agatha Christie l'héroïne de sa plus belle énigme et peut se targuer d'être LE mystère qui ne sera jamais pleinement élucidé. Le reste n'est que littérature. Brigitte Kernel, en tant que romancière, s'est emparée du sujet avec beaucoup de tact et de classe. En tant qu'interprète, elle livre aussi une belle prestation et on reconnaît là son expérience de dame de la radio !  Très bon à lire, ou à écouter ! 

Texte lu par Brigitte Kernel - durée : 5h 13

©2016 Flammarion (P)2016 Le Livre Qui Parle

Agatha Christie, le chapitre disparu : La reine du crime a-t-elle été kidnappée ? | Livre audio

>> Livre audio disponible en exclusivité sur Audible (uniquement en téléchargement).

 

 

« Voilà, le livre est fini. J’ai posé le point final. Le titre : Une autobiographie. Je ne me sens pas très à l’aise. Mon éditeur va s’en rendre compte… Des pages manquent : ma disparition à l’hiver 1926. Pourtant, j’ai bien écrit ce chapitre. Des pages et des pages, presque un livre entier. Mon secret. Ma vie privée. Une semaine et demie qui n’appartient qu’à moi. »

 

 

 

 

27 septembre 2016

La Vérité sur Anna Klein, de Thomas H. Cook

la vérité sur anna

Pour avoir fortement apprécié Dernière conversation avec Lola Faye, je me faisais une joie de commencer cet autre titre de Thomas H. Cook brassant les thèmes d'espionnage, de duperie et de trahison sur fond de guerre. De plus, l'histoire se propose de nous entortiller à nouveau entre le présent (New York, 2001) et le passé (1939) alors que le narrateur, Thomas Danforth, se livre à une confession fleuve auprès d'un jeune homme attentif. Ce procédé avait préalablement su me régaler, tant il avait réussi à me tenir en haleine, à force de révélations et autres rebondissements étourdissants. Las, cette fois la recette n'a pas produit le miracle attendu et m'a un peu embrouillée avec une histoire longue et lassante.
En 1939, l'existence de Thomas Danforth est déjà gravée dans le marbre. Fiancé et héritier des affaires familiales, il est alors contacté par un ancien copain qui lui demande un service : prêter sa maison de campagne pour accueillir une jeune femme, afin de la préparer à une formation secrète pour servir un Projet d'envergure (assassiner Hitler). En rencontrant Anna Klein, Thomas est aussitôt troublé, charmé, prêt à tout quitter pour suivre ses camarades dans leur mission suicidaire. Sans surprise, le Projet va capoter et entraîner la mort de nombreux complices. Anna elle-même est portée disparue, après avoir été arrêtée et molestée par la Gestapo. Danforth refuse toute évidence et va se lancer dans une périlleuse enquête pour la retrouver. 
J'avoue avoir été séduite par les prémices de l'intrigue et emballée par la construction du roman. L'auteur a tissé un voile épais autour du personnage d'Anna Klein, la femme aux mille visages. Toutes les spéculations courent à son sujet, et le mythe s'installe. Mais l'émotion manque au compteur. À aucun moment, je n'ai été touchée par la pièce sentimentale jouée par le couple de Danforth et Anna K. ni fébrile quant au sort qui leur est destiné. On ne nous laisse guère dans l'expectative. Et lorsque survient le dénouement, je n'étais plus du tout surprise. En bref, la lecture a été longue et redondante. Elle a pêché par excès d'effets de style et échoué tristement à m'embarquer sur la distance. J'attends néanmoins le prochain titre avec impatience - Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur, disponible en octobre. 

Texte lu par Marc Henri Boisse pour les éditions Sixtrid - Juin 2016 (durée : 11h 04)

Traduction de Philippe Loubat-Delranc pour les éditions Points Roman Noir 

La vérité sur Anna Klein

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28 septembre 2016

Highland Fling, de Nancy Mitford

highland flingQue d'ironie dans cette comédie anglaise, qui nous fait croiser un tas de personnalités sottes et caricaturales à un point ! ... C'est délectable, j'avoue.
Albert Gates est un jeune artiste incompris, après deux années d'exil à Paris, il rentre à Londres auprès de ses amis Walter et Sally Monteath. Ces deux-là vivent d'amour et d'eau fraîche. Lui est poète, elle est pimpante, mais leur rente commune ne suffit pas à subvenir aux besoins de leur train de vie dispendieux. Aussi, lorsque sa tante Madge l'informe être dans l'incapacité de recevoir ses hôtes pour leur traditionnelle partie de chasse à la campagne, dans leur château écossais, Sally se fait une joie de la remplacer au pied levé. Leur amie Jane Dacre, une jeune célibataire un peu fleur bleue, fille d’aristocrates, se joint à la compagnie. Et la farce peut commencer. Albert et Jane vont rapidement scandaliser ces vieux Lords et leurs épouses aux manières compassées par leurs propos indécents ou leur absence de convenances (cf. le pique-nique gloutonné dans le dos des convives avant de prétendre l'avoir égaré en conduisant, les critiques sur les militaires et leurs excentricités à conter fleurette). Tant de désordre offusque notre assemblée conformiste et c'est tout l'art de Nancy Mitford de tailler des dialogues piquants et savoureux qui rendent les échanges fabuleusement cocasses !
Paru en Angleterre en 1931, Highland Fling est en fait le premier roman de l'auteur. Et celui-ci révèle déjà son penchant pour épingler ses contemporains en usant d'un humour mordant qui pique sournoisement cette bonne soirée bourgeoise de l'entre-deux-guerres, à la fois celle soucieuse des traditions, mais aussi celle frivole et inconséquente. On découvre là une représentation tendre, drôle et cruelle du faste et des frasques de ses pairs oisifs et capricieux dans un roman certes perfectible, et néanmoins délicieux. 

Traduit de l’anglais par Charlotte Motley pour Christian Bourgois Editeur

Repris chez 10/18 - Août 2016

14 septembre 2016

Les Royales Baby-sitters Tome 1 : Les bébés, ça pue ! de Clémentine Beauvais

Les Royales Baby-sitters

Anna et Holly rêvent de se payer des vacances intergalactiques, mais doivent se trouver un job d'été pour remplir leur tirelire. Et quelle aubaine justement ! Le roi et la reine de Brittonie ont un besoin urgent d'embaucher une baby-sitter pour leur journée annuelle de vacances. Six bébés turbulents à nourrir, promener, changer et surveiller... car ils ont vite fait de gambader à toute allure.
Anna et Holly n'ont pas le temps de dire ouf qu'elles débarquent au palais et prennent connaissance de leurs tâches à accomplir. Les jeunes filles n'ont guère d'expérience en la matière, mais comptent bien ne pas démériter (et empocher leur salaire mirobolant).
Elles font également la rencontre du Prince Pépino, l'héritier du trône, qui est complètement obsédé par les glaces et qui refuse de lever le petit doigt pour s'occuper de ses petits frères. Et déjà les nourrissons s'époumonnent dans leurs berceaux pour réclamer leur pitance... Les filles vont bien s'amuser ! ^-^
Et pour ajouter du piment à cette joyeuse cacophonie, arrive sur mer l'armada du roi de Danelandie, Oroméoroméo, avec Monstre marin, zeppelin et oiseaux-mouches de haute précision en artillerie lourde. Tous aux abris !
Quelle farce ! quelle aventure ! L'humour s'éclate à chaque coin de page, c'est complètement barré, complètement loufoque, avec des jeux de mots aux petits oignons, des tranches de vie improbables, des situations ubuesques, et des solutions tout aussi miraculeuses, qui prêtent grandement à sourire. Oui, cette lecture donne la banane.
Il y a une inventivité dans l'histoire, qui ne laissera pas insensible le jeune lecteur. Tout est osé, exagéré, le trait forcé. Et c'est ça qui plaît. La démesure, le grand-guignolesque, le farfelu, le comique, le cocasse. L'auteur a tout compris.
Clémentine Beauvais est française mais vit en Angleterre depuis plusieurs années, où elle s'est vraisemblablement nourrie d'un humour pince-sans-rire et d'une fantaisie à la sauce dahlienne. ;-) Cela décoiffe, ça gesticule, cela se bouscule, et toute cette belle énergie est concentrée dans ce petit roman original et drôle, où les illustrations facétieuses et la folie douce ont trouvé leur terrain d'entente.  

Traduit par Amélie Sarn pour Hachette (2015) ♦ Repris au Livre de Poche / Juillet 2016

Illustrations de Becka Moor

 

9 septembre 2016

Piégés dans le Yellowstone, de C-J Box

Pieges dans le yellowstone

En découvrant le corps calciné de son parrain, retrouvé dans l'incendie de son chalet, Cody Hoyt refuse les conclusions officielles qui optent pour un suicide et décide de mener son enquête contre l'avis de son collègue Larry mais aussi contre sa hiérarchie. Abattu et désabusé, notre flic replonge dans l'alcool, son attitude dépasse les bornes et entraîne une mise à pied immédiate, seulement Cody Hoyt ne baisse pas les bras et choisit de partir seul en expédition dans le parc du Yellowstone sur les traces d'un groupe de randonneurs, parmi lesquels se trouve son fils Justin. Au cours de ses investigations, des indices ont conduit à suivre cette piste car tout semble supposer qu'un tueur en série figure parmi cette équipée. Le temps est compté, d'autant plus que les cadavres vont se ramasser à la pelle ! Cette chevauchée, alimentée par le désespoir d'un homme brisé, est autant une course contre la montre qu'une chasse à l'homme captivante et rondement menée. Les chapitres racontant le périple de Cody s'entremêlent au parcours des excursionnistes, avec tout ce qu'une vie en communauté implique (des adolescentes grincheuses, leur père qui se plie en quatre pour les satisfaire, la cowgirl chargée de fouiner dans les affaires des clients pour satisfaire la curiosité de son patron, celui-ci bouscule ses habitudes en empruntant un nouveau sentier, des couples sont en perte de vitesse, d'autres se forment, des amants s'évaporent dans la nature, des chevaux aussi disparaissent, des bruits étouffés surgissent dans la nuit, peut-être des ours ou pas seulement...). Vraiment, on se croirait dans un bon western bourré de suspense car l'ambiance est admirablement dépeinte, on a les deux pieds dans l'histoire, comme une veillée autour d'un feu de camp, on se laisse embarquer dans cette aventure fourmillante de dangers et de meurtres. Et on n'est pas loin d'une ambiance à la Agatha Christie en voulant démasquer le coupable parmi les randonneurs ! C'est très excitant, le personnage du flic bourru est fidèle au rendez-vous (et sera reconduit dans un prochain livre : Au bout de la route, l'enfer). L'histoire est passionnante, à lire ou à écouter, car l'interprétation faite par Nicolas Justamon pour Sixtrid est aussi entraînante et s'accorde au bon tempo de l'intrigue (seules les voix des adolescentes sont loupées). Ce livre de C.J Box a su me faire voyager et frissonner sans prendre trop de risques. Un compromis parfait ! 

Texte interprété par Nicolas Justamon pour Sixtrid (durée : 12h 33) - Mars 2016

Traduit par Freddy Michalski pour les éditions du Seuil (2013) - Repris en poche chez Points Policier

 

17 septembre 2016

Écoutez lire : Matilda, de Roald Dahl

Matilda

À cinq ans, Matilda Verdebois est une petite fille très éveillée, véritable dévoreuse de livres, douée en mathématiques et en orthographe. Elle se fait pourtant toute discrète à la maison, car ses parents ne conçoivent pas la vie sans une série télévisée et la rabrouent souvent de ne pas être à leur image. 
Mlle Candy, son institutrice, détecte tout de suite son potentiel hors du commun et décide de la prendre sous son aile. Mais il faut d'abord composer avec le caractère coriace de Mlle Legourdin, la directrice de l'école, qui déteste les enfants, les nattes, les jupes plissées et les grandes oreilles. Elle prend aussi un plaisir sadique à persécuter les élèves en les humiliant publiquement.
Personne ne pipe mot. Cette femme est tellement immonde qu'elle est redoutée de tous, même les parents n'ont pas conscience de l'énormité de sa cruauté. Matilda est sidérée, tant et si bien qu'elle développe un don de télékinésie qui pourrait bien servir ses petites affaires... ^-^

L'histoire étale joyeusement l'esprit perfide et méchant des adultes, avec moult détails sur les tortures infligées aux enfants (tirer les oreilles, punir au coin sur un pied, réciter sa table de multiplication à l'envers, jouer du javelot avec les tresses, avaler un gâteau au chocolat en entier...). C'est féroce, mais cocasse. Les jeunes lecteurs l'ont d'ailleurs compris, en plébiscitant l'héroïne de ce roman délectable. 
Car Matilda est une fillette extraordinaire, qui compense sa malchance d'avoir deux parents crétins par un tempérament doux et avenant (même si la demoiselle sait faire preuve de rouerie pour les tourner en bourrique). Ça et la lecture de Dickens qu'elle affectionne par-dessus tout. Témoin de tant de malice, elle va s'improviser justicière de l'ombre et déployer ses super-pouvoirs ! 

La lecture faite par Christian Gonon, accompagné de 7 autres comédiens (Isabelle de Botton, Anne Canovas, Laetitia Godes, Amélie Gonin, Sarah Haxaire, Sandrine Le Berre, Thierry Pietra) est pleine de vie, guillerette et entraînante (superbe orchestration musicale). On retrouve dans ce livre l'humour mordant de Roald Dahl, sa fantaisie, sa moralité, ses fanfaronnades et une vision affligeante du monde des adultes. Hop, hop, hop... Le comique se substitue au terrible. On chasse les grimaces, on range les grincements de dents et on se réjouit du tournant des événements.
Public conquis. Applaudissements dans la salle.

Gallimard Jeunesse, coll. Ecoutez Lire - Juin 2016 pour la présente édition

Titre disponible en Folio junior n° 744

 

 

 

15 septembre 2016

Dear You - saison 1, par Emily Blaine & Jessica Monceau

Dear you

Après l'écoute de l'épisode 1, mis à disposition gratuitement sur toutes les plateformes de téléchargement légal, j'avais disposé d'un peu plus d'1 heure 30 pour me familiariser avec cette romance à succès. C'était bien trop court pour juger du potentiel addictif de l'intrigue, aussi j'ai patienté jusqu'au mois d'août pour me lancer dans cette première saison, préalablement publiée sous trois épisodes. En livre audio, forcément. 

Kathleen est concierge dans un palace, où elle s'applique à satisfaire les desiderata d'une riche clientèle exigeante. La jeune femme est célibataire, vit loin de sa famille, a très peu d'amis pour lui tenir compagnie, aussi consacre-t-elle facilement tout son temps au boulot. Son seul pêché mignon consiste à dévorer les petites annonces du New Yorker en rêvant du jour où l'une de ses bouteilles à la mer lui serait destinée. Sa routine bascule lorsque débarque Andrew Blake au Peninsula. Ce magnat de la presse impose très vite sa puissance et son assurance, Kathleen n'est pas totalement insensible à son charme mais se planque derrière son professionnalisme. Attention danger. Frontière à ne pas franchir. Et puis, elle vient d'accepter l'invitation de son nouveau collègue Dan. Un peu de lâcher prise dans son existence bien sage et trop calme. Mais Andrew Blake accentue également ses efforts pour lui plaire et use sans vergogne de son pouvoir pour obtenir ce qu'il veut.

La ligne générale est certes assez classique, l'histoire est simple, sans surprise, mais non moins charmante. On retrouve tous les codes du genre sentimental, ses clichés, son scénario bien rodé, ses personnages convenus et autres stéréotypes familiers. Cependant, la touche est fraîche, moderne, assez pétillante. Les dialogues sont naturels et spontanés. Je n'avais pas trop envie de rouler des yeux à tout bout de champ. Et puis, c'est une création française... cocorico ! Cerise sur le gâteau, pour la présente édition : la douce voix de Jessica Monceau, qui nous fait passer un très agréable moment. La deuxième saison est, par ailleurs, déjà disponible sous le même format. Il n'y a plus qu'à...

Texte lu par Jessica Monceau (durée : 8h 12) - Audiolib, août 2016

 

6 septembre 2016

Le Camp des morts, de Craig Johnson

Le camp des morts

La vieille Mari Baroja est retrouvée morte à la maison de retraite, où l'ancien shérif Connally séjourne également. Il prend la liberté de réclamer une autopsie et d'ouvrir une enquête auprès de son successeur, Walt Longmire. Il est en effet convaincu que la victime a été empoisonnée. Longmire chipote, mais fait confiance en l'instinct de son ancien chef. Certes, celui-ci avoue avoir été le premier grand amour de la vieille Mari et aurait connu une brève escapade amoureuse, laquelle a été écourtée par sa famille, des immigrants d'origine basque, qui ont privilégié un mariage de convenance pour étouffer le scandale. Longmire va ainsi se plonger dans le passé d'une communauté fermée aux autres et ouvrir une boîte de Pandore, avec des non-dits et des secrets bien enfouis. Plus il avance dans son enquête et rassemble les preuves, plus il se heurte à de nouveaux meurtres sanguinaires. Toutes les victimes ne sont pas non plus de saintes personnes, mais il n'empêche que notre affaire se complique. Pour Walt Longmire, ce travail de fourmi est comme un coup de pied aux fesses qui lui fait presque oublier ses propres fantômes. Et c'est bien pour ça que la lecture dégage autant de charme et d'attrait. On s'attache à ses personnages cabossés, à leur humour mordant, à leurs parcours jamais tracés en ligne droite, aux nouvelles rencontres, aux potes fidèles, au contexte de cette Amérique profonde, avec ses shérifs aux méthodes rustres et au cœur tendre, aux conditions météorologiques intransigeantes, le froid, la neige, les routes glissantes... Le pays des cowboys est une terre promise à conquérir par une volonté farouche et inflexible ! ^-^ L'intrigue criminelle ne prend donc pas toute la place et rend hommage aux figures qui la composent. C'est très, très bon. Super dépaysant. De plus, Jacques Frantz, le lecteur pour Sixtrid, nous embarque par la force de sa voix rauque dans cette contrée du bout du monde où chaque pièce du décor semble être sortie d'un tournage de cinéma. Cette lecture nous imprègne en moins de deux minutes, il n'y a qu'à fermer les yeux et croire en l'impossible, comme se téléporter dans les grandes plaines de solitude et contempler la beauté des environs... 

Texte interprétré par Jacques Frantz pour Sixtrid - durée : 11h 41 / Juin 2016

Traduit par Sophie Aslanides pour les éditions Gallmeister (Death Without Company)

 

13 septembre 2016

Moi, Boy et plus encore, de Roald Dahl & Quentin Blake

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À lire ou relire... le récit de l'enfance de Roald Dahl dans une version enrichie de lettres, photographies, anecdotes et textes inédits !

Tout commence par l'installation de son père, venu de Norvège, à Cardiff où il fait fortune. Roald grandit au sein d'une famille nombreuse et unie, malgré les coups durs et les aléas de la vie (la mort du père, le choix de la mère-courage à déménager dans une demeure plus modeste et tenir sa promesse d'envoyer les enfants dans des écoles anglaises). C'est l'histoire aussi des fabuleuses vacances en Norvège, des premières promenades en voiture, sans besoin de passer le permis, des petites bêtises pour se venger de l'épicière revêche (en glissant une souris morte dans un bocal à bonbons), ou comment s'interdire de manger des bâtonnets de réglisse pour ne pas attraper la maladie du rat, l'art et la manière de se payer la tête du petit copain de la frangine en lui donnant du tabac de chèvre à fumer, rapporter les sévices corporels et trembler devant un professeur rouquin, à la grosse moustache, ou passer des heures à bouquiner aux WC pour lui réchauffer la cuvette...

À travers le récit de ses aventures, on découvre un jeune Roald Dahl qui ressemble étonnamment aux héros de ses livres (lire son chapitre sur le Chocolat, qui a tout lieu d'être la genèse de Charlie). La lecture de ses mémoires est donc un formidable pèlerinage en enfance, au pays des souvenirs, également un voyage dans le temps (l'époque des années 20) à travers une composition intime et pleine de délicatesse. Ce sont ainsi autant de moments joyeux, insouciants et poignants (la douloureuse expérience des pensionnats anglais, l'éloignement, l'enseignement rigoureux et les châtiments corporels...) que l'on découvre en savourant les petits extras que Felicity Dahl a choisis précautionneusement pour doter la présente édition. La plupart des archives étaient abritées au musée de l'auteur (à Great Missenden) et viennent apporter à la lecture une complicité en partageant des photos et autres documents personnels. La lecture conserve toute la fraîcheur et l'impertinence de la jeunesse, car c'est en puisant dans son légendaire sens de l'humour et une bonne dose de tendresse que Roald Dahl s'est livré à cet exercice réjouissant de l'introspection.

Traduit par Janine Hérisson & Jean-François Ménard pour les éditions Gallimard Jeunesse / Septembre 2016

«Une vie sans boutiques de confiseries ni bonbons ne vaudrait pas vraiment la peine d'être vécue...»

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5 septembre 2016

Mémoire cachée, de Sebastian Fitzek

Mémoire cachée roman

Le point de départ de ce thriller évoque celui de La Mémoire dans la peau, de Robert Ludlum, mais aussi L’Armée des 12 singes, de Terry Gilliam. Un type se réveille dans Berlin, blessé et amnésique. Il ne sait plus qui il est (le nom Noah est tatoué dans sa paume droite). Il n’a aucune idée d’où il vient. Il ignore pourquoi il se trouve à Berlin mais comprend rapidement qu'il est en danger. Recueilli par Oscar, un sans-abri, il part avec lui en quête de son destin.

Au même moment, à Manille, un foyer de grippe se déclare, qui bientôt se transforme en pandémie. La planète entière est touchée. Les aéroports de New York sont placés en quarantaine. On compte les victimes par dizaines de milliers. Et la psychose s'installe. Un groupe d’extrémistes semble s'en frotter les mains, quand la question soudain se pose : Noah est-il complice ou victime ?

Le début de l'intrigue est redoutable : suspense, rythme, mystères et rebondissements font du roman un rendez-vous appréciable, qui surprend, qui accroche et qui tient en haleine. J'ai pendant longtemps été interpellée par les ressorts de l'histoire, dont l'intensité dramatique est remarquable (un héros frappé d'amnésie, des tueurs à ses trousses, une pandémie de grippe galopante = jackpot gagnant). 

Les événements s'enchaînent sur une cadence régulière et soutenue. Puis, l'ensemble s'essouffle et se noie en détails improbables, en explications lentes, longues et laborieuses. D'où une petite déception qui déteint sur l'enthousiasme d'entrée de jeu. Mauvais point aussi sur la place que prennent les rôles féminins dans l'intrigue : de simples potiches, sujettes à leurs troubles hormonaux. Pff.

La version audio est lue par Alexandre Donders, très bon dans sa lecture, son intonation des voix, son interprétation des rôles, veillant à ne pas se ridiculiser avec les voix féminines. Une lecture appréciable, qui aurait été plus percutante avec un dénouement moins abscons.

Traduit de l'allemand par Céline Maurice pour L'Archipel (2016).

>> Ce livre audio en exclusivité sur Audible - uniquement disponible en téléchargement.

Texte lu par Alexandre Donders (durée : 15h 41)

Mémoire cachée

 

 

30 août 2016

Agatha Raisin enquête : La Quiche fatale & Remède de cheval, de M. C. Beaton

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Quelle exquise série ! Agatha Raisin est une héroïne hors pair, fantasque, fonceuse, décidée à tout péter dans ce petit village des Cotswolds où elle vient de s'installer, quittant une vie londonienne bouillonnante d'activités et une brillante carrière au sein de son agence de communication.

C'était son rêve de toujours de s'acheter un cottage à la campagne pour y couler une retraite à la hauteur de ses espérances. Las, son adaptation à la vie de Carsely n'est pas un franc succès. Les autochtones sont excessivement polis mais distants. Agatha a beau multiplier les efforts d'intégration, rien n'y fait. Elle se sent seule, isolée et elle s'ennuie. Son dernier espoir consiste à participer à un concours de quiche - qu'elle court acheter chez un traiteur à Londres. Or, peu après sa dégustation, le président du jury meurt empoisonné ! Agatha jure ses grands dieux qu'elle est innocente et avoue honteusement sa supercherie. L'enquête tourne court, mais contrarie notre héroïne qui cherche à démontrer au jeune agent Bill Wong qu'un véritable crime vient d'être commis à la barbe de tous. Cette chère Agatha met les pieds dans le plat, tout en culot et en maladresse, pour nous régaler de son histoire décapante et savoureuse.

Un cozy mystery pur jus, planté dans un décor de carte postale, avec des personnages toqués, de l'humour et une intrigue pétaradante. Un régal ! 

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Et donc, j'ai enchaîné avec le deuxième tome des aventures d'Agatha Raisin (Remède de cheval). ^-^

Après bien des déboires et des hésitations, Agatha a choisi de rester à Carsely. La présence de son nouveau voisin, James Lacey, qui affiche prestance et célibat, n'est pas sans influencer notre héroïne qui n'est plus à une excentricité près (s'envoler aux Baléares en imaginant des vacances en tête-à-tête !). Evidemment, son manque de tact effarouche notre ermite, déjà alarmé par les excès de prévenance des dames du village. James n'entend pas se caser et s'enferme chez lui pour rédiger ses mémoires militaires, mais affronte le syndrome de la page blanche, tout en contemplant derrière le rideau de ses fenêtres les allées et venues de sa voisine hyperactive.

Agatha vient en effet de rallier les rangs des abeilles butineuses agglutinées dans la salle d'attente du nouveau cabinet de vétérinaire. En effet, Paul Bladen est plutôt bel homme, avec son regard pénétrant et des mains sensuelles, en plus d'être célibataire. Justement, Agatha trouvait que son chat était en petite forme. Raison de plus pour consulter le véto au plus vite... Ses efforts ne seront d'ailleurs pas vains, puisqu'elle décroche un rendez-vous galant auquel elle ne pourra se rendre en raison d'une tempête de neige exceptionnelle. Mais elle s'accroche. Et nous offre des séquences hilarantes qui prouvent que le ridicule n'existe pas. 

L'annonce de la mort de Paul Bladen va forcément troubler la communauté de Carsely, principalement sa population féminine, frileuse à l'évocation de son assassinat, embarrassée de quelques secrets peu avouables. Pour l'occasion, Agatha va s'allier à James pour rompre leur routine et rendre service à l'agent Wong. Notre duo de choc se livre à une enquête de terrain particulièrement piquante et cocasse (lire la scène des WC du pub pour s'en convaincre) et pare ainsi ce volume d'anecdotes truculentes et enlevées.

Encore une lecture de confort, pour les amateurs de meurtres à l'anglaise, qui doit aussi son succès à la personnalité haute en couleurs de son héroïne. À suivre avec grand plaisir ! 

Traduit par Esther Ménévis pour les éditions Albin Michel (Juin 2016)

La suite est déjà prévue en Octobre : Pas de pot pour la jardinière (T.3) et Randonnée mortelle (T.4)

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1 septembre 2016

Les Enquêtes de Mary Lester : Les Bruines de Lanester & Les Diamants de l'archiduc, de Jean Failler

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Mary Lester vient de décrocher son premier poste au commissariat de Lorient et anticipe la perspective d'enquêtes trépidantes. Las, la jeune femme est renvoyée dans son bureau, chargée de consigner des plaintes quelconques. Son capitaine n'est pas d'une grande ouverture d'esprit quant à la présence féminine dans ses bureaux. Mary ronge son frein et s'applique aux exigences administratives mais n'en espère pas moins un miracle quand on retrouve un clochard noyé dans le Scorff, puis quand une jeune épouse éplorée vient signaler la disparition de son compagnon. Deux affaires louches en moins de temps qu'il n'en faut pour dire chic. Mary est prête à bondir dans son Austin pour mener une enquête de terrain, seulement le capitaine Amédéo la rappelle à l'ordre en lui reprochant son impétuosité. 

Cette série dénichée par France Loisirs n'est pas une nouveauté, puisqu'elle existe depuis 2003 aux éditions du Palémon et compte déjà une quarantaine de titres au compteur ! En attendant d'atteindre de tels sommets, ce premier tome remet au goût du jour cette héroïne frondeuse et attachante, ainsi que ses enquêtes divertissantes qui nous font visiter des petits coins de Bretagne en toute simplicité. Cerise sur la galette, l'énigme du roman se révèle passionnante, à la fois bien ficelée et conduite avec dynamisme.   

Dans la deuxième enquête, Les Diamants de l'archiduc, Mary a pris du galon en rejoignant le commissariat de Quimper mais a juré de se tenir à carreau après ses débuts tumultueux. Elle croise au hasard de ses promenades un clochard goguenard qui va lui raconter en plusieurs épisodes les secrets du casse du siècle. La jeune femme est tenue en haleine et devient la dépositaire d'une confession aussi étonnante qu'invraisemblable. Notre héroïne prend une part moins active dans l'histoire mais la lecture n'en demeure pas moins plaisante, empreinte d'un charme désuet et enveloppée de bon air iodé. On devine pas loin le goût du cidre, du beurre salé et des galettes ! 

Une jolie série sans prétention, dégustée sur la route des vacances. 

France Loisirs, coll. Piment noir / Avril 2016

25 juillet 2016

Rendez-vous à Estepona, par Åke Edwardson

RENDEZ-VOUS À ESTEPONA

Peter Mattéus mène une existence rangée et heureuse : un boulot de publicitaire à succès, une vie de famille épanouie, une maison coquette à l'abri des regards indiscrets... Nul ne se doute de son passé d'activiste durant ses années en Andalousie. Il a tout plaqué pour faire peau neuve en s'exilant en Suède, mais il semblerait que ses vieux amis se rappellent à son doux souvenir.
Le couple vient en effet de recevoir par surprise deux billets d'avion pour la Costa del Sol. Sa femme se réjouit d'une escapade amoureuse, tandis que Peter comprend aussitôt la menace et se sent pieds et poings liés. Tout est programmé pour leur départ imminent. Ses enfants placés chez leur grand-mère, il débarque donc dans un pays secoué par une série d'attentats à la bombe.
Et très vite, il retrouve ses contacts d'avant qui l'obligent à payer sa dette. Accusé de trahison, Peter doit désormais éliminer leur ancien complice, Jesùs Maria Montanas, le chef de la police d'Estepona, devenu un homme politique influent. Cet homme serait également responsable de l'assassinat du jeune frère d'Aitor Usetxe, leur chef de groupe. Les dix-neuf années passées en prison ont d'ailleurs entretenu sa rancune et sa soif de vengeance.

Ce livre ne s'inscrit pas dans la série à succès de l'auteur, celle mettant en scène le commissaire Erik Winter à Göteborg. Place à une aventure à part avec un homme confronté à son passé et résolu de préserver son présent. Svange Berger, alias Peter Mattéus, l'homme aux multiples casquettes, doit donc gérer le dilemme à coup de slaloms efficaces en plongeant dans les méandres d'une intrigue crapuleuse et dépassée.
Le type va cependant s'avérer mou et passif,  même pas fichu de tenir une conversation cohérente. Il suit le mouvement sans conviction. Cherche au mieux à limiter les pots cassés et protéger sa famille. J'hésite à qualifier sa position entre  intelligence et apathie. 
Malgré une narration erratique, au style haché laborieux et lourd à digérer, l'histoire se laisse lire sans déplaisir mais se révèle finalement peu marquante. Une lecture un peu trop sommaire à mon goût. 

Traduit du suédois (Möt Mig I Estepona) par Rémi Cassaigne pour les éditions JC Lattès

Repris chez 10-18, en Sept. 2015

 

31 août 2016

La Méthode du crocodile & La Collectionneuse de boules à neige, de Maurizio De Giovanni

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Cette série policière à la sauce napolitaine figure parmi mes découvertes de l'été ! J'ai ainsi enchaîné avec beaucoup d'enthousiasme les deux premiers tomes, le troisième - disponible chez Fleuve Éditions - est en cours de lecture.

Giuseppe Lojacono est un homme fini. Inspecteur de police suspecté de magouilles mafieuses, l'homme a perdu son poste, son rang social et sa famille. Sa femme n'a pas supporté l'humiliation publique et a demandé le divorce, le privant aussi de son droit de garde en lui refusant tout contact avec sa fille. Lojacono a pourtant clamé son innocence, mais a été broyé par une machine infernale. Il vit depuis dans une petite ville napolitaine, coincé dans un bureau des plaintes, et passe son temps à jouer sur l'ordinateur. Un soir de garde, seul au commissariat, il reçoit un coup de fil signalant le meurtre d'un adolescent, abattu devant chez lui. Malgré l'interdiction, il se rend aussitôt sur les lieux et a le temps de noter deux, trois indices importants, dont des mouchoirs en papier trempés de larmes. Laura Piras, le substitut du procureur, est impressionnée par l'individu et réclame sa présence pour diriger l'enquête. 

Celle-ci révèlera une histoire poignante et dégoulinante de désespoir. Sans connaître son identité, on suit le tueur traquant ses victimes, patientant des heures durant et versant inévitablement des larmes de crocodile, d'où son pseudonyme. La lecture dévoile ainsi une personnalité troublante et attachante d'un criminel en quête de vengeance qu'il aura élaborée de longue haleine. L'atmosphère qui règne dans ce livre est donc pesante, mais son format court et son découpage bien ficelé rendent la lecture captivante. Impossible à lâcher.

Dans La Collectionneuse de boules à neige, l'inspecteur Lojacono obtient une promotion inespérée en intégrant la nouvelle équipe du commissariat Pizzofalcone, pourtant entaché par un scandale de corruption. Il rejoint ainsi une brochette d'outsiders, tous recrutés par le commissaire Gigi Palma, qui mise sur ces flics fêlés et meurtris pour réhabiliter le bureau menacé de fermeture. Entre rapidement en scène une affaire de meurtre, l'épouse d'un notable a été découverte assassinée dans son salon, le crâne fracassé par une boule à neige. Pour l'occasion, Lojacono retrouve la belle Laura Piras, qui en pince secrètement pour lui, mais n'oublie pas non plus ses rendez-vous quotidiens à la trattoria de Letizia, elle aussi entichée de notre policier au charme ténébreux. C'est en compagnie du jeune Marco Aragona qu'il va mener son enquête, passant au crible la vie du couple.  

L'intrigue criminelle est du genre ordinaire, mais laisse longtemps planer le doute quant à son dénouement. Il reste à la lecture une mise en place pertinente de ses nouveaux personnages, outre l'inspecteur Lojacono, le casting s'enrichit de personnalités insolites, calfeutrées dans ses secrets et ses non-dits, qui ouvrent ainsi le champ des possibles en promettant de nombreuses ramifications à la série. C'est frais, c'est moderne, ça ne piétine pas des heures et ça se renouvelle sans cesse. La dimension humaine est également très présente, ce qui assure du drame, de la sensibilité, de la vie, de l'humour, mais aussi de l'évasion et simplement de la distraction. Une série convaincante !  

Traduit de l'italien par Jean-Luc Defromont pour Fleuve Editions

Repris chez 10x18 en juin 2014 & avril 2016

La Méthode du crocodile  La collectionneuse de boules à neige  Et l’obscurité fut

30 août 2016

Traqué, de Simon Lewis

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Jake et Will, deux étudiants anglais, ont choisi de s'octroyer une année sabbatique à travers le Sud-Est asiatique. L'un a échoué à ses examens, l'autre veut panser une peine de cœur. À mi-chemin entre la Chine et le Laos, ils décident de partir à l'aventure en suivant un dénommé Howard, du genre hippie hirsute, qui leur promet un site inconnu du grand public situé en pleine jungle. Baignades et rencontres avec des indigènes font aussi partie du programme. Alors que Jake est surexcité par leur expédition, Will boude dans son coin, plus méfiant et craintif que jamais. Son angoisse monte d'un cran lorsqu'il découvre qu'ils débarquent en plein carrefour stratégique où le trafic de teck, de jade, de drogues ou de réfugiés a régulièrement cours. Sous l'emprise d'un euphorisant, Jake plane totalement, prend son pied en plongeant cul nu dans l'eau et séduit une beauté locale. Will, par contre, rechigne à lâcher prise. Le retour à l'hôtel va hélas s'avérer particulièrement épique. De rencontres importunes en réactions fébriles et maladroites, la situation va dégénérer et placer nos globe-trotters en mauvaise posture. Après quoi, les coups fourrés vont s'enchaîner. La lecture bascule alors dans une surenchère de catastrophes et de violence avec un scénario gavé jusqu'à la surdose. Le rythme est vif, l'action intrépide, mais les personnages sont affligeants de sottise et agissent constamment de manière irréfléchie. C'est usant. Le roman promettait du dépaysement, des émotions fortes... à la fin, il devenait urgent de mettre un terme à cette folie ambiante ! 

Traduit par Julie Blanc pour les éditions Actes Sud / Coll. Actes Noirs, Mai 2015 (Border Run)

2 août 2016

Aimer trois fois par jour, de Fausto Brizzi

AIMER TROIS FOIS PAR JOUR

Diego Anastasi est au bout du rouleau. Quadragénaire divorcé, père de deux enfants, il sent la lassitude le gagner au boulot, dans son quotidien ou pendant les fêtes de Noël, qu'il passe seul dans son coin, à regarder Mary Poppins avec son chien.
Diego tente d'alerter ses proches qu'il va mal, mais chacun est pris dans sa propre routine et traite ses complaintes à la légère. Après une tentative de suicide loupée, il se rend donc chez un thérapeute à tête de castor et déballe son sac en soutenant mordicus qu'il souffre de dépression.
Et puis, un jour, il découvre en chemin un bar créé par un policier à la retraite, qui propose aux plus désœuvrés un brin de causette autour d'une tasse de thé. Diego s'y installe et comprend que son destin est en marche !
Il goûte alors à une thérapie d'un genre nouveau, discuter, boire du thé, cuisiner, dresser des listes, prendre conscience du bonheur à apporter aux autres, se donner des objectifs, partir en mission.
Avec l'aide de ses deux nouveaux amis, Giannandrea et Massimiliano, Diego veut rendre ses proches heureux : que ses meilleurs amis se remettent en couple, que son fils sorte de sa bulle, que son ami d'enfance exploite sa fibre artistique, que son ex-femme lui pardonne, que son amie de cœur trouve enfin l'âme sœur... 
Il va ainsi se lancer dans des plans pas possibles, qui vont souvent donner lieu à des situations cocasses, farfelues et improbables, lesquelles vont naturellement apporter une couleur savoureuse à l'histoire ! 
Car il fallait oser se lancer dans un roman sur la dépression, sans craindre de sombrer dans le désespoir. Fausto Brizzi a contourné les pièges en concoctant une lecture généreuse et débordante d'espoir. Il y a du vrai à ce sujet, du touchant, du concret, de l'émotion et des questions, mais surtout il y a de l'humour, de la dérision, du revival et de la culture pop.
J'y ai trouvé ma dose homéopathique pour me sentir guillerette ! À prescrire sans retenue, à déguster sans modération. ♥

Traduit de l'italien par Jean-Luc Defromont (Se mi vuoi bene) pour Fleuve éditions, mai 2016

 

1 août 2016

Roland est mort, de Nicolas Robin

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Son voisin Roland est mort. 

C'est la dame du dessous qui vient lui annoncer la nouvelle en pleurant. Mais lui s'en fiche. Il ne connaissait pas Roland, sauf pour dire que c'était un vieux monsieur, qui vivait seul et qui aimait les disques de Mireille Mathieu. Le jour où les pompiers viennent récupérer son corps, ils lui larguent le caniche de Roland au passage, sans lui laisser le temps de refuser. Qu'est-ce qu'il va faire d'un clébard ? Se rendre à la SPA ou le filer à sa mère ? Mais les petits yeux noirs de Mireille lui vrillent les entrailles. Et notre gars soupire.

Alors il se trimballe partout en ville un chien qui perd ses poils et qui sent mauvais, en plus d'une urne pleine des cendres de Roland. Son objectif : se débarrasser des boulets. Sa conviction : prendre sur lui de virer Roland de sa conscience. Car après tout, pourquoi lui ? pourquoi Roland ? Peut-être que ces deux-là ont finalement plus à partager qu'ils ne le supposent. Un constat déprimant pour notre narrateur qui affiche quarante ans, célibataire, sans boulot et amateur de porno. Sa mère lui reproche de ne pas se secouer, sa grand-mère lui serine : et pourquoi t'es pas marié, même la masseuse coréenne, à la coupe au bol impeccable, désapprouve la vacuité de son existence et son goût douteux pour des films dégradants.

Le voisin de Roland inspire et écarte les bras en croix en se demandant si la vie est belle et s'il aime la vie. Il ne sait que faire de l'urne de Roland, il se verrait bien la poser en décoration sur le manteau de cheminée chez ses parents, l'oublier dans un bus ou l'offrir à l'occasion d'une fête d'anniversaire de sombres inconnus. Mais chacune de ses tentatives se solde par des échecs et donne lieu à des situations cocasses qui font franchement glousser.

Car l'humour de cette histoire est volontairement caustique, avec en sus un narrateur cynique, froid et calculateur, même pas antipathique. Il incarne à lui seul le désespoir de notre siècle, un pauvre type solitaire et blasé de vivre, sous le contrecoup d'une rupture amoureuse, sans ambition, n'alimentant aucun réseau social et réduisant au minimum son contact avec l'extérieur, si ce n'est pour boire du Campari ou un Picon-bière au comptoir du coin. C'est vachement mordant, décapant et incisif. Et c'est bougrement bon. On ne peut que se marrer tout du long ! 

Éditions Anne Carrière, mars 2016

 

27 juillet 2016

La Femme au carnet rouge, d'Antoine Laurain

La femme au carnet rouge

Un soir à Paris, Laure, victime d'une agression, se fait voler son sac à main et tombe dans le coma sous le coup d'une blessure à la tête. Le lendemain, Laurent découvre un sac mauve abandonné près des poubelles, pas loin de sa librairie. Il se rend au commissariat le plus proche, puis rebrousse chemin face à l'administration hostile et longuette.
Il se met alors à fouiller son contenu pour retrouver l'identité de la jeune femme, mais n'y découvre qu'un exemplaire dédicacé de Modiano, un flacon de parfum, un rouge à lèvres et un carnet rouge. 
Désireux de retrouver son inconnue, Laurent commence à s'immerger dans les pensées secrètes de Laure et se surprend à éprouver des sentiments naissants pour celle-ci. Débute alors un adorable jeu de piste, qui va se transformer en quête amoureuse d'une tendresse bouleversante.

Cette histoire courte s'écoute en seulement quatre heures et nous plonge dans une douce ambiance, gentillette et distrayante. Une prouesse. Il est bon de se déconnecter des univers sombres et sanguinaires pour savourer le plaisir d'une lecture légère et sans prétention. C'est donc l'histoire d'une comédie romantique, particulièrement attachante, où deux personnes apprennent à se connaître par procuration, avant de chercher à se rencontrer pour de vrai, bravant quiproquos et autres événements inattendus, censés retarder le jour J. C'est mignonnet, porteur d'espoir et attendrissant. À bas le cynisme, place à la passion et à la fantaisie ! ^-^ 

Texte lu par Bertrand Suarez-Pasos pour Audible FR (durée : 4h) - juin 2016

La femme au carnet rouge | Livre audio

>> Livre audio proposé en exclusivité par Audible et uniquement disponible en téléchargement.

©2014 Les éditions J'ai lu (P)2016 Audible FR

26 juillet 2016

Blueberry Hill, de Fredrik Ekelund

Blueberry Hill

Un incendie dans un squat de SDF vient de provoquer la mort de l'un d'eux, le bien-nommé l'Espagne, en référence à son passé de combattant durant la guerre civile. L'inspecteur Lindström et Monica Gren se rendent sur place pour interroger les rares témoins, entre les sans-abris méfiants et lassés d'être l'éternelle cible d'un voisinage agressif, qui se plaint de leur présence, et ces mêmes riverains agacés de supporter cette proximité polluante qui déprécie leurs appartements. Bref, on tourne en rond.
Mais l'enquête va également faire émerger un groupuscule d'allumés fanatiques, aux idées néonazies entretenues avec ferveur par un ancien professeur déconsidéré par sa profession suite à une campagne de presse virulente, laquelle avait mis à jour ses théories négationnistes. 
L'histoire n'épargne donc pas l'image glamour de cette Suède branchée particulièrement gangrenée par la montée du populisme et l'extrême-droite qui se répand en Europe comme une traînée de poudre. C'est affligeant, et paradoxalement stupéfiant d'en suivre l'évolution, les codes et les rouages en se faufilant dans les coulisses. Au secours, réveillez-vous ! 
Lindström et sa jolie collègue ont aussi leurs propres déboires à résoudre, le couple entretenant une liaison clandestine alors que le gars est marié et père de cinq enfants ! Hjalle n'est pas encore prêt à quitter son cocon familial, même s'il est fou amoureux de Monica dont il ne peut plus se passer. Tous deux doivent jouer sur la discrétion, même au boulot, et ne pas éveiller les soupçons. 
Voilà qui donne au roman une couleur séduisante, et pourtant peu flatteuse pour les personnages, disons que cela rend la lecture d'une fluidité appréciable pour s'enlever toute la noirceur de l'intrigue criminelle assez conventionnelle. Car il est vrai que c'est un livre tout à fait correct, sans défaut majeur, mais sans une inventivité particulière. Les amateurs de polars nordiques savoureront le dépaysement et auront peut-être le goût de poursuivre la découverte de cette série (on retrouve le duo d'enquêteurs dans Le garçon dans le chêne & Casal Ventoso). 

Traduit du suédois par Philippe Bouquet pour Gaïa éditions / Repris chez Folio Policier, en sept. 2015

 

22 juillet 2016

Bloody cocktail, de James M. Cain

Bloody Cocktail

Le mari de Joan vient de se tuer en voiture, après avoir quitté la maison dans un état d'ébriété avancé, suite à une violente dispute. La jolie veuve faisant preuve de peu de compassion, les enquêteurs de police la soupçonnent d'avoir précipité la mort du conjoint. Cependant, Joan est inquiète pour son avenir et celui de son fils. Livrée à elle-même, sans un sou en poche, elle décroche un poste de serveuse dans un bar à cocktail, où on lui apprend très vite à jouer de ses atouts physiques pour obtenir de bons pourboires.
C'est ainsi qu'elle rencontre régulièrement Earl K. White III, un homme riche, plus âgé qu'elle, sensible à son charme. Il transgresse l'avis de son médecin en lui proposant de l'épouser, malgré son angine de poitrine qui rend son état fébrile et fragile. Joan est séduite, mais contrite.
Elle n'éprouve aucune attirance pour cet homme bon et généreux, même si son aisance financière lui ôterait bien des soucis. Son fils Tad est entre les griffes de sa belle-sœur qui n'entend pas lui rendre, Joan a donc besoin d'assurer son confort matériel pour le récupérer au plus vite.
Le casse-tête se complique avec l'apparition du séduisant Tom Barclay, jeune, fougueux et ambitieux. Il est fou de Joan, prêt à tout pour ravir son cœur (et son corps) mais la belle fait de la résistance. C'est que Joan n'est pas cruche et cultive une certaine éthique que son métier et son physique pulpeux peuvent mettre injustement en doute.
Racontée à la première personne, l'histoire n'en demeure pas moins sulfureuse et sensuelle, rapportant avec une naïveté à peu près calculée un concours de circonstances malencontreuses pour notre héroïne, qui se défend de son honnêteté et de son innocence. Mais qui est Joan Medford ? Une maman aux abois, une ravissante idiote, une blonde voluptueuse, une amante redoutable, proche de la mante religieuse ?
De ses multiples facettes, Joan tire habilement toutes les ficelles de l'intrigue pour davantage nous troubler et nous interroger. Le roman en devient vite fascinant et déconcertant, il 
idéalise la femme en tant qu'objet pas si potiche et la dote d'un esprit malin et rusé. Au lecteur d'en tirer ses conclusions.
Ambiance vintage à souhait pour un revival du genre roman noir hardboiled, dans la veine des Raymond Chandler et Dashiell Hammett. Très bon ! 

Traduit par Pierre Brévignon (The Cocktail Waitress) pour les éditions Gallimard / Folio Policier, Janvier 2016

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18 juillet 2016

Les Morsures de l'ombre, de Karine Giébel

Les morsures de l'ombre

Un soir, sur une route de campagne, le commissaire Benoit Lorand rentre chez lui, lorsqu'il croise une jeune femme en panne de voiture. Il s'arrête pour l'aider, puis accepte de prendre un verre chez elle. Après quoi, c'est le trou noir.
Notre homme se réveille dans une cave, derrière des barreaux, avec pour geôlière la charmante rousse au cerveau ravagé par une soif de vengeance. Elle est en effet déterminée à lui faire payer un crime contre lequel il se défend d'avoir la moindre responsabilité. L'inconnue n'a pas cure de ses protestations et déploie moult tortures pour le soumettre à ses desiderata.
Commence alors un roman d'une redoutable efficacité. Un roman non seulement poignant et déboussolant, flirtant aux confins de la folie, profondément bouleversant, qui va nous entraîner dans une spirale de violence et de délire paranoïaque. Le scénario va également dérouler un enchevêtrement improbable de faits et autres coïncidences qui mettent à mal toutes les théories. C'est flippant. Complètement hallucinant.
De plus, l'histoire a pour lieu un huis clos glaçant, résolument perturbant. De quoi accentuer la psychose et la sensation d'angoisse rampante. Sans oublier le lancement d'un compte à rebours irrévocable, et vous sentez la perle de sueur glisser le long de votre colonne vertébrale.
J'ai craint, l'espace d'une seconde, que la personnalité déséquilibrée de l'héroïne susciterait trop d'agacement et un manque d'empathie, mais il a bien fallu admettre que son cas s'intègre parfaitement dans la structure de l'intrigue, laquelle va révéler une étonnante rouerie au fil des chapitres !
Une lecture saisissante, bluffante, très prenante. Une réussite. 

Texte lu par Stéphane Ronchewski pour Audible FR (durée : 7 h17) - juin 2016

En exclusivité sur Audible - uniquement disponible en téléchargement.

Les morsures de l'ombre | Livre audio

©Pocket, septembre 2009 (P)2016 Audible FR

13 juillet 2016

Sous haute tension, de Harlan Coben

Myron Bolitar #10

Sous haute tension

C'était initialement le dernier rendez-vous pour Myron Bolitar, Windsor Horne Lockwood, Esperanza Diaz et Big Cindy... jusqu'à ce que l'auteur annonce la parution en septembre prochain d'un nouvel épisode (Home, en VO), après une brève incursion dans le secteur YA où un certain Mickey a tenu le rôle vedette.

Suzze T., une ancienne joueuse de tennis, désormais mariée à une star du rock, est inquiète des accusations lancées sur sa page Facebook concernant sa grossesse. Elle demande à Myron de retrouver son loustic d'époux, probablement enivré dans un bar quelconque, et de démasquer l'auteur des calomnies sur la paternité de son bébé. C'est par ce pur hasard que Myron croise sa belle-sœur Kitty, laquelle ne cherche pas à être vue ou retrouvée. Seize ans plus tôt, les deux frangins se sont fâchés par sa faute. Et depuis, Brad mène sa vie à l'autre bout du monde, avec femme et enfant. Que diable signifie ce retour ? Myron va remuer ciel et terre pour revoir Kitty et la questionner au sujet de Brad, qui aurait de gros soucis, en plus d'avoir mis sa famille en danger. 

Quelle histoire ! Malgré quelques longueurs, on découvre une intrigue assez émouvante, car plus centrée sur les Bolitar et leurs secrets de famille. L'ambiance est nostalgique, l'auteur évoque le temps qui passe, les mœurs qui évoluent, les nouvelles technologies et le métier qui se renouvelle. Même Win envisage sa vie sentimentale autrement et doit porter des lunettes ! Une page se tourne chez MB Reps, non sans tristesse. 

Traduit par Roxane Azimi pour les éditions Belfond (Live Wire), 

Repris chez Pocket / mars 2013 pour la présente édition

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