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Chez Clarabel
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11 avril 2015

En poche ! #42

Nouvelle sélection des dernières nouveautés en format poche ou nouveautés à paraître...  ☺

 ♦♦♦♦♦♦

Au revoir là-haut   Rédemption   Je suis Pilgrim

Au revoir là-haut, de Pierre Lemaître  [LU]

Rédemption, de Matt Lennox  [LU]

Je suis Pilgrim, de Terry Hayes

 

Solo   TABOU   Une disparition inquiétante

Solo (Une nouvelle aventure de James Bond), de William Boyd  [LU]

Tabou, de Casey Hill

Une disparition inquiétante, de Dror Mishani

 

 

Fenêtre sur crime   Froid mortel   1, rue des Petits-Pas

Fenêtre sur crime, de Linwood Barclay

Froid mortel, de Johan Theorin

1, Rue des Petits-Pas, de Nathalie Hug

 

LA CONFIDENTE DES MORTS   JE SUIS LASSE DES OMBRES

La Confidente des morts, d'Ariana Franklin

Je suis lasse des ombres (Flavia de Luce #4), d'Alan Bradley ♦ INÉDIT ♦ 

 

Le Goût des souvenirs   Comment trouver la femme idéale ou le théorème du homard

Le Goût des souvenirs, d'Erica Bauermeister

Comment trouver la femme idéale, ou Le Théorème du homard, de Graeme Simsion

 

Un été à Pont-Aven   Le Cricket Club des talibans

Un été à Pont-Aven, de Jean Luc Bannalec  [LU]

Le Cricket Club des talibans, de Timeri N. Murari

 

 

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14 mars 2015

Une femme à Berlin: Journal 20 avril-22 juin 1945

Une femme à Berlin Journal

En avril 45, la guerre tourne en défaveur des allemands. Les berlinois vivent dans la terreur de l'arrivée imminentes des « Igor ». L'auteur de ce journal est une jeune femme d'une trentaine d'années, qui squatte les logements de fortune, au gré des bombardements, avant de s'abriter dans une cave, avec d'autres désespérés. Plus que la peur, la faim aussi les tenaille et les pousse à piller tout et n'importe quoi, comme des bouteilles de vin français planquées dans les placards !

Puis arrivent en ville les premiers convois soviétiques, fouillant les décombres où se terrent les rescapés affolés, la tension devient vite insoutenable. Les femmes aux courbes appétissantes suscitent la convoitise, la narratrice, qui possède quelques notions de la langue, tente de s'interposer, avant de subir elle-même agression sur agression. Dès lors, les scènes ne vont cesser de se répéter : défilé de soldats, soirées arrosées, pitances, viols, honte incommensurable.

Cette banalisation de l'horreur fait froid dans le dos. Les berlinoises courbent l'échine, deviennent le défouloir des soviets enragés par des années de conflit. Elles paient pour les atrocités dont leur peuple est accusé. Leur corps devient aussi leur monnaie d'échange, pour manger et survivre. Cette vérité crue, déversée sans la moindre émotion, va heurter l'opinion publique lorsque le livre sera édité dans les années 50. Personne ne voulait plaindre les allemands, ni entendre la litanie de leurs souffrances.

Le temps va apaiser les esprits et c'est seulement dans les années 2000 qu'on accordera enfin à ce journal une valeur humaine à juste titre. (Les chiffres estiment entre 100,000 et 2 millions de femmes violées durant la période d'occupation par l'Armée Rouge.) Le témoignage est certes bouleversant, dur et oppressant. L'auteur ne fait pas dans la dentelle, se montre tantôt sarcastique, dépitée, malheureuse ou désespérée. Son récit rend compte d'un autre versant de l'horreur de la guerre et n'est pas prêt de s'effacer de votre mémoire après l'avoir lu.

Première parution en 2006 ♦ Trad. de l'allemand par Françoise Wuilmart (Ein Frau In Berlin) ♦ Présentation de Hans Magnus Enzensberger

En 2003, deux ans après la mort de l'auteur, son identité a été dévoilée - il s'agissait de Marta Hillers, elle était journaliste.

19 avril 2007

Quelques lectures pour les plus grands

Voici 3 romans destinés pour les lecteurs dès 12 ans :

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Des princesses et des hommes, Emmanuelle Delafraye. - Lucille a seize ans, elle vit seule avec sa maman qui est peintre et qui a un peu de mal à joindre les deux bouts. Le papa est un homme fort occupé, qui téléphone trois fois par an à sa fille et lui envoie des vêtements qui coûtent une fortune mais qui ne collent pas du tout au style de celle-ci. Alors un jour elle décide de lui suggérer qu'il lui adresse des tissus plus originaux car Lucille est habile de ses mains et se confectionne ses propres tenues. L'idée n'est pas au goût du père et les deux se fâchent.
C'est le début de la galère. Soudainement Lucille se sent mal dans sa peau, abandonnée donc agressive. Elle néglige ses leçons, devient arrogante avec ses professeurs, se dispute sans cesse avec sa mère et même l'acteur Johnny Tebbud parvient difficilement à lui faire oublier la réalité sordide et pénible de son existence.
Avec un titre aussi mirifique, "Des princesses et des hommes", le roman d'Emmanuelle Delafraye tient effectivement ses promesses à raconter le malaise d'une adolescente qui souffre de l'absence de son père. Se sentant mal aimée et rejetée, la jeune fille va se réfugier dans un monde imaginaire, celui des paillettes du cinéma hollywoodien. Et plus elle s'y perd, plus la remontée vers le réel lui semble insurmontable. Il lui faudra donc beaucoup de patience, pas mal de prises de tête encore, et surtout du soutien, de l'amitié et de l'amour pour qu'elle reprenne pied dans la vraie vie. Ce roman est léger, pétillant, reflète bien les effets pervers de l'adolescence désenchantée qui cherche ses repères où elle peut, et évidemment la fin est bien heureuse et hâtivement remédiée !  D
ès 14-15 ans.

Les trilingues, Emmanuel Arnaud. - Je comprends que ce livre remporte autant de succès auprès des jeunes lecteurs car le style du narrateur ne peut que leur être très proche. C'est un franc parler, un style décousu et mordant, un mélange de verlan, de franglais et de vas-y-comme-je-te-pousse. Moi je n'aime pas trop, par contre ça a le mérite d'être très drôle ! Le narrateur nous livre sans ambages son année de 6e 7 dans le collège-lycée La Bruyère à Paris dans sa classe des trilingues (le choix délibéré des parents pour contourner la carte scolaire !). Avec lui, on comprend que ses camarades japonaises sont taxées de "thons", que leur mutisme et leur politesse sont trop beaux pour être vrais, que leur culture a le goût douteux du thé vert à boire sans fin ou du tofou ("un gros bloc de gelée, genre pas de goût, à faire vomir un zombi, qui flotte comme ça à la surface des plats"...). Et c'est le père Goldour qui est à l'initiative de toutes ces réjouissances, lui le responsable de l'Association d'amitié franco-japonaise. Je vous laisse la surprise de bien autres expériences poilantes prévues à leur programme ! Le livre se terminerait même sur un voyage au Pays du Soleil Levant, cela annonce-t-il une suite prochaine ?
C'est finalement ce qu'on lui souhaite, car même si c'était plutôt mal parti, ce roman est bourré de charme, d'humour goguenard et il colle définitivement au public destiné. Par contre, le personnage du père est un peu lourd, ou bien l'auteur a résolu un problème en épinglant les adultes dans la caricature un peu trop facile. Pas grave, ce roman a des atouts en poche qui vous feront convaincre que ... Allez, optez pour l'option Japonais !  Dès 12 ans.

La main de l'aviateur, Florence Aubry. - Découvrez vite cet univers angoissant, ce silence, ces mystères qui pénètrent dans le roman de Florence Aubry ! On y rencontre une adolescente de 16 ans, Gabrielle, enfermée dans une hutte de chasseurs, blessée, affaiblie et l'esprit en miettes. Pourquoi est-elle là ? Comment tout a commencé ? En Espagne ? Chez sa mère qui l'élève seule et qui semble être déçue de sa fille à vouloir s'en débarrasser sans état d'âme ? Ou en 1945, près de la dépouille d'un aviateur ? Et cet anneau en or, Emily and Greg for ever, quel étrange pouvoir dégage-t-il ?
"La main de l'aviateur" vient enrichir le catalogue de la nouvelle collection DoAdo Noir et c'est clair que son orientation toute désignée se passe de commentaires. C'est très bien écrit, laissant la place à une intrigue bien ficelée, une enquête se déploie, infime mais suffisamment aggrippante, et ces plongées dans le passé rendent le récit encore plus dense et passionnant ! J'ai beaucoup aimé, même frissonné à quelques indices, et même si ce roman est destiné à la jeunesse, il peut intéresser un large lectorat.  Dès 15 ans.

Editions du Rouergue, collection DoADo.

5 février 2015

Adam et Thomas, d' Aharon Appelfeld & Philippe Dumas

« N'aie crainte, tu connais notre forêt et tout ce qu'elle contient. »

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Fabuleux et inclassable, ce petit roman d'Aharon Appelfeld vous séduira pour sa simplicité, sa générosité, sa tendresse et son humanité. L'histoire raconte comment deux enfants, Adam et Thomas, vont survivre seuls dans la forêt, où ils ont été “abandonnés” par leurs mamans, pour échapper aux rafles et aux enlèvements. La guerre fait rage, les familles ont éclaté, il n'y a plus d'école, plus de toit sous lequel se réfugier. La forêt offre donc aux garçons un abri, loin du monde extérieur, et on se sent divinement bien dans leur nid douillet, dans les arbres.

L'histoire ne cherche pas à fanfaronner et décrit une aventure charmante, avec deux personnages très attachants. Adam et Thomas n'ont rien en commun, l'un a grandi dans la nature, la comprend et s'y sent comme un poisson dans l'eau. L'autre, plus réservé, préfère les livres et les études, l'un croit aux rêves, l'autre aux prières. Bref, on partage leur quotidien, à se nourrir de fraises et de cerises, repérer un point d'eau, parler aux animaux, partager leurs espoirs, leurs attentes, écouter les bruits de la forêt et de la nuit...

C'est assez ordinaire, mais pas insignifiant, et forcément très touchant ! Cette lecture ressemble davantage à un conte, même si l'histoire est ancrée dans la réalité de la Seconde Guerre mondiale, il s'en dégage une ambiance surnaturelle, presque féerique. Naturellement, les illustrations de Ph. Dumas apportent une touche de poésie qui accentue cette confusion, pour notre plus grand bonheur.

École des Loisirs, mars 2014 ♦ traduit par Valérie Zenatti 

♠ élu meilleur livre jeunesse de l'année 2014 par le magazine LIRE ♠

6 décembre 2006

Blanche ou la triple contrainte de l'Enfer - Hervé Jubert

Blanche1870. Engagée contre l'armée prussienne, la France vit des heures sombres qui font trembler de peur les Parisiens et les poussent à quitter la capitale pour se réfugier à la campagne. Dans une gare bondée, la famille Paichain entend regagner la Sarthe en poussant du coude. C'est alors que, dans la cohue générale, la plus jeune fille, Blanche, 17 ans, est séparée des siens et voit le train partir sans elle. Seule dans Paris, Blanche est aussitôt prise en charge par son oncle Gaston Loiseau, commissaire de police, et sa meilleure amie Emilienne, la fille de la concierge. Et comme notre demoiselle ne tient jamais en place et aime fourrer son nez partout, elle va se mouiller dans une enquête criminelle pour le moins étrange, car les cadavres ont la particularité d'être marqués d'un singulier tatouage au bras avant de disparaître. Pour disculper un innocent, Blanche intervient dans les affaires de son oncle et tente de le mettre sur la piste d'un individu polymorphe, amateur de sorcellerie et de magie noire.

Blanche Painchain est une héroïne épatante, qui sous des dehors ordinaires, jeune fille de bonne famille, aimant la lecture et les activités intellectuelles, se passionne aussi d'anthropologie, d'anatomie et de théâtre, d'où son impassabilité face aux blessures des soldats sur leur lit d'hôpital ou face aux scènes de dissection qui ne la font pas flancher. Ce petit bout de femme a tout pour plaire ! Elle nous entraîne à sa suite dans un Paris du 19ème décrit de manière authentique, c'est bruyant, c'est violent, c'est le chaos général, et au milieu de tout ça, des crimes barbares font leur nid à la barbe de la police dont l'enquête piétine. L'intervention de Blanche n'est pas anodine, pas incongrue non plus, sa relation avec son oncle Gaston étant riche en complicité, et plus encore... De son côté, l'auteur s'éclate à nous planter son décor, à peaufiner les détails, à truffer ses dialogues de l'argot de l'époque et à insuffler une verve étourdissante à son récit. L'intrigue est également rondement menée et tient le lecteur en haleine. Pour une première approche du personnage de Blanche, cette lecture contient un souffle romanesque flamboyant, lequel ne manquera pas de se déployer dans les deux autres tomes de la série (L'œil du Grand Khan & Le Vampire de Paris). Pour l'heure, la séduction a déjà pleinement opéré. Je. Suis. Conquise. 

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz / Mai 2005 ***

Relooking de la couverture en  mai 2014 : 

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17 février 2015

Lola et le Garçon d'à côté, de Stephanie Perkins

« Je ne sais pas ce que je veux, mais je sais que je ne veux pas le perdre à nouveau. »

Lola et le garçon

Lola a un super petit copain, Max, du genre rockeur sexy, regard de velours et voix rocailleuse. Mais Max ne plaît pas aux parents de Lola : 22 ans, musicien, tournée et concert... Tous les signaux sont en alerte ! Lorsque la maison voisine se réveille d'un long sommeil en accueillant ses propriétaires, la famille Nolan a les yeux braqués sur la fenêtre du premier étage. Cricket Bell est de retour.

Cricket, c'est ce garçon dégingandé, au look improbable, la tête dans les étoiles et les idées en fusion. Lola et lui étaient de très grands amis, avant que sa famille déménage pour couvrir la carrière de sa sœur jumelle (une championne de patinage artistique). Et pourtant ils se sont quittés fâchés, deux ans plus tôt. 

Lola veut montrer qu'elle a tourné la page et fait du chemin, mais dès qu'elle revoit Cricket son cœur fait boum. Dès lors, son univers tranquille et rassurant subit de fortes secousses sismiques : fâcheries en cascade, sensation de perdre pied et de tout faire de travers ! 

Ce qui m'a plu dans cette lecture, c'est justement son esprit adolescent, foufou, excentrique et exagéré. Lola a 17 ans, elle adore les costumes, porte des perruques et des fringues vintage, sans se soucier du regard des autres. (Seule sa mère pointe du doigt ses bizarreries. Pour une fois, elle a le nez fin.) Car Lola se drape derrière une façade, comme une armure, pour se protéger et donner du sens à sa vie.

C'est très cliché et ça se concentre principalement sur les atermoiements sentimentaux de notre héroïne - pour le reste, c'est survolé, juste en toile de fond pour gratiner l'histoire. Lola est une jeune fille entière et passionnelle, qui passe son temps à hésiter entre deux garçons. Cette indécision aurait pu me taper sur les nerfs, mais j'y ai totalement fait abstraction !

Parce que la lecture est légère, mutine, frivole et dans l'air du temps. Cricket Bell est un garçon charmant. La ville de San Francisco est magnifique. Et l'auteur n'avait nulle prétention de servir une histoire autre qu'une bluette adolescente mignonne et attachante. 

La Martinière J., janvier 2015 ♦ traduit par Camille Bocquillon (Lola and the Boy Next Door)

28 juillet 2015

Folio junior Version Originale : Lamb to the Slaughter, and other stories de Roald Dahl

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Pour avoir adoré cette nouvelle, lue en français, et son adaptation par A. Hitchcock pour sa série Alfred Hitchcock présente , sous le titre Coup de gigot, j'ai naturellement apprécié la découvrir en version originale grâce à cette nouvelle collection ! Le but est de proposer des textes courts et accessibles, agrémentés de notes explicatives et de mots traduits en bas de page (niveau collège). L'autre titre disponible est The Mozart Question de Michael Morpugo. ;-)

Lamb to the Slaughter raconte l'histoire d'une femme bafouée qui va piquer sa crise de nerfs au moment de préparer son repas. Elle va malicieusement servir l'arme du crime lorsque l'enquêteur viendra frapper à sa porte et afficher un chagrin de circonstance. The Way up to Heaven raconte encore une histoire de couple crispé, au sein duquel la femme va rugir intérieurement, parce que trop c'est trop, The Landlady tire le portrait d'une petite bonne femme qui loue une chambre à de jeunes garçons à la peau lisse et parfaite - un détail non négligeable !  ;-), et enfin William et Mary (l'histoire la plus longue du livre, et pour moi, la plus décevante, avec son intrigue alambiquée, surfant sur l'expérience scientifique), fait aussi la part belle au machiavélisme du cerveau féminin !

Les femmes ont définitivement le beau rôle dans ce livre. Souvent elles subissent, elles ruminent leur amertume, elles revendiquent leur dévouement et en sont fières, mais elles n'acceptent pas la frustration et passent souvent à l'acte (vengeance !) avec un sourire énigmatique sur les lèvres. C'est jubilatoire ! Roald Dahl distille le doute dans l'ordinaire, souligne le saugrenu et fait monter la pression avec une rouerie sensationnelle et un humour grinçant. C'est noir, implacable mais on se régale ! 

Folio Junior, coll. Version Originale / Juillet 2015 ♦ Illustration de couverture : Catherine Meurisse

6 février 2015

Max, de Sarah Cohen-Scali

« Ma mère, c'est l'Allemagne, et mon père, le Führer ! »

Max

Le 20 avril 1936, naît le premier bébé issu du programme Lebensborn initié par Himmler. Konrad von Kebnersol. Un modèle de perfection, selon les critères aryens en vigueur. Et il est clair que cet enfant a une très haute opinion de lui et porte un regard assez glaçant sur le monde qui l'entoure. Konrad, alias “Max” selon sa génitrice, grandit dans le culte du Führer et la certitude de son appartenance à la classe supérieure. Jamais il ne met en doute ce qu'il voit ou entend, son discours est formaté, récité avec force et conviction.

L'amour maternel, les gestes de tendresse, l'amitié, la confiance ou l'insouciance de l'enfance sont pour lui des notions abstraites et contraires à ses principes. Il a grandi dans une institution stricte, il est devenu la mascotte du programme et a toujours servi au mieux les intérêts du IIIe Reich (piéger des enfants polonais, se joindre aux rafles, démasquer les traîtres et dénoncer les mères qui refusaient le sacrifice...).

Cette lecture est saisissante, mais fait aussi effet de douche froide tant la démonstration de l'embrigadement est rendue à la perfection, via la voix d'un enfant, même bébé, tellement fier d'être un rouage du système, dont il admire les codes et leurs bien-fondés. C'est parfois dur à encaisser, raconté sans état d'âme, mais le procédé est remarquable. On reste scotché aux pages du livre, tiraillé entre la fascination et l'horreur. C'est très bien écrit, exécuté avec intelligence et à-propos, également richement documenté.

On en prend peut-être plein la tête, mais c'est une lecture indispensable, à lire sans limite d'âge.

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, mai 2012 

Prix des Dévoreurs de livres 2014, pour les collégiens de 3ème ♦ Prix Sorcières Romans Ado 2013

10 décembre 2014

Le Filou de la forêt, d'Oliver Jeffers

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Une affaire bien mystérieuse secoue la forêt : depuis quelque temps, les branches des arbres disparaissent, quand ce ne sont pas les arbres eux-mêmes ! Une enquête est ouverte, mais nulle trace du voleur. La communauté des bois est ébranlée et convoque une réunion exceptionnelle : à force de discuter âprement, ils en viennent à s'accuser mutuellement... mais tous ont un alibi solide qui les innocente complètement.

Pendant ce temps, les crimes se multiplient et le voleur continue d'agir en toute impunité. Le lecteur, lui, devient complice malgré lui en découvrant le coupable, pom-pom-pom, accomplir ses méfaits dans le dos des investigateurs. Ah, ah, ah, quelle tendre ironie ! 

Inventive et drolatique, cette histoire fait mouche et conquiert un lectorat qui s'esclaffe et en redemande. On y retrouve tous les codes rattachés au genre policier (suspense, vocabulaire, mise en scène). Tout y est, on y croit dur comme fer. Et on apprécie, également, la petite touche de burlesque dans la ligne conductrice, le texte et les expressions des personnages. C'est follement bon, on ne voudrait jamais que ça s'arrête ! 

Kaléidoscope, août 2009 ♦ traduit par Elisabeth Duval (The Great Paper Caper)

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27 janvier 2015

Le Requiem des abysses, de Maxime Chattam

LE REQUIEM DES ABYSSES

Après les tragiques événements dont il a été témoin à Paris (cf. Léviatemps), Guy de Timée est parti se ressourcer à la campagne, chez son vieil ami Maximilien. Mais de nouveau, des crimes sordides viennent secouer sa retraite paisible et ramènent notre écrivain sur le sentier des âmes perdues et torturées. Sous ses yeux, des scènes abominables, d'une rare barbarie, orchestrant le massacre de familles entières...

Accrochez-vous, car on ne s'habitue pas à cette surenchère de violence et de bains de sang. J'ai d'ailleurs trouvé certains passages à la limite du supportable et j'ai même fait des pauses dans ma lecture pour me remettre de mes émotions. Dur, dur. Puis, l'histoire va prendre un revers étonnant et nous replacer dans le contexte initial : Paris. Hubris. Etc. Un vieux contentieux à régler une bonne fois pour toute.

Et, ma foi, ce dénouement ne m'aura nullement surprise puisque je l'avais attendu depuis un bon moment ! Mais que de débauche, de perversion, d'immondices, de bassesses et d'horreur pour atteindre ce but. Ceci dit, Chattam boucle son diptyque du temps avec panache, anéantissant au passage nombre de ses personnages, pour en finir avec les démons, l'obsession du Mal, le crime impuni, la lâcheté, la duperie etc.

Cela se termine dans la noirceur et l'amertume. Notre Guy de Timée, dont l'esprit méthodique a tenté d'impressionner les foules, n'aura pas su briller autrement que par son égocentrisme et sa prétention. À trop vouloir se familiariser avec les monstruosités, il a finalement brûlé une partie de son âme. C'est sans pitié, lourd et poignant. Mais l'histoire est palpitante et se délecte de nous malmener, on n'en attendait pas moins non plus !

 au choix : Albin Michel, mai 2011 ♦ Pocket, mai 2013 ♦ Audiolib, décembre 2011 (texte lu par Xavier Béja) 

existe aussi en édition spéciale - les deux titres regroupés en un seul volume : Les Abysses du Temps (Pocket, novembre 2014) 

LES ABYSSES DU TEMPS

23 janvier 2015

Automne, de Jan Henrik Nielsen

Automne

Nanna et Fride vivent seules avec leur père, sur une île isolée, dans le bunker installé sous leur maison de vacances. Une épidémie a frappé la faune, la flore et la population. Il n'y a plus âme qui vive aux alentours. Un spectacle de désolation s'offre aux deux sœurs lorsqu'elles parviennent à se faufiler, pour la première fois depuis cinq ans, hors de leur cachette.

Elles doivent également se rendre en ville pour soigner leur père, qui est tombé malade. À bout de force, l'homme les encourage dans cette aventure, malgré les risques et le danger en bout de course. Elles n'ont plus le choix, traversent le lac, les bois, les routes désertées, chipent un vélo dans un centre commercial, se sustentent de boîtes de conserve, dorment dans des maisons abandonnées...

Le roman réussit un formidable exploit, en parvenant à nous tenir en haleine, sur 300 pages, en se focalisant sur l'épopée des fillettes (12 et 5 ans), livrées à un environnement hostile et inconnu. On tremble tout du long pour elles, on attend, on guette le coin de page, on se méfie du chapitre suivant. Nanna et Fride ne nous déçoivent jamais, en faisant constamment preuve de courage et de perspicacité. 

Le récit est ainsi candide et poétique mais (hélas) sans réelle action. La tension est frelatée, sans tempo, sans mesure, le temps s'écoule sans heurt. Tout est dans la suggestion. J'ai été assez surprise par l'explication finale, rocambolesque à souhait. Et par cette sensation générale de flottement. On est dans la contemplation, l'apprentissage de la vie, la complicité entre sœurs... c'est lisse, charmant, gentillet, d'une écriture simpliste, mais l'histoire manque de rythme et est un peu lente.

On trouve du charme, oui, dans ce texte sans noirceur, porté par un joli duo d'héroïnes, qui découvrent le monde avec de grands yeux ébahis. Qu'on ne se trompe pas : il est 100% accessible aux plus jeunes lecteurs.

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz, janvier 2014 ♦ traduit du norvégien par Aude Pasquier ♦ couverture : Stian Hole

26 janvier 2015

Léviatemps, de Maxime Chattam

Leviatemps

Paris, 1900. L'écrivain Guy de Timée a fui son confort bourgeois pour vivre sous les combles d'une maison close où, pense-t-il, il pourra s'imprégner des souches du Mal pour les besoins de son nouveau roman. Lorsqu'on retrouve le corps martyrisé d'une fille de la maison, Guy frémit d'excitation à l'idée de se frotter pour de vrai aux rouages diaboliques d'un cerveau psychopathe. Car il ne fait aucun doute qu'un tueur en série sévit dans Paris, couvert par la police, pour ne pas nuire à l'Exposition Universelle qui bat son plein.

C'est assisté de la belle Faustine et d'un jeune policier, Martial Perotti, que Guy arpente les rues sordides, et même les égouts, dans sa traque insensée du monstre. Il s'emploie également à une technique innovante pour l'époque en s'improvisant spécialiste de criminologie et des aliénations mentales. Concrètement il réfléchit, dresse le portrait du désaxé, cerne ses motivations et établit les causes et manifestations. C'est tout aussi efficace qu'une course-poursuite infernale car on a le temps de s'imprégner de l'Horreur, souvent le cœur au bord des lèvres.

M. Chattam s'essaie au registre du polar historique : ambiance léchée d'un Paris qui s'ouvre au XXe siècle, quartiers populaires, salons guindés, séance de spiritisme, poules de luxe, étalage de sciences et du génie créatif... Et c'est une franche réussite ! Les clichés abondent, mais dans le souci de bien faire. On se sent transporté dans le temps, sensation audacieuse et grisante, d'où l'on retire autant de plaisir que de dépaysement. 

Par contre on n'échappe pas à l'obsession morbide de l'auteur, à son goût pour les descriptions toutes plus nauséabondes les unes que les autres. C'est du lourd, encore ! Sa marque de fabrique, aussi. Plus besoin de s'effaroucher. Toutefois, l'ensemble se marie bien et offre une lecture alerte et endiablée, qu'on a beaucoup de mal à reposer. L'histoire se poursuit avec Le Requiem des Abysses !

au choix : Albin Michel, octobre 2010 ♦ Pocket, mai 2012 ♦ Audiolib, décembre 2010 (texte lu par Vincent de Boüard)

21 janvier 2015

Attraction mortelle, de Lucy Christopher

Attraction mortelle

Le père d'Emily est accusé d'avoir tué Ashlee Parker, alors qu'elle errait dans les bois. Ancien soldat souffrant de stress post-traumatique, Jon Shepherd fait souvent des crises, comme lors de cette nuit d'orage, où il est rentré chez lui avec le corps de la jeune fille dans les bras, sans le moindre souvenir. Damon Hillary, son petit copain, ne se console pas de cette perte et brûle de la venger. Emily devient son obsession, entre attraction et répulsion, il attend d'elle plus qu'une part de vérité.

Le garçon se trouvait aussi dans les bois, lors de cette nuit cauchemardesque, mais il était trop saoul pour se rappeler du moindre détail et cherche par tous les moyens à reconstituer sa mémoire en vrac. Ses interactions avec Emily venant le déstabiliser, il finit par se convaincre de sa culpabilité, au grand dam de ses amis. Les deux lycéens, confrontés au même drame, sont tiraillés par des sentiments contradictoires et ne cessent de se tourner autour, attendant de l'autre qu'il parvienne à le délivrer de ses démons.

J'avais beaucoup aimé “Lettre à mon ravisseur” et il me tardait de lire un autre roman de Lucy Christopher et retrouver son empreinte, à travers une atmosphère troublante, d'où l'on voudrait déguerpir, sans jamais y parvenir, car une force invisible nous pousse à aller jusqu'au bout du bout. On se sent ainsi prisonnier du livre, de ses mystères et mensonges, des dérives adolescentes et des bois qui plantent l'essentiel du décor. On ne se sent pas super à l'aise non plus, mais on ne décroche jamais avant de connaître la fin ! La tension psychologique est au taquet, la construction habile et redoutable.

Par contre, le casting est loupé : les personnages ne sont franchement pas attachants. Damon est lâche, très superficiel. Emily dévoile une vraie force de caractère au début, puis s'effondre au fil des révélations. Tous deux sont esclaves de leurs émotions, mais peinent à se montrer sincèrement touchants. On reste donc en marge du récit, éprouvant un mélange d'amertume et de frustration, car il y a peu de subtilité et le résultat est glaçant. Par contre, la lecture a rempli aux exigences du thriller - noir et implacable - ça se lit d'une traite.

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, octobre 2014 ♦ traduit par Julie Lopez

4 février 2015

Le livre qui dort, de Ramadier & Bourgeau

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Absolument adorable ! Ce livre reproduit à la perfection le rituel du coucher : lavage des dents, pipi, gros câlin, petite histoire... Chut, le voilà qui ferme les yeux... bonne nuit ! 

À lire et relire chaque soir. Même le choix du bleu est judicieux, puisque c'est une couleur apaisante, et on applaudit en son for intérieur le duo Ramadier & Bourgeau pour la création de ce délicat objet, qui est simple en apparence, mais indispensable dans tous les foyers.

C'est une lecture rassurante, façon cocooning, pour un rendez-vous tout aussi serein. On prescrit ! 

Loulou & Cie, février 2015

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28 novembre 2014

Le clan des Otori, de Lian Hearn

édition spéciale, incluant les trois premiers volumes de la saga ! 

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Ce volume contient :
Livre I - Le Silence du Rossignol
Livre II - Les Neiges de l'exil
Livre III - La Clarté de la lune

Tomasu vit dans les montagnes avec sa famille et échappe in extremis au massacre des troupes du clan des Tohan. Il doit sa survie à un voyageur solitaire, un certain Shigeru du clan des Otori, qui l'embarque avec lui. Le garçon doit désormais s'appeler Takeo et devient son fils spirituel. Mais Shigeru est contraint de sceller une alliance avec les Tohan, qui retiennent en otage la très belle Kaede, porteuse d'une malédiction (ses fiancés meurent les uns après les autres). En l'épousant, Shigeru fragilise sa position et celle de son clan, déjà secoué par des conflits internes.

“Le Clan des Otori” est une saga follement romanesque, dont la trame ne cesse de nous captiver du début à la fin ! Elle nous transporte au cœur d'un Japon médiéval flamboyant, avec ses traditions et ses légendes, où les notions d'honneur sont souvent bafouées par la folie des hommes. La lecture réserve son lot d'action, d'amour, de drames, de trahison, mais aussi de destinées bouleversantes et bouleversées, avec une multitude de personnages (et un memento fort appréciable, à la fin, pour s'y retrouver dans les clans, les familles et les liens entre tous)

C'est donc une fresque fabuleuse et enchanteresse, qui figure parmi mes incontournables et mes valeurs sûres ! Cette belle édition réunissant les trois premiers volets paraît opportunément pour les fêtes... et quel cadeau magnifique ! 

Gallimard jeunesse, novembre 2014 ♦ traduit par Philippe Giraudon (Tales of the Otori)

27 novembre 2014

Cheval de guerre, de Michael Morpurgo

Cheval de guerre

J'ai longuement hésité avant de le lire, car je ne voulais pas une lecture trop triste, mais c'était avant de découvrir combien l'histoire est touchante et sincèrement prenante. Cela aurait été dommage de s'en priver.

Joey - le narrateur - est un jeune cheval fougueux, destiné à la vie de ferme. Sa rencontre avec Albert, le fils du fermier, va marquer le début d'une amitié forte et indestructible. Mais la guerre s'invite à la fête et le voit partir en France, sur les fronts, où il va se distinguer par son courage et sa ténacité. Témoin de la folie des hommes, de leur désespoir et leur bravoure, Joey va vivre mille vies en l'espace de quelques années. Et c'est son incroyable parcours que l'on suit, à travers un récit poignant et empli d'émotion. Qui aurait pu parier sur l'impact d'une telle lecture ? Franchement, c'est passionnant, saisissant de compassion et d'authenticité. J'ai été littéralement transportée !

“Cheval de guerre” marquait aussi l'entrée en scène de Michael Morpurgo dans l'édition jeunesse (1982). C'est désormais une œuvre majeure, qui a su révéler un auteur remarquable, lequel n'a jamais cessé d'écrire des romans tous plus bouleversants les uns que les autres (Soldat Peaceful, Plus jamais Mozart, Le royaume de Kensuké...). Autant de rencontres permises, qui séduiront un large public ! Ce livre a également été adapté en film par Steven Spielberg (sortie 2012). 

Gallimard jeunesse, coll. écoutez lire, mars 2012 ♦ traduit par André Dupuis (War Horse) 

Cheval de guerre CD

Lu par le jeune et talentueux Arnaud Denis qui prête sa voix au cheval Joey. Avec simplicité et émotion, il nous fait partager le quotidien mouvementé d'un cheval en temps de guerre.

26 novembre 2014

Un jour, de Morris Gleitzman

En Poche ! 

Un jour

Où il est question de l'holocauste et de la fin de l'innocence, mais aussi d'amour et de solidarité...

Pologne, 1942. Félix a dix ans et vit dans un orphelinat, en attendant le retour de ses parents (disparus depuis trois ans). Ces derniers, libraires, prétendent parcourir le pays pour sauver les livres et éviter qu'ils terminent au bûcher. Félix patiente en écrivant des histoires. Il a une imagination débordante, pas du tout conscience du danger et clame sa candeur à longueur de pages. Quelque part, c'est drôle et très attachant, même si cette naïveté fait un peu froid dans le dos. Car tout ce que nous raconte le garçon ne masque pas la terrible réalité : l'occupation allemande, l'horreur nazie, l'holocauste, etc.

Un jour, Félix décide pourtant de quitter l'orphelinat pour retrouver ses parents. En chemin, il sauve une fillette de six ans, Zelda, d'une maison en feu et entreprend de continuer l'aventure avec elle. Ils seront, hélas, arrêtés et conduits au ghetto juif où un vieux dentiste, Barney, va les prendre sous son aile. Nouvelles arrestations, autres tentatives de fuite, bref les péripéties ne manquent pas ! Et notre cœur bat à tout rompre.

Ce petit roman est extraordinaire. Il alterne les émotions fortes aux séquences légères et désopilantes, puisque l'histoire est racontée par Félix lui-même (dix ans et d'une naïveté confondante). Mais son innocence fait aussi tout le charme du livre ! Confronté à la réalité du terrain (les fusillades sauvages, les convois vers la mort, la délation, le vol des biens d'autrui, etc.), l'enfant sera meurtri et déçu, mais conservera cette volonté de toujours se raconter des histoires, pour oublier la laideur qui l'entoure et se donner du courage.

Cette lecture, c'est vraiment une petite perle de douceur (et d'humour) dans un univers de brutes ! Adorable et attachant, ce livre devrait être prescrit dans toutes les bibliothèques des écoles.  

Folio junior, novembre 2014 ♦ traduit par Valérine Le Plouhinec (Once & Then)

8 décembre 2014

Halb l'autre moitié, de Sigrid Baffert & Barroux

raconté par Elsa Zylberstein ♦ musique d'Alexis Ciesla

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Baka a la mémoire qui flanche et décide d'offrir pour les dix ans de sa petite-fille Tallinn sa précieuse clarinette. Ainsi, la fillette pourra perpétuer la tradition familiale, en jouant la mélodie transmise de génération en génération. Or, Baka ne sait jouer que la première moitié. Elle a oublié le reste ! Avec le petit chien jaune Frageh (qui n'aura de cesse de grossir), elles décident de partir en voyage, jusqu'au village natal de la grand-mère, pour peut-être trouver la suite de la mélodie. 

Au fil de leurs rencontres, Tallinn et Baka enrichissent leur répertoire musical, entendent des ritournelles et autres chansonnettes venues d'ici et là, communiquées avec amour et passion, bref la musique se parle dans toutes les langues, mais essentiellement avec le cœur. C'est une transmission universelle ! En bout de course, Tallinn comprendra aussi qu'elle seule délivrera sa grand-mère du poids de la frustration en imaginant elle-même la composition manquante.

« C'est une moitié étrange, faite de bric et de notes, de blanches, de noires et de vertes... Une mélodie frottée aux cahots de la route, sucrée comme une tarte d'anniversaire et amère comme une nuit d'attente, une mélodie qui vous berce l'âme comme un voilier, pleine de rires et de cris à la fois, tantôt frêle comme un brin d'herbe, tantôt charpentée comme un chêne millénaire, une mélodie chargée de terre rouge, qui sent le sel et la pluie noire de Ruzice, une mélodie aux yeux d'orage et aux chevilles de vent d'Amia, une mélodie qui marche au pas cadencé avant de s'envoler... »

Et c'est magnifique ! Quelle jolie balade, pleine de tendresse, de partage, de poésie et de symphonie. La relation entre la petite-fille et sa grand-mère est teintée de complicité et de douceur, d'une franche volonté d'aider l'autre pour sortir de l'impasse, sur fond de mémoire volatile et de l'importance d'entretenir cette souvenance. C'est très, très touchant mais jamais triste, car la musique est constamment pimpante, gaie, entraînante. C'est une joyeuse cacophonie, qui fait du bien à nos oreilles.

On déguste aussi par petites bouchées gourmandes le texte au charme lyrique très appréciable... « Une mélodie qui vient de loin d'entre les mères. Une mélodie pour entrer dans la vie, une mélodie qui aide à comprendre le dedans, le dehors, l'avant et l'après, le pourquoi et le comment. Une mélodie qui explique le sens de la vie. Une mélodie qui fait pousser les branches des arbres généalogiques... »

Cela vous parle de l'amour des mots, des sons, du pouvoir de la musique, bref autant de petits fragments à assembler pour former un tout enchanteur. Musique par Alexis Ciesla, lecture par Elsa Zylberstein (parfaite), illustrations de Barroux sont l'apanage de cet album discret, mais ô combien précieux et bouleversant de mille émotions. Très, très beau. J'ai beaucoup aimé ! 

Les éditions  des Braques, avril 2014

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Pour information : 

Halb est un projet à 4 mains : Alexis Ciesla, clarinettiste virtuose, pour la musique et Sigrid Baffert pour l'histoire et les chansons...Une collaboration sans fausse note, complétée par 2 autres mains, celles de Barroux, aux pinceaux et une voix envoûtante, celle d'Elsa Zylberstein.

Elsa Zylberstein prête sa voix douce et profonde à cette histoire intemporelle. Des chansons émaillent ce voyage initiatique sur des airs de trombone, sax, contrebasse, violon, percussions, accordéon, et clarinette bien sûr !

Alexis Ciesla, touche-à-tout virtuose à prédominance clarinettiste, a composé la musique sur le texte et les chansons de la talentueuse Sigrid Baffert. Ensemble, avec le soutien du conservatoire municipal de St Priest (69) ils ont orchestré les multiples vies de ce projet protéiforme et fédérateur. Le livre a également reçu le soutien de la Fondation du Judaïsme Français.

21 novembre 2014

La Nuit a dévoré le monde, de Pit Agarmen

La nuit a dévoré le monde

Antoine Vernet collectionne les échecs : écrivain raté, amoureux abandonné, type désabusé... Il est en quête d'un nouveau souffle. Aussi, accepte-t-il l'invitation d'une amie à passer la soirée dans son appartement cossu. Mais cela ne va pas se dérouler comme prévu. Il va boire, beaucoup. Perdre pied. Se réfugier dans un bureau et s'écrouler de fatigue. Le lendemain, il se réveille dans un appartement étrangement silencieux. Découvre une scène de désolation, avec des murs maculés de sang. Nulle âme vivante aux alentours.

Dehors, règne la même scène de chaos. Il y a des zombies, partout ! La police tente de lutter contre une armée de morts-vivants affamés, lesquels sautent sur tout ce qui bouge, se multiplient, forment des hordes sauvages, déchaînées, incontrôlables. C'est la fin du monde. Antoine est ahuri mais décide de se barricader dans l'appartement. Il rassemble le maximum de vivres pour assurer sa survie. Trouve des armes. Le voilà désormais seul, coupé du reste du monde. Avec l'angoisse au ventre. Et du temps pour cogiter. 

Antoine va alors s'organiser une routine surprenante de banalité : il lit, il mange, il prend des bains de soleil, il s'occupe amoureusement d'une petite plante verte, il joue de la trompette. De temps en temps il dézingue un ou deux zombies pour se rassurer. Il fait un peu n'importe quoi, il hurle à la mort, s'habille en femme, se désole et est tenté de s'offrir en amuse-bouche aux âmes errantes. La folie n'est pas loin de le guetter quand survient, vers la fin, LA rencontre qui peut tout changer.

Voilà un roman original, bien écrit, à envisager comme une approche philosophique (et intellectuelle) sur le temps perdu, les remords et les regrets, la solitude et comment ne pas sombrer face au désespoir. C'est intéressant, totalement décalé et assez perspicace. Par contre, ce n'est pas un roman de “zombies” tel qu'on pourrait s'attendre (il y a peu d'action, juste un type paumé qui soliloque), c'est davantage une robinsonnade qui se veut distrayante mais révèle surtout une grande part de mélancolie.    

Robert Laffont, août 2012 ♦ parution en format poche (J'ai Lu)

« Ce qui est beau et sûr, c'est le passé. Même le passé triste, ma solitude, mes difficultés matérielles, mon adolescence, tout ça me paraît doux désormais : j'étais heureux et je ne le savais pas. Le désespoir d'alors était un état de plénitude extatique comparé à ce que je vis aujourd'hui. »

 

8 novembre 2014

La Distance astronomique entre toi et moi, de Jennifer E. Smith

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Le jour où New York plongea dans le noir complet, suite à une panne de courant généralisée, Lucy se trouvait dans l'ascenseur de son immeuble. Elle n'était pas seule dans la cabine, puisque se trouvait déjà Owen, le fils du gardien, qui porte toujours un casque sur ses oreilles, comme pour se couper du reste du monde. Pour la première fois, ce jour-là, Lucy et Owen firent connaissance.

Subtil et délicat roman que voilà ! Il vous parle d'une rencontre anodine, pas un coup de foudre, mais une histoire pas simple, pas commune et assez émouvante. Lucy et Owen vont vivre une nuit fantastique, sous l'impulsion du hasard. Comme une bulle fragile dans cette existence éthérée. Puis, Lucy part vivre de l'autre côté de l'océan, tandis que Owen accompagne son père pour un road-trip vers l'Ouest. Les dés sont jetés. Leur début de relation n'est plus à une onde sismique près.

Car ils ont également d'autres fantômes à leurs trousses. Lucy est une solitaire par dépit. Elle a grandi en tant que spectatrice désemparée de la relation fusionnelle de ses parents, se sentant de plus en plus mise à l'écart, le cordon ombilical remplacé par des cartes postales. Owen, lui, doit soutenir son père qui ne se remet pas de la perte de son épouse, dans un accident de voiture. Leur installation à New York a été un déchirement, aussi n'ont-ils pas rechigné au moment de mettre les voiles.

C'est assurément un roman chargé de tendresse et d'attention, de désœuvrement et d'infortune. J'ai eu un peu de mal de croire à une telle histoire, même si je lui reconnais toutes les qualités de justesse, frisson, sincérité et empathie. C'était adorable de suivre une relation aussi brinquebalante se construire, malgré les aléas du destin. Le couple ne manque pas de ressources, est attachant à sa façon, forcément ça interpelle.

Cette histoire bouleversante nous fait prendre conscience du poids de la famille, des abîmes qui se creusent et laissent ce sentiment d'insatisfaction dans l'estomac. C'est touchant, ça ne vous laisse pas indifférent, le reste n'est qu'anecdotique... 

Hachette jeunesse, coll. Bloom, octobre 2014 ♦ traduit par Frédérique Le Boucher (The geography of you and me)

♣ Son premier roman, La probabilité statistique de l'amour au premier regard, est disponible en format poche  ♣

17 novembre 2014

Joyland, de Stephen King

Joyland

Après trois mois de stage à Joyland, un parc d'attractions dans la tradition des années 70, Devlyn Jones, étudiant désabusé par un échec sentimental, décide de prolonger son séjour en ne retournant pas à l'université. L'étourdissement saisonnier n'est plus, le jeune homme s'immerge pourtant dans les coulisses de l'univers forain avec enchantement. Il a tissé des liens d'amitié avec ses collègues, appris le « parlure », incarné le chien Howie avec brio... Après les flonflons de la fête, il est temps de dorloter la vieille dame.

Mais Devlyn est encore tout engourdi par la trahison de sa petite copine, malgré l'aide de ses nouveaux amis, Erin et Tom, il n'arrive pas à remonter la pente. Il se consacre donc à son boulot et veut percer le secret de la maison hantée (un crime a été commis des années plus tôt, le fantôme de la victime erre comme une âme en peine, selon la légende). Bref, il n'en faut pas plus pour s'attendre à une histoire passionnante et chargée d'intensité dramatique.

Et puis, non. C'est une lecture plus ancrée dans l'émotion et la mélancolie que nous propose S. King. Un roman où le héros se débat avec ses propres fantômes, où ses rencontres vont révéler le bon samaritain qui sommeille en lui, et où la déception amoureuse va chambouler son destin... Suspense et terreur, promis par l'éditeur, ne font pas partie du lot. Ou à moindre mesure. Ai-je été déçue pour autant ? Point du tout.

J'ai été happée par cette atmosphère d'une douce nostalgie, touchée par ce héros meurtri et désenchanté. J'ai également beaucoup apprécié cette plongée au cœur de la fête foraine, à travers un tableau idyllique et parfois figé dans ses clichés.  C'est un très bon roman, assez surprenant (peu avant la fin, il nous sort de son chapeau magique les quelques minutes de sensations fortes promises !). Mais la lecture est toutefois plus nuancée, car il s'agit avant d'un récit tout en finesse et en introspection. Une jolie histoire, assez émouvante.

Aurélien Ringelheim, nouveau venu dans l'écurie Audiolib, livre une interprétation brillante, en se glissant de façon troublante dans la peau du narrateur. C'est très bon ! Anecdote rigolote : il est connu pour interpréter Sacha dans la série Pokémon !

Audiolib, novembre 2014 ♦ texte intégral lu par Aurélien Ringelheim (durée : 9h 56) ♦ traduit par Nadine Gassie et Océane Bies pour les éditions Albin Michel

11 novembre 2014

Cadavre 19, de Belinda Bauer

Cadavre 19

Patrick, étudiant en anatomie, a choisi cette spécialité pour mieux comprendre la mort. Selon son professeur, les cadavres ne parlent pas mais ont tout à délivrer. En salle d'autopsie, face à un corps anonyme, estampillé Cadavre 19, Patrick et ses camarades épluchent, décortiquent, classent, cataloguent, analysent bout par bout. Leur but étant de découvrir la cause du décès. Et non l'identité du mort. Patrick, lui, en fait une fixation.

Contrairement aux autres étudiants, Patrick a besoin d'éclaircir tout ce qu'il voit, entreprend, entend, découvre. Il est atteint du syndrome d'Asperger. Mais surtout, il n'était qu'un enfant lorsque son père a été fauché par une voiture sous ses yeux. Ce drame continue de le hanter, car il a le sentiment d'avoir été floué sur le pourquoi et le comment. Inutile d'attendre de sa mère le moindre geste de compassion, ancienne alcoolique, elle est toujours autant à côté de la plaque !

Voir Patrick partir à l'université, partager une colocation, prendre son indépendance représente pour elle le début de la normalité. Un poids en moins. Un soupçon de soulagement. Le garçon n'est pas d'un caractère sociable, mais s'adapte à sa façon au mode de vivre de Kim et Jackson. Il ne cache pas que le Cadavre 19 ne cesse de le turlupiner, qu'il est contrarié par ses mystères, d'autant plus qu'il vient de mettre le doigt sur un détail peut-être déterminant pour la suite !

À côté de ça, on suit l'histoire d'un service de réanimation de l'hôpital de Cardiff, où infirmières et corps végétatifs nous livrent des confidences faussement anecdotiques, car de fil en aiguille on devine qu'elles vont compléter un tableau ombrageux. J'ai beaucoup aimé ce principe de constructions par petites briques, ci et là, on vivote, on stocke chaque information avant le tomber du rideau. C'est très réussi.

Le dénouement est, cependant, plutôt précipité. On a un enchaînement de coïncidences, plutôt abrupt. On se sent assommé par la succession des révélations et autres secrets déterrés. Cela manquerait presque de finesse si le reste du roman n'avait été aussi alléchant et parfaitement conduit. Donc, aucun souci. On a une intrigue qui se conclut de façon diabolique, mais efficace. Belinda Bauer a su proposer un roman original, qui s'est distingué par sa structure alambiquée et son « héros » au comportement singulier.

Fleuve Noir, septembre 2014 ♦ traduit par Christine Rimoldy (Rubbernecker)

3 novembre 2014

Journal d'un chat assassin, de Véronique Deiss

Journal Chat Assassin

Qui mieux que Véronique Deiss pouvait adapter en bande dessinée la série d'Anne Fine (Journal d'un chat assassin) pour laquelle elle illustre déjà les 6 romans existants ? ! Personne, évidemment. C'est elle, la seule, l'unique, experte ès Tuffy, ce gros matou paresseux et menteur, qui rend chèvre tout son petit monde, à commencer par les parents de la petite Ellie. 

Cette bande dessinée de 45 pages reprend toutes les grandes lignes du tome 1 : Tuffy assassine des petits animaux sans défense et dépose ses trophées sur le paillasson de la maison, ce qui offense les âmes sensibles de la famille (cris d'horreur et d'épouvante en cascade). Mais le plus grand drame survient quand sa nouvelle victime n'est autre que le lapin du voisin. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Pour parer à tout conflit, le père d'Ellie met au point une opération commando nocturne (que les chats du quartier, témoins au moment des faits, vont rapporter avec un sens de la dérision absolument divin...). Le résultat est d'une drôlerie ! 

L'esprit de la série, caractérisé par son humour caustique, son héros de mauvaise foi et ses intrigues aux retournements burlesques, trouve ici une exécution fantastique. La mise en scène est diablement redoutable et provoque cet enchaînement de situations improbables combinées à des fous rires. C'est radical. Qu'est-ce qu'on rit...  

Véronique Deiss se fait plaisir et rend une copie sans faute. C'est une franche réussite, à l'enthousiasme communicatif. La bande dessinée complète la lecture de la série des livres ou invite à mieux la découvrir. D'ailleurs, si vous ne connaissiez pas encore (quelle erreur), n'hésitez pas ! Cela s'apprécie à tous les âges, foncez, vous ne le regretterez pas. 

Rue de Sèvres, octobre 2014 ♦ d'après la série écrite par Anne Fine, éditée à l' École des Loisirs 

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27 octobre 2014

Le Réveil des créatures, Tome 2 : À la recherche de la plume d'os, de John & Carole E. Barrowman

Tome 1 : Le réveil des Créatures 

A la recherche de la plume d'os Barrowan

Une suite qui ne faiblit pas et rend cette série toujours plus passionnante !  (* Risque de spoilers ! *)

Après avoir appris qu'ils étaient les héritiers de dons hors du commun, en tant que Animare et Gardien, les jumeaux Calder, Matt et Emily, ont trouvé refuge chez leur grand-père Renard, dans son manoir sur l'île d'Auchinmurn (au  large de l'Écosse). Leur mère a disparu et leur père a été enfermé dans un tableau. Le danger n'a jamais été aussi proche, mais Matt et Emily n'ont que douze ans et sont donc naturellement prompts à désobéir et minimiser les conséquences de leurs actes.

En gros, ils trompent la vigilance de leurs hôtes, bravent l'interdiction de dessiner pour retourner dans les peintures, découvrent qu'ils peuvent voyager dans le temps, souvent au péril de leur vie, et détiennent le pouvoir de libérer les monstres enfermés par leurs ancêtres ! Pfiou. C'est rondement, et parfaitement, ficelé. On retrouve aussi le même mode narratif qui avait su m'enthousiasmer dans le 1er tome : un ton vif et entraînant, des chapitres courts, qui défilent à vitesse de l'éclair, un univers qu'on n'a plus besoin de présenter et qui se développe en proposant des tas de rebondissements !

Et c'est franchement PAL-PI-TANT ! L'intrigue tisse aussi des liens étroits entre le passé et le présent, en dévoilant notamment les secrets de la communauté des moines d'Era Mina, au temps du Moyen-Âge. Vikings, moines rebelles, créatures maléfiques, intrusion, complots et vols vont mettre en péril la délicate mission que les frères devaient mener. Enfin bref, il est difficile de se détourner une seconde de cette lecture, qui nous capture entre ses filets et ne nous lâche plus avant la toute dernière ligne. Cliffhanger droit devant ! Vivement le troisième, et dernier, épisode.

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz, Avril 2014 ♦ traduit par Anne Krief (Bone Quill)

5 novembre 2014

Charles apprenti dragon, par Alex Cousseau et Philippe-Henri Turin

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Cet album réunit deux grands succès: Charles à l’école des dragons  et Charles prisonnier du cyclope
mais ce n’est pas tout...

On trouve en cadeau bonus les Mémoires d'un jeune dragon,  soit quelques pages d'humour écrites et dessinées par Charles, sous forme de poèmes et croquis ravissants, destinées accessoirement à ses parents, mais on ne va pas se gêner pour y jeter un œil ! 

Ce n'est plus une surprise, mais cet album n'en demeure pas moins une pure merveille, éclatante de beauté, de chaleur, d'humour et de facétie. De haut en bas, de gauche à droite, il y a de quoi lire, admirer, rêver, s'enthousiasmer.

L'album perd ici un chouia en centimètres mais conserve toute sa noblesse. De nouveau, il en impose en couleurs, en grâce et en enchantement. L'esthétisme est une perfection absolue.

Mais l'histoire n'est pas en reste : Charles est un jeune dragon, né avec de grandes ailes et des pattes immenses, sur un corps minuscule. Il a aussi une âme de poète et a souffert de sa différence à l'école. Aujourd'hui Charles est un dragon comblé ... en quête de nouveaux amis. Sa potesse la mouche a depuis rendu l'âme. Paix à son esprit. Pour bien faire, Charles pense qu'il faut « investir » sur la durée : une coccinelle ?! Avec une durée de vie d'un an ou deux ? Hmm.

En amitié, cependant, tout est permis. Et Antoinette va lui prouver ! 

C'est adorable, charmant, facétieux et source d'ébahissement constant. Je suis fan. J'adore le ton, les couleurs, les mots de Charles. 

Encore une fois, si vous ne connaissiez pas (quelle erreur), n'hésitez pas ! Cela s'apprécie à tous les âges, foncez, vous ne le regretterez pas. 

Seuil jeunesse, septembre 2014 pour la présente édition

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