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Chez Clarabel
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7 février 2017

La Boutique Vif-Argent, Tome 2 : La Boussole des rêves, de P.D. Baccalario

La Boussole des rêvesL'heure est venue de rattraper mon retard dans mes séries ! J'avais beaucoup apprécié l'univers étrange et fabuleux du premier tome de La Boutique Vif-Argent (cf. Une valise d'étoiles). L'histoire se passe dans une petite contrée écossaise, à Applecross, où le jeune Finley McPhee s'embarque dans des aventures qui souvent le dépassent. C'est d'ailleurs suite à sa rencontre avec l'impertinente Aiby Lily, fille du propriétaire de la Boutique d'objets magiques, qu'il a connu autant de chamboulements dans son quotidien.
Puni pour ses mauvais résultats scolaires, notre cancre a d'abord remplacé le facteur pendant sa tournée puis est devenu le premier essayeur de plages pour un guide touristique. Il découvre ainsi que plusieurs fermiers et pêcheurs se plaignent de fâcheux incidents, comme des disparitions de moutons ou des filets saccagés. Une vieille dame vient aussi de passer l'arme à gauche, alors qu'elle pétait la flamme et s'était inscrite pour le prochain marathon. C'est très étrange, mais Finley a bien du mal de croiser son amie Aiby pour lui en causer. Celle-ci semble lui préférer la compagnie de son frère Doug, peut-être parce qu'il est capable de lire l'Ensorcelant, cette langue rare qui figure dans tous les ouvrages magiques. Finley ronge son frein, refusant d'admettre qu'il est jaloux, car Doug est plus grand, plus intelligent et a avoué en pincer pour Aiby. Cette situation agace prodigieusement notre jeune héros.
Mais trêve d'enfantillages. Le duo se reforme pour enquêter sur le terrain. Leur but : dégoter une précieuse Boussole et mettre des bâtons dans les roues d'un sinistre individu, autrement dit l'Homme Vert, qui s'amuse à jouer aux cartes avec l'âme des gens. La situation est tendue, le contexte fascinant de mystères et l'action survoltée. J'ai beaucoup aimé avancer dans l'histoire parmi ce cadre charmant et sur un ton aussi alerte et enjoué. La combinaison est réussie, dans un esprit bon enfant et surtout empreint d'élégance par son esthétisme. Je poursuis mon exploration, avec La Carte des Passages

Traduit par Diane Ménard pour les éditions Gallimard Jeunesse - Octobre 2015

Illustrations de Iacopo Bruno

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20 janvier 2017

Marquer les ombres, de Veronica Roth

C'est l'événement du mois ! La parution du nouveau roman par l'auteur de la trilogie à succès, Divergente. Veronica Roth nous propose cette fois un space opera audacieux, avec pour intrigue une lutte de pouvoir, de famille, de haine et d'amour. 

MARQUER LES OMBRES

Akos Kereseth grandit auprès des siens dans la pacifique nation de Thuvhé lorsqu'il est arraché brutalement de son foyer, avec son frère Eijeh, pour être conduit chez les Shotet. Le nouveau souverain, Ryzek Noavek, veut contrôler son destin depuis qu'une prophétie a annoncé sa chute par leur faute. Akos a juré de sauver son frère de leur triste sort, mais va endurer durant des années persécution, humiliation et maltraitance. On lui confie également le rôle de garde du corps de Cyra Noavek, la sœur du despote. Cette dernière possède le don de provoquer des douleurs atroces par un simple contact, seul Akos est insensible à son flux et lui prépare des infusions pour canaliser ce trop-plein de mauvaise ondes. À force de rester en contact rapproché et permanent, ces deux-là tissent une relation qui s'apparente à une complicité amoureuse pleine de pudeur, même si le contexte géopolitique les incite à être également sur leurs gardes car leurs ennemis ne manquent pas. Entre le cruel et tyrannique Ryzek, qui se sert des pouvoirs de sa sœur ou de la vulnérabilité de Eijeh, devenu le nouvel oracle, pour asseoir son autorité et contrôler Akos, sans oublier les renégats qui veulent renverser le système en place et qui nouent des alliances sans garantie de retourner leur veste un jour ou l'autre, l'ambiance est assez tendue et étouffante.

Au final, il y a très peu de place pour l'action. L'auteur privilégie la forme, en fignolant son univers et son écriture. C'est beaucoup plus structuré, plus soigné, mais au détriment des émotions et des sensations. Le fond est creux. L'histoire est lente à se mettre en place. Le rythme est inégal. En somme, j'ai trouvé ce roman beaucoup trop ambitieux, et donc fastidieux à lire. De plus, les personnages ne sont pas attachants. On ne se passionne pas non plus pour leur histoire. Leur relation est plate, elle ne renvoie aucune âme, aucune tendresse. C'est comme pour tout, sans saveur, sans excitation. J'ai rapidement fait le tour d'horizon de leur aventure, laquelle est très torturée, mais vraiment peu attendrissante. À aucun moment je n'ai été touchée ni n'ai ressenti de l'intérêt pour les rudiments de leur quête. C'est une grande frustration, une amère déception pour ce roman pourtant très attendu et autour duquel le mystère a été bien ficelé jusqu'à la date de sa sortie mondiale.

J'ai opté pour le livre audio, disponible en exclusivité sur Audible. On retrouve ainsi Marine Royer, également la narratrice de la série Divergente, qui réussit le tour de force de nous plonger dans cet univers intersidéral aux thèmes universels (la famille, la fratrie, les non-dits, le pouvoir) mais qui ne s'éloigne jamais totalement des sempiternels tourments (les marques corporelles, les choix discutables et les destins impossibles). Une lecture agréable à écouter, si ce n'est un contenu monotone et hélas lassant.

Texte lu par Marine Royer pour Audible Studios - Durée : 15h 19

>> Texte en version intégrale uniquement disponible en téléchargement sur le site Audible (exclusivité).

© L'édition originale de ce livre a été publiée pour la première fois en anglais aux États-Unis aux éditions Katherine Tegen Books, HarperCollins Publishers, sous le titre Carve the Mark Volume 1. © 2017 par Veronica Roth. Tous droits réservés.

Traduction française © 2016 Éditions Nathan (P)2017 Audible FR

Marquer les ombres | Livre audio

 

3 février 2017

Pêle-Mêle : Boom Boom Boom - Un cœur qui bat - Le chat le plus mignon du monde

boom boom boom

Une petite fille décide d'accrocher au mur un tableau et se met à taper franchement avec son marteau, sans se douter des secousses provoquées chez son voisin. Celui-ci est justement en train de bouquiner en buvant son thé en toute tranquillité. Or, chaque coup résonne chez lui à grand fracas et le fait bondir de son fauteuil. La surprise fait place à la panique. Les coups redoublent de violence, quand soudainement c'est le Boom de trop. La fillette vient de passer à travers le mur, direct chez son voisin. C'est finalement plus simple pour lier connaissance sans passer par la case Départ. ☺

On sourit à la lecture de cette histoire drôle et savoureuse, qui se raconte par de simples onomatopées. C'est simple, efficace et ingénieux. On suit les personnages de chaque côté du mur, dont les expressions sont absolument désopilantes à découvrir. Tout texte serait superflu, car les détails sont exquis. Un petit album cartonné à croquer pour son plus grand plaisir.  

Boom Boom Boom, de Johan Troïanowski 

Éditions Thierry Magnier, 2017

 

un coeur qui bat

Cet album est une petite perle de douceur et de poésie. Préalablement paru en 2004, ce titre est remis au goût du jour pour son thème incontournable : attendre un enfant. Mais la lecture nous offre une perspective plus grande, puisqu'il est question d'univers, de la Terre qui tourne, d'un pays, d'un jardin, d'un immeuble et d'un appartement, puis d'un salon, avec un fauteuil où une maman assise cajole son ventre rond, dans lequel se niche bébé. Bref. C'est ce qu'on appelle un livre "zoom" et c'est vraiment très beau. Les illustrations de Joëlle Jolivet sont raffinées, cf. l'intérieur de l'appartement, absolument divin. Le texte est parcimonieux, mais invite juste ce qu'il faut à se pencher sur l'ouvrage en posant les bonnes questions.

N'hésitez pas à offrir cet album autour de vous ! Petits et grands lecteurs succomberont à son charme.

Un cœur qui bat, de Virginie Aladjidi & Joëlle Jolivet

Éditions Thierry Magnier, 2017 pour la présente édition

 

le chat le plus mignon

Grand moment de bidonnade droit devant ! Voici l'histoire d'une petite fille qui se rend en animalerie pour adopter un chat. Le choix est vaste, mais la fillette craque pour un petit chat vraiment trop mignon. Toute la famille est ravie et rentre à la maison. Seulement, le chat trop mignon est aussi très timide. Il est adorable, mais de dos. Les parents et l'enfant commencent à se poser des questions et cherchent à piéger le chat pour qu'il tourne enfin la tête vers eux. La bestiole déjoue toutes les ruses, alors tant pis. Il faudrait aussi lui trouver un nom... Et là, le chat trop mignon va enfin réagir et enchanter le public !

La fin ne m'a pas surprise, mais elle est 100% hilarante ! J'adore l'humour de Vincent Pianina. Son univers est enchanteur, ses illustrations rondes et charmantes. L'histoire est également attendrissante et loufoque. C'est pour moi un album COUP DE C♥UR.

Le chat le plus mignon du monde, de Vincent Pianina

Éditions Thierry Magnier, 2017

 

13 janvier 2017

Pip Bartlett et les créatures magiques, de Jackson Pearce & Maggie Stiefvater

pip bartlettFascinée par les créatures magiques, Pip Bartlett a pour particularité de les comprendre mieux que personne mais est surtout capable de leur parler. Nul n'est au courant de son don, ce qui donne lieu à des situations cocasses, dont le fiasco de la Journée des Métiers organisée par son école. À cette occasion, Pip rencontre des licornes, toutes plus vaniteuses et insupportables les unes que les autres. La jeune fille tente de les calmer mais provoque malgré elle un ramdam du diable. Ses parents l'envoient alors chez sa tante Emma, qui est vétérinaire dans la petite ville de Cloverton, spécialisée dans les soins pour les espèces fantastiques. Pip mesure sa chance de croiser en vrai un cornebec ailé ou un griffon nain soyeux, qui n'ont aucun secret pour elle. Mais la poisse de nouveau la rattrape lorsqu'elle découvre un Poilafeu dans l'écurie d'une licorne. La menace gronde sur cette petite communauté paisible. Car le Poilafeu est réputé pour être un nuisible susceptible d'entrer en combustion sans prévenir. C'est de plus une créature minuscule, qui aime se planquer dans les placards à sous-vêtements, et qui se reproduit à la vitesse de l'éclair. Panique à bord. Pip va prêter main-forte à sa tante Emma, en compagnie de sa cousine Callie et du petit voisin hypocondriaque Tomas, pour secourir la ville en péril ! Et l'histoire de déborder d'imagination et de magie, avec des créatures extraordinaires, qui échappent souvent à tout contrôle et provoquent des situations affolantes, d'où le sentiment de folie et d'effervescence qui colle à l'ambiance générale. La lecture est ainsi légère, distrayante et très amusante. Son esprit enfantin la destine idéalement aux plus jeunes (8-9 ans), plus sensibles au déferlement d'action et d'événements improbables. Le tout a été bichonné dans un écrin prodigieux - les illustrations sont de Maggie Stiefvater pour la VO, Roland Garrigue pour la VF. C'est complètement délirant et très créatif, même si c'est un imaginaire ciblé et stéréotypé. Ce livre a la dose d'humour, de rythme et d'aventure nécessaire pour emporter le jeune lecteur. Qu'on lui laisse le champ libre, après tout. PS : J'adore la couverture !

Seuil Jeunesse - Traduit par Sophie Passant (Novembre 2016)
illustrations de Roland Garrigue

Titre VO : Pip Bartlett's Guide to Magical Creatures

23 janvier 2017

Robyn Silver contre les créatures de la nuit, de Paula Harrison

Robyn silverRobyn Silver, dix ans, se sent transparente au sein de sa famille. Elle rêve d'une vie différente et s'imagine être l'héroïne d'une aventure extraordinaire. Son souhait va malgré tout se réaliser.
Un jour, elle aperçoit dans la cuisine de sa maison des créatures terrifiantes, couvertes d'épines. Ses proches pensent qu'elle est en plein délire car ils ne voient rien. La fillette ronge son frein mais découvre, le lendemain matin, que son école a été ravagée par une tempête. La directrice est au bord du désespoir, quand l'assistante du mystérieux Cryptorum, un étrange vieil homme qui vit reclus dans sa grande demeure, leur propose d'utiliser le manoir de Sombretour en attendant les réparations. Cette offre est trop belle pour être honnête, se dit Robyn. Et en effet, l'accueil réservé par le propriétaire des lieux est loin d'être chaleureux. 
Curieuse et intrépide, Robyn va déroger au réglement pour parcourir la maison de fond en comble avec son ami Aiden. Ils vont ainsi croiser une autre camarade, Nora, et réaliser que tous trois ont en commun la particularité de VOIR les fameuses créatures terrifiantes ! Comme ils vont l'apprendre assez rapidement, les trois enfants sont des Carillons, nés à minuit pile, ils sont capables de discerner les créatures du Monde Invisible. Cryptorum rouspète car ce ne sont que des enfants innocents, et pourtant il n'a pas d'autre choix que de les former pour se préparer à combattre leurs ennemis, dont la redoutable Pearl, une vampire qui prévoit un retour fracassant. 
Quelle lecture étonnante ! On ne soupçonne pas au début dans quel guêpier elle va nous mener. C'est donc d'autant plus excitant de découvrir son univers, qui révèle son potentiel sombre et inquiétant au fil des chapitres. Plus on avance dans l'histoire, et plus on pénètre dans une aventure cernée de danger et d'imprévu. L'angoisse monte d'un cran, surtout pour un jeune lecteur impressionnable (8-12 ans), mais c'est franchement génial ! De plus, les illustrations d'Alban Marilleau jouent aussi avec les nerfs du public en se voulant aussi énigmatiques et saisissantes d'effroi. 
Le pari de servir une nouvelle série riche en sensations est pleinement réussi ! C'est une chouette trouvaille, qui pourrait démentir les attentes d'une simple lecture distrayante, car c'est autrement plus palpitant ET divertissant. 

Traduit par Axelle Demoulin & Nicolas Ancion pour les éditions Seuil Jeunesse - Janvier 2017

Titre VO : Robyn Silver and the Midnight Chimes

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26 janvier 2017

Petits secrets, Grands mensonges, de Liane Moriarty

Petits secrets grands mensongesAu cours d'une soirée quizz organisée par l'école du quartier, des parents anormalement émêchés se donnent en spectacle de manière scandaleuse et déplacée. Ils se lancent des noms d'oiseaux, en viennent aux mains, se bousculent. Puis la farce vire au drame, une victime est déplorée, la communauté est sous le choc. Commence aussitôt une enquête qui ne dévoile rien de l'identité de la victime ou des responsables de la cohue. Rien ne filtre, si ce n'est quelques détails distillés avec parcimonie.
Cette mise en scène redoutable, au suspense bien ficelé, est diablement efficace et rend la lecture captivante ! On plonge sans se douter dans une abominable histoire de harcèlement, d'injustice et de préjugés, alors que tout se passe dans une simple classe de maternelle au cœur une banlieue chic et cossue. Jane vient d'y emménager avec son fils Ziggy lorsque celui-ci est accusé de persécuter une petite camarade. La mère outrée monte au créneau et use de son influence pour intimider les nouveaux venus, tandis qu'une résistance s'organise autour de la jeune maman célibataire en dénonçant le lynchage en règle. La guerre des mères est déclarée et elle s'annonce sanglante.
On pourrait se moquer du sordide de la situation, si ce n'est que cela démontre aussi l'acharnement bête et méchant à entraîner les uns et les autres dans une ronde infernale qui exacerbe toutes les passions (divorce, famille recomposée, adolescence, carrière, procrastination, humiliation, coups et violence). On n'imagine pas les drames cachés dans ces doux foyers en apparence ordinaires et aisés. C'est tout à la fois poignant, révoltant, délicat et émouvant. On se croirait presque dans une nouvelle saison de Desperate Housewives ! De plus, le rythme est incroyablement bon, angoissant et haletant. On ne voit rien venir des révélations finales, on se fait même manipuler sur toute la ligne et on applaudit le tour de force.
Ce roman est addictif, ingénieux et surprenant ! Franchement top. 

La voix de Danièle Douet peut vous paraître familière, puisqu'elle double notamment Nicole Kidman, Kristin Scott Thomas, Gillian Anderson et Felicity Huffman (Lynette Scavo dans Desperate Housewives). C'est une voix chaleureuse et très agréable à écouter, qui s'amuse ici à accentuer les défauts ou les particularités des uns et des autres, sans surjouer ou friser le ridicule. On assiste avec un certain effroi à cette comédie sinistre sur les drames domestiques en prenant note du poids des secrets et des mensonges qui peuvent parfois faire tout basculer. Malentendus, ragots, rumeurs alimentent le quotidien de ce petit monde qui vit en vase clos. Effroyable et sidérant. ☺

Texte intégral lu par Danièle Douet pour Audiolib (Janvier 2017) - durée : 15h 23

28 décembre 2016

Simple comme bonjour : Domitille et Amaury chantent Jacques Prévert

Simple comme bonjour

Pour rendre hommage aux 40 ans de la mort du poète Jacques Prévert, Domitille et Amaury ont répondu à l'invitation de sa petite-fille, Eugénie Bachelot-Prévert, qui souhaitait consacrer un album familial célébrant l'œuvre de celui-ci.

Au programme, ce sont ainsi 14 chansons (dont 9 reprises et 5 compositions originales) qui dévoilent l'univers à la fois sensible et engagé de l'auteur. On retrouve des titres aussi bien connus que Le Cancre, Les Feuilles mortes, Page d'écriture... que d'autres qui évoquent l'enfance, l'imaginaire, l'amour, l'amitié, la nature (Tournesol, La Fleur, Chanson Song...). Ce sont autant de poèmes qui appartiennent à la mémoire collective ou qui sont remis au goût du jour de manière un peu plus ludique et plus agréable (car apprendre par cœur la poésie dans un manuel scolaire est, ma foi, assez rébarbatif). 

Le disque, entre pop et jazz, est donc empreint de swing et nous invite à rêver les yeux ouverts en feuilletant les pages de l'album illustré par Séverin Millet. Son univers coloré et lyrique est idéal pour prolonger la féerie tout en finesse ! Ainsi, la lecture s'apprécie de plusieurs façons, par son joli emballage, par son contenu au graphisme éclatant et par son disque entraînant qui invite à un voyage poétique étonnant. ☺ 

Menu : Tant bien que mal ; Chanson bim-bam ; Les animaux ont des ennuis ; Inventaire ; Le Cancre ; Soyez polis ; Les Feuilles mortes ; Tournesol ; Chant song ; La Fleur ; Chanson pour chanter à tue-tête et à cloche-pied ; Page d'écriture ; Pour faire le portrait d'un oiseau ; Simple comme bonjour. 
Et un extrait du scénario original des «Enfants du paradis».

Gallimard Jeunesse - Collection: Hors Série Musique / Octobre 2016
Illustrateur de couverture : Séverin Millet

 

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9 décembre 2016

Le Trône de Fer Tome 4 : L'Ombre maléfique, de George R.R. Martin lu par Bernard Métraux

Ce tome fait suite à La Bataille des Rois et se révèle globalement n'être qu'un épisode de transition, assez creux, et néanmoins essentiel à la bonne compréhension de la série. ☺

L'ombre maléfique

Le royaume des Sept Couronnes est désormais plongé dans le chaos, la mort de Robert Baratheon a logiquement installé son héritier Joffrey sur le trône, mais sa légitimité est contestée. Décrié comme étant le pantin à la solde des Lannister, sa mère Cersei et son oncle Tyrion, désormais la Main du Roi, Joffrey ne rallie aucun seigneur à sa cause. Les frères de Robert, Stannis et Renly, partent en guerre. Robb de Winterfell s'autoproclame roi du Nord et envoie ses troupes à la conquête de territoires ennemis. Disons que, dans l'ensemble, ça s'affronte dans tous les coins, le royaume est à feu et à sang. Même Theon Greyjoy se lance dans la mêlée pour affirmer crânement son autorité, frustré par une sœur à qui l'on confie des missions plus valorisantes. Il faut dire aussi que Asha Greyjoy a salué leurs retrouvailles, au bout de dix ans, par une humiliation publique, en se faisant passer pour une autre tandis qu'il la courtisait hardiment. Jalousie, ambition, pugnacité, trahison et mésalliance... Les ingrédients du bouillon croquent sous la dent, mais laissent un goût amer en bouche.

L'intrigue générale est donc assez stratégique. On survole les positions des personnages, on suit leurs motivations, on tente parfois de cerner leurs plans, sans quoi il y a peu d'action susceptible de surprendre le lecteur. Certes, un prétendant aux sept couronnes va décéder, dans des circonstances très nébuleuses et qui seront sans doute exploitées par la suite (je l'espère). Le personnage de Robb Stark est totalement zappé : l'héritier de Winterfell est parti en campagne, mais ses exploits sont relatés par ouï-dire. Sa mère Lady Catelyn erre comme une désespérée alors que sa famille se délite, Sansa est retenue prisonnière des Lannister pour épouser Joffrey (quelle cruche, celle-ci), Arya se cache sous les oripeaux d'une servante de cuisine à Harrenhal où se trouve Tywin Lannister (quelle ironie), Bran est seul à Winterfell et fait de plus en plus de rêves tristement prémonitoires... Jon Snow, toujours flanqué chez la Garde de la Nuit, vient de franchir le Mur pour parcourir des contrées étranges et dangereuses. 

Ainsi, toutes les araignées tissent leur toile avec fourberie et audace, des personnages secondaires surgissent, comme Osha la sauvageonne, Asha l'insolente et intrépide sœur de Theon Greyjoy, et aussi Ygritte la fille du Nord. De son côté, l'exotique Daenerys prépare son retour fracassant, suivie de trois jeunes dragons déchaînés. L'ambiance est assez sombre et pesante, elle n'égale sans doute pas la tension dramatique du premier volume mais se propose de nous divertir autrement. Pour le coup, je dois admettre que la lecture audio est grandement efficace pour s'absorber dans ce récit teinté de fureur et de folie. On y avance à petits pas chassés, hypnotisés par l'interprétation de Bernard Métraux. Ce dernier n'a de cesse de nous plonger au cœur des méandres, avec sa gouaille, sa force et son sens très pointu de la théâtralité. C'est assez impressionnant... (même si le choix des voix nasillardes pour les personnages, principalement féminins, me fait hérisser les poils sur les bras). Le format audio offre ainsi une sacrée immersion dans l'univers foisonnant du Trône de Fer ! Je poursuis l'aventure... 

[A Game of Thrones]

Trad. de l'anglais (États-Unis) par Jean Sola

Lu par Bernard Métraux - Durée d'écoute : environ 14 h

Collection Écoutez lire, Gallimard  /  Mars 2016

 

21 décembre 2016

Entre chiens et loups, de Malorie Blackman, John Aggs & Ian Edginton

Adaptation en format BD du roman à succès de Malorie Blackman : Entre chiens et loups.

entre chiens et loups

Dans une société ségrégationniste, où les Primas (noirs) contrôlent le pays en opprimant les Nihils (blancs), Séphy et Callum tentent au mieux de préserver leur amitié. Fille du ministre Kamal Hadley, Séphy doit également tenir son rang, sous l'œil scrutateur des caméras, et ne pas faire de vagues. Aussi, le jour de la rentrée, la jeune fille fait scandale en voulant apaiser les tensions du fait de l'arrivée de cinq jeunes Nihils, dont Callum, à Heathcroft, une école privée réservée à l'élite.
Dès lors, la relation entre les amis d'enfance n'aura de cesse de traverser des hauts et des bas pour se maintenir à un semblant de complicité. L'adolescence les pousse aussi à ne plus fermer les yeux face aux injustices. Lorsque la famille de Callum soutient la milice de la libération et leurs opérations terroristes, elle tombe aussitôt dans le collimateur de la police. Son père est arrêté, puis condamné. Après quoi, Callum refuse de baisser l'échine.
Chez Séphy, la situation aussi est explosive. Ses parents se déchirent, sa mère sombre dans l'alcool. La jeune fille est malheureuse et veut s'éloigner du foyer pour vivre en pension. Le jour de son départ, elle envoie un courrier désespéré à Callum... qui loupera ce rendez-vous de la dernière chance.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là, elle continue toujours plus loin et valse sur les tourments, les malentendus, les actes manqués et les trahisons. Séphy et Callum ne sont plus des enfants naïfs et impuissants, ils se chargent de prendre leur avenir à bras-le-corps, dans un monde qui n'accepte pourtant aucune compromission. 
Quelle lecture poignante ! Avec son histoire universelle, et intemporelle, sur l'amour et la perte, elle remue beaucoup de sentiments et fait réfléchir sur le racisme, les inégalités et les persécutions. Son format en bande dessinée, tout en noir et blanc, lui redonne ainsi un coup de jeunesse dans sa conquête d'une nouvelle génération de lecteurs, lesquels ne manqueront pas d'être émus par le couple mythique de Séphy et Callum ! 

Traduit par Marion Roman - Editions Milan / BD Kids (Novembre 2016)

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22 novembre 2016

Qui es-tu, Alaska ? de John Green, lu par Julien Allouf

Qui es-tu AlaskaRedécouverte du roman de John Green avec la version audio.
Lu par Julien Allouf, le texte nous transporte efficacement dans cet univers confiné d'un pensionnat privé et élitiste, où des jeunes gens désabusés se rencontrent, lient des amitiés fusionnelles et multiplient les expériences, parfois jusqu'au-boutistes, d'où une issue qui laisse aussi un goût amer. 
Miles Halter est en quête d'un “Grand Peut-être” (dernières paroles prononcées par Rabelais sur son lit de mort). Après avoir quitté une vie morne et sans panache, il débarque à Culver Creek en nourrissant de grandes ambitions. Avec ses nouveaux camarades, il se laisse vite entraîné dans le tourbillon des premières fois : premières cuites, premières amours, premiers baisers volés et premiers désirs sexuels... Ô sombre insouciance d'une jeunesse exubérante mais fracassée. Car on comprend qu'au-delà des excès, l'histoire est aussi à fleur de peau. Ces jeunes gens ivres de plaisir et de malheur se donnent une posture, ils jouent un rôle, adoptent des noms de code, se moquent des interdits, veulent tout et tout de suiteParmi eux, il y a Alaska Young. Fascinante et mystérieuse, Alaska cristallise toutes les passions. Elle est belle, brillante, mais aussi lunatique, boudeuse, cachotière, menteuse et manipulatrice. Une jeune fille caractérielle, mais blessée et insaisissable. Ce sont aussi toutes ses failles qui guident l'intrigue du livre, pour venir éclabousser la vie de Miles, dont on suit le parcours sans grande empathie, en déplorant son caractère passif et obsessionnel.  
La lecture n'est pas tendre, elle ne nous cajole pas dans le sens du poil. Elle irrite exprès, agace profondément et nous enchaîne dans son “labyrinthe des malheurs” avec une pointe de sidération. Entre révélations bouleversantes et sentiments d'oppression, voilà un roman singulier qui raconte la difficulté de grandir, d'aimer et de s'accepter avec son lot de regrets et de déceptions. Chose inattendue, ma relecture me semble plus critique car je porte sur le livre un autre regard, un regard plus amer, même si je me souviens avoir ressenti un étrange malaise la première fois. Et puis il y a eu le “phénomène” Nos étoile contraires, qui a consacré l'auteur et renvoyé ce titre comme étant le roman générationnel par excellence. Je ne lui conteste pas ce fait, mais je préfère garder une certaine distance et émettre quelques réserves sur le contenu du livre (détails crus, personnages désœuvrés, attitudes navrantes & ambiance déconnectée de toute réalité). À manipuler avec précaution. 

Texte lu par Julien Allouf pour les éditions Gallimard / coll. Écoutez Lire

Novembre 2016 - durée : 7h 30

Traduit par Catherine Gibert

12 décembre 2016

Ça a commencé comme ça, par Angéla Morelli

Véritable roman cocooning, bardé d'émotions douces et tendres, alternant aussi le sourire et le cœur gros ! C'est tout bon pour commencer cette nouvelle semaine (frisquette) de décembre. ♥♥♥♥

Ça a commencé comme ça

Flore, une jeune femme dynamique, se démène pour assurer un quotidien en dents de scie. Maman divorcée, pas forcément en très bons termes avec son ex, elle a trouvé refuge dans la maison de son père, un peu brinquebalante, mais nichée sous le soleil de la Dordogne. Le foyer est également marqué par l'absence de la mère de Flore, fauchée par la maladie une dizaine d'années plus tôt, et qui constitue un deuil encore douloureux pour la jeune femme et son père, lesquels n'ont d'ailleurs jamais osé aborder le sujet, préférant se voiler dans leur chagrin muet et pesant.

Bref. Flore doit gérer seule les soucis domestiques. Du matin au soir, elle s'active aux fourneaux, prépare ses pâtes pour les croissants et les chocolatines, pâtisse éclairs, religieuses ou muffins, mitonne ses confitures, bidouille ses décoctions à base de plantes médicinales. Flore a résolument mis sa vie entre parenthèses, au grand dam de sa meilleure amie Fanny qui lui rappelle de souffler un peu pour vivre d'audaces. Aussi, l'entrée en scène du beau ténébreux Corto fait frétiller les sens de notre héroïne de la racine des cheveux jusqu'aux ongles de ses orteils. ^-^

L'histoire s'écoule paisiblement, avec une note de légèreté, une pointe de fantaisie et une pincée de sensualité. C'est le moins qu'on attend d'une comédie romantique, bourrée de charme et de bonnes vibrations ! De fait, on s'y sent drôlement bien. On se sent comme chez soi, à écouter une copine nous raconter son histoire farfelue, avec ses hauts et ses bas, ses rêves et ses doutes. Pour avoir déjà eu l'occasion de lire les nouvelles d'Angéla Morelli, j'ai retrouvé ici cette formidable capacité à camper un univers attachant avec des personnages hauts en couleur et une frénésie ambiante qui donne envie de sourire.

Et justement, la lecture nous réserve de belles émotions, parce qu'il est question d'amour, de confiance en soi, de résilience, de deuil en latence, mais aussi de gourmandises, de pop culture, de dérision, de non-dits et de lâcher prise. Il y a de la vigueur et du pep's dans cette lecture, tour à tour désinvolte, sensible et grisante, ça a l'effet pétillant du champagne, c'est étourdissant et euphorisant, sans pourtant provoquer l'ivresse. J'ai beaucoup aimé cette sensation, beaucoup aimé prendre mon temps à lire cette histoire et passer des moments agréables en compagnie de Flore. C'est un très joli roman, à déguster en toutes saisons ! ♥

Harlequin, coll. &H - Octobre 2016

 
7 décembre 2016

#Xmas is coming to town : Mes premières chansons de Noël en anglais & Chante avec le Père Noël

La magie de Noël continue... en chansons ! 

Mes premières chansons de Noël en anglais, illust. par Yu-Hsuan Huang

Mes premières chansons de Noël en anglais

Ce titre de l'incontournable collection des Petits Livres Sonores propose une variété de chansons de Noël en anglais.

On trouve ainsi Jingle bells, Rudolph the red-nosed reindeer, Old toy trains, Have a holly, jolly Christmas, Santa Claus is coming to town & Frosty the snowman. À écouter avec les petites puces.

C'est toujours aussi grinçant à l'oreille, mais les illustrations sont adorables et l'esprit de Noël est respecté. C'est simple, pour une approche joyeuse de l'anglais ! 

 

Chante avec le Père Noël (Un livre et un CD pour attendre Noël),
illust. par Séverine Cordier, Mélanie Combes, Claire Frossard

Pour plonger les enfants dans cette ambiance festive, et pour mieux attendre le Père Noël, cet album avec CD est une idée pertinente & salvatrice.

Au programme, on retrouve 15 chansons, mais aussi 15 comptines, toutes accompagnées d'illustrations savoureuses, qui ne manqueront pas de bercer le lecteur d'une douce euphorie.

C'est donc l'occasion d'écouter ou de redécouvrir des chansons traditionnelles, comme Vive le vent, Douce nuit, Noël blanc, Grand Saint-Nicolas, Le petit renne au nez rouge, L'as-tu vu, Mon beau sapin & We wish you a Merry Christmas... Et ce n'est pas tout ! 

Patience, patience, le Grand Soir approche ! 

NB :  On trouve aussi un code pour télécharger les musiques. 

 

AudioMagique : Où est le Père Noël ? de Séverine Cordier


Cet album est bel et bien magique ! Il suffit de tourner les pages pour entendre l'histoire lue à voix haute. Remarquable. Les enfants en resteront coi. De plus, c'est agrémenté d'effets sonores et de chansons, pour raconter l'histoire de la disparition du Père Noël.

En cette nuit de Noël, cette nouvelle frise la catastrophe. Les lutins remuent ciel et terre pour retrouver notre bon barbu et le débusquent dans son fauteuil en train de roupiller en ronflant fort, fort, fort. C'est très drôle, avec des illustrations hyper mignonnes, comme souvent chez Gründ, c'est bon enfant et ça plaît auprès des bambins.  

Gründ - Octobre 2016

21 novembre 2016

Le Temps des regrets, de Mary Higgins Clark

LE TEMPS DES REGRETSLe procès de l'année fait la une de tous les journaux : Betsy Grant est accusée d'avoir tué son mari, un riche médecin atteint d'un Alzheimer précoce. Les auditions s'enchaînent et blâment la veuve à qui on reproche d'avoir entretenu une liaison secrète avec son amour de jeunesse. Seule la journaliste Delaney Wright prêche son innocence auprès de ses amis Alvirah et Willy Meehan, lesquels n'osent pas lui avouer être sur le point de retrouver l'identité de sa mère biologique. Vingt-six ans plus tôt, celle-ci a en effet accouché en cachette et a été contrainte par ses parents d'abandonner l'enfant en le vendant à un couple désireux de fonder une famille. Ce vide a longtemps hanté Delaney, en dépit d'une enfance heureuse et aimante. La révélation qui s'annonce risque également de chambouler la couverture du procès. 

Mais trêve de suspense. J'ai trouvé qu'il manquait de la consistance à l'intrigue et aux personnages. L'ensemble sonne creux, superficiel et attendu. J'aime bien les histoires judiciaires, celle-ci n'a pas failli à la règle, par contre je regrette sincèrement l'absence de machiavélisme dans son déroulement. Je n'ai pas franchement ressenti d'attente angoissée à l'écoute de l'histoire qui dévoile son plan placidement. J'avais tout deviné et n'ai donc pas été surprise par l'aboutissement de l'enquête. L'interprétation par Cécile Musitelli demeure la note appréciable de cette lecture. 

Traduit par Anne Damour pour les éditions Albin  Michel / Lu pour Audiolib, novembre 2016 (durée : 7h 49)

11 novembre 2016

Émile fait l'aventure, de Vincent Cuvellier & illustré par Ronan Badel

Émile fait l'aventure

Wooow, déjà le treizième titre de la série ! Et on ne s'en lasse pas. C'est toujours aussi drôle, fin et désopilant. ♥

Cette fois, Émile décide de partir en aventure et prépare un gros sac à dos pour s'en aller très, très loin et traverser des épreuves. C'est une aventure pour de vrai, de celle où on ne sait pas où on va, sinon c'est plus de l'aventure ! S'engage alors une discussion surréaliste entre le bambin et sa maman. Un dialogue qui tient toute la lecture, et qui est extrêmement drôle. 

Car la mère est finaude. Au lieu d'interdire ou de rouspéter, elle choisit la ruse. Elle glisse alors de simples allusions, il pleut des cordes, elle va passer à table et manger de la purée et des saucisses, et aussi de la mousse au chocolat, après elle va regarder des dessins animés, et comme elle doit aller faire des courses, elle peut le déposer en passant au parc des jeux... Elle dit ça, elle ne dit rien. 

L'humour est communicatif. Et les dessins, aussi, font tellement rire. Cette série a tout compris : de la dérision, encore de la dérision, toujours de la dérision. Et une lectrice conquise, moi ! Également une maman de vrai aventurier. Qui fait des aventures. Oh yeah. 

Gallimard Jeunesse, coll. Giboulées - Septembre 2016

21 novembre 2016

Je l'ai fait pour toi, de Laurent Scalese

Je l'ai fait pour toiBienvenue à Lazillac-sur-Mer, dans l'univers du commandant Samuel Moss dont les armes sont le charme, la séduction et l'art du détail : rien ne lui échappe, que ce soit pour une enquête ou au quotidien. Ses étudiants sont d'ailleurs souvent bluffés par sa logique infaillible.
Sa hiérarchie, par contre, fait grise mine. Moss est un électron libre, arrogant et snob, il bénéficie pourtant de l'indulgence générale au vu de ses bons résultats. Mais ce type est un cas et c'est la jeune Cheyenne Calvera, fraîchement mutée dans le service, qui va se coltiner ses méthodes peu orthodoxes ! 
Au départ, leur partenariat est souffreteux et fonce droit dans le mur. Moss se comporte, comme à l'accoutumée, de manière présomptueuse et fanfaronne. Tout chez lui exaspère sa nouvelle collègue, même si celle-ci reconnaît au fond d'elle-même qu'elle a beaucoup à apprendre en travaillant à ses côtés. 
L'annonce du décès de la romancière à succès, Jade Grivier, va justement éprouver leur équipe et les théories de Moss.
Après avoir inspecté la scène du crime, ce dernier conclut qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Tout a été mis en scène exprès pour faire croire à une mort intentionnelle, mais notre fin limier a relevé des indices troublants. En fait, il a rapidement cerné le coupable et cherche désormais à réunir les preuves pour le démasquer. Moss est un maniaque du crime parfait, mais pense qu'il n'y a pas de meurtrier parfait. 
Cette façon de procéder n'est pas sans rappeler un certain lieutenant Columbo, pour les vieilles ruses à vouloir confondre le suspect, mais aussi Sherlock Holmes ou Hercule Poirot, pour l'observation, la déduction et l'insolence du dandy excentrique, sans oublier l'inénarrable Adrian Monk pour le côté obsessionnel. Le tout est ingénieux, captivant, avec une bonne tension psychologique qui tient en haleine. 
Cette lecture a été une agréable surprise, portée par l'interprétation recherchée et brillante de Laurent Jacquet. C'est sobre, avec une pointe d'humour appréciable. Et comme beaucoup d'autres lecteurs, j'ai très envie de retrouver Moss dans de nouvelles enquêtes ! 

Texte lu par Laurent Jacquet (durée : 8h 44) pour Audible FR

>> en exclusivité & en téléchargement sur Audible.

©2016 Place des Éditeurs (P)2016 Audible FR

 

Je l'ai fait pour toi | Livre audio

14 novembre 2016

Hugo de la Nuit, de Bertrand Santini

Hugo de la Nuit« Hugo entendit ses pas s’éloigner dans le noir. 
La porte se referma sans bruit.
Maintenant, la nuit pouvait commencer… »

Ouh-la-la-la-la. Alors que j'étais déjà follement séduite par la couverture, illustrée par Julie Rouvière & Bertrand Santini, j'appréhendais bêtement de plonger mon nez dans ce livre. C'est chose courante quand j'aime des auteurs, je repousse le moment de découvrir leurs nouveaux romans pour des raisons sottes et inexplicables. Passons. Un soir de la semaine, repliée dans mon antre à l'abri du froid et de la pluie, je me décide enfin à rencontrer Hugo de la Nuit. Mon grog de 215 pages.
Hugo, un garçon de douze ans, grandit heureux dans un immense domaine que ses parents préservent jalousement. Ces derniers sont en effet soucieux depuis la découverte de pétrole sur leurs terres, suscitant les plus viles convoitises qu'ils cherchent à repousser au nom d'une espèce de plante rare à protéger. Mais leurs ennuis ne font que commencer... Une nuit, la veille de son anniversaire, Hugo surprend un individu dans la maison. Il fuit aussitôt dans le jardin, court à perdre haleine, dérape, glisse, s'égratigne avant de basculer dans la mare. Fin de l'histoire. Le corps du jeune garçon flotte à la surface de l'eau. Et c'est une bande de fantômes loufoques qui vient le recueillir.
Hein ? quoi ? comment ? Le héros de l'histoire meurt ? Des fantômes à la rescousse ? Mais c'est quoi cette fable ? Rhaaa... Cessez vos jérémiades, et laissez-vous porter par l'incroyable et l'inattendu. Car, oui, cette histoire relève du conte fantastique par son évocation de la mort et des terreurs nocturnes, mais aussi pour son imaginaire fabuleux et sa conduite époustouflante. C'est simple, on se laisse entraîner dans le sillage d'une aventure à la fois drôle, poignante, dramatique et palpitante. Et il s'en passe de belles sous les couvertures ! Bertrand Santini exécute avec brio un formidable tour de passe-passe et n'hésite pas à recourir à l'humour noir pour mener à bien sa mission. Le pari est osé, l'effet est parfois saisissant, mais franchement que de réjouissances ! 
Cette lecture va donc vous surprendre, vous étourdir, vous émouvoir et vous troubler. Avec son style cocasse, ses séquences burlesques, son sens de l'ironie désopilant, son goût du spectacle et son esprit feu follet, elle s'échappe des codes et des genres pour mieux vous régaler. Je n'en dévoile pas davantage, mais ne passez pas votre chemin, foncez, c'est un petit bouquin qui a tout pour plaire aux petits (12 ans) et aux grands. ☺

Grasset Jeunesse - avril 2016

 

8 octobre 2016

Histoire de Babar, le petit éléphant, de Jean de Brunhoff

Histoire de Babar, le petit éléphant

Babar naît dans la forêt et grandit auprès de sa maman dans la joie et l'insouciance, jusqu'au jour où un chasseur l'abat sous les yeux de l'éléphanteau qui court droit devant lui sans s'arrêter. C'est comme ça qu'il arrive en ville et découvre des hommes et des femmes vêtus de beaux habits, qui lui font envie. Sa rencontre avec une vieille dame très riche le tire alors de sa misère. Grâce à sa générosité, Babar peut se rendre au Grand Magasin et s'acheter un costume vert, une chemise, un chapeau melon et des souliers avec des guêtres. L'éléphant va se cultiver, apprendre à vivre parmi la bonne société, suivre des cours, faire de la gymnastique et même conduire une voiture. Parfois, il songe avec un pincement au cœur à son enfance dans la forêt. Et ce n'est pas l'arrivée impromptue de son cousin Arthur et de sa cousine Céleste qui va chasser son spleen... Il est temps pour Babar de rentrer au bercail ! L'ancien roi venant de casser sa pipe, c'est Babar qui prend la couronne au cours d'une cérémonie fastueuse et dansante. 

Ô nostalgie à la lecture de cet album qui reprend la partition créée par Francis Poulenc pour un accompagnement musical parfois trop marquant, mais où François Morel impose sa verve avec subtilité. L'histoire de Babar le petit éléphant fait figure de classique dans la littérature jeunesse, et c'est bien la première fois que je découvre l'album originel et ses illustrations au charme vintage indéniable. Une madeleine de Proust par excellence ! 

Gallimard Jeunesse, Hors Série Musique - Septembre 2015

Raconté par François Morel

Musique de Francis Poulenc - Réorchestré par Jean Françaix

8 octobre 2016

Superminouche, de Fanny Joly & Caroline Huë

Superminouche

Rémi, le Chartreux saxophoniste, et Sido, la Siamoise violoniste, s'aiment d'amour tendre et rêvent du jour où un bébé viendra sceller cette belle union. Quand, enfin, leur rêve se réalise avec la naissance de leur adorable Superminouche. Minuscule et unique, un petit ange de sagesse.

En grandissant, l'enfant gagne aussi en tempérament. Têtue, colérique et capricieuse, la chipie ne lâche rien. À force de se chamailler avec ses parents, Superminouche boude et prend la poudre d'escampette. Ses pérégrinations la conduisent jusqu'aux égoûts de Paris, où elle rejoint l'Opé-Rats et fait la connaissance de Gérard le machiniste.

Là encore, n'en pouvant plus de l'autorité du Chef Raligula, elle prend la fuite à dos d'oiseau pour regagner sa maison, mais réalise que ses parents ont disparu. Et Superminouche a le Bouhouhou Blues... ^-^

Cette histoire pleine de poésie, de jeux de mots, de drôlerie et d'aventure se raconte sur des airs de jazz et ça swingue à tour de bras. L'ambiance est délicieuse, légère, alerte et entraînante, avec des illustrations cocasses qui s'accordent merveilleusement au tempo enfiévré de cette équipée sauvage.

On s'amuse comme des fous à accompagner la malicieuse Superminouche, en pleine crise d'adolescence, qui pense qu'ailleurs l'herbe est plus verte et fait ainsi l'apprentissage de l'inconnu à ses risques et périls ! Fanny Joly donne de la couleur et de la tendresse à cette escapade facétieuse et rythmée. On adore ! ♥

Gallimard Jeunesse - Hors Série Musique - Juin 2016 

Musique de Pierre-Gérard Verny - Illustrations de Caroline Hüe
Durée d'écoute : environ 45 mn

 

20 octobre 2016

Un coupable presque parfait, de Robin Stevens

Un coupable presque parfait

Repéré depuis des mois, ce roman détenait la promesse d'une lecture au charme pétillant et au contenu croustillant, puisqu'il est question d'une enquête criminelle au cœur d'un pensionnat anglais dans les années 30 ! Miam, miam. J'étais impatiente de passer à table ! ^-^
Deux amies, Daisy Wells et Hazel Wong, ont créé leur club de détectives mais n'ont jamais pu démontrer l'étendue de leurs compétences. Il faut dire qu'à Deepdean l'ambiance est plutôt paisible. Les pensionnaires vivent sous la coupe d'un règlement très strict et occupent leur temps entre les leçons, les études, les repas et le coucher selon une discipline rigoureuse. Aussi, les filles doivent ruser pour échapper à toute surveillance, soit pour comploter en douce des farces ou pour convoquer des assemblées spéciales et discuter de leurs enquêtes. 
Pour la première fois, les détectives Wells & Wong ont un vrai crime à résoudre. Hazel vient en effet de découvrir, sur le parquet du gymnase, le corps démantibulé de son professeur de biologie, Miss Bell, avant de mystérieusement disparaître. La jeune fille est choquée, mais perplexe, tandis que son amie Daisy est survoltée et prend aussitôt la direction des opérations : dresser la liste des suspects, pousser des interrogatoires à la ronde et démasquer le coupable.
Seulement, il y a un monde entre dévorer des romans policiers et se confronter à la réalité, nos demoiselles vont l'apprendre à leurs dépens et commettre quelques petites erreurs (manque d'impartialité dans leurs jugements). Résultat, nos enquêtrices se fâchent car elles ne partagent plus les mêmes opinions ni les mêmes vues sur leur travail. Cela s'embrouille gentiment pour mieux nous balader dans l'enceinte de cette école austère et à l'ambiance inquiétante.
Au passage, l'auteur revient sur la première rencontre entre Daisy et Hazel, que tout sépare, puisque l'une est fille de Lord et l'autre débarque de Chine, même leurs caractères sont diamétralement opposés, car si toutes deux sont intelligentes et réfléchies, Daisy est impulsive et Hazel plus discrète, mais les deux s'accordent pour équilibrer leur tandem. 
La lecture remplit ainsi son contrat à nous fournir une aventure pleine d'esprit et de suspense, dans un contexte délicieusement guindé mais où on ressent aussi le poids des traditions et de la discipline intransigeante. Un deuxième tome est déjà annoncé en fin de roman, et espérons que la série rencontrera du succès pour ne pas succomber à la malédiction des suites jamais traduites après le deuxième tome (cf. Les incorrigibles enfants de la famille Ashton de Maryrose Wood, Avant minuit de Christopher Edge ou Les affreusement sombres histoires de Sinistreville de Christopher William Hill entre autres). 

Traduit par Faustina Fiore pour les éditions Flammarion Jeunesse / Août 2016

12 octobre 2016

Satan était un ange, de Karine Giébel

Satan etait un angeAvec Karine Giébel, les livres se suivent et ne se ressemblent pas. Mes appréciations de lectrice non plus, hélas. Car cette lecture a été une énorme déception. Ni plus ni moins.
C'est l'histoire d'un gars en fuite, François, un avocat en pleine déprime après avoir appris qu'il était atteint d'une maladie incurable. Par fierté, il choisit de prendre le large, loin de son foyer, ne voulant pas imposer à sa femme sa prochaine déchéance. En route, il croise un jeune autostoppeur.
Paul rentre chez lui à Marseille. C'est un môme charismatique, et pourtant pas très honnête. Car François découvre vite que le garçon est un délinquant recherché pour meurtres et trafic de drogue. Cette réalité le fait sortir de ses gonds, d'autant plus qu'il est maintenant embarqué dans la même cavale, avec une bande de tueurs à leurs trousses. Et malgré tout, François se sent incapable de tourner le dos à Paul. 
Entre ces deux-là, existe désormais une relation semblable à celle d'un père et d'un fils. En dépit des disputes, des mensonges, des écarts sociaux et des différences culturelles, François et Paul ont extirpé de leur rencontre incongrue cette petite étincelle d'espérance en l'avenir. 
Ouhlàlà. J'ai vérifié plusieurs fois le nom de l'auteur sur le bouquin tant j'ai cru halluciner. On est loin, très loin des histoires poignantes et remarquables de K. Giébel. Il s'agit tout juste d'une histoire de traque semée de cadavres, qui ne conduit même pas à un final bluffant. C'est même surprenant de conformisme, gonflé de bons sentiments et louable pour la forme (à vouloir dénoncer le marché honteux des déchets nucléaires). C'est pour moi une franche déception. Une lecture longue et ennuyeuse, écrite de façon trop maniérée, et qu'on lit comme une éternelle errance vers le vide. 

Texte lu par François Tavares pour Audible FR (durée : 8h 19)

©2014 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Satan était un ange | Livre audio

>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

4 octobre 2016

La Blonde aux yeux noirs, de Benjamin Black

La Blonde aux yeux noirsLe mythe Marlowe reprend vie sous la plume de Benjamin Black (alias John Banville, Booker Prize 2005 pour La Mer) qui goupille une enquête inédite dans laquelle ce cher Philip M. déploie son talent et sa gouaille pour conquérir son public orphelin. Le pari était osé, mais le défi pleinement assumé. Et j'ai personnellement apprécié ce revival du roman noir hardboiled.
Tout commence un mardi, “un de ces après-midi d'été où on se demande si la terre n'a pas cessé de tourner”. Notre détective désabusé reçoit la visite d'une blonde fatale qui l'engage pour retrouver, en toute discrétion, un certain Nico Peterson, son amant officiellement disparu dans un accident de voiture deux mois plus tôt. Or, elle est certaine de l'avoir croisé bien vivant en train de marcher dans la rue et entend refiler la patate chaude à Marlowe. Celui-ci accepte parce que la cliente est belle et distinguée - Clare Cavendish appartient à une riche famille de Californie, l'argent n'étant pas une finalité pour notre ami, celui-ci est davantage captivé par les “atouts” de la blonde aux yeux noirs. 
Car Marlowe ronchonne dans sa barbe. L'affaire paraît déjà fumeuse et ne va pas manquer de le plonger dans des arcanes improbables mêlant club privé, mauvaises combines à deux balles, trafics de drogue, usurpation d'identité, mensonges et autres félonies. Cela sent la duperie à plein nez, et Marlowe va mordre la poussière.
Cette enquête éreintante applique cependant toutes les lignes du cahier des charges - la clope, la gnôle et les torgnoles - dans une ambiance clairement saturée d'amertume et de macchabées. Mais les répliques sont mordantes à souhait, l'humour est dégainé à tire-larigot et la stylistique ciselée à la mode des années 50. Un bouquin qui nous sort un “oh pétard” en guise de protestation, moi je dis banco.

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch (The Black-Eyed Blonde) pour les éditions Robert Laffont

Repris chez 10/18 - Février 2016

29 septembre 2016

Foxcraft, Tome 1 : Les Possédés, de Inbali Iserles

IMG_7023Attirée par la jolie couverture de Liam Peters, j'ai ouvert le roman en espérant fort, fort, fort y trouver une lecture originale et excitante, à l'égal d'autres histoires où les animaux prennent le pouvoir (cf. le mythique Watership Down, la série Outrebrume de M.I. McAllister ou La forteresse des lapins de L. Zuckerman, à découvrir tous trois absolument). 
Deux jeunes renards, Isla et Pirie, grandissent auprès de leurs parents et leur grand-mère dans la campagne paisible, en marge de la ville. Mais un jour, après avoir été distraite à pourchasser un scarabée, Isla retourne dans sa tanière qu'elle découvre saccagée par une violente attaque. Nulle trace de sa famille. La petite renarde panique, mais tombe museau contre museau avec une bande de renards belliqueux qui veulent lui faire la peau. Isla fuit le plus vite possible, prend tous les risques, quitte à braver la Rivière de la Mort et ses foudroyantes Broyeuses (comprenez, la route et ses voitures).
L'imaginaire du récit réserve de nombreuses surprises et autres trouvailles judicieuses, car l'auteur a véritablement soigné son décor et son univers avant de nous embarquer dans son histoire. Chose plus flagrante, c'est de vivre pleinement cette aventure dans la peau d'un jeune renard, de percevoir le monde qui l'entoure à travers ses sensations, son inexpérience, ses doutes, ses craintes, puis de plonger dans les prémices d'une intrigue aux accents fantastiques fignolés en douceur.
En effet, Isla croise en chemin un certain Siffrin, également un renard qui lui fait rapidement comprendre que le monde des renards est plus troublant qu'en apparence, avec des clans qui se livrent une bataille farouche et qui tendent tous au même but - Pirie, le frère d'Isla, aurait un rôle déterminant dans ce conflit en souffrance. Attendez-vous à de la magie, à des transformations, à des incantations, et aussi à des pactes et des missions secrètes. C'est assez obscur pour un premier tome, dont la mise en place demande du temps et de la patience, d'où l'impression de rythme inégal au cours de la lecture, mais cela reste tout de même une mise en bouche appétissante et qui ne demande qu'à gagner en consistance. 
Inbali Iserles est par ailleurs coutumière des séries à succès, puisqu'elle fait partie des auteurs sous le pseudonyme d'Erin Hunter à avoir captivé des milliers de jeunes lecteurs avec la saga de La Guerre des Clans.  

Traduit par Nathalie Serval pour Albin Michel Jeunesse - Septembre 2016

 

11 octobre 2016

Dear You saison 2, d'Emily Blaine & Jessica Monceau

Dear You 2

Trêve de suspense, entre Andrew Blake, le fantasme ambulant, et Dan, qui annule une soirée romantique pour un match de football, Kathleen a fait son choix. Mais la situation est loin d'être idyllique. Le couple ne fait que jongler entre avions, rendez-vous d'affaires et pression médiatique. Andrew cherche à préserver la jeune femme de l'inquisition journalistique, en pure perte. Kathleen est projetée sous les feux de la rampe, puis manque défaillir en constatant les effets sur Andrew. Paniqué à l'idée qu'un détraqué se serve d'elle pour se venger, le type abdique. Froidement, sèchement. La scène de rupture équivaut à une passe d'armes et fait vachement flipper. Dans le fond, c'est ridicule ET inutile car on se doute que, quelques pages plus loin, les réconciliations auront lieu. Et tout ça me fait soupirer haut et fort. C'est le souci d'une romance en plusieurs épisodes, étirer en longueur une intrigue rebattue. Résultat, ça saoule. Et ça vire à la stupidité. Les atermoiements mièvres du couple pompent l'air, la sérénade du je-t'aime-moi-non-plus m'inspire de grands cris de ras-le-bol. Et le je-te-quitte-pour-te-protéger, on nous l'a déjà fait. C'est bon, on n'en peut plus. Tout comme la représentation du personnage d'Andrew Blake - dominant et intransigeant, avec évidemment des failles secrètes - hello clichés. Kathleen, par contre, pourrait agréablement surprendre pour son punch et sa détermination à reconquérir son mec, même si je trouve ça pathétique et larmoyant comme entreprise. Enfin voilà. On tourne en rond. J'avais cru que la sensation apaisante de Dear You saison 1 aurait été perpétuée à la lecture du deuxième tome, mais non. D'entrée de jeu, j'ai rapidement craint pour ma capacité à endurer cette bluette. J'aurais dû m'abstenir et me contenter de l'appréciation correcte d'avoir écouté une jolie petite histoire d'amour sur sa période d'apprentissage. Ma curiosité me perdra... Sur ce, je vais faire l'impasse sur la “saison 3” qui sort pourtant ce mois-ci chez Audiolib, et malgré le suspense de la photographie qui me tenaille... Allez, j'avoue. En fouillant sur internet, j'ai obtenu ma réponse et je tombe des nues ! ^-^

Texte lu par Jessica Monceau pour Audiolib (durée : 8h 34) - septembre 2016

Agréable interprétation de Jessica Monceau, dont la voix douce nous berce et nous câline plaisamment. Le format audio est bénéfique au roman et lui donne une ambiance vaporeuse et ensorcelante. Les remerciements sont lus par l'auteur en personne, mais je ne la sens pas particulièrement à l'aise dans cet exercice.

 

10 octobre 2016

Les Humeurs insolubles, de Paolo Giordano

Les humeurs insolubles

Cette lecture m'aura finalement apporté des sensations multiples, entre émotion, agacement et empathie. C'est l'histoire d'un couple qui embauche Madame A. pour aider au confort domestique et soutenir l'arrivée du bébé. Nora et le narrateur se soumettent à ses directives avec soulagement, le quotidien les embrouille, la maternité aussi. Ils ne savent clairement pas assumer leurs responsabilités. Madame A. est une femme autoritaire, qui prend en charge le ménage, la cuisine, l'enfant et le couple sous son aile. Sa simple présence constitue un pilier solide pour le foyer.

Et puis, Madame A. les quitte car elle est atteinte d'un cancer et veut affronter seule la maladie. Elle laisse ainsi le narrateur et son épouse dans le plus grand désarroi. Leur équilibre est rompu, faisant apparaître les failles de leur famille : une intimité qui s'étiole, un fils qui n'est pas meilleur que les autres, juste dans la moyenne, un travail prenant, une carrière qui tâtonne... Le désistement de leur “Babette” laisse insidieusement éclater une déroute à venir. Et c'est à travers ce roman de 130 pages qui ressemble à une lettre d'excuse pour cette femme échappée mais jamais oubliée que le narrateur exprime sa gratitude et ses regrets, tout en cherchant une solution pour retrouver le souffle et l'élan qui manque à leur vie.

La démarche est assez égoïste, et en même temps d'une grande sensibilité, en plus de la douleur de Madame A. confrontée à ses traitements, ses sautes d'humeur et son besoin de retrait, tout ça forcément m'interpelle et me fait mal à lire. L'histoire est poignante, lourde et désarmante. Et l'interprétation donnée par Lazare Herson-Macarel l'enferme aussi dans un immense voile de tristesse. C'est heureusement court à lire, moins de trois heures, car je pense qu'au-delà l'ennui aurait gagné du terrain. Pour évoquer le deuil et la détresse, mieux vaut l'étaler avec parcimonie. Un roman bouleversant par ses révélations et sa photographie de la famille, dont l'extrême complexité est mise à nu sans adoucisseur.

Texte lu par Lazare Herson-Macarel pour Sixtrid (durée : 2h 56) - mai 2016

Traduit par Nathalie Bauer pour les éditions du Seuil

 

10 octobre 2016

#Audiolib fait son cinéma !

LES ROMANS AUDIOLIB PORTÉS À L’ÉCRAN CET AUTOMNE …

UNE VIE ENTRE DEUX OCEANS de Derek Cianfrance avec Michael Fassbender, Alicia Vikander & Rachel Weisz
sortira en salle le 5 octobre
A (ré)écouter : la version Audiolib du roman de ML Stedman
lue par Martin Spinayer

Tom et Isabel vivent heureux sur l'île de Janus Rock, au large de Point Partageuse, au sud de Perth, en Australie. Tom est gardien de phare. Leur couple vit un bonheur parfait, rapidement obscurci par des fausses couches à répétition, qui les plongent dans un profond désarroi. Aussi, le jour où une barque échoue sur leurs côtes, avec à son bord un homme - mort - et un bébé, Isabel supplie son mari de le garder et de n'en parler à personne. Tom va agir par amour pour sa femme, il va masquer la vérité et truquer ses rapports. Il le fait, parce qu'il sent Isabel au bord du gouffre. Pour elle, l'arrivée de ce bébé est un cadeau du ciel, elle refuse d'envisager une autre solution. C'est son bébé, ou rien. La suite ne cessera de se révéler poignante et débordante d'émotions. Car ce livre est d'une sensibilité rare, qui évoque l'amour, l'isolement, le bonheur et la plénitude, mais surtout la maternité et tout ce qu'elle implique en folie et sacrifice. Un véritable déchirement. Et qui nous interroge : qu'aurions-nous fait à leur place ? Un roman bouleversant et très beau. Martin Spinhayer livre une interprétation poignante du récit, même si j'ai eu du mal avec les voix féminines, sinon la réalisation sonore est impeccable, la version envoûtante et carrément dépaysante.

#Jeu "Une vie entre deux océans" pour gagner 10 places de cinéma pour aller voir le film ou des livres en différents formats !

 

La fille du train

LA FILLE DU TRAIN de Tate Taylor avec Emily Blunt
sortira en salle le 25 octobre
A (ré)écouter : la version Audiolib du roman de Paula Hawkins
lue à trois voix par Valérie Marchant, Joséphine de Renesse et Julie Basecqz

Rachel prend le train tous les jours pour se rendre à Londres. Elle passe tous les matins devant son ancien quartier, où son regard effleure sa maison, désormais habitée par son ex et sa nouvelle compagne. Elle se complaît également dans le spectacle offert par le couple voisin, qui lui semble si parfait et infaillible. Or, un jour, Rachel surprend la jeune femme dans les bras d'un autre homme, en train de s'embrasser. Puis apprend qu'elle a disparu et que la police effectue des recherches actives. Rachel, convaincue de posséder des éléments essentiels, n'hésite pas à s'investir dans l'enquête... même si les inspecteurs la considèrent avec commisération et la traitent de témoin peu fiable, du fait de son alcoolisme notoire. Toute la force du roman provient ainsi des trois intervenantes dans l'histoire, dont les rôles interchangeables viennent complètement troubler notre perception de l'intrigue. On ne cerne plus la plus crédible ou la plus coupable des trois et c'est assez perturbant. Cela compense aussi avec le peu d'action dans notre affaire, qui tient la distance grâce à une pression psychologique constante et finement jouée. Qu'on aime ou pas, cela reste une lecture redoutable sur un plan machiavélique, et efficace pour le climat lourd, suspicieux et tendu de bout en bout. Les trois comédiennes, Valérie Marchant, Joséphine de Renesse et Julie Basecqz, apportent au livre audio (Audiolib) une dimension théâtrale très appréciable, en jouant chacune leur rôle avec une sensibilité qui leur est propre. Cette interprétation fausse aussi la partie et confond le lecteur résolument perplexe et désireux d'en découdre. Mieux qu’un thriller exceptionnel, l'éditeur parle de « piège paranoïaque et jubilatoire ». Écoutez-le, vous comprendrez pourquoi. 

 

Inferno au cinéma

INFERNO de Ron Howard (réalisateur de Da Vinci Code) avec Tom Hanks, Felicity Jones & Omar Sy
sortira en salles le 9 novembre
A (ré)écouter : la version Audiolib du roman de Dan Brown
lue par François d’Aubigny

Robert Langdon se réveille sur un lit d'hôpital à Florence, frappé d'amnésie sur les dernières trente-six heures. Pour échapper à une nouvelle tentative d'assassinat, il s'enfuit avec une jeune femme médecin, Sienna Brooks. Pour seul indice, Langdon possède une capsule avec une image de Botticelli, La Carte de l'Enfer, inspirée par le poème de Dante. C'est le fil rouge, le détail autour duquel il faudra tourner et retourner, comprendre les messages codés, chercher l'explication derrière des rendez-vous loupés, fuir un ennemi invisible, s'en remettre à cette jeune femme blonde, au passé mystérieux. L'intrigue est drôlement bien ficelée, avec soubresauts, entourloupes, rebondissements et gong fatal. On sursaute à plusieurs reprises, tout en reconnaissant que c'est facile, trop facile. On se laisse entuber comme des andouilles. Par principe, on ferme les yeux et on suit Langdon dans un dédale infernal, entre Florence, Venise et Istanbul. La lecture est calibrée pour capturer le lecteur dans ses filets, on en prend plein les yeux et la tête. Ou les oreilles. Le format Audiolib offre une perspective intéressante, car on se la coule douce au son de la voix de François d'Aubigny, qui fait tout le boulot, il nous met en situation, fait monter la pression, joue avec le suspense et nous impose un rythme particulièrement stressant.  Côté divertissement, c'est tout  bon.

 

 

MAL DE PIERRES réalisé par Nicole Garcia avec Marion Cotillard
sortira en salles le 19 octobre
A (ré)écouter : la version Audiolib du roman de Milena Agus
lue par Sandrine Willems

Direction la Sardaigne, où la narratrice raconte l'histoire de sa grand-mère, bien malheureuse d'être à 30 ans toujours célibataire et repoussée par ses soupirants. Elle va accepter par dépit d'épouser un type quelconque, au grand soulagement de ses parents qui se désespéraient de marier cette fille très belle, mais à la réputation d'allumée qui écrit des poèmes olé-olé à ses amoureux. La voilà donc mariée à un veuf qu'elle n'aime pas, mais lui non plus ne l'aime pas, il accepte de ne pas la toucher et court se soulager dans les maisons closes. L'histoire ensuite nous transporte durant l'automne 1950, au cours d'une cure thermale sur le continent, la grand-mère a 40 ans et rencontre le Rescapé. Entre eux va naître une belle histoire d'amour, qui marquera à jamais la grand-mère. Mais sait-on jamais tout de quelqu'un, aussi proche soit-il ? Ou quand l'amour devient une maladie, une folie et une malédiction. Voilà tout le propos de ce roman étourdissant, à l'histoire fascinante et aux personnages mémorables, qu'on quitte presque à regret. Par son sens de la musicalité, Sandrine Willems restitue toute la troublante beauté de Mal de pierres.

 

Rien à voir avec le roman, mais sinon il y a aussi :

Afficher l'image d'origineBRIDGET JONES BABY réalisé par Shannon Maguire avec Renée Zellweger, Colin Firth & Patrick Dempsey
en salle le 5 octobre
Pour comparer : la version Audiolib du roman de Helen Fielding
lue par Odile Cohen

Bridget Jones, dans le roman, est une veuve de 51 ans, qui tente de se reconstruire, surmonter sa douleur et élever seule ses deux jeunes enfants, Billy et Mabel. On pourrait verser sa petite larme, sauf que le ton est drôle, léger, nostalgique, poignant, sincère ET farfelu... C'est du Bridget Jones, après tout ! Délurée jusqu'au bout des ongles (elle ose Twitter et les rencontres sur internet, se fourvoie mais nous fait rire constamment). Possède sans conteste un solide sens de la dérision (les cheveux en pétard, le maquillage baveux, la robe trop apprêtée pour un rendez-vous professionnel, une bourde phénoménale dans l'écriture d'un scénario, son secourisme pathétique dans les arbres...). Bref. Bridget ne change pas. C'est toujours aussi désopilant, pétri de sarcasmes, avec toutefois la conscience aiguë du temps qui passe, du corps qui se transforme en bouée, de la solitude, du désœuvrement, du sentiment d'être bonne pour le recyclage... Cinquante ans, c'est un tournant dans la vie d'une femme. Et personnellement j'ai trouvé que Helen Fielding avait su traiter le sujet avec sincérité, tout en distillant un grain de folie appréciable. Bridget Jones m'a fait rire, mais rire. Certes, elle collectionne les expériences saugrenues, décide par exemple de s'offrir une séance de Botox, mais ressort avec une allergie qui lui crispe les lèvres et se met à baver (« un comble quand on sait que le but était de paraître plus jeune - comme si j'étais une vieille qui a eu une attaque dans une maison de retraite. Suis obligée de me tamponner sans arrêt avec un mouchoir »). Promesse tenue d'une lecture alerte et sans complexe, avec une héroïne pétillante et audacieuse, qu'on a bonheur de retrouver comme s'il s'agissait d'une bonne copine. Le livre a été lu par Odile Cohen qui figure parmi les interprètes féminines que je préfère en format audio : elle alterne avec brio le sens du ridicule et la corde sensible pour ce marathon de 12 heures qui ne nous semble jamais trop long. Et pour les plus nostalgiques, le nouveau Darcy tient la dragée haute aux sceptiques ! 

  

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