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Chez Clarabel
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2 juillet 2016

Une aventure des Spectaculaires, Tome 1 : Le Cabaret des ombres, par Régis Hautière & Arnaud Poitevin

Une aventure des Spectaculaires

Lorsqu'une troupe d'acrobates est embauchée par un savant fou pour combiner leurs talents de prestidigitation à une affaire criminelle, le résultat dépasse de loin les attentes les plus folles dans cette bande dessinée aussi fraîche, drôle et exaltante à lire. J'ai beaucoup aimé.

Dans le Paris du début du XXe siècle, les Spectaculaires peinent à mobiliser les foules pour applaudir leurs exploits - Félix le féroce lycanthrope, Eustache l'homme le plus fort du monde, Évariste l'homme volant et Pétronille la chef d'orchestre déguisée en M. Loyal font pourtant preuve d'imagination et de rouerie pour épater la galerie. Las, à l'heure du cinématographe, les parisiens boudent leurs numéros de trucage et d'illusion, ce qui plonge la trésorerie du théâtre dans la plus grande misère. Nos artistes n'ont plus lieu de faire la fine bouche en accueillant le Professeur Pipolet et ses discours fantaisistes pour sauver le monde. On vient de lui voler les plans de sa machine infernale, censée instaurer la paix universelle, mais désormais entre les mains d'un individu cynique et sans scrupule, son invention risque d'être utilisée pour de mauvaises intentions. 

Nos joyeux drilles se lancent donc avec enthousiasme, et beaucoup de maladresse, dans une aventure complètement folle, mais ô combien hilarante. Ils ont pour eux leur courage, leur intelligence, leur humour et les gadgets improbables de Pipolet pour sauver le monde ! Au secours... ^-^ Face à eux, l'ennemi est redoutable, possède une longueur d'avance et des amis bien placés pour assurer ses arrières. La tâche est rude, mais jubilatoire. À lire, c'est franchement extra. La lecture offre une distraction appréciable, sans prise de tête, avec des plages d'humour et des séquences illustrées souvent magnifiques. L'histoire est simple, efficace et burlesque, à l'instar des personnages, caricaturaux et impayables. 

Vivement leurs prochaines aventures ! Ce 1er tome a su me régaler par sa bonne humeur et son rythme virevoltant. 

Rue de Sèvres, Janvier 2016

 

 

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4 juillet 2016

Sans laisser d'adresse, de Harlan Coben

Myron Bolitar #9

Sans laisser d'adresse

Contraint de prendre le large, suite à des déboires sentimentaux et autres bisbilles involontaires, Myron Bolitar s'envole rejoindre à Paris une ancienne maîtresse, la sublime Terese Collins, avec laquelle il avait eu une incartade amoureuse après le triste épisode de Temps mort. La belle avait ensuite disparu, pour ne plus donner signe de vie. Son coup de fil impromptu, l'invitant à la retrouver sur le champ dans la capitale française, met notre coach sportif dans le doute. Et lorsqu'il comprend que l'ancienne présentatrice télé est mêlée au meurtre de son ex, Myron capte aussitôt qu'il vient de mettre les pieds dans le plat. Encore une fois. 

L'histoire de nouveau va s'emballer, avec une intrigue nerveuse et volubile, qui va salement remuer le passé et raviver de vieux souvenirs, comme la perte d'un enfant, dont on relève bizarrement des traces d'ADN sur une scène de crime. Notre ami Myron est au cœur d'une histoire démentielle, au scénario tordu et compliqué, en passe de déjouer des complots terroristes, en empiétant au passage sur les plates-bandes de la sécurité nationale. C'est chaud bouillant. Cela cogne dur et sec. Tortures et coups mortels à gogo. Harlan Coben cède définitivement aux chants des sirènes sanguinaires en orientant sa série vers une tendance nettement plus macabre et déprimante.

À la fin, tout le monde est à ramasser à la petite cuillère, c'est rude, ça pleure à gros bouillons, ouhlala ! Myron file un mauvais coton. Et risque de contaminer le lecteur. Ses pointes d'humour, qui tombent souvent à plat, sont trop rares et me manquent ! Son univers aussi, car on s'éloigne du sport pour un contexte plus politique et vicieux, en clair on s'égare, c'est dommage. On n'a jamais assez d'Esperanza Diaz ou de Windsor Horne Lockwood, alias "Win". Remobilisation générale. Cet épisode est certes appréciable à lire, mais s'écarte trop du domaine usuel de la série... On s'embrouille, attention ! ^-^

Traduit par Roxane Azimi pour les éditions Belfond (Long Lost), 

Repris chez Pocket, mars 2011 pour la présente édition

« C'est comme ça, Paris. On a beaucoup écrit sur sa beauté, sur ses splendeurs, et ma foi, tout est vrai. Chaque édifice est une petite merveille d'architecture, un régal pour l'œil. Paris est comme une belle femme qui se sait belle, qui aime ça et qui n'a pas à se forcer pour le prouver. Qui plus est, Paris vous donne l'impression de vous sentir - à défaut de terme plus approprié - vivant. Correction,  Paris vous donne envie de vous sentir vivant. D'agir, d'être et d'en savourer chaque instant. On veut ressentir, tout simplement, et peu importe quoi. Toutes les sensations sont magnifiées. Paris vous donne envie de rire, de pleurer, de tomber amoureux, d'écrire un poème, de faire l'amour et de composer une symphonie. »

^-^

 

8 juin 2016

Pêle-mêle Eoin Colfer : Anna Lisa, docteur Bonheur & Will et ses frères

Anna Lisa, docteur Bonheur

Anna Lisa, docteur Bonheur par Eoin Colfer, illus. par Matt Robertson

Anna Lisa aime traîner dans la salle d'attente de sa mère psychiatre pour consoler les enfants aux mines abattues. Elle fait ainsi la rencontre du petit Edouard, qui est triste, parce que son papa est triste.

Anna Lisa, notre docteur Bonheur, à la rescousse ! La fillette est convaincue qu'un traitement de choc pourra remuer ce papa neurasthénique et débarque chez lui avec des patins à roulettes et une sonnette de vélo. Lui qui pensait que sa vie ne menait à rien, il va vite changer de refrain.

Quelle aventure pleine de drôlerie, certes complètement improbable et exagérée, mais elle raconte à sa façon la recette du bonheur pour soulager les petits drames familiaux, qui touchent de façon irrémédiable les enfants.

Avec sa fraîcheur et sa bonne humeur, Anna Lisa fait montre d'un optimisme à toute épreuve. Sa mère a du souci à se faire ! Car les remèdes prodigués par l'enfant sont radicaux et ne nécessitent aucune prise médicamenteuse ni de rendez-vous à répétition ! ^-^

Un petit roman rigolo, à lire comme tel, avec des illustrations aussi adorables et fringantes.

Gallimard Jeunesse, coll. Folio cadet, mai 2016 - Traduction de Vanessa Rubio-Barreau.

 

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La vengeance du pirate   Panique à la bibliothèque

Will et ses frères, La vengeance du pirate / Panique à la bibliothèque (ill. Tony Ross)

Cette série, très rigolote, raconte les aventures farfelues d'une famille de cinq garçons, Will, Marty, Donnie, Bert et HP. En vacances, au camping, l'aîné s'amuse à titiller son cadet en lui racontant la légende du capitaine Crock, un pirate qui a reçu un coup de hache sur la tête par un moussaillon âgé de neuf ans. Après quoi, son fantôme rêve de se venger en kidnappant tous les enfants du même âge ! Forcément, Will a neuf ans...

Une autre fois, Will et Marty sont envoyés par leurs parents à la bibliothèque, pour éviter que les vacances à la maison dégénèrent en chahut incessant. Seulement, les garçons doivent s'armer de courage pour affronter la terrifiante bibliothécaire, Patator, sur laquelle on raconte des histoires qui vous tiennent à carreau ! Gloups, gloups, gloups.

Dans la bonne humeur générale, cette série s'installe pour conquérir les lecteurs dès 8 ans en leur narrant les chroniques savoureuses d'une famille nombreuse, principalement composée de garçons turbulents. Cette lecture me fait penser à la série de Jean-Philippe Arrou-Vignod, avec Les Jean Quelque-chose, la nostalgie en moins, au profit d'intrigues qui mêlent habilement le suspense et l'humour. 

Un univers très convaincant, pimpant, léger, distrayant. À découvrir. 

Gallimard jeunesse, coll. Folio Cadet Premiers romans, rééd. mai 2016

3 juin 2016

Le Temps des métamorphoses, de Poppy Adams

Le temps des métamorphoses

Après des années de silence, Vivien rentre à la maison, dans le domaine familial de Bulburrow Court, un manoir victorien délabré, basé dans le Dorset. Sa sœur Virginia l'attend avec une certaine fébrilité. Que diable cherche-t-elle ? pourquoi ce retour ? Mais il ne sert à rien de tergiverser que les retrouvailles ont déjà lieu, des retrouvailles empruntées et maladroites, couvertes de faux-semblants et de bavardages inutiles. Dès son arrivée, Vivien ne cache pas son choc en explorant les lieux dépouillés et s'étonne de l'hygiène de vie de sa sœur, qui vit recluse dans cette grande demeure glaciale. Contrairement à elle, Virginia n'a en effet jamais quitté les murs de Bulburrow Court, emprisonnée dans les vestiges d'une enfance idyllique, auprès d'une mère élégante et fantasque et d'un père passionné d'entomologie, que Ginny suivra aveuglément en reprenant le flambeau. Les sœurs sont censées avoir tant de choses à se raconter, et pourtant le malaise entre elles est palpable. Pour le comprendre, il faut accepter le va-et-vient des souvenirs, entre présent et passé, à nous livrer une histoire de famille lourde de secrets, de drames et de mensonges. Le roman ainsi surprend, par son charme éthéré et ses manières dépassées, mais en impose aussi, par son atmosphère pesante et énigmatique d'une vieille demeure poussiéreuse. Et puis la relation entre Vivien et Virginia laisse également planer le doute sur des faits trop longtemps enfouis et que leurs retrouvailles vont déterrer involontairement. Par contre le rythme est nonchalant, il faut s'adapter à la lenteur, enclencher le rétroprojecteur de la mémoire et ne pas prendre toute confession prodiguée pour argent comptant... Pour qui aime les lectures d'ambiance, et pourquoi pas les longues théories sur les insectes, ce livre n'attend plus que vous ! Je garderai le souvenir du raffinement, de son refus de lâcher prise, ainsi que la belle galerie de personnages, qui continuent de hanter les couloirs de Bulburrow Court.

Traduit par Isabelle Chapman (The Sister) pour les éditions Belfond, repris chez 10-18, déc. 2011

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# Mois Anglais 2016 :  (Vieilles) dames indignes ou indignées

Mois Anglais 2

 

21 juin 2016

Tobie Lolness, de Timothée de Fombelle **édition 10ème anniversaire**

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Déjà dix ans que Tobie Lolness a croisé mon chemin, avec son millimètre et demi de la racine des cheveux à l'ongle des pieds, ce petit bonhomme a su m'embarquer dans un imaginaire stupéfiant, au prix de longues heures de lecture inoubliable !

Cette édition collector, réunissant les deux tomes de cette folle aventure, prolonge donc la magie. À cette occasion, la jaquette se déplie et révèle un grand poster recto-verso illustré par François Place. Magnifique ! Tobie Lolness, c'est l'histoire d'un garçon qui vit dans un grand chêne, en totale communion avec la nature. Lorsque son père refuse de livrer le secret d'une invention pour transformer la sève de l'arbre en énergie motrice, le Grand Conseil entre dans une fureur noire et condamne les Lolness à l'exil dans les basses branches. Dans ce territoire sauvage, Tobie y fait la rencontre de la jolie Elisha et retrouve ce sentiment de confiance qu'il croyait avoir perdu. Hélas, le danger n'est jamais loin et Tobie doit de nouveau fuir et vivre caché loin de ses anciens camarades qui le traquent férocement. Selon le postulat schématique de l'affreux individu qui asservit toute une communauté en la maintenant sous la coupe de la terreur et l'humiliation, Tobie va entrer en résistance pour protéger les siens et préserver leur mode de vie mis en péril. Tournant le dos à son enfance, à ses rêves et ses espoirs, à une vie où l'on s'imagine que l'amitié dure toujours et la trahison n'existe pas, Tobie se lance dans une épopée grandiose et palpitante. L'histoire est à la fois belle et magique, aussi bien dans son écriture que dans l'émotion qui naît au fil des pages. Vivre en harmonie avec la nature et ses semblables est donc primordial pour Tobie Lolness, qui nous entraîne dans cette formidable croisade avec l'envie dévorante d'en découdre. Même dix ans après, ce roman magistral ne cesse d'enchanter ses lecteurs ! 

Gallimard Jeunesse, mai 2016 pour la présente édition

Illustrations de François Place

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25 juin 2016

James Bond - Déclic mortel, par Anthony Horowitz

Déclic Mortel

Cette couverture chez Calmann-Lévy est juste magnifique ! Complètement fidèle à l'esprit James Bond - smoking, vodka martini, beauté fatale et belle voiture. Anthony Horowitz ne se moque pas du lecteur en nous servant cette intrigue, inspirée d'après les archives de Ian Fleming, où l'on replonge avec exaltation dans une histoire d'espionnage habilement troussée et palpitante à lire.

James Bond vient tout juste de rentrer d'Amérique, après son coup d'éclat contre Golfinger, lorsqu'il est convoqué pour une nouvelle mission d'infiltration. S'inscrire pour la périlleuse course de voitures du Nürburgring. Déjouer les plans des Russes qui visent à éliminer le pilote vedette, le britannique Lancy Smith. Mais avant cela, il doit éclaircir le dossier Pussy Galore. La caïd de Harlem s'affiche à son bras, le suit jusque dans la campagne anglaise, prétend être menacée, pistée par de dangereux individus, surgis de son passé et venus lui régler son compte. On le sait, l'aventure, chez Bond, est une seconde peau. Le danger, la montée d'adrénaline, l'action, il connaît. Et on ne se plaint pas de suivre notre agent 007 dans cette histoire originale, reprenant donc toutes les marques de fabrique de la série.

La couverture chez Hachette indique la seconde orientation de l'enquête, d'où ces plans de fusée qui rappellent la bonne vieille guerre d'influence entre l'Est et l'Ouest. Bond croisera aussi le chemin d'un riche homme d'affaires coréen, en apparence froid et impénétrable, et d'un lutin farouche, aussi charmante que Jean Seberg... C'est un vrai plaisir coupable de savourer cette lecture. James Bond y est opérationnel sur toute la ligne, séducteur, intuitif et audacieux. Les vilains sont assoiffés de vengeance, les JB Girls glamour et pittoresques, aux patronymes fabuleux et truculents (^Jeopardy Lane^).

Casting réussi, enquête haletante, ambiance vintage... L'empreinte de Ian Fleming est bel et bien présente, sans une once de nostalgie, Anthony Horowitz a repris dignement le flambeau et n'a pas bradé son héritage. “I think he got the point.”

Traduit par Annick Le Goyat (Trigger Mortis) pour les éditions Calmann-Lévy (2015)

Parution simultanée chez Hachette Romans, sept. 2015

James Bond – Déclic mortel

 

#Mois Anglais 2016 : “You’re a women of many parts, Pussy.”

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10 juin 2016

Le Secret de la Manufacture de chaussettes inusables, d'Annie Barrows

LE SECRET DE LA MANUFACTURE DE CHAUSSETTES INUSABLE

Fâchée avec son sénateur de père, qui souhaitait la fiancer contre son gré, Layla Beck accepte le premier job venu - écrire l'histoire de Macedonia, une petite ville de Virginie-Occidentale, pour le compte d’une agence gouvernementale. Contre toute attente, cette expérience va s'avérer grisante et pleine de surprises ! Layla s'installe chez les Romeyn, dans la moiteur d'un été caniculaire, et découvre chez cette famille un passé cerné d'ombres et de fantômes. À force de fouiller dans les archives de la ville et les anecdotes des habitants, la jeune femme va se connecter avec un secret familial, doublé d'un drame sentimental, qui a plongé Jottie, son frère Félix et leurs proches dans un silence pesant et expliquerait leur mode de vie engourdie.

Ce roman, très attendu depuis que j'avais été enchantée par Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, co-écrit par Annie Barrows et sa tante Mary Ann Shaffer, ne lui arrive sans doute pas à la cheville, mais offre malgré tout un instant de lecture absolument réjouissant. L'histoire nous balade gentiment à travers les rues de Macedonia, en compagnie d'une brochette de personnages attachants, qui se plaisent à colporter toutes sortes de fables et dressent ainsi un tableau de la ville particulièrement cocasse. On se sent vite comme un coq en pâte, pas mécontent de notre visite. À côté de ça, le secret de la famille Romeyn nous taraude. Et c'est grâce à la curiosité insatiable de la jeune Willa, douze ans, que certains mystères du passé vont se lever. Pourquoi Jottie se refuse d'aimer à nouveau ? que fabrique Félix dès lors qu'il s'échappe de la maison pour revenir les poches pleines d'argent ? quels mensonges Vause Hamilton a-t-il emportés dans sa tombe ? qu'est-ce qui a pu briser leur amitié avec Sol McKubin ?

Même si le rythme est lent et le roman copieux, la lecture n'inspire aucun ennui. Au contraire, j'ai été charmée par l'ambiance, captivée du début à la fin. J'avais l'impression de décrocher avec la réalité qui m'entourait pour voyager dans un décor dépaysant mais chaleureux. Cela m'a beaucoup plu. Les histoires de famille et les petites villes américaines n'ont pas fini d'exercer leur attrait sur moi ! ♥☼

Traduit par Claire Allain et Dominique Haas pour Nil éditions (The Truth According To Us) - Repris chez 10x18, juin 2016

30 mai 2016

Territoires, d'Olivier Norek

Territoires

À Malceny, dans le 93, on est habitués aux règlements de comptes. Mais un nouveau prédateur est arrivé en ville et, en quelques jours, les trois plus gros caïds du territoire sont exécutés. Le capitaine Coste et son équipe vont devoir agir vite, car leur nouvel ennemi s'implante comme un virus dans cette ville laissée à l'abandon, qui n'attend qu'un gramme de poudre pour exploser. Une ville où chacun a dû s'adapter pour survivre : des milices occultes surentraînées, des petits retraités dont on devrait se méfier, d'inquiétants criminels de 12 ans, des politiciens aveugles mais consentants, des braqueurs audacieux, des émeutiers que l'État contrôle à distance de drone. Et pendant ce temps, doucement, brûle la ville. 

En vérité, j'ai longtemps hésité avant de lire un roman d'Olivier Norek, en dépit des appréciations ultra positives des libraires et autres lecteurs. Le cocktail banlieue-93-magouille-émeute ne m'attirait pas franchement. Et puis, j'ai eu l'occasion d'entendre l'auteur (charmant) et j'ai été conquise. N'ayant pas trouvé Code 93 en rayon, j'ai reporté mon choix sur le suivant, Territoires, et je ne regrette pas du tout de lui avoir donné une chance. C'est en effet un très bon roman policier, efficace, conduit sans esbroufe, avec juste quelques scènes bien choquantes (le chat dans le micro-ondes... brrr!), avec des personnages ordinaires et attachants, des flics qui tentent de mener une vie de famille, de se lancer dans une relation amoureuse ou de résister aux appels des sirènes, tout en se dévouant à leur travail qu'ils ont choisi par conviction. Le contexte également est actuel, sans effet de manche, ni discours fallacieux. L'auteur parle en connaissance de cause, mais sans paraître pompeux ou donneur de leçon. Le monde n'est ni tout noir, ni tout blanc, mais bel et bien gris. Et si certaines révélations dans l'histoire s'avèrent authentiques, c'est à vous dégoûter de l'administration et des grosses têtes de ce pays. Une lecture que je recommande. 

Pocket Thriller, octobre 2015

Texte lu par François Montagut (durée : 8 h 56)

Territoires | Livre audio

En exclusivité sur Audible FR - uniquement disponible en téléchargement.

25 mai 2016

La Poule qui avait pondu un boeuf, de Christian Oster & illustré par Jean-Luc Englebert

La poule qui avait pondu un boeuf

Branle-bas de combat à la ferme ! Denise la poule vient de pondre un bœuf. Oui, un bœuf. Gros, gras, imposant. Passablement niais et interloqué. On croit rêver. Denise fait aussitôt appel à son amie Marge, qui a une théorie à ce propos. Denise a probablement avalé un B avant de pondre un bœuf, car tout le monde sait que le B devant l'œuf donne un bœuf. Voyons, voyons... Aurait-elle avalé une banane ou un bouillon ? De la brioche, de la betterave, du beurre, de la biscotte, des bigorneaux ? Non. Juste du blé. C'est déjà une piste ! Tous les trois partent ainsi à travers la campagne pour mener leur enquête. En chemin, rien d'anormal... jusqu'à ce qu'ils croisent un fermier en train de s'époumonner Hue ! hue ! devant son attelage inexistant. Son histoire réserve encore de belles surprises à nos enquêteurs en herbe et peut-être aussi la solution à tous leurs problèmes. Cette lecture revisitée et à l'humour farfelu, dont Christian Oster se fait le spécialiste, se lit avec des yeux ronds comme des billes et un sourire jusqu'aux oreilles. C'est certes invraisemblable et tiré par les cheveux, mais ce zeste de fantaisie interpelle à juste titre les plus jeunes, qui débutent en lecture, et qui vont se triturer les méninges avec cette leçon de B qui rend un œuf bœuf (et inversement) ! Très drôle, simple, efficace, avec des illustrations de Jean-Luc Englebert aussi cocasses et tendres pour accompagner cette promenade bucolique. Une valeur sûre, toujours. 

Mouche de L'École des Loisirs, mai 2016

16 avril 2016

Super JC, de Jean Leroy & Marie-Anne Abesdris

Super Jc

En trouvant dans le grenier la collection de vieux comics de son père, Jean-Christophe se prête à rêver de devenir un superhéros à son tour. C'est entendu, appelez-le Super JC. En tant que superhéros, il n'a naturellement plus le temps de jouer avec sa petite sœur ou de faire un câlin à sa maman, il doit s'entraîner, s'entraîner, s'entraîner. Devenir le plus fort, le plus costaud, le plus rusé. Dès le lendemain, à l'école, il met en application ses acquis en provoquant en duel Rodolphe le Brutal. Oh non... Super JC a surestimé ses capacité, et le voilà en train de mordre la poussière ! Quelle humiliation. Heureusement Wonder Romane vient à la rescousse. Toutes les filles de l'école se réunissent alors autour de lui pour clamer ses mérites et vanter la non-violence. La musique, c'est tellement plus cool. Sur ce, Super JC range sa panoplie de justicier au placard et l'échange contre sa guitare qui fera de lui un super musicien (et la coqueluche des filles) maintenant. Un texte court, joliment illustré, pour une histoire sur les héros d'aujourd'hui qui brillent autrement que par leurs gros bras et qui assument pleinement leur sensibilité. Une lecture tendre et drôle comme il faut, truffée d'illustrations rigolotes.

Mouche de L'École des Loisirs, août 2015

26 avril 2016

Magisterium : L'épreuve de fer, par Holly Black & Cassandra Clare

MAGISTERIUM L’ÉPREUVE DE FER

Une introduction flamboyante à un univers magique, qui annonce les prémices d'une fabuleuse saga, dans la lignée de Harry Potter ! 

Callum Hunt est un enfant à part. Alors qu'il n'était qu'un nouveau-né, sa mère a gravé dans la glace, juste avant de mourir, une inscription paralysante : « Tuez cet enfant ». Douze ans plus tard, celui-ci doit rejoindre le Magisterium, une école réservée aux jeunes gens dans son cas, impliquant qu'ils possèdent des dons hors du commun mais ne savent pas s'en servir.  

Ce premier tome s'inscrit avant tout dans une intrigue linéaire et replace chaque élément dans son contexte, ce qui peut éventuellement ralentir la cadence et obliger le lecteur à prendre son mal en patience. Mais ceci a du bon, car on prend plaisir à découvrir le monde imaginé par les deux auteurs à succès - Holly Black et Cassandra Clare, également deux ferventes admiratrices de JK Rowling. L'inspiration est d'ailleurs bien présente ! 

On ne verse pourtant pas dans le vulgaire copier-coller et on pressent un monde à éclore avec ses propres créations. Car dès que l'action se met en branle, l'histoire se déroule avec une fluidité sidérante, captivante et enchanteresse. De nouvelles révélations apparaissent, laissant planer le doute quant aux perspectives futures... Autant dire que la suite s'annonce grandiose ! 

Cette série jeunesse réserve clairement de belles surprises et fait déjà preuve d'imagination enthousiasmante pour ce qui promet d'être un rendez-vous grisant. Seul point négatif : c'est une série en 5 tomes (jusque 2018 pour la VO). :/

PKJ. avril 2015 - Traduit par Julie Lafon (The Iron Trial)

10 mai 2016

Tout est sous contrôle : Le tumultueux quotidien d'Olympe McQueen, de Sophie Henrionnet

Tout est sous contrôle

Ce roman a été une véritable bouffée d'oxygène, dégusté dans un contexte tout aussi primesautier et relaxant ! Autant dire que j'ai particulièrement apprécié ce rendez-vous. ☺ L'histoire a pour héroïne Olympe McQueen, une jeune femme moderne, hyperactive, étourdie, maladroite et pétillante. Olympe a trente-huit ans, divorcée, maman d'une jeune Aglaé de douze ans, laquelle a davantage la tête sur les épaules. Olympe est accessoirement photographe culinaire... jusqu'à ce fameux rendez-vous loupé, après avoir voulu sauver un type suicidaire et piqué une tête dans la Seine, Olympe perd son boulot et va quémander auprès de son meilleur ami, Hugo, une place au sein de son agence de détectives spécialisée dans les arnaques aux assurances. Olympe a pour seule consigne de rester en planque dans une voiture, surveiller sa cible et prendre quelques clichés, sauf que - voilà... ça ne se passe jamais comme prévu et donne souvent lieu à des situations grandguignolesques ! C'est tout le sel du roman - son humour, sa jovialité, son excentricité, ses scènes cocasses et délirantes. Et puis l'idée d'une héroïne détective, qui apprend toutes les ficelles du métier auprès du très séduisant Vincent Novak et a pour voisin un flic tout aussi charmant, nommé Mathieu Charpentier, le spécialiste du Mojito, est jubilatoire. Un instant, vous vous prêtez à songer à une autre série du même acabit - l'inénarrable Stephanie Plum, de Janet Evanovich ! Et quel bonheur, car on y retrouve les mêmes ingrédients, comme la famille psychotique et ses figures mythiques - Mamie Jeanne, alias Barbara Cartland, ses tenues roses, ses coiffures folles et son Pékinois Régis. Quelle bidonnade. C'est une lecture de détente pleinement assumée, avec tous les aspects folkloriques du genre. L'histoire est survoltée, menée sans temps mort, un brin insensée, mais franchement exaltante. On passe un très bon moment à courir dans tout Paris, à se mêler des vies des uns et des autres, à échafauder des théories et espérer que le dénouement ne survienne pas trop vite ! Il me tarde que cette chère Olympe reprenne du service et revienne dans de nouvelles aventures savoureuses et cinglées ! Par l'auteur du premier roman, Drôle de Karma ! 

éditions Charleston, mars 2016 - illustration de couverture : Lulu Inthesky

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Challenge Feel Good chez Soukee (Bouquinbourg)

21 avril 2016

L'Aiguille creuse, d'après Maurice Leblanc

L'Aiguille creuse Audible

Au château d'Ambrumésy, Raymonde de Saint-Véran, la nièce du comte de Gesvres, surprend un rôdeur en pleine nuit. Elle lui tire dessus et le blesse. Pourtant, on ne retrouve aucune trace du corps, et rien ne semble avoir été volé au château. La police se trouve dans la plus grande perplexité, lorsque se présente le jeune Isidore Beautrelet, brillant élève de rhétorique, féru d'énigmes et de faits divers. Il clame haut et fort détenir toute la vérité sur cette étrange affaire et réserve la primeur de ses révélations aux journaux, mais peu de temps avant de mettre ses plans à exécution, le garçon se trouve nez-à-nez avec le dénommé Arsène Lupin, fort intrigué par cet adversaire malin et coriace. 

Voilà un livre qui colle parfaitement avec son époque - début du XXe siècle - et qui nous régale avec les noms des personnages, leur fonction, leur caractère, sans oublier l'enquête qui rebondit de péripétie en mystère. Isidore Beautrelet est forcément présomptueux à vouloir tenir tête au gentleman cambrioleur et se montre souvent imbuvable à pérorer de la sorte. Il y a donc de l'insolence, du rythme, de la belle-époque, des déguisements, des cavalcades, des enlèvements, des devinettes, un parchemin codé, de l'amour et du drame. Tous les ingrédients essentiels pour un bon feuilleton. Il m'a néanmoins semblé que l'histoire s'essoufflait à mi-parcours avant de retrouver tout son panache pour se conclure de manière flamboyante et très théâtrale. Le duel avec Herlock Sholmès, clin d'œil à Conan Doyle, est d'ailleurs l'un des passages les plus passionnants du roman ! 

Je découvre enfin Arsène Lupin, ce héros légendaire, directement à la source, celle de la plume de Maurice Leblanc, et non plus par le truchement du cinéma ou de la télévision. Mes sentiments sont cependant multiples, à l'égal des facettes du personnage, qui ne le rendent pas forcément aimable ou sympathique, tout du moins charismatique. Lupin est arrogant, cynique, flambeur et impénitent... mais aussi romantique, passionné et loyal. C'est un personnage trouble et troublant, mais une figure forte et incontournable dans le paysage littéraire.

La réalisation sonore et l'interprétation de Philippe Colin, toutes deux particulièrement enlevées, peuvent aussi influencer la lecture, si l'on apprécie le rythme feuilletonesque, particulièrement virevoltant, et le charme vintage de l'intrigue. J'ai ainsi passé un moment agréable, à renouveler le cas échéant, en attendant ma prochaine escapade à Étretat.

Lu par Philippe Colin (durée : 7h 35) pour La Compagnie du Savoir, avril 2009

>> Disponible en téléchargement sur Audible.

L'Aiguille creuse

Le Livre de Poche, 224 pages ♦ Date de parution : Mars 1973

2 mai 2016

Vu, lu & écouté, mon (bref) avis

Daisy Sisters

Daisy Sisters, par Henning Mankell

Interprété par Marie-Christine Letort

Sixtrid, Septembre 2015 ♦ Durée : 16h 18

RÉSUMÉ DU LIVRE AUDIO

Été 1941, en Suède. Deux amies, Elna et Vivi, dix-sept ans, de condition modeste, s’offrent une escapade à bicyclette à travers la Suède en longeant la frontière de la Norvège occupée par les nazis. L’aventure, d’abord idyllique ? l’été de toutes les joies, de tous les espoirs ?, est de courte durée : Elna, violée, revient chez elle enceinte d’une petite fille qu’elle appellera Eivor. 1960. Eivor, dix-huit ans, en révolte contre sa mère, veut devenir une femme libre. Elle s’enfuit du village avec un jeune délinquant. Que lui réserve l’avenir ? Réalisera-t-elle son rêve d’indépendance et de liberté, et à quel prix ? En s’attachant aux destins d’une mère et de sa fille entre 1941 et 1981 en Suède, Mankell brosse le portrait de ces générations de femmes (épouses, mères, ouvrières) qui ont dû lutter avec leurs propres désirs et renoncements pour exister et se faire une place au cœur d’une société où s’élaborait le modèle suédois. Daisy Sisters, premier roman de Henning Mankell, renferme déjà les idéaux sociaux et politiques qui sous-tendent l’ensemble de son œuvre.

MON (BREF) AVIS

L'histoire cherche à mettre à l'honneur les femmes et leur combat pour l'émancipation, depuis les années 40 à 80, à travers le parcours d'Elna, son amie Vivi, et sa fille Eivor. L'idée était alléchante, mais l'exécution manque de vigueur et se révèle une lente complainte, désabusée et déprimante. J'ai été un peu déçue par ce récit du grand Henning Mankell (dont je préfère les intrigues policières) et par l'interprétation très studieuse de Marie-Christine Letort, qui manque aussi de fantaisie ou d'entrain.

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Au plaisir d'aimer CD

Au plaisir d'aimer, par Janine Boissard

Interprété par Marie-Christine Letort

Sixtrid, Août 2015 ♦ Durée : 6h 46

RÉSUMÉ DU LIVRE AUDIO

Papa est mort hier dans le château portant son nom, Fortjoie. Et maintenant, c'est à nous, mes sœurs et moi, de tout faire pour respecter son dernier vœu : conserver le domaine et, surtout, continuer à y accueillir des jeunes peintres. Pas facile avec des comptes en banque vides et un château qui tombe en ruine. Heureusement, on peut compter sur nos artistes pour nous aider en mettant leur talent à la disposition des belles et riches dames de Poitiers. Mais, dans le secret des ateliers, des intrigues se nouent... Scandale, vengeance : cette fois, est-ce la mort de Fortjoie ? Rire, insolence, plaisir de vivre et d'aimer sont au cœur de ce roman joyeusement libertin. Une bouffée d'air frais dans un monde triste et grincheux.

MON (BREF) AVIS

Un château en péril, quatre jeunes et beaux artistes, des dames disponibles et une pendule coiffée d'un Cupidon toujours en avance... Tel était le programme de cette comédie française un peu engoncée dans son époque. Au final, l'histoire est simpliste, le rythme plat. L'interprétation de Marie-Christine Letort est triste et morose. Je ne connaissais pas l'auteur - si ce n'est de nom - mais n'ai pas été convaincue par son univers, qui manque pour moi de modernité et se révèle quelque peu ronflant.

Sortie POCKET : 26 MAI 2016 Au plaisir d’aimer

18 avril 2016

Debout les morts, de Fred Vargas

DEBOUT LES MORTS

L'ancienne cantatrice Sophia Siméonidis se réveille un matin et découvre dans son jardin un hêtre planté sous sa fenêtre. Un signe de mauvais augure, selon elle. Après avoir longuement observé ses nouveaux voisins prendre leurs quartiers dans la Baraque pourrie, elle se présente à eux pour les embaucher dans une délicate mission : déterrer l'arbre et fouiller ses racines. Marc, Mathias et Lucien obéissent aux caprices de la dame mais font chou blanc. La graine est cependant plantée dans l'esprit de nos historiens, grands amateurs des explorations de tous genres, et lorsque Sophia disparaît de la circulation, leurs trois cœurs battent à l'unisson, noués par l'inquiétude et l'angoisse. Le Parrain prend alors les commandes de l'enquête. Armand Vandoosler, un vieux flic à la retraite, s'ennuie dans son grenier et va canaliser l'énergie papillonnante de nos trois zozos pour tirer au clair le mystère de l'arbre et de la cantatrice évanouie. C'est lui aussi qui leur donne le surnom des Évangélistes (Marc, Matthieu, Luc), « une fantaisie vaniteuse et puérile », qui va leur coller à la peau.

La conduite de l'intrigue est en soi originale et insolite, stimulée par l'humour cabotin des personnages, leur excentricité et celle de l'énigme. Nos historiens fauchés vont fouiller, supputer, comploter, rallier les fronts d'Est en Ouest et dépenser leur énergie à résoudre ce casse-tête. La lecture est également agréable à écouter, grâce à Philippe Allard et sa voix de jeunot, qui correspond bien au caractère des Évangélistes. Le comédien module son intonation suivant les personnalités et ajuste le dosage parfait pour les rôles féminins (on ne soupçonne pas l'effet rédhibitoire d'une interprétation travestie trop poussée). Cette première rencontre au sommet appelle de prochaines retrouvailles, avec la parution en juin, chez Audiolib, du roman Un peu plus loin sur la droite.  

Texte lu par Philippe Allard (durée : 8h) pour Audiolib, Avril 2016

19 avril 2016

Principes mortels, de Jacques Saussey

Principes Mortels Audible

Franck a dix-huit ans en cette année 1979 où il débarque chez sa tante Hélène et son mari Victor dans leur ferme de la Creuse pour réviser son Bac. Sa mère l'a expédié fissa pour l'éloigner du foyer familial car elle a enfin pris la décision de divorcer de son époux alcoolique et violent. Cette mise au vert n'est pourtant pas source de réconfort pour le garçon qui replonge dans le souvenir de son cousin Paul, décédé quatre ans plus tôt dans un accident de mobylette. La ressemblance physique étant également troublante, Franck se sent emprunté vis-à-vis de sa tante toujours marquée par le deuil mais il s'installe dans leur routine avec ses bouquins et sa moto. Il remarque rapidement que l'ambiance est loin d'être joyeuse et sereine à la maison, son oncle Victor tombe gravement malade et refuse d'être hospitalisé, sa tante est impuissante, énigmatique et fuyante. Franck pressent qu'un nouveau drame va frapper sa famille et tente de limiter les coups, sans toutefois empêcher le doute de poindre dans son esprit. Et si la mort de son cousin était également un accident déguisé et qu'elle pourrait aujourd'hui faire éclater toutes ses certitudes ?

Malgré quelques défauts dans le déroulement de l'intrigue et la sensation d'une fin en demi-teinte, que je considère trop déprimante, le roman est tout de même très bon et nous propose une ambiance inquiétante particulièrement réussie. Le suspense est bien en place, la tension psychologique implacable, l'histoire aussi est sombre et palpitante. Tous les ingrédients sont réunis pour rendre l'écoute agréable et distrayante. La lecture faite par Benjamin Jungers est d'ailleurs irréprochable : son timbre de voix colle parfaitement à l'ambiance pesante du récit et apporte un aspect solennel et poignant à l'écoute. J'ai beaucoup apprécié. Il est à noter que ce roman est parrainé par F.Thilliez, ce qui constitue un coup de pouce avantageux !

Lu par Benjamin Jungers (durée : 6h 52) pour Audible, nov. 2015

>> Uniquement disponible en téléchargement, en exclusivité sur Audible.

Principes Mortels

Format papier / ebook : Les Nouveaux Auteurs, 2013

Offre d'essai Audible : Premier mois gratuit
23 avril 2016

Nil, de Lynne Matson

Nil

« Nil, c'est cette fille qu'on repère au chalet après une journée entière de délire sur la neige, quand on plane de bonheur. Elle est jolie, super sexy. Cheveux longs, tenue moulante, un sourire d'enfer. Elle a un nom du genre... Mallory. Mais dès qu'on apprend à la connaître, la vérité vient nous déchirer les boyaux. La vérité, c'est qu'elle est cruelle. Sans cœur. Le genre de fille qui couche avec notre meilleur ami quand on a le dos tourné. Et quand le masque tombe, le glamour disparaît. Voilà, c'est ça, l'île de Nil. Une beauté à ne pas en croire ses yeux, jusqu'à ce qu'on voie à travers ce qu'elle est vraiment. »

Nil est un roman captivant, envoûtant, énigmatique et rondement passionnant. 

Tout démarre abruptement. Charley se trouve sur le parking du centre commercial, sous un soleil implacable et une chaleur intenable. La jeune fille fait un malaise et tombe dans les pommes. Au moment de se réveiller, c'est là que tout bascule. Elle se retrouve au beau milieu d'un désert de pierres rouges, seule au monde. Avec la sensation de figurer dans un épisode de la Quatrième Dimension. Où, pourquoi, comment... C'est le flou total et c'est franchement flippant. Une dizaine de jours plus tard, elle croise enfin d'autres jeunes de son âge, tous plongés dans la même galère, mais également mieux organisés et plus renseignés sur les mystères de cette île. C'est ainsi que Charley s'attache à la compagnie de Thad, le beau gosse attentionné, qui craque en douce pour la nouvelle, et de partir tous ensemble à l'aventure et à la découverte de cette étrange contrée, aussi inquiétante que belle et dangereuse. 

L'essentiel est donc planté, à vous maintenant d'en saisir l'essence ! Mais franchement, c'est un roman prenant et redoutablement efficace. L'histoire emprunte plusieurs influences - de Koh Lanta à la série Lost, du Labyrinthe de J. Dashner à Hunger Games 2 de S. Collins - ce n'est pas non plus strictement comparable, c'est juste une question d'ambiance et d'impression. Pour ma part, j'ai été immédiatement happée par l'atmosphère curieuse et impénétrable de Nil. On ne sait pas où on met les pieds, ni où on va, mais on suit la direction imposée et on a le cœur qui bat à cent à l'heure en s'imaginant des tas de possibilités et en craignant aussi les mauvaises surprises. J'ai été bonne cliente pour le coup et j'ai basculé dans l'univers de Nil avec un étonnement manifeste. Tout m'a clairement enthousiasmée : le décor et ses zones d'ombre, les personnages, l'action, le suspense, les secrets et les tendres émois. Tout a du bon, c'est parfaitement calibré, mélangé, dosé et ajusté pour plaire au plus grand nombre. Il me tarde de lire la suite, tant cette première immersion m'a carrément transportée. Je recommande, sans hésiter. ♥♥♥

PKJ, Février 2016 ♦ Traduit par Guillaume François 

19 avril 2016

La lune était noire, de Michael Connelly

La lune était noire CL

Cassie Black est en liberté conditionnelle, après avoir passé cinq ans en prison pour complicité dans une série de cambriolages dans les casinos. Elle tente aujourd'hui de mener une existence rangée et se fait la plus discrète possible, même si son moral est au plus bas. Elle a perdu son compagnon, Max, vit seule et travaille chez un concessionnaire de voitures de luxe, voit fréquemment son agent de probation mais peine à masquer son coup de blues. Car Cassie vient d'apprendre une nouvelle douloureuse, qui l'oblige à renouer avec son passé pour obtenir de l'argent au plus vite et prendre la fuite sur une île dans le Pacifique. Le coup n'a rien d'exceptionnel, puisqu'il consiste à récupérer une mallette bourrée d’argent dans la suite d’un casino de Las Vegas. Cela implique de retourner au Cleopatra, lieu chargé de mauvais souvenirs, et de se remettre à niveau pour déjouer la sécurité. Cassie est motivée et se sent capable de gérer la situation. Et puis, tout dérape... L'individu qui vient d'être spolié est retrouvé mort sur son lit. Miss Black est en fuite, Jack Karch du Cleopatra se lance à ses trousses. Seulement, les méthodes de cet agent spécial, dépêché par le casino, sont musclées et impitoyables. Le type est déterminé à reprendre le magot, il va pister la détrousseuse et semer des cadavres sur son passage.

Je vous épargne les détails technologiques et les interminables anecdotes sur l'art d'accomplir le casse parfait - cela s'éternise sur 150 pages et c'est long, très long pour un début. D'entrée de jeu, le rythme est cassé et j'ai eu beaucoup de mal à accrocher à l'histoire. La course-poursuite entre Cassie et Karch tente ensuite de relever le niveau et donne du piquant à l'intrigue, mais l'ensemble demeure néanmoins glaçant et manque de vibrations. Connelly a voulu bousculer ses habitudes, en se glissant dans la peau d'une femme, qui plus est un escroc. Et ça ne colle pas du tout ! J'ai été assez déçue - trop de longueurs et manque d'empathie au programme. Je tape du poing sur la table et réclame le retour de Harry Bosch ! ^-^

Traduit par Robert Pépin (Void Moon, 2000) pour les éditions Calmann-Lévy ♦ Le Livre Poche, Janvier 2012

La lune était noire LdP

15 avril 2016

Les Vacances d'un serial killer, de Nadine Monfils

Les Vacances d'un serial killer

Place à la comédie belge, portée par le fabuleux duo de Nadine Monfils et Dominique Pinon, qui livre à eux deux un festival comique de haute volée ! L'histoire nous entraîne aux côtés de la famille Destrooper, le père Alfonse, la mère Josette, les deux ados, Lourdes et Steven, sans oublier l'inénarrable Mémé Cornemuse dans sa caravane, en route pour la pension des Mouettes face à la mer du Nord. Mais le voyage cumule les déconvenues, d'abord Josette se fait voler son sac par un motard, puis la voiture largue son attelage et lâche la mémé en pleine nature. Celle-ci, ne manquant pas de ressource, fait de l'autostop et rencontre un bonhomme et sa fiancée... Autant glisser que cette dernière ne fera pas long feu ! Leurs vacances vont ainsi enchaîner les bévues et autres mésaventures qui font faire imploser la belle union familiale. Ah, ah ! C'est à mourir de rire. Les Destrooper ont cette délicate parenté avec les Tuche, dans le genre franchouillard un peu plouc, avec en tête de liste une Mémé Cornemuse hargneuse, voleuse, menteuse, obsédée et cupide. Plus mordante et manipulatrice que Tatie Danielle. C'est dire. 

Quoi que prétende le titre, on ne verse pas dans la littérature policière, mais clairement dans la parodie vaudevillesque. L'histoire est loufoque et insensée, on adhère ou pas à l'humour belge, à son sens de la dérision et aux situations ubuesques. Pour ma part, j'ai souri tout du long ! Dominique Pinon est un comédien extraordinaire. Nadine Monfils, quant à elle, lit toutes les voix féminines. Leur duo fait des étincelles et fournit une prestation jubilatoire, qui donne du pep's au roman ! J'en veux encore. 

Texte lu par Dominique Pinon et Nadine Monfils pour Audible, Juillet 2015 (durée : 4h 09)

>> En format papier chez Pocket (2012) ou Belfond (2011)

Offre d'essai Audible : Premier mois gratuit
8 avril 2016

De force, de Karine Giebel

De Force

Une jeune fille échappe de justesse à une agression, sauvée in extremis par un individu en train de faire son jogging. **Dois-je préciser que cette scène d'entrée secoue sacrément le cocotier ?** Maud est encore profondément marquée par cette attaque, quand son père, Armand Reynier, un célèbre chirurgien, décide d'embaucher le bon samaritain comme garde du corps. Luc Garnier s'installe donc dans le petit studio de la propriété luxueuse et va se familiariser avec ses habitants qui vivent tous dans la terreur des représailles. Le père vient en effet de recevoir de nouvelles lettres d'intimidation et remarque des traces d'intrusion dans la maison. Le stress monte d'un cran et le flou se met en place. Luc constate rapidement que, derrière le confort et les richesses, règne une atmosphère lourde de secrets et de non-dits chez cette famille et leurs employés. Depuis la gouvernante au jardinier, en passant par la belle-mère et le couple limite incestueux du père et de la fille, il distingue peu à peu que tous ont des failles importantes à combler -  lui-même n'est pas non plus blanc comme neige et masque ses vulnérabilités sous des faux-semblants. C'est très, très troublant et cela nous embarque loin dans une intrigue alambiquée et tortueuse. On en vient à suspecter chaque personnage de l'histoire, au gré des révélations faites ou saisies au passage. Rien que pour ça, le suspense est tiré au cordeau. C'est sombre, poignant, inquiétant et captivant. L'ambiance à huis clos est également étouffante et ne cesse de chambouler nos perspectives, mais le contexte général est franchement pesant.

Après, s'il me fallait chipoter un tant soit peu, j'ai tout de même trouvé quelques incongruités dans l'histoire, ainsi qu'une psychose prépondérante et dérangeante, c'est aussi sans réelle surprise que j'ai vu venir la fin (poussive, à mon goût). Ceci étant dit, la lecture accomplit une formidable prouesse à nous happer sur toute la longueur, à nous mettre la tête à l'envers et à tenir en haleine ! L'auteur n'a pas lésiné sur les moyens pour créer une tension psychologique ciselée, parfaitement efficace, et produire un très bon roman de son cru.   

Belfond/ Mars 2016

>> Également disponible en livre audio, en exclusivité sur Audible, 
uniquement en téléchargement.

De force | Livre audio

Lu par : Isabelle Miller - Durée : 13 h 17 

 

Offre d'essai Audible : Premier mois gratuit
16 avril 2016

Le petit Réparateur d'insectes, de Nastasia Rugani & Charline Collette (illus.)

Le petit réparateur d'insectes

Le grand Réparateur d'insectes a décidé de prendre sa retraite. C'est désormais son fils Noc qui va devenir le gardien du monde des pattes et des ailes, quelle fierté pour ce papa ! Seulement, au cours de la cérémonie de l'Aiguille d'argent, celle-ci s'éteint brutalement dès que le garçon pose sa main dessus. L'assemblée retient son souffle, jusqu'à l'intervention divine de Youmi l'écureuil protecteur de la vallée. Laissons-lui un peu de temps, assure-t-il pour tranquilliser les insectes volubiles. Mais le problème de Noc est ancré en lui : l'enfant a la phobie des bestioles, il déteste ça et rêve de les écraser au lieu de les Réparer. Sa nouvelle fonction est pour lui un cauchemar sans fin. Il n'ose pas avouer sa peur bleue des insectes pour ne pas décevoir son père ni faillir à l'héritage familial. S'il ne tenait qu'à lui, ce serait sa sœur Lulu qui reprendrait le flambeau, sauf qu'on devient Réparateur de père en fils, depuis la nuit des temps !  

J'ai follement apprécié ce petit bouquin, qui m'a enchantée avec son histoire déjantée et surprenante. J'ai adoré son humour, sa fantaisie et sa bizarrerie. On découvre ici le monde des insectes sous un jour nouveau - ils sont extravertis, désobéissants, voire impolis et grincheux - et à côté de ça, on suit également une histoire sur la famille, qui parle de tradition et transmission, de relation entre frère et sœur, d'espoir, de phobie et de frustration. On plonge aussi avec bonheur dans un univers coloré et aux illustrations foisonnantes. C'est vif, éclatant, joyeux et plein de drôlerie. Un sacré petit bouquin aux accents délicieusement kafkaïens (les dialogues sont surréalistes) qui se savoure et se découvre en toute simplicité ! 

Mouche de l'Ecole des Loisirs, Mars 2016

♣♣♣♣

12 avril 2016

Le Tabac Tresniek, de Robert Seethaler

Le tabac Tresniek CD

À la fin de l'été 1937, le jeune Franz Huchel a dix-sept ans et quitte ses montagnes, et les jupes de sa mère, pour venir travailler à Vienne avec Otto Tresniek, un buraliste unijambiste, qui tient haut et fort des discours libertaires dans un contexte politique particulièrement agité (montée du nationalisme, de l'antisémitisme, annonce imminente de l'Anschluss). Au Tabac Tresniek, les classes populaires et la bourgeoisie juive ont coutume de se fréquenter dans un joyeux tohu-bohu, d'où une effervescence stimulante pour notre jeune héros mal dégrossi. Franz ressemble à un Candide perpétuellement émerveillé par ses découvertes et ses rencontres. Celles-ci ne manquent d'ailleurs pas de prestige, car Franz va croiser à plusieurs reprises le professeur Sigmund Freud, dont la réputation n'est plus à faire, et va échanger avec lui son cas d'école : il est fou amoureux d'une inconnue, la voluptueuse Anezka, une artiste de cabaret qui occupe toutes ses pensées, mais ne sait pas comment l'approcher. Otto Tresniek aussi lui confiera quelques leçons de séduction de son cru, tout comme il lui enseignera la lecture des journaux et le monde des cigares. Cette insouciance générale ne sera hélas que passagère, vite rattrapée par la colère ambiante, celle qui gronde dans la rue et incite à la vilenie. Le temps de la fête n'est plus, les commerces sont vandalisés, les réfractaires sont rués de coups, les amis plient bagage et l'amertume s'installe.

Le roman parvient à raconter, avec une certaine virtuosité, cette ambiance sournoise et délétère de la ville de Vienne à la fin des années 30. Au début, l'histoire est en apparence guillerette et niaiseuse, à l'image de son héros, l'ingénu Franz, en plein apprentissage de la vie. C'est insidieusement qu'elle bascule dans une atmosphère plus sombre et poignante, nous confrontant à une réalité fielleuse et mordante. Ce volte-face, sans tambour ni trompette, est déstabilisant et peut inspirer autant d'inconfort et de malaise. Seulement, l'auteur reste toujours à la surface et ne creuse jamais son sujet. Son style elliptique relate des faits, des changements, la poussée de tension sur le même mode, sans force ni âpreté. Même l'émotion est contenue mais reste hélas sur l'estomac comme une lourde pâtée à ingurgiter. La lecture se termine donc en demi-teinte, malgré l'interprétation éloquente de Marc Henri Boisse.

Traduit par Élisabeth Landes (Der Trafikant) pour les éditions Sabine Wespieser

Lu par Marc Henri Boisse pour les éditions Sixtrid, Octobre 2015 - durée : 6h 28

Le tabac Tresniek

Disponible en format poche chez Folio (Février 2016)

7 avril 2016

Marie d'en haut, d'Agnès Ledig

Marie d'en haut

J'ai voulu donner une seconde chance au roman d'Agnès Ledig, Marie d'en haut, qui nous raconte l'histoire d'une fermière au caractère de cochon, Marie, mère célibataire d'une adorable Suzie, et sa rencontre avec Olivier, qui débarque chez elle avec ses gros sabots, pour une enquête de gendarmerie. Entre ces deux-là, la tension est explosive. La jeune femme se méfie, l'accueille haut et fort, et lui tombe des nues face à ce petit bout de gonzesse qui beugle sans ciller devant un représentant des forces de l'ordre. Youplaboum. L'histoire s'annonce riche de promesses excitantes, un peu comme dans Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti, où deux opposés s'attirent en s'envoyant des noms d'oiseaux. Cela va être aussi fou et farfelu, me suis-je dit. Et puis, non. C'est beaucoup plus long, plus sentimental, plus larmoyant aussi. Je lance une alerte Mélo droit devant ! En effet, Marie est meurtrie par un échec amoureux et Olivier par une enfance maltraitée. Tous deux ont manqué d'affection durant leur enfance, se sont construits à force de rencontres opportunes (son meilleur ami Antoine pour elle et sa mère nourricière Madeleine pour lui). Ils ont cru en la fin de leurs soucis, même si, au fond d'eux, ils restent des êtres fragiles et vulnérables. Leur histoire d'amour va donc prendre du temps pour trouver ses marques et apporter au couple une forme de thérapie compensatrice. C'est porteur d'espoir et pétri de bons sentiments, et pourtant ça ne me touche pas du tout. Il faut croire que je préfère le cynisme de Katarina Mazetti et sa production de romans courts, beaucoup plus percutants et plus drôles à parcourir. Des goûts et des couleurs... Ce deuxième essai, après Juste avant le bonheur, ne me convainc pas et me pousse à conclure que les romans d'Agnès Ledig ne sont pas ma tasse de thé. Et le monde de continuer de tourner, ainsi soit-il. ;-)

Également disponible en format poche chez Pocket

  Marie d'en haut | Livre audio

>> Ce livre audio en version intégrale en exclusivité sur Audible, uniquement disponible en téléchargement.

©2011 Les Nouveaux Auteurs (P)2016 Audible FR

Lu par Marie Bouvier - Durée : 7 h 33

15 avril 2016

Just Juliette, de Teri Wilson

Just Juliette

Deux familles de chocolatiers, les Arabella et les Mezzanote, se vouent une haine farouche depuis des générations. Nul ne sait comment tout a commencé, mais cet antagonisme figure dans leur patrimoine génétique et est cultivé avec ferveur. Seulement Juliette n'a plus le goût de porter cet héritage familial et se sent asphyxiée par les attentes des siens. Sa relation platonique avec George Alcott est également devenue un poids mort. Juliette songe à rompre, tandis que lui envisage sérieusement de l'épouser. C'est donc dans ce grand flou qu'elle accepte de l'accompagner au bal masqué des Mezzanote - qui est censé annoncer avec faste le retour au bercail du fils prodigue, le beau Leo M. Après avoir enrichi son expérience en Europe, celui-ci vient donc reprendre les rênes de l'entreprise familiale. Cette nouvelle est vécue comme un choc pour Juliette, qui reconnaît en lui l'inconnu qu'elle vient d'embrasser fougueusement dans les vergers de la propriété ! De son côté, Leo se moque de son identité et de la vieille querelle légendaire. Il est tombé sous le charme de la demoiselle et entend la conquérir vaille que vaille. 

Cette courte bluette sentimentale est aussi goûteuse et sucrée qu'une tasse de chocolat qu'on avalerait sans se soucier des kilos superflus. Du plaisir coupable sur toute la ligne. L'histoire est simple, mais adorable. C'est sans surprise, sans la moindre aspérité. Juste quelques soubresauts en cours de route, qui ne feront pas dévier la piste non plus. On a là du romantisme pur et simple pour une jolie histoire d'amour incluant des personnages attachants. C'est onctueux, collant et on s'y noie en buvant sa honte. Délicieux ! 

Harlequin / coll. &H ♦ Octobre 2015 ♦ Traduction d'Anouk (Unmasking Juliet) 

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25 mars 2016

Une vraie famille, de Valentin Musso

Une vraie famille Sixtrid

Pour s'éloigner du souvenir de la fusillade tragique dans son université, François Vasseur et son épouse Mathilde ont choisi de s'isoler dans leur maison en Bretagne. Ils y coulent une retraite paisible, à l'abri du monde extérieur et du sentiment d'une agressivité constante. C'est dans ce cocon bourgeois et raffiné que débarque Ludovic, un jeune paumé qui voyage dans une camionnette et vit de menus travaux au gré de ses rencontres. Le couple l'embauche d'abord pour du jardinage, puis lui propose de retaper l'appartement pour leur fille Camille, actuellement en Angleterre. Le garçon ne dit pas non et enchaîne les chantiers avec zèle et efficacité. Les semaines passent, Ludovic prend ses marques, Mathilde tombe sous le charme et François se méfie. 

Le début de roman est sincèrement redoutable, tout en soupçon, crainte et imagination fertile. On embarque à bord sans ciller et on suit le guide en extrapolant à qui mieux mieux. On a déjà tout vu, tout lu, pense-t-on, et on n'en attend pas davantage. C'est là qu'on se prend une belle claque, du moins je n'ai rien vu venir et ça m'a plutôt bien arrangée d'être chatouillée dans mes projections. On entame ainsi une nouvelle histoire, avec de nouvelles perspectives, plus ou moins intéressantes. Ce contre-pied inattendu donne un second souffle à la lecture, ce qui est très appréciable. Et puis, la belle mécanique se grippe et crachote, l'histoire trébuche et ne surprend plus. C'est comme si je m'étais sentie d'un seul coup blasée. Après un démarrage en fanfare, le thriller perd de la vitesse et ne tient pas toutes ses promesses. Un constat quelque peu regrettable, malgré une lecture somme toute agréable et rapide. 

Interprété par Marc Henri Boisse, pour les éditions Sixtrid (Janvier 2016) - Durée : 10h 09

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