20/03/07

L'insupportable Bassington - Saki

bassingtonFrancesca Bassington se désespère de sa situation : à tout moment, la maison léguée par une vieille amie, et qu'elle occupe avec ses beaux objets de valeur, peut être rendue à la nièce de celle-ci, sitôt que la demoiselle trouve chaussure à son pied ! Francesca est bouleversée. Elle décide de remettre son triste sort entre les mains de son fils Comus, espérant de lui qu'il conclue un riche mariage avec la jeune Elaine de Frey...
Hélas, Comus est de la race de "ces indomptables champions du désordre qui s'ébattent en s'excitant eux-mêmes (...) mais, le plus souvent, leur tragédie commence lorsqu'ils quittent l'école, pour se déchaîner dans un univers devenu trop civilisé, trop encombré et trop vide pour qu'ils puissent y trouver place".
Comus Bassington appartient à cette engeance, autant dire que sa cause est désespérement fâcheuse et vouée à la pire ânerie. De plus, il n'est pas seul à faire la cour à cette riche demoiselle, un autre prétendant du nom de Courtenay Youghal, grand camarade de Comus, marivaude sur ses plates-bandes.

Et l'histoire se poursuit dans ce joyeux badinage de manières où l'acrimonie côtoie sans vergogne la mesquinerie. Il faut les voir, toutes ces belles personnes de la société post-victorienne, dans leur salon de bridge ou dans une salle de théâtre. C'est un concours de perfidies, de bas calculs et de potins étalés dans la mare aux canards. Ah, il ne faut pas être fier de ces entourloupes précieuses, dont Saki pioche avec allégresse et facétie. Son style est mordant, plutôt drôle, mais sous couvert d'épingler les travers de ses pairs. "L'insupportable Bassington" est un roman où on y découvre la verve de ce génie excentrique, c'est à savourer sans retenue !
A noter : 4 nouvelles "inédites" (L'étang, Des propos inconsidérés, Un coup pour rien, L'almanach) suivent ce roman.

Pavillons poche, Robert Laffont - 260 pages.

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19/03/07

Vingt-quatre heures d'une femme sensible - Constance de Salm

vingt_quatre_heures"Vingt-quatre heures d'une femme sensible", roman épistolaire qui se propose de "peindre la jalousie, non dans ses fureurs, mais dans les douleurs dont elle accable une âme ardente et sensible", en 46 lettres écrites dans un espace de temps répondant aux unités de la tragédie ou de la comédie classiques, d'un mercredi, à une heure du matin. (postface de Claude Schopp)

Il faut lire ce livre et en savourer minute par minute chacune des lettres écrites pour cette femme anonyme qui souffre le martyr après être rentrée d'une soirée où son tendre ami l'a quittée au bras d'une autre.. Aussitôt les plus folles pensées la gagnent, le doute, l'atermoiement, la douleur, la rage, la folie. Cette amoureuse éplorée, incapable de se raisonner, ou juste le temps d'une lettre, passe donc sa journée à tourner en rond, à écrire des lettres enflammées. Tour à tour, les sentiments les plus ardents la brûlent. Et même les "égarements de l'imagination" la submergent. C'en est trop pour cette femme, elle sombre, elle pleure, son honneur semble perdu...

C'est simplement superbe et écrit avec une virtuosité admirable. Constance de Salm décrit avec justesse et sensibilité un coeur pur, un coeur simple, un coeur juste. Son héroïne est une passionnée, qui dérive et divague, elle passe des sentiments les plus exaltés aux menaces d'en finir avec la vie. Elle promet, elle menace. Telle lettre est sensée être la dernière, plus jamais elle n'accordera un regard, une pensée pour cet homme qui l'a trahie, et puis non... son amour est trop fort, trop déraisonnable.

"L'amour !... Qu'est-ce que l'amour ?... Un caprice, une fantaisie, une surprise du coeur, peut-être des sens; un charme qui se répand sur les yeux, qui les fascine, qui s'attache aux traits, aux formes, aux vêtements même d'un être que le hasard seul nous fait rencontrer. Ne le rencontrons-nous pas ? rien ne nous en avertit, ne nous trouble... nous continuons de vivre, d'exister, de chercher des plaisirs, d'en trouver, de poursuivre notre carrière comme si rien ne nous manquait !... L'amour n'est donc pas une condition inévitable de la vie, il n'en est qu'une circonstance, un désordre, une époque... que dis-je ? un malheur ! une crise... une crise terrible... elle passe, et voilà tout."

Phébus, 150 pages.

Constance de Salm, c’est Constance de Théis, née en 1767, épouse du chirurgien Jean-Baptiste Pipelet, poétesse et tragédienne dont « Sapho » tragédie lyrique triompha au théâtre. C’est l’auteur de « L’épître aux femmes » qui la range aux côtés des défenseurs du droit des femmes, au moins dans le domaine des arts et de la culture. Devenue par son deuxième mariage la comtesse de Salm, elle tient salon et on rencontre chez elle l’élite intellectuelle de la nation. On y croise Stendhal et Alexandre Dumas.

Cette lecture m'a fait repenser à ce livre-ci :

laissez_moi"Laissez-moi", autrefois baptisé "commentaire", est le long récit d'une jeune femme, en cure de repos pour grave maladie, qui reçoit une lettre de son fiancé lui annonçant la rupture, mais d'une manière complètement insultante: "Je me marie avec une autre... que notre amitié demeure...". Ce livre c'est donc la longue réponse que la jeune femme souhaiterait lui donner. Et à travers son récit, elle revient sur cet homme, ce goujat, et sur les exigences de l'amour, l'emprise sur les femmes etc..
C'est très poignant, criant de vérité et de sensibilité. Ce récit a été rédigé dans les années 30 mais son contenu demeure d'actualité et nous interpelle encore aujourd'hui. On est d'autant plus touché, sachant que son auteur, Marcelle Sauvageot est décédée peu de temps après (des suites de sa maladie), au jeune âge de 34 ans.  Phébus, 112 pages - réédition février 2004.

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18/03/07

Le jugement de Léa ~ Laurence Tardieu

Etrange, la raison pour laquelle Léa a tué son enfant, Théo, quatre ans. Pourquoi ? Personnellement je n'ai pas bien compris, et les quelques explications fournies par l'héroïne ne me suffisent pas et ne légitiment pas son acte (à mes yeux). Je crois que l'auteur aurait dû davantage creuser son personnage central, poursuivre dans sa lancée et nous émouvoir un peu plus.
"Le jugement de Léa" est l'histoire d'une jeune femme qui attend le verdict de son jugement. Elle a tué son petit garçon. Depuis, elle n'a plus ouvert la bouche et n'a rien dit à personne, rien dit de son geste, rien expliqué.

En attendant, donc, la jeune femme émeut son gardien qui arrive à briser sa carapace et à 'délivrer' celle-ci. Lentement Léa va raconter son parcours, depuis son enfance dorée, entourée de parents qui ne s'aimaient plus et n'ont jamais su donner de l'amour. Puis, pour fuir ce cauchemar, elle se précipite dans un mariage luxueux mais qui n'arrive pas à la remplir non plus. Elle quitte son mari, rencontre des hommes, mais toujours rien...

Combler son vide, combler sa solitude. Lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte, Léa pense s'en sortir et croit former avec son fils deux solitudes. Jusqu'au jour où ce petit garçon va la regarder autrement. "Que dit-on à un enfant de trois ans qui n'a pas connu son père et soudain le réclame? Que dit-on à un enfant de trois ans dont le père a été un amant de quelques heures, un corps de passage, un corps pour combler le vide? Dit-on la vérité? Et quelle vérité? Que s'est-il passé? Rien, ou presque." Léa est touchante et froide. Silencieuse et meurtrie. "Je n'avais pas imaginé la difficulté d'élever seule un enfant." Non, et c'est tout son drame.

Laurence Tardieu signe un roman grave, solennel et implacable. L'ambiance est pesante, mais le fond de cette histoire nous bouleverse envers et contre tout.

mars 2004

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17/03/07

Elu produit de l'année

Ah ! depuis le temps qu'on l'attendait ... Découvert l'an dernier dans l'émission La Nouvelle Star, Christophe Willem a su emballer quelques fidèles de la blogosphère. Depuis, plus rien. En tant que gagnant, il était sensé nous offrir un disque ?! Eh bien oui ! le temps de le peaufiner (mieux vaut...), la sortie de son Inventaire est programmé courant Avril ! En attendant, voici Elu produit de l'année ...

Psst, Monsieur a un chez-lui...

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16/03/07

Tobie Lolness, Tome 1 la vie suspendue - Timothée de Fombelle

tobie_lolness_couvRésumé

Tobie Lolness, un millimètre et demi, appartient au peuple du grand chêne. Le père de Tobie, savant génial et sage, a refusé de livrer le secret d'une invention pour transformer la sève de l'arbre en énergie motrice. Furieux, le Grand Conseil a condamné les Lolness à l'exil dans les basses branches, territoire sauvage. Tobie y rencontre Elisha.
Prix Tam-Tam Je bouquine 2006 (Salon de Montreuil).

Mon avis

Il faut savoir que lire ce roman est un appel vers un ailleurs envoûtant et enchanteur. Pas seulement destiné à la jeunesse, ce livre est une invitation à la poésie, la philosophie et le respect pour l'environnement. L'arbre dans lequel vit et bondit le jeune Tobie détient un coeur qu'il faut sauver et préserver de la vilennie du terrible Jo Mitch. L'idée qu'une communauté s'affaiblit à force de subir la peur et l'humiliation fait émerger une étrange dualité entre l'amour et la trahison. Car dans ce roman on s'aperçoit bien vite qu'il est tout aussi facile de dénoncer et de s'en mordre les doigts, de combattre et de tromper les apparences.

Il y a cette volonté d'indétermination distillée par l'auteur et qui permet ce constat de rebondissements pour casser la routine et l'attente. Jusqu'à la dernière page, le souffle est tenu en haleine. Tobie Lolness est un garçon remarquable, qui ne manque jamais de ressources, malgré la somme d'épreuves offertes. Les personnages qu'il croise ont ces contours flous qui les rendent insaisissables. C'est une prodigieuse réussite, un joli monde sans magie, sans esprit surnaturel. C'est de la poésie, vibrante et touchante, accessible pour tous les lecteurs ! 

tobie_lolness

Gallimard jeunesse, avril 2006 - 311 pages. 16€
Illustrations de François Place. 
Le tome 2 Les Yeux d'Elisha va paraître à la mi-avril !

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15/03/07

2 romans pas que pour la jeunesse

Atrabile, Hélène GaudyJ'avais été séduite par la plume d'Hélène Gaudy en découvrant son roman "Vues sur la mer" (ed. Impressions Nouvelles, 2006) et c'est aussi naturellement que j'ai apprécié son style et son univers avec ce 1er roman destiné pour la jeunesse (mais pas seulement, j'entends par là aussi tout ceux qui pensent que cette littérature n'est pas mineure mais très riche et intéressante ).

Atrabile est le nom de code d'un adolescent de 15 ans, Thomas. Il vient de perdre son grand-père, a accompagné ses parents aux funérailles, empaquetté quelques bricoles qui rappellent le disparu avant de rentrer chez eux à Paris. Là où les choses ont commencé à aller de bancal, selon lui. Voilà pourquoi il a décidé un soir après le lycée de ne pas rentrer chez lui et de prendre le train pour partir dans le Sud vivre dans l'appartement du grand-père. Nom de code, mission secrète.. Atrabile est un garçon mystérieux et qui a soif de dessous obscurs.

En fait, Atrabile est paumé. Il ne connaissait pas du tout son grand-père car l'homme refusait de lui parler. C'est une blessure secrète pour l'adolescent, un détail qui n'a jamais fait l'objet de discussion dans sa famille. Pourquoi tant de silences ? En se rendant dans l'appartement du défunt, Atrabile espère faire connaissance avec le fantôme du grand-père. Il fouille les cartons et feuillette les albums pour dessiner un portrait du disparu (et si ça pouvait coller avec l'image du héros mystérieux qu'il s'imagine, ça serait formidable !..). Mais bon...

Sur place, il fait la rencontre d'une jolie fille, une rescapée de l'Apocalypse, pense-t-il, une fille qui pourrait le comprendre.

Alors voilà, ce petit roman est charmant, écrit avec sensibilité, narrant la mémoire d'un grand-père grincheux dont l'auréole de gloire a été héritée de ses exploits passés. C'est difficile pour un garçon de faire connaissance avec cet ancêtre qui semblait préférer la vie de ses proches dans des albums au lieu de les apprécier dans la vraie vie. La quête d'Atrabile est par certains aspects nimbée de nostalgie, de douceur et de tristesse. Et d'un autre côté, le garçon se confronte à la réalité avec une lucidité et une fraîcheur propres à son âge. Soit, l'auteur ne va pas au bout des choses, laisse encore des zones dans l'ombre, mais après tout ce n'est pas grave. On en retient d'avoir lu un très beau roman qui recèle toute la fragilité d'un adolescent mis en présence de l'absence et de la mort. C'est très bien écrit, et c'est une lecture susceptible de rattacher parents et enfants !   Le rouergue, mars 2007.

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Rouge métro,  Claudine Galea - Il y a sept mois déjà, Cerise a subi un choc considérable. C'était un lundi du mois de juin. Elle rentrait de chez sa meilleure amie Clara pour retrouver son père. Il n'était pas encore 22 heures et elle a l'habitude de prendre le métro depuis l'âge de 11 ans... Ce jour-là, elle avait mis sa belle robe rouge toute neuve.

J'essaie de me souvenir. De mettre dans l'ordre. Je me souviens et je fais partir les choses. De cet endroit, là. Là. Je ne sais pas nommer. Un endroit dedans. Qui fait mal quand je passe dessus. Je passe dessus sans m'arrêter. Je vérifie. La douleur est toujours là. Elle ne part pas. C'est même le contraire, elle augmente.

Cerise est une jeune fille ordinaire, qui n'a jamais eu peur de prendre le métro. Elle y a en fait découvert que c'était là un endroit excitant où elle pouvait écouter les gens parler. Cerise adore entendre les mots des autres, elle écoute, elle note des bouts, des monologues entiers, retient et compose ensuite sa petite popote. Cerise est une grande sensible, émue par des visages, des larmes, des cheveux; elle est aussi très touchée par les sans-abris qui prennent le métro avec des discours qui la mettent à l'envers. Elle ne s'habitue pas à ce qu'il y ait des gens aussi seuls, aussi abandonnés.

Comme ce soir-là, cet homme aux yeux verts a lancé son propos, avec la hargne et le ras-le-bol. Ce type est au bout du rouleau. Pas qu'un peu... Quand on commence à entrer dans l'histoire de Cerise, on ressent tout le poids et le souffle du drame. On se demande ce qu'il s'est passé, on veut savoir. Le dénuement de Cerise est à la fois accablant et émouvant. On dévore son histoire qui déroule le film de ce soir-là. Le charme qui s'en dégage nous rend quasi extatique, fasciné. On boit les paroles de Cerise, on se nourrit de son désespoir. C'est froid, c'est poignant et on en sort avec une grosse boule au ventre. Franchement, ne passez pas à côté ! C'est un petit livre qui ne paie pas de mine et pourtant il est capable de vous renverser illico.  Complètement bouleversant !  Le rouergue, mars 2007.

A noter : ce livre figure parmi la nouvelle collection de romans pour adolescents, doAdo Noir. Parce que la collection a la réputation d'être sans concessions, les éditions du Rouergue ont voulu afficher d'emblée la couleur. Dans doAdo Noir, ce sont des histoires à vif, qui jouent du mystère, du suspense ou du frisson, et qui éclairent les zones sombres et frappent toujours fort.

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FBI et les neuf vies du chat - Sophie de Mullenheim

FBI_neuf_vies_du_chatFabien Barthélémy Isthory, plus connu sous le diminutif de FBI, est détective historique. A l'aide de livres anciens et de sa secrète machine à remonter le temps, le VART, il accomplit des miracles dans son bureau 1515 au 110ème étage d'une tour new-yorkaise. Installé depuis deux ans aux Etats-Unis, ce jeune français connaît une reconnaissance florissante, ce qui lui a permis d'embaucher une femme de ménage, la jeune et jolie Marilyn.

La grande aventure rocambolesque de Fabien commence par le plus grand des hasards, après deux voyages dans le temps et un constat aberrant : un chat au pelage bleuté et sans queue semble être un agent déterminant dans le cours des événements historiques. En rencontrant le Pr Colley, maître de conférences sur les chats, Fabien partage ses déductions, auxquelles s'ajoutent les précieuses informations du professeur : ce chat dénommé Cobalt compte neuf vies à son actif, il faut retrouver sa trace pour mieux cerner son incroyable mission.

Sophie de Mullenheim n'en rajoute pas des tonnes pour placer aussitôt son lectorat dans l'ambiance et l'action trépidante. Cette chasse au matou prend une singulière tournure, enrichie par des sauts dans le temps, nous offrant la possibilité de revivre des scènes historiques d'une certaine envergure (la mort de Cléôpatre, le naufrage du Méduse, les contes de Charles Perrault, etc.). L'auteur est très scrupuleuse pour expliquer ses théories et le concept de "détective historique" au bord d'un "VART" plutôt original, mais bien pensé, bien étudié. Les lecteurs pourront ainsi apprécier ce mélange, l'idée n'est nullement rebutante, bien au contraire !
On soulignera cependant le détail qui "dénonce" le roman pour la jeunesse à travers le personnage de Marilyn, franchement un peu niais, qui trouve son patron "trop mignon", "trop craquant". Mais il est vrai que c'est un roman avant tout destiné pour séduire les adolescents, aucun doute possible qu'ils puissent demeurer hermétiques à cet univers nimbé d'investigations, de rebondissements et de vrais instants marquants dans la grande histoire. Voilà une sympathique invitation à plonger le nez dans un manuel sensé et captivant !

Plon jeunesse, 305 pages  (janvier 2007).

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14/03/07

La pochothèque : en poche ! #4

Voilà 3 titres parus récemment en poche :

heureux_evenementUn heureux événement, Eliette Abécassis : Ma première impression concernant cette histoire a été que j'ai trouvé la narratrice fort excessive ! Depuis le départ, quand elle souligne combien elle était jeune, belle, intelligente et indépendante, puis comment la maternité l'a transformée en un corps défraîchi, une femme aliénée, désespérée, une mère au foyer !!! Il y a une tendance prépondérante à mettre en balance l'avant et l'après, ce que la grossesse dans sa vie de femme a chamboulé, comme si elle lui tombait tel un cheveu dans la soupe. C'était parfois trop ! L'auteur a réuni chez sa narratrice tous les pendants cauchemardesques d'une femme enceinte, même lors de l'accouchement, et n'en parlons pas après !... Jusqu'à la vie de couple de cette Barbara qui est complètement renversée, autant dire que c'est un vrai calvaire du début à la fin !
DONC je tiens à rassurer les futures mamans qu'il y a, certes, du vrai dans cette histoire, mais qu'elle est également poussée à l'extravagance et à la caricature. Quand je regarde ma propre expérience, en la comparant à celle d'Un Heureux Evènenement, bien entendu je souris, je me retrouve ci et là, je me dis la pauvre, décidément elle a tout collectionné, mais aussi ... euh là, c'est un peu poussé le bouchon un peu trop loin. Enfin bref, je conseille de lire ce livre comme un divertissement et un regard très cocasse sur la maternité. C'est très léger à lire, finalement. Mais connaissant Eliette Abécassis, bien évidemment, l'auteur a une fichue tendance à tout intellectualiser, à trop analyser et à se regarder (un peu, trop) le nombril. Aussi, relax ! être mère c'est galère mais quel boulet formidable un enfant ! (Le livre de poche)

carnaval_monstresLe carnaval des monstres, Anne Sophie Brasme : La particularité de Marica est d'être laide, mais vraiment laide. Elle le sait, et pourtant elle s'imagine être jolie. Surtout quand elle suscite le désir d'un homme, comme Joachim. Mais là, c'est plus compliqué. Car avant de rencontrer le photographe, Marica est littéralement obsédée par le sexe et le désir des autres, essentiellement les jeunes hommes, étudiants de la Sorbonne ou joueurs de tennis. Sa cause est perdue, elle le sait. Aussi elle répond à l'annonce insolite de devenir modèle pour des photographies "à caractère atypique". Car Joachim s'intéresse au laid, au moche, aux monstruosités derrière les façades humaines. Il photographie, dessine, peint et écrit ! Joachim abhore Marica, du moins ce qu'elle représente. Et pourtant il la désire, c'est sans doute ce qui lui paraît détestable et honteux de sa part. Etre attiré par l'ignominie !

Je dois avouer n'avoir pas été complètement emballée. Par moments j'ai peiné, trouvé louche cette relation entre le photographe et son modèle. Les deux partis sont détestables, même si j'ai éprouvé quelque sympathie pour la Marica du début - cynique et faussement légère, consciente de sa difformité, mais revendiquant le même droit à l'amour que les autres ! Après tout, si Joachim couche avec elle, ça veut bien dire quelque chose ? Mais il semblerait que non. Les rapports entre eux deux deviennent lourds, pesants et poisseux. Chacun, finalement, a honte. D'être moche, de prétendre être différent, d'aimer l'hors-norme, d'être affamé d'un amour charnel, non plus sentimental... bref ça devient une spirale angoissante et délirante ! Et même un peu malsaine. Les desseins sont obscurs et inquiétants, déplacés aussi. Et autant l'homme que la femme sont pris dans cette aliénation ! Pour se consoler, disons qu'il y a de belles réflexions sur la perversité et ses rouages insensés, mais le texte est lourd.  (Le livre de poche)

deviances_pocheDéviances, Richard Montanari : Habile et réussi, le scénario tient en haleine, surtout grâce aux chapitres courts qui s'élèvent au nombre de 84 pour ce roman de 470 pages. Cadence soutenue, c'est foncièrement palpitant. L'histoire des meurtres des filles au rosaire est d'une mise en scène diabolique mais dirigée avec maestria par l'auteur de "Déviances". Un roman noir, un thriller de la veine des films les plus glauques où la ville de Philadelphie, livrée aux bandes, aux pervers et à la drogue, devient le parfait théâtre des plus sordides débauches. On comprend alors Kevin Byrne, le flic usé et qui écoute du blues le soir dans sa voiture, pour chasser ses vieux démons et retrouver les fameuses visions susceptibles de l'éclairer sur cette enquête. Sa jeune partenaire Jessica Balzano livre également son propre combat de femme de tête, récemment séparée de son mari elle élève seule sa petite fille et voit son boulot déborder sa vie personnelle... Le lecteur a tous les éléments en main : des crimes horribles, un tueur fou et récidiviste, la police à ses trousses, des enquêteurs perplexes et embringués dans d'autres "déviances", un décor où l'on sent les mauvaises odeurs et l'on rencontre les pires ordures... mais un roman prenant, qui prend aux tripes, agrippe le lecteur, pris dans l'engrenage, impossible de fermer l'oeil. Ce climat d'angoisse et d'incertitude est maintenu jusqu'au bout. Pas mal !  (Pocket thriller)

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Pas besoin d'avoir des enfants, même si ...

Même s'il m'est très agréable de partager une lecture avec mon enfant, je dois avouer qu'avec ce livre-ci je n'ai pas eu la patience d'attendre et je l'ai dévoré toute seule ! oui, dans mon coin !... Je suis comme ça, moi. Impatiente, égoïste, vilaine mère !... Pour ma défense, il faut savoir que je tenais à tout prix à feuilleter cet album d'Agnès Lacor & Lily Scratchy car j'avais déjà précédemment savouré (et adoré) l'histoire de Juliette de la Chevillette.

firmin_latoucheC'était attendu qu'il y aurait encore une fois un humour dévastateur dans ce livre : Firmin Latouche, un jeune homme très comme il faut. J'ai bien eu raison, c'est désopilant ! Ce travail fait en commun par la joyeuse paire de Agnès Lacor l'auteur & Lili Scratchy l'illustratrice est encore une fois une belle réussite. Imaginez un garçon absolument remarquable, bien sous tout rapport, distingué, aimable et professionnellement accompli, bref la coqueluche des demoiselles qui se pâment d'amour au doux nom de Firmin Latouche. Ce type a tout pour lui, semble soupirer d'ennui le jeune apprenti boulanger, Lucien. Mais son patron, Auguste Pain, proteste, du style "n'oublie pas que nous sommes les artisans du bonheur et ça n'est pas rien" !

Déjà, à cette phrase, j'étais conquise. Artisan du bonheur... c'est joli, non ?

Bref, continuons. Firmin est glorieux et fier de lui. Qui pourrait se douter que cet individu peaufine son style pour atteindre sans relâche la perfection ?! Après sa récente et fulgurante promotion, Firmin a d'ailleurs la ferme intention de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Il s'imagine bien prendre la place de son chef, Monsieur Jeanjean, le père de la délicieuse Marie.

La jeune fille va devenir un personnage-clef de cette histoire. Elle est l'amoureuse secrète de Lucien, trop timide pour lui avouer ses sentiments, car Marie est une tête-en-l'air qui ne pense qu'à créer de nouvelles saveurs pour son métier. Firmin aussi va entreprendre cette jeune fille, ne doutant plus qu'elle puisse servir ses savants calculs. Allez hop, un bouquet de lilas, une demande en mariage et ...  Le plan machiavélique est en route. Ne voyez-vous pas les cornes et la queue en fourche se glisser sur la silhouette de Firmin le perfide ?

Ce livre a le format d'une bande-dessinée, avec couverture souple et quelques 64 pages. Il faut accompagner son enfant (6-7 ans) dans le sens de la lecture, lui expliquer qu'on lit d'abord les légendes avant les petites bulles de dialogues. Une fois ce principe entendu, on peut se lancer dans la lecture de cette histoire. Préparez-vous aux gloussements de rire ! Miss C. (très bientôt 7 ans !) a aimé la figure des personnages, leurs douces rondeurs, leurs contours excentriques, leurs expressions singulières et leurs poses théâtrales. C'est du meilleur effet ! A cela, s'ajoute un scénario parfaitement crédible (un vil coquin, une blanche colombe, un amoureux éploré, des parents naïfs et un maître boulanger qui veille au grain...). On y raconte l'immonde tentative de roublardise d'un aigrefin ambitieux. C'est étonnant l'impact soulevé par cette aventure. Moi-même (30 ans, toutes mes dents) j'admets avoir marché dans la combine en m'interrogeant avec sourire sur la suite de cette affaire où s'emmêlent très vite les embroglios de l'amour ! Waouh ! tout ça pour un seul livre ! Je vous le dis : banco !     (Editions Thierry Magnier)

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Suivez le guide & bonne lecture !

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13/03/07

Des nouvelles qui font du bien !

sainte_ritaVoici un petit livre tout à fait appréciable, à lire en deux coups de cuillère à pot, miam ! Pratique, efficace, divertissant. Il est composé d'une galerie de portraits percutants et plutôt originaux, depuis Josiane, 47 ans, éternelle célibataire et qui commence à s'en mordre les doigts, pitié Sainte Rita, faites quelque chose pour elle !... On passe ensuite à Monsieur Bernard, commerçant prospère d'une boutique d'Un peu de tout, mais qui serre les cordons de sa bourse en attendant de bâtir la maison de ses rêves, avec dix chambres et trois tourelles, attentif au moindre détail, un peu trop vigilant, prenez garde Monsieur Bernard, ça peut sentir le gaz !... On n'oublie pas le portrait d'un couple au bout de "Dix ans de mariage", un coup qui bâille mais s'éparpille dans leurs soirées mondaines, le type qui se croit tout permis et sa douce qui n'en loupe pas une... Aïe ! Un peu de tendresse avec les deux histoires "Le chat" et "L'enclave" : dans la dernière, une vieille femme se réconforte de rester bien au chaud chez elle, bien loin de toutes "ces vies gâchées, ces horreurs, tout ce qui manque et va de pair avec la modernité" ! Portrait très réaliste !
En quelques 110 pages, on apprécie avec douceur ces tableaux qui ne manquent jamais de mordant, ni d'humour et encore moins d'amitié et d'amour. La causticité de Claire Wolniewicz est chic, parfois il aurait été même intéressant de pousser davantage dans leurs retranchements les personnages de ces petites histoires. Mais bon, c'est déjà très bien et surtout cela offre un bon petit moment de lecture. Très léger, tout ça ! C'est bien.

Pocket - 110 pages

scalpelsLa honte, c'est un coup de scalpel, une plaie qui s'ouvre, le sang qui monte au visage, brûle le front et les joues. La respiration et le cœur s'affolent. Une lourdeur insupportable, un recroquevillé général de soi et, comme une pieuvre qui vous fondrait dessus, une solitude atroce. Le temps s'arrête et nous sommes nus devant l'univers qui ricane. Qui n'a pas connu ça ?
Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'auteur. Charles Gancel nous renouvelle le miracle du recueil de nouvelles en offrant à travers 10 exemples des situations totalement désopilantes.
Personnellement, je crois que l'histoire "Chouquette" qui ouvre ce recueil est la plus percutante et à pleurer de rire un peu jaune. Chouquette est une tortue minuscule qui a été offerte à une jeune fille pour son anniversaire, un petit repas est donné qui réunit la famille et le petit ami de la demoiselle, or c'est le gueuleton qui vire en joutes oratoires sur fond de convictions politiques et sociales... la tournure de la journée vaut son pesant d'or !
Les autres histoires, étrangement, n'ont plus le même poids. Il y a bien quelques-unes sympathiques et poilantes (God ou Le script par exemple) mais aussi surprenant que celui puisse paraître, les situations souvent racontées dans ces nouvelles ont un peu goût à vous glacer le sang (l'histoire du type qui perd la boule et envoie son poing dans la figure de sa femme, l'oncle incestueux, la bêtise insupportable de l'arrogant, ou le jeune lad et son cheval qui meurt dans sa m**de...).
J'ai un peu trouvé qu'on s'échappait du domaine du drôle pour mettre en situations des scènes où la honte est pire qu'une gêne, elle vous sidère, vous force à chercher un terrier, ou vous semble si pathétique qu'on hésite à en rire.
Dans son 1er recueil (Les Oeufs), Charles Gancel avait été époustouflant et pince-sans-rire. Cette fois-ci, il nous offre un nouveau panel de circonstances cocasses et dérangeantes, à travers lesquelles le comique n'est plus de mise. Avec son titre "Scalpels", il annonce clairement son intention d'être tranchant et radical. Tantôt, ça fonctionne à merveille, tantôt on grince des dents... mais c'est vrai qu'on oublierait presque c'est tout ça, la honte, aussi. Du rire, du malaise, de la déconvenue, du repentir... Buchet Chastel, 180 pages.

oeufsMON AVIS SUR LES OEUFS : Ce recueil, particulièrement corrosif et jubilatoire, nous entraîne dans l'univers de l'entreprise avec sa hiérarchie, son pouvoir, ses ambitions et ses coups bas. Tour à tour, les nouvelles sont surprenantes : comparer les hommes d'affaires à des étalons en rut, portraiturer une jeune employée de banque qui préfère démissionner de peur de se dépraver dans d'obscurs rendez-vous du vendredi soir dans le cagibi de l'imprimante, ou suivre un président harcelé par un mystérieux corbeau poète... Autant d'histoires cocasses, comiques et cruellement jouissives.
Le regard de l'auteur n'épargne personne. Sa fonction de dirigeant d'un cabinet de travail spécialisé dans l'intégration culturelle des grandes entreprises internationales expliquerait son acuité à dépeindre le monde de l'entreprise avec autant de détachement. C'est gentiment moqueur et pervers.
Revisitez le monde du pouvoir, du métier, des entreprises à travers le regard de Charles Gancel, votre vision en sera métamorphosée. Agréablement surprenant, bien écrit, "Les oeufs" rassemble des nouvelles percutantes. A lire.

Posté par clarabel76 à 07:00:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]