11/01/07

Le contentement de Jennifer Wilson - A.L Kennedy

contentement_de_jennifer_wilson"Dites mon nom. Seulement le prénom. Sa-vi-nien. Comme si vous mangiez un mets savoureux, qui devient encore plus savoureux, le meilleur étant à la fin, Sa-vi-nien. Regardez-moi dans les yeux et dites-le. S'il vous plaît." - C'est ainsi que va commencer la troublante histoire d'amour de Jennifer Wilson, 35 ans, célibataire, et qui exerce le métier de "voix" pour une station de radio écossaise, après sa rencontre avec un inconnu amnésique, grand écrivain incompris, et qui dit s'appeller Savinien de Cyrano de Bergerac.

L'histoire ressemble à une fable où le rêve emboîte le pas à une confession troublante d'une jeune femme un peu décalée. Jennifer Wilson est éloquente et nous parle de son existence dans le moindre détail, depuis son enfance où les souvenirs lui viennent à la pelle mais décousus, ses rapports souvent ambigus avec l'autre, sa pratique du sado-masochisme avec un ex lui rappelle combien il est temps pour elle de tourner la page, puis son quotidien dans sa grande maison où se croisent d'autres personnalités évanescentes, son travail qui n'a ni queue ni tête, sa maladie qui lui donne une fiève à nourrir des hallucinations de plus en plus poussées. "Personne ne devrait croire en des choses impossibles, cela crée de l'espoir. Oh, je sais, c'est très cynique, ce que je dis là, et l'espoir, en tant qu'idée, qu'inspiration, est admirable. Je le sais. Mais l'espoir ne fait pas de bien."

Il est fort délicat de donner un avis définitif sur ce roman, son charme est réel, son contenu est par contre plus complexe, rempli d' "hallucinations platoniques", et il y a aussi quelques longueurs. Voilà de quoi décourager le plus brave des lecteurs, et pourtant ce serait un tort de ne pas aller au-devant de cette Jennifer Wilson, une fille un peu toquée mais suffisamment sensée pour se décrire en des termes qui vous laissent rêveur, elle parle d'elle avec recul et intelligence, évoque "son calme, d'autres l'ont appelé insensibilité, manque d'implication, excès de contrôle, tempérament de poisson froid".

J'ai aimé son portrait, sa narration et j'ai parcouru ce roman avec un profond attachement pour cette personne. Il y a des zones opaques, des chemins secrets, des contradictions, des mensonges même, mais Jennifer assume tout. Et puis, il y a l'histoire entre Jennifer et Savinien, où les mots d'amour sont trempés dans des pots de miel, garants d'onctuosité, un peu d'amertume et d'espièglerie, mais jamais imprégnés de sentimentalisme foudroyant... Tout ça pour conclure à une note d'espoir et d'envie : Jennifer Wilson est cette inconnue qu'on croise dans la rue, elle vous sourit, vous la regardez avec étonnement, tiens je la connais, et pourtant ???

  • C'est ça, le problème avec les rêves blancs comme neige, inféodés à l'émotion, le lendemain matin, ils vous fichent invariablement une terrible gueule de bois.

Editions de l'Olivier

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10/01/07

Mercredi, jour des enfants (la suite !)

Aujourd'hui, mercredi 10 janvier 2007, est le sacro-saint jour de l'ouverture des Soldes !

Miss C. et sa maman sont deux folles de fringues, aussi aujourd'hui est un jour de drame car elles ont loupé le chant du clairon (à cause de l'école !!!). Pour se consoler :

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... elles ont donc pris le livre de Sophie Jansem et ouvert la penderie de Yolande, cette petite grenouille verte aux mains palmées, aux belles cuisses et à la peau douce, et se sont ainsi amusées comme des folles pour habiller Yolande, férue de natation et autres sports, amatrice de déguisements, de costumes exotiques, entichée de robes de bal et des tenues de princesse, grande couturière mais aussi consommatrice de haute couture ... bref la garde-robe de Yolande est riche de "60 autocollants" qui font le plaisir de votre enfant. On s'amuse à choisir pour Yolande la parure adéquate, mais pourquoi ne pas aussi bouleverser l'ordre établi et draper cette charmante Yolande d'un superbe sari de soie mauve pour se rendre à un cocktail ... ? Allez, chiche. De toute façon, les autocollants sont repositionnables, de quoi offrir des belles journées de lecture en s'amusant !

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En plus d'être coquette, elle est vraiment craquante, cette Yolande !

**  Yolande aime les habits à la folie !  **

Sophie Jansem

chez  Mango jeunesse

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Mercredi, jour des enfants (ça commence !)

Attention, y'a de l'insurrection dans l'air !

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A l'ordre du jour, cet album de Marie-Christine Barou avec les illustrations de Marie Bois : Lili, capricieuse petite sorcière. Vous appellez comment, vous, une petite fille qui trépigne des pieds et des poings en refusant d'obéir à ses parents, les envoyant même balader en leur jetant un sort pour qu'ils disparaissent ?! Oui, c'est une "sorcière".

Nous ne sommes plus dans le registre des fées, Miss C. a bien compris ce qui lui pendait au nez si jamais elle faisait montre de son sale caractère. Capricieuse, Miss C. l'a été quand elle était beaucoup plus jeune. Je pense que c'est un stade à passer. On me dira ce qu'on voudra... toi et ta fille unique, patati patata ... Je ne trouve pas que ce soit logique !

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Mais ce n'est pas de notre expérience dont il est question. Reprenons le sujet du livre : Lili est une véritable petite sorcière qui ne veut pas ranger sa chambre. Elle fait un tel caprice qu'elle lance un sort sur ses parents. C'est du propre ! En voici une drôle d'histoire qui ne montre pas le bon exemple, hihihi, et dont l'héroïne est une enfant au caractère effroyable, mais tellement mignonne avec ses cheveux frisés qui volent dans tous les sens, ses petits yeux bleus tout ronds, ses sourcils froncés et sa moue boudeuse. Rho la fille qui craque pour une vilaine petite capricieuse !... Halte là, nous étions deux : Miss C. et moi !

Sur le coup, je me disais que c'était pas croyable, non mais je rêve, sale petite gamine insupportable, et puis non, ça frise le plausible et c'est impossible de prendre en grippe cette petite Lili, même si elle est drôlement affreuse à faire ses caprices (c'est Miss C. qui le dit, ouf !). Mais il y a dans ce livre d'abord de très belles illustrations qui donnent à penser au charivari, ça vole dans les airs, ça fuse dans tous les coins, et puis personnellement j'ai trouvé plutôt chic de rencontrer des sorciers "modernes", en jeans et baskets, le chapeau pointu en plus ! :-)

IMGP2972Alors oui, j'ai craqué ! ... Et puis si vous ne connaissiez pas encore le mot magique, il est temps de feuilleter cette histoire pour en avoir le coeur net. Verdict : lecture rondement engageante, à conseiller (et pas seulement pour les caprices !).

Lili, capricieuse petite sorcière

Marie Christine Barou & Marie Dubois

chez  Balivernes Editions

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09/01/07

La disparition de Richard Taylor - Arnaud Cathrine

disparition_de_richard_taylorRichard Taylor est marié à Susan, ils ont une petite fille qui vient de naître et sont les heureux propriétaires d'un appartement confortable dans un quartier paisible de Londres. Arrive une voisine charmante, Jennifer Wilson, qui se manifeste chaque nuit par ses cris et ses gémissements, à rendre marteau le couple dont la propre vie sexuelle affiche un drapeau en berne depuis des lustres. Et puis survient l'impensable : Richard disparaît.

Elles sont nombreuses, les femmes de sa vie, à prendre la parole à chaque chapitre pour parler de cet homme, expliquer ses silences et son mystère, cerner sa disparition. On commence par l'épouse, puis la collègue de travail, la mère, l'amie et les rencontres de passage. Le temps passe, la vie s'écoule et Richard prend l'ombre d'une silhouette perdue dans le brouillard.

"La disparition de Richard Taylor", nouveau roman d'Arnaud Cathrine, est une histoire plutôt mélancolique et morose, où le portrait d'un homme se dessine depuis les paroles des femmes de sa vie. Ces dernières ne sont pas toutes des conquêtes, des relations durables, certaines sont simplement des rencontres du hasard, de quelques heures, où un mot, une confession ont découlé, créant parfois en un temps infime une connivence pure et indescriptible.

katherine_taylor_paintingIl faut aimer Arnaud Cathrine pour se plonger dans son livre, pas que ce soit une lecture à déconseiller, mais il faut s'attendre à un univers âpre et subtil. L'écriture est très ciselée, l'auteur a de plus pris le parti de parler au féminin, sur un sujet masculin. Il n'a pas non plus hésité à avoir recours aux spectres de Sarah Kane, la dramaturge anglaise, et du roman de A.L. Kennedy "le contentement de Jennifer Wilson". C'est sombre et farouche, ça rappelle la fragilité de la vie, l'absolue nécessité de prendre son destin en mains, avec les risques que cela implique. Moi j'ai bien aimé, mais c'est un roman sensible, à ne pas mettre entre des mains délicates.

Verticales

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08/01/07

Enfin la vérité sur les contes de fées - Murielle Renault

enfin_la_verite_sur_les_contes_de_feesMurielle Renault a choisi le cadre de "Treize minutes" pour mieux le faire exploser. "Treize minutes" n'est qu'un prétexte à un premier roman autonome, féminin, vénéneux, drôle, tendre et poignant en diable. (Nicolas Rey, auteur de "treize minutes" en avant-propos)

C'est donc une copie nouvelle du roman de Nicolas Rey qui offre à un second rôle de pouvoir clamer son texte à la première personne. Pleins feux, donc, sur la jeune femme, Marion, qui partage un appartement avec trois lascars peu fréquentables, Simon, Théo et Alban. Marion fait des études de médecine et vit une relation dite sérieuse avec Antoine, étudiant en Sciences Po. Marion est belle, pétillante, elle s'affirme libérée et indépendante, incapable d'être franchement amoureuse. Son histoire commence.

C'est honnêtement une nouvelle Marion qui s'éveille sous la plume de Murielle Renault, une Marion fêtarde, une Marion chamboulée, une Marion consciencieuse, mais une Marion en pagaille. On y assiste avec allégresse aux soirées McDo-champagne entre filles, aux pendaisons de crémaillère un peu allumées, aux rencontres avec les beaux-parents dans une banlieue proprette, sortie d'un magazine de déco chic, mais surtout on assiste aux atermoiements de la jeune fille. Marion a 27 ans, elle a emménagé avec Simon et ses copains sur un coup de tête, une semaine après leur rencontre, Marion veut être prise au sérieux, mais Marion a aussi la sensation que sa relation avec Simon n'est pas conclue.

Simon et elle, c'est une aventure en pointillés, un amour pas vraiment consommé, un véritable amour ? Non, pas dans le sens romantique, ni par rapport aux contes de fées. D'un autre côté il y a Antoine, strict, déterminé et protecteur, la valeur sûre... (plaît-il ?).

Voilà ce qui permet à Murielle Renault de rebondir avec son "Enfin la vérité sur les contes de fées", où elle nous démontre avec un enthousiasme débordant que les histoires d'amour sont très, très compliquées, que les filles d'aujourd'hui veulent de l'amour avec légèreté et distance, et qu'il ne faut surtout pas les considérer comme des fleurs bleues, "ces pâles imitations du romantisme, le vrai, sombre et beau".

Alors ok, c'est une histoire gauche et bredouillante avec une Marion décidément bien complexe, jamais linéaire, jusqu'aux dernières pages du roman. Cette vérité peut déranger, surtout qu'elle s'inscrit dans l'air du temps des romans par et pour trentenaires, mais Murielle Renault ne va pas en rester là, garantissant que son écriture va s'étoffer et nourrir d'autres décoctions étourdissantes !... En attendant, faites connaissance en commençant par le commencement, et il n'est pas nécessaire d'avoir lu, de lire ou d'aimer "treize minutes" de Nicolas Rey. -Mais ça aide !-

Le dilettante

  • Alors, on peut lire mon avis sur le roman de Nicolas Rey ici ,  écouter et voir l'entretien de Murielle Renault par ici , et lire l'avant-propos de N. Rey en passant par là ... Voilà !

Ici l'Article du Buzz Littéraire !

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07/01/07

La tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives - Philippe Delerm

tranchee_d_arenbergJusqu'à présent, il ne m'était jamais venu à l'esprit que le sport pouvait être considérée comme une discipline "voluptueuse", ainsi semble le suggérer ce cher Philippe Delerm qui livre en cru 2007 un nouveau recueil de petits textes, dont lui seul a le savoir, l'art et la manière.

"La tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives" est la nouvelle signature de l'écrivain qui dédie à sa passion un hommage à vous rendre béat d'admiration, non mais c'est impensable d'avoir cette culture du Sport en général et de savoir si parfaitement la travailler et la mettre en avant, la rendre si limpide et pleine de grâce. Moi qui pensais ne trouver aucune élégance dans une paire de baskets, un justaucorps ou un simple survêtement, je remballe sur le champ mes mauvaises pensées.

Oui, c'est aussi vrai que je suis une grande lectrice fidèle des écrits de Philippe Delerm, que chacune de ses nouvelles productions rencontre entre mes mains et à mes yeux une clémence dont on peut douter de l'objectivité... Soit !

N'empêche que c'est juste quand j'affirme qu'il y a dans ce livre une finesse remarquable, que ce n'est pas simplement un aveuglement bête et inepte d'une amoureuse passionnée. Pour preuve de mon honnêteté, je reconnais que parmi les 49 textes il se trouve quelques-uns dont l'intérêt n'est pas folichon, mais dans l'ensemble c'est excusable, cela se noie dans la masse, et puis c'est digeste à encaisser, étant donné que chaque texte fait une ou deux pages, en 110 pages de livre ... le tour de piste peut s'accomplir en deux vitesses : un sprint, par gourmandise, ou une course de fond, pour savourer. Au choix !

Ce qu'il y a dans ce livre, c'est cette immersion totale dans les émotions de l'auteur, ou le goût de la nostalgie, l'impression vivace de vivre des moments forts, à jamais marqués dans l'anthologie du sport. Et c'est frappant comme la culture est grande, tous les domaines du sport sont évoqués, à de très rares exceptions (et encore, lesquelles ?!), jusqu'à des souvenirs plus personnels de l'auteur.

Au programme : la balle de match de Forget contre Sampras pour la Coupe Davis, les Reds de Liverpool avec Steven Gerrard, "You'll never walk alone", Séville 1982, Battiston couché et Platini bouleversé,

A la cinquante-sixième minute de la demi-finale Allemagne-France meurt la France de Poulidor, celle où le coeur bat plus fort pour celui qui perd en beauté. On n'ira jamais plus loin dans la tristesse que ce soir-là, alors...

les titres de l'Equipe, les coups de maître de Zidane,

Combien de joueurs laissent-ils ainsi une trace non seulement dans les mémoires, mais aussi dans les gestes ? Bien sûr, Pelé, Maradonna ou Platini ont eu leurs coups de génie, liés à des séquences de jeu qu'on rediffuse à l'envi. Mais pour Zidane, c'est différent. Il a laissé l'exploit, mais aussi un mode d'emploi, une possibilité de s'inspirer de lui pour essayer de reproduire. Son tutoiement avec la balle peut se détacher syllabe par syllabe, comme un manuel de lecture du cours préparatoire, quand on a renoncé à la méthode globale. Des coups de maître.

le coup de fouet pour Armstrong,

... celui-là n'aura pas été le premier à triompher par le dopage, mais il l'aura fait avec une froideur de despote, liée à une désagréable utilisation médiatique de son cancer pour faire vibrer la corde sensible.

le multiplex,

Tout ce cérémonial de voix apoplectiques, d'engouements pathétiques pour célébrer le presque prévisible, le tout à fait infime...

Vikash Dhorassoo l'éternel incompris,

... je l'imagine bien drapé dans un sari, au bord du Gange, silencieux, retiré, laissant couler le flot de l'incompréhension. Il est très beau mais différent, un peu à côté du monde du football.

le football de la mélancolie, la mort de Colette Besson,

L'incarnation d'une forme de pureté, une de ces personnalités auxquelles on se raccroche pour croire au sport, avec en mémoire l'intégrité d'une longue ligne droite à Mexico où Colette remontait toutes ses adversaires, sans dopage, sans fric en perspective, sans même une titularisation dans l'enseignement.

le match Lendl contre Chang, la fameuse tranchée d'Arenberg,

... une bouffée de belgitude où dormiraient des connotations germaniques. Le râpement dans le gosier a des arrière-goûts de bière, de no man's land guerrier. Les commentateurs n'ont pas besoin d'en rajouter : "Dans dix kilomètres, nous serons dans la tranchée d'Arenberg !"  Fini de rire.

Et l'on découvre ainsi avec Philippe Delerm que le sport, c'est beau et aussi tragique ! ...  Un monde à part, insoupçonné.

Le sport, c'était ce qu'on n'expliquerait pas en classe, et devenait du coup si désirable. Un monde pour moi seul. Des mythes à enfourcher, à amplifier au creux de soi. Des silhouettes en noir et blanc, des phrases. La gloire et la tristesse. Toute la vie devant pour aimer ça.

Panama

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Dimanche, c'est musique !

pour un exil
ce petit bout de femme t'emmènera loin
tout est permis
j'ai mis mes pas dans les siens
elle est bien le soleil
puisque tout tourne autour d'elle
petite merveille

pas si facile
d'être aussi pure dans un monde qui l'est moins
mille et une symphonies
qu'elle inventera en un rien
enfin le bonheur
c'est toutes les couleurs
de son coeur

tu donnes goût à la vie
je t'avoue je t'envie
t'es tout c'qui donne envie
m'donne la vie
Mélody

je m'adoucie
quand je m'rencontre qu'au fond elle m'aime bien
pour un de ses sourires je f'rais
le tour de la terre sur les mains
aux nouvelles des étoiles
elle fait briller son âme
quand l'jour s'enflamme

tu donnes goût à la vie
je t'avoue je t'envie
t'es tout c'qui donne envie
m'donne la vie
Melody
font


pas

Pour ma petite chérie ... miss C.

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06/01/07

Les adolescents troglodytes - Emmanuelle Pagano

adolescents_troglodytesAdèle est conductrice de navette scolaire pour les enfants des plateaux isolés, loin là-haut, nichés au coeur des gorges et jamais à l'abri des congères et des vents scélérats.

Adèle adore ces gosses, des adolescents muets, taciturnes, mais respectueux, ayant su établir une connivence discrète. Elle les appelle ses ligériens, "il faudrait dire altiligériens, mais c'est moins facile, et comme je ne les appelle qu'à part moi, ça me regarde". Voilà le tableau...

Comprenne qui voudra mais le sujet s'emmêle dans un embroglio de féminin / masculin quand Adèle parle d'elle entre "quand j'étais petit", dans son pays où elle a grandi avec son frère Axel, et ses parents, dans la ferme du fond, et le présent, qui la voit revenir avec ses traits de femme seule et mystérieuse...

Axel est d'ailleurs revenu au pays, lui aussi. Cela faisait quelques années qu'ils étaient fâchés, mais ce retour sonne l'heure des réglements de compte, Adèle le sent dans son ventre.

D'ailleurs, il s'en passe des choses dans son ventre, quand ça tire et ça fourmille, ça sonne et ça crie, surtout quand Tony le costaud posera son regard sur elle et lui filera quelques rougeurs sur les joues...

Qui est-elle, Adèle ? Que cache-t-elle et que craint-elle ? Son chemin quotidien à travers les routes escarpées et glissantes n'est pas seulement le nid de ses soucis, en plus de sa tête renversée pour l'inconnu, le retour du frangin, les souvenirs d'enfance et les regards persistants de ses gamins qui la sondent et la transpercent... ça commence à faire beaucoup pour Adèle.

Emmanuelle Pagano a réussi un formidable tour de force en tendant la main au lecteur pour le prendre à bord de la fourgonnette scolaire, on s'y installe, on boucle sa ceinture, on s'y trimballe, les lèvres gercées, le souffle court, la boule au ventre. C'est scotchant.

Se glisser ainsi dans la tête de la narratrice, cerner sa troublante identité, son énigme et son ambiguité est un cadeau inouï, et une reconnaissance haute et digne de la perplexe relation entre l'identité et la sexualité... là je dévoile trop, et pourtant je veux m'en tenir au flou, tel qu'on le ressent quand on tourne les premières pages du livre.

Je le signale d'emblée, mais c'est imparable, lire Les Adolescents troglodytes fait fonctionner ses méninges, surtout au début. Mais le paradoxe est érigé à une hauteur tout à fait abordable et suffisamment stimulante pour s'y engager.

Et puis, il faut souligner le style de l'auteur qui mêle à la simplicité une sophistication tout à fait appréciable. C'est clair, j'ai été étonnée, séduite, bousculée mais enchantée. Emmanuelle Pagano parvient à décrire les éléments, un pays de gel, l'isolement, la rudesse, l'habitude et les émotions papillonnantes en un tour de main.

Car ce n'est pas juste une mise en lumière d'un milieu rural ou des arcanes de l'adolescence, c'est tout au contraire un numéro de haute voltige sur le coeur d'une femme dans un corps empêché (là, c'est pour faire un clin d'oeil au site de l'écrivain, mais ça colle !). Alors juste pour vous convaincre une dernière fois : lisez donc ce roman, très troublant, très bien écrit, riche de mille manières. Un charme fou s'y loge !

POL

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La première habitude ~ Marie Lefèvre

Ce roman est autobiographique et rapporte les débuts amoureux de l'auteur avec un homme quelque peu ... ingrat ! Dans le roman, Françoise Lefèvre est Marie, compagne de Raphaël, peintre sans le sou, qui peine également à vendre ses toiles. Tous deux vivent une vie de nomades. De ville en ville, ils vont et viennent, lui peint, elle démarche pour gagner quelques sous, pour vivre. La vie n'est pas toujours rose, Marie raconte leur misère, dans des bicoques sans confort, parfois infestées de rats ! Pas toujours les moyens de se remplir le ventre, ni d'avoir chaud. Mais jamais ils ne s'installent, ils partent toujours plus loin chercher la fortune.

Le langage de Françoise Lefèvre est prodigieux, très pur et poétique, malgré les mille misères qui font leur lot quotidien. C'est avec recul qu'elle revient sur ce moment de sa vie. Elle est seule dans une petite chambre à la Bastille, sans ses enfants, et Raphaël est parti. Ecrire, pour elle, c'est survivre, c'est vivre aussi. Elle raconte tout ça avec souplesse et sensibilité. Elle dit l'amour, le dévouement, l'abattement furtif et la désillusion. Mais elle conclue aussi sur l'envie de s'en sortir malgré tout, d'être la plus forte et de ne plus dépendre de quiconque. Et même si l'histoire de Marie est sombre, son parcours douloureux, ce premier roman de Françoise Lefèvre est un coup de fouet contre la morosité et les bras baissés. C'est un formidable hymne (à la vie, à l'amour, à la force d'y croire encore et toujours) qu'elle nous offre là ! A LIRE, bien évidemment.

lu en janvier 2006

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05/01/07

Des familles, des secrets - Germaine Beaumont

des_familles__des_secretsCette figure oubliée, et remise au goût du jour en 2006 grâce aux efforts d'Hélène Fau, ne doit pas subir davantage le gouffre de l'anonymat, il faut absolument lire Germaine Beaumont ! Ses romans publiés dans les années 40 et 50 démontrent à ce jour une incroyable perspicacité, une lumière étonnante sur la psychologie féminine, et la grande influence du roman anglais sur l'écriture de Mme Beaumont. Effectivement, plusieurs de ses livres portent l'empreinte du roman à clés, du roman noir, du roman psychologique et du roman policier sans cadavre ! Les héroïnes ont également beaucoup de grandeur, d'élégance et de mystères, comme l'atteste ce deuxième volume "Des familles, des secrets" qui permet ainsi une nouvelle exploration de la palette de l'écrivain. Moi je l'écris franchement : c'était une fichue bonne femme au talent remarquable ! Ainsi, dans ces trois livres réunis en un seul pavé de 950 pages, on croise des histoires de secrets de famille, de rêves obsessionnels, de perversion et de charité, d'amour impossible et d'agonie romanesque ("Du côté d'où viendra le jour" & "La roue d'infortune"), dans "L'enfant du lendemain" il s'agit d'un recueil de 4 nouvelles qui parlent avec émotion de l'abandon, de la culpabilité et de l'amour interdit...
Si vous connaissiez déjà "Des maisons, des mystères", empressez-vous de découvrir ce nouveau volume de romans et nouvelles, il vous apportera la même satisfaction. Pour les plus débutants, sachez que chez Germaine Beaumont se dégage une délicieuse odeur d'un autre temps où le mystère rode, le doute plane et le secret enrobe...

Présentation de l'éditeur
Voici des histoires de femmes écrasées par leurs familles et les silences qui les entourent, prisonnières de leur milieu c'est Armande dans Du côté d'où viendra le jour, âme solitaire d'un autre siècle, engluée dans une vie inutile et en quête d'un destin ; c'est Nellie, l'héroïne de La Roue d'infortune, mal mariée et embarquée dans une existence qui n'est pas la sienne ; ce sont les figures des quatre fulgurantes nouvelles de L'Enfant du lendemain, cherchant l'amour et sa pureté - source de leur grandeur et parfois de leur perte.

Omnibus

Posté par clarabel76 à 18:14:00 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
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