27/04/09

La fin n'est que le début ~ Katarina Mazetti

 

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Voici enfin le troisième volet de la saga Linnea Nilsson, lycéenne suédoise, grande asperge d'un mètre quatre-vingt, de l'humour, du répondant, des questions et des doutes dans chaque poche. C'est l'année du bac, après bien des péripéties (sa meilleure amie s'est suicidée, Linnea a sombré puis s'est offerte une escapade à Los Angeles). Au générique, elle nous promet encore un peu de drame, de l'action, de la comédie, des sketchs humoristiques et de l'amour (surtout !).

Tout commence par la rencontre avec l'ange de la mort sur une terrasse, en fait il s'agit de Per, le grand frère de Pia la disparue, et il a suffi d'une paire de sourcils broussailleux pour faire craquer notre adolescente rêveuse, caractérielle et impertinente. L'histoire entre ces deux-là vaut un vrai feu d'artifices, avec étincelles, éclats et exclamations (d'extase, pour démarrer). Coeurs de midinette, bienvenue dans la ronde !

A vrai dire, chez Katarina Mazetti, c'est de l'anti Harlequin en puissance. Il faut que ça se sache. Entendons-nous bien : le ton est hilarant, le souffle ne manque pas, avec romance, élans du coeur à gogo, et pourtant dans le fond on découvre aussi les incompatibilités d'humeur, les tentatives de corruption, les figures sous hypnose... bref, malgré des pages très roses (merci gaïa !), le propos se protège d'être cucul la praline ! En quelque sorte, c'est plutôt le règne des illusions perdues, le temps de l'innocence et la fin annonciatrice d'un début (comprenez, apprendre à tirer un trait, à tourner une nouvelle page, si vous voulez). Cela sonne terriblement amer et sinistre, cette petite histoire, que nenni ! Le livre déborde d'humour, la narratrice et héroïne ne manque ni de charme ni de bagou, et son histoire avec Per sait nous tirer quelques sourires béats (je parle pour moi, chut !).
Avis aux déçus du tome 2 (Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini), celui-ci est bien meilleur ! Il confirme le plaisir simple et efficace de se plonger dans un nouveau roman de Katarina Mazetti, tel un rendez-vous fort attendu (pour ma part) et apprécié jusqu'au bout des ongles !

(Argh ! j'en voudrais encore !!!)

Gaia, 2009 - 192 pages / 16 €
Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss
 

Illustration : Jenny (l'auteur de Pink Diary !).


09/09/08

Oh, Roméo - Merete Pryds Helle

 

Ce sont deux amants d'aujourd'hui, dans la ville de Copenhague, ils se prénomment Roméo et Juliette et ce n'est pas fait exprès. Tout les oppose : elle est la fille du futur maire, issu du parti national ; il est immigré iranien, réfugié politique et installé avec sa famille de sang mais pas d'esprit, comme il dit. Il est chauffeur de taxi, elle est thésarde en médecine légale. Ils ont 30 ans, ils pensaient ne jamais connaître le véritable amour et leur rencontre a tout sauvé.

On ne réécrit pas une tragédie, dans le sens où on ne modifie pas la fin de cette histoire. Cela pourrait être handicapant, mais c'est tout le contraire. On savoure d'avance cette courte aventure, qu'on souhaite passionnelle, fusionnelle, totale et dévastatrice. Cela la rend encore plus précieuse ! On aimerait que Juliette et Roméo conjuguent leurs différences et démontrent à leur entourage la débilité de s'affronter sur des questions raciales. Les nationalistes sont particulièrement virulents dans ce Danemark de l'année 2005, avec en rappel de fond l'affaire des caricatures qui a mis le feu au poudre.

On reste dans le domaine du drame passionnel, en dépit des questions soulevées sur l'intégration, l'immigration et le racisme. L'auteur ne s'est pas contenté de décalquer la pièce de Shakespeare, elle a su insuffler une éloquence enflammée et musicale, une forme moderne (au lieu d'écrire dans son Journal, Juliette s'adresse à son blog). C'est un court roman qui rend hommage aux amours intemporelles, aux passions qui ne meurent jamais, enfin bref c'est divin !

traduit du danois par Catherine Lise Dubost

Gaïa, septembre 2008 - 187 pages - 19€

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23/06/08

Faux raccord - Per Nilsson

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Générique d'ouverture : un immeuble ordinaire de trois étages, situé en Suède dans un quartier excentré d'une ville. D'une fenêtre, quelqu'un va lancer un pot de fleurs, un grand frisbee noir et un couteau de survie.

Dans sa chambre, un garçon, ou plutôt un jeune homme, est assis devant son bureau et fixe une série d'objets. Tout doit disparaître, se dit-il. Une carte de bus, une carte postale, une grammaire allemande, une plante verte, un sachet de graines, une page de recueil de chansons, un vinyle, une boîte de préservatifs, un drap plié, un drapeau américain déchiré, un bloc-notes à la couverture noire, un paquet ficelé avec du bolduc, un billet de cinéma, un lame de rasoir et une boîte de comprimés bleus. Pas loin, un téléphone... muet.

Voilà. Le film peut commencer. La dernière séance.

Le pitch : Dans un bus qui le conduit au lycée, un garçon rencontre une jolie fille aux longs cheveux roux. D'un simple regard, ils se plaisent et se rapprochent au rythme de trois jours par semaine. C'est Joli Coeur, celle pour qui son coeur va battre la chamade. Aucun doute pour lui, c'est le grand amour. Il doit partir un mois aux Etats-Unis, alors il lui écrit de longues lettres tous les jours, a hâte de la retrouver. Mais elle lui annonce en aimer un autre, c'est la désillusion. La vie sans Joli Coeur n'a pour lui plus de sens...

Comment fait-on pour s'effacer de la vie ? Comment fait-on pour effacer sa vie ? Comment fait-on pour en finir ? Comment fait-on pour mourir ?

Le film passe en boucle, à se faire du mal. Chaque séquence est un couteau planté dans le coeur. La bobine défile... Clap de fin.

Ce que tu aurais vu et entendu, en dernier chapitre, est une relecture intelligente de ce livre hors du commun. Puisant sa force dans son écriture singulière, à la manière d'un scénario de cinéma, où l'auteur intervient comme un metteur en scène, Faux raccord ne laisse pas insensible et interloque le lecteur... On suit le zoom de la caméra, accrochée au jeune homme, seul dans sa chambre et qui se repasse le film de son histoire d'amour déçue.

C'est aussi une façon originale de découvrir, du point de vue masculin, l'expérience d'une première relation amoureuse, avec son lot d'éblouissements et d'amertumes. Troublant...

éditions Thierry Magnier, (mars) 2008 pour la traduction française - 167 pages - 10 €

Pier Nilsson, 1992 - traduit du suédois par Agneta Ségol.

Illustration de couverture de Claude Cachin

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20/06/08

Autant en emporte la femme - Erlend Loe

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Marianne est une jeune femme étonnante, pas casse-pieds mais délicieusement arrangeante, du genre à s'inscruster avec le sourire. L'amour qu'elle offre en retour, ou la promesse d'amour, est un pis aller vers une vie de couple que le narrateur accueille avec un air bêta. Bah oui, un jour Marianne déboule avec douze cartons de taille moyenne et une commode ocre. Ce sera sûrement bien, se dit le narrateur. Mais très vite, notre bon bougre va être dépassé et devenir le béni-oui-oui de sa dulcinée. Toutes les décisions lui échappent, lorsqu'il pointe le doigt sur la petite commode à la couleur suspecte, la demoiselle rebondit et propose de coordonner les murs de l'appartement avec la teinte de son meuble. Et pourquoi pas acheter le même, en plus gros ? !

Vous l'avez compris, l'histoire est gentille, absurde et rigolote. Elle raconte en 300 points la débandade pré-annoncée. "Le voile d'éternité qui enveloppait notre relation se ratatine. Je reconnais que nous sommes éphémères tous les deux." Il faut suivre les soliloques de cet homme qui ne manque ni de flegme ni de cynisme, mais tout doux, tout lisse. C'est avec immensément de philosophie qu'il nous narre les situations grotesques de sa vie de couple, cela pourrait être banal (les jours coulent tranquillement, tout deux s'aiment ou se font la tronche, ils partent en voyage aussi...). C'est le cliché d'une histoire presque ordinaire, qui vous rappelle la difficulté de conjuguer au présent et au futur, et à la première personne du pluriel. Ouf, c'est diabolique et hilarant ! A cautionner en cas de blues.

Gaïa éditions, 2005 pour la traduction française / 10 - 18, mars 2008 - 237 pages.

traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud.

A été apprécié par Cathulu

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13/05/08

Muléum - Erlend Loe

muleumEncore un journal intime écrit par une jeune fille de dix-huit ans, pourrait-on penser. Ladite Julie, la narratrice, trouve également que c'est pathétique et que ça ne devrait concerner que les personnes dérangées, et ELLE est très certainement dérangée, donc elle a une excuse. Ses parents et son frère ont trouvé la mort dans un crash d'avion au-dessus de l'Afrique, là voilà orpheline, riche à millions mais seule et désespérée. Elle veut en finir avec la vie, tente de se suicider sur scène pendant une pièce de théâtre au lycée, loupe son coup avec force et fracas (les journaux en feront les gros titres !) puis décide de sauter d'un avion à un autre pour parcourir le monde et provoquer le destin. Ses projets pour trouver la mort sont nombreux, farfelus et font bien rire le lecteur - hélas ! est-ce un crime de rire sur un sujet aussi grave ? Julie a pour elle d'écrire avec une énergie farouche et une claivoyance redoutable, elle nous tire des grimaces, nous force à penser comme elle (son docteur dingo, le psy, est un barbu ringard, très souvent à côté de ses pompes !). Bref, son projet de mourir ne sonne pas très sérieux, elle envisage de copier une ou deux caricatures pour attirer sur elle une fatwa ou vole en Asie pour attraper la grippe aviaire - un vrai festival d'imagination ! Elle s'abrutit devant la télé en suivant les JO d'hiver et s'empêche de penser à son chagrin, car, on l'oublie peut-être, derrière son cynisme et son humour mordant, Julie est aussi déboussolée, malheureuse comme les pierres et n'arrive pas à panser ses plaies autrement que par son obsession du suicide. Muléum est un portrait qui se veut drôle mais qui cache le désespoir d'une jeune fille intelligente, avec une forte inclination pour le loufoque et l'exubérance. Cela se lit assez vite, malgré quelques passages vaseux, le ton d'Erlend Loe sauve les meubles et nous fait passer un très bon moment .

Gaia éditions, 2008 pour la traduction française

(traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud) - 222 pages - 18€

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08/02/08

Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini - Katarina Mazetti

chaperon_rougeGrand retour de la jeune Linnea Nilsson !
Vous n'avez pas oublié cette lycéenne de 17 ans, totalement dans la moyenne des adolescents suédois, en matière de taille, de QI et de soucis ?! Elle est donc de retour, après le décès tragique de sa meilleure amie, Pia.
Impossible de tourner la page, entre nous, lecteurs passionnés. Il fallait connaître la suite, revenir vers elle et savoir comment elle continuait son bout de chemin.
A première vue, tout va bien. Ses rapports avec son beau-père s'améliorent, avec sa mère également, et elle a désormais deux nouvelles amies, Madeleine et Malin. Ce n'est certes pas l'osmose entre elles et Linnea, mais ça fait toujours un bien fou de ne plus se sentir seule.
Et puis au fur et à mesure qu'on s'approche, qu'on gratte la couche à la surface, on s'aperçoit que des détails peuvent encore gripper la belle mécanique.
Linnea a une soudaine prise de conscience du Sens de la Vie, et sa grand-mère, pensant lui donner les moyens pour acquérir Sa liberté, viendra lui refiler une grosse somme d'argent. Inconsciemment, les ennuis commencent là...
Les nouvelles copines vont aussi lui attirer quelques soucis. La machine fait couac, tout s'emballe... Incapable d'assumer ce flot d'embrouilles, Linnea va donc décider de prendre l'air et de s'envoler pour Los Angeles ! Mais gare en chemin au Grand Méchant Loup, aussi charmant, « frais, souple et bien proportionné » soit-il !

Cette suite est une réflexion très intéressante sur les crises des adolescentes, sur les conflits et l'incapacité d'assumer sa propre détresse, sur les caps à franchir (il y a le passage de la première fois, par exemple). C'est toujours très drôle et pertinent, accompagné par les traits d'ironie de la jeune narratrice, toujours saupoudré par ce délicieux mélange entre légèreté et gravité. Une sauce aigre-douce, donc. Pour l'instant, la recette demeure efficace, même si je trouve que ce livre-ci manque un peu de peps par instants. Mais rien de bien grave !
Il faut admettre, en passant, que l'histoire va connaître un revers de fortune assez hallucinant, sensé donner des ailes à notre adolescente et ouvrir nos petits yeux un peu collés d'égoïstes embourgeoisés (je ne vise personne, c'est juste en relation avec le texte !). Quelques chapitres vers la fin donnent une perspective nouvelle, angoissante mais hélas réelle et existante. De quoi bien réfléchir...
Sur ce, j'attends encore une suite ! (Vous aussi ?)

Gaia, 203 pages. Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss. 16 €

Illustration : Jenny (l'auteur de Pink Diary !).

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29/10/07

Les larmes de Tarzan - Katarina Mazetti

larmes_de_tarzanJ'aime beaucoup la 4ème de couverture* qui présente l'histoire avec délice : c'est donc une rencontre improbable de deux êtres qui vivent sur deux planètes différentes, elle a dépassé la trentaine, a deux enfants, vit seule depuis le départ de son mari "chez les fous" et galère avec son salaire de misère de prof d'arts plastiques à mi-temps, lui n'a pas 30 ans, il a fait fortune en jouant en bourse, il roule des mécaniques, conduit une voiture de sport, ne supporte pas les enfants et ne voit que les bimbos aux yeux de phoque pour garnir son tableau de chasse.

Et alors, comment a lieu le bing-bang fatal ? Sur une plage, à jouer les Tarzan sur une liane, Mariana s'écrase comme une crêpe sur le bellâtre qui s'en blesse les fesses en brisant sa paire de lunettes Armani. Damned ! Notre type s'emporte et riposte, tourne les talons en pestant mais succombe aux charmes de cette nana déjantée le soir même, alors qu'il est plein comme une bourrique.

La suite de l'histoire ressemble un peu à une joyeuse mixture de Pretty Woman, des Feux de l'Amour et du Péril dans la demeure. Mariana, surnommée Tarzan, est séduite par Janne mais refuse de l'aimer car son coeur est déjà pris par le père de ses enfants, interné depuis deux ans, et qui reviendra tôt ou tard les retrouver, elle en est persuadée ! Bien sûr, l'absence d'un homme lui pèse, l'envie d'un toy boy l'effleure sans vergogne et la pousse dans les bras du jeunot. Mais Janne, avec ses 29 ans et son porte-feuille bien garni, a un coeur de minet qui s'amourache bien malgré lui de cette fille impossible. Résonne alors la valse des hésitations : attirance, agacement, querelles, retrouvailles, ennui et mini drame vont s'enchaîner pour le plus grand plaisir du lecteur !

Encore une belle réussite de la part de Katarina Mazetti, LA grande prêtresse des histoires romantiques et comiques, pas des bluettes à deux centimes. A son histoire d'amour, par exemple, elle y met aussi un sentiment de profondeur pour brosser le quotidien de Mariana et qui démontre la dure réalité d'une mère célibataire pour joindre les deux bouts, donner à manger à ses gosses et s'acharner à rester indépendante. Et encore, l'histoire d'amour est elle-même peu conventionnelle, elle brise les idéaux et les clichés rebattus par les films d'Hollywood (c'est Janne, lui-même, qui le dit !). Et c'est sans doute parce que c'est moderne, parce que ça colle à la réalité, parce que ça prête à rêver aussi, on gobe l'histoire avec un sentiment d'extase et de bonheur incontrôlable ! C'est chouette, vivifiant, drôle et touchant. C'est l'effet guimauve pour soigner un moral en berne - allez-y à coeur joie !!!

Gaïa - 266 pages - Traduit du suèdois par Lena Grumbach et Catherine Marcus.

* la quatrième de couverture : Elle c'est Tarzan, lui Janne. Ils n'auraient jamais dû se rencontrer, mais voilà qu'elle lui est tombée dessus, dans tous les sens du terme, un jour où justement elle jouait à Tarzan, suspendue au bout d'une corde. Un sacré numéro, cette Mariana, et pas du tout son genre à lui, l'homme d'affaires plein aux as, habitué à collectionner les canons qu'on voit dans les magazines. Il voudrait bien comprendre pourquoi il est obsédé par cette nana fagotée comme un sac à patates, les cheveux en pétard, qui ne s'épile même pas le maillot et qui, malgré une attirance réciproque et une formidable entente sexuelle, n'est même pas amoureuse de lui. Pour couronner le tout, elle est flanquée de deux mômes impossibles, une vraie calamité pour les sièges cuir de sa Lamborghini dernier cri.

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23/10/07

Entre Dieu et moi, c'est fini - Katarina Mazetti

entre_dieu_et_moi_c_est_finiLinnea est « une douce petite fleur d'un mètre quatre vingts, une lycéenne proprette, en bonne santé, bien nourrie, suédoise et même pas anorexique ». Elle a seize ans, se trouve quelconque et cultive les soucis par milliers.
Linnea est en effet bourrée de complexes, à cause de sa taille, de sa poitrine plate, de sa timidité. Et puis elle est seule et se sent différente de ses camarades d'école. Bien sûr, elle avait cru sa vie changée depuis la rencontre de Pia, une grande bringue comme elle, mais qui ne manquait ni d'assurance ni de répondant. Et ainsi Pia et Linnea sont devenues « amies pour la vie » - enfin, pour cent vingt jours.
Parce que Pia est morte. Comment, pourquoi ? On ne le découvre qu'à la toute façon du livre. (Voilà pourquoi je recommande de ne surtout pas lire la 4ème de couverture qui en dévoile beaucoup trop !)
Donc, pour défouler son chagrin et sa frustration, Linnea s'enferme dans le dressing de sa grand-mère et parle, parle, parle ... face au mur.

Ce petit roman (de 155 pages) est finalement très attachant, à la fois drôle et émouvant. Cela commence par les tribulations d'une adolescente, mal dans sa peau, amoureuse du beau gosse mais exaspérée de n'attirer qu'un pot-de-colle avec des longs bras tout mous. Guère aidée sur le plan familial non plus, la jeune fille se rend une fois par an chez un père fermé d'esprit et vit le reste du temps chez sa mère avec son nouveau petit ami et leur fils Knotte, adorable bambin de neuf ans, très intelligent.
Linnea est une jeune fille qui se pose des questions, sur Dieu notamment, sur la signification de la mort, et la légitimité de penser et pleurer son amie perdue. En gros, ses réflexions oscillent entre le superflu et le très profond.

« J'ai eu envie de prendre ces deux pimbêches par la peau du cou et de cogner leurs crânes l'un contre l'autre. Et ensuite de me procurer une tronçonneuse, de les couper en morceaux, les jeter dans les toilettes de l'école et tirer la chasse d'eau. Je ne trouve rien de mieux que de me faire des films pareils au lieu d'avoir des répliques intelligentes et qui font mouche. Et bien sûr, moi aussi j'ai rougi comme une fraise. Anna Sofia savait exactement comment taper dans le mille. »
Ou bien :
« J'ai collectionné les souvenirs de Pia avec la prudence d'un archéologue qui découvre les vieux débris d'une cruche, et je les ai enfermés dans des boîtes. Peut-être seront-ils un jour couverts de poussière, peut-être se décomposeront-ils quand ils reverront la lumière. J'ai remarqué que quand on raconte une chose vécue, un voyage ou un bon film, après quelque temps seulement on ne se souvient plus que de son propre récit, et non pas de l'événement réel. C'est pareil pour Pia aujourd'hui. Je me rappelle uniquement mes propres souvenirs d'elle, et non d'elle-même. »

Pour plusieurs raisons, je conseille aussi la lecture de ce roman aux adolescents, dès 15 ans. Le ton, le cynisme et l'auto-dérision seront des atouts imparables pour les séduire.
Et pour ceux et celles qui ont adoré le très plébiscité « Le mec de la tombe d'à côté », LE livre qui a révélé Katarina Mazetti, ne boudez pas votre plaisir et offrez-vous un retour en adolescence, avec son lot de tourmentes et de questions « hautement » existentialistes ! Le monologue de Linnea saura vous toucher, la plume de l'auteur faisant toujours mouche !
A ce propos, l'auteur écrira deux autres romans mettant en scène Linnea. Dépêchez-vous donc de faire sa connaissance !

Gaïa - 155 pages - Octobre 2007.  13.00 €   * Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss *

Illustration de couverture : 2003 - Guy Delcourt Productions - Jenny

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29/09/07

Volvo Trucks ~ Erlend Loe

Volvo trucks met en scène la pétillante Marj Britt, 92 ans, veuve et fumeuse de hashich. Son mari était un ancien employé de chez Volvo Trucks et a été le principal créateur du modèle Globetrotter, cependant l'homme a été roulé dans la farine et s'est fait voler la vedette et les plans de cet engin. Dommage. Toutefois, la maison qu'il occupe avec son épouse a aussi été spoliée à son voisin, von Borring, un fondu de scoutisme, d'oiseaux et de nature. Un jour, sortant de sa forêt, débarque Doppler avec son fils Gregus et son élan Bongo. Ils arrivent chez Marj où ils vont se reposer, manger et se séparer. Car Gregus est déçu par son père, qui danse en fumant son hasch, et décide de rentrer chez sa mère à Oslo. L'élan aussi va prendre la poudre d'escampette. Mais Doppler continue de perdre ses idéaux en la compagnie de Marj Britt. Cette dernière va vouloir taquiner son voisin von Borring et charger Doppler d'une mission, mais rien ne se passe comme prévu. Doppler va rencontrer le scout et devenir l'élève de cet homme. Un vrai micmac ! C'est carrément débile, mais cocasse et loufoque. Tous les intervenants de ce roman sont singulièrement des bouffons. Il est cependant impossible de ne pas sourire à leurs délires et aventures, inévitable de s'attacher au badinage de ce narrateur. "Volvo Trucks" est un roman surprenant, original et extravagant ! Tant mieux.

septembre 2006

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14/05/07

Piazza Bucarest - Jens Christian Grondahl

piazza_bucarestIl est bien difficile de parler de ce livre, de son histoire et de la résumer. C'est emmêlé, fils et intrigues forment une tresse, et c'est un casse-tête d'entreprendre de les désentortiller !
On pourrait donc dire que l'histoire commence par l'arrivée d'une lettre postée de Roumanie, envoyée à Copenhague et adressée à une certaine Elena. C'est le narrateur qui la réceptionne, et il s'interroge. Car Elena est la deuxième femme qu'a épousé son beau-père, quelques années après son divorce avec la mère de celui-ci. Mais Elena aussi est partie et a quitté Scott en lui laissant un simple mot, sans explications.
Désormais retourné dans son pays natal, Scott vit seul avec ses fantômes et son passé embrumé. La lettre de Roumanie est une invitation à plonger dans le temps et les souvenirs. N'étant pas prolixe, l'homme raconte cette partie de son existence qui a conduit le photographe à faire un reportage à Bucarest. Il avait une quarantaine d'années, il ne pensait pas tomber amoureux de cette jeune fille de vingt-deux ans, Elena.
Même s'il se doutait qu'elle ne l'aimait pas, il lui a proposé le mariage pour fuir le pays de Ceausescu.
On pourrait presque décomposer le roman, tant le narrateur est le rapporteur de deux histoires assez distinctes et que seule une lettre sert de trait d'union. Troublant, donc. Mais captivant !
JC Grondahl écrit à un moment : "Raconter n'est pas seulement conserver des souvenirs, mais aussi en éliminer." Et c'est justement ce qui fait la marque de l'écrivain danois. C'est un mélancolique, un puriste de la nostalgie et du temps passé. Son style est lent, élégant et cultive les mystères. Sa mise en scène semble parfois empesée, mais jamais bien longtemps (ici, il faut donc dépasser les 30 premières pages). Ses personnages ont peu de relief, peu de charisme, pourtant leurs histoires nous captivent. "Il n'est pas ici question d'une histoire sensationnelle. C'est juste une de ces histoires qui, vues de l'extérieur, semblent parfaitement banales, la manière dont se façonne une vie. (...) Une histoire tout à fait ordinaire, avec ses pas et ses passages lents ou brusques, avec ses lacunes, ses creux et ses vides obscurs et inconnus qui la font avancer ou déraper."
"Piazza Bucarest" est un roman admirable, incroyablement bien écrit, et qui vous parle donc de la vie d'hommes et de femmes qui se sont croisés, un peu aimés, jamais compris, puis quittés sans chercher à retenir, conservant des plaies béantes. Remarquable, oui.

Gallimard, 180 pages.  Janvier 2007

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