03/03/11

Ciel voilé, brouillard. Faible visibilité.

Le_Caveau_deJe ne sais pas si vous connaissiez  Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti. C'est une histoire d'amour fou entre un agriculteur et une bibliothécaire. Tout les sépare, mais ils s'aiment et sont attirés l'un par l'autre, envers et contre tout. Ils vont rompre, se retrouver, impossible de s'oublier. Benny va vivre en couple avec une autre, Désirée veut un bébé. Et nous avons Le Caveau de famille ...

Ô ma douleur ! J'ai failli déprimer en lisant cette suite. Et pourtant, c'est facile de s'y retrouver, on parle de vie de couple, de vie de famille, de concessions et autres compromis qui vous flinguent, des envies et des manques, des frustrations qui s'accumulent et qui rendent le coeur lourd et amer... Mais qui a envie de lire ça ? Pas moi. 

240 pages qui me rappellent la vraie vie ou ce qu'on nous assomme dans les reportages tv - non merci ! Sans compter que je suis un peu contre les idées du roman... la vie de couple tue l'amour, la vie de famille l'enterre. Au secours ! Je ne sais pas vous dire à quel point ce bouquin m'a dérangée. J'en avais de plus en plus marre et j'étais pressée d'en finir.

Il faut dire aussi que j'avais totalement craqué pour Benny et Désirée, il y a cinq ans. J'avais espéré pour eux des lendemains meilleurs et des rêves impossibles à réaliser. Bref, je les voulais heureux. Je pensais qu'en bravant les barrières qui les enfermaient chacun de leur côté, ils seraient parvenus à être plus forts que tout. Il n'en est rien ! J'ai comme l'impression que ce roman, en plus du reste, veut me convaincre que les opposés s'attirent mais qu'ils ne peuvent pas être heureux. Hop, total échec.

Et puis ce n'est même pas drôle. C'était un point fort du précédent roman, mais là j'ai trouvé que c'était essentiellement acerbe et donc démoralisant. En somme, je suis déçue et très triste parce que c'est désormais l'image qu'il va me rester du couple de Benny et Désirée. Vision d'un couple qui partage le même toit, alors qu'ils sont devenus des étrangers l'un pour l'autre - bleh.

Le Caveau de Famille - Katarina Mazetti
Gaïa (2011) - 237 pages - 20€
traduit du suédois par Lena Grumbach

Voici des extraits :

Il y a la partie joyeuse et qui fait sourire ...

- Tu pourras faire ce que tu veux dans notre chambre, à part faire monter des messieurs ! ai-je dit.
J'avais encore à l'esprit le malaise qui s'était installé la dernière fois que je m'étais mis en tête d'égayer un peu la pièce.
- Si tu la veux entièrement blanche et sans rideaux avec un lit d'hôpital en tube d'acier pour toi, n'hésite pas ! Et une lampe de chevet, bien sûr, mais l'extinction des feux est à dix heures ! Tout ce que je demande, c'est de garder mes bonnes vieilles couvertures de cheval et mes oreillers crottés, et un petit tabouret dans un coin pour poser mes vêtements.
- Dix heures ? a-t-elle dit d'une voix assez pointue.
- Après tu liras avec une lampe de poche sous la couverture. Je me lève à cinq heures et demie, moi.
Elle pouffa.
- Tu sais, c'est comme ça que les livres sont les meilleurs !
Voyez, un petit nuage de perturbation qu'on a réussi à dissiper en bonne intelligence. C'était prometteur pour l'avenir. Ce qu'on est obligé de supporter, on peut tout aussi bien apprendre à l'aimer.

Et puis le reste...

(...) je n'aurais pas échangé la Crevette même contre Julia Roberts. Elle est toujours mon amour impossible, ma Crevette désespérante dans ses savates qui font cloc cloc, du vomi de bébé sur l'épaule et des cheveux tellement emmêlés qu'on dirait qu'elle s'est coiffée avec un pétard... Elle ne s'est jamais mise en quatre pour son apparence avant, ce n'est pas avec notre mariage qu'elle a commencé, pourrait-on dire. L'autre jour quand elle s'est fâchée tout rouge seulement parce que je suis entré dans la cuisine chercher des tenailles, elle a même commencé à délirer sur de la thérapie familiale, alors je me suis dit que là, tu rêves ma petite Crevette, si je t'ai prise dans la barque, je te mènerai à bon port, même si je dois t'amarrer au banc de nage. Et d'ailleurs, comment tu trouverais le temps d'aller chez un thérapeute, toi qui te plains de ne même pas avoir le temps d'aller au cinéma ?
- Je me demande si tu m'as jamais aimée, a-t-elle reniflé quand je me suis permis quelques commentaires sur son planning ce jour-là. En tout cas, il est évident que tu ne m'aimes plus. Tu ne me vois que comme une stagiaire incapable qui serait en apprentissage chez toi.
Comment ça, "aimée", qu'est-ce qu'elle veut dire ? Les femmes parlent d'amour et se rappellent les anniversaires de mariage et la Saint-Valentin et elles se pendent à votre cou et demandent si vous les aimez. Bengt-Goran, lui, il a acheté de nouvelles jantes à Violette et moi, putain, j'ai quand même construit la véranda !
Je crois qu'il en va de l'amour des hommes comme de l'infarctus des femmes. Il n'est jamais détecté, parce qu'il a de tout autres symptômes ! 

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04/09/09

Les mains rouges ~ Jens Christian Grondahl

Gallimard, 2009 - 204 pages - 14,90€
traduit du danois par Alain Gnaedig

les_mains_rougesVous passerez la quatrième de couverture qui vous raconte tout le roman, comme Une année étrangère de Brigitte Giraud. C'est un choix de l'éditeur, qui me laisse légèrement sceptique.
"Les Mains rouges" est un roman sur le passé, la culpabilité et le pardon. Cela commence avec la rencontre entre le narrateur et une femme prénommée Randi dans la gare de Copenhague, en 1977. Cette femme lui confie la clé d'une consigne et disparaît sans laisser de traces. Peu de temps après, le type la retrouve, découvre qu'elle porte une fausse identité et la voit de nouveau s'échapper dans la nature.
Des années vont passer, chacun a fait sa vie jusqu'au jour où l'homme la croise par hasard dans la rue. Les secrets de Randi n'ont jamais cessé de hanter le narrateur qui se montre impatient et de plus en plus séduit par cette femme troublante.
Très vite, on apprend qu'elle fuit un passé qui la hante et la terrorise, elle craint le retour de fantômes venus lui réclamer des comptes, et cela va se confirmer.
Je n'ai pas franchement adhéré à cette histoire, pas su cerner la finesse des ambiances propres aux romans de Grondahl (qu'on surnomme pompeusement le Modiano danois !). A vrai dire, je me suis singulièrement ennuyée. 
Ce cru 2009 n'a pas, selon moi, l'étoffe d'un Piazza Bucarest ou d'un Bruits du coeur, deux autres romans de l'auteur que je recommande chaudement.

l'avis de la librairie Mollat 

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16/07/09

(échappée belle)

le_geantPauvre pasteur, pauvre infirmière scolaire femme de pasteur, pauvres parents abandonnés de Dieu courant par monts et par vaux pour satisfaire les besoins de leur progéniture. Les deux quadras luttent pour ne pas se retrouver terrassés, par deux moulins à vent rugisants. L'infirmière prépare une pleine casserole de sauce bolognaise ? Dérisoire. Bananes et pommes sont amenées à la maison par pleins paniers pour respecter le cercle coloré répertoriant les apports journaliers recommandés. Au petit-déjeuner, six assiettes de porridge et un pain au levain entier sont engloutis, sans compter les innombrables tasses de café. La paume de Taneli est passée de la taille d'une assiette à dessert à celle d'une assiette plate, et on ne pourra plus jamais la ramener à celle d'une soucoupe de tasse à café.
Le pasteur passe toutes ses soirées au service de la paroisse - monsieur le pasteur et madame prendront bien un peu de café, n'est-ce pas ? caquette l'hôtesse tout en leur proposant d'emporter à la maison quelques brioches. Il glisse poliment quatre brioches à la canelle dans un sac en plastique, mais l'amphitryonne est loin de réaliser que c'est quantité négligeable.

>>> extrait du roman Le géant, écrit par Riika Ala-Harja et traduit du finnois par Paula et Christian Nabais

C'est l'histoire de Taneli, un jeune loustic de seize ans, qui mesure 2,27 mètres. Sa soeur Anna fait vingt centimètres de moins que lui. Leur taille fait sensation dans tout le pays, lorsque la célèbre Mona Ukkola, vingt-quatre ans et un passé sulfureux pour bagage, entreprend le garçon dans son aventure théâtrale. A eux l'Amérique et ses rues pavées d'or, à eux la gloire et la fortune. New York les attend, sussure Mona, prête à tout pour atteindre ses objectifs. De son côté, Taneli est fasciné, totalement obsédé par l'idée de plaire à une fille, lui le jeune puceau de Kajaani. Et c'est ce besoin réciproque qui les fait traverser les mers et océans pour vivre une aventure ubuesque et sinistrement surréaliste.
C'est drôle et loufoque, mais cela ne masque ni l'aspect tragique ni une déprime ambiante qui frappe à tout instant les personnages et la situation.

Dans l'ensemble, je suis agréablement surprise par les découvertes chez Gaïa et je me régalais d'avance avec ce titre et cette romancière. Hélas, j'ai vite été refroidie, trop partagée entre les froncements de sourcils et les sourires à peine esquissés et aussitôt rangés. L'éditeur parle d'un roman initiatique qui pourrait bien montrer que même les géants peuvent grandir. Toutefois, ici, ce genre d'initiation vire tristement dans la décadence, la désillusion et le glauque (expérience pornographique, par exemple). Je n'ai pas trop aimé, donc. Mais cela devient trop courant, ces temps-ci. Je suis en pleine crise de lecture, tout me tombe des mains, c'est pénible...
Vacances, j'oublie tout.

   « Le Géant » de Riikka Ala-Harja, paru le 4 février 2009 chez Gaïa. 299 pages.  21 €.

 

 

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27/04/09

La fin n'est que le début ~ Katarina Mazetti

 

la_fin

Voici enfin le troisième volet de la saga Linnea Nilsson, lycéenne suédoise, grande asperge d'un mètre quatre-vingt, de l'humour, du répondant, des questions et des doutes dans chaque poche. C'est l'année du bac, après bien des péripéties (sa meilleure amie s'est suicidée, Linnea a sombré puis s'est offerte une escapade à Los Angeles). Au générique, elle nous promet encore un peu de drame, de l'action, de la comédie, des sketchs humoristiques et de l'amour (surtout !).

Tout commence par la rencontre avec l'ange de la mort sur une terrasse, en fait il s'agit de Per, le grand frère de Pia la disparue, et il a suffi d'une paire de sourcils broussailleux pour faire craquer notre adolescente rêveuse, caractérielle et impertinente. L'histoire entre ces deux-là vaut un vrai feu d'artifices, avec étincelles, éclats et exclamations (d'extase, pour démarrer). Coeurs de midinette, bienvenue dans la ronde !

A vrai dire, chez Katarina Mazetti, c'est de l'anti Harlequin en puissance. Il faut que ça se sache. Entendons-nous bien : le ton est hilarant, le souffle ne manque pas, avec romance, élans du coeur à gogo, et pourtant dans le fond on découvre aussi les incompatibilités d'humeur, les tentatives de corruption, les figures sous hypnose... bref, malgré des pages très roses (merci gaïa !), le propos se protège d'être cucul la praline ! En quelque sorte, c'est plutôt le règne des illusions perdues, le temps de l'innocence et la fin annonciatrice d'un début (comprenez, apprendre à tirer un trait, à tourner une nouvelle page, si vous voulez). Cela sonne terriblement amer et sinistre, cette petite histoire, que nenni ! Le livre déborde d'humour, la narratrice et héroïne ne manque ni de charme ni de bagou, et son histoire avec Per sait nous tirer quelques sourires béats (je parle pour moi, chut !).
Avis aux déçus du tome 2 (Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini), celui-ci est bien meilleur ! Il confirme le plaisir simple et efficace de se plonger dans un nouveau roman de Katarina Mazetti, tel un rendez-vous fort attendu (pour ma part) et apprécié jusqu'au bout des ongles !

(Argh ! j'en voudrais encore !!!)

Gaia, 2009 - 192 pages / 16 €
Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss
 

Illustration : Jenny (l'auteur de Pink Diary !).

09/09/08

Oh, Roméo - Merete Pryds Helle

 

Ce sont deux amants d'aujourd'hui, dans la ville de Copenhague, ils se prénomment Roméo et Juliette et ce n'est pas fait exprès. Tout les oppose : elle est la fille du futur maire, issu du parti national ; il est immigré iranien, réfugié politique et installé avec sa famille de sang mais pas d'esprit, comme il dit. Il est chauffeur de taxi, elle est thésarde en médecine légale. Ils ont 30 ans, ils pensaient ne jamais connaître le véritable amour et leur rencontre a tout sauvé.

On ne réécrit pas une tragédie, dans le sens où on ne modifie pas la fin de cette histoire. Cela pourrait être handicapant, mais c'est tout le contraire. On savoure d'avance cette courte aventure, qu'on souhaite passionnelle, fusionnelle, totale et dévastatrice. Cela la rend encore plus précieuse ! On aimerait que Juliette et Roméo conjuguent leurs différences et démontrent à leur entourage la débilité de s'affronter sur des questions raciales. Les nationalistes sont particulièrement virulents dans ce Danemark de l'année 2005, avec en rappel de fond l'affaire des caricatures qui a mis le feu au poudre.

On reste dans le domaine du drame passionnel, en dépit des questions soulevées sur l'intégration, l'immigration et le racisme. L'auteur ne s'est pas contenté de décalquer la pièce de Shakespeare, elle a su insuffler une éloquence enflammée et musicale, une forme moderne (au lieu d'écrire dans son Journal, Juliette s'adresse à son blog). C'est un court roman qui rend hommage aux amours intemporelles, aux passions qui ne meurent jamais, enfin bref c'est divin !

traduit du danois par Catherine Lise Dubost

Gaïa, septembre 2008 - 187 pages - 19€

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23/06/08

Faux raccord - Per Nilsson

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Générique d'ouverture : un immeuble ordinaire de trois étages, situé en Suède dans un quartier excentré d'une ville. D'une fenêtre, quelqu'un va lancer un pot de fleurs, un grand frisbee noir et un couteau de survie.

Dans sa chambre, un garçon, ou plutôt un jeune homme, est assis devant son bureau et fixe une série d'objets. Tout doit disparaître, se dit-il. Une carte de bus, une carte postale, une grammaire allemande, une plante verte, un sachet de graines, une page de recueil de chansons, un vinyle, une boîte de préservatifs, un drap plié, un drapeau américain déchiré, un bloc-notes à la couverture noire, un paquet ficelé avec du bolduc, un billet de cinéma, un lame de rasoir et une boîte de comprimés bleus. Pas loin, un téléphone... muet.

Voilà. Le film peut commencer. La dernière séance.

Le pitch : Dans un bus qui le conduit au lycée, un garçon rencontre une jolie fille aux longs cheveux roux. D'un simple regard, ils se plaisent et se rapprochent au rythme de trois jours par semaine. C'est Joli Coeur, celle pour qui son coeur va battre la chamade. Aucun doute pour lui, c'est le grand amour. Il doit partir un mois aux Etats-Unis, alors il lui écrit de longues lettres tous les jours, a hâte de la retrouver. Mais elle lui annonce en aimer un autre, c'est la désillusion. La vie sans Joli Coeur n'a pour lui plus de sens...

Comment fait-on pour s'effacer de la vie ? Comment fait-on pour effacer sa vie ? Comment fait-on pour en finir ? Comment fait-on pour mourir ?

Le film passe en boucle, à se faire du mal. Chaque séquence est un couteau planté dans le coeur. La bobine défile... Clap de fin.

Ce que tu aurais vu et entendu, en dernier chapitre, est une relecture intelligente de ce livre hors du commun. Puisant sa force dans son écriture singulière, à la manière d'un scénario de cinéma, où l'auteur intervient comme un metteur en scène, Faux raccord ne laisse pas insensible et interloque le lecteur... On suit le zoom de la caméra, accrochée au jeune homme, seul dans sa chambre et qui se repasse le film de son histoire d'amour déçue.

C'est aussi une façon originale de découvrir, du point de vue masculin, l'expérience d'une première relation amoureuse, avec son lot d'éblouissements et d'amertumes. Troublant...

éditions Thierry Magnier, (mars) 2008 pour la traduction française - 167 pages - 10 €

Pier Nilsson, 1992 - traduit du suédois par Agneta Ségol.

Illustration de couverture de Claude Cachin

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20/06/08

Autant en emporte la femme - Erlend Loe

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Marianne est une jeune femme étonnante, pas casse-pieds mais délicieusement arrangeante, du genre à s'inscruster avec le sourire. L'amour qu'elle offre en retour, ou la promesse d'amour, est un pis aller vers une vie de couple que le narrateur accueille avec un air bêta. Bah oui, un jour Marianne déboule avec douze cartons de taille moyenne et une commode ocre. Ce sera sûrement bien, se dit le narrateur. Mais très vite, notre bon bougre va être dépassé et devenir le béni-oui-oui de sa dulcinée. Toutes les décisions lui échappent, lorsqu'il pointe le doigt sur la petite commode à la couleur suspecte, la demoiselle rebondit et propose de coordonner les murs de l'appartement avec la teinte de son meuble. Et pourquoi pas acheter le même, en plus gros ? !

Vous l'avez compris, l'histoire est gentille, absurde et rigolote. Elle raconte en 300 points la débandade pré-annoncée. "Le voile d'éternité qui enveloppait notre relation se ratatine. Je reconnais que nous sommes éphémères tous les deux." Il faut suivre les soliloques de cet homme qui ne manque ni de flegme ni de cynisme, mais tout doux, tout lisse. C'est avec immensément de philosophie qu'il nous narre les situations grotesques de sa vie de couple, cela pourrait être banal (les jours coulent tranquillement, tout deux s'aiment ou se font la tronche, ils partent en voyage aussi...). C'est le cliché d'une histoire presque ordinaire, qui vous rappelle la difficulté de conjuguer au présent et au futur, et à la première personne du pluriel. Ouf, c'est diabolique et hilarant ! A cautionner en cas de blues.

Gaïa éditions, 2005 pour la traduction française / 10 - 18, mars 2008 - 237 pages.

traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud.

A été apprécié par Cathulu

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13/05/08

Muléum - Erlend Loe

muleumEncore un journal intime écrit par une jeune fille de dix-huit ans, pourrait-on penser. Ladite Julie, la narratrice, trouve également que c'est pathétique et que ça ne devrait concerner que les personnes dérangées, et ELLE est très certainement dérangée, donc elle a une excuse. Ses parents et son frère ont trouvé la mort dans un crash d'avion au-dessus de l'Afrique, là voilà orpheline, riche à millions mais seule et désespérée. Elle veut en finir avec la vie, tente de se suicider sur scène pendant une pièce de théâtre au lycée, loupe son coup avec force et fracas (les journaux en feront les gros titres !) puis décide de sauter d'un avion à un autre pour parcourir le monde et provoquer le destin. Ses projets pour trouver la mort sont nombreux, farfelus et font bien rire le lecteur - hélas ! est-ce un crime de rire sur un sujet aussi grave ? Julie a pour elle d'écrire avec une énergie farouche et une claivoyance redoutable, elle nous tire des grimaces, nous force à penser comme elle (son docteur dingo, le psy, est un barbu ringard, très souvent à côté de ses pompes !). Bref, son projet de mourir ne sonne pas très sérieux, elle envisage de copier une ou deux caricatures pour attirer sur elle une fatwa ou vole en Asie pour attraper la grippe aviaire - un vrai festival d'imagination ! Elle s'abrutit devant la télé en suivant les JO d'hiver et s'empêche de penser à son chagrin, car, on l'oublie peut-être, derrière son cynisme et son humour mordant, Julie est aussi déboussolée, malheureuse comme les pierres et n'arrive pas à panser ses plaies autrement que par son obsession du suicide. Muléum est un portrait qui se veut drôle mais qui cache le désespoir d'une jeune fille intelligente, avec une forte inclination pour le loufoque et l'exubérance. Cela se lit assez vite, malgré quelques passages vaseux, le ton d'Erlend Loe sauve les meubles et nous fait passer un très bon moment .

Gaia éditions, 2008 pour la traduction française

(traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud) - 222 pages - 18€

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08/02/08

Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini - Katarina Mazetti

chaperon_rougeGrand retour de la jeune Linnea Nilsson !
Vous n'avez pas oublié cette lycéenne de 17 ans, totalement dans la moyenne des adolescents suédois, en matière de taille, de QI et de soucis ?! Elle est donc de retour, après le décès tragique de sa meilleure amie, Pia.
Impossible de tourner la page, entre nous, lecteurs passionnés. Il fallait connaître la suite, revenir vers elle et savoir comment elle continuait son bout de chemin.
A première vue, tout va bien. Ses rapports avec son beau-père s'améliorent, avec sa mère également, et elle a désormais deux nouvelles amies, Madeleine et Malin. Ce n'est certes pas l'osmose entre elles et Linnea, mais ça fait toujours un bien fou de ne plus se sentir seule.
Et puis au fur et à mesure qu'on s'approche, qu'on gratte la couche à la surface, on s'aperçoit que des détails peuvent encore gripper la belle mécanique.
Linnea a une soudaine prise de conscience du Sens de la Vie, et sa grand-mère, pensant lui donner les moyens pour acquérir Sa liberté, viendra lui refiler une grosse somme d'argent. Inconsciemment, les ennuis commencent là...
Les nouvelles copines vont aussi lui attirer quelques soucis. La machine fait couac, tout s'emballe... Incapable d'assumer ce flot d'embrouilles, Linnea va donc décider de prendre l'air et de s'envoler pour Los Angeles ! Mais gare en chemin au Grand Méchant Loup, aussi charmant, « frais, souple et bien proportionné » soit-il !

Cette suite est une réflexion très intéressante sur les crises des adolescentes, sur les conflits et l'incapacité d'assumer sa propre détresse, sur les caps à franchir (il y a le passage de la première fois, par exemple). C'est toujours très drôle et pertinent, accompagné par les traits d'ironie de la jeune narratrice, toujours saupoudré par ce délicieux mélange entre légèreté et gravité. Une sauce aigre-douce, donc. Pour l'instant, la recette demeure efficace, même si je trouve que ce livre-ci manque un peu de peps par instants. Mais rien de bien grave !
Il faut admettre, en passant, que l'histoire va connaître un revers de fortune assez hallucinant, sensé donner des ailes à notre adolescente et ouvrir nos petits yeux un peu collés d'égoïstes embourgeoisés (je ne vise personne, c'est juste en relation avec le texte !). Quelques chapitres vers la fin donnent une perspective nouvelle, angoissante mais hélas réelle et existante. De quoi bien réfléchir...
Sur ce, j'attends encore une suite ! (Vous aussi ?)

Gaia, 203 pages. Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss. 16 €

Illustration : Jenny (l'auteur de Pink Diary !).

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29/10/07

Les larmes de Tarzan - Katarina Mazetti

larmes_de_tarzanJ'aime beaucoup la 4ème de couverture* qui présente l'histoire avec délice : c'est donc une rencontre improbable de deux êtres qui vivent sur deux planètes différentes, elle a dépassé la trentaine, a deux enfants, vit seule depuis le départ de son mari "chez les fous" et galère avec son salaire de misère de prof d'arts plastiques à mi-temps, lui n'a pas 30 ans, il a fait fortune en jouant en bourse, il roule des mécaniques, conduit une voiture de sport, ne supporte pas les enfants et ne voit que les bimbos aux yeux de phoque pour garnir son tableau de chasse.

Et alors, comment a lieu le bing-bang fatal ? Sur une plage, à jouer les Tarzan sur une liane, Mariana s'écrase comme une crêpe sur le bellâtre qui s'en blesse les fesses en brisant sa paire de lunettes Armani. Damned ! Notre type s'emporte et riposte, tourne les talons en pestant mais succombe aux charmes de cette nana déjantée le soir même, alors qu'il est plein comme une bourrique.

La suite de l'histoire ressemble un peu à une joyeuse mixture de Pretty Woman, des Feux de l'Amour et du Péril dans la demeure. Mariana, surnommée Tarzan, est séduite par Janne mais refuse de l'aimer car son coeur est déjà pris par le père de ses enfants, interné depuis deux ans, et qui reviendra tôt ou tard les retrouver, elle en est persuadée ! Bien sûr, l'absence d'un homme lui pèse, l'envie d'un toy boy l'effleure sans vergogne et la pousse dans les bras du jeunot. Mais Janne, avec ses 29 ans et son porte-feuille bien garni, a un coeur de minet qui s'amourache bien malgré lui de cette fille impossible. Résonne alors la valse des hésitations : attirance, agacement, querelles, retrouvailles, ennui et mini drame vont s'enchaîner pour le plus grand plaisir du lecteur !

Encore une belle réussite de la part de Katarina Mazetti, LA grande prêtresse des histoires romantiques et comiques, pas des bluettes à deux centimes. A son histoire d'amour, par exemple, elle y met aussi un sentiment de profondeur pour brosser le quotidien de Mariana et qui démontre la dure réalité d'une mère célibataire pour joindre les deux bouts, donner à manger à ses gosses et s'acharner à rester indépendante. Et encore, l'histoire d'amour est elle-même peu conventionnelle, elle brise les idéaux et les clichés rebattus par les films d'Hollywood (c'est Janne, lui-même, qui le dit !). Et c'est sans doute parce que c'est moderne, parce que ça colle à la réalité, parce que ça prête à rêver aussi, on gobe l'histoire avec un sentiment d'extase et de bonheur incontrôlable ! C'est chouette, vivifiant, drôle et touchant. C'est l'effet guimauve pour soigner un moral en berne - allez-y à coeur joie !!!

Gaïa - 266 pages - Traduit du suèdois par Lena Grumbach et Catherine Marcus.

* la quatrième de couverture : Elle c'est Tarzan, lui Janne. Ils n'auraient jamais dû se rencontrer, mais voilà qu'elle lui est tombée dessus, dans tous les sens du terme, un jour où justement elle jouait à Tarzan, suspendue au bout d'une corde. Un sacré numéro, cette Mariana, et pas du tout son genre à lui, l'homme d'affaires plein aux as, habitué à collectionner les canons qu'on voit dans les magazines. Il voudrait bien comprendre pourquoi il est obsédé par cette nana fagotée comme un sac à patates, les cheveux en pétard, qui ne s'épile même pas le maillot et qui, malgré une attirance réciproque et une formidable entente sexuelle, n'est même pas amoureuse de lui. Pour couronner le tout, elle est flanquée de deux mômes impossibles, une vraie calamité pour les sièges cuir de sa Lamborghini dernier cri.

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