20/11/06

Gestations - Tove Nilsen

gestationsEn découvrant qu'elle est enceinte, la narratrice se réfugie chez les soeurs pour réfléchir et apprécier cette nouvelle. Auparavant, elle a déjà fait deux fausses couches qui l'ont cruellement meurtrie. Parallélement, cette femme se lance dans l'écriture d'un nouveau roman, guidée par les esquisses de Leonard de Vinci qui représentaient des foetus et une femme enceinte décédée. Inspirée par ses recherches sur la création artistique féminine, elle va s'intéresser à Henrickje Stoffels, qui fut le modèle et la maîtresse de Rembrandt. Son interprétation de Bethsabée recevant l'ordre du roi David a immortalisé sa grâce, son ventre de femme enceinte et son mystère...

Les mois passant, la narratrice est à l'écoute de son corps et du bébé niché en son sein. Elle voyage d'Oslo à Amsterdam et jusqu'à Paris, l'enfant chipote et semble contester à sa mère le droit de mener sa vie trépidante. Elle s'incline. "Etre enceinte, c'est aussi rompre avec la chronologie. Pourquoi ? Parce que celui qui a été nouvellement conçu a de tout temps été "mort" avant que la vie ne se manifeste. Etre attiré par un tableau vieux de trois cents ans, c'est voir comment le talent se hausse au-dessus du temps et, par là même, de la chronologie". La narratrice ne cesse de s'interroger, pourquoi cette fascination pour Henrickje, pourquoi cette nécessité d'écrire. Elle mêle avec humour et intelligence ses pourquoi et ses pirouettes, introduisant l'homme qui partage son quotidien et avec lequel la complicité est flagrante.

"Gestations" est un roman (?) qui parle de la création et de la mise au monde, (enfant plus roman, bien forcément !). Cette idée de mettre en miroir cette double conception est judicieuse et évidente. Le fait de considérer ce livre comme un roman m'étonne un peu, car je l'envisageais comme un récit d'une expérience personnelle. Tove Nilsen est née en 1952 à Oslo, elle est considérée comme l'auteur d'une écriture engagée. "Gestations" apporte sa petite pierre à l'édifice qu'est l'enfantement dans la littérature. Un texte très honnête, spirituel et vraiment drôle, avec des rencontres et des personnages époustouflants.

Gaia

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Dormir ensemble - Hervé Brunetière

dormir_ensemble"Bon, puisque tu veux le savoir, on a dormi une nuit ensemble, Ronan et moi, mais il n'est rien passé entre nous. Il était triste et m'a demandé de dormir avec moi. Au début, j'ai dit non. Ensuite, j'ai dit : Oui, à condition que tu ne me touches pas. Il m'a promis et on a dormi comme ça, l'un à côté de l'autre." - Il ne s'est rien passé, vraiment ? Le narrateur refuse de s'en contenter. Il se nourrit de cette nuit et des folles pensées qu'il entretient à ce sujet. Dormir ensemble, soit, mais ce n'est pas un acte anodin et totalement libre, selon lui. Cela fait deux ans qu'il y pense, qu'il se passe le film en pensées. Sa femme et cet autre, prêts à se coucher côte à côte, se livrant au rituel de dormir ensemble, d'une nuit interminable, peau contre peau, le souffle à l'unisson.. Non, pas possible. Il y a forcément eu un geste, une approche, une pensée... Rien que d'y penser le rend malade. Son texte est un bouleversant témoignage, un gage de folie et de passion amoureuse. "Je pars du principe qu'ils n'ont pas fait l'amour et je cherche tout ce en quoi ils ont fait l'amour sans faire l'amour." - Car finalement, l'acte d'amour est bien plus manifeste dans son expression sensuel, pas nécessairement "passage à l'acte". En 58 pages, Hervé Brunetière livre plusieurs clefs du sentiment amoureux et celui naissant de la jalousie. Le désespoir de cet homme est en quelque sorte bizarre, mais pas facile d'y être insensible...

L'escarbille

Merci Laure !

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No sex last year, La vie sans sexe - David Fontaine

no_sex_last_yearPrès de quarante ans après la révolution de 1968, où la liberté sexuelle a figuré parmi les éléments clefs de cette "révolution", on constate de plus en plus un étalage sans pudeur du sexe dans la société du 21ème siècle, dans sa consommation, dans la publicité, dans les discours etc.. C'est très tendance, dans la normalité, etc. Or, en contrepartie, les études sur les comportements sexuels des français s'aperçoivent aussi qu'il y a de plus en plus d'abstinents, des "no sex" qui taisent le fait de ne pas pratiquer, plutôt par honte et crainte de paraître "anormal".

L'essai de David Fontaine s'est appuyé sur le témoignage de douze personnes, six femmes et six hommes, qui connaissent ou ont connu l'abstinence sexuelle. Leurs expériences montrent que ce n'est pas obligatoirement un choix personnel, plutôt un concours de circonstances (après un divorce, un échec professionnel, une enfance traumatisée, un viol, etc.), et également une paralysie d'aborder l'autre (les moyens sont généralement limités, confinant à la solitude, l'utilisation d'internet n'est pas un résultat concluant pour des relations sérieuses).

Bon, il n'y a rien de pervers dans ce livre, désolée pour ceux dont les recherches ont conduit à cette page et espéraient un contenu plus croustillant. C'est sérieux, c'est un constat intelligent et qui pousse à revoir les idées préconçues. Etre abstinent n'est pas un signe de névrose (n'en déplaise à monsieur Freud qui affirmait que "Etre normal, c'est aimer et travailler"). L'étude de la vie sans sexe s'intéresse autant aux célibataires et aux couples mariés, c'est un grand malentendu qui est reconsidéré, un point de vue à dépoussiérer, car même si on se prétend "moderne" le constat des étiquettes est plutôt navrant. Conclusion ultime : "Il n'y a pas d'amour heureux", disait Aragon, mais il pourrait y avoir du non-sexe heureux... "Ce sont peut-être ceux qui ne le pratiquent pas qui en font rejaillir l'essence avec le plus d'éclat". .. Intéressant de bout en bout, je conseille cette lecture, agrémentée d'un cd audio sur des reportages et créations sonores pour compléter cette réflexion.

Les petits matins

  • Ce livre peut faire écho à celui d'Elizabeth Abbott "Histoire universelle de la chasteté et du célibat" (Fides).

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19/11/06

La petite musique du dimanche

... Pleurer pour un rien
Acheter un chien
Faire semblant d'avoir mal
Et mettre les voiles...

... Boire mon café noir
Me lever en retard
Pleurer sur un trottoir...

... Remplir un caddie
Avoir une petite fille
Et passer mon permis ...

Je sais je suis trop naïve
De dresser la liste non exhaustive
De toutes ces choses que je voudrais faire avec toi

Avoir un peu de spleen
Ecouter Janis Joplin
Te regarder dormir
Me regarder guérir
Faire du vélo à deux
Se dire qu'on est heureux
Emmerder les envieux.

(Rose / La liste)

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18/11/06

Week-end en couple avec handicap - Nicolas Richard

weekend_en_coupleOn avait dit qu'on se reverrait... tout était urgent et prétexte à d'interminables discussions... je voulais présenter une galerie de personnages ridicules ou touchants... j'avais l'intention de développer une réflexion sur les décalages entre le passé et le passé dans le passé. Mais, au final... hein, cela donne un concentré de 13 nouvelles sans colorants ni conservateurs, un recueil frais moulu par un ancien bûcheron dans le Valais, entre autres considérations* sur le parcours de l'auteur, traducteur, romancier, et patati et patata...

"Week-end en couple avec handicap" reprend les instants souvent passés dans la vie du narrateur et qui se manifestent dans son présent sous forme de souvenirs déplaisants, honteux, nostalgiques, gênants mais bienheureux aussi. La rencontre d'une machine à caresser, d'une machine à anticiper, à faire l'amour, à broyer la matière pour en obtenir une autre.. par exemple. Une bonne gifle bien sentie pour cueillir la journée qui commence... L'essence d'un jeune écrivain qui se découvre dans ses lendemains dégrisés d'alcool et de nuits blanches auprès d'une inconnue de passage... Une jolie camarade qui sème la zizanie au sein d'une bande de copains virils, une journée de Saint Valentin noyée par les larmes, la paternité d'une oeuvre aux prises avec les effets de la caféine, le bon fils et la méchante petite amie trop franche, une jeune correspondante intrépide, le doux souvenir des cafés du centre-ville, une bluette sentimentale qui s'échappe, la vengeance d'une femme est un plat qui se mange froid, même cinq ans plus tard... Voilà au menu. Appétissant ? Oui, un régal.

"Peut-être garde-t-on intacte en soi une capacité d'émerveillement d'autant plus importante qu'on s'en est peu servi pendant ses jeunes années ? Un SEP (Stock d'émerveillement potentiel), en quelque sorte, qui se conserverait indéfiniment sans rien perdre de son éclat initial." - C'est, pour simplifier, la sensation que j'ai éprouvée en lisant ce recueil de nouvelles. Un plaisir simple, honnête pour un travail d'écriture tout aussi sincère et transpirant l'enthousiasme.. allez, on s'éponge et on s'y plonge.

*Biographie de l'auteur
Nicolas Richard a publié un roman, Les Cailloux sacrés (Flammarion), et des nouvelles dans des revues (Les Épisodes, Rue Saint Ambroise). Il a traduit Richard Brautigan, Stephen Dixon, James Crumley Harry Crews, Richard Powers, Nick Hornby Thomas McGuane, H. S. Thompson. Il a aussi posé nu pour des étudiantes, retapé des appartements à Brooklyn, fait la vaisselle à Bâle, a été bûcheron dans le Valais et manager de groupes de rock.

Les petits matins

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Echappée de lecture

"Miroir, vilain miroir, qui est la plus laide du pays ?

Ses yeux sont ronds comme des olives. Lorsque des hommes d'affaires en quête de paradis fiscal tombent amoureux de la princesse de Suzelande, ils ne manquent jamais de vanter l'intensité de son regard. Il faut bien trouver quelque chose. Avec son menton en galoche, son nez opéré deux fois, son acné, ses jambes comme des  bouteilles de Perrier à l'envers et la bouée de sauvetage qui lui tient lieu de taille, elle ferait débander un godemiché, la princesse Amélique. "

A conserver au frais - Isabelle Sojfer

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17/11/06

A conserver au frais - Isabelle Sojfer

A_conserver_au_fraisReprenons la présentation de l'éditeur : Blanche-Neige est une emmerdeuse égocentrique. Cendrillon se fait piquer son prince par sa demi-sœur. L'ogre tue par erreur son fils prodige et se résout à le manger. Une famille vend un par un les organes de la grand-mère pour s'équiper en électroménager. Un yaourt en son frigo médite sur sa fin prochaine...

... goûtez-vous la mise en bouche, sentez-vous cette odeur alléchante ? Personnellement j'ai savouré, un vrai régal, ça se lit juste un peu trop vite, dommage. Isabelle Sojfer a constaté assez finement que l'époque actuelle ne dénaturait guère du temps des contes de notre enfance. Les personnages ont juste une nature plus pernicieuse, des travers davantage soulignés pour révéler la cruauté de l'existence, la tragédie qui enfle, toujours et encore. Ce n'est pas nouveau, mais c'est poussé à outrance et fatalement en dérision. Cendrillon n'a guère trouvé chaussure à son pied, par contre elle en collectionne des paires. Le roi Lear est chassé de sa tour capitaliste et devient un vieux fou aigri. Le Père Noël est sérieusement déprimé, le Chaperon rouge a perdu de sa candeur et Poucet a été abandonné au royaume du Bon Marché... L'auteur a mis au placard le ton emprunté des contes classiques, elle a brandi en étendard la facétie, l'anti-conformisme, l'absurdité du destin. En tout, 13 nouvelles déjantées et hilarantes, à tenir éloignées des enfants sages...

Les petits matins

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Douze histoires d'amour à faire soi même - Lola Gruber

douze_histoiresCe recueil est la première publication de son auteur, Lola Gruber, jeune trentenaire parisienne, qui a su gagner la confiance d'une maison d'édition débutante, Les Petits Matins. Essentiellement pour cette raison, je vous conseille de découvrir ce livre rose flashy, qu'on confondrait presque avec un roman-photos. Le contenu est également enchanteur : prometteur, enjoué, acerbe et critique. Il y a certes un ensemble hétérogène, avec des nouvelles de qualité disparate. La première qui ouvre le recueil est particulièrement jubilatoire : L'ultime souper met en scène un couple qui est au bord de la rupture car la jeune fille a préparé un repas pour son chéri, mais avec un peu trop d'amour se dit-elle, elle est horrifiée de ce constat, tout soudain l'écoeure et lui donne envie de fuir. J'ai particulièrement apprécié l'acuité dans la présentation des personnages: tendresse et férocité se donnent la main. Et c'est d'ailleurs, et assez vite, une donne générale. Lola Gruber a probablement beaucoup lu Dorothy Parker pour s'inspirer de la sorte ! Un nom à suivre de près.

Les petits matins

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Mariage à l'indienne - Kavita Daswani

mariage___l_indienneAnju, 34 ans, n'est toujours pas mariée, au grand désespoir des ses parents. Car en Inde, le destin d'une fille est de prendre époux, dès l'âge de dix-sept ans. Anju a bien tenté de s'appliquer aux rites et bonnes leçons qui feront d'elle l'épouse délicieuse, modèle et recherchée de tout Bombay. Or, le temps passe, les copines se marient, les cousines plus jeunes aussi, et Anju demeure célibataire ! Elle nous livre donc son parcours, ou plutôt sa quête au mari, avec tout le côté grotesque, folklorique et "sacré" qu'une telle entreprise implique. Le choc des cultures, c'est clair !

Lecture définitivement plaisante, cocasse et pleine d'allégresse, mais aussi poignante, pitoyable et invraisemblable. Anju est le portrait d'une jeune femme finalement moderne, ancrée dans son éducation traditionnelle, mais tournée vers le modernisme. C'est en "Umrique" qu'elle décide de partir poursuivre des études et devenir indépendante. Un choix délicat à assumer. Car malgré tout, malgré les déboires, les désillusions, Anju veut toujours trouver un mari (pour plaire à ses parents et pour le respect de la tradition). Choix cornélien, être soi-même, se conformer aux désirs d'une société décalée, bref... Anju ne sera pas avare en confidences sur son parcours au "Mariage à l'indienne". Bémol pour la fin, complètement superficielle.

Livre de poche

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Mariage à l'indienne - Kavita Daswani

mariage___l_indienneAnju, 34 ans, n'est toujours pas mariée, au grand désespoir des ses parents. Car en Inde, le destin d'une fille est de prendre époux, dès l'âge de dix-sept ans. Anju a bien tenté de s'appliquer aux rites et bonnes leçons qui feront d'elle l'épouse délicieuse, modèle et recherchée de tout Bombay. Or, le temps passe, les copines se marient, les cousines plus jeunes aussi, et Anju demeure célibataire ! Elle nous livre donc son parcours, ou plutôt sa quête au mari, avec tout le côté grotesque, folklorique et "sacré" qu'une telle entreprise implique. Le choc des cultures, c'est clair !

Lecture définitivement plaisante, cocasse et pleine d'allégresse, mais aussi poignante, pitoyable et invraisemblable. Anju est le portrait d'une jeune femme finalement moderne, ancrée dans son éducation traditionnelle, mais tournée vers le modernisme. C'est en "Umrique" qu'elle décide de partir poursuivre des études et devenir indépendante. Un choix délicat à assumer. Car malgré tout, malgré les déboires, les désillusions, Anju veut toujours trouver un mari (pour plaire à ses parents et pour le respect de la tradition). Choix cornélien, être soi-même, se conformer aux désirs d'une société décalée, bref... Anju ne sera pas avare en confidences sur son parcours au "Mariage à l'indienne". Bémol pour la fin, complètement superficielle.

Livre de poche

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