16/01/07

Hit-Parade - Arnaud Guillon

hit_paradeLa vie est ainsi faite qu'on garde toujours en mémoire des petits et grands instants parce que, par exemple, une chanson vous rappelle ce moment sacré, fouillant dans vos entrailles, pour votre mettre au pied du mur des souvenirs.

Arnaud Guillon est le jeune écrivain devenu "expert" en la matière, depuis ses premiers romans (Ecume Palace, 15 Août, Près du corps), il cultive la nostalgie qu'inspire toute réminiscence. Avec Hit-Parade, il s'inscrit pour la première fois à l'exercice laborieux de la nouvelle. Mais quand on sait qu'il était habitué aux petites histoires sensibles et délicates, on se doute que sa copie ne peut qu'être encourageante et remplie de ce charme suranné, autant d'effets de style qui sont désormais SON style.

Dans les 6 nouvelles, les personnages ressentent le flot des souvenirs leur tomber sur les épaules, car ils se trouvent soudainement plongés en arrière, dans un appartement fréquenté durant leur adolescence, à jamais associée aux notes de Jean Ferrat, ou un couple au bord de la rupture peut dédier à Françoise Hardy d'avoir été la coordinatrice secrète du début et de la fin de leur histoire. Il y a finalement dans "Les plus jolis pieds du monde" un hommage aux Beatles à travers les pensées rêveuses du narrateur, absorbé par son "Abbey Road" et la célèbre photo d'un 8 août 1969. Les autres nouvelles portent des tributs plus discrets, ou teintés d'humour léger, comme dans "Milano Centrale" où "life on Mars?" est "à jamais associé à l'un des épisodes les plus absurdes de ma vie".

Ainsi va la plume d'Arnaud Guillon, toujours au plus près de la nostalgie, des émotions léchées, du temps passé et des trémolos dans la gorge, c'est un peu trop mélo dans un texte en particulier ("Le chagrin d'une vie"), mais c'est dans l'ensemble d'une grande maîtrise dans l'élégance, dans le toujours trop-peu, jamais-assez. Le texte qui commence ce livre, "Blanc comme l'oubli", est tellement bouleversant qu'on aimerait un roman complet rien qu'avec cette idée !

Plon

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15/01/07

Arnaud Guillon en romans

guillon_arnaudQuelques mots sur la bibliographie d'un auteur, Arnaud Guillon, dont la lecture des romans rappelle un certain Modiano à ses débuts ... Il vient de publier un recueil de nouvelles, Hit-Parade, dont je vais vous parler demain !

15 août : Paris, l'été. Pierre, écrivain de trente-sept ans, rencontre Sacha, également la trentaine, jeune maman qui vit séparée de son compagnon. Plus qu'un coup de foudre, la relation est fragile car elle pousse le narrateur vers cette femme, belle, mystérieuse mais insaisissable. De plus, elle lui rappelle farouchement son ancienne petite amie, Marie. "15 Août" figure parmi mes préférés, essentiellement pour la figure de Sacha, un croisement intelligent entre les blondes héroïnes d'Hitchcock et Audrey Hepburn. La blondeur, le foulard, les lunettes noires et les petites robes seyantes, bref je savoure !

Ecume Palace : De retour en Normandie,  sur les traces de son enfance, le narrateur revient vers Ecume Palace, l'hôtel où il résidait tous les étés avec sa famille. Aujourd'hui on lui apprend que ce lieu va être rasé, forçant ainsi l'homme à se poser sur la mémoire des murs et du lieu de toute une époque. Il se promène pour retrouver un monde qui n'existe plus, qui a grandi et qui a enterré l'enfance et l'insouciance.  C'est un constat difficile pour cet éternel célibataire prisonnier du passé et de ses rêves. Ce roman est très nostalgique, il sonne comme une balade dans les années 60. Toute cette époque est décrite, reproduite,  avec finesse et poésie...

Daisy printemps 69 : Daisy est une jeune anglaise de vingt ans, actrice débutante, qui rencontre dans une librairie le narrateur, Michel, écrivain d'un premier roman "Fin d'été". Michel va être fasciné par la jeune femme, il va la suivre, devenir son ami, son confident. Un troisième acteur, Andrew le photographe, prend place dans l'histoire, et c'est un tourbillon de la vie qui commence. Il s'agit du tout 1er roman de l'auteur, assez amer et désolé, au style hélas plombant, qui sert une histoire tristounette. C'est loin d'être son meilleur ! Malgré le décor printanier de "Daisy, printemps 69", ça ressemble plus au poème de Verlaine : "Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon coeur d'une langueur monotone. Tout suffocant et blême quand sonne l'heure je me souviens des jours anciens et je pleure. Et je m'en vais au vent mauvais qui m'emporte deça delà pareille à la feuille morte." - ça résume tout ! Dommage.

Près du corps : Dans une villa en bord de mer, Daddy (le grand-père de 91 ans) vient de mourir. La famille est réunie pour une ultime fois, coincée dans cette grande maison aux volets fermés, en pleine canicule. C'est l'occasion pour le narrateur de se rappeler les bons moments passés dans ce lieu inoubliable, avec ses cousins, et de prendre ainsi conscience du poids que le temps trace en filant comme l'éclair... C'est un album de souvenirs qui se feuillette, en couleur sépia, dans une grande maison où des corps explosent de vie dans la mer, à deux pas de là.  "Près du corps" a l'odeur d'eau de cologne retrouvée au fond d'un placard, ou le bruissement du vent dans les arbres, des mots qui se chuchotent, des confessions qu'on dévoile une première et dernière fois. C'est un univers clos, un microcosme rempli de photos jaunies, de rires d'enfants et de sanglots étouffés.

  • Près du corps sort très prochainement en poche chez Pocket !

(Les premiers romans d'Arnaud Guillon ont été publiés chez Arléa, depuis Près du corps il est chez Plon.)

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On n'empêche pas un petit coeur d'aimer - Claire Castillon

on_n_empeche_pas_un_petit_coeurDeuxième exercice de style pour Claire Castillon, après son 1er recueil de nouvelles particulièrement jubilatoire ("Insecte"), "On n'empêche pas un petit coeur d'aimer" est un livre plutôt attendu et qui finalement s'annonce un peu décevant, car beaucoup moins bien que "Insecte". C'est clair et c'est juste un peu dommage.

Dans ce 2ème livre, donc, il est plus question de couples et des gens qui s'aiment, mais aimer est un mot tellement grandiloquent, qui implique une exigence envahissante et ambitieuse, on le sent instinctivement. Les personnages de Claire Castillon reflètent la fragilité, la démence, l'hystérie et la mélancolie des sentiments.

Quelques nouvelles sont franchement réjouissantes, à la fois drôles, mordantes et caustiques, elles reprennent le style de Claire Castillon qui est une invitation à la folie douce. Des êtres fêlés et désabusés se croisent, des dialogues surréalistes pleuvent, c'est ainsi dans quelques nouvelles où on adore le mélange d'humour amer et de provocation gentille. C'est donc dommage que l'exploit connu avec "Insecte" ne se soit pas reproduit. On aime bien celui-ci, car c'est indéniablement une écriture particulière, un style incomparable et un univers déjanté, mais on n'aime pas jusqu'à la folie. C'est tout.

Fayard

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14/01/07

La musique du dimanche

Parce qu'ILS sont pour moi LE meilleur groupe de tous les temps ...

... et ici je suis bluffée ... 

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Mal de pierres - Milena Agus

mal_de_pierresLa narratrice nous raconte une histoire passionnante de sa saga familiale, à petite échelle, dans l'île de la Sardaigne où tout commence avec le mariage de sa grand-mère, bien malheureuse d'être à 30 ans toujours célibataire et repoussée par ses soupirants, qui conclue donc par dépit son alliance avec un type arrivé chez ses parents (trop heureux de marier cette fille impossible). Pourquoi, impossible ? Car la grand-mère est une femme très belle, mais elle traîne une réputation d'allumée qui écrit des poèmes olé-olé à ses amoureux. Pour fuir la honte sur la famille, la grand-mère est donc mariée à ce veuf qu'elle n'aime pas, mais lui non plus ne l'aime pas, il accepte d'ailleurs la chasteté et court se soulager dans les maisons closes. Jusqu'à ce que la grand-mère réagisse, à le voir fumer sa pipe tranquillement, un soir, dans la cuisine ...

Il y a aussi ce voyage en cure thermale à l'automne 1950 sur le continent où la grand-mère, âgée de 40 ans, rencontre le Rescapé, un individu marqué aussi par les coups du destin, et entre eux va naître une belle histoire d'amour qui marquera à jamais la grand-mère. La vie de cette grand-mère est ainsi racontée en pointillés par la petite-fille, qui rapporte le témoignage des uns et des autres, puisant sur son instinct et l'amour qu'elle nourrissait pour cette femme mystérieuse, qu'on croyait un peu folle. Jusqu'à la dernière page, le lecteur n'aura de cesse d'attendre le gong de la sentence finale, "sait-on jamais tout de quelqu'un, aussi proche soit-il". L'amour devient une entité presque maladive, une folie héréditaire et une résolution qui s'approche parfois de la malédiction. Ce roman de l'italienne Milena Agus est étourdissant, il raconte une histoire fascinante, avec des personnages extraordinaires, qu'on quitte à regret. C'est une lecture sensible, à l'aura troublant, qu'on lit avec émerveillement sur quelques 120 pages.

Liana Levi

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13/01/07

Cette sacrée vertu - Winifred Watson

cette_sacr_e_vertuPrésentation de l'éditeur
A 9h15, Miss Guenièvre Pettigrew, vieille fille aussi vertueuse que résolument opposée à toute coquetterie, apprenait qu'une certaine Miss Lafosse cherchait une bonne d'enfants... A 9h45, elle sonnait chez Miss Lafosse et trouvait au lieu des enfants attendus, une ravissante jeune femme en déshabillé vaporeux et un monsieur à demi endormi ! A 10h15, elle se voit embarquée dans un imbroglio sentimental inextricable. A 15h13, elle console, avec un art et un doigté qui l'étonnent elle-même, une jeune fille en pleurs qui vient de se disputer avec son fiancé. A 17h02...

Je vais me tenir à la 4ème de couverture où "Mais chut ! Révéler ce qui attend Miss Pettigrew avant la fin de cette journée mémorable, c'est risquer de troubler le plaisir du lecteur qui, de surprise en surprise, sera entraîné dans un tourbillon d'éclats de rire jusqu'à la trouvaille finale"... Alors ok, n'en dévoilons pas davantage sur ce roman malicieux, tout en discours et qui rappelle la grande tradition du théâtre burlesque. Ici on savoure heure par heure les joies et déconfitures d'une Miss Guenièvre Pettigrew, romanesque et vieille fille guindée, qui clame une haute idée de la vertu à l'entourage frivole dans lequel elle vient de mettre les pieds. Alors, c'est très drôle, les situations cocasses ne manquent pas, Miss Pettigrew est absolument charmante, jamais ennuyante ou rasante avec ses préceptes "vertueux". C'est, au contraire, une comédie enlevée et rigolote qui fut publiée pour la première fois en 1938 - quel panache, vingt dieux !

10-18

** Je dois cette découverte à une délicieuse blogueuse dont les goûts (très sûrs) sont synonymes de tentations à la pelle, et je n'ouvre pas la malle aux favoris ! ... **

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Crépuscule ~ Susan Minot

J'ai souvent considéré Susan Minot comme l'héritière de Sylvia Plath et Laurie Colwin. Un regard vif, une plume sèche mais enlevée, des histoires simplettes avec toujours une profondeur d'âme chez les héroïnes... Souvent l'introspection donne de l'eau au moulin et dans le cas de "Crépuscule" le procédé est assez bien mené, même s'il peut déconcerter certains lecteurs. La narration n'est jamais linéaire, les voyages dans le temps incessants. Les souvenirs de 1952 ont un peu une image fitzgeraldienne, donc assez plaisante et batifoleuse. Pourtant il y a un drame derrière cette palissade. On le découvre vers la fin, évidemment. Par contre, j'ai trouvé et moyennement apprécié que l'auteur cherchait à comparer Ann à l'héroïne des "Hauts de Hurlevent" d'Emily Brontë, bof ! S'ajoute aussi un sentiment de quelques longueurs. Sans quoi, ce roman se lit de bout en bout avec plaisir !

lu en janvier 2006

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12/01/07

Paris ne finit jamais - Enrique Vila Matas

Paris_ne_finit_jamaisÀ l'occasion d'une conférence qu'il doit donner à Barcelone, un écrivain revient sur ses années de bohème et d'apprentissage littéraire à Paris. A cette époque, le jeune homme se voulait "très pauvre" et "heureux", comme Hemingway à ses débuts, mais Vila-Matas s'est abstenu de réel bonheur, il était en fait très "malheureux" (et pauvre comme Job). Vila-Marquas était à Paris pour écrire son premier roman, "La lecture assassine" (où la lecture du manuscrit devait entraîner la mort du lecteur !), et bénéficiait d'un soutien remarquable en la personne de Marguerite Duras, qui devint sa logeuse.

Vila-Matas est un "malade" d'Hemingway et cherche à tout prix à lui ressembler, quitte à participer à des concours de sosie de l'écrivain (où il se ridiculise à plates coutures), ou reproduire ses expériences. "Paris est une fête" étant une de ses plus grandes références, il n'hésite pas à rétorquer avec son "Paris ne finit jamais" pour apporter le témoignage de sa propre aventure, finalement plus pitoyable et grotesque, à lui rappeler avec honte sa pédance maladroite en imitant Sartre sur les terrasses des cafés de St-Germain-des-Prés... Mais l'ensemble est absolument jubilatoire à lire, c'est truffé de clins d'oeil (oui, on y croise une certaine Isabelle Adjani débutante !) et le rapport qu'entretient l'auteur avec son personnage ne manque pas d'auto-dérision, de finesse mais aussi de tendresse.

10-18

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La femme dans le frigo - Gunnar Staalesen

La femme dans le frigo

Au début, l'enquête était plutôt simple, aux yeux de Varg Veum : une femme d'une soixantaine d'années trouve inquiétant que son fils ne lui donne plus de nouvelles. Il travaille sur une plate-forme pétrolière dans la région de Stavanger, et durant les périodes vacantes, le garçon se détend en ville où il loue une chambre chez une logeuse qui a besoin d'arrondir les angles. Bon - c'est un travail de routine, se dit Veum, et il quitte Bergen pour Stavanger où il y découvre une faune nouvelle, corrompue par la richesse pétrolière et pervertie par la profusion des échoppes où pour passer le temps les employés des plates-formes viennent claquer leurs sous dans l'alcool et les "professionnelles". Veum ne perd pas une minute de son temps, quand survient l'incroyable : un corps de femme sans tête est retrouvé dans le frigo du porté disparu ! La police s'en mêle... 
C'était la 1ère fois que je lisais une enquête du privé norvégien, Varg Veum, et je suis franchement conquise par cette rencontre. Sur l'aspect d'être un "policier du Nord", l'histoire de Gunnar Staalesen garde cette empreinte d'un personnage central accommodant, droit dans ses principes, et qui traîne quelques fantômes dans le placard, autant d'arguments qui nous le rendent attachant, à pousser la curiosité de poursuivre la lecture de la série et en savoir plus. Sur le plan de l'enquête, dans le fond, c'est plutôt bien ficelé, sans trop de longueurs, comme on l'imagine dans ce genre de policiers nordiques, au contraire il y a un juste mélange entre la réflexion et l'action, qui tient en haleine le lecteur jusqu'aux dernières pages. Pas de crimes où le sang s'éclabousse sur les murs, juste quelques bousculades, beaucoup de zones d'ombres et pas mal d'eaux sales pour planter le décor de cette délicate affaire... Si ce n'est déjà fait, n'hésitez pas à découvrir cet auteur !

Une enquête de Varg Veum, le privé norvégien 

Trad. du norvégien par Élisabeth Tangen

Folio policier , Nouvelle édition en 2016 

 

11/01/07

En poche ! #1

Quelques mots pour saluer la parution en format poche de deux lectures fort appréciées :

femme_en_vert_points

musee_de_la_sirene_pocheLa suprématie anglosaxone est terminée, il faut ouvrir sa bibliothèque aux nouvelles voix venues du Nord, dont l'islandais Arnaldur Indridason. Son livre La femme en vert est disponible en format poche, paru chez Points. Voici ma critique ici .

Je signale aussi qu'aux mêmes éditions Points est paru le roman de Cypora Petitjean-Cerf : Le musée de la sirène  (dont voici mon avis ).

 

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